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Avant de lire les notes que je fais sur les films que je vois et les bd que je lis, sachez que dans mes commentaires il m'arrive parfois de dévoiler les histoires et les intrigues. Ceci dit pour les comics, je n'en parle que quelques mois après leur publication, ce qui laisse le temps de les lire avant de lire mes chroniques.
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19 janvier 2013 6 19 /01 /janvier /2013 10:05

Amis fans de baston sur pellicule, amateurs de coups de tatanes savamment dosés, de bourre-pifs en tous genres, d’arts martiaux filmés au ralenti et de coups de lattes en retournés acrobatiques, bien le bonjour. Vous êtes au bon endroit au bon moment. Car aujourd’hui je vais vous parler de The Raid, film indonésien qui sera à mon avis le nouveau jalon du film de baston pour la décennie à venir.

353 the raid andi maddog

Parmi mes innombrables défauts, j’ai le mauvais goût d’aimer aussi les films où l’on échange plus de mandales que de lignes de dialogue. Les drames c’est bien, le romantisme pourquoi pas, et la philosophie introspective je ne suis pas contre, mais que voulez-vous, de temps en temps une bonne explication de texte entre musculeux qui se mettent des baffes, ça me délasse. Et je ne suis pas sectaire dans le domaine. Aussi loin que mes souvenirs remontent, j’étais déjà client du duo Terence Hill / Bud Spencer et des tonitruantes gifles que distribuait ce dernier à tout va dans les années 70-80, des enseignements shaolin du petit scarabée de la série Kung Fu, des claquements d’articulations et du cri qui tue de Bruce Lee, sans oublier des séances d’entraînement sur quartiers de bœufs congelés de Rocky. Fan de la première heure du belgeophone Jean-Claude Van Damme dans la peau de Frank Dux au kumité de Hong-Kong, j’ai des souvenirs émus du Steven Seagle svelte et gominé (sa passion pour la charcuterie bio l’ayant depuis rattrapé) de Nico ou Justice Sauvage, j’ai l’image gravée dans ma mémoire du bras herculéen d’un Schwarzy au sommet de sa forme portant son tronc d’arbre comme qui rigole au début du cultissime Commando, et je ne peux m’empêcher d’écraser une larme sur la symbolique de ce grand gaillard de Dolph Lundgren en spetsnaz abandonné mais secouru par un petit bushman dans ce film méconnu qu’est Le Scorpion Rouge. Et que dire de la démonstration de combat au corps-à-corps de Martin Riggs à la fin du premier Arme Fatale ? Que du bonheur pour moi.

353 the raid jaka

Avec les années qui passent, forcément on se dit qu’on a déjà tout vu, et on est moins facilement impressionnable que quand on est adolescent. Mais de temps en temps, un type se dégage du lot et on ne peut pas s’empêcher de se dire : « ouch, celui-là il dépote ». Plus récemment (on va dire ces 15 dernières années), ça a été le cas pour des gugusses comme Jason Statham (son récent Safe prouve toute sa valeur de comédien de film d’action), Scott Adkins (dont la tronche le classe plus souvent parmi les méchants que les gentils, voire Expendables 2 par exemple) ou encore le méconnu Michael Jay White au physique et à la technique impressionnants (s’il est coupable d’interpréter Spawn dans l’adaptation du comic, il démontre toute sa classe dans des petits budgets à titres improbables comme Un seul deviendra invincible 2 ou Never Back Down 2).

353 the raid machete

Mais pour ce qui est de grandes claques récentes (je parle au figuré pour le coup)(arf, je fais des jeux de mots parfois moi, dingue), au cours des années 2000 je n’en ai eu que deux : les deux films thaïlandais Ong Bak et L’Honneur du Dragon. Toutes les deux infligées par le même petit bonhomme d’un mètre soixante huit mais monté sur ressorts : Tony Jaa. Ses performances physiques et athlétiques sur ces deux films sont pour moi ce qui s’est fait de mieux dans le genre depuis longtemps. Pour vous en convaincre, jetez un œil sur la course poursuite à pieds de Ong Bak et surtout sur la montée des marches d’un hôtel de luxe dans L’Honneur du Dragon filmée en un seul plan-séquence où l’on voit Tony Jaa gravir étage après étage tout en se défaisant des assaillants qui déferlent sur lui : du grand art, époustouflant. Pour moi, Tony Jaa, spécialiste du muay thai, est l’artiste martial qui a marqué de façon indélébile le film de baston dans les années 2000.

Pour les années 2010, j’ai déjà trouvé celui qui a pris le relais. Il s’appelle Iko Uwais, il est indonésien, il pratique le silat (art martial indonésien) et son air juvénile et son regard d’ange sont en parfait décalage avec son extrême habileté au combat rapproché. Je l’avais vu dans son film précédent, Merantau, déjà réalisé par le gallois expatrié en Indonésie Gareth Evans. Si certaines scènes mettaient alors bien en avant son talent de combattant, ce film ne m’avait pas convaincu pleinement, ni dans sa réalisation ni dans son interprétation. À mon sens, Merantau laissait entrevoir un certain potentiel, mais l’ensemble restait encore trop inabouti, bourré de défauts de jeunesse. Mais le duo Evans / Uwais s’est reformé pour accoucher de The Raid, et cette fois la chrysalide a laissé place au papillon… la progression depuis Merantau est à tout point de vue énorme !

353 the raid jaka maddog

La réputation de The Raid a précédé son arrivée dans les salles, aussi je m’attendais à être déçu, tant j’avais entendu de commentaires dithyrambiques à son sujet. Plus l’espérance entretenue est grande, plus la déception peut s’avérer profonde. Et si c'est malheureusement très souvent le cas… et bien ce film aura fait mentir cette règle !

Je vous résume en quelques mots le scénario prétexte au film. Une unité spéciale de policiers de Jakarta décide de prendre d'assaut un immeuble qui sert de forteresse à la pègre locale. Problème : le bâtiment est une véritable citadelle réputée imprenable, fait une quinzaine d'étages et est infesté par une horde armée de gangsters, hommes de mains et voyous en tous genres. Le plan est simple : s'introduire discrètement dans la tour, sécuriser étage après étage en mettant hors d'état de nuire ses habitants, et monter ainsi jusqu'au dernier étage pour y épingler, Tama (Ray Sahetapy) le Boss de la pègre qui y règne en maître absolu. L'escouade est menée par l'officier Jaka (Joe Taslim, un champion de judo indonésien dans son tout premier rôle au cinéma), et compte en son sein le jeune policier Rama (Iku Uwais). Mais le plan de départ va vite déraper car Tama flanqué de ses deux lieutenants Andi (Donny Alamsyah) et Mad Dog (Yayan Ruhian), prévenu par un indic, attendait ses assaillants de pied ferme. Dès lors le piège se referme sur les policiers qui vont devoir lutter pour leurs vies...

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Le film est une suite quasi-ininterrompue de combats de toutes sortes. Gunfights, combats à l'arme blanche et à mains nues : la moindre séquence du film est une ôde à l'action et à la baston. Machette, couteau, hache, flingue, tout est bon pour rétamer son adversaire. Le film déborde d'énergie, est mené tambour battant et ne laisse pas un moment de répit, ni aux personnages ni aux spectateurs. Le personnage principal Rama enchaîne d'ailleurs à ce point les combats et séquences d'action qu'on se demande à quoi il carbure et si par hasard ses os ne seraient pas recouverts d'adamantium comme un certain nabot poilu et griffu venu du Canada. Car s'il distribue les coups, il en prend pas mal aussi, et pour être honnête un centième de se qu'il se ramasse aurait dû suffire à le laisser sur le carreau ce petit bonhomme.

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Mais peu importe, tant le niveau des combattants est excellent, les chorégraphies aux petits oignons et les techniques employées impressionnantes. À ce titre, le combat homérique (et qui semble ne jamais finir !) qui oppose Rama, Andi et Mad Dog est un pur chef d'oeuvre. De l'énergie en barre, de l'adrénaline à haute dose et un rythme effréné du début à la fin de ce règlement de comptes qui ferait passer n'importe quel ultimate fighter pour un aimable plaisantin. Alors que chaque coup porté devrait mettre KO un boeuf, ces trois lascars se mettent sur la gueule sans discontinuer pendant un temps qui paraît infini. Et si Iku Uwais est impressionnant de rapidité et de précision dans ses gestes, son vis-à-vis Mad Dog interprété par le tout petit Yayan Ruhian est juste incroyable de rage, de violence et de technique pure alliée à un sadisme et une arrogance qu'on s'imagine à peine exagérées. Le genre de péquin qui ne paie pas de mine du haut de son mètre soixante et de ses cinquante kilos tout mouillé, mais qui bouffe le foie d'un Hulk Hogan pour son petit déj. Et encore, une main dans le dos.


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Pendant les une heure et quarante minutes que dure ce film, on est au paradis du coup de latte. Quelques effets bien sanguinolents par ci, quelques passages un peu gores par là. Mais toujours une énergie, une violence et une technique à couper le souffle. Les artistes martiaux et chorégraphes sont bien évidemment les premiers à féliciter pour ce spectacle incroyable. Mais il y en a un autre qui mérite les louanges, c'est le réalisateur Gareth Evans, car ce n'est pas si souvent qu'on peut admirer des combats aussi parfaitement filmés, aussi parfaitement lisibles, et avec un impact maximum sur le spectateur. Qui en redemande d'ailleurs (enfin moi oui).

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The Raid est sans l'ombre du moindre doute le nouveau mètre étalon du film de baston pour les années 2010. Va falloir s'accrocher pour faire aussi bien et impressionnant. Parce qu'avec un pareil niveau, les indonésiens de The Raid vont faire de l'ombre à pas mal de monde.


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8 janvier 2013 2 08 /01 /janvier /2013 19:11

 

Quel merveilleux et formidable titre que ce Cent ans de solitude, vous ne trouvez pas ? Personnellement c’est la première chose qui a éveillé mon intérêt pour ce livre de Gabriel García Márquez. Bien entendu il y a son aura de livre culte qui a joué également. Ça et le nom de son auteur, écrivain colombien lauréat du prix Nobel de littérature en 1982, évidemment. Cela faisait largement assez de (très bonnes) raisons pour que je me lance dans la lecture de ce que d’aucuns qualifient d’un des plus grands romans du XX ème siècle.

