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Avant de lire les notes que je fais sur les films que je vois et les bd que je lis, sachez que dans mes commentaires il m'arrive parfois de dévoiler les histoires et les intrigues. Ceci dit pour les comics, je n'en parle que quelques mois après leur publication, ce qui laisse le temps de les lire avant de lire mes chroniques.
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9 décembre 2019 1 09 /12 /décembre /2019 08:08

Pas banal.

C’est la première idée qui me vient pour vous parler de Tous mes vœux de Philippe Sebbagh.

Pas banal, et à plus d’un titre.

Bon, par où commencer ? Sachez d’abord que ce bouquin est le premier édité au format papier par Bookly, qui fonctionne sur le concept du crowdfunding. Rendez-vous compte : c’est grâce à 43 investisseurs, 43 personnes sur internet qui ont cru au talent de Philippe Sebbagh, que ce livre a vu le jour. Eh bien, ça en valait vraiment la peine, croyez-moi. Ça vaut ce que ça vaut, mais à sa sortie fin 2012, Tous mes vœux s’est classé parmi les meilleures ventes de livres sur Amazon. Oui je sais, acheter des livres sur Amazon, à la base c’est pas bien, faut défendre et faire vivre nos libraires. N’empêche, ça laisse songeur pour un livre quasiment auto-édité.

 

Pas banal aussi par son contenu. Une histoire d’amour. Oui, mais une histoire d’amour vraiment pas banale. Amour pour une femme, pour une amie, mais bien au-delà, déclaration d’amour à la vie de la part de son auteur. Vous me connaissez, le romantisme n’est pas la qualité que je recherche en premier lieu dans ce que je lis, ou regarde, ou écoute. Pourtant, avec ce livre, c’est cette qualité-là qui m’a conquis. Parce que c’est une belle histoire, avec de beaux sentiments, et bien racontée qui plus est.

 

Pas banal dans sa forme non plus. Pas très épais, ce roman ressemble presque à une pièce de théâtre. C’est extrêmement fluide, rapide, majoritairement fait de dialogues (j’écris cela de mémoire, j’ai quand même lu ce livre il y a 4 ou 5 ans déjà). C’est donc vif, vivant, dynamique. Inattendu aussi, déroutant parfois. Surprenant, dans le bon sens du terme.

 

Pas banal car… roulement de tambour : car c’est original ! Bonjour la lapalissade n’est-ce pas ? Et pourtant, moi j’ai été scotché par l’idée qui sert de fil rouge à cette histoire. Si simple, mais si bien vue. L’originalité, pas besoin de la chercher dans l’extravagance, parfois elle est juste là, devant soi, et elle apparaît de manière flagrante dès lors qu’on accepte d’ouvrir ses yeux. C’est un peu l’effet que m’a fait la lecture de ce petit livre. Si simple, si évident, et pourtant j’ai si rarement vu pareil roman.

 

Mais, ça me fait penser que je ne vous ai même pas encore dit de quoi ça cause !

Ben vous verrez c’est pas très compliqué. Philippe veut écrire, mais vivre de sa plume ça n’est pas évident. Elle est jeune, belle, et se lance dans le journalisme. Philippe est amoureux d’elle. Mais cette femme c’est aussi sa meilleure amie : problème. Un jour, Philippe sauve un homme d’un accident de la circulation. Héros ordinaire. Mais cet homme n’est pas n’importe qui, et pour le remercier il lui propose d’exaucer dix de ses vœux, si tant est qu’ils soient humainement réalisables et réalistes. Tel le premier Aladin venu, je suis certain que vous sauriez quoi demander à la place de Philippe. Et je suis persuadé aussi que vous ne vous attendrez pas à ce qu’il va demander, lui…

 

Alors là, vous allez me dire « mais attends, on nage en pleine comédie sentimentale ou je rêve ? ». Oui, c’est carrément ça. Pourtant j’ai trouvé ce bouquin si décalé, à la fois tendre sans être mièvre, plein d’humour et de finesse, et si peu en rapport avec ce qu’on range habituellement sous l’étiquette « comédie romantique », que je me suis dit « Au diable ma réputation d’amateur de super-héros et de belles poitrines, faut que je vous en parle ! ».

 

Alors voilà, c’est fait.

Tous mes vœux de Philippe Sebbagh c’est vachement bien, lisez-le.

 

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5 décembre 2019 4 05 /12 /décembre /2019 08:35

Jeudi 28 octobre, est sorti dans une poignée de salles de cinéma à travers la France, un film à séance unique : Western Stars de Bruce Springsteen et Thom Zimny 1.

 

Comme tout un aréopage de fans du working class hero, j’étais évidemment au rendez-vous, puisque ô miracle, le Kinépolis de Mulhouse avait programmé le film.

 

Western Stars est le pendant cinématographique du 19ème album (du même nom) du Boss, sorti en juin 2019. C’est aussi aux yeux de Springsteen la dernière partie de la trilogie autobiographique du chanteur, composée de ses mémoires parues en 2016 (Born to Run, dont je parlerai ici un jour promis, puisque je l’ai lu et déjà chroniqué pour une future publication sur le blog…) et de son show intimiste à Broadway où il était seul sur scène. Pour les fans on peut également considérer le film comme un agréable palliatif à l’absence de tournée suite à l’album Western Stars 2.

De la guitare, des violons, une grange.

Car Western Stars c’est avant tout un concert filmé, durant lequel le Boss chante l’intégralité de l’album éponyme, en respectant l’ordre exact des chansons telles qu’elles s’enchaînent sur le disque. Mais c’est plus qu’un concert filmé, c’est aussi une forme de documentaire sur le chanteur, sur les pensées profondes qui le hantent depuis toujours et de plus en plus avec l’âge. Au cours du film, chaque chanson est introduite par de petites scènes iconiques, où le chanteur apparaît et s’interroge en voix off sur le conflit existentiel qui l’a de tout temps animé : le conflit entre liberté individuelle et vie en communauté auprès de ceux qu’il aime. Il a à ce sujet plusieurs réflexions qui peuvent paraître peut-être un peu sombres, voire cryptiques pour qui n’a pas lu son autobiographie dans laquelle il développe beaucoup plus ses pensées et les conclusions qu’il a tirées de sa maintenant longue expérience. « Il est facile de se perdre. Ou de ne jamais se trouver. Je sais bien écrire sur le fait d’être perdu. » lance-t-il entre deux morceaux, au volant de son vieux quatre-quatre en plein milieu du désert californien. « Plus vous vieillissez, plus les bagages du passé s’alourdissent », c’est une idée qui est déjà très présente dans son livre et qu’il répète aussi au cours du film.

Se retourner sur son passé mais aller de l'avant...

La partie musicale, qui est aussi en durée la plus longue du film, est filmée dans un endroit assez incroyable : une vieille et immense grange, plus que centenaire, sur la propriété du chanteur. Elle donne un cachet d’authenticité à la musique qui mêle à la perfection le groupe restreint de musiciens habituels autour du Boss, la trentaine de musiciens d’un orchestre symphonique qui l’accompagne et le style de pure Americana qui compose les morceaux de l’album Western Stars. C’est ainsi que devant un public d’amis et d’invités, le chanteur du New Jersey égrène les treize chansons de l’album avant de terminer sur la plus classique Rhinestone Cowboy composée par Larry Weiss et popularisée par Glen Campbell dans les années 1970. L’endroit magnifie les chansons qui s’inscrivent entre la folk contemporaine et le classique instantané…

La musique au centre de tout.

L’effet de proximité et d’intimité est encore accru, lorsque se mêlent au documentaire et à la musique quelques images d’archives privées de Bruce enfant, de sa famille, de son voyage de noces, de sa vie de couple avec Patti Scialfa, son épouse depuis près de trente ans. Elle est d’ailleurs là, à ses côtés durant tout le concert, chantant tantôt avec les chœurs, tantôt en duo avec Springsteen. L’alchimie entre les deux est palpable, dans les mots comme dans les regards.

