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Avant de lire les notes que je fais sur les films que je vois et les bd que je lis, sachez que dans mes commentaires il m'arrive parfois de dévoiler les histoires et les intrigues. Ceci dit pour les comics, je n'en parle que quelques mois après leur publication, ce qui laisse le temps de les lire avant de lire mes chroniques.
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12 septembre 2019 4 12 /09 /septembre /2019 14:41

Je ne suis pas un fan inconditionnel de Quentin Tarantino, mais c’est un réalisateur que j’apprécie, et que je classe très largement au-dessus de la moyenne. Je n’ai pas vu tous ses films au cinéma, certains comme Boulevard de la Mort ou Inglourious Basterds m’ont paru légers voire anecdotiques, d’autres comme Kill Bill, Jackie Brown et bien évidemment Pulp Fiction m’apparaissent comme des références ultimes dans leur genre.

 

Alors quand a été annoncé Once upon a time in… Hollywood, c’est d’un œil intéressé mais sans aucune impatience que je me suis penché dessus. Le thème en lui-même, tel qu’il était décrit avant sa sortie, ne m’emballait pas du tout. Ce que j’en avais retenu, c’est que Tarantino voulait retracer les événements qui avaient conduit à l’assassinat de Sharon Tate en 1969, et qu’il voulait se faire un petit kiff de reconstitution de l’aube des années 1970. Rien d’autre. Aussi quand le film a commencé à faire le buzz, je me suis dit qu’il devait y avoir quelque chose d’autre, de plus, qui lui donnait cette aura particulière, qui déchaînait les passions.

La belle Sharon Tate, astre autour duquel va tourner cette drôle d'histoire...

J’ai d’abord pensé qu’il s’agissait d’un quelconque rapprochement entre l’affaire Sharon Tate et l’affaire Polanski qui devait faire les gorges chaudes de ces fichus réseaux sociaux. Mettez le nom de Roman Polanski sur un site n’importe où sur la toile, osez parler d’un de ses films sans même émettre le moindre commentaire sur la personnalité du réalisateur, et vous verrez la shitstorm qui va s’abattre sur vous comme la vérole sur le bas clergé espagnol. Et puis sont arrivées les accusations de racisme et de misogynie (à propos de Quentin Tarantino, really?) qui ont fini de me donner l’envie de me faire ma propre idée.

 

J’ai eu, je le précise, la chance de voir le film sans m’être fait spoiler la fin avant. C’est je crois très important, et même crucial pour pouvoir se faire un avis le plus libre possible. Si on ôte au film le pouvoir de vous surprendre, on lui confisque d’entrée une de ses meilleures armes.

Quentin raciste et misogyne ?

Car ce que je retiens avant tout de ce film, avant même son casting cinq étoiles et ses scènes déjà cultes, c’est la surprise que j’ai ressentie à sa première vision. À plusieurs niveaux. D’abord parce que tout le long de Once upon a time in… Hollywood, je me demandais où Tarantino voulait en venir. Si je ne m’étais pas fait spoiler le film, j’avais cependant lu deux-trois petites choses à son sujet, et l’une d’entre elles avait retenu mon attention : j’avais lu quelque part que c’était son film qui avait le plus de parenté avec Jackie Brown. Alors qu’en fait, en dehors de la scène du début à l’aéroport, moi je n’ai pas trop vu le rapport avec Jackie Brown. Dans ce dernier, bien qu’il s’agisse d’un film choral ou plusieurs arcs narratifs se croisent, il y a bel et bien une intrigue posée dès le départ, avec un développement (à la Tarantino certes, mais tout de même) et une conclusion qui vient mener à terme les différentes lignes narratives du film. Dans Once upon a time..., il n’en est rien ! Les personnages vaquent à leurs existences, parfois on a même des petits flashbacks qui nous éclairent sur leur présent, mais ce qui se passe à l’écran ne suit pas une quelconque suite logique, dramaturgique ou de causalité. Ce sont des successions de scénettes, sans forcément grand rapport entre elles, si ce n’est les personnages eux-mêmes.

Cliff et Rick en mode beaux gosses

Il y a deux axes principaux, l’un qui suit la vie pleine de couleurs, de gaieté et d’insouciance de Sharon Tate (Margot Robbie, solaire), l’autre qui nous trimballe dans l’existence de Rick Dalton (Leonardo Di Caprio, absolument fabuleux), star en passe de devenir un has-been avant l’heure et de Cliff Booth (Brad Pitt, la coolitude ultime faite homme), sa doublure-cascade attitrée, qui lui fait d’ailleurs plus office de nounou qu’autre chose. Et en dehors du fait que ces personnages soient voisins de villas, on ne comprend pas du tout le rapport entre eux, ni ce que viennent foutre ce comédien en sursis et ce cascadeur blacklisté dans l’affaire Sharon Tate. Première surprise donc du film : son contenu, loin de ce que je pensais voir en me fiant uniquement au résumé du film.

Y a pas plus cool que Cliff !