Dans ce roman imposant, Gabriel García Márquez nous conte l’histoire d’un village imaginaire, Macondo, perdu quelque part en Amérique latine. Ce village est lié inextricablement à l’une de ses familles fondatrices, les Buendia. José Arcadio Buendia et son épouse Ursula y auront une longue, très longue descendance. Tous cependant seront soumis à une malédiction initialement héritée du patriarche José Arcadio, cent ans de solitude. L’auteur colombien nous fera découvrir un temps où la magie et l’alchimie font partie de la vie, revêtant un caractère tout à fait normal pour tout un chacun. Macondo va au fur et à mesure des années grandir et prospérer, jusqu’à un essor prodigieux avec la culture de la banane, avant de connaître la décadence, les catastrophes naturelles, la désolation. Le récit est extrêmement dense et mêle avec une grande finesse histoire et fantastique. En cent ans Macondo verra passer des gitans aux objets magiques, des arabes en tapis volants, des militaires portés par la révolution communiste, une épidémie d’insomnie et d’amnésie, un déluge de plusieurs années, les industriels américains de l’agriculture de masse, un élevage miraculeux de bétail, des fourmis rouges affamées, une chasse au trésor, des inventions aussi folles qu’ingénieuses, des fantômes têtus, un curé qui lévite, une jeune fille qui mange de la terre, et bien d’autres péripéties et personnages bizarres encore…

L’histoire de Macondo et le très compliqué arbre généalogique des Buendia seront pendant tout un siècle intimement liés.

Le premier mot qui me vient à l’esprit pour qualifier ce roman, c’est l’adjectif dense. Dense, l’œuvre de Gabriel García Márquez l’est assurément… il s’y passe une quantité de choses assez incroyables dans ce petit village qui deviendra au fil du temps une ville prospère avant de retomber lentement mais sûrement dans l’oubli. Pourtant, et j’ai presque honte de le dire tant la réputation de ce livre a un aspect intimidant pour un petit lecteur comme moi, pourtant disais-je, aucun de ces hauts-faits, si impressionnant soit-il, ne m’a franchement passionné. Par moment, et malgré les péripéties qui s’enchaînent, il m’est même arrivé de m’ennuyer et de trouver le temps bien long. J’ai cherché les raisons de ce manque d’intérêt pour ce roman fleuve, et j’en ai identifié au moins deux, à mon sens incontournables.

Première raison, la construction du roman et ce qui y est relaté tient pour moi de la fable, du conte. Or, s’il y a bien un genre avec lequel j’ai beaucoup de mal à accrocher, c’est bien le conte à destination des adultes (encore que, je peux, histoire de mettre un coup de pied dans ce qui me sert de crédibilité, citer deux contre-exemples parfaits à ce que je viens d’énoncer comme règle : le comic-book Fables de Bill Willingham et le tout récent film L’Odyssée de Pi -dont je tâcherai de causer plus en détail ici un jour ou l’autre- de Ang Lee qui m’ont complètement séduit). Dans Cent ans de solitude, on présente certains faits pour le moins surnaturels comme normaux, usuels, banals. Bien entendu, j’ai conscience qu’il s’agit d’un effet de style voulu, puisqu’à côté de cela d’autres choses, liées cette fois au progrès technique et scientifique, telle que la fabrication de glace dans un pays suffocant de chaleur, sont quant à elles décrites et considérées comme relevant de la magie la plus folle et débridée, à peine croyable. Pour faire court, la lévitation par tapis volant ne pose de problème existentiel à personne, mais un réfrigérateur tient lieu d’hérésie. Et si je comprends bien le sens métaphorique et la pointe de poésie que l’auteur insuffle dans cette inversion de ce qui tient lieu de normalité, pour ma part je n’y adhère pas un seul instant.

Ça ne me touche pas comme ça le devrait, au contraire, ça a l’effet inverse, celui de m’irriter, voire de m’agacer quand c’est trop exagéré. Certainement est-ce dû à mon esprit trop étriqué je ne sais pas exactement, mais ça m’a posé bien des problèmes tout du long de ma lecture. Et pourtant, je ne suis pas du genre à refuser le fantastique et l’imaginaire, loin de là. Je suis le premier à croire aux pouvoirs extraordinaires des super-héros en collants, aux aventures rocambolesques des héros mythologiques, aux théories du complot dénoncées par Fox Mulder et aux invasions extraterrestres sur grand écran. Dès lors que le récit intègre une certaine dose de cohérence, de logique, d’explications même pseudo-scientifiques vaguement plausibles, j’achète. Je suis même plutôt bon client et pas trop regardant en règle générale. Je n’ai jamais fait mon chieur quand Bruce Banner se transforme en Hulk, gagne dans la métamorphose 1m50 et 300 kg, sans jamais qu’une seule fois son futal ne laisse s’échapper son titanesque membre verdâtre, fut-il slim size (je parle du futal). Dans ces moments, je me dis que décidément, les jeans Levi’s c’est de la bonne came et que leur pouvoir élastique est sans commune mesure, voilà tout. Et peut-être aussi qu’inconsciemment ça me va bien comme ça, préférant plutôt voir la paire de battoirs impressionnants du colosse de jade que son abominable paire de couilles gonflées aux radiations gamma. Je suis comme ça moi, arrangeant.

Mais avec Cent ans de solitude, désolé, je n’y suis pas arrivé, il me manquait le minimum vital de cohérence et de logique. Un exemple pour bien me faire comprendre. Parmi la multitude de personnages du roman, il y a une jeune femme nommée Remedios la Belle, qui fait partie de ceux que j’ai trouvés les plus attachants et intéressants. Cette jeune femme est un des personnages principaux de sa génération. Et un jour, alors qu’elle prenait banalement l’air dans le jardin, une bourrasque de vent l’a enlevée, élevée dans les airs, et emportée. Sans plus jamais qu’on ait la moindre nouvelle d’elle. Sans même que cela n’éveille quoi que ce soit d’autre qu’un « pas de bol » aux membres de sa famille. Personne ne la cherche, elle s’est juste envolée, et ça paraît normal à tout le monde. Merci, aurevoir. C’est de ça que je parle, c’est ce genre de truc qui m’a profondément agacé. Naïvement d’ailleurs, j’ai cru sur le moment qu’on allait en entendre à nouveau parler de ce personnage, qu’il ne pouvait pas finir aussi connement sottement, que cela appelait à une suite, aussi tirée par les cheveux qu’elle soit, mais une suite quoi. Eh bien non, c’en était terminé de Remedios la Belle, on passe à d’autres personnages. Ben j’accepte pas et ça me gâche ma lecture ce genre de choses.

Désolé, ce n’est même pas que je ne veux pas, je ne peux pas.

Des personnages du reste, l’auteur nous en présentera à foison, et j’aborde là la seconde raison de mon désamour pour ce roman. Un grand nombre de personnages, c’est somme toute normal, le roman s’étalant sur une centaine d’années, et plusieurs générations de Buendia. Comme le propos de Gabriel García Márquez, c’est le lien inextricable de la famille Buendia avec Macondo, la quasi-totalité des personnages principaux seront donc liés à et/ou issus de cette famille. Jusque là, d’accord. Mais faire s’empiler les générations successives et les descendances nombreuses n’a pas suffit à l’auteur, histoire d’épicer un peu la chose, il a décidé de ne retenir qu’un très petit nombre de prénoms pour ses personnages. Ainsi, chez les garçons on a deux prénoms principaux de génération en génération : José Arcadio et Auréliano. Tous les Buendia mâles s’appellent comme ça. Quand on sait par exemple qu’à lui seul le Colonel Auréliano aura dix-huit fils, tous identiquement prénommés Auréliano à leur tour, ça donne une petite idée du foutoir de l’imbroglio lié à la dénomination des personnages. Les filles pour leur part, auront un chouïa plus de choix. En effet, ça variera entre Ursula, Amaranta, et Remedios pour la plupart. Quelques autres (des originales à mon avis), pièces rapportées de la famille Buendia, oseront du Sophie, Pilar, Petra. Ainsi, pour différencier les personnages qui portent les mêmes prénoms, on a deux possibilités : se référer à leur génération et à leur qualificatif, car comme dans l’exemple de Remedios la Belle ou du Colonel Auréliano, l’auteur aura pris soin de joindre un adjectif au prénom, histoire d’identifier plus « clairement » les protagonistes. Mouais.

Vous trouvez que c’est compliqué ? ça n’est pourtant pas tout. Histoire d’embrouiller encore plus les choses, les Buendia ne sont pas seulement très prolifiques dans leur descendance, ils jouissent également pour la plupart d’une longévité exceptionnellement longue (pour ceux qui ne périront pas accidentellement du moins, remember Remedios-la-fille-du-vent). Si bien que les générations se succèdent et cohabitent. D’après mes calculs, la doyenne Ursula, qui traverse presque la totalité du roman, meurt (enfin !) à un âge qui doit se situer approximativement entre 110 et 140 ans. Encore un truc top-crédible comme j’aime, mais je ne vais pas revenir là-dessus. Et ce n’est qu’un exemple. D’autres comme son fils Auréliano ou sa (double*) belle-fille Pilar finiront aussi à des âges canoniques.

Donc je disais, les générations se succèdent, cohabitent. Et se mélangent, à l’occasion. Car oui, il est aussi question d’inceste dans Cent ans de solitude. Et même d’inceste un peu limite gérontophile (mais je ne juge pas hein, promis). Voilà, cette fois je pense que le portrait de la famille Buendia est assez complet. Le moins qu’on puisse dire, c’est que Dallas à côté, c’est de la roupie de sansonnet question généalogie. Même Santa Barbara c’est un truc d’amateurs. Et croyez moi, je m’y connais dans le domaine.

Ce qui a sauvé ma lecture et permis de ne pas trop perdre le fil, c’est que j’ai une bonne mémoire, mais même ainsi, sans prendre un bout de papier et noter scrupuleusement les noms et liens parentaux pour chaque personnage, bien malin qui pourra dire à coup sûr qui est qui exactement.

