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29 avril 2020 3 29 /04 /avril /2020 20:45

Sept semaines. Ça fait sept semaines déjà que l'on est en confinement. Huit que je suis chez moi, puisque les écoles du Haut-Rhin ont fermé une semaine avant le confinement, et que je n'allais pas laisser mes chers enfants seuls à la maison. J'avais pensé d'abord continuer à bosser, il suffisait de les attacher à une chaise le matin, les mains scotchées à un paquet de petits gâteaux, une paille reliée à une bouteille d'eau dans leur dos, posés devant la télévision branchée sur Arte (histoire de se cultiver un peu plus qu'avec Gulli), mais j'ai abandonné l'idée. Fichu sentiment de culpabilité judéo-chrétienne de mes deux.

Les verbes aussi souffrent parfois de maltraitance conjugale

Ça fait donc deux mois que je n'ai plus beaucoup de connexions avec le monde extérieur, si ce n'est celle que me procure mon lien ADSL (eh non, pas encore de fibre chez moi). Et que cette situation pour le moins inédite commence à dévoiler certains de ses effets secondaires. Parce que peut-être que l'hydroxychloroquine fait débat pour ses éventuels effets indésirables, mais ce qui est sûr c'est que le confinement aussi a des effets secondaires. Positifs ou négatifs, c'est selon. On en parle ?

Il ne serait pas mort de ça en vrai Jacques Chirac ?

Évidemment, l'effet recherché c'est de réduire le plus drastiquement ses contacts avec les autres. Mais forcément, à part peut-être pour les plus misanthropes d'entre nous, ça crée un état de manque. Qui ne se voit pas en manque de ses proches, de sa famille, de ses amis ? C'est quasiment inévitable pour qui est socialement entouré en temps normal.

Charles Darwin said...

Ce que j'ai noté également, et qui commence à me peser au bout de plusieurs semaines, c'est un autre type de manque : celui qui concerne mes petites habitudes. C'est dans ces circonstances qu'on réalise à quel point on a mis en place des sortes de petits rituels dans sa vie, quotidiens, hebdomadaires. Et que si on les a mis en place, ça n'est pas pour rien. C'est parce qu'ils nous aident à vivre « agréablement ». Marcher chaque midi au centre de Colmar, pas longtemps mais histoire de se dégourdir les jambes, respirer autre chose que l'air climatisé du boulot et voir les gens passer. Aller manger trois midis par semaine dans mon restaurant préféré. Boire un café, ou deux, ou douze, avec mes amis ou seul, chaque samedi matin à Mulhouse. Juste avant de faire un saut à la librairie et checker les dernières nouveautés en BD. Rien d'indispensable me direz-vous. Peut-être pas indispensable en effet. Et pourtant essentiel. Oui c'est sûr, je peux survivre sans. Mais justement, on touche peut-être là du doigt ce qui sépare la vie de la survie. Mes besoins élémentaires, absolument nécessaires, sont pourvus. Je respire, je bois, je mange. Et plutôt bien même. Mais tout le reste, ce qui correspond à des besoins « secondaires » voire parfois juste à des envies même pas à des besoins, voilà je pense ce qui donne une partie de son intérêt à la vie. Et pour le coup, le confinement nous coupe d'une bon nombre d'entre eux. Réduisant d'autant notre sensation de bien-être.

Ah ce que je ne ferais pas pour boire un expresso en terrasse d'un café...

Cela dit, on peut aussi profiter de cette période pour tirer avantage de cette situation de manque si désagréable. D'abord on prend conscience de ce qui nous manque vraiment. Cela nous permet de cibler nos priorités, d'avoir l'esprit clair sur ce qui compte vraiment à nos yeux. Ensuite on a aussi tout le temps pour se réinventer. Trouver d'autres occupations, imaginer d'autres routines, d'autres rituels apaisants, en redécouvrir même. Bref, s'éveiller la conscience et ne pas se laisser abattre. Pas pour mettre aux oubliettes tout ce qu'on a aimé jusqu'ici et qui meublait nos vies sociales, mais pour apprendre à tolérer le manque et mieux en profiter à nouveau lorsque cela sera possible...

Quand la réalité dépasse la fiction...

Clairement, le manque des autres (pas tout le monde et encore moins n'importe qui, mais ceux qui comptent) et le manque lié à mes habitudes empêchées, sont les effets les plus marquants du confinement sur moi.

 

Mais il y en a d'autres.

 

Et des positifs !

Vous avez remarqué à quel point le monde est plus silencieux ? Beaucoup moins de bagnoles et de circulation. Peu de trains et d'avions. On entend les oiseaux comme jamais. Moins de gens dehors, moins de bruit, moins de pollution aussi. C'est mécanique. Vous avez vu toutes ces images qui montrent des animaux « sauvages » oser sortir en milieu urbain ou semi-urbain à travers le monde ? Vous avez vu les relevés de la pollution atmosphérique, les vues du ciel de zones habituellement couverts de nuages de pollution en Chine ou en Italie ? Vous avez-vu la couleur des eaux du lagon de Venise quand il n'y a plus ces myriades de bateaux pour en troubler la limpidité ? Non seulement c'est beau, mais c'est aussi impressionnant de constater qu'en très peu de temps finalement, la nature parvient à reprendre ses droits... Et surtout, cette démonstration claire et nette, s'il en fallait encore, de notre impact direct sur l'environnement, ça fait réfléchir vous ne trouvez pas ?

La lagune de Venise débarrassée des bateaux de touristes.

Je ne sais pas si on peut parler d'« effet positif » mais depuis le confinement, j'ai fait de gros progrès quant à l'utilisation de mon téléphone. Non, je n'étais pas benêt au point de ne pas savoir m'en servir auparavant, je parle de l'usage que j'en fais. Le téléphone et moi, ça a toujours fait deux. Au moins. Un instrument diabolique avec lequel je n'étais jamais à l'aise, ne sachant trop quoi dire au combiné. Eh bien figurez-vous que depuis le confinement, j'ai réussi à tenir des conversations à bâtons rompus par l'intermédiaire de cet engin de la mort. Genre deux heures au bout du fil (un fil imaginaire avec les portables certes : j'évolue sur le téléphone, pas encore sur les expressions que j'emploie) avec Éric, même pas peur. Mais bon, comme je disais, pas encore convaincu que ce soit hyper « positif » comme avancée...

Allô Stéph ? Les années 1980 au bout du fil pour toi !

Restons positifs, parlons bouffe !

Là normalement, je devrais être d'une tristesse insondable de ne plus pouvoir profiter des plats du jour de mon resto favori (Tony, si toi et ton équipe me lisez, soyez bénis jusqu'à la fin des temps pour tout le plaisir gustatif que vous m'avez déjà procuré au fil des années). Et c'est clair que ça me manque grave, pas de doute là-dessus. Pourtant j'y vois du positif quand même, car du fait de ce confinement forcé avec mes gamins, il s'avère que je n'ai jamais cuisiné autant que maintenant. Je précise de suite : de tout temps j'ai détesté cuisiner. Autant je sais bien et j'aime manger, autant préparer les repas tenait de la torture pour moi. Juste je n'aime pas ça. Du tout, du tout. J'admire ceux qui sont passionnés par cet art (car c'en est définitivement un à mes yeux), mais ce n'est pas fait pour moi. Eh bien par la force des choses, et pour répondre à l'appétit féroce de mes deux loustics, je suis bien obligé de m'y coller. Alors pour être clair : je n'aime toujours pas ça, mais j'ai dépassé le stade de la panique devant la plaque de cuisson et le four pour me débrouiller plutôt pas mal (le « pas mal » est à entendre pour quelqu'un comme moi qui part de très très loin).

Je fais des progrès insensés en cuisine !!

Bon, malgré tout, je ne peux pas faire l'impasse non plus sur quelques effets secondaires plus négatifs de ce confinement.

 

Mon état physique d'abord. Sur le plan de la forme comme sur celui de l'apparence.

