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Avant de lire les notes que je fais sur les films que je vois et les bd que je lis, sachez que dans mes commentaires il m'arrive parfois de dévoiler les histoires et les intrigues. Ceci dit pour les comics, je n'en parle que quelques mois après leur publication, ce qui laisse le temps de les lire avant de lire mes chroniques.
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7 juillet 2020 2 07 /07 /juillet /2020 16:01

Voilà un roman norvégien qui n’a été traduit en français qu’en 2014, alors qu’il a paru en Norvège en 1989. Le livre a été un immense succès dans son pays d’origine, imaginez un peu : 150 000 exemplaires vendus pour une population de 5 Millions d’habitants.

 

Premier volume d’une trilogie, Le Zoo de Mengele de Gert Nygårdshaug arbore un titre trompeur. Car il n’y a aucune trace de nazi ni de seconde guerre mondiale dans ce livre. Tout au plus est-il fait allusion à un moment au fameux docteur Josef Mengele, criminel de guerre nazi qui s’expatria en Argentine, puis au Paraguay et au Brésil, pour échapper aux différents mandats d’arrêt qui furent émis à son sujet.

Non, le thème de ce roman est tout autre. Il y est question d’écologie, de déforestation, de pollution de l’environnement naturel par l’homme. Et du combat de quelques-uns contre les assauts destructeurs et répétés que la frange la plus avide de l’humanité fait subir à la planète.

 

Mino Aquiles Portoguesa a six ans, il vit en famille dans un petit village au cœur de la vaste forêt amazonienne. Ici on vit chichement mais on est riche des autres par l’entraide, et de la nature avec laquelle on vit en osmose. Le père de Mino l’a initié aux beautés de la forêt tropicale, et le garçon est devenu, comme son père, un vrai spécialiste des papillons. Il les attrape pour son père qui les prépare et les vend aux collectionneurs une fois naturalisés.

Tout change pour le village quand une grande compagnie pétrolière américaine débarque, forte de ses autorisations données par un gouvernement local corrompu, et commence l’exploitation du sous-sol, dévastant tout sur son passage. La situation se dégrade rapidement et dégénère jusqu’à la rébellion des habitants. Les armeros à la solde des pétroliers massacrent alors la population. Mino, qui était parti sur les traces d’un magnifique papillon légendaire bleu, est le seul à en réchapper. Commence alors pour lui une vie d’errance et de survie dans la forêt, au cours de laquelle il va rencontrer Isidoro, un magicien ambulant qui gagne sa vie en voyageant à travers tout le continent pour y proposer son spectacle de prestidigitation. Isidoro prend Mino sous son aile, le forme à l’illusionnisme et lui enseigne tout ce qu’il sait. C’est ainsi que Mino devient saltimbanque et sillonne l’Amérique latine. Mais partout où son maître et lui se rendent, ils voient la même chose : les compagnies étrangères avides d’argent s’implantent, secondées sur place par des soldats et mercenaires de toutes sortes, et la nature autant que les populations locales en sont les premières victimes. Plus Mino grandit, plus il assiste à ce spectacle destructeur, plus la conviction qu’il faut réagir et se battre contre ce genre d’exactions fait son chemin en lui. Sa réponse va être à la hauteur des agressions, et c’est par la violence et le meurtre qu’il va s’élever contre tous ceux qu’il juge responsables du saccage de la forêt amazonienne. Il crée avec trois amis qui partagent ses idées, le mouvement terroriste Mariposa (qui se traduit par Papillon en espagnol) qui obtient une renommée internationale, s’en prenant aux multinationales à travers le monde entier.

 

Bien qu’écrit voici plus de trente ans déjà, ce livre est d’une actualité et d’une modernité impressionnante. Le roman décrit et dénonce le comportement des sociétés et compagnies ultra-libérales qui ne jurent que par les chiffres, la mondialisation galopante, le productivisme effréné et les profits indécents au détriment de la nature, des populations locales ou indigènes et des écosystèmes fragiles. Le livre montre l’ampleur du désastre écologique et humain, et se positionne assez radicalement : la seule solution passe par la violence extrême, l’écoterrorisme semble la seule voie possible contre la fatalité mortifère de nos sociétés capitalistes.

 

C’est d’ailleurs assez finement amené et montré. Mino du haut de ses six ans ne se transforme pas du jour au lendemain en Punisher vert après que toute sa famille, et tout son village, aient été exterminés sous ses yeux. C’est en voyageant et en observant la triste réalité qu’il se forge ses convictions extrémistes. Il n’y a du reste pas de trace de méchanceté en lui, au contraire Mino est un enfant doux, joyeux, presque naïf, qui a plutôt tendance à aimer son prochain, pas à lui vouloir du mal. Pourtant, quand il s’agit de ceux qu’il qualifie de dangers pour la nature, il se métamorphose en tueur froid et sans pitié. Pour lui, la fin justifie les moyens, et il a trop vu où l’inaction mène pour ne pas agir en conséquence. Le jeune homme va vite faire trembler les plus puissants, et son mouvement va rencontrer un élan très largement favorable dans l’opinion publique. Signe des temps…

 

Le roman de Gert Nygårdshaug est très engagé, et à travers son personnage, l’auteur ne laisse pas beaucoup de doutes sur ses convictions politiques et écologiques. Sur l’urgence de la situation et sur la fatalité des conséquences si on ne réagit pas vite et fort. Sur les moyens à employer je resterai moins affirmatif : s’il explique la chose du point de vue de Mino il n’élude pas pour autant l’extrême violence des mesures prises par Mariposa, et il ne cache rien des meurtres et attentats perpétrés par les éco-warriors idéalistes. Ce faisant, il pose ouvertement la question, et c’est au lecteur de se déterminer : la fin justifie-t-elle réellement les moyens, tous les moyens ? Et c’est assez troublant, car on ne peut évidemment pas s’empêcher de le trouver sympathique ce jeune Mino. Mais qu’en penserions-nous si tout cela arrivait dans la réalité et non dans un roman ?

 

Car j’ai omis de le préciser jusqu’ici, mais cela a son importance : le style du roman joue énormément dans la manière dont le lecteur appréhende l’histoire. Et ici, s’il s’agit en partie d’un roman écrit sur le mode du thriller, écologique certes, mais thriller quand même, il a cependant une double-casquette qui fausse un peu la donne : le roman revêt également les atours du conte et de la fable à plusieurs moments. Si le début, au cours duquel Gert Nygårdshaug pose ses personnages, verse dans un réalisme classique, très vite, dès lors que Mino est livré à lui-même, puis quand il vagabonde en compagnie d’Isidoro, l’histoire bascule par petites touches dans la fable. Cela se traduit par des éléments tout droit sortis de contes fantastiques ou de légendes : des plantes aux pouvoirs magiques, un trésor au fond de la mer, des exploits physiques extraordinaires de la part de Mino…

D’autres détails penchent vers l’aspect irréel du conte : jamais au cours des pérégrinations de Mino et Isidoro à travers toute l’Amérique du Sud on ne cite de pays existant, tout le continent semble parler la même langue, mélange de portugais et d’espagnol, et il flotte dans l’air un parfum d’onirisme dès lors que l’auteur décrit la forêt, ses habitants et ses ressources insoupçonnées…

 

Bref, tout cela compilé, semble démontrer que l’auteur a sciemment fait en sorte que son récit ne soit pas totalement et uniquement ancré dans le réel. Pour faciliter son récit ? Pour se ménager quelques effets difficilement transposables dans le plus strict cadre du réalisme pur ? Pour réduire un peu la violence et le jusqu’auboutisme de Mino et la Mariposa ? Difficile à dire, impossible d’être trop affirmatif. Je pense qu’il s’agit là d’une manière pour Gert Nygårdshaug de laisser une part de responsabilité au lecteur, peut-être même de l’obliger à s’impliquer en se posant des questions, en le laissant décider de son propre degré d’engagement avec l’histoire et les motivations des personnages.