Bon, à ce stade de mon article, je me rends compte que ce que j’ai dit du roman de Gabriel García Márquez, semble pour l’instant assez négatif. Et pourtant je m’en voudrais de ne donner que cette image restrictive du roman. Car il est bien plus qu’une succession de personnages qui ont tous les mêmes noms et de péripéties abracadabrantesques. Qualifier ce livre de mauvais serait vraiment exagéré et ne pas lui rendre justice. Malgré ses défauts (rédhibitoires à mes yeux), je ne peux pas réduire Cent ans de solitude à cela. Tout d’abord, s’il y a bien une chose qu’on ne peut reprocher à son auteur, c’est de ne pas manquer d’imagination. Que le monde dans lequel il entraîne le lecteur ne m’ait pas touché est une chose, mais je ne peux pas objectivement nier sa grande richesse. Et la mise en mots également est pour le moins superbe. On n’a pas besoin d’aimer un livre pour apprécier les talents d’écrivain de son auteur. Gabriel García Márquez est indéniablement un grand auteur. Tout en le lisant, j’ai bien compris à quoi tenait le statut de roman culte de ce livre. Il y a une élégance dans le verbe, une articulation des idées et des concepts rare. Et puis la poésie et la métaphore ont élu domicile dans ce texte, cela aussi est indiscutable. Que je n’en sois pas friand n’engage que moi, mais je dois toutefois reconnaître que ce sont des qualités qui sautent aux yeux. Je n’y ai pas été sensible, et c’est malheureux, car j’ai eu l’impression très nette, déjà en pleine lecture, de passer à côté du livre et de rater consciemment le chef-d’œuvre tant vanté ici et là. Que voulez-vous, je ne suis tout simplement pas compatible avec ce livre, il faut se rendre à l’évidence.

Alors ce ne sera certainement pas moi qui vous déconseillerai la lecture de Cent ans de solitude. Je vous ai dit honnêtement ce que j’ai ressenti à sa lecture, mais je crois que c’est à chacun de se faire sa propre opinion à son sujet. Que ceux qui en auront la curiosité le lisent, et je pense pouvoir affirmer que vous saurez assez rapidement si vous êtes ou non, sensibles au texte. Ou si vous faites partie de ceux qui, visiblement comme moi, n’ont pas un « palais » littéraire assez développé pour savourer pleinement les milles facettes et subtilités de ce roman.


* Comment peut-on être la double-belle-fille de quelqu’un ? Ben en se tapant successivement ses deux fils pardi.


352 cent ans solitude

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Published by Stéph - dans Lire ou écrire
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4 janvier 2013 5 04 /01 /janvier /2013 00:17

En dehors de quelques zozos dans mon genre, c'est-à-dire un peu bizarres sur les bords, je crains que peu d'entre vous connaissent Ange. C'est triste pour vous, c'est triste pour eux, mais ma foi c'est comme ça. Quand on ne passe pas à la radio et à la télé, on a beau être sur la scène française du rock depuis plusieurs décennies, il n'y a qu'une petite partie du grand public qui a connaissance de votre existence.

Alors laissez-moi faire les présentations et vous parler un peu de ce formidable groupe français.

351 ange sausheim groupe denis mousty

Mes lecteurs de blog, Ange. Ange, mes lecteurs de blog. Bon, ça c'est fait.

Le groupe Ange est originaire du Territoire de Belfort. Et il est né en 1970. Autrement dit, le groupe est plus vieux que moi. Bien qu'il s'inscrive dans la grande famille du rock, on ne peut pas dire que son style de musique soit aussi aisément définissable. Au cours des années 70, en peu de temps ils sont devenus une référence, l'emblème d'un genre nouveau, et si on peut se situer par rapport à eux, eux-mêmes restent incomparables. Rock progressif, pop-folk, délires musicaux et chansons à textes : c'est en substance le mélange de genres dont ils ont nourri leur style. Ils ont un temps été classés aux côtés de groupes tels que Magma par exemple, si cela peut éclairer votre lanterne, bien que moi j'ai du mal à les ranger dans quelle que case que ce soit. Si l'on devait citer un album référence parmi leur vingtaine d'albums studios (hors live, compilations et spéciaux) sortis en plus de quarante ans d'existence, je pense que Émile Jacotey, bien que déjà ancien (il date de 1975, très bonne année soit dit en passant), serait un bon choix, ayant eu les faveurs des critiques et un certain succès public à l'époque de sa sortie. Et si le groupe compte un répertoire impressionnant, des titres comme Ôde à Émile, Vu d'un Chien ou Les Fils de Mandrin seraient assez représentatifs de leur style décalé. Leur reprise de Ces Gens-Là de Jacques Brel reste elle aussi un monument du genre.

351 ange sausheim emile jacotey

Comme de nombreux groupes musicaux, surtout avec une telle longévité, la composition de Ange a souvent changé. Au départ il y avait l'axe principal, les frères Décamps, avec Francis aux claviers et Christian au chant, ce qui n'empêche pas ce dernier de gratter la guitare ou pianoter de temps en temps. Dès le départ, Christian Décamps, en tant que voix du groupe et co-compositeur (la grande majorité des titres historiques ont été composés par Francis, certains par Brézovar, Jelsch a participé également), incarne l'âme du groupe, le moteur de Ange, et prend naturellement le rôle de leader. La composition du groupe fluctuant d'années en années, entre départs et retours des membres des origines que sont en plus des deux frères le fabuleux guitariste Jean-Michel Brézovar, le talentueux bassiste Daniel Haas et l'énergique batteur Gérard Jelsch, d'autres artistes se joindront pour quelques mois ou quelques années au groupe, le noyau dur restant les deux frangins Décamps.

351 ange sausheim groupe 1975 aragondange

Ma rencontre avec les rockeurs francs-comtois se fera en toute fin des années 1980, en 1989-90 très exactement. En 1989, le maire de la ville de Belfort leur passe une commande un peu spéciale : la cité au Lion veut une oeuvre musicale destinée à fêter dignement le bicentenaire de la Révolution Française. Christian Décamps et ses compères ne se feront pas prier, et accoucheront d'un opéra-rock déjanté, Sève qui peut, dont le conteur de l'histoire est un chêne, Quercus Robur, pédonculé du Val du Rosemont, qui voit monter sous ses branches la fièvre des hommes qui débouchera sur la Révolution Française. Moi, du haut de mes quatorze ans, je découvre cet album bizarre dans lequel un arbre me parle des hommes d'il y a deux cents ans mais qui ne sont pas si différents de ceux d'aujourd'hui... je tombe dessus totalement par hasard. Faut dire qu'à cette époque, mon ami Nico et moi sommes inséparables, et son frangin de plusieurs années notre aîné écoute des trucs d'un autre monde dans la chambre d'à côté. On avait beau s'éclater avec les premiers films de Jean-Claude Van Damme, écouter en boucle la BO de Top Gun et de Dirty Dancing (je n'ai pour seule défense que mon jeune âge à opposer à vos moqueries. Et puis qui n'a jamais été fan de Dirty Dancing n'a jamais été jeune, d'abord)(prout !), et se faire des plans ultra-précis pour se partager les gonzesses que chacun draguerait à la sortie de l'église (si, si), le frangin avait un atout de taille : des enceintes deux ou trois fois plus puissantes que celles de mon ami. Impossible donc de ne pas entendre ce qu'il écoutait. C'est ainsi qu'en bon fan de Ange, il m'a passé sans le savoir le virus. Je me suis discrètement renseigné pour savoir de quoi il s'agissait sans me faire envoyer balader (pour lui nous devions voguer entre le statut de parasites inconsistants et celui de moustiques vaguement désagréables). Armé des noms du groupe et de l'album, j'ai dégoté le disque en magasin. Dès lors mon sort était scellé : Ange m'accompagnerait désormais à jamais.

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C'est au début des années 1990 que le groupe dans sa formation d'origine se reforme, signant un bel album, Les Larmes du Dalaï-Lama, avec dans la foulée une tournée d'adieu. Tournée d'adieu du groupe d'origine, s'entend. 1995 : lors de cette tournée, Ange s'arrête à Mulhouse. Ce sera le premier concert de ma vie. Et ce sera un moment inoubliable.

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Les vieux de la vieille s'arrêtent quasiment tous et prennent leur retraite de la scène musicale, ou voguent vers d'autres aventures en solitaires, tel Francis. Seul persiste Christian Décamps. Et comme il aime à le dire, un Ange est éternel... Si bien que le groupe renaît de ses cendres peu de temps après. Pour recruter de nouveaux musiciens, Christian n'a pas à chercher très loin. À ce moment et depuis quelques temps déjà, il est à la base d'un second groupe, je me risquerais presque à le qualifier de groupe spin-off, en analogie avec ce qui existe au cinéma, en BD ou à la télévision. Ce groupe c'est Christian Décamps & Fils, au sein duquel on retrouve Christian et une bande de petits jeunes de la nouvelle génération, au sein desquels le fiston du leader, Tristan Décamps. Comme les Nouveaux Mutants qui sont formés et promis à devenir les prochains X-Men chez Marvel (en tant que fan de comics et de Ange, je me permets ce parallèle qui ne parlera pas à grand monde j'en suis bien conscient), les membres de Christian Décamps & Fils ont été formés par le maître et héritent tout naturellement de la place de leurs aînés quand ceux-ci décident de raccrocher leurs instruments.

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Le nouvel Ange est né. Tristan remplace Francis aux claviers, Hassan Hajdi succède à Brézovar à la gratte électrique et Thierry Sidhoum prend la relève de Daniel Haas. La batterie passe aux mains d'Hervé Rouyer qui était déjà à ce poste au sein de Christian Décamps & Fils. L'actuel batteur, Benoît Cazzulini, à la personnalité un peu moins marquée que certains de ses prédécesseurs, tient tout de même les baguettes de Ange depuis presque 10 ans, et de bien belle manière.

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Et le pari de relancer Ange de fond en comble est un pari réussi : les albums se succèdent, et clairement un nouveau souffle s'empare du groupe. On reste dans le style musical de Ange, qui, s'il évolue avec le temps, conserve son identité propre. Les jeunes apportent du neuf mais s'inscrivent dans l'histoire du groupe : les nouveaux morceaux sont excellents, et ils savent jouer les succès de leurs prédécesseurs en se les appropriant avec respect. Deux albums références (à mes yeux hein, je ne suis pas détenteur du bon goût universel, ça se saurait) sortent de cette nouvelle mouture de Ange : La Voiture à Eau en 1999 et ? (c'est bien le titre de l'album : un point d'interrogation) en 2006, qui sont en tous points de vue exemplaires. Bon an mal an, le groupe avance vers ses 40 années d'existence, qu'il fêtera dignement en 2010. Reliés à l'association Un pied dans la marge, qui édite tout particulièrement le trimestriel Plouc Magazine (histoire de souligner un peu plus ce qui a toujours été une des caractéristiques principales et marque de fabrique de Ange : leur ancrage provincial en opposition au parisianisme de la musique en vogue et qu'on entend dans les médias), Ange fait mieux que survivre. Le groupe a une solide base de fans (aussi appelés les Imbibés pour les intimes) et parvient à sortir des albums studios très régulièrement, assortis de disques live et de disques bonus réservés aux membres de l'association.