Seconde surprise : c’est long, on n’arrive pas à trouver le fil rouge d’une quelconque intrigue sous-jacente, et pourtant on ne s’ennuie pas une seconde ! Alors sur ce point je vais faire une petite digression, parce qu’ici je fais ce que je veux déjà, et puis parce qu’on m’a chauffé les oreilles à ce sujet et que parfois j’en ai marre d’entendre des inepties énoncées avec autorité par des gens dont la culture cinématographique culmine avec Bridget Jones et La Reine des Neiges. On m’a donc soutenu texto que Once upon a time... c’est « long et chiant pour un film d’action ». Je dis halte-là ! Caution : Bullshit Zone ! Les films de Tarantino ne sont pas, n’ont jamais été, et à moins qu’il n’en décide autrement à l’avenir, ne seront jamais des films d’action !! Tarantino est un amoureux des films de genre, auxquels il rend d’ailleurs régulièrement hommage, un amoureux des films de guerre, de western, de blaxploitation, des films de sabre, des films de gangsters, d’arts martiaux, ça oui, mille fois oui. Et il ne rechigne pas à coller dans ses films quelques scènes bien enlevées qui ne feraient pas tâche dans des films dits d’action, ça aussi, mille fois oui. Mais il ne fait pas de film d’action !!! Aller voir un Tarantino pour voir un film d’action, c’est juste se fourrer le doigt dans l’œil jusqu’à l’omoplate, comme dirait le Capitaine Haddock.

On ne dit pas n'importe quoi sur Tarantino devant le capitaine !

Car Tarantino, plus encore qu’un amoureux des films de genre, est je crois avant tout un amoureux de ses acteurs et actrices, pour lesquels il cherche toujours des challenges à relever, des situations impossibles à jouer, des dialogues jamais entendus nulle part et complètement décalés à déclamer et à rendre crédibles. Tarantino ce qui le fait bander c’est de faire parler pendant des plombes des tueurs à gage du Royal Cheese1, de faire débattre entre eux des mafieux au sujet d’une chanson de Madonna, de faire déblatérer un riche esclavagiste à propos de la morphologie de la boîte crânienne des noirs, de mettre un speech sur Superman dans la bouche d’un maître du Kung-Fu. Il aime le décalage, il aime surprendre. Il aime le jeu d’acteur, il aime quand ça cause à n’en plus finir, il aime aborder les sujets les plus anecdotiques avec le plus grand sérieux, il aime quand la science s’étale pour énoncer le futile.

C’est ça le cinéma de Tarantino bordel ! On aime ou on n’aime pas, on a même parfaitement le droit de détester. Mais on n’a pas le droit de dire que le cinéma de Tarantino c’est du cinéma d’action, pour ensuite le débiner comme de la merde. Dans ces cas on dit juste « je ne crois pas avoir tout compris et j’ai trouvé ça long et ennuyeux à mourir ». Mais on ne vient pas justifier son mauvais goût par des arguments qui ne prouvent rien d’autre que sa propre inculture cinématographique. Merde.

 

Désolé je m’emporte. J’arrête là ma digression et je reviens à ce que j’étais en train de vous dire à propos des surprises que recèle Once upon a time… avant d’être ainsi interrompu par moi-même.

Bruce aussi ça le gonfle !

Je disais donc que c’est long mais que ce n’est pas grave puisqu’on ne s’ennuie pour autant pas une seconde. Et ça c’est en grande partie grâce à un ingrédient essentiel qui assure à ce film une telle qualité : le talent de ses comédiens.

Pour les trois rôles principaux que sont Sharon Tate, Rick Dalton et Cliff Booth, chacun dans des styles très différents, on a droit à un véritable étalage de talent pur de la part de leurs interprètes. Margot Robbie joue l’insouciance avec un charme qui n’appartient qu’à elle, Brad Pitt est l’incarnation même de la virilité dans son expression la plus cool, mais c’est surtout Leonardo Di Caprio qui prouve, une fois de plus, l’étendue de son talent d’acteur. Ce type sait tout faire, tout jouer. Et le moins qu’on puisse dire c’est que Tarantino lui en fait voir de toutes les couleurs, et que parmi tous ses collègues c’est de loin celui qui a eu le plus de taff si on le mesure au nombre de situations et de sentiments différents qu’il a eu à exprimer dans ce film. Et pourtant aux yeux du spectateur ce n’est pas du tout son personnage qui est le plus naturellement enclin à éveiller la sympathie, à ce niveau le personnage du cascadeur qui apprend l’humilité à Bruce Lee2 l’emporte haut la main. Mais Di Caprio force l’admiration, c’est indéniable. Déjà sa performance à contre-emploi dans Django Unchained m’avait impressionné, mais dans Once upon a time… il est juste impérial. Il y a vraiment tout dans son jeu. C’est simple : même quand il lui faut jouer la démesure, il reste toujours absolument juste. Je crois que Tarantino l’a compris d’ailleurs, et qu’il se sert de lui comme jamais il ne s’est servi d’aucun autre acteur, tentant de le pousser dans des retranchements que Di Caprio ne rechigne jamais à dépasser.

Leo, no limit.

Quand je vois ce que Tarantino lui fait faire en tant qu’acteur, je ne suis pas loin de penser que parmi la brochette de comédiens qui se bousculent toujours au portillon dès qu’il s’agit de tourner avec lui, Di Caprio est son préféré, et de loin. J’ai toujours cru que c’est Samuel Lee Jackson qui avait ce privilège. Dans ses chouchous il y a eu la divine Uma Thurman évidemment. L’inénarrable Harvey Keitel, le charismatique Michael Madsen bien sûr ont des places de choix dans le Tarantinoverse. Plus nostalgiquement l’ex-égérie black des années 1970 Pam Grier. Plus récemment le génial Christoph Waltz et le temps d’une inoubliable résurrection artistique John Travolta. Mais je suis prêt à parier que celui qui fait le plus bander Quentin, c’est Di Caprio.