 

Toujours est-il que la forme de ce roman vient un peu troubler l’ensemble du message, le rendant moins direct car en partie (en partie seulement !) déconnecté de la réalité.

 

En toute honnêteté, cet aspect du roman m’a un peu dérouté, et je dirais même, mis mal à l’aise. Je l’ai déjà dit à l’une ou l’autre reprise ici, je ne suis pas un adepte du conte et de la fable moderne. Ce genre littéraire a tendance à me laisser en dehors du récit. Traiter de la magie par exemple, comme d’un élément fantastique d’une histoire, et composer avec en tant que telle, je suis parfaitement ok (l’exemple qui me vient à l’esprit tout de suite : le Docteur Strange de Marvel ou tout bonnement Harry Potter). Je ne suis pas fan de magie, mais dans un contexte bien précis je suis capable de l’accepter comme n’importe quel autre élément fantastique qu’on pourrait introduire. Mais faire du « merveilleux » un élément de la normalité, sans en faire remarquer l’aspect exceptionnel, irrationnel, là j’ai tendance à tiquer. Un élément peut tout à fait être de nature « fantastique », mais il faut le revendiquer comme tel et l’expliquer (même si l’explication est farfelue, elle a au moins le mérite d’exister). En ce sens, j’ai par moment ressenti la même chose qui m’a tenu un peu à l’écart de l’histoire que lors de ma lecture de Cent ans de solitude dont j’ai déjà parlé ici. En moins extrême, mais tout de même, par petites touches c’était analogue. Certainement d’ailleurs, que le contexte géographique commun des deux romans (dans les deux cas on est en Amérique du Sud sans savoir exactement où) a renforcé le rapprochement que j’ai fait entre ces deux livres.

 

Au chapitre des bémols que je pourrais apporter au Zoo de Mengele, j’ai également envie de mentionner une narration un peu inégale tout au long du livre. Certains passages m’ont semblé un peu longuets, un peu trop lents, alors que d’autres ménagent un suspense dévorant. Rien d’absolument rédhibitoire, mais j’ai eu un peu de mal sur la première partie du roman à entrer dans l’histoire, en partie à cause de cela aussi.

 

En revanche, la fin du roman rattrape largement les traces d’ennui que j’ai pu ressentir au début, et c’est surtout toute la réflexion que le livre nous engage à avoir sur ses thématiques (Comment combattre efficacement pour l’écologie et la sauvegarde de la nature ? Le terrorisme peut-il sous certaines conditions se justifier ?) qui me fait vous conseiller sa lecture.

D’autant qu’il s’agit de la première partie d’une trilogie, et qu’ayant déjà lu le second tome, je peux vous assurer que la suite n’est pas du tout telle qu’on pourrait l’attendre, ce qui a été pour moi une très agréable surprise. Mais ça, on en reparlera un jour ici...

 

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2 juillet 2020 4 02 /07 /juillet /2020 06:58

Oulah mais dites voir, ça fait un bail que je n'ai pas consacré un article complet à une série télévisée ! Pourtant j'en consomme en grande quantité, ceux qui suivent un peu la rubrique Avis vite dits sur ce blog le savent.

J'en regarde beaucoup disais-je, et j'en vois souvent de très bonnes, voire d'excellentes. Et puis de temps à autres, il y a des pépites qui émergent. Des trucs insensés, des ovnis sortis de nulle part, qui vous chopent par les roustons et vous retournent comme une crêpe.

 

C'est l'effet qu'a eu sur moi L'Effondrement, une petite série française sortie en novembre 2019, très courte (8 épisodes d'environ une vingtaine de minutes), mais d'une intensité rare. Créée, écrite et réalisée par un collectif nommé Les Parasites (qui regroupe les auteurs Guillaume Desjardins, Jérémy Bernard et Bastien Ughetto, ce dernier incarnant également un des personnages à l'écran), la série se fonde sur les thèses de la collapsologie, autrement dit sur l'idée d'un effondrement de la société sur elle-même, victime de ses propres excès et travers.

Bastien Ughetto, co-créateur mais aussi comédien dans un épisode touchant.

La série produite par Canal+ n'est pas une « simple » série post-apocalyptique de plus, ça va bien au-delà. D'abord parce qu'elle ne traite pas d'une catastrophe distincte. En effet, à aucun moment dans la série on ne connaît l'élément déclencheur, le grain de sable qui aura enraillé la machine et foutu par terre quelques milliers d'années d'évolution de la société humaine. C'est d'ailleurs assez logique dans le contexte de la collapsologie que les raisons de l'effondrement soient multi-factorielles. Le spectateur est libre d'imaginer ce qu'il voudra : mouvement social, sociétal, financier, catastrophe environnementale, économique ou sanitaire, choc écologique, dérives sécuritaires, peu importe, ce qui compte c'est le résultat. Et le résultat c'est que la société part en vrille. Lentement d'abord, par à coups, ou parfois plus brutalement, mais elle se désagrège inexorablement.

Samir Guesmi va faire tout son possible et ne s'avoue pas vaincu facilement.

Chaque épisode possède donc un titre à double entrée : temporelle et spatiale. Le premier épisode par exemple se nomme J+2 : Le supermarché. Il montre ce qu'il se passe 2 jours après la date du début de l'effondrement, dans les rayons d'un supermarché. On commence donc ainsi au jour J+2 et on va progresser dans le temps jusqu'à... non ça je ne vais pas le dire, c'est bien plus sympa de le découvrir au fur et à mesure !

 

À chaque fois, les personnages et les situations changent, bien qu'on retrouve de temps en temps un personnage d'un épisode à un autre, souvent de manière indirecte. Il n'y a donc pas de héros principal tout au long de la série, uniquement le temps d'un épisode.

Certains héros vous paraîtront moins sympathiques que d'autres...

Pour souligner encore l'aspect atypique de cette série, il est intéressant de se pencher également sur sa forme. Chaque épisode est filmé en plan-séquence où l'on suit donc de très près un ou plusieurs personnages sur une durée de peu ou prou vingt minutes. L'effet est immédiat et extrêmement réussi : on se déplace avec lui, on court avec lui, on explore avec lui, on respire presque au même rythme que lui. Car vous vous en doutez bien, ça n'est pas à une scène de sieste post-apocalyptique ou à une balade dans une nature aux paysages apaisants que nous convient les différents épisodes. Chacun d'entre eux possède une véritable dramaturgie particulièrement efficace qui fonctionne au quart de tour et vous prendra aux tripes tout du long de sa courte durée. De ce point de vue (plan-séquence + sensation d'immersion totale dans l'action) chaque histoire qui compose un épisode est une petite perle. L'avant-dernier épisode (qui se passe en mer) est un must absolu en la matière : une véritable prouesse de scénario, de réalisation et d'interprétation qui frôle la perfection. Tout est réglé au millimètre près, hyper-ficelé, et ne laisse pas un instant de répit au spectateur.

Non, ceci n'est pas une petite promenade bucolique dans les bois...