Patti et Bruce, duo à la ville et sur scène...

La partie documentaire faite de courts métrages où l’on voit errer dans un paysage de Far West le leader du E Street Band, est quant à elle vraiment paradoxale. Springsteen y apparaît comme à la fois le cliché absolu de l’Amérique rêvée comme dans les films, et pourtant il a l’air d’être totalement au naturel, noyé dans un paysage désertique de sable et de cactus, au volant d’un vieux pick-up, avec en fond des chevaux sauvages au galop et des plans qui pourraient être tout droit sortis de vieux classiques américains. Avec sa gueule de pistolero échappé d’un film de John Ford, mixe de la mâchoire d’un Clint Eastwood et de la voix d’italien éraillée d’un Marlon Brando dans le Parrain, le Boss apparaît en vieux jean usé, chapeau de cowboy vissé sur la tête. On est en plein Western, John Wayne pourrait débouler et commander un whisky au bar que ça continuerait à paraître normal à tout le monde. Charles Bronson pourrait jouer de l’harmonica en arrière plan que ça paraîtrait évident. On est pendant tout le film dans une ambiance de rêve, d’absolu américain, on nage en plein cliché et parfois on déborde en plein kitsch, et pourtant : rien n’est choquant, tout passe, on se prend juste la force des images en pleine poire et on n’a rien à redire.

Un cheval, des étendues infinies : un symbole de la liberté pour le Boss.

Si tout paraît comme dans un conte moderne à l’écran, c’est je crois tout simplement parce que Springsteen lui-même est à présent devenu un mythe américain. Il est donc normal de le trouver dans un tel décor de carte postale. À 70 ans passés, dont près de 50 ans à faire de sa musique une des voix officielle de l’Amérique, il est une légende. Et une légende ça n’est pas cliché, il n’y a que ceux qui tentent de l’imiter qui le sont.

I'm a poor lonesome cowboy...

Et c’est donc ainsi que Bruce Springsteen peut tout faire, tout dire, tout chanter dans ce film. Tout roule. Tout passe. Tout fonctionne. On lui pardonne tout. Que n’importe quel zozo vienne me prêcher la bonne parole du Seigneur que je m’en irais au plus vite en courant, mais que le Boss ponctue son discours d’un « God bless you all » que je ne dirais rien d’autre que « Amen ». Parce que c’est le Boss et qu’il ne pense pas à mal, il a le droit.

1 Thom Zimny a déjà signé un certain nombre de clips de Springsteen, ainsi que son spectacle autobiographique à Broadway en 2018.

2 Springsteen a confié être dans une période de créativité très fertile, il est déjà en plein travail d’enregistrement sur le prochain album qu’il sortira en compagnie du E Street Band, son groupe mythique, et qui cette fois-ci sera suivi d’une nouvelle tournée.

L'affiche du film

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2 décembre 2019 1 02 /12 /décembre /2019 08:34

Votre attention amateurs de page-turners, ce livre est fait pour vous. Vous fonctionnez au suspense haletant ? Au rythme effréné des révélations et rebondissements ? Au jeu du chat et de la souris des intrigues malignes et des fausses pistes disséminées ici et là ? Aux mystères mâtinés d’Histoire, de politique mais aussi de Science et de découvertes ? Aux récits qui vous mènent à travers le monde et sautent d’un continent à l’autre ? Alors ne cherchez pas plus loin : c’est exactement tout ce que vous trouverez dans Les Larmes d’Aral de Jérôme Delafosse. Tout cela et bien d’autres choses encore…

 

Le roman plante son action en automne 1994, en Irlande, en plein contexte du conflit nord-irlandais. Sinead McKeown, grand reporter de guerre, échappe à un attentat à la bombe qui visait son domicile. Mais elle y perd son mari, lui-même journaliste, ainsi que l’enfant qu’elle porte. Ses liens passés avec l’IRA la mettent sur la sellette et la police dirige ses soupçons vers elle. Sinead devient à la fois fugitive et enquêtrice, bien décidée à découvrir les véritables responsables.

Au même moment à Paris, Raphaël Zeck, flic de la Brigade Criminelle, se voit confier l’enquête sur le cas d’un homme dont le corps quasi-nu a été repêché dans la Seine, marqué d’étranges plaies nécrosées. L’homme, visiblement désorienté et terrorisé avait été pris en chasse par une patrouille nocturne de la BAC avant de se jeter dans le fleuve. L’affaire se complique quand les policiers qui ont manipulé le cadavre ressentent de graves malaises. En remontant la piste on découvre que l’homme mystérieux était en possession d’une mallette contenant du Césium 137, hautement dangereuse car mortellement radioactive…

À ce stade Sinead et Raphaël ne le savent pas encore, mais leurs enquêtes vont bientôt se croiser…

 

Je disais en introduction que ce bouquin est un véritable page-turner et c’est vrai : quand on s’embarque dans sa lecture on a du mal à le lâcher. Ce qui en soi est déjà très bon signe vous en conviendrez.

Mais allons un peu plus loin et essayons de comprendre ce qui fait l’attrait de ce livre. Je crois que l’explication tient avant tout à la personnalité de son auteur, dont les qualités se retrouvent directement dans son ouvrage. L’auteur est Jérôme Delafosse. Journaliste de son état, il est l’un des « Nouveaux Explorateurs », l’émission de Canal + qui a connu une belle renommée au cours de sa diffusion entre 2006 et 2014. Et le parallèle se fait vite avec Les Larmes d’Aral : le roman est en effet érudit et visiblement très documenté, que ce soit du point de vue géopolitique, historique ou scientifique, ce qu’on doit à coup sûr à l’habitude du journaliste de travailler en amont et en profondeur ses sujets. De même, le livre de Jérôme Delafosse nous fait voyager et voir du pays, au plus près de la réalité du terrain, des habitants, des contextes politico-historiques. Exactement ce que fait l’auteur lors de ses reportages en immersion pour son émission télévisée. Et puis cette capacité à vous faire tourner les pages sans même que vous vous en rendiez compte, plongé que vous êtes dans l’histoire, révèle bien entendu un vrai talent de conteur, ce qu’on peut là encore vérifier sur chacun de ses reportages télévisés. Le bonhomme sait nous entraîner avec lui dans le monde qu’il nous expose.

Il n’est donc pas du tout étonnant de retrouver toutes ces qualités dans son roman. Et d’expliquer ainsi l’attractivité de cette histoire dès lors qu’on y met un pied…

 

Et puis il y a ce suspense, ce mystère maîtrisé de bout en bout et qui ne dévoile sa vérité qu’en toute fin du roman, qui vous ballade bien tout du long et vous attrape bien comme il faut dans sa conclusion.

 

Pour toutes ces raisons, et surtout pour le plaisir que vous prendrez à sa lecture, je vous conseille vivement ce thriller français de haute volée. Sous ses aspects de polar saupoudré de complotisme et d’éléments hétéroclites invraisemblables, qui ressemble dis comme ça à une recette toute faite de best-seller qu’on aurait déjà pu voir mille fois par ailleurs, je suis certain que Les Larmes d’Aral saura vous surprendre et vous mener là où vous ne vous y attendiez pas !

 

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28 novembre 2019 4 28 /11 /novembre /2019 08:21

La MJC de notre petite ville est du genre très active, foisonnante d’idées et ouvertes à tous les types de passions. Petits et grands peuvent y trouver leur bonheur, que ce soit pour y faire du tricot, y suivre des cours de cuisine, apprendre la danse ou faire du judo, la liste des activités proposées est vraiment impressionnante.

