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Avant de lire les notes que je fais sur les films que je vois et les bd que je lis, sachez que dans mes commentaires il m'arrive parfois de dévoiler les histoires et les intrigues. Ceci dit pour les comics, je n'en parle que quelques mois après leur publication, ce qui laisse le temps de les lire avant de lire mes chroniques.
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16 mars 2020 1 16 /03 /mars /2020 16:03

La lecture de son premier roman, En moins bien, m’avait fait l’effet d’un double crochet gauche-droite en pleine face, me laissant désorienté et hagard après en avoir tourné la dernière page.

Son second roman, Pas mieux, suite directe du premier, m’avait encore bien plus fait valdinguer. Alors que je pensais savoir à quoi m’attendre après ma première lecture, je me suis inexplicablement fait acculer dans les cordes, et en bon sonneur de répliques qui tuent, Arnaud Le Guilcher m’a envoyé au tapis d’un uppercut surpuissant en pleine mâchoire.

Dire que ses deux premiers romans m’ont marqué est donc, vous l’aurez compris, une évidence notoire. Et dès lors, très logiquement, son nom est venu se ranger tout naturellement auprès de ceux qui me font dresser l’oreille (voire plus) à chaque annonce d’une nouveauté à paraître qui les concerne.

 

Est donc arrivé Pile entre deux, le troisième roman, par ordre de parution, d’Arnaud Le Guilcher. Évidemment, je me suis jeté dessus. Évidemment j’y ai retrouvé tout ce que j’avais tant aimé les deux premières fois, à savoir pour synthétiser : tout ce qui caractérise le talent d’écrivain de l’auteur. Et il est gâté de ce point de vue-là l’enfoiré, mais j’y reviendrai. Et comme la première fois, comme la seconde fois aussi, la troisième fois encore il a réussi à me surprendre. Je ne sais pas comment il fait, mais ça fonctionne du tonnerre sur moi. À chaque coup je me fais embarquer, mené par le bout du nez dans des contrées littéraires où le rire et la tendresse s’emmêlent jusqu’à ne plus pouvoir se séparer l’un de l’autre, à chaque fois je me bidonne et à chaque fois je me retrouve à un moment ou un autre avec la larme à l’œil tant les sentiments évoqués par l’auteur trouvent une caisse de résonance en moi…

 

Bon, je vous dresse rapidement le portrait-robot du bouquin.

 

Antoine Derien a 29 ans, il est architecte mais n’a encore jamais rien créé d’autre qu’une entreprise morte-née. Il est marié à Judith, la femme de sa vie, qui a tout pour elle. Belle comme un cœur c’est aussi une surdouée des mathématiques, et elle bosse pour une banque d’affaires qui sait mettre à profit son don pour les chiffres. Ensemble ils ont un petit garçon adorable, Louis.

Lorsqu’un jour, les péripéties s’enchaînent et les choses dérapent. Sérieusement. Alors qu’il visite son père atteint d’Alzheimer, Antoine reçoit un appel au secours de Judith. Elle a eu une altercation avec son boss, qui s’est terminée par une paire de baffes pour le PDG et un renvoi pour elle. Ni une ni deux, Antoine part la récupérer au siège de sa banque à La Défense. Pas seul : sans permis de conduire il réquisitionne Fano, un pote prof de yoga, pour l’y conduire. Les deux compères arrivent juste à temps pour tomber en pleine insurrection. Le pouvoir en place a décidé que maintenant ça suffit, que le monde de la finance a assez fait des siennes et qu’il fallait se débarrasser de tous les traders, financiers, spéculateurs et banquiers de tout poil. Ils se font donc embarquer comme tous ceux qui sont présents dans les locaux de ce haut-lieu de la finance, et sont envoyés sans autre forme de procès sur Midway Atoll, une île du Pacifique perdue à l’autre bout du monde, à quelques encablures du septième continent. Vous savez, celui fait de déchets en plastique qui flottent à la surface de l’océan… Du moins c’est là le sort des hommes, les femmes emprisonnées sont, quant à elles, reléguées à bord d’un tanker, au large de l’île. Antoine et Fano, accompagnés de Wiki dont ils ont fait la connaissance au cours du périple qui les a menés sur leur prison à ciel ouvert, vont se mettre à la recherche d’un moyen de s’évader et de retrouver Judith pendant que sur l’île les autres exilés commencent à reformer un nouvel embryon de société, avec à leur tête l’emblémat(r)ique DSQ (si ,si c’est bien lui, et non, non, DSQ, ça n’est pas une faute de frappe).

 

Bon, là, rien qu’en un paragraphe de résumé du début de l’histoire, c’est déjà riche en événements un peu barrés et en thèmes sous-jacents. Et encore, on est loin du compte, parce que je ne vous ai pas parlé d’Albator l’albatros, celui qui peut communiquer avec les hommes, de l’odyssée d’Arrowhead la bouteille d’eau minérale, de l’homme à la connaissance encyclopédique qui s’exprime comme une page wikipédia, de la Barbie sans tête, de Lothar l’otarie qui s’avère être un phoque, de la bouche et de l’oreille géantes, ni de la cytoscopie filmée en direct.

 

Tout ça est au programme de ce roman. Ah ! Je dis roman, mais en première page, sous le titre, Arnaud Le Guilcher indique en fait « Fable ». Ça m’a d’ailleurs un peu fait peur, parce que je ne suis pas un grand adepte de ce genre littéraire-là. Mais une fable signée Arnaud Le Guilcher, ça ne s’inscrit pas exactement dans le cadre habituel où on l’entend… et en effet, ça ne m’a pas empêché de tomber sous le charme de ce que je lisais.

 

Au tout début de ma lecture, soyons honnête, j’ai douté un peu. J’avais tant encore en tête les aventures du héros du diptyque En moins bien et Pas mieux que je regrettais de ne pas le retrouver dans une nouvelle suite. Et puis j’ai retrouvé en Antoine Derien, le personnage principal de Pile entre deux, l’ADN du héros Le Guilchien, le cousin pas si éloigné du père de Commmoi, le type gentil et plein de bonne volonté, un peu loser, un peu poissard, que l’état d’impuissance n’empêche pas d’agir, un type à l’humour parfois féroce mais toujours tendre, un type qui saupoudre de brins d’extravagance sa banale normalité. En bref, j’ai retrouvé tout ce qui m’avait tant plu dans les précédents romans, un héros profondément humain, drôle et un poil mélancolique.

 

C’est je crois (en fait j’en suis même sûr, parce que s’il ne s’agit que du troisième roman d’Arnaud Le Guilcher que je chronique ici, j’ai aussi déjà lu les trois suivants parus à ce jour, qui finiront bien tôt ou tard par poindre le bout de leurs pages sur ce blog) la caractéristique principale de l’écriture d’Arnaud Le Guilcher. Il nous fait marrer. Vraiment beaucoup. Et puis au détour d’une phrase, il nous émeut. Vraiment beaucoup. Et ça, bordel, sur moi ça fonctionne méchamment bien.

 

Pour illustrer ce que je viens de dire, je vais juste poser ici quelques-unes de ses lignes, et puis vous jugerez par vous-mêmes l’effet qu’elles vous feront.