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Les rôles au sein de la formation évoluent eux aussi : de leader et chef d'orchestre, Christian se fait moins omniprésent : les albums se succèdent et chacun s'essaie par exemple au chant. Tristan assez régulièrement, puis même Hassan et Thierry prennent de l'assurance et se lancent. À noter d'ailleurs, le passage dans le groupe de Caroline Crozat qui sera le pendant vocal féminin de Christian pendant plusieurs années. Aujourd'hui, le groupe accuse ses 42 ans d'existence, et n'aura jamais connu de période aussi longue avec la même formation de base (Christian, Tristan, Hassan et Thierry) qui est à la barre depuis 17 ans déjà.

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Ce sont ces gaillards là qui ont signé cette année l'album Moyen-Âge, encore un très bon opus, aux résonances très rock (merci les riffs de guitares de Hassan Hajdi) et à l'énergie toujours palpable. Ne les ayant pas vus sur scène depuis 2006, en dehors d'un spectacle en one-man-show de Christian Décamps en 2008, je n'ai pas pu résister une seconde à aller les voir lors de leur étape à Sausheim pour leur tournée Moyen-Âgeuse. Je ne m'étais pas rendu compte à quel point cela faisait longtemps que je ne les avais pas vus. Le temps file mes bons amis, le temps file... Pour la petite histoire, la dernière fois que j'ai applaudi le talent de guitariste de Hassan (alias le norvégien du groupe, dixit Christian), ce dernier avait un crâne rasé, Bruce Willis-style. Quelle ne fut pas ma surprise en le voyant à Sausheim, arborant une tignasse qui rendrait Yannick Noah en personne vert de jalousie ! Notez bien que lui non plus ne m'a pas reconnu. J'ai pris 5 ans dans les dents et je porte la barbe à présent. Et puis il ne me connaît pas, c'est vrai, omettais-je ce détail ?

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Le concert a tenu toutes ses promesses. Christian toujours prêt à faire le spectacle, chanteur, trublion, musicien, poète, comédien, conteur... et les autres en pleine forme, se donnant sans retenue dans tous les registres. Un enthousiasme de chaque instant et une énergie communicative. Ange a cette particularité qui n'appartient qu'à eux : ils font de la musique un art complet, transcendant. Être un membre de Ange, ce n'est pas seulement être un excellent musicien ou un show-man hors du commun, c'est être un artiste complet, entier et d'une sincérité absolue. Ces types-là ne vivent pas de leur musique, ils vivent leur musique. Sans jamais tricher une seule seconde. Et c'est ce qui fait toute leur singularité.

La représentation de ce soir de novembre à Sausheim a été un parfait mélange entre titres nouveaux issus du dernier album (dont les excellents Tueuse à Gages, Un Goût de Pain Perdu ou encore Les Mots simples, j'ai malheureusement attendu en vain Le Cri du Samouraï qui n'a pas retenti cette nuit-là) et titres plus anciens des succès passés du groupe (Aujourd'hui c'est la Fête chez l'Apprenti Sorcier, Le Ballon de Billy, Harmonie, Au-delà du Délire, ...).

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J'ai retrouvé cette magie, cette communion, cette poésie et cette énergie pure qui se dégagent toujours de la musique de Ange. Elle ne m'a jamais quitté, mais en live, cet univers si spécial prend une envergure encore supérieure. Si j'étais un d'jeun dans la vaïbe, je dirais que j'ai kiffé ma race. Mais j'ai bientôt 38 ans et, comme dirait un philosophe bien connu des services de police de Los Angeles, j'ai passé l'âge de ces conneries. Alors je me suis contenté de prendre mon pied et d'adorer chaque seconde de cette soirée avec Ange.

Bon sang les gars, vous m'avez manqué, je ne m'étais pas rendu compte à quel point. See you soon.

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PS : emporté par mon élan et le plaisir de vous parler de Ange, j'ai failli omettre de vous toucher un mot sur la première partie de leur concert ! C'est un duo, Alex Bianchi et Monsieur Marco qui s'en sont chargés, et ce fut une très chouette découverte ! Des morceaux entraînants et festifs, une énergie et un enthousiasme à revendre, et la voix chaude et rocailleuse à souhait de Alex Bianchi m'ont plus que largement convaincu. Je leur souhaite une aussi longue et féconde carrière que celle de Ange !

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Les photos sont respectivement
de Denis Mousty (groupe 2012), Aragondange (groupe 1975), et de Vincent Gable (tous les portraits)

 

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25 décembre 2012 2 25 /12 /décembre /2012 18:38


Je m'associe à John Constantine, ainsi qu'au talent du dessinateur Tim Bradstreet pour vous souhaiter à toutes et à tous de très bonnes fêtes de fin d'année...

 

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22 décembre 2012 6 22 /12 /décembre /2012 18:08

 

À chacun son échelle de valeurs, mais pour moi Sting fait partie des géants du pop rock comme j'aime. Aux côtés de ses collègues Clapton, Knopfler ou Springsteen par exemple. Un des derniers sur ma « liste des géants à voir »... Alors évidemment quand j'ai vu qu'il était annoncé en tournée mondiale (nommée « Back in bass » -Sting a démarré en tant que bassiste) et qu'un de ses arrêts était prévu à Strasbourg, je n'ai pas hésité une seconde, vous pensez bien.

À mes yeux, le concert privé qu'il a donné voici quelque années déjà (c'était en 2001, le soir du funeste 11 septembre) dans sa villa de Toscane et qu'on peut voir sur le dvd All This Time est un incontournable de ce qui se fait de mieux dans le genre. Ce concert est juste génial : pureté du son incomparable, suite ininterrompue de tubes tous plus géniaux les uns que les autres, orchestre pléthorique et ultra-pro, et maîtrise aussi naturelle que totale de la part d'un Sting impressionnant, incarnant rien moins que la classe ultime. Bref une référence en la matière. Pour avoir vu et revu ce concert un très grand nombre de fois, un de mes fantasmes musicaux était de vivre une expérience de ce genre.

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Je me doutais bien que le Zénith de Strasbourg ne proposerait pas une ambiance et une aura semblables à celle de la villa italienne de Sting, mais bon l'essentiel restait le son avant tout, la musique, et l'artiste principal. C'est donc confiant que je m'y suis rendu. Mon siège était placé en plein axe de la scène, à une certaine distance cependant, pour ne pas dire à une distance certaine. Au dernier rang pour tout dire. Mais qu'importe me suis-je dis, j'ai une bonne vue (c'est certainement ce qui fonctionne le mieux chez moi)(au moins physiologiquement hein)(et après réflexion, peut-être bien à tous points de vue), et au moins cela m'assurait-il de me trouver assez loin des enceintes géantes qui balancent leurs décibels souvent au-delà de toute raison. Car si mes yeux me donnent satisfaction, mes oreilles s'avèrent beaucoup moins performantes. À vrai dire, si j'étais un super-héros, mes oreilles seraient clairement mon point faible sur lequel s'acharneraient les super-vilains. Ma kryptonite intégrée sous forme de feuilles de choux en quelque sorte.

Bref, tout ça pour dire que j'étais loin de la scène mais que je m'en fichais pas mal, y trouvant même à certains égards mon compte.

Mais contre toute attente, mon positionnement dans la salle ne fut finalement pas aussi optimal que je l'aurais cru. Première chose : quand je dis que j'étais loin, je n'exagère pas. Et quand je pensais que ma vue pallierait la distance, j'étais un poil trop optimiste. Pour illustrer mon propos, je me contenterais de vous faire part, tout du long du concert, de mon enthousiasme au sujet de la violoniste qui accompagnait Sting, me faisant même la réflexion à son sujet, au moment où elle a effectué un chouette solo en arpentant toute la scène, sautant et virevoltant tout en s'escrimant sur son instrument : « elle assure cette nana, et elle se fait plaisir en plus ». Ce n'est qu'après le concert, en retrouvant ma frangine qui était là aussi mais à quelques mètres tout au plus de la scène au milieu de la fosse, que j'appris avec stupéfaction qu'il s'agissait d'UN violoniste en fait. Je rappelle que la vue est donc un de mes points forts. Ceci afin de permettre de vous faire une idée de mon état général...

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Au moins mes oreilles auraient-elles dû être préservées des affres d'un volume sonore trop agressif. Seconde erreur. Dès le début du concert, j'ai pu constater qu'on avait droit à du « gros son » comme pourraient le qualifier les amateurs de hard-rock. Autrement dit, c'était fort, très fort, extrêmement fort. Si fort que bien des fois on flirtait avec la saturation pure et simple dans les aigus par exemple. Beaucoup trop violent pour ce qui me tient lieu d'écoutilles. Je n'ai pas longtemps cherché à résister, j'ai sorti mes bouchons d'oreilles prestement, tentant malgré tout à l'un ou l'autre moment plus calme du concert de les retirer pour voir (enfin pour écouter plus exactement mais vous m'aviez compris) ; peine perdue cependant. Là encore, c'est après le concert que ma frangine (la même que tout à l'heure) m'a appris que de là où elle se situait le son était parfait, d'une qualité qu'elle avait même rarement entendue dans ce type de grande salle. On pourrait soupçonner une défaillance de ses propres oreilles (l'entendre siffloter par exemple suffirait à être un argument à charge en ce sens) mais d'autres personnes qui l'accompagnaient (mon oncle et deux cousins, au-delà de tout soupçon a priori) m'ont confirmé que le son avait été d'une excellence qui les avaient aussi étonnés. Autrement dit, sans avoir de maîtrise universitaire dans le domaine de l'acoustique, je peux ici affirmer qu'un même son, dans une même salle, peut s'avérer parfait à un endroit et proprement dégueulasse à un autre.

En conclusion et vous l'aurez compris, j'étais mal placé.