 

Associée au centre périscolaire local où Nathan et Tom se rendent après l’école, elle leur propose donc à chaque rentrée une série d’activités selon leurs tranches d’âge. C’est ainsi que Nathan a pu par exemple s’essayer au tennis de table, à l’origami ou encore au travail du bois. Tom quant à lui s’est trouvé une vraie passion pour les arts du cirque, il s’y éclate depuis deux ans tous les lundis soir.

 

Mais ce qui m’a interpelé sur la petite brochure qui récapitule un peu tout ça, c’est la page consacrée aux « Activités Baby », où il est proposé de s’inscrire au Baby Self Defense, qui est en fait une « découverte » du Krav-Maga destinée aux enfants de 4 à 6 ans !!

 

Pour ceux qui ne connaissent pas forcément, le Krav-Maga ce n’est pas exactement une discipline à classer dans les arts martiaux du type judo par exemple. C’est comme qui dirait un poil plus féroce.

 

Je reprends ici ce que vous trouverez facilement sur n’importe quel site qui parle de cette discipline, en l’occurrence je fais un copier-coller depuis wikipédia :

 

L’objectif du Krav-Maga est l’apprentissage de la défense en un minimum de temps de formation et de s'adresser à un large public. Le Krav-Maga n’est pas conçu comme un art mais comme une méthode de combat rapproché. [...] Tout comme le close combat, le Krav-Maga se caractérise par différentes techniques incapacitantes ou létales. Ces méthodes sont très faciles à apprendre et très efficaces. Elles visent à mettre hors d’état de nuire un ennemi : le plus vite possible, le plus efficacement possible et par tous les moyens possibles (aucune limite de combat). Les techniques de combat à mains nues employées sont typiquement les plus dangereuses, les plus efficaces, et les plus simples que puisse générer le corps humain comme peut en témoigner la devise de cette pratique : simplicité, rapidité, efficacité et maîtrise de soi. Ces techniques sont choisies et adaptées pour fonctionner dans des conditions de stress maximum, et sur quelqu’un qui ne se laissera pas faire. Dans un combat pour assurer sa survie (donc de type non sportif), le seul but est d’éliminer la menace avant que celle-ci n'élimine l'individu concerné. [...]

 

Bon, certes, il y a une différence entre le Krav-Maga enseigné en club civil et celui qu’on dispense aux forces spéciales de l’armée ou de la police : en club on n’apprend théoriquement pas les techniques létales.

 

Cependant le principe de base du Krav-Maga, c’est d’apprendre à se défendre. Par tous les moyens ainsi qu’il est précisé : Le Krav-Maga doit enseigner à « frapper les zones sensibles », comme les yeux, la gorge ou les parties génitales, afin de mettre hors d’état de nuire notre opposant.

 

Les clubs de Krav-Maga mettent en avant que l’enseignement de ces techniques doit s’inscrire dans le cadre très strict de la légitime défense telle qu’elle est définie juridiquement et moralement.

 

N’empêche que c’est là qu’on apprend à se bastonner et à faire mal. À se défendre, à se méfier des autres. À se confronter par la violence à autrui.

 

Je ne dis pas que cela n’a aucun intérêt. Savoir se défendre, c’est bien. Si cela peut un jour vous sauver la mise dans une situation dangereuse, tant mieux. Si cela peut vous permettre de vous défouler une ou deux fois par semaine en club, et que vous en retirez maîtrise de vous, confiance et sérénité dans votre vie quotidienne, ce sera parfait et grand bien vous fasse.

 

Mais je ne peux pas m’empêcher de me dire qu’à des gamins de 4 à 6 ans, il y a peut-être d’autres choses à enseigner, d’autres activités physiques à montrer, d’autres arts à faire découvrir, d’autres exemples à donner, d’autres philosophies de la vie à inculquer que l’autodéfense.

Ils auront encore bien le temps de découvrir ce qu’est la violence et la confrontation. Le combat, la défiance, la loi du plus fort.

Sous couvert de les initier à la découverte de leur corps et de leur faire découvrir les différentes interactions avec le monde extérieur, on leur montre surtout une voie, qui finit par mener, qu’on le veuille ou non, à la violence.

 

Loin de vouloir jeter la pierre à la MJC de mes gamins, je me suis rendu compte que cette pratique d’initier à l’autodéfense les tous petits est en fait plutôt répandue et de nombreux clubs de Krav-Maga proposent des sections « kids » qui accueillent les enfants à partir de 4 ans.

 

Que l’offre existe, soit.

 

Moi, ce qui m’interpelle vraiment, c’est le côté de la demande. C’est le point de vue des parents qui inscrivent leurs mômes au Krav-Maga à un âge où ils ont encore du mal à taper correctement dans un ballon. C’est quoi le but dans l’esprit d’un papa qui emmène son petit au club de Krav-Maga ?

 

Ça n’engage que moi, mais tant qu’à taper sur quelque chose, j’opterais plutôt pour l’inscrire à des cours de batterie. Et tant pis pour mes oreilles...

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25 novembre 2019 1 25 /11 /novembre /2019 08:44

Ce livre est la retranscription par écrit de morceaux choisis de l’émission du même nom qui est diffusée sur France Inter (tous les samedis matins de 11h à midi).

Son auteur est aussi l’animateur de l’émission radiophonique, Jean-Claude Ameisen, médecin, immunologiste et chercheur en biologie, il dirige le Centre d’études du vivant à l’institut des humanités de l’université Paris Diderot. Il a également été président du Comité consultatif national d’éthique.

Autant dire que le bonhomme est une pointure dans son domaine.

 

Mais ses talents ne se limitent pas aux sciences. Car Jean-Claude Ameisen est un conteur né. Sa voix si particulière, et son phrasé reconnaissable entre mille, lui apportent une aura supplémentaire. Non seulement il a accès à la connaissance, mais il sait la partager avec ses auditeurs. Mieux que ça : il sait la rendre accessible et séduisante, ce qui en matière de science parfois très pointue, n’est pas chose si aisée.

C’est simple, quand je l’écoute à la radio, ce type n’a pas son pareil pour capter mon attention, quel que soit le sujet dont il parle d’ailleurs.

 

Un des secrets qui rend son émission si attractive à mon sens, c’est le subtil mélange des genres qu’il y pratique. Évidemment il y est question de science, mais cela ne se limite pas à ça. On aborde quasi-systématiquement d’autres sujets tels que la philosophie, les arts, la littérature, la poésie. Et dans la bouche de Jean-Claude Ameisen tout semble inextricablement lié. L’un ne va pas sans les autres. Aussi a-t-on le sentiment d’une réflexion pleine, qui ne laisse aucun aspect de côté. Et j’aime aussi tout particulièrement son recours très régulier aux questions. Il explique avec brio ce que l’on sait, il décrit souvent des expériences et recherches très récentes, ce qui permet de comprendre où en sont les scientifiques dans l’avancée de leurs connaissances. Mais aussi et surtout, cela permet de mieux se rendre compte des limites de la connaissance. De la somme des choses qui nous échappent encore. Car si l’on en sait peu, on comprend cependant vite que chaque réponse amène dix autres questions. Et ça c’est formidablement bien exprimé. C’est la grandeur de la science à mes yeux : sa capacité à poser toujours d’autres questions, chercher à repousser encore et encore ses propres limites tout en ayant conscience d’elles. La force de la science c’est de savoir dire « je ne sais pas, mais je cherche à savoir ». C’est très justement cette spécificité qu’on a là et qui donne toute sa force à cette émission.

 

Et on retrouve parfaitement tout cela à la lecture de ce premier tome de Sur les épaules de Darwin. Pour peu qu’on soit auditeur de l’émission radio, quand on lit les différents chapitres, c’est la voix de Jean-Claude Ameisen qu’on entend résonner dans nos esprits avec une clarté impressionnante ! Il faut dire que la retranscription est vraiment fidèle à la version orale, l’auteur va jusqu’à respecter les répétitions et les silences* si chers au conteur et qui donnent toute sa personnalité au ton qu’il emploie.