Pour ce qui est de la forme j'essaie de m'entretenir chez moi, comme je le fais du reste depuis des années. Je n'ai pas trop changé mes habitudes, juste splitté mes séances hebdomadaires en 2 puisque j'ai plus de temps à y accorder (je suis donc passé de 2 à 4 séances de sport par semaine). J'en fais à peu près autant au total, mais étalé sur plus de jours. Ça laisse moins de jours pendant lesquels « je ne fais rien du tout ». En revanche là où je m'inquiète c'est pour le souffle et l'endurance. Courir m'a toujours ennuyé (j'ai souvent essayé de m'y mettre mais rien n'y fait, ça m'emmerde), et ce confinement ne m'a pas fait changer d'avis là-dessus, contrairement à un certain nombre de nos compatriotes je ne me suis pas transformé miraculeusement en joggueur juste parce que je n'avais plus le droit de sortir autrement de chez moi. Et du coup, en cardio je ne fais quasiment plus rien, puisque auparavant c'était la marche quotidienne qui faisait office d'exercice pour moi. Ça et les escaliers du boulot. Tous les jours 4 fois les huit étages qui séparent mon bureau du rez-de-chaussée dans les pattes, ça n'avait pas été facile lorsque je m'étais mis dans l'idée de boycotter les ascenseurs, mais avec le temps je m'y étais fait. Sauf que là, déjà 2 mois sans prendre le moindre escalier, j'aime autant vous dire que ça va piquer dans les jambes le déconfinement...

Y aurait pas comme un léger parfum de foutage de gueule dans l'air par hasard ?

Pour ce qui est de l'apparence, là aussi, ça commence à devenir chaud. Faut dire que j'ai commis une petite erreur qui a eu de grandes conséquences. Le dernier samedi avant le confinement, j'avais prévu d'aller chez le coiffeur, parce que ça commençait à devenir limite question longueur de cheveux. Et puis la flemme. Me suis dit que c'était encore pas si dramatique, que ça pourrait attendre encore une petite semaine. Sans compter que ce samedi là il devait y avoir le dernier match encore non-annulé du Tournoi des Six Nations à la télé (Pays de Galles – Écosse), ce qui a fini de me convaincre de reporter mon passage chez Graziella (oui, ma coiffeuse se prénomme Graziella).

Résultat : confinement trois jours plus tard, fermeture des salons de coiffure jusqu'à une date indéterminée, match de rugby annulé au dernier moment et aujourd'hui coupe de cheveux absolument sans nom. C'est long, ça part dans tous les sens, ça frisotte aux extrémités (des cheveux !), ça rebique n'importe comment, on ne voit plus mes oreilles. Alors comme je suis un garçon qui apprécie plutôt la cohérence, je me suis dit que tant que je ne pourrai pas me faire couper les cheveux, je ne taillerai pas non plus ma barbe. Histoire d'être raccord. Tant qu'à faire dégueulasse, au moins c'est uniforme. Un casque à la Pujadas ébouriffé avec une barbe courte et taillée, non seulement ça serait moche, mais ça donnerait une image de garçon inconstant capillairement. Et je m'y refuse. Alors quand même, deux mois plus tard, je commence à osciller doucement entre le Jean Schultheis* de la grande époque et le Sébastien Chabal dépressif d'une pub pour PokerStar.fr … Petite erreur, grandes conséquences...

Je suis d'accord avec vous : ça n'est pas beau à voir.

Pour finir, j'ai envie de vous parler d'un effet aussi inattendu que déprimant pour moi. La lecture. L'écriture. En berne, toutes les deux.

On ne peut pas dire qu'habituellement je lise à un rythme effréné, je tourne grosso-modo entre 20 et 30 livres par an, en fonction de la taille des bouquins qui me tombent sous la main. Mais là, c'est juste que je n'y arrive pas. Sans pouvoir l'expliquer de prime abord. Pas faute de temps en tout cas. Mais rien à faire, pas d'envie, et pas la concentration nécessaire pour ça. Imaginez le truc : j'ai entamé un bouquin en même temps que le confinement. Deux mois plus tard, j'en ai lu 80 pages !! En rythme normal de lecture, je devrais en avoir fini au moins deux complets depuis ce temps ! Et théoriquement en ayant beaucoup plus de liberté pour lire à ma guise, j'aurais dû pouvoir enchaîner les lectures à haute fréquence. Mais non, pas moyen. Alors quand même, à la place j'ai réussi à lire pas mal de BD, et j'ai réussi à bien écluser la pile de comics en retard qui assiègent le pied de mon lit. Pas encore pu effacer l'ensemble de mon retard (qui était conséquent), mais j'ai quand même bien avancé là-dessus. N'empêche, je suis très très loin de ce à quoi je m'attendais en termes de qualité et de volume de lecture. Et ça me désespère. D'autant que c'est à mettre en parallèle avec ma maigre production écrite. Là aussi, je m'étais imaginé que le confinement allait me permettre de dégager du temps pour écrire, en particulier j'envisageais de pouvoir prendre un peu d'avance en rédigeant des articles pour ce blog dont je pourrais ainsi prévoir l'édition bien en amont. Ben là encore, que tchi. Il m'est très compliqué de m'y mettre. Quand je commence, j'ai du mal à trouver mes mots, à enchaîner les idées, à articuler un texte à peu près cohérent et digne d'intérêt à la relecture. Bref, je passe un temps fou pour obtenir un résultat médiocre. Bien souvent je laisse tomber, je m'éparpille, je procrastine, je laisse divaguer mes pensées, je me laisse distraire. Je ne parviens que très difficilement à trouver la concentration nécessaire et indispensable à écrire quelque chose un tant soit peu correct. Et quant à multiplier les articles, là ça tourne à la science-fiction. Ce que ça peut être frustrant d'avoir du temps devant soi, des thèmes d'articles en attente déjà tous prêts, l'envie de bien faire mais aucun jus, aucun peps, rien de bien qui ne sorte du stylo ou du clavier.

Petite sélection pour se mettre dans l'ambiance.

D'une manière incompréhensible, et bien agaçante, je viens de passer deux mois avec plus de temps que jamais à disposition, sans pouvoir en tirer grand-chose, ni en termes de lecture, ni en termes d'écriture. Mauvais timing ou effet secondaire du confinement ? J'ai eu le même type de retour d'expérience de la part de plusieurs personnes qui lisent beaucoup en temps normal mais qui se sont vues inexplicablement incapables de lire correctement en cette période.

Poésie confinée...

J'y ai beaucoup repensé ces derniers jours et je me demande si, en ce qui me concerne du moins, ce n'est pas intimement lié à l'une des fonctions principales que la lecture revêt pour moi. Habituellement je lis pour m'isoler. En intérieur ou en terrasse, pour y manger ou pour un café, j'aime m'asseoir à une table de restaurant ou de brasserie. Même seul, ça ne me dérange absolument pas. Mais jamais sans un bouquin. En fait je lis très souvent entouré de monde. La lecture m'isole, me protège, me caparaçonne. Je m'y sens bien, et à bien des moments elle m'a été d'un grand secours.

En temps normal je pense plutôt comme la dame...

Or en temps de confinement forcé, la lecture perd cette fonction d'isolation au monde extérieur. La période étant plutôt au manque de contact, je me demande si inconsciemment la lecture m'apparaît comme allant à l'encontre de ce dont j'ai besoin actuellement. Alors que la lecture m'a toujours permis de ne pas me sentir seul, voici qu'elle est peut-être devenue le symbole d'une solitude forcée qui me pèse. L'explication vaut ce qu'elle vaut et n'est rien d'autre qu'une théorie, mais ce serait aussi étrange que paradoxal n'est-ce pas ?

Tousse ensemble ou sain en solo ?

Une chose est certaine : ce confinement inédit de plus de deux mois aura eu des conséquences aussi inattendues que diverses sur chacun d'entre nous. En dehors des ermites dans l'âme et des ours qui entament tout doucement leur sortie d'hibernation, peu d'entre nous auront traversé cette période sans noter des effets secondaires sur notre quotidien, voire sur nos personnalités. Et pour vous, quels sont-ils ?

Prenez soin de vous !

* Ah y a de la référence de haute volée hein !! C't'un blog culturé ici !

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27 avril 2020 1 27 /04 /avril /2020 19:28

Avant de lire Comment je suis devenu stupide, de Martin Page, j'en avais lu l'adaptation en BD, il y a de cela déjà assez longtemps. Et ça ne m'avait pas plus marqué que cela puisque je n'en avais que très peu de souvenirs.

C'est donc presque comme si je le découvrais que je me suis plongé dans la lecture de ce bouquin très court (de l'ordre de 120 pages environ en version poche).