D'ailleurs c'est le point commun de chaque épisode, malgré le changement de temporalité, de lieu et de personnages : l'ambiance reste identique à chaque fois. Cette impression d'urgence, d'implacabilité, de fatalité, cet espoir ténu mélangé à la peur qui flotte, qui se transforme même parfois en panique, cette tension qui monte crescendo et qui ne vous lâche pas une seconde. Chaque épisode a un potentiel anxiogène hallucinant, et le moins qu'on puisse dire c'est que les créateurs de cette série, tout comme les comédiens qui y jouent, savent l'utiliser à fond. Il est simplement impossible de regarder cette série d'un œil distrait et tranquillement assis dans votre fauteuil. Vous serez sur les dents, en permanence.

Protéger et servir. Ou bien ?

Côté comédiens là aussi c'est très plaisant : il y a un mix de têtes inconnues et de comédiens plus chevronnés. Vous y croiserez par exemple Audrey Fleurot ou Samir Guesmi parmi les plus connus. Mais surtout, tous sans la moindre exception, sont absolument parfaits dans leurs rôles. On sent une implication totale des acteurs, et autre réussite qui mérite d'être soulignée selon moi, chaque personnage sonne vrai, ce qui n'est pas un mince exploit quand on ne les voit qu'une vingtaine de minutes en tout. À ce sujet, je me permets d'attirer votre attention sur la formidable actrice qui tient tout l'épisode 7 sur ses épaules du début à la fin (il s'agit de Lubna Azabal) car si j'avais assez rapidement fait le lien entre elle et le personnage de l'épisode 3 (celui de l'aérodrome) je suis complètement passé à côté de son rôle dans l'épisode 8 qui donne cependant une saveur absolument fascinante de cynisme et de noirceur à l'ensemble de la série. C'est en me penchant sur le casting de ce dernier épisode que j'ai fait le rapprochement entre les personnages, et j'en ai été scotché. Évidemment je vous laisse découvrir ça par vous-même et n'en dirai pas plus...

Lubna Azabal, magistrale dans l'épisode 7.

Pour terminer je tiens tout de même à vous mettre en garde. Si vous vous lancez dans cette série, sachez que vous n'en ressortirez pas forcément avec le moral super-reboosté. Votre regard sur la nature humaine risque d'en prendre un coup. En ces temps de post-confinement où certains sont plutôt à la recherche de légèreté et d'évasion qui fait du bien, ça n'est pas ce que vous trouverez dans L'Effondrement. C'est du reste complètement voulu et explicitement revendiqué de la part du collectif Les Parasites : leur série n'est pas là pour divertir, amuser ou délasser, elle est clairement faite pour faire peur et alerter. Objectif parfaitement rempli.

Audrey Fleurot, pas dans le rôle de la Dame du Lac cette fois-ci...

L'Effondrement est une série française messieurs-dames, et contrairement à ce qu'on peut parfois laisser entendre sur la qualité de ses dernières en comparaison avec ce qu'il se fait ailleurs (bien entendu si on est resté bloqué sur Joséphine Ange-Gardien ou Julie Lescaut c'est peine perdue), on a là rien de moins qu'une pépite. Scénario maîtrisé, réalisation flamboyante, interprétation au cordeau, conscience politique : il ne manque rien.

 

À voir absolument avant la fin du monde !!

L'affiche de la série L'Effondrement

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29 juin 2020 1 29 /06 /juin /2020 23:03

Alors attention je préviens d'entrée de jeu : ce livre a été un gros coup de cœur pour moi.

 

J'en avais bousculé l'ordre de lecture de ma Pile-à-Lire pour être sûr de l'avoir lu avant que ne sorte son adaptation au cinéma (réalisée par rien de moins que Ridley Scott avec Matt Damon qui interprète le héros). Et j'avais tant aimé ma lecture que c'est alors la sortie du film qui m'inquiétait, craignant que papy Scott se laisse aller à nous refourguer un film aussi inégal que ne le fut son Prometheus de triste mémoire. Bon cet article concerne le bouquin alors je ne vais pas en dire plus au sujet du film, sachez toutefois que ce dernier est plutôt réussi et dans une grande mesure fidèle au roman...

 

J'en reviens au livre d'Andy Weir donc. Dans Seul sur Mars, comme le titre l'indique plutôt bien, l'auteur nous propose de suivre les pérégrinations d'un homme, qui se retrouve seul sur la planète rouge. Mark Watney est l'un des astronautes de la mission Arès 3, qui a pour but de partir à la découverte de Mars et d'y mener un certain nombre d'expériences scientifiques. La mission se déroule plutôt bien jusqu'à ce qu'une tempête gigantesque menace la frêle colonie humaine. Pas le choix, il faut repartir fissa. Malheureusement dans la panique, Mark est laissé pour mort dans le désert martien, ses collègues abandonnant à contrecœur son corps, pour sauver leurs propres vies. Sauf que Mark n'est pas mort, et par une cruelle ironie du sort a même été sauvé par la pression atmosphérique atypique de Mars. Le voilà qui se réveille, absolument seul, sur une planète déserte, aride et totalement inhospitalière. Ses compétences, son ingéniosité, son intelligence et son humour ne seront pas de trop pour l'aider à survivre. Car les problèmes qui se posent à lui semblent innombrables : il n'a aucun moyen de communiquer avec le Terre, il n'a que très peu de vivres à disposition, une quantité finie d'eau et d'oxygène à disposition, et pire que tout, une anthologie de titres disco des années 1970 laissée dans la précipitation du départ par l'une de ses collègues de mission ! L'autre problème, majeur s'il en est, qu'il va devoir affronter, c'est que s'il veut espérer s'en sortir il lui faudra attendre la prochaine mission sur Mars, et l'attente se chiffre en années...

 

Voilà pour la situation de départ. Déjà là, je ne sais pas vous, mais moi rien que sur le concept de survivalisme à la surface de Mars, je suis conquis. D'autant que le livre d'Andy Weir (et c'est son premier roman) se veut d'un réalisme scientifique exigeant* et aborde la survie sur Mars d'un point de vue très strict aussi bien sur le plan technique que scientifique. De là à dire qu'on se retrouve en pleine orgie de Hard-SF, il n'y a qu'un pas. Alors surtout que cela ne vous rebute pas si vous n'êtes pas spécialement adepte de sciences, fan d'espace, ou d'un esprit terre-à-terre convaincu. Oui vous aurez droit à des explications pour tout ce que fait Mark pour s'en sortir, oui il y aura des calculs, des raisonnements scientifiques, de la chimie, des probabilités, de la mécanique, mais absolument rien de rébarbatif. Au contraire, j'ai trouvé que l'auteur fait tout ce qu'il peut pour rendre accessible ce qu'il explique. Je pense d'ailleurs que la forme de récit choisie par Andy Weir, celle du journal de bord, aide beaucoup à l'immersion dans l'histoire. C'est Mark Watney qui s'exprime, à la première personne donc, comme il parlerait à quelqu'un pour lui expliquer ce qu'il fait et pour quoi. Son cheminement de pensées, ses réflexions, ses traits d'humour, tout participe à rendre l'histoire extrêmement addictive et prenante. On est à la place de ce Robinson Crusoé de l'espace, on comprend ses problèmes, ses craintes, ses doutes, ses peurs, parfois son désespoir. Impossible de ne pas se prendre au jeu, de ne pas se sentir concerné, de ne pas se sentir en danger permanent comme l'est Mark à chaque instant qu'il passe dans cet environnement hostile qu'est la planète rouge.