 

Tout ça pour dire, une des grosses claques qu’on se prend en pleine tronche avec ce film, c’est la performance de Leonardo Di Caprio. Indiscutablement.

Best of the Best !

Et puis j’en viens à la dernière surprise, de taille celle-ci, qui vient conclure le film et lui donner tout son sens, expliquer sa lenteur comme son apparent manque de liant. Sa fin. Quand arrive la conclusion du film, la fin inéluctable, la scène tant attendue et jouée d’avance dont tout le monde connaît l’issue tragique, à ce moment précis tout dérape et on comprend, incrédule, l’idée qui était derrière la tête de ce fichu Tarantino pendant tout le film, on comprend pourquoi on trouvait le film bizarre et insaisissable, pourquoi on ne voyait pas où il voulait exactement en venir, où était la cohérence du truc. La fin explique tout. Qu’on s’est fait balader. Et personnellement, j’ai trouvé ça génial comme idée.

Sharon Tate en 1969, un présent et un avenir lumineux...

Alors Once upon a time in… Hollywood n’est peut-être pas le meilleur film de l’année, ni le meilleur film de Quentin Tarantino à mon humble avis, mais c’est un putain de chouette film. Il m’a amusé, interloqué, surpris, fait marrer, bluffé, mis la banane. Mieux : il m’a donné envie de revoir ses films précédents. Mieux encore : il m’a filé la nostalgie de la période qu’il décrit et donné envie de revoir des vieux films de l’époque des années 1970, des Clint Eastwood, des Charles Bronson, des Steve McQueen. Il a éveillé en moi des vieux souvenirs de gamin, quand je regardais à la télé Josh Randall arrêter les méchants avec son fusil à crosse et canon sciés dans Au nom de la loi3.

Josh Randall : « Au nom de la loi, je vous arrête ! »

On peut aimer ou détester Quentin Tarantino, c’est un fait. On peut lui reprocher un tas de choses (la lenteur de certains de ses films, ses personnages trop bavards entre autres, une tendance à flirter parfois de trop près avec la vulgarité), on peut ne pas aimer ses tics visuels et ses obsessions (quelqu’un a parlé de pieds nus de gonzesses ici ?), on peut être gêné aux entournures par son ton parfois provocant et son plaisir pervers à aller sciemment là où ça gratte bien fort, mais on ne peut pas ôter à Tarantino qu’il est un réalisateur hors-norme, un sale gosse du cinéma qui fait exactement ce qui lui chante et tant qu’à faire ce qui va emmerder le plus grand nombre de bien-pensants possible. C’est en tout cas très exactement pour cela que moi, je l’aime son cinéma.

L'affiche du film

1 ou du Quarter Pounder with Cheese si vous préférez !

2 scène ô combien délirante, provocatrice, drôle et jouissive !

3 je n’ai pas cherché à en savoir plus sur les intentions et les références de Tarantino, mais pour moi la série fictionnelle dans laquelle joue Rick Dalton au début du film était à l’évidence un hommage direct à Au nom de la loi.

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9 septembre 2019 1 09 /09 /septembre /2019 07:07

Avec Snuff, on touche à l’évidence. Quoi de plus évident qu’un bouquin qui relate le plus grand gang-bang du monde, écrit par Chuck Palahniuk ? L’écrivain sulfureux, que dis-je, la rock-star de la littérature qui situe son histoire dans le milieu du porno, c’est du cousu main faut bien l’avouer.

Mais ce livre s’appelle Snuff, pas Porn ! Ce qui veut dire qu’il va aussi y être question de mort, et même de mort en direct, filmée par des caméras…

 

La situation de départ est on ne peut plus légère : Cassie Wright, actrice de porno en fin de carrière, décide de faire ses adieux au métier et de finir en beauté. Sur un record du monde, et pas des plus simples à battre : elle veut être celle qui explosera le record de partenaires dans ce qui sera le plus grand gang-bang1 du monde. Elle prévoit donc de se donner à 600 hommes (avec un temps imparti d’une minute par groupe de 3 zozos2 ça fait déjà du taff mine de rien) en une nuit, devant les caméras qui immortaliseront la performance. Et là paf ! Direct dans le Guinness Book des Records. Annabel Chong et Jasmin St Claire n’auront plus qu’à aller se rhabiller, ces petites joueuses3.

Au cours de son roman, Chuck Palahniuk nous invite donc à faire connaissance de quatre personnages, trois des hommes volontaires pour participer au record et Sheila, la régisseuse, l’assistante de production du show et aussi un peu la nounou des 600 gugusses qui attendent patiemment leur tour d’honorer la belle. Ils ont chacun un numéro stabiloté sur le biceps, et on fera donc plus ample connaissance avec les n° 72, 137 et 600. Le numéro 600, celui qui mettra le coup de bite final au record, c’est rien moins que Branch Bacardi, une star vieillissante du porno qui ne se résout pas à raccrocher l’autobronzant et le tube de vaseline. Le numéro 137 est un ancien acteur de télévision, dont la carrière est partie à vau l’eau quand son homosexualité refoulée a été exposée au grand jour dans une vidéo peu équivoque. Mais il est bien déterminé à montrer qu’il n’est pas ce qu’on croit, et pour bien prouver sa virilité se bourre de viagra en attendant son tour. Quant au numéro 72, c’est une jeune homme encore puceau, qui voue un culte à Cassie Wright, s’est entraîné avec grand sérieux sur la poupée gonflable à son effigie avant de venir, et à même pensé à lui apporter un bouquet de fleurs pour ce grand soir qui va enfin marquer leur rencontre.