 

L'histoire est celle d'Antoine, 25 ans, incapable de trouver sa voie vers le bonheur. Il se sent à part, décalé, inadapté. Lui-même se considère comme un handicapé du bonheur. En revanche, Antoine n'est pas la moitié d'un con. Et c'est justement là qu'il situe l'origine de son problème. Après y avoir réfléchi, il en est venu à la conclusion que c'est son intelligence qui le rend inapte au bonheur. A force de toujours cogiter, il passe à côté de l'essentiel. Pour pallier ce problème, il envisage d'abord de devenir alcoolique, pensant que l'oubli et la réalité ouatée procurés par l'alcool à haute dose pourrait le rapprocher du bien-être. Manque de bol, il ne supporte pas l'alcool et fait un coma éthylique à son premier verre de binouze. Il s'inscrit alors à des cours qui ont pour objet de l'aider à bien se suicider. Sauf que là encore, ça n'est pas vraiment satisfaisant : s'il ne connaît pas la joie de vivre, il n'en ressent pas plus celle de mourir.

Reste alors ce qui lui apparaît comme la solution la plus logique, combattre le mal à la racine, devenir un imbécile et profiter ainsi des bienfaits de l'ignorance. Antoine s'attelle dès lors à la tâche...

 

Allez, disons-le, c'est plutôt chouette comme idée de départ. Malin, un peu iconoclaste, et ça permet à l'auteur de se faire plaisir avec quelques situations savoureuses au cours desquelles il peut se laisser aller à de belles tournures de phrases et de belles répliques.

Pourtant ce roman m'a un peu fait l'effet d'une bonne idée que l'auteur n'aurait pas creusée jusqu'au bout. Un beau potentiel, un bon début de développement, mais un petit manque de profondeur. Dommage.

 

Il y a cependant des passages vraiment réussis, durant lesquels l'auteur met dans la bouche de ses personnages quelques idées intéressantes, quelques vérités bien senties, quelques sujets à méditer sur la réalité de notre monde actuel, et sur les relations entre les gens. Il y a par exemple cet échange avec Raphi, le pote courtier un peu caricatural (mais pas tant que ça non plus), au sujet des femmes, qui est plutôt criant de vérité. D'ailleurs il s'en suit une rencontre d'Antoine avec une gérante d'agence matrimoniale, et là encore un échange assez savoureux en résulte.

 

Alors si ce livre se veut plutôt amusant il n'en est pas pour autant comique. Je ne me suis pas esclaffé à chaque page, l'ambiance est plutôt à une certaine forme de cynisme et de constat pince-sans-rire du monde d'aujourd'hui. Il reste cependant à classer dans les divertissements, tout en vous fournissant de bonne pistes de réflexion sur la vie de tous les jours, et sur votre propre condition.

 

Là où j'adhère moins, c'est sur le fond. Du moins quand on s'y attarde un peu et qu'on ne prend pas juste le bouquin comme une petite fable amusante sans plus. L'idée de présenter l'intelligence comme un handicap, j'ai un peu du mal. Pour moi la bêtise en est un bien plus imposant si on va par là. Et la lucidité n'est pas plus une tare selon moi. Ce qui peut poser problème éventuellement, c'est ce qu'on fait des infos qu'on a une fois qu'on les a récoltées et analysées, les conclusions qu'on en tire. Mais réfléchir (si on ne se contente pas seulement de cela, ça va de soi) c'est pour moi indispensable pour être heureux. Apprendre, comprendre, étudier, s'instruire, chercher et trouver des réponses à ses questions : ce sont quand même de très belles choses non ?

 

Et puis si on veut vraiment pousser la réflexion sur le rapport entre intelligence et bonheur, à un cran largement supérieur à ce que permet de le faire le livre de Martin Page*, je ne peux que vous conseiller très très vivement Des Fleurs pour Algernon de Daniel Keyes, qui aborde ce sujet frontalement et avec une grande force. Sur un ton clairement plus dramatique cependant. Mais si vous préférez vous contenter d'une version plus courte, plus soft et plus légère, Comment je suis devenu stupide conviendra parfaitement.

* Dans un tout autre registre du même auteur, je vous conseille La Nuit a dévoré le monde...

 

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14 avril 2020 2 14 /04 /avril /2020 21:41

Aujourd'hui je célèbre un double événement. « Événement » à ma petite échelle j'entends.

 

D'abord mon 500ème article de blog ! Alors certes, ramené à la durée d'existence du site, le chiffre impressionne tout de suite moins. Figurez-vous que mon premier article ici, date du 7 décembre 2005... ce blog en est donc dans sa quinzième année !! Si je fais un rapide calcul : 500 articles en 172 mois, ça donne environ 35 articles par an soit moins de 3 par mois si on fait une moyenne. Après il faut prendre en compte le fait que j'ai été très silencieux voire carrément absent en terme de mise en ligne d'articles pendant certaines très longues périodes. Genre, qui se chiffrent en années. Mais jamais complètement disparu pour autant : quand je n'éditais pas d'articles je tenais à jour de loin en loin mes pages « avis vite dits » en fonction de ce que je me mettais sous la rétine au cinéma ou sur le petit écran.

Il en aura parfois fallu !

N'empêche, qu'on considère ces 500 articles tels quels, ou qu'on les rapporte sur la durée, quand je jette un rapide coup d’œil derrière moi, je n'en suis pas trop mécontent. Entendons-nous bien : on peut toujours mieux faire, et j'en suis quelques-uns sur la toile qui assurent autrement mieux que moi en terme de quantité et de longévité (vous en retrouverez un certain nombre en liens dans ma rubrique On the Blog Again... ), l'affaire est entendue. Malgré tout, à mon petit niveau, sans chercher à viser les étoiles, je suis surtout content d'une chose : je n'ai pas laissé tomber l'affaire. J'ai eu des moments de moins bien, ça va de soi, des jours, pardon, des mois entiers pendant lesquels l'envie, l'enthousiasme et l'inspiration m'ont obstinément fui. Mais voilà : aujourd'hui, je suis toujours là, et je continue à alimenter tant bien que mal ce site qui est un peu ma fenêtre sur l'extérieur. En fait, en y repensant, peut-être est-ce le contraire : une fenêtre depuis l'extérieur sur moi. Avec toute l'immodestie que ça sous-entend, je m'en rends bien compte en l'écrivant. Qui ça intéresse vraiment ce que j'ai à blablater ici sur ce que je regarde ou j'écoute, sur ce que je lis, sur ce que j'aime, sur ce qui me fait rire ou m'énerve ? En fait j'ai vite abandonné l'idée de faire « du chiffre ». C'est vrai pourtant, ça fait plaisir et ça flatte l'ego quand on voit ses stats de visites progresser ou lorsque des articles que je mets en ligne provoquent des réactions en commentaires. Parfois aussi ça déçoit de voir un article que j'ai essayé de rendre le plus attrayant possible, ou qui traite de quelque chose qui me tient vraiment à cœur, n'éveiller aucune réaction, et peut-être même passer incognito va savoir... Mais j'ai constaté avec le temps qui passe, qu'en fin de compte ça n'est pas si grave que ça. Parce que le plaisir que j'ai eu à écrire ces articles a été au rendez-vous lui, et m'a fait du bien. Parce que de temps à autres je retombe sur un ancien article et qu'il m'arrive d'avoir du plaisir à le relire. J'y décèle souvent des points à améliorer et des choses que j'aurais pu mieux écrire, mais si le sentiment qui prédomine est la satisfaction, c'est que je ne m'en tire pas si mal.

J'ai fini par comprendre que celui à qui je m'adresse en premier lieu à travers ce blog, c'est moi. Encore une preuve d'égocentrisme me titillerez-vous peut-être... Peut-être bien en effet, je n'en sais rien et à vrai dire je m'en fiche un peu. L'écriture, au même titre que la lecture du reste, m'apporte infiniment plus que ce que je lui apporte. Je l'admets, et je l'accepte. Et ça me va bien comme ça. Alors autant continuer encore un peu tant qu'à faire. Et si j'ai quelques personnes avec moi qui veulent bien me lire de temps à autre, qu'elles soient les bienvenues.

Si l'envie vous prend de flâner dans les parages...

L'autre micro-événement auquel je faisais allusion en début d'article, c'est mon 45ème anniversaire. Je me suis dit, tant qu'à faire, et étant donné que je suis mon premier (et parfois unique) lecteur, autant me faire ce petit plaisir et faire coïncider cet anniversaire avec le 500ème article.

45 en années de chien, ça fait... pfff....

45 balais, ça m'en bouche un coin quand je m'arrête un peu sur l'idée. Il n'y a pas si longtemps je cogitais sur mes 35 ans... j'ai l'impression que c'était hier. En fait non : c'était hier !! Après je crois qu'il vaut mieux que je ne m'appesantisse par trop longtemps sur cet état de fait... je risquerais de rapidement déprimer.