 

L'autre partie du récit est de facture plus classique, quand Andy Weir nous montre ce qui se passe sur Terre ou à bord de l'Hermès, le vaisseau qui ramène sur Terre le reste de l'équipe d'astronautes qui ont réussi à quitter Mars. À bord du vaisseau spatial c'est la consternation d'avoir abandonné un membre de l'équipage, et sur Terre, à la Nasa, c'est un véritable branle-bas de combat pour trouver des solutions et tenter de venir en aide au rescapé isolé. Cela permet à l'auteur de varier les points-de-vue et ainsi de ne pas rester que sur le mode du journal de bord, qui bien que parfait pour rythmer et dynamiser un récit pourrait lasser à force.

 

Enfin un mot sur la fin, sans en dévoiler la consistance bien entendu, qui est un grand moment de suspense. Andy Weir, qui à plusieurs reprises au cours de son roman parvient à nous filer des coups d'adrénaline ultra-efficaces, au travers des péripéties que subit l'astronaute ermite, parvient à garder la tension intacte jusqu'à la toute fin de son roman, et ne nous laisse ainsi pas une minute de répit avant la conclusion finale.

 

Voilà je pense un bouquin qu'on pourra aisément qualifier de page-turner, autant que de roman de SF original ou encore de thriller haletant. Ça fait pas mal pour un seul roman non ? Eh bien c'est pourtant tout cela et bien plus encore que je vous promets à la lecture de ce Seul sur Mars absolument passionnant.

* Réalisme scientifique qui connaît deux exceptions notables, non seulement reconnues mais même revendiquées par l'auteur qui les a maintenues dans son récit dans le souci d'accentuer la tension dramatique de son histoire. En effet la situation de départ telle qu'elle est relatée est factuellement erronée : du fait de la pression atmosphérique de Mars, la tempête décrite en début du livre serait incapable de faire basculer le vaisseau spatial, pas plus qu'elle ne pourrait arracher la parabole qui vient frapper Mark. Le passage qui concerne la déchirure brutale de l'habitat de Mark sur Mars est lui aussi assez improbable, les matériaux utilisés par la Nasa étant justement choisis pour que leur usure soit détectable par des petites fuites bien avant qu'une déchirure complète n'advienne.

 

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25 juin 2020 4 25 /06 /juin /2020 07:28

 

« L’homme est le seul animal adulte qui tête sa femelle. »

 

 

François Cavanna, qui biberonna pas mal en son temps.

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22 juin 2020 1 22 /06 /juin /2020 19:22

Il paraît que l'âge c'est dans la tête. Z'en causerez à Buck Schatz, il risque de ne pas être aussi affirmatif que cela. Buck Schatz a 87 ans, et il coule des jours tranquilles d'une retraite bien méritée à Memphis, Tennessee. Buck Schatz est une légende de la police locale. Pour tout dire, c'est lui qui a inspiré le personnage de l'inspecteur Harry, incarné au cinéma par Clint Eastwood. C'est dire si Buck est un dur. Un bonhomme, à l'ancienne. Ce n'est pas parce que le corps ne suit plus toujours et que la mémoire a parfois des ratées que le caractère a changé. Rose, son épouse qui le supporte depuis 64 ans de mariage, est bien placée pour le savoir. Alors quand Buck apprend que celui qui l'a torturé dans les camps allemands de la seconde guerre mondiale, Heinrich Ziegler, n'est pas mort comme il l'avait cru si longtemps, et qu'en plus de cela il se serait enfui avec un magot en lingots d'or, la décision de Buck est très vite prise. Il va ressortir son .357 Magnum et retrouver ce fumier. Complètement déconnecté du monde actuel et de la technologie moderne, Buck a cependant conservé ce qui lui a toujours servi au cours de sa carrière de flic : un instinct de limier et des méthodes musclées. Bon, pour les muscles, il aura juste un peu besoin de l'aide de son petit-fils Tequila. Tequila ? C'est comme ça qu'il a surnommé le gamin, qu'il aime bien taquiner. Ou alors il a juste du mal à se souvenir de son prénom...

 

Voilà grosso-modo le début de l'intrigue de Ne deviens jamais vieux ! de Daniel Friedman, un mélange détonnant de polar et d'humour bien trempé. Et les amis, j'aime autant vous dire que dans le genre c'est très réussi !

Sur le fond pas grand-chose d'inédit : un flic bourrin, une chasse-à-l'homme, un trésor de guerre, une vengeance, un Magnum 357. Mais sur la forme il y a une bonne dose d'originalité. Faire du héros principal un octogénaire irascible déjà j'aime, mais en plus ça fonctionne carrément du tonnerre. Le récit à la première personne aidant, on ne peut s'empêcher de s'attacher à ce personnage hors-normes. Daniel Friedman nous fait plonger dans l'esprit de Buck, on se retrouve dans la caboche de cette vieille tête de mule et on suit ses raisonnements d'un autre âge ainsi que ses réflexions pas du tout dans l'air du temps. Car s'il a perdu en force et en vigueur, la répartie cinglante, l'humour à froid et le cynisme carburent toujours à fond chez Buck. Et c'est une des parties les plus réussies du roman : le ton trouvé par Daniel Friedman est véritablement unique et irrésistible. Il fait de ce vieux grincheux de Buck un personnage surprenant et plus profond qu'on ne pourrait le prendre au premier degré. Il plane sur lui un parfum de nostalgie qui ne dit jamais son nom, certainement parce que ces générations-là avaient en eux une pudeur exacerbée qui leur interdisait de s'épancher sur ce genre de sentiments. C'est d'ailleurs tout à fait évident quand il aborde le sujet de son fils, décédé prématurément. Peut-être est-ce même cette disparition qui l'aura définitivement figé dans le temps, ne laissant que son corps subir l'influence du temps qui passe, sa personnalité restant à jamais dans l'état d'esprit des années 1970...

 

Sûr de lui quand il affirme quelque chose, archétype de l'insoumission à la connerie ambiante et à la tyrannie des temps modernes, infatigable râleur, provocateur à ses heures, pratiquant un réalisme cynique qui pointe toujours là où ça gratte le plus, parfaitement conscient de ses limites physiques mais refusant obstinément de s'avouer vaincu pour si peu, amoureux et protecteur avec son épouse, l'octogénaire Buck Schatz est un personnage comme on n'en croise pas souvent. Et c'est sur lui que repose tout le succès de ce roman : un héros à l'hiver de sa vie qui marque les esprits et qui ne laisse personne indifférent.

 

J'ajoute parce que je trouve que ça mérite d'être noté : il s'agit du premier roman de son auteur, et pour une première c'est vraiment prometteur. Ah, et une ultime précision : Daniel Friedman explique dans un petit texte en fin du bouquin que son héros lui a été inspiré en partie par son propre grand-père auquel il voulait rendre hommage à sa manière.

 

Un très chouette roman que ce Ne deviens jamais vieux ! Lecture vivement conseillée.

 

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18 juin 2020 4 18 /06 /juin /2020 06:11

Aujourd'hui j'ai envie de vous parler d'un album coup de cœur, un album de bande dessinée qui est consacré à un acteur de légende, à l'un des plus charismatiques comédiens du cinéma français de tous les temps : Lino Ventura. Amusant d'ailleurs de noter qu'il était de nationalité italienne. Le destin avait certainement décidé dès sa naissance que c'est en France qu'il connaîtrait ses plus grands succès et bâtirait l'essentiel de sa carrière, puisque c'est un 14 juillet qu'il est né, en 1919, à Parme.