 

Voilà pour le point de départ. Dit comme ça, ça balance entre le trash et le pas très passionnant. Bien entendu c’est sans compter sur le talent de Palahniuk qui va nous réserver quelques surprises, révélations et même tenez-vous bien, une petite dose de suspense ! Car en apprenant à connaître ces quelques personnages un peu déglingués, on va également vite comprendre qu’ils ne sont pas uniquement ce qu’ils paraissent être. On va même commencer à percevoir quelques liens insoupçonnés entre eux.

Et je vous rappelle aussi que quelqu’un va mourir… Meurtre ? Accident ? Suicide ? Héhéhé, ne comptez bien entendu pas sur moi pour vous le révéler ici...

 

Alors que les choses soient claires, aussi bien pour ceux qui chercheraient spécifiquement cela que pour ceux que ça pourrait retenir de lire Snuff, on est bel et bien dans le milieu du porno, mais ce récit n’est pas pornographique. Inutile d’y rechercher des scènes de sexe explicite façon gros plan sur le gland avant l’éjac faciale. Palahniuk décentre l’action non pas sur la scène des ébats de la star un peu défraîchie et multi-pénétrée, mais dans les coulisses de l’événement. Sur ce qui se passe en backstage, dans la « salle d’attente » ou se massent les candidats donneurs d’orgasmes. Alors certes, le langage est cru, et on parle ouvertement de sexualité dans tout ce qu’elle peut avoir de cash et parfois d’extrême, mais ça n’est pas que ça.

 

Avant tout, Palahniuk s’est fait plaisir dans les dialogues, domaine dans lequel il excelle. Et en ce faisant plaisir, évidemment, il fait plaisir au lecteur aussi. C’est au travers de ces dialogues ciselés, que l’auteur dessine petit à petit des personnages plus complexes qu’on ne pourrait le croire. Ce faisant d’ailleurs, j’irais même jusqu’à dire que l’écrivain se permet d’humaniser le milieu du porno et sort de l’image d’Épinal qu’on peut s’en faire. Ce sont avant tout à des hommes et des femmes qu’on a à faire, pas à des machines qui auraient pour seule fonction de copuler. Mais quand même, on est dans du Palahniuk, donc ne vous attendez surtout pas à du tout propre tout net, nulle trace d’angélisme dans ce récit. Au contraire, ce qui ressort le plus des portraits que dépeint le grand Chuck, c’est la détresse émotionnelle et sentimentale dans laquelle nagent ses héros, et le moins qu’on puisse dire d’eux c’est qu’ils se tirent un peu la bourre dans la course au plus pathétique…

 

Et comme c’est du Palahniuk, au pathétique s’ajoute l’humour. Car c’est rythmé, léger et plutôt drôle à lire sur la forme, même si sur le fond ce qui est en jeu n’est pas forcément très gai.

« Des Jaunes, des Blacks, des latinos. Un mec en chaise roulante. De quoi satisfaire toutes les niches du marché. […] Certains n’ont jamais rien enfilé d’autre que leur poing et ne connaissent Cassie que par les vidéos. Pour eux, c’est de l’ordre de la fidélité. Du nuptial. Pour ces mecs-là, avec leurs petits cadeaux, c’est un peu comme une lune de miel. Ils vont pouvoir consommer. »

 

Cet humour trash, on le retrouve pleinement grâce à une traduction au poil de Claro (qui excusez du peu, est aussi celui qui vient tout récemment de signer la traduction du dernier pavé de Alan Moore, Jerusalem). L’énumération de quelques titres de films de boules inventés pour l’occasion est savoureuse et permet de se marrer de manière certes un peu lourdingue mais on s’en fout parce que ça fait du bien par les temps qui courent. Et puis mine de rien, certains jeux de mots et références sont quand même bien trouvés4, et plus finauds qu’il n’y paraît. Je rends hommage donc au talent de Claro !

 

Toutefois, pour être parfaitement honnête, moi qui ai vu plusieurs fois le film Fight Club sans jamais avoir ouvert une seule fois le roman d’origine (shame on me !!), je vais tout de même me permettre de comparer Snuff avec l’œuvre qui demeure la plus connue de Palahniuk. Je sais, ça ne se fait pas et je suis mal placé, mais tant pis, je le fais quand même. Il est assez évident qu’avec Snuff, on ne navigue pas dans les mêmes eaux que Fight Club. C’est beaucoup plus léger, et bien moins ambitieux, je crois que c’est indéniable. L’intrigue peut paraître bien plus mince et les personnages bien moins développés. Mais ne vous y trompez pas pour autant, l’intrigue s’avère plus maligne que prévu, et les personnages recèlent malgré tout quelques surprises. Il y a entre autre un twist sur la fin, que personnellement je n’avais pas vu venir et que j’ai donc trouvé tout à fait réussi. Pas renversant comme a pu l’être la découverte de la véritable identité de Tyler Durden, mais suffisamment bien fichu pour surprendre. Je pense que Snuff, s’il ne paye pas de mine comme ça à première vue, en a plus sous le capot qu’on peut le croire.