Mais pas tant que ça non plus, faut pas exagérer. Avec l'âge vient une forme de sagesse. Ah, tout de suite les grands mots me direz-vous !! Pourtant oui, je ne me sens pas complètement hors-sujet en parlant de sagesse. Le temps qui passe laisse des traces. La vie passe, on fait ce qu'on peut pour ne pas être totalement dépassé par les événements, et on essaie de rester en accord avec soi-même. C'est d'ailleurs plus simple à dire qu'à faire, c'est pourquoi je me garderai de virer donneur de leçons à deux balles. Mais quoi qu'il arrive, le temps, lui, file. La vie n'attend pas, et moins on en a de temps devant soi, moins on a l'énergie pour aller vite également. C'est pourquoi il apparaît de plus en plus impératif de fixer clairement des priorités. On choisit mieux et on tranche plus facilement qu'avant. C'est peut-être en soi, une forme de la sagesse que j'évoquais : perdre moins de temps car on est de plus en plus conscient qu'on n'est pas éternel. Autant éviter les regrets en sachant cela, et privilégier l'essentiel.

Le temps passe vite...

45 ans donc, disais-je. Mine de rien ça commence à chiffrer. Est-ce un début d'Alzheimer ou juste de l'inconscience, toujours est-il que j'ai souvent tendance à oublier que je ne fais plus partie des « jeunes ». Pour m'en convaincre, il suffirait de demander à ceux qui sont véritablement dans la catégorie des « jeunes » où ils me situeraient, et le doute ne subsisterait ainsi pas longtemps. Cet anniversaire me rappelle donc avec une certaine autorité à la réalité. Mais vous savez quoi ? Je ne fais pas pour autant partie des nostalgiques de leur jeunesse passée. Pour être tout à fait honnête, je détesterais me retrouver tel que j'étais avec 20 ans de moins. Sérieusement. Je me préfère aujourd'hui, sur à peu près tous les points. Bon okay, sauf pour mes cheveux qui se font la malle. Pour le mal de dos récurrent aussi, je m'en passerais bien de celui-là. Et cette forme d'insouciance qui s'est envolée depuis que je dois prendre un cacheton tous les matins pour compenser les hormones thyroïdiennes que mon corps ne produit plus (faute de thyroïde !!), me manque parfois cruellement je dois bien le confesser. Mais pour tout le reste, vraiment, j'aime autant rester comme je suis que me retrouver en tant que vingtenaire...

Et c'est Lemmy qui vous le dit !

Ce que je n'aurais jamais imaginé en revanche, c'est que mon 45ème anniversaire ait lieu dans le contexte d'une pandémie mondiale, et d'un confinement obligatoire. Pourtant je suis un habitué des histoires fantastiques et de SF, je vous rappelle que j'ai grandi avec Peter Parker, Capitaine Flam, Marty McFly et Han Solo. Mais ce scénario-là, je n'y avais pas pensé. Fêter en huis-clos ne me dérange pas plus que cela, depuis ce matin je reçois message sur message, et toutes ces manifestations de pensées à mon endroit me font chaud au cœur. Mais ça me donne surtout envie de ne pas laisser passer une occasion future de le fêter en présence de ceux qui comptent pour moi. Ça n'est donc que partie remise...

Chacun ses références !!

Me reste à envisager l'avenir. Combien de temps me faudra-t-il pour atteindre les 1000 articles ? Quinze ans supplémentaires ? Ça risque de mener loin cette histoire... Les atteindrai-je seulement ? Je vous avouerais que si l'entrain pour écrire ces derniers temps se fait un peu plus rare (moi qui croyais que le confinement serait plus propice à cela, je me suis foutu le doigt dans l’œil), il me reste cependant encore pas mal d'idées en stock. Ne serait-ce que si je veux rattraper mon retard en terme de chroniques de livres lus (et je compte bien finir par y parvenir), j'ai au bas mot encore plus d'une centaine d'articles à écrire devant moi...

 

Bref, pour le moment, ce blog a encore quelques perspectives d'avenir. Et moi aussi, au passage.

Merci en tout cas à celles et ceux qui passent encore par ici, que ce soit régulièrement ou accidentellement, volontairement ou par hasard, depuis les origines ou tout nouvellement. Merci de me faire l'amitié de me lire, et parfois de me laisser vos sentiments sur mes élucubrations.

 

Bon, me voilà comme un con à pas savoir comment finir cet article.

Allez, je tente ça : à bientôt !? ;-)

???

PS : Juste un mot pour vous dire que mon repas d'anniversaire je l'ai passé avec mes loulous et ma fée, et qu'un invité spécial nous a accompagnés pendant que nous dégustions une raclette (et il apprécierait la précision), c'est Fred Blondin, grâce aux vidéos qu'il poste sur les réseaux sociaux depuis cette période de confinement, et que ma petite sœur m'a gentiment envoyées pour mon anniversaire. Ça m'a rappelé un peu le repas de mes 40 ans où il était venu chanter en personne...

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13 avril 2020 1 13 /04 /avril /2020 18:28

Il y a peu de temps, je vous parlais d'un roman qui m'a très fortement marqué : La Formule de Dieu de José Rodrigues Dos Santos. Je l'avais dévoré et trouvé passionnant parce qu'il m'avait ouvert l'esprit à des concepts pas toujours évidents au premier abord, parce qu'il m'avait beaucoup fait réfléchir une fois sa lecture terminée (il s'agit souvent là d'un très bon indice quant à la qualité de ce que vous venez de lire) et parce qu'il m'a aidé à voir certaines choses d'un œil nouveau. C'est déjà pas mal vous avouerez !

 

Aussi, emporté par l'enthousiasme procuré par la lecture de ce livre, je me suis directement jeté sur le second ouvrage de l'auteur qu'on m'avait tout autant conseillé, L'Ultime Secret du Christ, et je m'en vais vous en dire quelques mots ici.

 

Tout d'abord, je dois le dire, j'avais certes un a priori très positif envers l'auteur, mais j'avais également un gros doute sur ce second roman, à cause de son titre. L'Ultime Secret du Christ, pour moi c'était très connoté Da Vinci Code. Et à mes yeux ça n'est pas forcément très élogieux que de dire cela... Je ne suis pourtant pas le mieux placé pour en juger, n'ayant pas lu le livre de Dan Brown. Mais j'ai tant lu de critiques acerbes à son sujet, faites par des gens dans le jugement desquels j'ai plutôt confiance, et j'ai par ailleurs gardé en mémoire le si triste souvenir de l'adaptation au cinéma de la suite du Da Vinci Code, Anges et Démons, dont j'avais trouvé l'histoire pour le moins affligeante, que je ne pouvais m'abstraire de cet a priori négatif sur l’œuvre de Dan Brown.

 

Bref, j'avais très peur d'un bouquin dans la même mouvance, capitalisant sur un secret caché d'un évangile quelconque et qui surferait sur un thème qui a été très à la mode dans les fictions des années 2000.

 

Homme de peu de foi que j'ai été !

 

Je vous plante rapidement le décor du roman. Une éminente paléographe* est retrouvée égorgée à Rome, en pleine Bibliothèque vaticane ! Elle y étudiait l'un des plus anciens et précieux exemplaires de la Bible, le Codex Vaticanus. Au côté de son corps sans vie, un message mystérieux a été laissé. Tomás Noronha, historien et cryptologue portugais de renom, est le dernier à avoir vu la victime vivante. Convoqué par l'inspectrice Valentina Ferro, le héros de La Formule de Dieu va rapidement être associé à l'enquête policière. Ses connaissances des Saintes Écritures seront d'une grande aide pour décrypter le message laissé par le tueur. D'autant que l'enquête va prendre une tournure inattendue avec deux autres meurtres analogues en Irlande et en Bulgarie... Pour élucider le mystère, l'inspectrice et l'historien vont devoir se plonger dans l'analyse des textes bibliques et progresser de révélation en révélation jusqu'à en arriver en Israël, sur les traces de l'un des personnages les plus emblématiques de la culture occidentale : le Christ.

 

Alors deux choses :

  1. Oui ceci est un roman, et il raconte une histoire, en l'occurrence la résolution d'un meurtre.

  2. Tout comme dans La Formule de Dieu, L'Ultime Secret du Christ est préfacée d'une simple phrase, mais qui change tout à la lecture qu'on fera du livre : « Toutes les données historiques et scientifiques ici présentées sont vraies ».