 

Je conçois que les jeunes générations n'ont pas beaucoup de souvenirs de cet acteur pourtant incontournable (il est mort en 1987), et je constate par la même occasion qu'il devient chaque jour plus évident que je me fais vieux. Car Lino Ventura, pour moi, c'est tout sauf un inconnu, et il fait partie de mon héritage culturel, du paysage cinématographique de mon enfance. À mes yeux il a toujours eu une image multiple. Celle d'un colosse d'abord, de par sa carrure et son physique de déménageur. Mais aussi celle de l'incarnation de la classe et de la dignité absolues, du type en costard toujours impeccablement mis, toujours impeccablement rasé et coiffé, un type aussi intimidant que réservé. Un type à la posture incroyablement droite, presque toujours une cigarette à la main, à la parole rare, sobre et toujours juste. Un homme, un vrai, à l'ancienne.

Une page qui dit tout, selon moi, sur l'homme Lino Ventura...

Eh bien c'est très exactement comme cela que je l'ai retrouvé dans cette BD qui réussit à le faire revivre d'une façon tellement précise, tellement juste, qu'on a presque l'impression de le voir bouger et parler en vrai. Cet exploit, car c'en est un de premier ordre, c'est le résultat de la convergence d'un scénario aux petits oignons de la part d'Arnaud Le Gouëfflec et du trait épatant de précision et de simplicité de Stéphane Oiry, qui a su capter et retranscrire des positions, des attitudes et des regards criants de vérité en autant d'instantanés iconiques de la légende Lino. Pour décrire ce moment de lecture qu'est Lino Ventura et l’œil de verre c'est bien simple : autant dans les mots que par l'image, tout ce qui fait l'essence même de Lino Ventura était là, devant mes yeux, sur papier.

Pas facile de résumer Lino...

Le prétexte de l'album est basique : Merlin, un journaliste aussi gauche que perspicace procède à l'interview (fictive) de l'acteur vieillissant et retrace avec lui aussi bien sa carrière que des éléments de sa vie personnelle. Ce qui n'est pas chose aisée tant Lino n'est pas du genre à s'épancher sur sa vie privée ou ses sentiments. C'est un taiseux doublé d'un modeste, et rien ne lui convient mieux comme qualités que la discrétion et l'humilité. Pour en faire un portrait fidèle, il faut lui arracher des confidences et accepter ses silences comme autant d'informations à part entière et qui dessinent en creux le bonhomme. C'est ainsi qu'il parle très peu de son enfance, de son père, de la guerre, de ses enfants, des femmes. Mais ce qu'il en dit, comme ce qu'il n'en dit pas, prend d'autant plus de force, d'importance, de sens.

Avant de briller sur l'écran, Lino Ventura a brillé sur les rings !

J'ai découvert ainsi toute une série d'anecdotes (il était le premier choix, avant Gérard Depardieu, pour incarner Campana en duo avec Pierre Richard dans La Chèvre, rôle qu'il refusa), j'ai mieux compris son rapport au cinéma et sa manière d'envisager un rôle et de gérer sa carrière (à l'ancienne là encore : il n'avait pas d'agent et faisait ses choix en libre conscience selon des critères très précis), j'ai appris toute une série de détails sur l'homme au-delà du comédien. L'évocation de sa carrière de lutteur puis de catcheur professionnel avant de devenir acteur m'a rappelé mes grands-parents qui me racontaient leur plaisir d'avoir pu voir des matchs de catch de Lino Ventura à Mulhouse ! Si j'avais une DeLorean à portée de main je n'hésiterais pas une seconde pour les y accompagner, ça devait être génial...

 

Bref, j'ai passé vraiment un moment de lecture passionnant avec cet album de BD qui m'aura remémoré et appris tant de choses sur une figure incontournable du cinéma. Évidemment ça m'a aussi furieusement donné envie de revoir certains de ses films...

Je ne peux donc, vous l'aurez compris, que vous conseiller la lecture de cette excellente BD !!

Lino Ventura et l'oeil de verre, d'Arnaud Le Gouëfflec et Stéphane Oiry

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15 juin 2020 1 15 /06 /juin /2020 07:57

Parmi les thèmes de littérature SF et Fantastique, le voyage dans le temps est de ceux qui emportent ma préférence. Le truc avec les voyages dans le temps, c'est que c'est compliqué à mettre en musique. On a vite fait de se retrouver embarqué dans un paradoxe temporel inextricable, de cumuler les incohérences et de tomber dans les pièges inhérents au concept. Bref, faut déjà être bien sûr de soi et bien couvrir tous les angles avant de se lancer dans l'aventure. C'est très exactement ce dont s'est assuré Duane Swierczynski pour nous proposer avec Date limite son histoire de voyage temporel à lui...

 

Mickey Wade n'a pas le vent en poupe ces derniers temps. Plus le temps passe, plus il devient une pathétique caricature de loser. Le journal dans lequel il travaillait depuis des années a subi une baisse d'effectifs et il s'est fait virer comme un malpropre. Sans une thune de côté, il se voit contraint de revenir s'installer dans le quartier de son enfance. Philadelphie est déjà une ville plutôt ouvrière, mais le quartier de Frankford c'est carrément encore un cran en-dessous. Bref, ça craint. Mais Mickey n'a pas trop le choix, le temps de retrouver un boulot, sa mère lui a proposé de vivre dans l'appartement de son grand-père qui est hospitalisé depuis quelques temps, dans le coma. Alors va pour le quartier pourri. Au lendemain d'une cuite qui lui occasionne une bonne gueule de bois, Mickey pioche dans la pharmacie de papy, il y a là des comprimés qui devraient pouvoir faire l'affaire. Sauf que l'effet des cachetons n'est pas du tout celui attendu. Mickey se réveille dans l'appartement de Frankford, mais quelques quarante années plus tôt, en 1972, l'année de sa naissance ! L'année de la mort de son père également. Mais les gens ne semblent ni le voir ni l'entendre, sauf cet étrange petit garçon... L'effet des pilules estompé, Mickey est de retour dans le présent. Il entreprend alors de retourner dans le passé pour tenter d'y arranger la destinée familiale : s'il peut sauver son père, toute sa vie pourrait s'en trouver meilleure...

 

Évidemment les choses ne seront pas du tout aussi faciles que ce que l'imaginait ce pauvre Mickey, qui va comprendre au fur et à mesure du récit qu'il y a des règles au voyage temporel, et un prix à payer aussi... C'est là justement que l'auteur, Duane Swierczynski est malin. Date limite n'est pas qu'une histoire de voyage dans le temps. Il ajoute une couche supplémentaire à son histoire qui va la faire glisser du côté du polar et du mystère à résoudre. Car Mickey va découvrir que ce qu'il croyait savoir de son passé n'est pas tout à fait conforme à la réalité des faits. Il va comprendre également à ses dépens que le voyage dans le temps est dangereux... Et comme si cela n'était pas assez, Duane Swierczynski en profite aussi pour faire de son roman une reconstitution de la Philadelphie des années 1970, de cette Amérique oubliée des prolos et des quartiers malfamés.

 

Finalement on se retrouve avec trois bouquins en un : de la SF, du polar et de la reconstitution historique ! Et chaque aspect est si soigné qu'il pourrait se suffire à lui-même, autant dire que l'auteur ne se fiche pas de son lecteur. C'est vraiment bien construit, le suspense est omniprésent, tout s'emboîte à merveille et on se fait régulièrement prendre au piège de chercher à comprendre par nous-mêmes, d'échafauder des théories pour expliquer les événements ce qui nous mène inévitablement à nous tromper et quand on finit par connaître la vérité, on est comme le lièvre pris dans les phares d'une bagnole lancée à fond : ébloui et scotché sur place. Oui, je ne vais pas vous raconter de cracks : quand je disais que le bouquin est malin, il l'est jusqu'à son dénouement, et personnellement je n'ai pas du tout été déçu par la fin (alors que c'est souvent un point faible des récits de voyage dans le temps). Je suis sorti de ce bouquin avec la sensation d'avoir passé un très bon moment de lecture et avec une certitude : Duane Swierczynski sait mener sa barque.* Et avec la prémonition que je croiserai encore à coup sûr sa carrière d'auteur.