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Et pourtant, j'ai trouvé que c'était un chouette concert malgré tout cela. C'est dire la qualité de la prestation de Sting. Je ne sais pas si vous avez déjà expérimenté les bouchons d'oreilles pendant un concert, l'effet est particulier. Certains sons sont mis en sourdine (en particulier ceux qui d'habitude me font très mal aux oreilles, à savoir les cris et applaudissements de tout une salle en fin de morceaux et de concert) alors que d'autres sont atténués mais de façon à n'en garder que « le meilleur ». On entend distinctement chaque instrument, chaque note, sans jamais qu'ils soient agressifs. Les effets de saturation sont éliminés, et on a la très curieuse impression d'être totalement seul et isolé au sein de la foule : on entend la musique et on s'entend soi-même en résonance, mais quasiment pas les autres autour de soi. Ce qui n'est pas du tout désagréable d'ailleurs. C'est donc ainsi que j'ai assisté au spectacle de Sting. Que j'ai pu apprécié chaque morceau proposé, chaque orchestration. Bien entendu, quand on s'appelle Sting on a une discographie impressionnante à disposition, avec un choix royal de titres à proposer et l'assurance de faire un tabac quasiment à coup sûr. Il ne s'en est pas privé, vous vous en doutez bien. Il a enchaîné les morceaux, depuis les mégas succès jusqu'aux titres un peu moins connus de temps à autre, certains comme le classique Roxanne, intégralement réorchestrés dans des versions originales. Il y a eu des chansons assez anciennes, celles qu'il interprétait déjà du temps de Police, mais aussi ses succès personnels (si je vous dis Englishman in New-York ou Fragile ça vous cause ?). Les fans en ont eu pour leur argent et bien que de durée moyenne le concert a été une chouette plongée dans l'univers du musicien anglais. S'adressant au public dans un français nickel, se permettant même de faire de l'humour anglais dans la langue de Molière, il n'a pas dérogé à sa règle de la perfection artistique, prouvant une fois de plus tout son talent et sa classe.

Alors je n'ai certainement pas vu ce concert dans les meilleures conditions possibles, mais je n'ai pas regretté une seule seconde d'avoir fait le déplacement. Sting est et reste un des très grands du pop-rock de ces 30 dernières années, et si l'occasion se présentait à moi de le revoir, je sauterais à nouveau sur l'occasion à coup sûr.

Allez, juste pour le plaisir, je vous propose une vidéo de la soirée à Strasbourg pêchée sur youtube, de ce qui pourrait peut-être bien être mon titre favori parmi tous ses tubes : Every Breath You Take.


 



 

(Copyright des photos : Stéphanie Meyer pour le Zénith et Vincent Voegtlin pour L'Alsace)

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6 novembre 2012 2 06 /11 /novembre /2012 18:15

 

J’avais raté la première édition l’année passée avec la ferme intention de me rattraper cette année-ci. De quoi je parle ? Du concert privé de Fred Blondin sur la péniche Le Chansonnier ! C’était vendredi 26 octobre, et c’était vraiment, vraiment un excellent moment.

Fred Blondin, ce n’est pas comme si je ne l’avais jamais vu en concert, mais ce soir là était spécial. Habitué à le voir en solo avec ses guitares, j’avais pu le voir accompagné d’un percussionniste il y a un mois pas loin de chez moi, mais jamais entouré d’un groupe de musiciens au complet. Sauf que ça se mérite hein. Faut dire qu’on a bravé le froid, combattu les intempéries, résisté façon marins d’eau douce au tangage au quai ouest et attendu telle une colonie de manchots empereurs sur la banquise pour monter à bord du Chansonnier. L’attente fut longue, certains ont attendu en s’amusant, d’autres sans rien dire, d’autres encore ont lancé des « Fred tu m’aimesouvres à quelle heure ? ». Je ne sais pas si à un moment ou à un autre quelqu’un a murmuré « j’veux qu’il pleuve », en tout cas il a été exaucé… mais peu importe, ce qui n’tue pas nous rend plus fort paraît-il. Alors quand la porte de la péniche s’est ouverte, on n’a pas demandé notre reste avant de nous engouffrer à bord, c’était maintenant ou jamais !

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Un concert de Fred, y’a pas de mots, ça ne se raconte pas, ça se vit (bon ok, je vais essayer quand même, rien que pour peut-être vous donner l’envie de venir à votre tour). D’autant plus quand il s’agit d’un concert privé. L’ambiance est particulière. D’abord on se retrouve « entre connaisseurs », un peu comme si on faisait partie d’un club ultra select de buveurs de pinard ou d’amateurs de bon chocolat. Sauf exception, tout le monde connaît bien Fred et ses chansons, ce qui dès le départ place l’ambiance générale un cran au-dessus de la normale. Et puis à force de se croiser en venant le voir de concert en concert, on finit par se retrouver aussi entre amis parce que des affinités se sont créées. On rencontre ou on retrouve des gens sympas avec qui on bavarde agréablement et avec qui on se marre bien. Les goûts communs (en l’occurrence la musique de Fred Blondin) ça rapproche. Même moi qui ne suis pas d’un naturel très causant je me sens toujours bien et à l’aise avec les blondingues. À ma place, au milieu d’autres doux-dingues, entourés de gens que l’on aimerait revoir en quelque sorte. Ça aussi, ça apporte un vrai plus par rapport à un « simple » concert.

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Mais ce concert-là était encore plus spécial que les précédents. Le concept déjà à la base est franchement original. Pendant qu’en ville le week-end débutait dans le froid et la pluie, nous entamions une soirée au bord d’une péniche, avec ballade sur la Seine pendant qu’on nous servait un bon repas, suivie d’un concert à bord. Faut avouer que ce n’est pas courant. Le tout dans la bonne humeur, avec des serveurs super sympas et attentionnés, un tour dans Paris au bord des larmes, un coucou à la Tour Eiffel illuminée de milles feux, de la bonne musique… je ne sais pas ce qu’il faut dire de plus pour vous convaincre (et non pas vaincre) de la qualité de la soirée ! Et je souligne aussi en passant le prix carrément raisonnable, parce que ça mérite d’être dit également.

Parmi les excellents moments passés à bord du Chansonnier, je retiendrai plusieurs choses. La partie musicale bien évidemment, mais ça j’y reviendrai tout à l’heure. Allez pêle-mêle je vous livre comme ça à la volée : la bonne tranche de rigolade qu’on doit à Stéphane D. pour l’évocation de ses extravagantes aventures amoureuses hallydaysques (et croyez-moi s’il avait mis ça dans un roman personne ne l’aurait cru, on lui aurait même certainement rétorqué c’est pas ça la vie), la loterie qui permettait de gagner tout un tas de lots à caractère fortement alcoolisé (mais surtout sans tampon)(désolé, ceux qui n’y étaient pas ne peuvent pas comprendre), le fou-rire final de Laetitia pour lequel on a hésité un temps à appeler les secours tant on pensait qu’elle ne parviendrait pas à s’arrêter… Et puis je me permets de féliciter ma frangine ainsi que Corinne pour avoir réussi à garder leur équilibre (et leur repas !!) tout du long malgré le roulis du bateau ! Ça n’a l’air de rien dit comme ça, juste des trucs de filles tout au plus, mais pour elles ça tenait visiblement de l’exploit ! ;o)

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Alors côté spectacle, un batteur, un percu, un bassiste, un saxo, un clavier et deux guitaristes en plus de Fred (plus une seconde bassiste invitée sur un titre), voilà la composition de chouettes musicos qui ont mis l’ambiance à bord de la péniche. Je m’excuse auprès de ceux dont je n’ai pas retenu le nom, ma mémoire n’est plus ce qu’elle était. Heureusement j'ai eu ma petite soeur pour me rencarder (je crois que Fred lui a filé un petit coup de main aussi)... En tout cas j’ai retenu leurs notes, leurs envolées, leurs solos, leur générosité. J’ai retenu la présence discrète et impeccable des percussions de Klifa Rachedi, j’ai retenu la limpidité de Norbert Krief et la virtuosité de Jean-Michel Kajdan à la guitare, j’ai retenu l’enthousiasme et la bonne humeur de Yves « Dario » Prével aux claviers, j’ai retenu le sourire radieux d’Antonella Mazza lors de son passage à la basse, j'ai retenu l'accord parfait entre la basse élégante de Patrick Conchoux et la batterie précise de Arthur Billiès, j’ai retenu le souffle aérien qui faisait vibrer le saxo de Thierry Farrugia… Quant à Fred, il avait l'air comme un poisson dans l'eau. Enfin sur l'eau en réalité. Bref, j'me comprends. Il a marqué le coup d'ailleurs, en sortant la veste de costard blanche pour toute la première partie du concert. Mais comme un concert de Fred Blondin digne de ce nom ne se passe pas sans une chemise colorée aux motifs improbables, il n'a pas failli à sa tradition vestimentaire dès la seconde partie du spectacle :o).

Remarquez, je me permets ce petit clin d'oeil mais il aurait pu être en caleçon à fleurs et redingote que ça n'aurait rien changé à son talent. J'en soupçonne même qui ne seraient pas contre ce genre de fantaisies esthétiques. Il y a des gens bizarres même (surtout ?!) parmi les blondingues les plus respectables. Non, non, pas de nom. ;o)

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Comme d'habitude, Fred a enchaîné les titres avec générosité, et il avait l'air d'y prendre autant de plaisir que son auditoire. Évidemment le temps a passé trop vite, évidemment on a tous entonné en coeur comme une prière Elle allume les bougies et Le Café du Monde, évidemment la fin du concert est arrivée trop tôt (quoi ? seulement trois heures et quelques de concert ? Nous on était chaud, il aurait pu repartir pour 24 heures qu’on aurait tous signer je crois. Perso, j’aurais été partant pour soigner le mal par le mal et rester quelques minutes de plus…), évidemment on s'est tous dit « oh mon dieu il n'a pas joué L'amour Libre ou Bons Baisers de Medellin » (cela dit tant que j'ai droit à Mordre la Poussière je suis heureux) mais que voulez vous, toutes les bonnes choses ont une fin...

J'en suis revenu ravi, la tête pleine de bonne musique, content d'avoir pu assister à ce concert d'un genre particulier, et heureux également d'avoir pu revoir des gens sympas. Pas facile de retourner au boulot après ça... il y en a qui se plaignent de tout, tout le temps, qui dès que l’hiver arrive répètent sans cesse j’voudrais voir les îles… moi j’voudrais juste revoir Fred à son prochain concert, parce qu'à chaque fois c’est comme un nouveau départ, un coup de boost au cœur et au moral. La belle vie quoi.

Ouais, en tout cas y’a pas à dire, ce fut une bonne journée.

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PS : Un énorme merci à Francis Biblot pour m'avoir permis d'utiliser ces clichés rien moins que magnifiques (vous pouvez voir ses photos sur sa page facebook), et merci à ma frangine pour l'organisation de cette sortie à Panam...