     

L'auteur J.R. Dos Santos va réutiliser la méthode de narration qu'il a déjà bien développée dans La Formule de Dieu**, à savoir un mixe entre une enquête que mènent les personnages principaux et des informations et faits historiques et scientifiques présentés par l'auteur comme le moteur de la réflexion des enquêteurs. Certains pourront trouver le procédé trop artificiel et y verront une faiblesse du roman. Personnellement cela ne m'a aucunement gêné, ni ici ni dans le roman précédent, car je l'avoue ce n'est pas l'enquête à proprement parler qui m'a le plus passionné, c'est très clairement la partie historique et scientifique du propos qui m'aura le plus accroché. J'ai porté plus d'intérêt à tous les passages explicatifs et aux démonstrations théoriques qu'à l'avancée de l'action proprement dite. Je ne dis pas pour autant que l'enquête en elle-même n'est pas intéressante, mais elle passe nettement en arrière plan pour moi. Celles et ceux qui chercheront donc avant tout un thriller haletant et bourré d'action seront certainement déçus de ce qu'ils liront. Autant le dire pour éviter tout malentendu : la partie vulgarisation de connaissances l'emporte largement sur l'aspect thriller.

 

Donc, sorti de la pure enquête policière, ce roman m'a surtout impressionné et passionné par la somme d'informations historiques et scientifiques qu'il expose. J'ai toujours été assez intéressé et curieux de tout ce qui touche aux religions et aux croyances. J'ai grandi dans une société aux racines judéo-chrétiennes dominantes, qu'on soit du reste croyant ou non. Et pour ma part j'ai été baigné dans la culture chrétienne depuis tout petit jusqu'à ce que mon esprit critique et ma réflexion propre m'aient permis de m'en détacher suffisamment pour privilégier la science, l'histoire et la philosophie (cela étant dit, La Formule de Dieu, comme de nombreux autres ouvrages et travaux, montre qu'une séparation nette et exclusive de ces thèmes est souvent illusoire et aussi dogmatique que peut l'être la religion : la pensée doit s'autoriser à aborder tous ces sujets pour faire progresser la réflexion sur soi et sur le monde).

 

Et c'est justement en regard de ma propre éducation, de ma culture et de tout ce que j'ai vécu et appris au cours de ma vie, que le propos de ce livre m'a le plus touché. Oser poser des questions là où on nous a appris qu'il fallait croire sans s'en poser, mettre en doute des paroles qu'on nous a toujours présentées comme vraies et définitives, s'appuyer sur des faits, des connaissances, des preuves, plutôt que sur des textes dits saints qui excluent le moindre droit au doute, voici ce que fait ce livre. Il prend la Bible, et l'étudie. Pas au sens liturgique du terme, mais au sens scientifique et historique. L'auteur décortique les Écritures Saintes et pointe tout ce qui ne résiste pas à l'analyse un peu plus poussée que la seule acceptation des textes tels quels. Il remet dans un contexte historique, il confronte les incohérences entre elles, il rappelle les faits avérés et met en lumière tous ceux qui autorisent à énoncer tout haut un doute légitime. Bref, il déconstruit la religion. Ce qui personnellement, m'intéresse au plus haut point. Il ne s'agit pas d'ailleurs de « casser du curé pour casser du curé », mais simplement de prendre du recul, et de s'extirper des histoires pour essayer d'entrer dans l'Histoire.

 

A ce propos, je crois important de signaler qu'il ne faut pas tomber dans l'excès inverse : dans son roman, J.R. Dos Santos propose un autre point de vue que le dogme de l’Église, et il le fait en explicitant des hypothèses différentes. Il expose une théorie, et c'est utile de le préciser, il n'impose pas une vérité. Les faits qu'il énonce, les conclusions qu'il tire, les théories qu'il explique sont un autre point de vue. Selon l'avis de chacun, vous les verrez comme convaincantes ou non, vous déciderez de leur légitimité ou de leur vraisemblance : il y a dans ce livre des théories exposées qui m'auront plus convaincu que d'autres que j'ai trouvées plus fantaisistes ou moins scientifiquement probantes. Et c'est ce qui est encore plus passionnant dans ce livre : s'il vous apprend une chose, c'est le doute. Et que le doute, loin d'être une mauvaise chose, s'avère excellent dès lors qu'il nous pousse à chercher à en savoir plus, dès lors qu'il nous pousse vers les seules valeurs qui vaillent : l'instruction, la culture, l'histoire, la soif de connaissance, le désir d'apprendre. Disons-le encore autrement : quand il cultive la curiosité intellectuelle, le doute est infiniment bénéfique.

 

Quand vous lirez le nombre d'erreurs, d'omissions ou d'incohérences qu'on a pu chiffrer au cœur même de la Bible, vous en tomberez sur le cul. Quand vous apprendrez l'origine probable du concept de « Vierge Marie » vous hésiterez entre rire ou pleurer. Quand vous aurez devant les yeux l'évaluation mathématique du pourcentage de chances qu'on ait trouvé un faux tombeau du Christ, vous serez sciés sur place. Quand vous comprendrez quand, comment et aussi pourquoi on a décidé de retenir tel ou tel texte « saint » plutôt que d'autres pour fixer une bonne fois pour toutes un canon officiel de la Bible, vous regarderez d'un autre œil le concept de vérité tel qu'elle est présentée par l’Église (et par extension dès lors qu'on parle d'autorités religieuses).

 

Il me semble toutefois important de dire que ce livre participe moins à une entreprise de destruction de la foi qu'à la déconstruction des fonctionnements interne d'une religion, et qu'on apprend beaucoup de choses, quand bien même on ne serait pas convaincu par tout ce que tente de démontrer l'auteur.

 

Accéder à un nouveau point de vue sur quelque chose qu'on connaît depuis toujours, ça peut être parfois déstabilisant, mais j'ai trouvé cela surtout passionnant. Ne vous départez jamais de votre capacité d'analyse, gardez votre sens critique, qu'il aille dans le sens des théories présentées par le livre ou dans un sens contraire, tant qu'on essaie de faire passer la pensée et la logique avant l'aveuglement volontaire, vous en ressortirez forcément grandis et plus éclairés. Et si au concept de vérité souvent mis en avant et défendu par les religions, on s'autorise à privilégier celui de réalité, on se permet de voir le monde sous un prisme un peu différent, et on en ressort là encore gagnant. C'est ce que vous invite à faire J.R. Dos Santos par l'intermédiaire de L'Ultime Secret du Christ.

 

Je vous incite très fortement à le lire et à vous faire votre propre idée. En ce qui me concerne j'ai énormément appris à sa lecture, y-compris sur des choses que je croyais déjà connaître, et ce roman m'aura certainement autant marqué que La Formule de Dieu. Gros coup de cœur.

* une paléographe ? C'est une scientifique qui étudie les écritures anciennes.

** à ce sujet les romans de J.R. Dos Santos mettent en scène le même personnage, le professeur Tomás Noronha, mais l'ordre de parution française des romans n'a pas tenu compte de l'ordre original, si bien que La Formule de Dieu, premier roman de l'auteur paru en France est en fait le second roman des aventures de Tomás, alors que L'Ultime Secret du Christ, deuxième roman de Dos Santos paru en France est en réalité le cinquième opus des pérégrinations du héros lusitanien.

 

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8 avril 2020 3 08 /04 /avril /2020 07:32

 

« Chaque personne qui passe dans notre vie est unique. Elle laisse toujours un peu d'elle-même, et s'en va avec un peu de nous. »

 

Jorge Luis Borges, écrivain argentin qui résume la beauté et le drame de nos vies.

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6 avril 2020 1 06 /04 /avril /2020 17:16

Il y a des nouvelles qui nous dépassent. Qu'on ne comprend pas parce qu'on ne parvient juste pas à les concevoir. On a découvert des exoplanètes un peu partout à travers la galaxie. Selon la physique quantique, il existerait un nombre infinis d'univers parallèles au nôtre. Un certain Nietzsche nous a même annoncé que Dieu est mort. Les implications sont telles, qu'à moins de s'appeler Albert Einstein ou Stephen Hawking, ce que cela veut réellement, profondément dire, nous échappe en grande partie.