 

Quant aux thèmes abordés, ils tournent principalement autour du temps, comme le sous-titre du livre l’indique. Qu’est-ce que le présent ? Existe-t-il ? Nos perceptions nous permettent-elles seulement de l’appréhender correctement ? La distance implique le décalage temporel… vivons-nous entre un éternel passé perçu et l’anticipation vaine d’un futur toujours fuyant  ?

 

Mais la temporalité n’est pas la seule question déclinée dans cet ouvrage : il y a aussi des passages absolument passionnants sur les oiseaux par exemple.

 

Pour conclure vous l’aurez sans doute compris, je conseille chaleureusement la lecture de ce livre, et j’ai envie de conseiller également très vivement l’écoute de l’émission radio du même nom. L’un comme l’autre sont passionnants.

* si, si, même les silences ! :-)

 

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21 novembre 2019 4 21 /11 /novembre /2019 08:34

 

« Les femmes ont une tuyauterie interne très compliquée qui me fascine. »

 

Sam Peckinpah, réalisateur à l’âme de plombier romantique.

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18 novembre 2019 1 18 /11 /novembre /2019 08:30

Les livres de SF se suivent mais ne se ressemblent pas. Il y a peu de temps je vous causais de Vision aveugle, véritable concentré de hard-science et de concepts bien perchés. Avec La Nef des fous de Richard Paul Russo, on navigue dans de toutes autres eaux. Pourtant il y a des similarités dans l’histoire, en particulier le premier contact entre les humains et ce qui semble être un vaisseau d’origine extraterrestre… Mais avant d’en dire plus, voici de quoi on parle dans La Nef des fous

 

L’infini de l’espace. Un vaisseau gigantesque, l’Argonos erre sans réel but. En son sein, il abrite toute une société d’humains. Ils voyagent depuis longtemps, très longtemps, trop longtemps. Des générations et des générations. Plus personne ne sait quand le voyage a débuté, ni d’où ils sont partis (de la Terre ?). Les archives ont été détruites, la mémoire commune s’est effacée progressivement depuis. À bord, la vie est organisée sur une société à plusieurs niveaux. En haut de l’échelle les dirigeants, navigateurs et politiciens, riches et privilégiés. Et en bas, les soutiers, les manutentionnaires, les mécanos, les ouvriers de tous types qui œuvrent à l’entretien de l’immense vaisseau pourtant clairement sur le déclin… Chapeautant l’ensemble, il y a le clergé, avec l’Évêque à sa tête, qui est en perpétuelle lutte d’influence avec les officiers de navigation pour la mainmise sur le vaisseau. Le personnage principal du roman est Bartolomeo Aguilera, orphelin et mal-formé de naissance, contraint de vivre engoncé dans un exo-squelette. De basse origine mais doté d’un intellect supérieur, il est devenu le conseiller du Capitaine Nikos Costa.

Quand l’Argonos capte un signal probablement d’origine humaine sur une planète proche, baptisée Antioche par l’Évêque, décision est prise de se rendre sur place. Ce que l’équipe d’exploration découvre est inattendu : il s’agissait bien d’une colonie humaine, mais cette dernière a été clairement massacrée. Une boucherie. Par qui, pourquoi ? Mystère. Le capitaine décide de quitter Antioche, mais la rébellion gronde dans le bas-peuple : un grand nombre de gens veulent s’installer sur cette planète et enfin se soustraire à leur vie cloisonnée à bord du vaisseau. Bientôt un autre mystère se présente : un vaisseau est détecté dans les alentours d’Antioche, cependant il reste silencieux et ne donne aucun signe de vie à son bord. Tout semble laisser croire qu’il est d’origine extraterrestre…

 

D’entrée de jeu, le monde créé par Richard Paul Russo s’avère intéressant. Pas tant dans son principe de base qui est somme toute plutôt classique (une société composée de castes, la caste supérieure profitant de la classe inférieure, on n’est pas loin d’une vision de la société à la Mélenchon), ni dans ses personnages assez caricaturaux (le capitaine et surtout l’Évêque sont quand même bien basiques et monolithiques, seul Bartolomeo tire son épingle du jeu, de par son apparence et son statut à part). Mais l’ensemble est plutôt cohérent et malgré le décorum SF, on est surtout plongé dans un portrait de société, des relations entre groupes d’humains, et de lutte de pouvoir. Et l’autre thème qui est ici clairement développé et investigué par l’auteur, c’est la confrontation à l’inconnu, l’étrange, et l’étranger. Même si la conclusion un peu bateau « on est tous l’étranger d’un autre » semble poindre le bout de son nez dans ce récit, tout n’est pas forcément aussi simple qu’on peut le croire.

 

J’ai apprécié le personnage principal, assez torturé dans son genre, loin d’être idiot mais indécis face à l’inconnu, et pas toujours sûr d’être à sa place dans cette société si particulière de l’Argonos. J’ai trouvé la description du pouvoir religieux en place un peu caricatural, bien que plutôt proche de la façon dont je m’imagine ce type d’institution de manière générale (ce qui ne prouve rien d’autre sinon que j’ai moi-même des idées caricaturales parfois). C’est en fait surtout l’ambiance que l’auteur instaure dans son livre qui m’a plu et m’a tenu en haleine, bien plus finalement que ce qui s’y passe réellement. Ce qui, à froid, m’amène à en dire que si j’ai plutôt apprécié ma lecture, ce roman n’est pas pour autant à classer parmi les indispensables dans son genre. D’ailleurs pour ceux qui n’aiment pas ne pas avoir le fin mot de l’histoire sur absolument tous les aspects du récit, ce roman risque même de s’avérer être une petite déception, car il n’explique finalement pas grand-chose, et laisse pas mal de pistes ouvertes. Le lecteur se trouve ainsi libre d’imaginer ce qui lui plaira le mieux. Liberté qui n’est pas toujours appréciée par tout le monde, alors autant prévenir avant…

 

Un roman de SF qui brille donc surtout par l’ambiance du récit. Si vous avez l’âme d’un explorateur des tréfonds de l’espace, lancez-vous !

 

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13 novembre 2019 3 13 /11 /novembre /2019 20:28

73. Ce n’est pas l’âge de ma grand-mère, mais le nombre d’années pendant lesquelles elle a vécu dans le même appartement. Du 1er octobre 1946 au 26 octobre 2019, ce qui fait 26 688 jours pour être tout à fait exact. Elle y a emménagé peu de temps avant son 19ème anniversaire, le 1er octobre 1946, un an après la guerre et le retour de mon grand-père du front de l’Est. En tant que mineur de fond aux Mines De Potasse d’Alsace, ce dernier a eu droit à un logement des mines, au premier étage d’une maison mitoyenne découpée en 2 entrées et 4 appartements. Un logement de 4 pièces, avec une cave, un grenier, et un morceau de terrain pour y entretenir son potager, juste à côté du poulailler. C’était avant que n’arrive l’eau courante chez les particuliers, c’était bien avant que tout un chacun possède sa propre voiture, et c’était longtemps avant que les télévisions fassent partie du mobilier d’intérieur de base. Une cuisine, un salon et deux chambres : c’est là que mes grands-parents ont élevé leurs 4 enfants. Nul doute que par moment ça a dû leur paraître serré, mais ils ne s’en sont jamais plaints, et ça ne les a pas empêchés de mener une vie de famille heureuse. Et quand l’eau courante est enfin arrivée dans le quartier, mon grand-père a aménagé une salle-de-bain dans un petit réduit sous les combles à l’inter-palier entre le premier étage et le grenier. Oh pas un truc immense hein, 2-3 mètres carrés tout au plus, juste de quoi placer un tout petit lavabo et une mini-baignoire sous la pente de toit. Mais c’était une salle-de-bain à la maison, rendez-vous compte du luxe ! Et puis à l’inter-palier entre le rez-de-chaussée et le premier, a été casé un WC, le comble de la modernité comparé à toutes ses maisons équipées de toilettes au fond du jardin. Quant à la cuisine il a pu y installer une machine à laver… finie la corvée du lavoir de quartier pour ma grand-mère ! Une révolution !!