 

Alors si le langage avec 0 % d’édulcorant ne vous fait pas peur, si parler de cul, de bites et de DP5 ouvertement ne vous met pas plus mal à l’aise que ça7, que vous aimez le style direct et un peu provocateur de Palahniuk et que vous avez deux ou trois heures devant vous, ce livre est fait pour vous. Maintenant soyons objectifs, Snuff n’est pas non plus un incontournable du genre, juste une agréable lecture, décomplexée et sans grandes ambitions littéraires.

Je le déconseille cependant aux électeurs ou simples sympathisants de Christine Boutin. Ne risquez pas l’AVC pour si peu, ce serait ballot.

1 un big-gang-bang en quelque sorte. L’Origine du Monde, l’origine de l’univers, tout ça tout ça...

2 ou zizis, comme vous préférez.

3 je vous laisse le soin de faire vos propres recherches si vous souhaitez approfondir plus avant ces références hautement cul-turelles.

4 Moby Nique, Ma Suceuse bien-aimée, Quatre garçons dans le cul, Tant qu’il y aura des zobs, etc...

5 double-péné6

6 non, rien à voir avec les pâtes.

7 bref si vous n’êtes pas coincé du luc !

 

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2 août 2019 5 02 /08 /août /2019 22:46

Bon, on ne va pas se mentir : Sting c’est un monument vivant de la musique Pop-Rock. On n’est pas obligé d’aimer certes, mais on ne peut pas nier l’importance du bonhomme dans son domaine. Moi ça tombe bien, parce qu’en plus je suis fan de sa musique. Depuis la toute première fois que j’avais pu le voir sur scène (c’était en 2012 et j’en avais déjà parlé ici), j’ai eu plusieurs fois l’occasion de le revoir, et pas plus tard qu’il y a deux étés, déjà à la Foire aux Vins de Colmar. Mais qu’importe, quand Sting passe pas très loin de chez soi, ce serait dommage de ne pas aller l’applaudir.

 

Donc ce jeudi 1er août, sorti du boulot j’ai filé récupérer ma petite sœur, et direction l’arène en plein air de Colmar. J’avais eu un peu peur que le concert soit annulé, Sting n’avait en effet pas pu assurer plusieurs de ses concerts au cours du mois de juillet, il a eu un problème de gorge, une infection. D’ailleurs lors de la première chanson du concert, car une fois n’est pas coutume il a entamé la soirée par Roxanne, classique parmi les classiques qu’il réserve habituellement pour la fin ou au moins la seconde partie de ses concerts, quand les spectateurs sont déjà bien « chauds », dès la première chanson disais-je donc, je me suis dit que peut-être il ne s’était pas encore totalement remis vocalement. Car il nous l’a faite en quasi-acoustique, guitare à la main assis seul, en tête-à-tête avec le public, sur un ton très doux, calme, intime. En fait, dès la seconde chanson, Message in a Bottle, j’ai compris mon erreur d’appréciation*. Sting, s’il a été malade il y a peu, n’en a rien laissé paraître, bien au contraire : envolé le mal de gorge, il a donné de la voix et de quelle manière !!

Sting en jaune ...

Autre satisfaction, qui plus est quelque peu inattendue celle-ci : pour une fois à la Foire aux Vins, la qualité sonore ne laisse pas trop à désirer. La qualité du son est un des soucis récurrents de ce festival d’été, depuis bien longtemps. Mais pas lors de ce concert, force est de le reconnaître. C’est simple : je n’ai pas eu besoin de mettre mes bouchons d’oreilles ! C’est de plus en plus rare en concert, et ça ne m’était presque jamais arrivé à la Foire aux Vins. Entendons-nous bien, la qualité n’était pas démentielle non plus, mais c’était très acceptable, et c’est suffisamment rare pour le noter,

 

Au bout de quatre titres, il avait déjà joué quatre tubes planétaires. Parce que oui, cette tournée avait tout d’une tournée best-of : elle suit la sortie de son dernier album studio, intitulé My Songs, et qui reprend justement dans des versions réactualisées, toutes ses plus grandes chansons.

Et ce fut bien le cas, Sting a enchaîné les tubes, pour le plus grand bonheur des spectateurs qui ont répondu présent (la salle était sold-out, 10 000 fans avaient fait le déplacement) et ont eux aussi bien donné de la voix, reprenant en chœur les refrains avec le chanteur.

... et Sting en bleu !

Tout y est passé, du plus ancien avec les morceaux phares de Police (So Lonely ou encore Walking on the Moon par exemple), jusqu’au plus récent avec la chanson co-écrite avec le jamaïcain Shaggy du précédent album, en passant par les ultra-classiques du répertoire solo de Sting, tels que Russians, Fields of Gold, If I Ever Lose My Faith in You, Fragile ou Englisman in New-York entre autres…

Et puis mon titre préféré entre tous, qu’il place à chaque concert pour mon plus grand plaisir, Every Breath You Take qui date quand même de 1983 et est un des plus gros succès du groupe Police.