 

La 4ème de couv pour commencer :

 

« L’avion s'est immédiatement mis en branle. Il a pris son élan sur la piste, puis a décollé en nous abandonnant au milieu de nulle part… Comme des clampins, on était plantés là, dans cet environnement inconnu, où on se sentait aussi à l'aise qu’un bus de culs-de-jatte égaré au mondial de la godasse. »

 

 

L’introduction (si j’ose dire) à la scène (anthologique) de la cytoscopie :

 

« Ami lecteur mâle, sache que si un jour, ça t’arrive, l’anesthésie de la bite se fait avec une noisette de gel sur le bout du bidule et que c’est tout. Une noisette et terminé. La jeune femme me badigeonne le gland en me regardant dans les yeux. Je me demande si après, je dois l’inviter au resto, vu que d’habitude, quand les filles me font ça, c’est qu’avant, on a bien cassé la croûte. Le professeur m'annonce que pour savoir précisément où se trouve le caillou, ils vont préalablement m'introduire une caméra dans le sexe. Je dis halte là. Je dis stop. Je dis que moi vivant, personne n'ira filmer dans ma bite, que la plaisanterie a trop duré et que j'exige de parler à mon avocat, ou à défaut au caméraman. Ils sont pliés en quatre, les deux cons. La jeune fille me montre un câble du diamètre d’un Bic et me dit que la caméra ce n’est que ça. Que ça. Que ça… Pardon, mais sans sous-estimer la taille de mon engin, un Bic dedans, je vois pas bien comment ça passe. Elle me dit de respirer fort et que l’opération commence. »

 

 

La douleur d’un fils…

 

« Je dis à Fano que mon père est mort et je ne réalise pas. Pour moi, il est parti, il y a longtemps déjà. Pour un homme qui a consacré sa vie à la mémoire des peuples, perdre la sienne, c’était déjà mourir.
Je pense : « La vie continue. »
« La vie continue », c’est pas le genre de connerie qu’on dit quand elle s’arrête ?
Avec mon pote, on est assis par terre, côte à côte, et on regarde le vide. Je mesure que mon père fait désormais partie de cette immensité creuse.
Mon père est mort…
Mort…
En acceptant cette idée, mon âme se fend de bas en haut. Je suis tranché par la moitié en deux parts égales.
Cœur tranché. Cerveau, ventre, tranchés… Bras. Jambes. Torse… Dans ce néant apparu au milieu de mon corps, se cache l’amour que je n’ai jamais osé lui porter. Se cachent aussi des fleuves de chagrin que je me surprends à laisser couler sur mes joues. Mon père vivait au creux de moi. Il suffisait que sa disparition me pulvérise pour qu’il en jaillisse. »

 

 

La description du personnage de Donatien Saint-Quentin, le fameux DSQ :

 

« On lui promettait un avenir présidentiel.
L’avenir n’a pas voulu de lui.
Unanimement reconnu pour la pertinence de ses analyses, on ne lui connaissait qu’un inconvénient : nul n’avait trouvé à ce jour un moyen de lui péter le frein. Partouzard émérite, goleador de la braguette, propriétaire de dix-huit coffres planqués à la banque du sperme, il avait la réputation de tomber dans le panneau, dès lors que le panneau sentait un peu le tourteau... 
»

 

 

À l’invitation de Fano, prof de yoga :

 

« Les tatamis de mes amis sont mes tatamis. »

 

 

Et quand la mélancolie gagne :

 

« On lutte toute sa vie contre la mélancolie et puis un jour elle finit par gagner. Je suis secoué par une crise de sanglots et je n’ai aucune envie de la contenir.
À quoi bon ? Pour qui porter un masque ?
Je n’ai pas enterré mon père, je ne me souviens pas des funérailles de ma mère. Je suis un orphelin. Je suis papa. Je suis un type tout juste bon à dire adieu n’importe comment à ses proches ou à vivre séparé de ses amours.
Je suis encerclé par mes fantômes.
Cette vie est mon tombeau.
Qui fermera mon couvercle ? 
»

 

 

Voilà, j’arrête là les citations parce qu’en vrai, j’en ai encore des tonneaux à déverser sinon.

Normalement, ça devrait suffire à vous donner une bonne idée du contenu de ce livre. Et normalement aussi, si dans la vraie vie on se connaît et qu’on s’apprécie, ça devrait vous suffire pour, comme moi, vous jeter sur Pile entre deux. Comme sur tout ce qui a été édité et signé par Arnaud Le Guilcher.

Ou alors ça voudrait dire que j’ai des gros lourdauds insensibles parmi mes amis. Ce qui n’est évidemment pas envisageable.

 

En un mot comme en cent : lisez Pile entre deux !!!

 

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14 mars 2020 6 14 /03 /mars /2020 17:22

Le CoVid-19 fait des siennes, et par chez nous les écoles sont fermées depuis une semaine complète déjà. Alors il faut trouver de quoi occuper les gamins, et rester enfermés toute la journée n’est pas toujours la solution la plus agréable. Aussi comme ce vendredi il a fait un soleil vraiment éclatant et que le ciel bleu incitait à prendre l’air, les garçons et moi avons fait une sortie au zoo de Mulhouse. Bien nous en a pris, il y avait très peu de monde et la journée a été très agréable.

 

Peu enclins aux réunions évangélistes, les locataires du parc zoologique de Mulhouse semblaient en pleine forme ! Nous avons passé un long temps à observer les otaries en train de nager avec toute la grâce qui leur manque sur la terre ferme. Nous avons craqué sur la colonie de suricates aussi mignons que marrants. Nous avons adoré découvrir les tatous et leur manière à la fois nerveuse et délicate d’avoir la bougeotte. Et nous avons fini la journée en disant au revoir à Nanuq, l’ourse polaire née il y a trois ans à Mulhouse et qui va bientôt partir pour le zoo de la Flèche.

 

Et puis nous avons croisé au cours de notre balade rien de moins que DiCaprio en personne.

Avec ses grands yeux bleus il est un peu timide mais très joueur, il aime bien tirer sur la queue de ses amis. Et s’il est venu tout droit des États-Unis ça n’est pas par hasard, c’est pour disséminer ses gènes en Europe.

Ah oui : DiCaprio est un lémur aux yeux turquoise.

DiCaprio, le charmeur aux yeux bleus

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9 mars 2020 1 09 /03 /mars /2020 14:47

Ouvrage récréatif, On ne meurt qu’une fois et c’est pour si longtemps de Patrick Pelloux se lit vite et facilement. Le style est simple, direct, plaisant, précis. L’humour n’est jamais très loin, malgré un thème qui ne prête pas forcément à rire. En effet, le célèbre médecin-urgentiste qui se sera fait connaître comme lanceur d’alerte lors de la fameuse canicule de l’été 2003 (alors qu’en 2019 on en aura eu deux avant même d’atteindre le mois d’août et que l’hiver 2020 s’annonce comme l’un des plus doux qu’on ait connu…), avant de devenir un habitué des plateaux télévisés et un chroniqueur de poids dans les pages de Charlie Hebdo (dont sont tirées les chroniques qui forment les différents chapitres du livre), aborde un sujet intéressant : la mort des grands hommes à travers les âges. Mais avec l’œil non pas de l’historien, mais du médecin.

 

Que ce soit Jésus, Louis XIV, Marie Curie, Balzac ou Churchill, Patrick Pelloux évoque aussi bien des rois, des écrivains, des artistes, des politiques ou mêmes d’illustres inconnus comme les soldats du débarquement en Normandie par exemple. On a droit aux différents symptômes des maladies dont souffrent ces grands noms de l’histoire, mais aussi aux souffrances expliquées par le menu, qu’ils endurent souvent par la faute de leurs médecins et de leurs traitements parfois totalement à côté de la plaque. Pendant longtemps les saignées et lavements pratiqués à l’excès par les médecins auront eu raison des malades que la maladie n’arrivait pas à tuer. La pratique de la médecine a énormément évolué avec le temps, et s’il est une chose de sûre c’est que vous refermerez ce livre en vous félicitant d’être nés dans la période actuelle !!