 

Il en va ainsi quand on apprend la mort d'un ami. On ne comprend pas, on n'imagine pas ce que cela veut dire. Réellement. Profondément. Ça a de telles conséquences sur nos vies, que c'est trop grand, on n'arrive pas à en prendre conscience dans son entièreté.

 

Martial est parti. Notre copain s'en est allé hier. Lui, l'ancien-combattant à peine plus vieux que moi, que j'aimais mettre en boîte pour ce titre dont il a hérité pour avoir servi au début de sa vie active dans l'armée française, a finalement déposé les armes. Il a pourtant plus que vaillamment combattu, sans jamais baisser les bras. Si je devais aujourd'hui ne retenir qu'une chose de Martial, c'est la leçon magistrale d'optimisme et de positivité qu'il nous a donnée à tous ces derniers mois.

 

Martial c'était d'abord un rire tonitruant, un esprit joyeux et plein d'entrain, un humour bien trempé. Un caractère positif. Pas un naïf et encore moins un imbécile heureux : il avait simplement décidé de regarder le bon côté de la vie, en toutes circonstances et en toute conscience. Je ne me souviens pas l'avoir entendu se plaindre à propos de quoi que ce soit, jamais. Les gens comme lui devraient être rémunérés par la Sécu pour tout le bien qu'ils font au moral.

 

Je le savais très affaibli par la maladie, mais je ne l'imaginais tout bêtement pas perdre, tant la force qui avait progressivement fui son corps avait trouvé refuge dans son esprit. Pour le coup, celui qui a fait preuve de naïveté, c'est moi.

Alors quand j'ai appris ce matin qu'il était parti hier, je n'ai pas compris de suite. J'ai bien saisi l'information, mais j'ai été incapable de réaliser.

 

C'est en relayant la mauvaise nouvelle à Patrick que j'ai commencé à comprendre. En entendant mon pote pleurer au téléphone, lui qui est si détaché d'habitude, lui qui donne l'image du mec revenu de tout, quand j'ai entendu la douleur brute et spontanée de Patrick incapable de parler, c'est alors que j'ai été frappé, déchiré, écrasé. Que j'ai commencé à comprendre ce que ça voulait vraiment dire.

 

Notre copain Martial est parti.

Merci Isa pour ce chouette souvenir (2014)

Quand Martial nous faisait pleurer de rire ! (2015)

Un rire communicatif auquel même Patrick ne pouvait résister (2015)

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26 mars 2020 4 26 /03 /mars /2020 13:55

 

« Vous ne pouvez empêcher les oiseaux de la tristesse de voler au-dessus de vos têtes, mais ne les laissez pas faire leur nid dans vos cheveux. »

 

Proverbe chinois, à méditer de nos jours.

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23 mars 2020 1 23 /03 /mars /2020 13:12

En pleine mode de la littérature érotico-pouet-pouet à la façon Fifty Shades of Grey 1, est sorti ce roman, Juliette Society, écrit par Sasha Grey. Heureuse coïncidence patronymique entre l’auteure américaine et le personnage du roman de E.L. James qui aura peut-être attiré l’attention des lecteurs et lectrices sur ce livre, d’autant plus heureuse que le livre de Sasha Grey se veut érotique, tendance SM lui aussi par moment. Enfin, en ce qui le concerne j’emploierais plutôt le terme de pornographique pour le qualifier, car ici on n’est pas dans le subtil ni la suggestion érotique, mais bel et bien dans le hard le plus explicite. Mais j’y reviendrai.

 

Tout cela se tient plutôt puisqu’il faut savoir qu’on a là le premier roman d’une jeune écrivaine (elle avait 25 ans à la sortie du bouquin) qui a déjà derrière elle une carrière bien chargée. En effet, Sasha Grey s’est faite connaître en premier lieu en tant qu’actrice porno, activité qu’elle exerce dès sa majorité et jusqu’à l’âge de 23 ans. La demoiselle rencontre un vif succès et devient rapidement une star dans son domaine, au point même d’incarner un nouveau genre pornographique, qui allie les ambiances gothiques aux pratiques sexuelles les plus hardcores. Elle joue une première fois déjà de son pseudo pour tourner dans une parodie porno de la série Grey’s Anatomy, c’eut été dommage de se priver faut bien avouer, tant le jeu de mots était approprié. En 2009 c’est le très honorable Steven Soderbergh qui lui donne le premier rôle de son film The Girlfriend Experience, où elle interprète une escort-girl de luxe. Quand en 2011 elle met un terme à sa carrière porno, elle se teste manière touche-à-tout au fil de différentes reconversions : elle pose pour le mannequinat, se frotte ponctuellement à l’univers musical en tant que DJ et chanteuse, apparaît au cinéma et à la télévision, et s’essaie à l’écriture. Ce qui nous mène donc à ce Juliette Society.

 

Bon, après avoir introduit l’auteure 2, passons à l’œuvre proprement dite.

 

Ce roman est l’histoire de Catherine, jeune étudiante en cinéma de 23ans. Elle vit avec Jack, son petit ami, qui travaille d’arrache-pied pour un homme politique en pleine campagne électorale. Autant dire qu’il a peu de temps à lui consacrer, et la jeune femme ronge son frein comme elle peut, à défaut de celui de son amoureux 3. Elle l’aime profondément et est fidèle, mais du fait de sa frustration, ne peut s’empêcher de nourrir de nombreux fantasmes sexuels. Et parmi ses sujets récurrents de fantasme, il y a Marcus, un de ses professeurs d’université. Il y a également Anna, une autre étudiante, blonde sulfureuse au charme aguicheur dont elle se rapproche bien vite. Comme la vie est bien faite, Anna lui confie être la maîtresse de Marcus (mais pas que), et lui propose de l’accompagner lors de ses folles nuits de débauche en club très privé. C’est ainsi que Catherine commence à mener une double-vie : rangée le jour avec son petit ami bourreau de travail et pas très porté sur la chose, et totalement délurée la nuit entre clubs d’échangisme et expériences de voyeurisme… C’est aussi par l’intermédiaire d’Anna que Catherine va intégrer la très secrète et hyper select Juliette Society, un club où les plus riches et puissants de ce monde s’autorisent toutes les fantaisies sexuelles, y compris les plus glauques.

 

Voilà, le décor est planté.

Et comme je le disais en introduction, ici il n’est pas tant question d’érotisme que de cul sous la forme la plus crue et la plus directe. Le langage employé, et par extension l’ensemble du style d’écriture de Sasha Grey dans ce roman, qu’il s’agisse de scène de sexe ou non, est du même tonneau. Les mots sont crus, certains diraient vulgaires, les plus sensibles iraient certainement même jusqu’à les trouver choquants. Le style est très simple et sans grande fioriture, Sasha Grey n’essaie pas de faire dans le beau, elle fait plutôt dans le direct, voire dans le cash. Je ne suis pas certain que ce soit particulièrement réfléchi d’ailleurs, le but ne me semble pas particulièrement de choquer les bien-pensants, ça m’a l’air beaucoup plus authentique que cela. L’auteure se contente de parler de ce qu’elle connaît avec ses mots à elle et ces mots sont parfaitement adaptés, et au personnage, et aux situations évoquées. Oubliez les termes désuets et gentiment surannés comme « le vit », la « verge », « le phallus » ou même « le dard », ici il est question de bites et de queues, point barre. On baise et on encule, on suce et on avale 4.

Personnellement, vu les antécédents de l’auteure et le thème du roman, le vocabulaire employé ne m’a pas plus choqué que cela. Mais bon, il vaut mieux le préciser tout de même, histoire d’éviter les déconvenues aux oreilles les plus chastes, sait-on jamais, il y en a peut-être parmi mes lecteurs 5.

 

Hormis donc le style et le thème, quoi dire de ce bouquin ?

Tout d’abord que sa quatrième de couverture promet pas mal et est plutôt maligne :

 

Avant que nous allions plus loin, mettons les choses au point. Je veux que vous fassiez trois choses : Un. Ne soyez pas offensé par ce que vous lirez dans les pages qui suivent. Deux. Laissez vos inhibitions au vestiaire. Trois — et c’est le plus important. Tout ce que vous verrez et entendrez à partir de maintenant doit rester entre nous. OK. À présent, passons aux choses sérieuses.

 

D’ailleurs c’est elle qui a valu au roman une comparaison que j’ai trouvée plus que flatteuse, puisqu’il a été qualifié dans la presse (féminine je précise, pas de littérature ni de cinéma) de « Fight Club féminin ». Bon là, franchement c’est exagéré, on est bien loin de l’œuvre de Chuck Palahniuk, que ce soit dans les thèmes abordés, les réflexions philosophiques ou la plume de l’auteure.