 

Sting a chanté 1h30 environ, ce qui peut paraître court (surtout si on compare à d’autres marathoniens de la scène tels que Bruce Springsteen), mais son concert a été juste énorme. Malgré ses bientôt 68 ans, Sting continue à mettre le feu sur scène, et prouve concert après concert, année après année, à quel point son talent est immense, et sa personnalité hors du commun. Car parmi toutes ses qualités, évidemment musicales mais aussi humaines, il a ce truc en plus et qui fait toute la différence : la classe.

 

Sting c’est la grande classe, tout simplement.

 

PS : encore et toujours un grand merci à ma petite sœur pour ses photos !

 

* pour avoir eu le bonheur de le voir déjà 5 ou 6 fois à présent, j’aurais dû savoir qu’à chaque tournée Sting aime à réarranger, réorchestrer, réinterpréter ses chansons, et c’est particulièrement vrai pour Roxanne que je ne l’ai jamais vu chanter deux fois de la même manière sur scène (depuis la version classique, jusqu’à celle très jazzy de son concert All This Time, en passant par des versions plus rock, par l’arrangement spécial orchestre symphonique ou même carrément la version aux couleurs reggae, Roxanne a connu bien des tonalités différentes sur ses accords).

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24 juillet 2019 3 24 /07 /juillet /2019 12:50

Et un bouquin sur les zombies de plus, un !

Oui mais pas n’importe lequel. Celui-ci a un auteur français pour commencer, et pas n’importe qui : Pit Agarmen. Qui ça ? Ah oui pardon, prenez Pit Agarmen, secouez-le bien, mélangez un poil et démoulez, vous obtiendrez son vrai nom d’auteur : Martin Page. Tiens c’est intéressant ça, un écrivain de littérature blanche qui se lance dans une histoire de zombies ? Je demande à voir…

 

Et j’ai vu. Enfin lu. Oui c’est important de préciser, car on pourrait se contenter de le voir aussi, étant donné qu’il en existe une adaptation au cinéma sortie en 2018 et qui, me semble-t-il, a connu un petit succès d’estime auprès des amateurs du genre (perso je ne l’ai pas encore vu ce film).

 

Donc j’ai lu. Et c’est pas mal du tout.

 

On suit dans ce roman Antoine Verney, un jeune auteur de romans à l’eau de rose, assez asocial comme garçon, qui a toujours été à la marge de la société. Au cours d’une soirée bobo parisienne, Antoine décide de cuver son vin à l’écart de la fête qui bat son plein dans un appartement de Pigalle. Quand il se réveille le lendemain tout a changé. Les zombies ont envahi le quartier, la ville, le monde. Antoine va se terrer dans cet appartement et apprendre à survivre avec les moyens du bord. Finalement, pour un solitaire dans l’âme comme lui, le défi paraît presque enthousiasmant ! Le tout, c’est de tenir sur la durée…

 

Bon, je fais volontairement court pour le résumé, car le roman lui-même est court d’une part, et que par ailleurs le canevas de départ est finalement assez classique. Comme souvent dans les histoires de zombies, ce qui compte ce ne sont pas les zombies, mais la survie de ceux qui restent vivants. C’est justement l’approche de ce nouveau quotidien, les contraintes que cette nouvelle vie va imposer au héros mais aussi une certaine forme de liberté que la situation va lui apporter, qui sont intéressants à suivre. L’écriture est directe, sans fioritures, incisive. Les chapitres sont courts et la lecture s’en trouve rapide. On sent d’ailleurs, même sans connaître l’identité réelle de l’auteur (comme c’était mon cas à la lecture) qu’on a à faire à un récit et un style qui ne suivent pas les règles, situés quelque part à mi-chemin entre littérature de genre et littérature blanche. Je dois dire que ce n’était pas désagréable du tout à lire, et changeait plaisamment de ce qu’on a l’habitude de lire (ou voir) quand il s’agit d’une histoire de zombies.

 

Pour ce qui est de la situation, on ne peut pas s’empêcher de penser à Robert Neville, le héros de Je suis une légende, le roman culte de Richard Matheson. Ajoutez-y une pincée de Robinson Crusoé teinté du héros de Seul au monde (le film avec Tom Hanks), et évidemment pour l’ambiance un arrière goût de 28 jours plus tard ou de manière plus lointaine The Walking Dead, remettez par-dessus tout ça une bonne dose de jugeote et de réflexion sur soi-même et sur le monde, et vous obtiendrez donc La nuit a dévoré le monde. On a fait pire comme références.

 

Si le ton n’est pas aussi noir et désespéré que dans La Route par exemple, le héros (qui finalement est loin d’être un héros dans le sens « être exceptionnel » du terme) a quand même à faire à quelques pensées bien sombres et pessimistes au cours du récit. Et on sentira également derrière tout ça, au-delà de la pure introspection du personnage, quelques pics et réflexions à connotations écologiques poindre le bout de leurs idées (Martin Page est un auteur engagé écologiquement, végane et animaliste entre autres).

 

Pour résumer, je dirais que ce roman qui se lit très vite (car il est court mais aussi parce qu’il est écrit avec talent et donne envie page après page de découvrir la suite) devrait parvenir à plaire aux deux types de lecteurs : ceux qui apprécient les histoires de zombies comme ceux qui n’en raffolent pas ! Ce qui n’est pas une mince réussite à mon sens. Sans être un livre inoubliable, il permettra à chacun de passer un très bon moment de lecture, je recommande donc !