* Pour la petite histoire et parce que j'accorde beaucoup d'importance à ce genre de détail, Duane Swierczynski n'est pas que romancier, il est également scénariste de comics, et je l'ai déjà croisé à plusieurs reprises chez Marvel (que ce soit sur X-Men, le Punisher, Iron Fist ou Cable par exemple).

 

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11 juin 2020 4 11 /06 /juin /2020 14:37

Premier long métrage réalisé par Franchin Don, Vous êtes jeunes vous êtes beaux ne passe pas inaperçu, ni sur sa forme ni sur son fond. Adapté du court roman de Tarik Noui, le film propose un regard inédit sur les seniors, cru et sans concession, plutôt sombre et assez désespéré.

 

Le personnage principal, Lucius Marnant (Gérard Darmon) a 73 ans, il vit seul et très modestement, tout en restant un homme droit et digne. On imagine assez bien le poids de son histoire personnelle qui pèse sur ses épaules, sans que son passé soit abordé on le sent lourd. Lucius est un homme solitaire, un taiseux, un introverti. D’aucuns diraient peut-être un résigné qui se sent arriver au bout du chemin. La seule personne dont il se sent proche est Mona (Josiane Balasko), une femme avec laquelle il aime à partager les bons moments mais surtout pas la triste monotonie du quotidien. Il rencontre un jour Lahire (Vincent Winterhalter) qui lui propose de participer à des combats clandestins, des « combats de vieux » en échange d’argent. Lucius se sait malade et condamné à moyenne échéance, il accepte donc l’offre dans l’idée de s’assurer les moyens de finir ses jours sans problème d’argent.

Lucius rencontre Lahire, son existence est sur le point de basculer...

Ce qui frappe en premier lieu dans ce film, c’est le ton général, extrêmement sombre, froid, presque clinique. Il n’y a pas de tape-à-l’oeil, pas de chichi, pas de fioriture. Les choses sont montrées crûment, les perspectives des personnages ne sont guère reluisantes, et la violence de leur environnement est dépeinte frontalement. Pas tant visuellement que moralement d’ailleurs. J’ai été étonné par exemple que le film ne se concentre pas du tout sur les scènes de combats entre vieillards, ce qui pourtant aurait pu donner lieu à des scènes inédites et promptes à éveiller la curiosité malsaine, pour ne pas dire une part de voyeurisme chez le spectateur. C’était l’occasion de choquer et de marquer visuellement. Pourtant Franchin Don a pris le parti de s’éviter cette obscénité en traitant ces scènes-là d’une manière humble et sobre, il n’en fait pas du tout le centre de son récit ni des passages de bastons sanglantes. On n’est pas dans Fight Club, on ne regarde pas un Rocky. Pourtant les combats conservent leur force narrative et visuelle, pas tant dans leur déroulement, leur chorégraphies martiales ou de quelconques prouesses physiques, mais plutôt dans ce qu’ils dégagent symboliquement. Par cette arène improvisée au sous-sol d’une boîte de nuit, par cette proximité avec un public de jeunes gens venus s’amuser à voir des vieux se battre, mais surtout par les corps vieillissants soumis à l’œil de la caméra et du spectateur. Ces corps fatigués, décrépits, aux muscles fondus, aux peaux distendues, soulignés par les monologues assassins du monsieur loyal qui introduit chaque combat (Denis Lavant). Le choc, l’image marquante, elle est là, bien plus que dans un uppercut esthétisé ou dans une prise d’art martial au ralenti. Cette image de la vieillesse donnée en spectacle pour ce qu’elle est, la perte progressive de tout ce que ces hommes ont été et qu’ils ne sont plus : jeunes, beaux, virils, forts. Leur reste la dignité et le courage comme derniers vestiges de leur passé révolu, et c’est ce qu’ils mettent en jeu lors de ces combats clandestins. C’est ce dont les vautours voyeurs veulent se délecter et ce pour quoi ils acclament ces gladiateurs hors d’âge.

Jeune et beau ? Plutôt digne et courageux.

J’ai été impressionné par la façon dont ces combattants, et à travers eux leurs interprètes, donnent à voir sans fard leurs corps soumis aux affres du temps. Qu’il s’agisse de Lucius, d’Aldo (Patrick Bouchitey) ou de chaque combattant qu’on aperçoit dans le film, il y a un courage énorme dans le simple fait de se présenter ainsi au regard impitoyable des autres, sans même parler de celui qu’il leur faut pour se soumettre aux risques accrus par leur âge et leur condition physique. J’ai particulièrement apprécié que le réalisateur n’en fasse pas des images racoleuses et multiplie ce faisant leur impact symbolique autant que visuel.

Aldo a décidé de ne pas vieillir !

D’ailleurs sur le plan de l’image, on sent une véritable maîtrise du metteur en scène, de la photographie à la lumière, du cadrage à la gestion des couleurs et des tons des décors, des mouvements des caméras au montage, tout est mis en œuvre pour obtenir des images puissantes et qui parlent d’elles-mêmes. Pour Franchin Don chaque image a du sens, et cela se ressent viscéralement. Ne serait-ce que par les fréquents regards-caméra que lance Gérard Darmon tout au long du film, procédé qui pourrait s’avérer lourd ou trop répétitif dans un autre contexte, mais qui trouve ici une vraie légitimité et participe au message véhiculé par le film.

Un Monsieur Loyal des plus glaçants...

Alors certes, qu’il s’agisse du propos du film ou de la vision de la vieillesse qu’il livre, on pourrait lui reprocher un pessimisme exacerbé, une noirceur, une tristesse, un désespoir omniprésents. Oui c’est vrai, Vous êtes jeunes vous êtes beaux n’est pas le candidat idéal pour vous remonter le moral si vous cherchez de quoi vous changer les idées. Sans même parler du cynisme de ces combats entre vieux érigés en spectacle pour jeunes et riches dépravés, il y a aussi ces passages tournés en Ehpad, qui montrent le quotidien de nos anciens sous un jour triste et morne, quand l’esprit suit lentement le chemin de décrépitude souvent déjà bien entamé par le corps… Cela donne un impact indéniable au film car cela nous met en face de l’image qu’on a des vieux, mais au-delà même le film agit comme un miroir dans lequel on ne peut s’empêcher de nous projeter nous-mêmes à leur âge.

Mona et Lucius se soutiennent l'un l'autre.

On ne peut que constater que les hommes et les femmes, passé un certain âge, deviennent une entité étrangère à la société, quasi-interchangeables, anonymisés, déshumanisés. Le sentiment principal qui ressort de Vous êtes jeunes vous êtes beaux, c’est la sensation de solitude très forte qui entoure les vieux. Mais aussi en contrepoint de cela, la flamme, l’envie qui subsiste en eux, leur besoin de s’affirmer comme quelqu’un d’encore vivant. Ou plus exactement de « pas encore mort ». C’est très frappant et tout particulièrement représenté par le personnage d’Aldo, interprété par un Patrick Bouchitey qui ne s’interdit rien, sauf d’avoir l’âge de ses artères. Mais si Bouchitey fait son show et surprend dans un rôle où on ne l’attendait pas, c’est clairement Gérard Darmon qui attire tous les regards sur lui. Il bouffe littéralement l’écran par sa simple présence, par son simple silence. Josiane Balasko n’est pas en reste non plus, et montre un jeu subtil, loin des extravagances qu’on a pu lui connaître. Darmon et elle forment un couple touchant, bien qu’imparfait. Il n’y a aucun doute là-dessus : si le réalisateur démontre sa maîtrise tout le long du métrage, l’ensemble du casting fait preuve d’un talent indiscutable. Tout le monde est à sa place, rien ne paraît dissonant, et cette apparente normalité tranche tellement avec l’incongruité de la situation de ces combats impensables, que l’effet sur le spectateur s’en trouve décuplé.