PPS : Quelques lecteurs l'auront peut-être remarqué, je me suis amusé à truffer l'article de titres de chansons de Fred. Ok, certains ont été insérés au chausse-pied, d'autres à peine plus discrètement... les connaisseurs seront-ils capables de tous les détecter et de me dire combien il y en a ?

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11 octobre 2012 4 11 /10 /octobre /2012 18:22

Avec Sur la Route, le réalisateur brésilien Walter Salles signe l’adaptation d’un roman américain culte, On The Road de Jack Kerouac, publié en 1956.

Le roman de Kerouac est un road-movie autobiographique qui voit des jeunes gens traverser les États-Unis au gré du vent, épris de liberté, de littérature et de jazz, au tout début des années 50. Le personnage principal, Sal Paradise, qui est l’alter-ego de Kerouac, vient de perdre son père immigré canadien, vit à New-York et rêve de devenir écrivain. Il rencontre alors Dean Moriarty (qui représente son ami Neal Cassady), un ex-taulard au charme ravageur et au comportement imprévisible, mariée à la très jeune et très jolie Marylou (alter-ego de LouAnne Henderson, première femme de Cassady). Entre Sal et Dean l’amitié est fusionnelle et leur quête d’absolu et de liberté les décide à partir sur les routes d’Amérique, à la découverte du monde dans un esprit de fête et de détachement de la société. On croise au fil de leurs voyages d’autres personnages tels que Carlo Marx (représentant un autre de leurs amis de l’époque, le poète et écrivain : Allen Ginsberg) ou l’étrange Old Bull Lee (inspiré de William S. Burroughs). Et si parfois les chemins de Sal et Dean divergeront, les deux hommes resteront à jamais liés.

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Je préfère prévenir avant toute chose, je n’ai pas lu le roman de Kerouac. Je sais qu’il est considéré comme culte par beaucoup de gens, et qu’il a marqué toute une génération d’après-guerre aussi bien aux USA que dans nos contrées. Aussi je ne peux en aucun cas juger le film pour son statut d’adaptation n’ayant aucun point de comparaison avec l’oeuvre d’origine. J’ai donc vu ce film pour lui-même, en néophyte complet de l’univers de Kerouac. Je l’ai vu à sa sortie en salles, c’est-à-dire il y a maintenant environ quatre ou cinq mois, et en rassemblant mes idées pour écrire cet article je me suis rendu compte que je n’en avais gardé que peu de souvenirs. Ce qui n’est pas forcément très bon signe, vous en conviendrez. Pour être honnête, l’histoire de ces jeunes écrivains en herbe qui vivent au jour le jour et jouissent jusqu’à l’excès de la vie ne m’a pas marqué. J’ai cherché les raisons objectives à cet état de fait, car le film est pourtant loin d’être mauvais. Je pense que ce sont les personnages qui ne m’ont pas touché. Alors que paradoxalement j’ai trouvé les interprètes plutôt très bons dans leurs rôles. Sam Riley dans le rôle de Sal est un personnage principal solide, au caractère dépeint tout en finesse. Garrett Hedlund qui interprète Dean dégage un charisme impressionnant et sa prestation est à la (dé)mesure du personnage. Kristen Stewart incarne une Marylou pleine de charme, de douceur et de fausse-fragilité de façon très convaincante. D’ailleurs moi qui fuis les films comme Twilight qui ont fait la renommée de cette actrice, je n’avais même fait le rapprochement avec les films de vampires romantiques pour adolescentes. Et les seconds rôles m’ont plu aussi, que ce soit Tom Sturridge en Carlo Marx, Viggo Mortensen en Old Bull Lee, Elisabeth Moss (la formidable Peggy Olson de Mad Men) en Galatea Dunkel, Kirsten Dunst en Camille la seconde femme de Dean, ou encore Steve Buscemi en vendeur itinérant lubrique...

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Mais voilà, à aucun moment je n’ai été entraîné par les personnages à leur suite. J’ai toujours bien gardé ma place de spectateur, détaché de ce qui se passe à l’écran. Je n’ai pas ressenti l’excitation et le grisement des personnages pendant leurs virées délirantes et leurs débordements en tous genres, je n’ai pas eu de peine (ni d’étonnement d’ailleurs) quand les choses tournent parfois mal pour certains. Une sensation à rapprocher un peu de celle que j’ai eue en lisant L’Attrape-Coeur de J.D.Salinger. Réaliser qu’on est en présence d’une oeuvre importante, avoir conscience de ses qualités objectives, mais pourtant ne pas accrocher à l’ensemble tout en le regrettant presque. C’est très certainement ce qui explique qu’il ne me reste en tête que peu de passages du film à peine quelques mois après l’avoir vu. Pourtant les images étaient travaillées et belles, la réalisation sobre et efficace et les décors parfaits tant ils reproduisent l’ambiance de l’Amérique des années 1950.

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Alors déconseiller Sur la Route en le qualifiant de mauvais film serait injuste, car ce n’est objectivement pas du tout un mauvais film. Le conseiller alors que moi-même il ne m’en reste pas grand-chose et que je n’ai pas spécialement l’envie de le revoir me paraît difficile aussi. Bon je m’en sortirai donc par ce qui pourrait passer pour une piètre pirouette (mais qui n’en est pas une, mais non, mais non) : voyez-le et faites-vous votre propre idée dessus !

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5 octobre 2012 5 05 /10 /octobre /2012 19:23

L’auteure d’Escorte se nomme Mélodie Nelson. Comme vous l'aurez deviné, c’est un nom de plume emprunté à la discographie de Serge Gainsbourg. Mélodie Nelson est une jeune femme québécoise, qui raconte dans ce livre son expérience dans le monde de l’escorting. Une escorte ? c’est une variation un peu plus luxueuse de la prostituée classique. Elle n’officie pas dans les rues mal famées ni dans des arrières salles de bars louches, mais reçoit dans de luxueux appartements ou de beaux hôtels. Pour un tarif de 200 $ de l’heure, elle assouvit les fantasmes des clients prêts à y mettre le prix.

L’escorting, Mélodie y est venue assez simplement. La jeune femme avait 19 ans, était étudiante en lettres à l’université et mariée à Samuel, son premier petit ami. Pour s’en sortir financièrement, Mélodie accumule en plus de ses heures de cours un petit boulot d’appoint dans une librairie. Un job mal payé et pas forcément très enthousiasmant. Sexuellement libérée, sa relation de couple est assez libertine, son mari accepte qu’ils aient d’autres partenaires de temps à autres. Alors quand une de ses amies lui parle du boulot d’escorte, avec l’accord de Samuel elle se lance dans l’aventure.

C’est ainsi qu’intégrée au sein d’une agence, elle travaille plusieurs jours par semaine en tant qu’escort-girl, et se fait beaucoup d’argent assez rapidement.

Elle raconte au gré des différents chapitres ses rencontres. Ses collègues escortes avec lesquelles elle partage les appartements où elles reçoivent les clients. Ses employeurs et le chauffeur qui se charge de l’emmener et de la récupérer quand elle est en « déplacement » chez un client. Et bien entendu les hommes qu’elle rencontre, qui la paient et qu’elle fait jouir (ou pas). De toutes origines, de tous âges, de toutes catégories socio-professionnelles, de tous physiques.

Je ne savais pas réellement à quoi m’attendre en lisant ce bouquin. J’imaginais vaguement un truc un peu trash voire glauque, l’histoire clichée de la jeune fille pauvre forcée à se prostituer pour survivre et le vivant très mal. En réalité j’avais tout faux. On se rend compte en lisant le bouquin que Mélodie (qui officie sous le pseudo de Marissa) ne correspond pour commencer pas du tout au portrait d’une victime. Non seulement elle a choisi librement de se prostituer, mais en plus elle le vit relativement bien, et y trouve même une façon de s’épanouir. Si son intérêt principal est bien entendu de toucher beaucoup d’argent, ce n’est pas le seul gain qu’elle retire de son activité. Elle se retrouve avec beaucoup de temps à elle, temps qu’elle passe la plupart du temps à dépenser son argent du reste. Et puis elle prend aussi du plaisir à son activité. Du plaisir sexuel parfois, même si c’est loin d’être de manière systématique, mais surtout elle a visiblement du plaisir et de la fierté de donner du plaisir aux hommes. Son fantasme à elle, c’est d’être le fantasme des autres...

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De ce point de vue, ce récit autobiographique est inattendu. Certes son activité n’aura pas que des conséquences positives pour elle, mais sur le long terme ce ne sera pas destructeur, bien au contraire même. Elle ira même jusqu’à y vivre une expérience à la Pretty Woman, rencontrant l’amour auprès d’un de ses clients réguliers pour la petite histoire : ils sont toujours en couple et ont eu une petite fille ensemble). On échappe dans cette histoire à toute la panoplie de violences, de drogues et d’abus qu’on associe généralement à la prostitution. Ce qui d’ailleurs nourrit aussi les critiques à l’égard de ce témoignage, car si on accepte l’idée qu’il ne soit pas édulcoré, est accusé surtout de montrer un aspect trop flatteur de cette profession taboue et qui ne reflèterait la réalité que d’une infime partie des travailleuses du sexe. Oser dire qu’une prostituée assume et se sente « bien » dans son activité choque, et cette affirmation passe pour être l’arbre qui cache la forêt dans ce milieu qu'on associe bien plus souvent à souffrances et problèmes.

Personnellement cela ne m’a pas choqué, en tout cas pas de ce point de vue. Mélodie Nelson relate son expérience, et ne cherche à aucun moment à présenter son cas comme une généralité. En tout cas je n’ai pas ressenti à la lecture de volonté en ce sens de sa part. Elle ne passe pas sous silence les problèmes liés à la prostitution, mais elle se limite à parler de ce qu’elle a vécu et expérimenté. Là-dessus je trouve qu’il n’y a rien de critiquable.

Pour autant j’en ai des critiques à formuler. D’un tout autre genre. Le principal étant que je me suis à plusieurs moments ennuyé à la lecture de ce bouquin pourtant pas bien épais.