 

Ce qui est plaisant avec ce livre c’est qu’on apprend sans se forcer, on s’instruit sans s’en rendre compte. Oui le ton est léger, oui on est souvent plus dans l’anecdote qu’autre chose, mais aborder l’Histoire par les petites histoires n’est pas forcément une mauvaise approche pour ceux qui se pensent allergiques aux dates et à la frise historique des rois de France.

 

Et mine de rien on cultive notre culture générale au passage, Patrick Pelloux fait la lumière sur certains personnages célèbres ou certains événements qu’on croit connaître mais dont on n’a en fait qu’une vague idée. Je pense en ce qui me concerne à Molière (c’est d’ailleurs à lui que l’urgentiste a emprunté le titre de son livre) au sujet duquel la légende veut qu’il soit mort sur scène, alors que non pas du tout, il est mort plus tard en soirée bien après la dernière représentation qu’il a donnée. Je pense à la description de la mort du petit père du peuple, Joseph Staline, gisant pendant vingt heures au sol après son AVC, personne n’osant le déranger, aucun médecin ne voulant prendre le risque d’être accusé de l’avoir rendu malade (le fameux procès qui suivit le supposé complot des blouses blanches, initié par le régime stalinien, avait laissé des traces…). Son agonie dura trois jours, une fin teintée de l’ironie du sort… Je pense à la bataille de Waterloo restée célèbre dans la mémoire collective mais dont les détails m’étaient totalement inconnus : 40 000 hommes et 10 000 chevaux y moururent, et dans quelles atroces conditions, pendant qu’en retrait de la bataille, l’empereur Napoléon était le cul sur une bassine, à combattre une violente crise d’hémorroïdes… Je pense au régime de Vichy qui imposa un régime alimentaire famélique aux pensionnaires des Hôpitaux Psychiatriques français (500 calories par jour !!) ce qui entraîna la mort de l’artiste Camille Claudel qui avait été injustement internée par son frère… Je pense aux tortures et à la mise à mort du régicide Ravaillac, deux heures de supplice indicible au terme desquelles des spectateurs partirent avec des lambeaux de son corps en souvenir…

 

Bref il y en a comme ça un certain nombre, et parfois des cas pas très ragoûtants (des vers de trente centimètres qui sortaient par paquet de la bouche et de l’anus, ça vous parle ? C’est ainsi que Louis XIII a fini le côlon percé par ces charmants parasites…). Patrick Pelloux nous embarque à travers les âges et il nous apprend aussi par exemple que les médecins et les chirurgiens formaient deux corporations qui ne faisaient pas bon ménage, aussi étonnant que ça puisse paraître de nos jours…

 

Un livre qui se lit très vite donc et qui renferme son lot de petites informations intéressantes. Comme il s’agit d’un recueil de chroniques, il vaut peut-être mieux ne pas tout lire à l’affilée, ne serait-ce que pour éviter les redondances dans les descriptions ou les tournures de phrases qui passent inaperçues dans des papiers qui paraissent hebdomadairement, mais sautent aux yeux dans un recueil. Outre ce léger défaut, inhérent à la forme d’origine du matériau publié, l’ensemble reste d’une lecture vive et agréable.

 

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29 février 2020 6 29 /02 /février /2020 08:16

Il y a les films qui misent tout sur l’action, d’autres sur l’ambiance, d’autres encore sur de belles histoires et les émotions qu’elles procurent. Et puis il y a les films qui mettent d’abord en avant leurs personnages. Lucky est de ceux-là. Lucky c’est Harry Dean Stanton. L’acteur américain a une filmographie longue comme le bras, ayant commencé à tourner dans les années 1950. Et s’il cumule de très nombreux seconds rôles, il peut se targuer d’avoir tourné pour les meilleurs réalisateurs. Jugez plutôt : Sam Peckinpah, John Milius, Francis Ford Coppola, Ridley Scott, John Huston, John Carpenter, Robert Altman, Bertrand Tavernier, Martin Scorsese, David Lynch, Frank Darabont… excusez du peu ! C’est Wim Wenders qui lui apporte son heure de gloire quand il lui confie en 1984 le rôle principal de son film Paris, Texas, Palme d’or au Festival de Cannes.

Un café, des mots croisés, l'esprit vif : Lucky.

Largement inspiré d’éléments biographiques de la vie de Harry Dean Stanton, ainsi que de sa personnalité, le film nous propose de suivre le quotidien immuable de Lucky, un vieil homme de 90 ans, qui vit seul dans une bicoque isolée, dans une petite ville perdue au milieu d’un désert indéterminé, quelque part au fin fond des States. Chaque matin au réveil c’est un verre de lait, la toilette et des mouvements de gymnastique avant de partir à pied prendre son café au diner où il a ses habitudes. C’est là qu’il fait ses mots croisés tout en jouant le faux misanthrope. Puis vient l’heure de passer à l’épicerie se ravitailler en cigarettes et en lait, et échanger au passage quelques mots en espagnol avec l’épicière. Le soir, après les jeux télévisés façon Questions pour un champion, il rejoint les habitués du bar local pour y siroter son Bloody Mary en compagnie d’Howard (David Lynch), son ami. Chaque jour suit cette trame, réglé comme une horloge.

Lucky et Howard : où est passé Président Roosevelt ?

Alors quand Président Roosevelt, la tortue terrestre* d’Howard se fait la malle, laissant son propriétaire inconsolable, cela suffit à créer l’événement dans l’existence figée de Lucky. Ah, il y a aussi ce matin où pris d’un malaise, Lucky s’effondre dans sa cuisine… Le temps passe et le corps vieillit, mais l’esprit de Lucky reste vif. Clair. Il n’est pas du genre à apprécier les discussions oiseuses autour des banalités sur le temps qu’il fait, mais préfère philosopher sur le sens de la vie, ou se remémorer de vieux souvenirs marquants, qui de sa jeunesse dans le Kentucky, qui de son engagement dans la Marine pendant la seconde guerre mondiale dans le Pacifique, à chercher des réponses au grand vide qu’il suspecte après la mort.

Lucky a peur de la mort...

Lucky n’est pas religieux, il ne croit pas en l’âme. L’heure de tirer sa révérence approche et il le sait, mais Lucky n’en a pas fini avec la vie ! Et du haut de ses 90 ans passés, alors que son médecin lui affirme qu’il a une santé de fer et hors norme pour une personne de son âge, Lucky ne peut s’empêcher d’avoir peur. Peur de cesser d’exister. Quand on le questionne sur le comportement à avoir devant une existence qui n’a ni sens ni but, sa réponse est cependant évidente et lumineuse : « You smile »...

« You smile »

Dernier film de Harry Dean Stanton (le film est sorti en mars 2017, l’acteur est décédé en septembre 2017), le premier long métrage de John Carroll Lynch (aucun rapport avec David) devient de fait un film-testament. Un film hommage également, puisqu’à travers son personnage, il est entièrement centré sur son interprète. Ayant toujours apporté une touche de réalisme puissant de par son jeu dans tous les films auxquels il aura participé, l’effet est encore décuplé dans Lucky où l’on ne fait plus vraiment la différence entre le héros et le comédien.