 

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17 juillet 2019 3 17 /07 /juillet /2019 13:35

C’était mercredi 10 juillet que le Kenny Wayne Shepherd Band posait ses guitares au Kaufleuten, haut-lieu culturel de la ville de Zürich… et ça va de soi, quand j’ai appris leur venue il y a quelques mois je n’ai pas hésité une seconde à prendre des billets !

 

À ce moment-là je ne m’étais pas encore totalement remis de leur album Lay It On Down sorti en 2017 et que je me passais régulièrement en boucle depuis. D’ailleurs je l’avais tellement adoré que j’ai commencé à en distribuer à quelques proches en guise de cadeau. Mais comme une bonne nouvelle n’arrive jamais seule, le nouvel album, The Traveler, était programmé pour le 31 mai, ce qui me laissait grosso-modo un petit mois pour me le fournir et l’écouter avant le concert. Et le moins qu’on puisse dire c’est qu’après l’excellent Lay It On Down, Kenny Wayne Shepherd enfonce le clou avec ce nouveau LP tout aussi réussi en entraînant que le précédent. Pas besoin de l’écouter longtemps avant que les morceaux vous restent en tête et que vous vous mettiez à en siffloter l’une ou l’autre mélodie sans vous en rendre compte à tout moment de la journée… C’était de bonne augure pour le concert à venir… Et effectivement, en live quel pied !

Lay It On Down et The Traveler, les deux derniers albums de Kenny Wayne Shepherd Band

Alors pour ceux qui ne connaissent pas, le Kenny Wayne Shepherd Band a ceci de particulier que le groupe porte le nom du leader qui est le guitariste, et non le chanteur. Alors cela dit, Kenny Wayne Shepherd chante aussi quelques morceaux et est en seconde voix sur la plupart des autres titres, mais le lead singer est Noah Hunt, à qui il arrive aussi de gratter un peu la guitare. Bon pour les différencier en revanche ce n’est pas compliqué : le brun c’est Noah, le blond c’est Kenny !

Pour ce qui est du style alors là c’est très simple : on est en plein Blues / Rock. Avec une très grosse tendance à mettre la gratte électrique en avant. En fait en concert, il n’y a pas un seul morceau sans son solo de guitare ! Et faut dire que ce serait dommage de s’en priver tant Kenny Wayne Shepherd est un petit génie de la guitare. Si mélodiquement il s’apparente plus à un Eric Clapton, il n’hésite pas à reprendre du Hendrix tout en se l’appropriant et en l’adaptant à son style propre, ce qui n’est déjà pas une mince affaire. D’ailleurs il a même sa propre ligne de guitares chez Fender, c’est tout dire.

Kenny Wayne Shepherd et sa guitare, seuls au monde...

Selon les morceaux donc, on se retrouve parfois dans une ambiance très Blues (comme avec cette reprise de Neil Young sur le dernier album), presque rétro même, comme on peut parfois basculer dans le Rock pur et dur à grands renforts de farouches riffs de guitare. Pour illustrer la dualité, Kenny Wayne Shepherd cite volontiers parmi ses plus grosses influences aussi bien Stevie Ray Vaughan que Slash ! Bref, on a avec lui un parfait mix entre mélodie et puissance, entre précision et énergie.

 

C’est ce qu’il n’a cessé de démontrer durant tout le concert de Zürich, enchaînant les morceaux avec un sacré rythme, mettant le feu à la salle sans lui laisser le moindre répit entre les chansons. Noah et Kenny se sont partagé le temps de chant de manière presque égale, mais il faut bien dire que sur scène Kenny a ce petit plus de charisme et de présence, grâce à ses prouesses à la guitare entre autre. Noah a pour lui une voix plus puissante et un sacré enthousiasme qui font qu’il parvient malgré tout à exister, et de bien belle manière, face à son génial duettiste. D’ailleurs n’oublions pas que leur plus grand succès, Blue on Black, sorti en 1997 (déjà !!) est chanté par Noah qui lui insuffle une belle énergie.

Kenny Wayne Shepherd et Noah Hunt se complètent sur scène

J’ai vraiment adoré ce concert qui m’a permis de découvrir sur scène le groupe, et je ne saurais assez remercier nos amis suisses-allemands de proposer régulièrement et pas trop loin de chez moi des concerts de musiciens de ce type, et qui font venir sur le vieux continent des groupes de la scène Blues / Rock américaine dont on n’entend que trop peu parler en France à moins de faire le déplacement à Paris de temps en temps…

Si je devais cependant émettre un bémol, j’en aurais deux en fait ! Le premier c’est le volume sonore. J’ai rarement vu plus fort que ce concert, bouchons d’oreilles rigoureusement indispensables. Le second c’est le timing. La précision suisse + un show parfaitement rôdé à l’américaine : début du concert à 20h00 pile, fin du concert à 21h30 pétantes, rappels compris. Il était bien précisé que le concert durerait 1h30, mais je ne pensais pas que c’était à ce point précis !! Le concert était top et la prestation musicale géniale, rien à redire là-dessus, mais franchement on en aurait bien repris une tranche pour la route avant de partir. Bon, faut s’y résoudre, tout le monde n’a pas la résistance d’un Bruce Springsteen sur scène.