Il faut préciser qu’au départ, Mélodie Nelson s’est faite connaître par son blog où justement elle relatait ses expériences. Devant le succès de ses écrits sur la toile, un éditeur l’a contactée pour lui offrir de publier son histoire sous forme d’un roman. Une partie du livre est donc directement inspirée du blog, ce qui s’en ressent grandement. Le style d’écriture reste très simple, il se veut ouvertement moderne et trash mais à l’arrivée je l’ai trouvé bien plat. Certes on a notre lot de crudité pour tout ce qui concerne le sexe et les descriptions de ses diverses prestations. Mais le ton employé... je ne sais pas, ça m’a paru fade, trop impersonnel, typé blog. En tout cas détaché ça c’est certain. Ce que j’en retiens, c’est qu’à l’évidence ce qui pour certains déchaîne les passions, elle, n’en fait pas une montagne. Le cul c’est du cul, point barre. Ça n’a rien de sacré, le sexe est une activité comme une autre pour elle, à ceci près que ça rapporte gros et que parfois ça lui donne du plaisir. Là dessus je n’ai d’ailleurs pas grand-chose à redire, et qu’on la partage ou non chacun est libre d’avoir sa conception de la chose.

A contrario, ce qui m’a plus marqué, c’est tout ce qui semble avoir beaucoup d’importance à ses yeux et qui m’apparaît d’une futilité navrante à moi. Les marques, les fringues, la junk food, le maquillage et le shopping. Je ne me suis pas amusé à compter le nombre de références qui émaillent le texte, mais ça m’a fait l’effet d’une indigestion. Si faire la liste de ce qu’on aime ou de ce qu’on s’achète peut, pourquoi pas, alimenter un blog à tendance fashion, ça ne fait pas un livre. Et ce n’est pas parce que dans sa liste de courses elle ajoute des préservatifs au goût pamplemousse acidulé et des piles pour son vibro que ça va la rendre intéressante. Ce côté hyper matérialiste tendance mode (ne nous leurrons pas, on en a tous un) m’a franchement saoûlé. Honnêtement, même comme matière à un « blog de fille » je trouverais ça d’une pauvreté désespérante, nourrissant tristement le cliché de l’écervelée de base qui raconte sa life. Oui sa « life », j’utilise le terme à dessein, le texte étant truffé de mots anglais et d’expressions québécoises. Évidemment cela s’explique par l’origine de l’auteure, mais ça ne passe pas franchement inaperçu, et malgré quelques explications spéciales pour les non-québécois, tout n’est pas toujours très clair à la première lecture.

Là où je reste dubitatif, c’est quand je lis les interviews et la présentation qui est faite de Mélodie Nelson. Devenue chroniqueuse pour la presse féminine au Canada, en plus de son occupation de blogueuse, elle avance souvent la littérature comme passion et se destine à écrire à présent que son premier bouquin a remporté un relatif succès. D’ailleurs pour rappel, avant de laisser tomber ses études pour l’escorting, elle était en fac de lettres. Mais voilà, dans ce que j’ai lu (que ce soit dans l'écriture ou les thèmes abordés), sans vouloir me montrer méchant ou méprisant, je n’ai pas trouvé grand-chose de très « littéraire ». Mais je m’avance peut-être en me permettant de douter du talent d’écrivain de cette jeune femme, l’avenir le dira.

Alors voilà, pour résumer un peu tout cela, je dirais que Escorte n’est pas un mauvais livre, sur certains points il est même intéressant, mais il souffre malgré tout de plusieurs défauts. Mais malgré ces défauts je ne peux  pas complètement le déconseiller ne serait-ce que pour le regard très particulier qu'a eu l’auteure sur le monde de l’escorting. Mais si le bouquin vaut le coup, c’est plus pour la description de certaines situations que sur une quelconque réflexion plus profonde liée au sujet. Tout au moins peut-on se rendre compte qu’une escorte ne répond pas fatalement à l’idée préconçue de la pauvre fille victime de sa condition. Qu’on peut faire le commerce de son corps sans que l’esprit ne sombre forcément dans la débauche ou une quelconque dépendance. Et surtout qu’une prostituée est avant tout une femme et pas une bête curieuse, avec ses préoccupations de femme, sa vie de femme, ses envies de femmes. Pas plus passionnante qu’une autre, pas moins non plus.

Quant à Mélodie Nelson elle-même (enfin son personnage de papier) que dire ? Fashion victime et libertine décomplexée (oh le bel euphémisme) d’accord, mais on n’en saura pas beaucoup plus. C’est en fait surtout là-dessus que j’ai été un peu déçu : elle aura réussi à mixer du sexe cru et des préoccupations futiles. Et le cocktail n’est pas aussi détonant qu’on aurait pu croire.

 

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Published by Stéph - dans Lire ou écrire
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2 octobre 2012 2 02 /10 /octobre /2012 19:32

Je l’ai souvent cité dans ces pages et ceux qui me connaissent un peu le savent : j’aime Leonard Cohen. C’est d’ailleurs bien au-delà. Il est ma référence musicale majeure. Ses chansons résonnent en moi comme aucune autre. À mes yeux il n’est ni plus ni moins qu’un dieu vivant de la musique. Sur le plan artistique ils ne sont que deux à me toucher à ce point, notre Bernard Lavilliers national pour la scène francophone et Leonard Cohen chez les anglo-saxons.

Il y a longtemps déjà que je songe à écrire un article sur ma relation au chanteur canadien et à son œuvre, tant il fait partie de ma vie depuis des années. J’aurais tant à dire, tant d’émotions à retranscrire que j’aurais peur de manquer de mots. Je m’y attellerai un jour j’en suis sûr, mais pour l’heure je vais me contenter de vous parler de son concert du 29 septembre à l’Olympia, il y a déjà bien assez à en dire ! (et je m’excuse par avance : je sais déjà que je vais pondre une tartine sur le sujet)

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Malgré ses 78 ans au compteur, Leonard Cohen a enchaîné les concerts et les tournées d’une façon assez incroyable depuis les quatre dernières années. Alors qu’il y a encore quelques années en arrière il était considéré comme perdu pour la scène il a opéré un retour complètement inattendu (et j’allais presque dire inespéré), et quel retour ! Depuis on dirait que le canadien a retrouvé une seconde jeunesse : il multiplie les concerts depuis 2008 et son inspiration est de retour également puisqu’il a signé un nouvel album en début 2012, Old Ideas, qui donne d’ailleurs son nom à sa tournée mondiale actuelle. Et là encore, quel album ! D’une intensité et d’une qualité impeccables, Old Ideas est de ses tous meilleurs albums, renfermant quelques pépites qui se sont révélées comme autant de classiques instantanés quand il les a interprétées en live (en vrac et de manière non-exhaustive : Amen, Darkness, Going Home, Show Me the Place).

La silhouette frêle, le costume sombre et son borsalino bien distinctif sur la tête, Leonard Cohen s’est avancé sur scène sous les acclamations, pour la seconde de ses trois dates à l’Olympia. La classe et l’élégance même. Les années passent et s’inscrivent sur le visage du songwriter, mais son aura ne cesse de prendre de l’ampleur. Il émane de lui quelque chose de très fort, mêlant sérénité, gentillesse et humilité. Sans même parler du talent à l’état pur, cela va de soi. Puis il s’empare du micro, et dans un français parfait, fait part au public de son bonheur de se retrouver dans cette salle légendaire, et de manière très simple annonce « je ne sais pas quand nous nous reverrons, mais je vous promets que ce soir on vous donnera tout ce qu’on a ». Et sur ce, s’exécute.

Au total, le concert aura duré 3h50, entrecoupé en son milieu d’un entracte d’une petite vingtaine de minutes. Et tout du long de ce marathon musical, la magie.

345 leonard cohen olympia songwriter

C’est la cinquième fois que je le vois en concert, et à chaque fois c’est l’émerveillement. Parce que j’avais toujours été persuadé que je n’aurai jamais cette chance, parce que je me souviens de l’incrédulité mêlée de joie incontrôlable et d’une fébrilité insensée quand j’ai appris ce jour de 2008 que le grand Leonard Cohen, MON Leonard Cohen, remontait sur scène après 15 ans d’absence et allait chanter au festival Stimmen de Lörrach, à quarante petits kilomètres de chez moi ! Je me souviens comme l’attente fut longue, et surtout je me souviens des premières secondes où je l’ai vu, à cinq mètres de moi, pour régler la balance sur cette scène en plein air de la Marktplatz de Lörrach. Mieux que dans un rêve, il avait sa guitare à la main, en bras de chemise, chapeau vissé sur la tête et lunettes. Il a chanté tranquillement un Who by Fire dont je me souviendrai toujours, le temps des réglages son, a salué et est reparti avant de reparaître quelques heures plus tard pour donner un concert ahurissant. Je me souviens être ressorti de ce concert en me disant que je ne pourrai jamais plus revoir quelque chose d’aussi beau, ni ressentir quelque chose d’aussi fort pendant un concert, j’en étais presque triste de me dire que le meilleur était désormais derrière moi. C’était sans compter sur les mois suivants, sans savoir que j’allais encore le voir, et le revoir. Depuis, à chaque fois que j’assiste à l’un de ses concerts, je savoure cette chance incroyable, car à chaque fois sa prestation est magique, car à chaque fois j’ai l’impression que c’est la première et la dernière fois, car à chaque fois je touche du doigt un instant de pur bonheur.

Et ce samedi soir à l’Olympia fut lui aussi, magique et unique comme tous les précédents. Toujours entouré de ses six musiciens (avec cependant deux changements notoires en l’absence du fabuleux Dino Soldo remplacé par le talentueux violoniste Alexandru Bublitchi et de l’habituel Bob Metzger remplacé par Mitch Watkins), et de ses trois merveilleuses choristes que sont l’éternelle Sharon Robinson et les très douces Webb Sisters, Leonard Cohen a livré un spectacle tel qu’il en a le secret. Sa voix grave et posée, sa présence immense qui contraste avec son physique presque fragile, et surtout, surtout cette sincérité qui transpire de tout son être. Il ne fait pas semblant Leonard, il ne joue pas, il vit sa musique, et il vit chaque seconde de ses concerts intensément. Il n’y a qu’à le regarder ôter son chapeau pour écouter religieusement les solos de chacun de ses musiciens, ou les voix cristallines de ses choristes. Il a les yeux fermés et il écoute respectueusement, murmurant les paroles, accompagnant de ses hochements de tête, s’inclinant humblement pour remercier le talent débordant de ses collaborateurs. Non, il ne joue définitivement pas Leonard, et ça se ressent. Il donne tout ce qu’il a, comme il l’avait promis en début de concert. Et quand on donne sans compter comme lui, on reçoit en retour au centuple. Que ce soit les membres de son orchestre qui semblent lui vouer une admiration sans faille ou le public qui répond à chacune des chansons par des tonnerres d’applaudissements et des ovations debout après chaque classique de son répertoire (et pour ainsi dire, tout son répertoire n’est fait que de classiques à mes yeux), Leonard Cohen semble déclencher un mouvement unanime d’amour, du vrai, du tangible, du palpable dans l’air, pour sa personne.