Et quand mon grand-père à pu s’offrir sa première Renault 4CV, une propulsion à boîte 3 vitesses, il a construit de ses mains un garage en bois à côté du jardin, ça avait de la gueule !

 

92. C’est l’âge de ma Mamama depuis lundi 28 octobre 2019. Après 73 ans dans son appartement, dont une quinzaine d’années seule après que mon Papapa se soit éteint, elle a décidé qu’elle ne se sentait plus de vivre seule et de passer un hiver supplémentaire seule chez elle. Et puis elle s’est rendue compte que malgré ses genoux de jeune fille (magie des prothèses !) le souffle commence à lui manquer pour monter toutes ces marches. D’autant que des marches, elle doit s’en taper une petite volée également pour aller au WC qui se trouve sur le palier…

Mamama fête ses 92 printemps !

22. C’est le nombre de marches entre l’entrée de la maison et l’entrée de son appartement. Si l’on part sur une moyenne de seulement 2 sorties par jour, ma grand-mère a gravi au bas mot 1 174 272 marches pour rentrer chez elle, et descendu autant pour faire ses courses, amener les enfants à l’école ou aller suspendre le linge dans le jardin. Et la moyenne de deux par jour est à coup sûr une estimation très basse… C’était en tout cas bien 22 marches qu’elle grimpait tous les jours jusqu’au 26 octobre 2019 en rentrant de son repas de midi pris chez ma maman. À l’aube de ses 92 ans, l’effort prend une toute autre dimension je trouve !

 

2. C’est le nombre d’heures qu’il nous aura fallu pour la déménager de chez elle, et emporter toutes les affaires qu’elle va retrouver dans la chambre qui lui a été réservée et préparée chez ma maman. Une armoire, sa télévision, son fidèle fauteuil sur lequel elle s’installe pour regarder chaque jour Slam et Questions pour un champion, une table, quelques chaises, sa radio, les cadres et photos accrochées au mur, des papiers, diverses affaires, les souvenirs d’une vie entière passée à cet endroit… le reste est demeuré sur place, vestige d’un passé révolu.

 

 

 

 

J’ai du mal à m’imaginer ce que 73 ans de souvenirs au même endroit peuvent bien représenter. Ça doit être énorme. Vertigineux. Une vie entière quasiment.

 

Moi qui ai toujours connu cet endroit, j’ai près de 44 ans de souvenirs rattachés à cette maison, et ça fait déjà beaucoup. Ce fut le premier endroit où j’ai dormi encore tout nourrisson, une fois sorti de l’hôpital qui m’a vu naître. C’est devenu ma seconde maison quand mes parents ont emménagé au 7 rue du stade, à 50 mètres du 1 rue du stade, l’adresse de mes grands-parents. Où que je pose mes yeux dans cet appartement, un souvenir surgit. Mille émotions. Mille moments de bonheur…

 

La table du salon, où j’ai passé tant d’heures à jouer aux échecs avec mon grand-père qui m’a appris les règles de ce jeu.

 

Cette même table où ma grand-mère étalait ses nouilles faites maison pour les faire sécher. Et où le chien ne ratait jamais l’occasion de sauter quand il n’y avait personne, ça lui permettait de voir par la fenêtre ! Mais ses pattes laissaient sur la nappe des traces qui le trahissaient et c’est les oreilles baissées que démasqué, il allait tout penaud, au coin, comme un enfant, bien conscient d’avoir bravé une interdiction…

 

Le fauteuil de ce même salon, où mon grand-père avait l’habitude de faire ses mots fléchés. Où bien souvent aussi il piquait une petite sieste après le repas de midi, ses ronflements ne tardant jamais trop à se faire entendre…

Bon le fauteuil c'était bien, mais le canapé pour la sieste ça le faisait aussi... (1985)

La télévision antédiluvienne mais si moderne à l’époque, avec ses boutons lumineux activés par simple contact, même pas besoin de les enfoncer !! Avec au-dessous du poste un appareil bizarre avec un gros bouton tournant qui faisait un barouf d’enfer et qui permettait de faire bouger l’antenne sur le toit et de la rediriger !! Révolutionnaire !! Grâce à lui on pouvait capter les chaînes françaises, suisses et allemandes. Je me souviens aussi du jour où cet engin du diable a pris feu alors que j’étais assis devant la télé, j’étais encore petit et ma jambe dans le plâtre m’empêchait de bouger… Mes cris ayant alerté ma grand-mère dans la cuisine, elle n’a pas cherché longtemps avant de balancer la machine par la fenêtre du premier, manquant de peu d’assommer mon grand-père qui passait par là à ce moment… cette trouille ! Et surtout ensuite, cette rigolade !

 

Le grand lit double (pas un lit deux places, mais deux lits une place, accolés l’un à l’autre, ça faisait encore plus de place !) dans la chambre de mes grands-parents. Quand je restais chez eux dormir, j’avais parfois le droit de me mettre au milieu entre eux…

 

La chambre du fond, celle de mon plus jeune oncle Laurent qui a pile 10 ans de plus que moi, et que j’avais le droit d’aller réveiller le week-end ! C’est dans cette même chambre que pendant une fête de famille, mon cousin Aymeric et moi avions enregistré une cassette sur mon petit magnétophone portable, on y faisait des imitations comme dans le Bébête-show qui faisait fureur au début des années 1980.

 

La cuisine, quand à 17h00 c’était l’heure du casse-croûte avec mon grand-père. Un peu de saucisse, du pain, de la moutarde condiment et des cornichons. Là qu’il me faisait réviser mes premiers cours de géographie. Le nom des continents et des océans. Le panier du chien, Pilou, mon meilleur ami, coincé entre le conduit de cheminée et le meuble sur lequel était posée la radio.

Pilou : un allié de choix quand il s'agissait de débusquer les chocolats cachés dans le jardin à Pâques ! (1981)

Et puis la salle de bain… dans notre logement des mines, voisin de celui de mes grands-parents, il n’y avait pas de salle de bain, alors c’était chez eux que je venais profiter de la baignoire où je pouvais barboter un temps qui me paraissait infini, avec mes playmobils on avait du mal à m’en faire ressortir ! Encore 5 minutes maman s’il-te-plaît, on n’a qu’à refaire couler un peu d’eau chaude !!

Les escaliers des communs où ma grand-mère disposait des pots de fleurs pour décorer… gamin j’adorais les orvets et je connaissais tous les endroits où on pouvait en trouver pas trop loin de chez moi, en bordure de champs et de forêt… et j’aimais bien en ramener avec moi, mais interdiction d’entrer chez ma grand-mère avec ! Alors je les déposais dans les fameux pots de fleurs en attendant, c’était bien pratique. Un peu tête en l’air, je ne pensais pas toujours à les récupérer en partant. Ce qui a provoqué une belle peur à ma grand-mère quand un jour, pensant ramasser une ficelle, c’est un orvet qui s’est enroulé autour de ses doigts !!

 

La cave où co-habitaient l’établi de mon grand-père et les étagères pleines de bocaux de conserves faits par ma grand-mère. C’était là aussi où il faisait fermenter le chou à choucroute. Cette cave dans laquelle aujourd’hui je ne peux même pas me tenir droit, j’ai quelques centimètres de trop pour ça…

Marie à côté du sapin de Noël replanté (1987) : les deux ont aujourd'hui bien grandi  ;-)

Le jardin, où chaque platebande était délimitée au cordeau, mon grand-père ne plaisantait pas avec ça, tout était mesuré au centimètre près… C’était là aussi où il avait planté ses rosiers qui faisaient sa fierté. Le lilas au fond du jardin marquait de ses fleurs chaque retour du printemps. Le mirabellier du voisin et ses jolis fruits jaunes, le tilleul dont les fruits sous forme de boules accrochées à une sorte de petite feuille tombent en tournoyant comme des mini-hélicoptères à une seule pale… Et dans le petit carré de gazon qui échappait au potager, je me souviens encore quand il a planté le sapin de Noël en pot. L’arbre est toujours là et il a bien grandi, il fait plusieurs mètres aujourd’hui.