Lucky est Harry et Harry est Lucky.

Lucky et sa routine du matin

D’ailleurs ce surnom de Lucky, c’est celui qu’on lui avait donné pendant la guerre de 39-45, parce que son poste de cuistot dans la Navy lui permettait de rester en partie à l’abri des combats. C’est une anecdote qu’il insère dans le film, lors d’une discussion entre vétérans, avec Fred (Tom Skerritt). C’est ainsi l’occasion de voir réunis à l’écran près de 40 ans plus tard, deux des acteurs d’Alien, le huitième passager** de Ridley Scott.

Lucky / Harry et Fred / Tom Skerritt, entre vétérans (de la guerre et du Nostromo)

Lucky fait également preuve de son goût pour la musique en chantant avec un groupe de mariachis, et en jouant quelques notes en solitaire avec son harmonica. Référence au passé de musicien country de Harry (il a joué avec Bob Dylan, Art Garfunkel ou Kris Kristofferson). Et cette phrase lancée par Lucky comme une private joke chaque matin au patron du diner, « You are nothing », était une phrase que Harry affectionnait tout particulièrement.

Oui, Harry est Lucky, et Lucky est Harry. Définitivement.

Lucky / Harry et les mariachis, entre musiciens.

Le film prend donc ainsi l’aspect d’un adieu poignant au comédien. Car s’il ne se passe pas grand-chose dans ce film, on y parle pourtant de l’essentiel. De la vie. Du sens de l’existence. Des souvenirs et de l’oubli. Tout comme son interprète, Lucky fait preuve d’une touchante et sincère humanité. Tout comme son personnage, Harry fait montre d’une force et d’une sérénité limpides malgré la peur de la mort. Il n’y a rien de palpitant dans ce film, si ce n’est le cœur vaillant et les yeux brillants d’Harry Dean Stanton. Et il n’en faut pas plus pour faire de Lucky une belle expérience de cinéma.

* J’ai appris grâce à ce film la distinction faite en anglais entre « turtle » qui désigne les tortues marines et « tortoise » qui désigne les tortues terrestres !!

 

** À propos de clin d’œil au film Alien, c’est Harry Dean Stanton qu’on voit en gardien éberlué dans Avengers, qui voit un Hulk tomber du ciel et s’écraser sur son entrepôt avant de demander à Mark Ruffalo « Are you an Alien ?»

L'affiche du film

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24 février 2020 1 24 /02 /février /2020 08:15

Parmi les différentes manières que j’ai de choisir mes lectures et que j’ai déjà eu l’occasion d’expliquer ici, il y a cette autre voie qui s’impose parfois à moi, et qui me met entre les mains des ouvrages, pour le pire comme pour le meilleur, qui sans cela n’y seraient peut-être jamais parvenus. Cette autre voie a un nom : Patrick. Mon pote Patrick est un lecteur et passeur de livres… comment dire… unique en son genre. Alors quand il est venu me voir en me filant La triste histoire des frères Grossbart de Jesse Bullington, il s’est contenté de commenter d’un « tu verras, c’est assez couillu » avant de partir en ricanant.

 

En effet Patrick, ce roman est plutôt sévèrement membré, c’est le moins qu’on puisse dire. De toute façon je m’y attendais, vu que tu n’es pas un adepte des trucs tiédasses. M’en vais donc vous entretenir de quoi ça cause pour la peine.

 

Nous sommes en 1364, dans les contrées de l’Allemagne médiévale. Hegel et Manfried Grossbart sont frères jumeaux et inséparables, ils pratiquent donc le même métier, en équipe : pilleurs de tombes. C’est du reste une tradition familiale chez les Grossbart. Affreux, sales et méchants : c’est là une description succincte qui leur correspond plutôt bien, mais à laquelle il conviendrait d’ajouter : viles, grossiers, bêtes, colériques, meurtriers, cupides, violents, orduriers, égoïstes, crasseux et j’en passe… Les deux frangins décident un jour de partir sur les traces de leur grand-père, qui d’après ce qu’on raconte aurait fait fortune en Égypte. Pensez donc : avec toutes ces tombes qu’ils ont là-bas ! Leur décision est prise : « en route pour la Gypte ! » lancent-ils, non sans avoir au préalable réglé un léger problème de voisinage qui se soldera par le massacre en bonne et due forme d’une famille de fermiers. Ce qui leur vaudra d’ailleurs d’être pourchassés tout du long de leur périple par le seul survivant bien décidé à se venger. Mais le chemin des deux frères va être long, et semé d’embûches car en ces temps-là, bien des créatures étranges et maléfiques hantent les campagnes et les forêts… mais aucune qui ne saurait rivaliser avec la sauvagerie des frères Grossbart !!

 

Voilà pour le décor, il est bien planté. Je reviens rapidement sur les personnages, qu’on ne pourra décemment pas qualifier de « héros » de l’histoire. Hegel et Manfried sont vraiment des ordures de la pire espèce, et si ce n’est quelques dialogues bien sentis (car ces deux-là sont plutôt du genre bavards) vous ne trouverez absolument rien dans cette histoire qui puisse les dépeindre sous un jour sympathique ou attachant. Ils sont haïssables au plus au point, et ça semble parfaitement leur convenir d’ailleurs. Pour autant, eux se considèrent comme de bonnes personnes. Pas leur faute si on vient sans cesse leur chercher des noises. Mais pas question par contre de se laisser faire, ça non. Ça fait partie de leurs convictions profondes d’ailleurs, et alors qu’ils sont de grands adorateurs de la Sainte Vierge (« louée soye la vierge ! ») ils n’ont que mépris pour sa fiotte de rejeton. Jugez-en par vous-même au travers de ce court passage :

 

[…] Les frères étaient pris par une discussion à bâtons rompus sur Marie et Sa lopette de fils. Hegel semblait incapable de comprendre comment une demoiselle aussi merveilleuse avait pu engendrer un marmot aussi pusillanime.
- C’est pourtant simple, théorisa Manfried. Après tout, M’man était une souillon de putain, mais nous, on est comme qui dirait immaculés.
- Tu causes vrai, admit Hegel, mais c’est régulier que de jolis drageons sortent d’un cul merdeux, donc c’est pas autant une anomalie que si une dame précieuse et honnête mettait bas un capon plutôt qu’un héros.
- N’empêche qu’il a morflé, le bougre, et sans jérémiader.
- Et pis après ? Rien faire alors qu’on te cloue sur une croix, ça paraît pas très probe. Il aurait pu au moins leur filer un petit coup de pied, rien qu’un, juste pour dire.
- Ça je remets pas en cause.
- Seulement passque t’oses pas, corniaud contrarieur. Chuis sûr que tu voudrais dire qu’il s’est montré bien hardi en les laissant le torturer à mort, mais on sait tous les deux que c’est des enculetteries. [...]

 

 

Voyez ? C’est ça les frères Grossbart. Du début à la fin du roman d’ailleurs. Oui, en effet, c’est un langage un poil fleuri. Quelque peu outrancier même par moment. Et encore, je vous laisse découvrir par vous-même si le cœur vous en dit l’échange grossbartien qui traite de cette bonne ville d’Enkuleburg dont je vous laisse deviner le nom des habitants. M’en direz des nouvelles. Mais ça n’est certainement pas moi qui la déplorerai cette liberté stylistique. Je suis même plutôt du genre à apprécier ce genre de débordements langagiers quand c’est bien fait et à propos. Soit dit en passant, ça a dû être un taf énorme pour le traducteur qui s’est certainement arraché les cheveux à l’une ou l’autre reprise. D’aucuns, parmi lesquels en premier lieu la quatrième de couverture, parleraient de contenu rabelaisien dans l’expression. Pas dénuée de sens comme analogie. Mais un Rabelais qui aurait bouffé du Bigard à haute dose alors.