Aldo fait le show !

Alors non Vous êtes jeunes vous êtes beaux n’est pas un film facile, ni à regarder ni à aimer, mais c’est un film fascinant aussi bien pour ce qu’il dégage que pour ce à quoi il nous invite à réfléchir. Quand on se rappelle que c’est là un premier film, on a tendance à être très optimiste quant à la suite de la carrière de son réalisateur.

L'affiche du film

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8 juin 2020 1 08 /06 /juin /2020 07:55

De manière tout à fait sporadique, je vois parfois l'ami Patrick me glisser dans les mains l'un ou l'autre ouvrage qu'il vient de lire et qui l'a marqué. Cette fois-ci, je le vis arriver avec un beau livre sur lui, un bouquin à l'ancienne, à l'aspect très sobre, d'un blanc quasi-immaculé, dont les pages avaient été au préalable massicotées manuellement, et au titre aussi basiquement descriptif qu'intriguant : Un roman sentimental d'Alain Robbe-Grillet. D'entrée ma curiosité était piquée.

Il le posa cependant sans ménagement sur mon bureau, presque l'avait-il lâché comme on se débarrasse d'un objet encombrant. Cette phrase accompagna une grimace que je ne compris pas tout de suite : « Je t'ai apporté un truc, j'ai jamais vu ça. Je te le dis tout de suite, j'ai pas pu le terminer. » Connaissant bien l'animal, je lui demandai pourquoi : « trop chiant ou trop mauvais ? ». « Trop dégueulasse ! » m'entendis-je répondre... J'avoue que cette réponse me laissa sur le cul. Trop dégueulasse ? C'était bien Patrick qui venait de dire ça ? Tout à coup je parvins à mettre un nom sur la grimace que je n'avais pas su reconnaître à son arrivée : le dégoût. Je crois bien que ce fut la première fois que je voyais cette expression sur le visage de Patrick. Pour mémoire, c'est quand même ce gars-là qui a commis un Lapin pas piqué des hannetons. C'est ce même type qui m'a fait lire des choses comme Ecstasy de Ryû Murakami ou La Triste histoire des frères Grossbart de Jesse Bullington, deux romans qui dégoulinaient littéralement de tout ce que le corps humain peut produire comme sécrétions naturelles. Bref, pas un perdreau de l'année, et c'est peu de le dire. Qu'est-ce qui avait bien pu le traumatiser lui ? Je me targue pourtant d'avoir plutôt pas mal d'imagination, mais voilà une question à laquelle je ne savais pas imaginer de réponse. « Tu verras bien mais pas la peine de me le rendre après, tu peux le jeter... » me dit-il encore avant de repartir comme il était venu, me laissant dans l'expectative la plus totale.

Le livre rejoignit donc ma pile de lectures en attente, et lorsque son tour arriva enfin, plusieurs mois plus tard, c'est non sans une certaine appréhension que je me lançai dans sa lecture, me remémorant la mise en garde de mon poteau...

 

Après l'avoir lu, j'ai pas mal de choses à en dire. La première, c'est que je comprends enfin les déclarations mystérieuses de Patrick ce fameux jour. La seconde c'est que je partage complètement son avis. Ce que j'ai lu m'a révulsé. Et j'avoue aussi n'avoir pas compris l'intérêt profond de la chose. Mais j'y reviendrai. La troisième chose, c'est que pour la première fois j'ai failli ne pas finir ce que j'avais commencé, alors qu'il s'agit pourtant d'une des règles que je me suis imposées depuis que voici une quinzaine d'années je m'étais remis à lire « sérieusement » (entendez par là de la « littérature noble » en supplément des BD et magazines qui ont toujours été le plat principal au menu de mes lectures quotidiennes – et que je ne renierai pour rien au monde je tiens à le préciser). Quand je commence à lire un bouquin, même si sa lecture s'avère difficile voire pénible, je le lis jusqu'au bout. Un roman sentimental m'a fait réaliser que cette règle devrait peut-être connaître des exceptions.

 

Alors de quoi s'agit-il ? Comme ça sans réfléchir j'aurais pu répondre « d'une merde sans nom » mais ça ne se fait pas, c'est vulgaire, et pas très constructif comme avis, donc je vais plutôt essayer de vous en dire un peu plus. Alain Robbe-Grillet nous propose donc ici, et selon ses propres termes, un « conte de fées pour adultes » pour lequel il nous prévient cependant que son « souci du réalisme le plus méticuleux outrepasse les lois de la vraisemblance » tout en lui permettant également « d'outrepasser les lois de la bienséance ». L'auteur nous plonge donc dans la vie d'Anne-Djinn, dite Gigi, une adolescente de quatorze ans, qui reçoit de la part de son père une éducation très particulière, puisqu'il l'initie à l'érotisme, au sexe, au sado-masochisme, mais aussi à l'esclavagisme, à la torture physique et morale, et à la violence sous absolument toutes ses formes les plus perverses. Pour ce faire il la traite tantôt en esclave sexuelle (il abuse d'elle et l'offre également occasionnellement à d'autres hommes), tantôt il la place dans la situation de maîtresse en lui « offrant » par exemple une autre jeune fille à peine plus jeune qu'elle, Odile, qui fait office de « poupée grandeur nature » sur laquelle Gigi doit exercer ses talents de dominatrice et ses instincts sadiques.

 

Bon j'arrête le résumé ici, je crois que vous avez bien compris le concept, le reste n'étant qu'une déclinaison à l'infini de l'abject des délires sexuels de l'auteur. Je précise quand même qu'Alain Robbe-Grillet n'est pas n'importe qui : intellectuel anti-conformiste français de premier plan, il a été principalement écrivain (il a théorisé et fut le chef de file du « Nouveau Roman »), scénariste et réalisateur. Un roman sentimental est son dernier roman, qu'il a écrit à 85 ans, un an avant sa disparition, comme une ultime provocation après avoir refusé le siège qui lui était proposé à l'Académie Française (il y a été élu par ses pairs mais n'a jamais accepté de revêtir l'habit vert des immortels...). Avec son dernier ouvrage il avait relancé le débat entre défenseurs acharnés de la liberté d'expression et de fiction littéraire et les tenanciers d'une certaine morale.

 

Et pour cause, si d'un point de vue fictionnel son roman n'a pas le moindre intérêt tant on s'ennuie à sa lecture (Alain Robbe-Grillet est parvenu à me faire bâiller presque autant qu'il m'a soulevé le cœur, ce qui est quand même un paradoxe qui vaut d'être relevé je trouve), il a cependant le mérite si l'on peut dire, de soulever la question ô combien épineuse de la licence artistique face à la morale. Et le moins que je puisse dire c'est qu'il m'a vraiment poussé dans mes retranchements sur ce sujet. Par définition je suis pour qu'on puisse dire ou écrire ce qu'on veut tant qu'il s'agit d'une fiction. Sur le plan théorique, je ne suis pas pour qu'une morale s'impose pour fixer ce qu'on a le droit ou non de dire et d'écrire. Ne serait-ce que parce que la morale est un concept bien trop vague et soumis à une infinité de lectures et d'interprétations différentes, ce qui d'office empêche d'en imposer une au détriment des autres. C'est d'ailleurs sur un plan plus général exactement le même problème avec les religions : qui donc pourrait s'arroger le droit de décider laquelle est plus légitime que les autres ? J'aime beaucoup et ai toujours en tête cette phrase de Léo Ferré « N'oubliez jamais que ce qu'il y a d'encombrant dans la Morale, c'est que c'est toujours la Morale des autres. » que je trouve très profonde. Je reconnais le droit à l'existence de la morale, je sais que moi-même j'ai la mienne propre, mais je refuse l'idée que la morale de quiconque puisse s'imposer aux autres. Celle des autres pas plus que la mienne. Et c'est justement sur ce point précis que mes convictions ont été malmenées je dois bien le dire.