 

Je pourrais comme ça décliner à l’infini les exemples.

 

Alors imaginez la somme de souvenirs qui doivent se bousculer dans l’esprit de ma grand-mère…

Je lisais il y a peu de temps qu’un déménagement, même voulu, même pour un lieu de vie plus agréable, est toujours difficile à vivre, a toujours un véritable impact psychologique et peut s’avérer émotionnellement violent. Elle qui était, avec les années, devenue la doyenne de son quartier n’avait jamais déménagé depuis ses 18 ans !! Pourtant elle n’a rien laissé paraître de tout ça. Et quand est arrivée l’heure de Questions pour un champion, ce samedi de bouleversement de toute une vie, elle s’est simplement installée devant sa télévision, sur son fauteuil, dans sa nouvelle chambre.

 

Ça doit être ce qu’on appelle le courage. La force de caractère. Ou peut-être tout simplement la sagesse.

J'aurai 92 ans dans 2 jours et j'ai passé 26 688 jours dans la même maison, je suis, je suis ?...

PS : Comme toujours, merci à ma petite sœur pour ses talents de photographe et pour les scans de vieilles photos...

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28 octobre 2019 1 28 /10 /octobre /2019 07:30

Que ce soit par sa couverture que je trouve particulièrement hideuse, par son titre en forme d’oxymore lourdingue, ou par sa quatrième de couverture qui annonce une avalanche de thèmes SF et Fantastiques agglomérés les uns aux autres sans autre forme de procès (il énumère pêle-mêle un premier contact avec une intelligence extraterrestre, mais aussi un homme-machine, une femme aux personnalités multiples, un vaisseau spatial mystérieux et un commandant de bord vampire !!!), le moins qu’on puisse dire c’est que Vision aveugle de Peter Watts ne paie pas de mine au premier abord.

 

Et pourtant, il en a sous le capot.

 

Tout d’abord, précisons que le titre, tout maladroit qu’il semble, n’est rien d’autre que la traduction française d’un phénomène scientifique (Blindsight en anglais) qui désigne la perception visuelle résiduelle et inconsciente de patients dont les aires corticales visuelles ont été endommagées au point de les rendre cliniquement aveugles. Bref, le titre a beau être moche, il n’est pas là par hasard, il a un réel sens scientifique et annonce la tonalité du livre sur le fond. Oui, il va y être question de sciences, et oui il va aussi y être question de perceptions…

 

Ensuite, cette quatrième de couverture qui ressemble plus à un gros fourre-tout SF qu’autre chose, ne rend pas hommage au contenu du livre. Il parvient en quelques mots non seulement à être réducteur (car il y a encore bien d’autres thèmes non énumérés qui sont abordés dans Vision aveugle) mais aussi à paraître confus et fouillis : sacré paradoxe !

Je vous l’affirme cependant ici : oui c’est très dense et très riche, et non ce n’est pas le gros bordel, c’est même plutôt limpide et parfaitement maîtrisé. Tout colle, tout s’emboîte, un vrai Rubik’s Cube littéraire. Aucune crainte à avoir donc de ce point de vue là.

 

En revanche, j’aime autant vous prévenir d’emblée : ça n’a rien de la petite bluette inoffensive. Il y a un vampire, mais on n’est pas dans Twilight hein. Non, du tout même, avec Vision aveugle on nage en pleine hard-science. Et pas du genre à prendre le lecteur pour un imbécile (au contraire même : parfois faut s’accrocher pour ne pas être dépassé par les concepts et les idées scientifiques développées…). D’ailleurs même le concept de vampire est traité d’un point de vue purement scientifique (et à ce titre c’est fait de façon originale, innovante et convaincante : ce n’est pas rien sur un thème archi-utilisé par ailleurs !).

 

Mais je réalise que je n’ai pas encore expliqué clairement de quoi ça cause ! Alors je vais tenter de faire clair et concis, mais je ne garantis pas le résultat…

 

On est en 2087. L’humanité a beaucoup évolué, la science fait partie du quotidien. Le post-humanisme est une réalité : les humains sont très majoritairement « augmentés ». La Terre vient d’être intégralement « scannée » par une myriade d’engins, tels des lucioles mécaniques, qui semblent avoir transmis les informations quelque part aux abords de la ceinture de Kuiper, où un artefact, a priori d’origine extraterrestre, a été repéré. Le vaisseau d’exploration Thésée est envoyé afin d’établir un contact avec cette entité étrange et qui échappe à toute analyse… À bord du Thésée, un équipage restreint mais ultra-spécialisé. Il y a Siri Keeton (le personnage principal du roman) un observateur hors-pair qui a acquis une capacité d’observation, d’analyse et de synthèse extraordinaire après avoir subi l’ablation d’une partie de son encéphale, opération qui l’aura aussi dépourvu d’empathie et de la possibilité de ressentir des émotions. Il y a Isaac Szpindel, un biologiste multi-connecté à toute une série de machines et de drones qui sont autant de membres supplémentaires rattachés à son corps bio-mécanique. Il y a Susan James la linguiste qui est une femme hébergeant quatre personnalités différentes, se complétant les unes les autres pour un maximum d’efficacité. Il y a Amanda Bates la militaire au tempérament pacifique mais au lourd passif, présente pour assurer la sécurité de tous. Et enfin il y a Jukka Sarasti, le commandant de bord et accessoirement vampire. Oui un vampire, ou plus exactement un Homo Vampiris, puisque les avancées de la génétique ont permis de mettre à jour l’existence de cette ancienne branche disparue de l’humanité, et de la recréer en laboratoire. Sarasti est doté des capacités hors-norme de son espèce : un intellect supérieur et un physique de chasseur, mais aussi des pulsions criminelles à l’égard des humains qu’il voit comme du bétail tout au plus…

Lorsque le Thésée arrive à destination, le « premier contact » va avoir lieu, et réserver quelques surprises. L’entité extraterrestre se présentera d’elle-même sous le nom de Rorschach, et s’avérera déconcertante à plus d’un titre…

 

Voilà, voilà… rien que là, déjà on est tenté de dire qu’il y a du grain à moudre. Pourtant on est encore loin du compte, car Peter Watts va très loin dans son roman, et aborde de manière à la fois intelligente et très intéressante une multitude de sujets, souvent à connotation scientifique d’ailleurs, qui balaieront des thèmes tels que la biologie, la psychologie, le langage, la communication, la perception, la conscience, la technologie, la neurologie, la génétique, l’astrophysique, etc...

Et comme souvent quand on pousse une réflexion scientifique un peu au-delà de ses limites concrètes, on touche inévitablement à la philosophie. Ce que Peter Watts ne se prive absolument pas de faire, son roman étant également un questionnement sur ce que nous sommes, en tant qu’individus et en tant qu’espèce. On abordera ainsi des théories et des concepts passionnants, dont toute une série de réflexions autour de la conscience. Est-elle indissociable de l’intelligence ? Lui est-elle indispensable ? Ou est-ce un accident de l’évolution, voire même un frein à l’évolution ?

 

Alors, ça peut aussi faire un peu peur tout cet étalage de théories scientifiques et de concepts parfois un peu abstraits, et je ne vous cache pas qu’il vaut mieux être concentré en lisant ce bouquin. Si c’est pour le lire sur la plage d’un œil distrait par les bikinis qui vous entourent, ça risque d’être ardu. Mais avec un peu de bonne volonté et loin de la mer ça devrait le faire.