 

Bon je reprends. Des personnages complètement horribles. Ça charcle pour un oui pour un non. Ça parle mal. Ça se coltine avec tout un bestiaire mythologique qui va de la sorcière décharnée jusqu’à la manticore assoiffée de sang, en passant par les sirènes et les loups-garous. On y croise même Satan personnifié dans la peau d’un porc. Quant à la Peste Noire, elle fait carrément partie du quotidien. Tout ce petit monde s’invective, se met sur la gueule, et donne lieu à des scènes tantôt répugnantes, tantôt gratuitement méchantes, tantôt gores, tantôt cyniquement drôles, tantôt tout à la fois.

Autrement dit, ce bouquin avait tout pour me plaire*.

 

Et pourtant...

Et pourtant, le sentiment qui aura prédominé durant toute ma lecture, et aura d’ailleurs participé à la rendre plus laborieuse que plaisante, c’est l’ennui.

Malgré les outrances, malgré les délires, malgré les idées originales et pour ma part jamais croisées au détour des pages d’un roman, je me suis ennuyé plus souvent qu’à mon tour. Le récit est étrangement plat, la narration linéaire et sans réelle surprise (ou du moins on voit tout venir, même ce qui aurait pu créer potentiellement la surprise, de loin). C’est longuet, c’est bavard, c’est répétitif, ça manque cruellement d’enjeu et parfois c’est même brouillon quand il s’agit de passer aux scènes d’action et de bagarre. Au point que ce décalage entre le sujet original, les personnages qui dépotent, et le résultat final crée une grosse frustration, et n’ayons pas peur des mots : de la vraie déception.

 

C’est vrai que ce bouquin ne ressemble à aucun autre. C’est vrai que ce que vous y lirez, vous ne l’aurez jamais lu auparavant. Malheureusement cette originalité ne m’a pas suffi. L’expérience est étonnante, mais très vite lassante. Mais Patrick ne m’avait pas menti : « c’est couillu ».

Mention spéciale au passage à la couverture : de toute beauté !

* déduisez-en à mon sujet ce que bon vous semblera...

 

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20 février 2020 4 20 /02 /février /2020 08:23

 

Je le connais depuis toujours, sans pourtant savoir qui il est.

Aussi loin que remontent mes souvenirs, tout gosse déjà quand ma maman m’emmenait avec elle tous les mercredis à Mulhouse, il était là.

 

Guitare en bandoulière, dans la rue du Sauvage, il chante. Été ou hiver, par canicule ou par grand froid, il gratte les cordes de son instrument, son étui ouvert devant lui pour y accueillir les pièces des passants.

 

Au cours des années, bien des magasins ont fermé leurs portes, bien des franchises ont fait faillite et laissé place à d’autres marques, mais lui est toujours là. Au pire il change d’emplacement, il passe du côté pair au côté impair. Mais il fait partie du paysage depuis le temps. Plus de trente, presque quarante ans que je le croise, que je le vois, que je l’entends quand je passe par la rue piétonne du centre de Mulhouse.

 

Même les matins gris d’hiver il joue, quand l’air froid vous pique et que votre respiration laisse un léger panache de vapeur à chaque expiration. Je ne sais pas comment il fait pour que ses doigts ne soient pas cisaillés par les cordes glacées de son instrument, pour que sa voix reste claire.

 

Je ne l’ai jamais entendu chanter une chanson que je connaisse, seulement ses chansons à lui, peut-être ses créations. Et c’est toujours sa voix, forte, qu’on perçoit en premier, avant le son de sa guitare. Quarante années qu’il chante pour les gens qui passent. Quarante ans de quasi-invisibilité, à interpréter des chansons qu’il est le seul à connaître.

 

Il a les cheveux blancs à présent. Et il porte des lunettes aussi maintenant. Mais la voix n’a pas changé. La guitare semble être restée la même également.

 

C’est comme s’il avait toujours été là. Et qu’il le restera à jamais. Il y a comme ça des gens qu’on croise depuis des années, au point qu’ils ont toujours fait partie, de loin en loin, de notre existence.

 

Sans sa présence, la rue du Sauvage ne serait pas exactement la même.

 

Et dire que je ne me suis pourtant jamais arrêté pour lui demander son nom.

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17 février 2020 1 17 /02 /février /2020 08:41

Avec La Formule de Dieu j’ai été pris dans un piège inextricable, comme un moucheron dans une toile d’araignée. La toile que tisse roman après roman un certain José Rodrigues Dos Santos. Avec son doctorat en science de la communication il est journaliste, professeur d’université à Lisbonne et présentateur du journal télévisé de 20h sur la première chaîne publique portugaise. Et comme cela ne lui suffit pas, il est également écrivain à ses heures.

Parmi les nombreux sujets auxquels il s’intéresse, l’Histoire et les Sciences tiennent une place privilégiée. C’est pourquoi il puise allègrement dans ces domaines pour nourrir son inspiration d’auteur, et c’est justement cette érudition impressionnante qui fait tout l’intérêt de ses romans et qui les rend passionnants.

 

Aujourd’hui donc, je vais vous parler du premier de ses romans que j’ai pu lire. Et il m’a tant plu que j’ai enchaîné avec gourmandise sur d’autres de ses bouquins (et je n’ai d’ailleurs pas encore éclusé toute ma réserve), aussi est-ce un auteur dont je vous reparlerai à coup sûr à l’une ou l’autre reprises par ici…

 

Mais d’abord le pitch.

1951. David Ben Gourion, Premier Ministre du tout récent état israélien rencontre sur le territoire américain le célèbre physicien Albert Einstein. Son but est de récupérer la formule de la bombe atomique, ce qui assurerait un avantage géopolitique stratégique à son jeune pays. Mais leur discussion dévie sur un autre sujet : l’existence de Dieu…

2011. Tomàs Noronha, professeur d’université et cryptologue est contacté par le gouvernement iranien qui voudrait lui confier le décryptage d’un manuscrit laissé par Albert Einstein, au titre intrigant : Die Gottesformel, la Formule de Dieu. Ce serait la formule d’une arme nucléaire surpuissante… ce qui ne laisse bien entendu pas indifférents les services de la CIA, qui vont bientôt s’ajouter dans l’équation. Pour décrypter le code d’Einstein, Tomàs va devoir plonger dans les secrets de l’atome, et de découverte en découverte, il va comprendre que le mystère qui entoure ce manuscrit est bien plus grand encore que ce à quoi il s’attendait…

 

Voilà, dit comme cela, on pourrait croire à un thriller d’espionnage classique, fait de services secrets, de codes à casser et d’armes nucléaires. Et c’est en partie ça, mais en partie seulement, et je dirais même que ça n’est qu’un tout petit aspect du livre. Car l’intérêt du roman c’est l’enquête que va mener Tomàs, qui concrètement n’a rien d’un James Bond lusitanien. Ses efforts pour comprendre l’énigme laissée par Einstein vont l’amener à se confronter à différentes théories scientifiques, et à se familiariser avec des domaines tels que la relativité, la physique quantique, la théorie des cordes, l’expérience d’Aspect, le chat de Schrödinger ou encore la montre de Paley. Mais plus étonnamment, c’est aussi dans les textes sacrés que Tomàs va trouver quelques éléments, sinon de réponse, au moins de réflexion. Et l’éternelle confrontation entre science et foi va prendre un visage pas aussi tranché que cela au fur et à mesure des recherches du cryptologue…