 

Ce que j'ai lu dans Un roman sentimental (quel titre odieusement provocateur d'ailleurs) est à mes yeux un ramassis de saloperies les plus immondes qu'on puisse imaginer. Et pas uniquement sur un plan physique et matériel, mais bel et bien sur un plan moral et émotionnel. On y parle ouvertement et frontalement de pédophilie, de torture sur des femmes mais également sur des enfants, on y décrit des viols sanglants qui débouchent sur la mort d'enfants. Et non seulement on en donne des détails de façon très minutieuse, mais en plus il se dégage du récit une justification vaseuse et même une tentative d'embellissement de choses immondes. Par les pensées de ses personnages l'auteur essaie de magnifier des actes et des pensées que personnellement je ne peux trouver qu'abjects et méprisables au dernier degré. Le viol, la pédophilie, la torture, le meurtre, l'inceste : tout est source de plaisir partagé (pour celui qui fait subir et celle qui subit) et tout est l'expression d'un amour pur et extrême. Et le pire du pire, c'est que l'auteur le fait très ostensiblement, dans le seul but de choquer. Il n'y a aucune sorte de logique cachée derrière, aucune thèse à défendre, fut-elle tirée par les cheveux, rien de tout cela mais un seul et unique dessein : celui de dépasser l'horreur et repousser les limites du descriptible dans le seul but de choquer. Ce que je veux dire c'est que le sentiment qui vient tout de suite après celui du pur et simple dégoût primaire, c'est celui du vertige devant le vide absolu que renferment en eux les mots de Robbe-Grillet. Même sous couvert de liberté artistique totale, d'imagination absolument débridée et de volonté de malmener le lecteur, ce qu'il écrit n'a aucun sens, aucune valeur, aucun intérêt, même le plus minime. Il n'y a rien, absolument rien du tout à sauver dans ce roman. Oh oui, il y a une vraie maîtrise de la langue, de la tournure de phrase, on pourrait presque même parler de recherche délibérée d'une élégance dans l'outrance, pourtant rien de tout cela ne suffit à cacher le creux abyssal des mots. Les descriptions à n'en plus finir, d'une minutie aussi fine qu'horrible, devrait donner un sentiment aigu de réalisme et c'est pourtant tout le contraire qui se passe. On perd pied, on ne comprend pas car il n'y a rien à comprendre, on ne peut simplement pas croire ce qu'on lit car ce qui est décrit ne correspond à aucune réalité concevable. Enfin j'écris « on », peut-être devrais-je être moins général et m'exprimer uniquement en mon nom, mais même cela me paraît totalement inconcevable : que quelqu'un puisse trouver cela réaliste et plausible...

 

Alors oui, très clairement, je me suis retrouvé avec Un roman sentimental dans une situation que je n'avais jamais ressentie aussi fortement : j'étais devant une œuvre que je rejetais de tout mon cœur, de toute mon âme, de tout mon esprit et de toutes les fibres de mon corps. Quelque chose qui me dégoûtait et que je ne parvenais pas à comprendre. Quelque chose dont je n'arrivais pas à justifier l'existence en fait. Et dont la lecture me faisait mal (parce qu'à ce niveau-là, parler seulement d'inconfort serait inconvenant), au sens strict du terme. Pour la première fois j'ai vraiment pensé d'une œuvre qu'elle ne devrait pas exister. Ça ne m'était jamais arrivé d'une façon aussi viscérale. Oui bien entendu j'en vois des conneries à la télévision par exemple, au sujet desquelles je me fais souvent ce type de réflexion : « c'est tellement con que ça devrait être interdit ». Mais jamais je n'ai ressenti ça au plus profond de moi comme avec ce bouquin. Et ça m'a ébranlé, parce que j'ai réalisé que je laissais parler ma Morale en fait. Ce livre m'a tant choqué que j'ai trouvé cela suffisant comme raison à ce qu'il ne devrait pas exister. Ce qui va à l'encontre de ma philosophie habituelle, de mes principes et de mes valeurs intellectuelles.

 

Bref, j'ai trouvé avec ce roman mes limites.

 

Et en fait, je crois que c'est bien de connaître ses limites, à tout propos. Alors finalement j'en ai retenu une chose positive malgré tout de ce bouquin. Mais ça m'aura coûté beaucoup d'efforts et de difficultés à dépasser.

 

Ainsi donc je le redis, et sans l'ombre d'une hésitation : Un roman sentimental est la pire expérience littéraire que j'ai jamais connue, je trouve ce livre immonde et encore bien en-deçà de tout ce que je pourrais en dire. Je dirais même plus : je ne conçois pas qu'il puisse plaire à quiconque de sain d'esprit. Mais il a le droit d'exister. C'est une fiction, qui selon moi en dit très long sur l'état mental de son auteur, mais qui reste une fiction, et qui a ce titre a le droit d'exister. Mais quelle horreur !

 

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4 juin 2020 4 04 /06 /juin /2020 07:55

Voilà bien longtemps que je n'ai pas parlé bande-dessinée sur ce blog... et pourtant j'en lis toujours et encore, plus et plus vite que je ne trouve de place sur les étagères de mes bibliothèques soit dit en passant, mais ça c'est une autre histoire. Alors certes ces derniers temps je me suis englouti une quantité industrielle de comics (durant le confinement c'est quasiment la seule lecture, bizarrement, qui me convenait), mais par esprit de contradiction je vais vous parler de Open Bar, du génial Fabcaro, un de mes auteurs français actuels préféré.
 

 

Open Bar c'est un florilège de gags en une page, parus au préalable dans les Inrockuptibles, où Fabcaro laisse libre cours à son sens de l'ironie et de l'absurde. Composés de dessins assez statiques, voire même d'une succession de vignettes graphiquement identiques, l'humour se loge avant tout dans le texte, plus précisément dans les dialogues (ou monologues d'ailleurs).

 

Un humour très contemporain, pince-sans-rire, intelligent et référencé. Un humour par lequel Fabcaro s'autorise à nous parler et à se moquer gentiment de nous, de notre société occidentale, de petits rien érigés en grands délires comme de grands sujets vus par le petit bout de la lorgnette. On passera donc sans aucune transition des migrants à l'école, de l'écologie au couple, de la société de l'information à la sexualité, du racisme ordinaire aux J.O. d'hiver. À chaque fois c'est inattendu, parfois dérangeant, mais toujours bien vu et drôle. En tout cas moi ça m'a fait marrer.

 

Alors plutôt que de longs discours, je vais plutôt vous donner un ou deux exemples de cet humour si particulier que Fabcaro manie avec tant de dextérité, vous comprendrez mieux de quoi il s'agit. Il va de soi que je conseille fortement cette lecture !!

D'abord un petit cours d'intégration pour les nuls :

 

Mais aussi une miss météo plus vraie que nature :

 

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