De la SF pure et dure donc, mais attention pas dans la veine space-opera hein. Inutile de chercher la queue d’un wookie ou l’ombre d’un petit gris (d’ailleurs j’ai beaucoup apprécié que l’auteur sorte ainsi des sentiers battus du type humanoïdes à grosse-tête ou insectoïdes géants comme incarnation d’une vie extraterrestre, c’est innovant !). Bref, si tout ce que je viens de vous raconter ne vous a ni barbé, ni fait fuir, alors pas d’hésitation : je conseille cette lecture !

 

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24 octobre 2019 4 24 /10 /octobre /2019 13:20

Film inattendu, film ovni, film hybride, Joker est difficile à définir avec exactitude, mais une chose est certaine : il ne fait pas partie de ceux qu’on classe parmi les œuvres qui laissent indifférent.

 

J’ai d’ailleurs assez de mal à synthétiser et ordonner mes pensées à son sujet. Pas évident dans ces conditions d’en parler ici de manière claire et un minimum organisée, mais bon, je vais essayer quand même.

 

À mes yeux donc, Joker fait partie des inclassables, qui appartiennent à un genre mais pas que. C’est pas clair ce que je dis hein ? C’est bien ce que je disais…

Qui sait ce qu'il se passe dans l'esprit de cet homme ?

Partons du synopsis « google » du film, que je vous recopie ici :

 

Dans les années 1980, à Gotham City, Arthur Fleck, un comédien de stand-up raté est agressé alors qu'il erre dans les rues de la ville déguisé en clown. Méprisé de tous et bafoué, il bascule peu à peu dans la folie pour devenir le Joker, un dangereux tueur psychotique.

 

Personnellement je trouve ce synopsis nul, car plutôt déconnecté de ce qu’est le film en réalité.

Pour commencer je me suis permis de corriger un tantinet, puisque pour google « Arthur [...] ère dans les rues... », no comment.

Ensuite dans le contenu : Arthur Fleck n’est pas un comédien de stand-up raté, mais rêve de faire du stand-up sans jamais encore avoir eu le courage de s’essayer à l’exercice. Il est agressé dans la rue, mais pas alors qu’il y errait (èrait ?!?) déguisé en clown, il fait de la retape sur le trottoir devant un magasin pour inciter les gens à y entrer, et il est engagé pour le faire déguisé en clown. C’est à cette occasion qu’il se fait agresser. Quant au « il bascule peu à peu dans la folie » alors là je crois que vous n’aurez pas besoin de plus de 5 minutes du film pour vous rendre compte qu’il ne bascule dans rien du tout mais qu’il est bel et bien cintré dès le départ, et bien copieusement. Tout au plus au cours du film décide-t-il de se rebiffer face à tout ce qu’il subit encore et encore, l’arrêt de sa médication le poussant progressivement à ne plus se laisser faire.

Arthur, en bon fils, s'occupe de sa maman

Alors je vous propose donc un résumé à ma sauce, histoire de palier aux manquements de google.

 

Le quotidien d’Arthur Fleck (Joaquin Phoenix), âme solitaire au sein de la mégalopole de Gotham City, est bien morne. Vivant dans un petit appartement sordide qu’il partage avec sa mère (Frances Conroy) dépendante de ses soins, il est lui-même suivi par les services sociaux de la ville qui lui assurent un minimum de soins psychiatriques. Pour survivre il travaille en tant que clown dans une boîte de services qui l’envoie au gré des commandes tantôt dans un magasin, tantôt en hôpital pour enfants. Arthur a un rêve, celui de devenir comédien de stand-up, faire de la scène, devenir un comique reconnu à l’image d’une de ses idoles, l’animateur de show télévisé Murray Franklin (Robert De Niro). Mais ça c’est dans sa tête car dans la vie de tous les jours Arthur est moqué, conspué, méprisé, rabaissé, ou dans le meilleur des cas ignoré par son entourage. Parce qu’Arthur est ostensiblement… différent, c’est le moins qu’on puisse dire. Foncièrement gentil et luttant jour après jour pour faire bonne figure en toute circonstance, la réalité est pourtant cruelle : il est rejeté par à peu près tout le monde. Il est qui plus est affublé d’un toc incontrôlable, dès lors qu’il est soumis à de trop fortes émotions il est pris d’un fou-rire de dément qui nourrit incompréhension, peur et parfois haine de la part de ses interlocuteurs…

Quand un fou-rire le prend...

Voilà donc le point de départ du film.

J’aime autant vous prévenir de suite : Joker a beau être classé comme « film de super-héros » parce que son personnage principal est l’ennemi juré de Batman dans les comics made in DC, il ne partage presque rien de commun avec cette caste de films dont la forme canonique a été quasi-imposée par Marvel Studio depuis ces 10 dernières années. Le rapport aux super-héros restera, tout du long du métrage, ténu. D’abord comprenez bien que vous n’en verrez pas l’ombre d’un. Batman n’existe pas encore dans cette Gotham des années 1980, et pour cause : Bruce Wayne est encore un enfant. On croisera bien le petit Bruce (Dante Pereira-Olson) à travers deux scènes mais là n’est pas l’important, c’est même je pense plus par souci de livrer le service minimum aux fans, car avec ou sans lui le film fonctionne parfaitement.

Il est temps d'apprendre au jeune Bruce à rire...

Le Wayne qui a un peu plus d’importance dans cette histoire c’est Thomas Wayne (Brett Cullen), le père du futur Dark Knight. Et c’est peu de dire qu’il ne tient pas vraiment le beau rôle dans l’histoire. Politicien à l’ancienne, incarnation de la méritocratie et du libéralisme galopant, adepte de la philosophie du « aide-toi toi-même et le ciel t’aidera » et du « quand on veut on peut », devises toujours plus faciles à promouvoir quand on dort dans des draps de soie que sur un morceau de carton dans la rue, Thomas Wayne n’est pas foncièrement un homme mauvais, mais sa personnalité un brin hautaine et d’une assurance aveugle en ses principes cristallise la lutte entre l’élite et la plèbe, les riches et les pauvres, les nantis et les exploités. De là à dire que le film fait dans la satyre politique et dénonce des problèmes qui bousculent régulièrement nos sociétés occidentales modernes il n’y a qu’un pas, et selon vos propres opinions et tendances politiques vous pourrez certainement y reconnaître des allusions à l’un ou l’autre hommes politiques actuels.

Quand Thomas Wayne, un homme puissant qui veut se faire élire maire, passe à la télé...

C’est donc à très peu de choses que se réduit « l’enduit » super-héroïque du film de Todd Philips : le nom de la ville et de deux des principaux protagonistes. Exit les super-pouvoirs, exit les costumes moule-burnes et cape au vent, même l’accoutrement si spécifique du personnage du Joker est ramené à sa source et perd ainsi sa vocation de « costume de super-vilain », ici Arthur Fleck n’est rien d’autre qu’un clown, un clown triste, qui rit quand en réalité il voudrait pleurer. Même cette caractéristique-là est remise en question : le fameux rire sardonique du Joker n’a rien de malveillant à la base, c’est bien au contraire sa malédiction, l’expression de ses maux les plus profonds, contre laquelle lui-même ne peut rien, dont il est lui-même la première victime. Todd Philips pousse encore plus loin : même son surnom de Joker il ne l’a pas vraiment choisi. Il s’en affuble comme un pied de nez à l’humiliation permanente dont il fait l’objet.

Toujours faire bonne figure...

À mes yeux il est donc clair que Joker n’est pas, et n’a certainement même jamais cherché à être dans l’esprit de son scénariste et réalisateur Todd Philips, un film super-héroïque.