 

J’ai lu de nombreux avis très divergents sur La Formule de Dieu. Certains l’encensent, d’autres le dépeignent comme ennuyeux et mal écrit. Personnellement j’ai plus qu’accroché : j’ai été subjugué par ma lecture. Pas pour l’intrigue qui sert de fil rouge au roman, mais bel et bien pour la plongée dans les sciences, les religions et la philosophie que nous propose J.R. Dos Santos. Alors oui, soyons clairs, ce n’est pas un livre à lire d’un œil distrait entre deux sms ! Il y a des concepts parfois un peu complexes qui sont abordés et expliqués, et qui eux-mêmes servent à l’avancée de la réflexion du héros et qui vont le mener un peu plus loin à chaque fois dans son cheminement intellectuel. Mais deux choses à ce sujet : ces concepts et théories exposés sont passionnants d’une part, et d’autre part c’est fait avec un réel souci d’efficacité et de pédagogie de la part de l’auteur. La lecture demande certes de la concentration du côté du lecteur, mais les explications sont les plus fluides et les plus accessibles possibles de la part de l’auteur, qui démontre au passage un talent remarquable de vulgarisateur.

 

D’ailleurs au-delà de l’étiquette d’« ennuyeux » que certains collent à ce roman (en cause : les passages qui expliquent des notions scientifiques ou philosophiques), j’aimerais aussi réfuter ici une autre image qu’on lui associe souvent, celle d’un livre réservé à une cible « intello » du fait de sa prétendue complexité. Non, pas besoin d’avoir un bac +8 en sciences physiques pour comprendre ce qu’il y est dit, c’est même ce qui fait la force du bouquin. Il suffit d’avoir un esprit curieux et ouvert, de faire preuve d’un minimum de concentration en cours de lecture* et je peux vous assurer que ça se passera très bien entre ce livre et vous ! Si critique il devait y avoir, ce serait plutôt que le rythme du roman est tel qu’on passe ainsi d’une théorie scientifique à l’autre, et qu’en fin de compte la somme d’informations est telle qu’on a du mal à tout se rappeler, quand bien même tout est très bien expliqué. En fait, on a souvent l’envie de reprendre la lecture d’un chapitre passé pour se re-familiariser avec les concepts qu’il développe (ce qui vu de ma fenêtre n’est en rien un point négatif !) mais je n’ai absolument pas considéré ces passages explicatifs comme contraignants, bien au contraire, ce sont eux qui m’ont le plus marqué et le plus intéressé.

 

Parmi toutes les notions qui sont abordées par J.R. Dos Santos, celle qui m’a le plus marqué est la dualité entre déterminisme et hasard. On a tous plus ou moins, sans même forcément y avoir réfléchi en profondeur, un avis sur la question. Pour le résumer grossièrement, il y a ceux qui croient fermement au destin, et ceux qui pensent que la vie est une page blanche qu’il nous appartient de remplir. Souvent on associe instinctivement la foi au déterminisme et la science et l’incrédulité au hasard. En tout cas dans mon esprit, c’était à peu près ce schéma-là qui se dessinait. Et puis voilà-t-y pas que Dos Santos est venu dynamiter tout cela en nous expliquant où en est la recherche sur cette question somme toute épineuse. Son approche du problème par l’intermédiaire de divers domaines scientifiques et philosophiques est vraiment éclairant, bien qu’il ne se permette pas pour autant d’affirmer les choses. Il expose, explique, soupèse les théories et les possibilités (on pourrait même presque parler de probabilités parfois), et surtout il donne une idée de ce que chacune entraîne comme implications. J’ai trouvé cela à la fois totalement passionnant et littéralement vertigineux comme lecture. Ça vous met le cerveau en ébullition et vous pousse à réfléchir différemment, en repoussant vos limites conceptuelles, ça explose les frontières de votre imagination, ça bouscule votre intelligence et vos croyances. Moi, ça m’a enthousiasmé à un point que j’avais rarement ressenti au cours d’une lecture. Parce que justement ça implique le lecteur, ça ne le laisse pas spectateur passif, ça le fait se remettre en question, ça l’interroge au plus profond de son être, et surtout ça l’enrichit d’une manière inouïe. Oui je sais j’y vais fort dans les superlatifs mais c’est vraiment parce que j’ai trouvé cette lecture très instructive et vraiment accessible (et ça à mes yeux c’est un combo gagnant qui mérite d’être souligné !), même pour des néophytes, même pour monsieur Toulemonde.

J’insiste sur le fait que l’auteur n’apporte pas de réponse ferme et définitive à certaines questions philosophiques, bien que son livre penche assez nettement pour une hypothèse particulière. Mais il donne des clés pour des approches auxquelles, seul, je n’aurais jamais eu l’accès ni même l’idée de leur existence. Il met la lumière sur des pistes que je ne soupçonnais même pas. Je suis sorti de cette lecture avec une réelle satisfaction, je me suis senti grandi, plus au fait des choses, plus instruit, et paradoxalement plus conscient encore de mon (notre) ignorance face à des choses qui nous dépassent complètement, voire qui sont parfois même hors de portée de notre compréhension, que notre cerveau est incapable à l’heure actuelle de se représenter concrètement. Avec La Formule de Dieu j’ai pu constater à quel point sont vrais les adages « Ce qu’on sait, savoir qu’on le sait ; ce qu’on ne sait pas, savoir qu’on ne le sait pas : c’est savoir véritablement. » selon Confucius et « Tout ce que je sais, c’est que je ne sais rien, tandis que les autres croient savoir ce qu’ils ne savent pas. » qu’on attribue à Socrate.

 

Ah, j’allais oublier, mais je crois que c’est très important de le préciser tout de même : en préambule du livre l’auteur nous signale que les théories et concepts mathématiques et physiques dont il parle dans le livre sont tous issus de travaux de recherches réels, effectués par des scientifiques de renom. Juste pour préciser que les bases de sa réflexion ne sont pas des élucubrations ou de la Science-Fiction.

 

En outre, dans son roman, J.R. Dos Santos aborde également des sujets plus personnels, comme le rapport que l’on entretient avec la mort, et plus particulièrement la mort de nos proches. C’est je crois l’ingrédient supplémentaire qui finit de nous impliquer encore un peu plus dans l’histoire. Dos Santos introduit ainsi dans sa narration la relation au père, sujet qui m’est cher. Il le fait avec pudeur mais avec une apparente sincérité. Tomàs, ponte dans sa spécialité et professeur reconnu dans son domaine, a plusieurs conversations avec son père âgé et en fin de vie. Il montre subtilement que parfois les rôles de responsabilités et de protection s’inversent entre parents et enfants, avec le temps qui passe. Et que pourtant le père reste le père, l’enfant reste l’enfant, même dans ces moments-là. Le père de Tomàs étant lui-même un mathématicien respecté, il s’instaure entre eux un dialogue qui sous couvert d’enseignement et de transmission de connaissances scientifiques, laisse également passer beaucoup d’émotion, d’humanité et de philosophie de vie. Peut-être cette idée aussi, qu’on apprend toujours auprès de nos anciens, et que l’héritage d’un père pour son fils peut concerner de nombreux aspects.