345 leonard cohen olympia javier mas

Il se donne Leonard, il chante, il joue de la guitare, il fait des pirouettes et des pas de danse à chaque entrée et sortie de scène, il s’agenouille et ferme les yeux quand il entonne des morceaux comme Bird on a Wire ou Dance Me to the End of Love. Il ne calcule rien, il est juste là, entier, et dégage une force insoupçonnée, une sérénité troublante.

Moi j’ai tremblé, ressenti de toute mon âme chaque note, chaque son, chaque vibration. Quel son fabuleux d’ailleurs, qui doit certainement autant à la perfection acoustique de la salle qu’au talent de ses ingénieurs du son que Leonard Cohen ne manque pas de remercier pendant le show. Et c’est vrai qu’une telle limpidité est rare. La moindre petite note de chaque instrument était perceptible, les voix sublimées au point qu’on percevait même les respirations dans les micros. Tout cela sans que les oreilles soient agressées par un volume sonore exagéré bien au contraire, on avait la sensation que le son prenait possession de tout le volume de la salle sans l’écraser un seul instant. Du bonheur sensoriel pour mes oreilles délabrées qui supportent si mal les sons trop puissants d’habitude.

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Et que dire de cette troupe sensationnelle qui accompagne le chanteur canadien ? L’homme sait s’entourer des meilleurs, et encore une fois j’ai été enchanté par chacun d’eux. Roscoe Beck qui en bassiste chef d’orchestre a su organiser à la perfection chaque titre tout en réservant quelques belles surprises en variant l’orchestration de certains morceaux avec bonheur. Mitch Watkins qui a eu de belles opportunités pour exprimer tout son talent à la guitare électrique, « the impeccable » Neil Larsen perché au-dessus de ses claviers et de son orgue Hammond, Raphael Gayol à la batterie en « prince of precision » comme le surnomme LC, Alexandru Bublitchi qui a eu de belles envolées au violon et bien entendu l’indétronable Javier Mas à la guitare à 12 cordes et à la bandurria qui a encore gratifié Who by Fire et The Gypsy’s Wife d’introductions magnifiques mi-tziganes mi-orientales. Au chœurs il est inutile de présenter « the incomparable » Sharon Robinson qui aura marqué de sa présence vocale tant de disques de Leonard Cohen, et les « sublimes » sœurs Charley et Hattie Webb qui m’avaient émerveillé lors des précédents concerts en reprenant seules à la guitare et à la harpe If It Be Your Will et qui ont proposé cette fois une version inédite de Coming Back to You. Sans oublier le « tour manager » de Cohen, Mike Scoble qui vient aussi jouer de l’harmonica sur le morceau Darkness (morceau absolument terrible en live soit dit en passant).

Alors bien sûr, dans ces conditions optimales, Leonard Cohen a déroulé son immense talent au fur et à mesure qu’il enchaînait les chansons. La liste des titres est trop longue pour la citer en entier, mais je frissonne toujours de plaisir quand j’entends Tower of Songs, The Future, Suzanne, I’m Your Man, Heart with no Companion, Democracy, Who by Fire, Waiting for the Miracle, First, We Take Manhattan ou encore So Long, Marianne. Inutile également de préciser que pour moi il n’y a définitivement rien ni personne qui surpasse l’interprétation de Hallelujah par son créateur. Et puis quand il entonne mes deux titres préférés, Everybody Knows et The Partisan (je ne vous parle même pas de l’ovation de la salle quand il chante « mais j’ai tant d’amis, j’ai la France entière »), là je suis juste ailleurs, dans une autre dimension. C’est simple, Leonard Cohen est l’un des seuls qui me procure une telle sensation : j’ai l’impression qu’il est là et qu’il chante juste pour moi, que ses mots me sont directement et exclusivement destinés. Peu importe la foule, peu importe le monde tout autour, l’espace d’un instant il n’y a que lui et moi. C’est indescriptible comme sensation. Cela fait partie de ces expériences uniques qu’on ne ressent que très rarement.

345 leonard cohen olympia affiche

Pour être honnête avec vous, je suis certainement l’un des plus mauvais critiques de LC. Ce type et ses chansons hantent ma vie depuis si longtemps qu’ils m’en sont devenus indispensables. Je perds toute objectivité dès que j’entends sa voix. D’ailleurs à quoi me servirait-elle cette objectivité, puisque de toute manière tout ce qu’il produit tient du génie ? Il pourrait fredonner sa liste de courses que j’y trouverais des qualités indiscutables ! ;o)

C’est pourquoi je vous invite à ne pas prendre tout ce que je vous dis ici pour argent comptant, et plutôt d’écouter sa musique pour juger par vous-mêmes. Vous comprendrez à ce moment ce que j’essaie maladroitement d’exprimer. Il est à la fois un maître dans l’art de manier les mots et dans celui de les mettre en mélodie. L’homme « with the gift of a golden voice » vous touche aussi bien le cœur, que l’esprit et les tripes. Il est un monument de la musique et une personnalité hors norme, le voir en concert est à chaque fois pour moi un véritable événement et une chance que je considère comme incommensurable.

Thank you mister Cohen.



Pour le plaisir, quelques vidéos glanées sur youtube (merci aux posteurs !)

Avec pour commencer The Future (concert du 28 septembre 2012)

 


 

 

Puis une superbe version de Who by Fire avec l'intro géniale de Javier Mas (concert du 28 également)

 


 

 

Et enfin The Partisan (concert du 29 septembre 2012)

 

 

 


 
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27 septembre 2012 4 27 /09 /septembre /2012 18:32

 

Il est des “petits” concerts qui donnent de grands plaisirs.

Voir The Boss avec 18 000 autres personnes, applaudir Coldplay parmi 80 000 spectateurs, c’est grand, c’est bon, c’est fort. Mais on peut être beaucoup moins nombreux et pourtant passer un tout aussi excellent moment.

Et quand Fred Blondin est annoncé en concert quelque part, on a toujours la promesse de passer une soirée extra. Justement le chanteur à la voix rocailleuse passait la semaine dernière dans le coin. Le jeudi à Belfort et le vendredi à Montigny-les-Vesoul. C’était beaucoup trop près de chez moi pour que je n’y aille pas ! Bien sûr les deux soirs… quand on aime, on ne compte pas.

D’ailleurs ça doit être un des leitmotivs de Fred Blondin, parce que pour avoir eu le plaisir de le voir plusieurs fois déjà, j'ai pu me rendre compte que s’il y a bien une particularité qui caractérise ses concerts, c’est la générosité. Quand Fred prend sa guitare et chante, il n’est pas là pour une heure et demie et puis s’en va. Non, Fred est là pour assurer le spectacle, il enchaîne les morceaux, il s’amuse, il se fait plaisir autant qu’à son auditoire. Si un de ses titres se nomme Donner, ce n’est pas une coïncidence. Il n’y a qu’à le voir quand il dégaine sa gratte électrique, il a l’air ailleurs, loin, très loin même. Et il nous emmène avec lui, parce que c’est ça Fred Blondin : un type sympa, bourré de talent et qui vit dans un endroit où même les emmerdes n’arrivent pas : la musique.

Que ce soit jeudi au Roger’s Café ou vendredi au Barouf, Fred a fait ce qu’il fait le mieux (enfin à ma connaissance hein, il est peut-être aussi très doué pour les pâtes carbonara ou le patin à glace va savoir) : il a mis l’ambiance et partagé avec nous un moment de bonne musique. Tout seul en guitare sèche / voix, ou accompagné comme la semaine dernière, ses concerts dégagent un truc spécial. Que ce soit mélangé à la saveur du blues d’un morceau comme Le Café du Monde, du rock quand il reprend à sa sauce Félicie, du reggae avec Oh Mon Dieu ou d’une chanson aux accents plus mélancoliques comme Mickey Jaloux, il y a toujours cette marque bien particulière. Ça s’appelle l’authenticité et ça se ressent au premier riff de guitare, à la première intonation de voix. Et bordel, que c’est bon.

344 blondin meme pas mal

Jeudi et vendredi, Fred a partagé la scène avec quelques compères. Le jeudi, c’est le percussionniste (Jeff il me semble) du groupe qui l’a précédé (et j’ai eu beau rechercher le nom du groupe -bien sympa d’ailleurs, il ne peut pas en être autrement quand on reprend du Leonard Cohen ou du Lavilliers cela dit en passant- je n’ai pas réussi à remettre le doigt dessus, vraiment désolé) qui l’a rejoint pour l’accompagner, avec de temps en temps quelques notes d’harmonica par le chanteur de ce même groupe de première partie. Tiens d’ailleurs pour la petite histoire je crois même avoir reconnu dans le public présent ce soir-là un certain Francis Décamps, rien moins qu’un des membres d’origine du groupe belfortain Ange. Bon bien entendu vous ça ne vous fait rien, mais pour moi Ange c’est juste un monument du rock français. Bref, parenthèse fermée.

Et puis vendredi c’est pour l’ensemble de la soirée que l’accompagnait aux percussions (et de bien belle manière faut le souligner) un certain Monsieur Zacharias (j’espère ne pas me tromper dans l’orthographe). Et un autre « régional de l’étape », prénommé Aurélien, est intervenu au clavier sur quelques morceaux également.

Et puis comme à chaque fois qu’il passe quelque part dans l’Est de la France, ça a été aussi l’occasion de revoir quelques autres irréductibles blondingues du coin, ce qui ajoute au plaisir de se rendre aux concerts de Fred. Corinne, Arnaud, Valérie, Franck, Éric, Janick, Philippe … et la liste s’allonge au fur et à mesure du temps !

Comme ces deux concerts se sont déroulés sans ma frangine (que j’ai convertie à Blondin voilà déjà bien longtemps, elle est bien cette petite) pour prendre de chouettes photos, je n’ai malheureusement aucun cliché des deux soirées pour illustrer cet article, mais j’ai quand même trouvé une chouette vidéo sur Youtube, que son posteur Pierrik Fumey Dumoulin ne m’en voudra j’espère pas de mettre en lien ici.

À coup sûr j’aurai un article un peu plus fourni à mettre en ligne fin octobre, après le prochain rendez-vous avec Fred Blondin à Paris cette fois… j’ai hâte d’y être !

Allez, la vidéo d’un de mes titres préférés en plus, ça tombe bien : Des gens que l’on aimerait revoir. Enjoy !


 
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