 

Ce qui me permet d’habillement enchaîner sur un aspect du roman que j’ai trouvé au mieux déroutant, au pire ennuyeux. Les digressions. Sasha Grey en truffe son roman. Manière d’étoffer un roman qui s’il ne s’en tenait qu’à sa très simple intrigue se résumerait à peu de choses ? Je ne crois pas qu’il s’agisse d’un artifice de ce type, mais bel et bien de l’expression de la sincérité de l’auteure débutante. Alors vous aurez par exemple droit à un chapitre consacré aux mots du sexe, où Sasha Grey soliloque et laisse libre cours à ses pensées profondes sur l’intérêt du sperme ou encore pour déterminer le terme le plus approprié entre « bite » et « queue ». Pas inintéressant mais pas passionnant non plus, en revanche une chose est sûre : ça ne fait pas avancer le schmilblick. De la même façon, j’ai eu un peu plus de mal encore avec les références très régulières à la littérature et au cinéma que Sasha Grey dissémine un peu partout dans son livre. Je ne critique pas les goûts culturels de l’ex-star du porno, ils sont même plutôt classes pour tout dire. Mais je trouve le procédé un peu inapproprié et surtout trop systématique dans la forme. Quant au fond, l’effet reste superficiel, et pour tout dire un peu scolaire. Ça m’a fait l’impression de quelqu’un qui cherche à prouver que l’image qu’on a d’elle est fausse. Étaler sa science pour démontrer qu’elle

n’est pas l’écervelée qu’on croit 6. Qu’elle a certes débuté sa carrière à coups de double-pénétrations mais qu’elle aime le grand cinéma aussi. Alors Sasha Grey nous parle dans son livre de Freud, du Marquis de Sade, de Jean-Luc Godard, d’Alfred Hitchcock ou d’Orson Welles, qu’elle tente de mettre en parallèle avec sa propre intrigue par un effet miroir parfois un poil artificiel. Mais ce qu’elle en dit ressemble plus à un exposé d’étudiant (ce qui reste cohérent avec son personnage d’étudiante en cinéma ceci-dit) qu’à une réelle mise en abyme littéraire. Pour tout dire cela vire un peu au name dropping, en apparence tout du moins. De la même façon, la proximité de son roman avec des œuvres telles que Eyes Wide Shut de Kubrick ou Belle de jour de Buñuel est assez évidente. Si je comprends la finalité du procédé et la volonté de l’auteure d’élever le débat en espérant éclairer à la lumière d’œuvres cultes son propre roman, le résultat n’est cependant pas pleinement abouti à mon avis.

 

Car, outre ce défaut de construction qui se répète un peu trop souvent à mon goût, il subsiste aussi un autre problème selon moi : l’histoire n’avance pas beaucoup, la fin arrive si vite et sur un dénouement si plat (à un tel point qu’il en devient paradoxalement inattendu !!) qu’on comprend mal après lecture quel était réellement le propos de l’auteure. J’ai eu cette sensation de « tout ça pour ça » quand j’ai compris que le roman s’arrêtait là, ce qui m’a fait terminer le livre sur un sentiment de déception, alors que jusque-là la lecture, fluide, se passait pourtant sans trop de mal. Pour illustrer mon propos, imaginez que la fameuse Justice Society dont le bouquin tire son nom (et qui par son parfum de légende urbaine saupoudrée de traite des blanches, nourrissait pour une grande partie ma curiosité à l’endroit de ce roman) n’est réellement abordée que dans les trente ou quarante dernières pages. Cela indique, pour moi, que si Sasha Grey avait effectivement beaucoup de choses disparates à exprimer dans son premier roman, elle en a du coup un peu trop négligé l’ossature principale de son intrigue, et c’est très certainement sur ce point que son livre est le plus décevant.

 

Il y avait pourtant, et la matière avec les thèmes abordés, et la manière avec son style dépouillé et direct, pour faire de ce premier roman quelque chose de plus convaincant. Je crains cependant que je ne serai pas de ceux qui tenteront de suivre l’auteure qui a, depuis lors, écrit une suite à sa fameuse Juliette Society...

1 Je me permets de dire ça alors que je n’ai pas lu le roman, honte à moi. Je n’ai même pas osé regardé le film, c’est dire.

2 Pffff, oui j’avoue c’est nul.

3 Ouais, moyenne aussi celle-ci.

4 Ah oui, petite précision utile : cette chronique est interdite aux moins de 18 ans !!

5 Et qui de fait, ont dû cesser la lecture de cet article depuis un bon moment déjà.

6 J’ai eu le même ressenti que pour Escort de Mélodie Nelson ou Latex, etc. de Margaux Guyon.

 

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18 mars 2020 3 18 /03 /mars /2020 13:48

La fermeture des écoles, le confinement à la maison, ça nécessite de s’occuper un peu. Et avec le soleil qu’il fait, autant s’affairer un peu à l’extérieur.

Alors les garçons ont décidé de lancer quelques fouilles archéologiques dans le jardin. Et je crois qu’ils ont mis le doigt sur un T-Rex...

Les fouilles archéologiques : un travail d'équipe !

Marteaux, burins, pinceaux... l'équipement est primordial !

Dextérité et finesse sont requises...

Je crois que je suis tombé sur un fémur de T-Rex ! Ou peut-être un os de poulet, je ne sais pas encore...

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16 mars 2020 1 16 /03 /mars /2020 16:03

La lecture de son premier roman, En moins bien, m’avait fait l’effet d’un double crochet gauche-droite en pleine face, me laissant désorienté et hagard après en avoir tourné la dernière page.

Son second roman, Pas mieux, suite directe du premier, m’avait encore bien plus fait valdinguer. Alors que je pensais savoir à quoi m’attendre après ma première lecture, je me suis inexplicablement fait acculer dans les cordes, et en bon sonneur de répliques qui tuent, Arnaud Le Guilcher m’a envoyé au tapis d’un uppercut surpuissant en pleine mâchoire.

Dire que ses deux premiers romans m’ont marqué est donc, vous l’aurez compris, une évidence notoire. Et dès lors, très logiquement, son nom est venu se ranger tout naturellement auprès de ceux qui me font dresser l’oreille (voire plus) à chaque annonce d’une nouveauté à paraître qui les concerne.

 

Est donc arrivé Pile entre deux, le troisième roman, par ordre de parution, d’Arnaud Le Guilcher. Évidemment, je me suis jeté dessus. Évidemment j’y ai retrouvé tout ce que j’avais tant aimé les deux premières fois, à savoir pour synthétiser : tout ce qui caractérise le talent d’écrivain de l’auteur. Et il est gâté de ce point de vue-là l’enfoiré, mais j’y reviendrai. Et comme la première fois, comme la seconde fois aussi, la troisième fois encore il a réussi à me surprendre. Je ne sais pas comment il fait, mais ça fonctionne du tonnerre sur moi. À chaque coup je me fais embarquer, mené par le bout du nez dans des contrées littéraires où le rire et la tendresse s’emmêlent jusqu’à ne plus pouvoir se séparer l’un de l’autre, à chaque fois je me bidonne et à chaque fois je me retrouve à un moment ou un autre avec la larme à l’œil tant les sentiments évoqués par l’auteur trouvent une caisse de résonance en moi…

 

Bon, je vous dresse rapidement le portrait-robot du bouquin.

 

Antoine Derien a 29 ans, il est architecte mais n’a encore jamais rien créé d’autre qu’une entreprise morte-née. Il est marié à Judith, la femme de sa vie, qui a tout pour elle. Belle comme un cœur c’est aussi une surdouée des mathématiques, et elle bosse pour une banque d’affaires qui sait mettre à profit son don pour les chiffres. Ensemble ils ont un petit garçon adorable, Louis.