 

Évidemment, ce bouquin est un roman. À ce titre il ne cherche à supplanter ni les ouvrages scientifiques, ni les textes sacrés des religions. Mais il propose de les aborder avec pédagogie, et même de les mettre en parallèle à plusieurs reprises. Libre à chacun après cette lecture d’approfondir tous les concepts exposés en allant les étudier à la source dans des ouvrages spécialisés mais peut-être moins accessibles aux profanes. En tout cas, il m’aura permis de m’ouvrir à de nouvelles pistes de réflexion, mais surtout de nourrir ma curiosité insatiable et de m’émerveiller plutôt que de m’angoisser face aux mystères de l’existence.

 

Vous l’aurez bien entendu deviné : je recommande très, très, très vivement la lecture de ce roman**.

* je remarque cependant non sans une certaine tristesse, que la concentration devient une denrée de plus en plus rare ; l’ère des smartphones et de l’immédiateté à tout crin ne doit pas être totalement innocente dans cette affaire…

 

** et quelques-uns de mes proches pourront en témoigner, puisque j’ai fait de ce livre une de mes valeurs sûres quand il s’agit d’offrir un cadeau à mes amis...

 

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13 février 2020 4 13 /02 /février /2020 08:34

C’était il y a quelques semaines de cela, un samedi matin. Nous étions quatre, attablés autour d’un petit-déjeuner entre amis, dans un endroit agréable de Mulhouse, le Engel’s Café.

L’occasion de retrouver des gens qui comptent, d’échanger anecdotes et petites histoires, et de rire, beaucoup. Trois quadras et un trentenaire, une nana et trois gars. Du café, des croissants aux amandes, de la confiture de framboise et de l’amitié : on n’est pas trop loin d’une définition du bien-être. On passait un bon moment quoi.

 

Et puis au détour d’une plaisanterie, entre deux gorgées de son thé, Cécilia nous a soumis une question, toute empreinte de candeur et de simplicité, nous demandant comme ça, à la volée et sans prévenir : «Et vous, quand est-ce que vous êtes devenus adultes ? ». Sujet de philosophie, vous avez quatre heures. Merci Cécilia ! :-)

Laissez-moi vous raconter où la discussion nous a menés, et vous dire que loin de s’arrêter avec la dernière tartine engloutie, la question de l’adulte a continué de me faire phosphorer encore plusieurs jours après, au point que j’ai eu envie d’en faire un sujet d’article sur ce blog...

 

La question de Cécilia était sincère, elle cherchait des pistes ne sachant pas elle-même exactement comment y répondre. C’est Éric, certainement -et de loin- le plus sage d’entre nous, qui a répondu en premier. Pour lui c’était simple, c’était à 18 ans, quand il a quitté le cocon familial pour s’installer et subvenir seul à ses besoins. Acte d’indépendance, acte d’opposition vis-à-vis de son père, acte de construction de soi : Éric avait des choses à prouver, aux autres et à soi-même. Il a décidé alors de prendre sa liberté, d’assumer ses responsabilités à l’âge où la plupart se contentent du confort ronronnant offert par la bienveillance parentale, et cette décision l’a alors plongé directement et pleinement dans l’âge adulte.

 

Puis c’est le plus jeune de l’équipe, Kevin, qui a donné sa réponse. Il avait d’abord cru que le fait de devenir père serait l’élément déclencheur pour lui, mais s’est récemment rendu compte qu’il n’en avait rien été. Pourtant déjà papa de trois enfants, il ne se considère comme vraiment adulte que depuis peu, sans parvenir pourtant à dater la chose avec plus de précision. Quelque chose en lui a basculé à un moment, et il se sent à présent plus investi, plus responsable, plus à l’aise et plus serein dans son rôle de chef de famille, qu’il associe intimement au statut d’adulte.

 

Et puis, ce fut mon tour. Instinctivement, la première réponse qui m’est venue à l’esprit a été aussi de faire un lien entre l’âge adulte et le statut de père. Mais de manière un peu différente de celle exposée par Kevin. Dans mon esprit, je date mon passage à l’âge adulte au moment où j’ai ressenti l’envie d’être père, ce qui précède d’un ou deux ans au moins la date à laquelle je le suis réellement devenu. À quoi est-ce lié, je ne saurais pas l’expliquer dans le détail. Une remise en question de soi, une évolution de la pensée, une envie de transmettre, un désir de prolongement de soi et de partage. Certains y verront peut-être juste l’instinct de reproduction, ce besoin animal de propager ses gènes pour qu’ils perdurent et nous survivent. Cette vision me semble un poil trop naturaliste, il y manque tout un pan de réflexion plus intime, plus philosophique de l’approche de la vie. Je crois qu’il arrive un moment où l’on comprend qu’on n’est finalement peu de chose, et qu’on l’accepte. Et dès lors notre petite personne n’est plus forcément le seul et principal objet de nos préoccupations. Alors seulement on se sent à la fois prêt et on souhaite devenir père. On accède ainsi à la passerelle qui nous permet de cheminer de l’état d’esprit très égocentré de l’enfant / adolescent, à celui plus ouvert au monde et responsable d’adulte. Sans vouloir en faire une généralité, c’est toutefois ce qui je crois m’est arrivé et m’a permis de grandir dans ma tête.

 

Voici donc ce que furent nos premières réponses à la question de Cécilia.

Mais loin d’être définitives, je crois qu’elles sont plutôt complémentaires, et qu’il n’y a pas de réponse unique et universelle. Sans doute y aurait-il eu d’autres réponses tout aussi pertinentes si nous avions été plus nombreux à partager ce repas et prendre part à la réflexion.

 

D’ailleurs nous nous sommes vite entendus sur un autre point : on ne cesse jamais vraiment d’être un enfant quelque part au fond de soi. On emporte avec nous toute notre vie les traces de notre enfance, parfois même il est bon et sain de cultiver notre part d’enfance en nous, de ne pas la laisser complètement s’éteindre, histoire de garder un lien avec une période où l’on a été plus innocent et souvent tout simplement plus heureux.

 

Et ce qui a emporté l’adhésion unanime, c’est l’idée énoncée par Cécilia qui prétendait ne pas avoir de réponse et qui pourtant en tenait une tout à fait appropriée… Qu’on connaît certes tous des périodes charnières, des moments clés, des événements déclencheurs qui nous font progresser à grand pas et passer à de nouveaux statuts existentiels, mais qu’on ne cesse jamais, quel que soit notre âge, d’évoluer et de grandir intérieurement. Dès lors qu’on ne se ferme pas au monde comme une huître, dès lors qu’on accepte de se remettre en question de manière honnête (ce qui ne veut pas dire qu’on doit tout révolutionner à chaque fois dans nos façons d’être), alors on ne peut pas rester dans l’immobilisme. Nos esprits évoluent, nos personnalités s’affinent, même nos goûts parfois changent. J’aime à croire que le fait d’en être conscient est en soi déjà un premier pas vers le « mieux ». Car l’évolution ne rime pas forcément toujours avec l’amélioration. Quand on vieillit le risque est grand de laisser nos défauts s’accentuer par exemple… Peut-être que devenir adulte, c’est aussi chercher sans cesse à s’améliorer ? Ce pourrait être en tout cas une piste à creuser Cécilia… ;-)

 

 

Et vous alors : quand êtes-vous devenus adultes ?