On ne nous y parle pas de super-humains, mais bel et bien d’humains. Profondément humains, dans tout ce que cela peut comporter de triste, sordide ou désespérant. Le portrait de nos sociétés est de ce point de vue plutôt gratiné mais pas trop, malheureusement, éloigné de la réalité. Le rejet de l’autre, en particulier de tout ce qui sort de la norme, de tout ce qui ne nous ressemble pas, de tout ce qu’on ne comprend pas (et qui nous fait donc peur), de tout ce qu’on considère comme faible ou bizarre, mais aussi la solitude profonde qu’implique parfois le « chacun pour soi » et tout ce que peuvent engendrer les règles de fonctionnement de notre civilisation (dont le vernis craquelle de plus en plus et peine souvent à maquiller ce qui la régit en partie, à savoir la sempiternelle loi du plus fort), le film Joker fait plus que dénoncer tout cela : il le montre. De façon crue. Parfois insoutenable. Et fait réfléchir. Se questionner.

Confronté à la réalité du monde, le clown est triste...

D’ailleurs en prenant la peine de nous faire nous poser des questions, le film s’est vu paradoxalement accusé des maux qu’il tente de dénoncer. Alors que lorsqu’on s’y attarde un peu, il semble évident que Joker critique la société et le système actuel qui n’a pour conséquences que d’exacerber la violence et les confrontations sociales, le film a par certains été soupçonné d’être une forme de plaidoyer pour la violence. D’inciter, pire : de justifier la violence, la révolution sociale et l’anarchie. Comme lorsqu’une œuvre qui veut dénoncer le racisme montre des racistes et se fait traiter en retour de raciste elle-même. C’est du reste assez déprimant et tristement révélateur de l’état actuel de notre société et du niveau intellectuel général. Ne pas être capable d’un minimum de recul et de relativisation face à un film, pour en tirer le message pourtant pas si compliqué à comprendre, ça en dit long sur le manque de maturité et le niveau de connerie ambiante.

Que le film ne soit pas pour tout public il me semble qu’il s’agit d’une évidence que de le dire. Mais l’accuser de tous les maux qu’il tente pourtant finement de dénoncer, c’est vraiment n’y rien comprendre à rien.

Murray Franklin, source d'admiration ... et d'humiliation pour Arthur

Plutôt que d’accuser le film de promouvoir la violence des rues et de la justifier, ne pourrait-on pas aller un chouïa plus loin dans le propos ? Moi j’ai trouvé que le film pose plus qu’un constat, il pose des questions. Questions pas faciles et auxquelles il revient à chacun de chercher à répondre. Sur le fonctionnement de nos sociétés, sur la place de chacun. Mais aussi sur les notions, peut-être à un niveau un poil plus philosophique (en espérant n’avoir pas prononcé un gros mot en disant cela), de bien et de mal. De folie et de normalité. D’universalité et d'individualité.

Et à un degré encore supérieur, comme à chaque fois qu’une œuvre pose des questions et quel que soit le sujet qui fâche abordé, peut-être que ce film peut contribuer à se rendre compte d’une évidence qui ne l’est pourtant pas aux yeux de tous : que pour discuter, argumenter et débattre d’un sujet, encore faudrait-il commencer par essayer de le cerner et de le comprendre. N’est-ce pas là le but de toute question : comprendre ? Il semble pourtant que cette notion échappe à un certain nombre de gens…

Bientôt Arthur va déployer ses ailes et prendre son envol...

Alors comme souvent je suis parti en totale digression sur le fond, et j’en ai finalement assez peu dit sur le film en lui-même.

Sachez que ce n’est pas un film facile à regarder. Parce qu’il montre des choses pas forcément faciles à accepter, parce qu’on les sait, qu’on les ressent très vraies.

Difficile par exemple de vous dire que j’ai aimé ce film comme je pourrais le dire d’une comédie amusante ou d’un divertissement réussi. Je suis sûr de le revoir un jour, mais ce serait mentir que de dire que je n’ai qu’une envie c’est de le revoir ! Peut-être parce qu’il est assez puissant pour bien vous rester en mémoire dès la première vision, peut-être aussi parce que ce film ne joue pas sur une notion basique qu’on cherche souvent à ressentir en tant que spectateur : le plaisir. Non, ce film ne donne pas du plaisir au spectateur. Il lui donne à réfléchir, il lui donne peut-être un peu le blues, peut-être même des frissons à y repenser. Mais pas du plaisir, ce qui finit d’ailleurs de le sortir définitivement, si quelqu’un avait encore des doutes à ce sujet, de la catégorie des « films de super-héros » comme je le disais plus haut.

Entre fou-rire compulsif et sourire forcé, Arthur peine à cacher sa tristesse

Et j’ai envie de dire exactement la même chose de la prestation de Joaquin Phoenix, absolument impérial en Arthur Fleck / Joker. Il impressionne, il estomaque, il échappe à toutes les comparaisons possibles (alors que pour ce rôle c’était le plus gros enjeu à mon avis, se sortir des précédentes interprétations du personnage qui avaient tant marqué les spectateurs en leur temps : la très colorée et roublarde version « historique » du génial Jack Nicholson, la noirceur et le nihilisme qui suintait de la version « grunge » de Heath Ledger, et dans une bien moindre mesure la folie exubérante et bien trop démonstrative de la version « tatouée » de Jared Leto, pour ne citer que les trois principales de ces 30 dernières années). Le Joker de Joaquin Phoenix ne ressemble à rien de ce qu’on a déjà pu voir, et pourtant s’impose avec une autorité hallucinante comme une version à la fois aboutie, définitive, parfaitement cohérente et indiscutable du personnage. Joaquin Phoenix a tout bonnement recréé le personnage, ni plus ni moins, ce qui en soi est déjà une véritable prouesse. Il se l’est totalement approprié, il est le Joker, à part entière. On entend souvent ce genre de commentaire quand un artiste tente de reprendre un rôle mythique, ou une chanson déjà très connue. Et bien souvent on l’utilise à tort, on exagère largement. Joaquin Phoenix lui, l’a juste fait. Et il l’a tellement bien faite, cette appropriation, qu’il n’y a strictement rien à redire.

Et si finalement le bonheur était possible pour Arthur ?

Là où il a fait très fort, c’est qu’on ne voit à aucun moment Joaquin Phoenix à l’écran, mais bel et bien Arthur Fleck. On y croit à 200 %. Il ne surjoue pas une seconde, alors que ce piège était ouvert et béant pour le comédien, de tomber dans le « too much » avec un tel personnage, si extrême, si spécial, tellement hors-norme. Joaquin Phoenix est d’une justesse impressionnante du début à la fin, même dans les scènes les plus casse-gueule telles que les moments où Arthur est pris de son fou-rire irrépressible, quand il se lance dans le stand-up, les séquences où il se maquille face à son miroir, ou encore celle où il a un rendez-vous amoureux. À chaque fois il est parfaitement dans le rôle, convaincant, habité, et nous emporte avec lui. La performance de l’acteur est juste phénoménale.

Un Joker inédit mais évident

Le comédien a déjà une filmographie longue comme le bras, et a su se forger une carrière à base de films hétéroclites de tous genres. Et franchement, on voit que le garçon sait mener sa barque, parce que dans le lot je n’y vois aucun navet ou film honteux. Si j’étais joueur, je crois que je mettrais bien une petite pièce sur l’Oscar du meilleur rôle pour son Arthur Fleck cette année…

Arthur Fleck, un type qui ressemble vaguement à Joaquin Phoenix...

En conclusion, malgré tout le bien que je pense de Joker j’hésite à le conseiller à tout va et sans distinction, car je sens que ce film ne plaira pas à tout le monde. En revanche ce que je peux vous conseiller, c’est de ne pas y aller avec trop d’idées préconçues si jamais vous décidiez de le voir. N’attendez rien de précis. Et à coup sûr, malgré tout, vous vous ferez surprendre par ce que vous verrez. Là-dessus aussi je mets une petite pièce...

L'affiche du film

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