Lorsqu’un jour, les péripéties s’enchaînent et les choses dérapent. Sérieusement. Alors qu’il visite son père atteint d’Alzheimer, Antoine reçoit un appel au secours de Judith. Elle a eu une altercation avec son boss, qui s’est terminée par une paire de baffes pour le PDG et un renvoi pour elle. Ni une ni deux, Antoine part la récupérer au siège de sa banque à La Défense. Pas seul : sans permis de conduire il réquisitionne Fano, un pote prof de yoga, pour l’y conduire. Les deux compères arrivent juste à temps pour tomber en pleine insurrection. Le pouvoir en place a décidé que maintenant ça suffit, que le monde de la finance a assez fait des siennes et qu’il fallait se débarrasser de tous les traders, financiers, spéculateurs et banquiers de tout poil. Ils se font donc embarquer comme tous ceux qui sont présents dans les locaux de ce haut-lieu de la finance, et sont envoyés sans autre forme de procès sur Midway Atoll, une île du Pacifique perdue à l’autre bout du monde, à quelques encablures du septième continent. Vous savez, celui fait de déchets en plastique qui flottent à la surface de l’océan… Du moins c’est là le sort des hommes, les femmes emprisonnées sont, quant à elles, reléguées à bord d’un tanker, au large de l’île. Antoine et Fano, accompagnés de Wiki dont ils ont fait la connaissance au cours du périple qui les a menés sur leur prison à ciel ouvert, vont se mettre à la recherche d’un moyen de s’évader et de retrouver Judith pendant que sur l’île les autres exilés commencent à reformer un nouvel embryon de société, avec à leur tête l’emblémat(r)ique DSQ (si ,si c’est bien lui, et non, non, DSQ, ça n’est pas une faute de frappe).

 

Bon, là, rien qu’en un paragraphe de résumé du début de l’histoire, c’est déjà riche en événements un peu barrés et en thèmes sous-jacents. Et encore, on est loin du compte, parce que je ne vous ai pas parlé d’Albator l’albatros, celui qui peut communiquer avec les hommes, de l’odyssée d’Arrowhead la bouteille d’eau minérale, de l’homme à la connaissance encyclopédique qui s’exprime comme une page wikipédia, de la Barbie sans tête, de Lothar l’otarie qui s’avère être un phoque, de la bouche et de l’oreille géantes, ni de la cytoscopie filmée en direct.

 

Tout ça est au programme de ce roman. Ah ! Je dis roman, mais en première page, sous le titre, Arnaud Le Guilcher indique en fait « Fable ». Ça m’a d’ailleurs un peu fait peur, parce que je ne suis pas un grand adepte de ce genre littéraire-là. Mais une fable signée Arnaud Le Guilcher, ça ne s’inscrit pas exactement dans le cadre habituel où on l’entend… et en effet, ça ne m’a pas empêché de tomber sous le charme de ce que je lisais.

 

Au tout début de ma lecture, soyons honnête, j’ai douté un peu. J’avais tant encore en tête les aventures du héros du diptyque En moins bien et Pas mieux que je regrettais de ne pas le retrouver dans une nouvelle suite. Et puis j’ai retrouvé en Antoine Derien, le personnage principal de Pile entre deux, l’ADN du héros Le Guilchien, le cousin pas si éloigné du père de Commmoi, le type gentil et plein de bonne volonté, un peu loser, un peu poissard, que l’état d’impuissance n’empêche pas d’agir, un type à l’humour parfois féroce mais toujours tendre, un type qui saupoudre de brins d’extravagance sa banale normalité. En bref, j’ai retrouvé tout ce qui m’avait tant plu dans les précédents romans, un héros profondément humain, drôle et un poil mélancolique.

 

C’est je crois (en fait j’en suis même sûr, parce que s’il ne s’agit que du troisième roman d’Arnaud Le Guilcher que je chronique ici, j’ai aussi déjà lu les trois suivants parus à ce jour, qui finiront bien tôt ou tard par poindre le bout de leurs pages sur ce blog) la caractéristique principale de l’écriture d’Arnaud Le Guilcher. Il nous fait marrer. Vraiment beaucoup. Et puis au détour d’une phrase, il nous émeut. Vraiment beaucoup. Et ça, bordel, sur moi ça fonctionne méchamment bien.

 

Pour illustrer ce que je viens de dire, je vais juste poser ici quelques-unes de ses lignes, et puis vous jugerez par vous-mêmes l’effet qu’elles vous feront.

 

La 4ème de couv pour commencer :

 

« L’avion s'est immédiatement mis en branle. Il a pris son élan sur la piste, puis a décollé en nous abandonnant au milieu de nulle part… Comme des clampins, on était plantés là, dans cet environnement inconnu, où on se sentait aussi à l'aise qu’un bus de culs-de-jatte égaré au mondial de la godasse. »

 

 

L’introduction (si j’ose dire) à la scène (anthologique) de la cytoscopie :

 

« Ami lecteur mâle, sache que si un jour, ça t’arrive, l’anesthésie de la bite se fait avec une noisette de gel sur le bout du bidule et que c’est tout. Une noisette et terminé. La jeune femme me badigeonne le gland en me regardant dans les yeux. Je me demande si après, je dois l’inviter au resto, vu que d’habitude, quand les filles me font ça, c’est qu’avant, on a bien cassé la croûte. Le professeur m'annonce que pour savoir précisément où se trouve le caillou, ils vont préalablement m'introduire une caméra dans le sexe. Je dis halte là. Je dis stop. Je dis que moi vivant, personne n'ira filmer dans ma bite, que la plaisanterie a trop duré et que j'exige de parler à mon avocat, ou à défaut au caméraman. Ils sont pliés en quatre, les deux cons. La jeune fille me montre un câble du diamètre d’un Bic et me dit que la caméra ce n’est que ça. Que ça. Que ça… Pardon, mais sans sous-estimer la taille de mon engin, un Bic dedans, je vois pas bien comment ça passe. Elle me dit de respirer fort et que l’opération commence. »

 

 

La douleur d’un fils…

 

« Je dis à Fano que mon père est mort et je ne réalise pas. Pour moi, il est parti, il y a longtemps déjà. Pour un homme qui a consacré sa vie à la mémoire des peuples, perdre la sienne, c’était déjà mourir.
Je pense : « La vie continue. »
« La vie continue », c’est pas le genre de connerie qu’on dit quand elle s’arrête ?
Avec mon pote, on est assis par terre, côte à côte, et on regarde le vide. Je mesure que mon père fait désormais partie de cette immensité creuse.
Mon père est mort…
Mort…
En acceptant cette idée, mon âme se fend de bas en haut. Je suis tranché par la moitié en deux parts égales.
Cœur tranché. Cerveau, ventre, tranchés… Bras. Jambes. Torse… Dans ce néant apparu au milieu de mon corps, se cache l’amour que je n’ai jamais osé lui porter. Se cachent aussi des fleuves de chagrin que je me surprends à laisser couler sur mes joues. Mon père vivait au creux de moi. Il suffisait que sa disparition me pulvérise pour qu’il en jaillisse. »

 

 

La description du personnage de Donatien Saint-Quentin, le fameux DSQ :

 

« On lui promettait un avenir présidentiel.
L’avenir n’a pas voulu de lui.
Unanimement reconnu pour la pertinence de ses analyses, on ne lui connaissait qu’un inconvénient : nul n’avait trouvé à ce jour un moyen de lui péter le frein. Partouzard émérite, goleador de la braguette, propriétaire de dix-huit coffres planqués à la banque du sperme, il avait la réputation de tomber dans le panneau, dès lors que le panneau sentait un peu le tourteau... 
»

 

 

À l’invitation de Fano, prof de yoga :

 

« Les tatamis de mes amis sont mes tatamis. »

 

 

Et quand la mélancolie gagne :

 

« On lutte toute sa vie contre la mélancolie et puis un jour elle finit par gagner. Je suis secoué par une crise de sanglots et je n’ai aucune envie de la contenir.
À quoi bon ? Pour qui porter un masque ?
Je n’ai pas enterré mon père, je ne me souviens pas des funérailles de ma mère. Je suis un orphelin. Je suis papa. Je suis un type tout juste bon à dire adieu n’importe comment à ses proches ou à vivre séparé de ses amours.
Je suis encerclé par mes fantômes.
Cette vie est mon tombeau.
Qui fermera mon couvercle ? 
»

 

 

Voilà, j’arrête là les citations parce qu’en vrai, j’en ai encore des tonneaux à déverser sinon.

Normalement, ça devrait suffire à vous donner une bonne idée du contenu de ce livre. Et normalement aussi, si dans la vraie vie on se connaît et qu’on s’apprécie, ça devrait vous suffire pour, comme moi, vous jeter sur Pile entre deux. Comme sur tout ce qui a été édité et signé par Arnaud Le Guilcher.

Ou alors ça voudrait dire que j’ai des gros lourdauds insensibles parmi mes amis. Ce qui n’est évidemment pas envisageable.

 

En un mot comme en cent : lisez Pile entre deux !!!

 

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