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10 février 2020 1 10 /02 /février /2020 08:10

Quand ce roman de Gillian Flynn a paru en France en 2012, c’était précédé d’une excellente réputation outre-atlantique. C’était le roman à lire si on aime le suspense. Dans la foulée (ou presque) était annoncée son adaptation au cinéma avec ni plus ni moins que David Fincher derrière la caméra et le couple Ben Affleck / Rosamund Pike (une de mes actrices préférées) dans les rôles principaux. Alors que le roman était déjà installé dans ma Pile-à-Lire, j’apprenais que la sortie du film en salle était imminente. Violant toutes mes règles concernant l’ordre de lecture de mes livres en attente1, je faisais donc gagner plusieurs mois au bouquin afin de pouvoir le lire avant de voir le film. Je me connais, et je sais que l’envie de lire a tendance à méchamment s’amenuiser quand je connais déjà les tenants et aboutissants. Autrement dit si je vois l’adaptation ciné en premier, le bouquin risque fort de perdre de son intérêt à mes yeux.

 

Voilà donc que le roman se voit propulsé tout en haut de ma Pile-à-Lire, gagnant au bas mot une année d’attente. Qui plus est, le film étant prévu de sortir à la rentrée, le roman devient donc l’une de mes lectures d’été, embarqué dans mon sac de plage, entre ma protection solaire indice 50 et mon Ipod (car oui, je suis vieux et branché : j’utilise le dernier gadget à la mode d’il y a 15 ans pour écouter de la musique).

 

C’est donc dans une ambiance sable fin, huile de jojoba, glace framboise-chocolat et monokini que je me mets à sa lecture4.

Et là, c’est simple, la Côte d’Azur a tout à coup disparu derrière les paysages un peu moins glamours de la campagne de l’état du Missouri. L’air est devenu oppressant, l’ambiance plus lourde de suspicion, et un voile de mystère s’est emparé de Cannes-la-Bocca.

 

Amy et Nick Dunn sont jeunes, beaux et donnent l’apparence d’un couple modèle et heureux. Mais voilà, la crise financière est passée par là, et la situation du couple s’est détériorée financièrement au point qu’ils ont dû quitter leur vie à New-York pour venir s’installer dans la ville d’origine de Nick, coin paumé au bord du Mississipi. Avec un peu de chance ce ne sera que provisoire. Et puis la situation des parents de Nick l’exige : sa mère se meurt d’un cancer et son père est atteint d’Alzheimer. Nick ouvre un bar avec sa sœur jumelle, ils ne s’en sortent pas si mal que ça finalement. Mais le jour de leur cinquième anniversaire de mariage, Amy disparaît. Nick retrouve la porte de leur maison grande ouverte, il y a des traces visibles de lutte… l’enquête débute aussitôt, et très vite Nick devient le principal suspect. Il faut dire que de plus en plus d’éléments convergent à le désigner comme coupable… Les petits secrets sont dévoilés, les révélations s’enchaînent, les apparences volent en éclat.

 

J’arrête là de vous raconter ce qu’il se passe dans ce livre, histoire de ne pas déflorer un suspense extraordinaire, totalement hors-norme, et qui tient jusqu’à la toute dernière page. Même quand on croit avoir tout compris, avoir fait le tour de l’affaire, à chaque fois un nouvel élément s’ajoute qui nous remet un petit coup derrière la tête et nous apprend la modestie que chaque lecteur devrait avoir en permanence face à un maître de la littérature de genre (une maîtresse dans le cas présent).

 

Bien sûr, vu que l’adaptation cinématographique a plutôt bien marché (et à raison : le film est vraiment très réussi lui aussi) et a connu son petit succès lors de sa sortie, il y a de fortes chances que le suspense dont je parle n’en est déjà plus un depuis longtemps pour vous. Mais si ça n’est pas le cas, si jusqu’ici vous êtes passés entre les gouttes de la renommée et du livre et du film, alors sachez que ce roman est un monument du genre, un summum d’efficacité. Rarement j’ai été à ce point baladé de bout en bout d’un livre. Et surtout il n’y a rien à jeter : tout est parfait, aux petits oignons, tout se tient du début à la fin, et jusqu’à la dernière ligne vous serez sur le cul, effaré par ce que vous lisez. Enfin moi c’est l’effet que ça m’a fait.

 

Le roman est construit sur une alternance de narration à deux voix. Chaque chapitre est raconté soit du point de vue de Nick, soit du point de vue d’Amy. Et pendant la première moitié du livre, vous ne saurez pas à quel saint vous vouer puisque tour à tour, chaque personnage sera décrit de manière très plausible sous le meilleur comme sous le pire jour. Tout ce dont vous serez sûr dès le départ et plus l’histoire avancera, c’est que ce récit est machiavélique.

 

Ce qui est très fort, c’est qu’une fois la première moitié du roman passé, quand on s’est pris un gros coup sur la cafetière par la révélation principale, le livre continue d’être parfaitement passionnant. Car une fois le « qui ? » solutionné, reste à comprendre le « comment ? » et mieux encore : le « pourquoi ? » qui vous fera certainement froid dans le dos.

 

Et ce qui est encore plus fort, c’est que même une fois que le « comment ? » et le « pourquoi ? » seront expliqués, le roman continuera encore à être passionnant et ce sera là d’ailleurs son exploit le plus remarquable : il va mener à une fin que jamais je n’aurais pu imaginer et qui m’a encore plus abasourdi que tout le reste. En refermant le bouquin après avoir tourné la dernière page, j’ai le souvenir très précis d’être resté là comme un con, à me dire « la vache, quel bouquin ! », n’en revenant toujours pas du niveau de cynisme que m’a imposé cette fin impitoyable.

 

Je pense que dans le genre roman à suspense, Les Apparences de Gillian Flynn est de loin celui qui m’aura le plus impressionné par sa maîtrise parfaite, sa construction sous forme d’engrenage absolument diabolique, et surtout par le sentiment qu’il laisse après lecture.

 

À lire absolument. J’envie ceux qui vont le découvrir sans encore rien en connaître.

1 sur ce point je suis une discipline bien définie : je lis mes bouquins par ordre d’arrivée sur ma P-à-L : je prends toujours celui qui est là depuis le plus longtemps.2

 

2 cette règle a des exceptions : quand une adaptation ciné ou télé arrive et que je tiens à avoir lu le roman avant, quand il s’agit d’un livre qui traite d’un thème particulier pour lequel j’ai mis en place une lecture à fréquence spécifique (exemple : je lis un livre par an en rapport avec Leonard Cohen, et j’en ai plusieurs d’avance chez moi), quand il s’agit d’une série en cours (exemple : chaque année pendant les congés de Noël je lis un tome de The Expanse), ou exceptionnellement quand j’attends tout particulièrement un livre pour X raison (souvent c’est lié à un auteur qui m’est cher).3

 

3 je sais que ça peut paraître psycho-rigide comme façon d’organiser mes lectures, mais ça marche plutôt pas mal ! Sans cette discipline ce serait, excusez le terme, le bordel. Et surtout certains livres finiraient par ne jamais être lus à force que d’autres leur passent devant...

 

4 je déconne pour l’huile de jojoba.

 

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6 février 2020 4 06 /02 /février /2020 08:07

 

« Je ne connais personne qui n’aime pas le flamby. »

 

François Hollande en pleine auto-promotion second degré au cours de l’émission « Au tableau ».

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