 

On est là, parmi les bras levés un peu cachés par Kenny !

Mais peu importe, une chose est sûre, c’est que maintenant que j’ai goûté au Kenny Wayne Shepherd Band en live, j’y retournerai sans hésiter à la moindre occasion !

 

Si vous aimez le Blues, le Rock, la guitare électrique et la bonne zique : essayez, vous m’en direz des nouvelles.

L'affiche du concert

PS : comme d’hab, merci à ma petite sœur pour les photos ;-) (sauf celle depuis la scène, piquée directement sur la page facebook de Kenny Wayne Shepherd...)

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8 juillet 2019 1 08 /07 /juillet /2019 07:07

Attention classique.

L’auteur, Michael Moorcock, est un grand nom de la littérature de genre du XXème siècle. Il est surtout et très largement connu pour sa série de romans mettant en scène Elric, un de ses personnages cultes. Sauf que c’est de la fantasy pure et dure, genre qui ne m’a jamais attiré, et que je n’ai donc pas lu. Mais Moorcock n’a pas fait que ça, loin s’en faut, et il s’est aussi laissé aller à écrire de la SF et du Fantastique sans grand gars balèze qui manie l’épée comme un cure-dent.

 

Il y a donc de cela trop d’années pour que je me le remémore sans me mettre à pleurer à chaudes larmes sur tout ce temps qui a filé à la vitesse de la lumière depuis lors, j’avais lu Voici l’homme de Michael Moorcock, mais dans sa version courte, dans le format nouvelle. C’était dans un compilation de textes de SF dont le thème commun était le voyage à travers le temps. Thème classique mais que j’adore. Ce qui me fascine au-delà de tout, c’est de voir comment les auteurs jouent avec le principe de paradoxe temporel quasiment inévitable dans ce type de récit (un peu moins systématique quand il s’agit de voyage vers le futur, comme dans la fameuse Machine à explorer le temps de H.G. Wells ou encore Le Voyageur imprudent de René Barjavel). Cherry on the cake, le voyage temporel dont il est question ici, va voir comme destination le Moyen-Orient du début de notre ère, au moment où un certain Jésus va se faire tristement connaître en finissant sur une croix devenue le symbole d’une des plus influentes sectes religions des 2000 dernières années… S’il est bien une période et un sujet qui m’intéressent tout particulièrement ce sont ceux-ci, et une histoire qui mette en parallèle les récits religieux et les croyances avec les réalités historiques ne pouvait que m’attirer encore plus.

Combo gagnant donc, du moins pour le fond, avec Voici l’homme, dont je vais quand même vous parler un peu de l’histoire avant de vous dire tout le bien que j’en ai pensé et pourquoi vous devez le lire (ou le relire) si ce n’est déjà fait…

 

Londres, années 60. Karl Glogauer a une vie compliquée. Entendez par là pas très passionnante, et assez triste, pour ne pas dire misérable. D’origine juive, élevé en milieu chrétien, nanti d’une mère tyrannique qui lui aura laissé de belles séquelles, il est du genre paumé dépressif, sentimentalement à la ramasse, sexuellement névrosé et se cherchant entre relations hétéro insipides et homosexualité refoulée. Passionné par Jung mais psychiatre raté, il n’est pas croyant mais est fasciné par le symbole de la croix. Quand l’occasion lui est présentée de servir de cobaye pour une expérience de voyage dans le temps par un inventeur génial et fou de ses connaissances, Karl accepte et choisit sa destination : la Galilée en l’an 28 de notre ère. L’objectif de Karl est de rechercher Jésus et d’assister à sa crucifixion, histoire de savoir une bonne fois pour toutes si ce qui est raconté dans la Bible est vrai ou non. Contre toute attente, le voyage dans le temps va fonctionner, à ceci près que son chronoscape vient se crasher en plein désert palestinien et est définitivement hors d’usage. Karl n’a pas les connaissances scientifiques nécessaires à sa remise en état… Le héros va aller de surprise en surprise, puisqu’il va rencontrer celui qu’il ne tardera pas à identifier comme Jean le Baptiste, chef de la secte des esséniens qui cherchent à soustraire le pays du joug des Romains. Mais quand il lui pose la question au sujet de Jésus le Nazaréen, la réponse de Jean le Baptiste est inattendue : « c’est qui ? » lui répond-il en substance ! La quête de Karl s’annonce plus compliquée qu’il ne l’avait imaginée...

 

J’ai commencé ce papier en qualifiant ce récit de classique, ce qu’il est assurément je pense. Aussi y a-t-il de fortes chances que vous ayez déjà lu ou entendu parler de cette histoire, y compris de son développement et de sa fin. Et bien qu’il soit plus aisé de parler de Voici l’homme et de sa grande richesse thématique en en dévoilant la conclusion, je vais tout de même essayer de ne pas tout raconter ici, pour celles et ceux qui ne connaîtraient pas et voudraient se lancer dans la lecture du roman.

 

Bien que le roman de Moorcock soit par certains aspects ostensiblement ancré dans les années 60 (la remise en cause de l’ordre religieux, les prémisses de la libération sexuelle, le culte autour de Jung) il n’en reste pas moins terriblement moderne à mes yeux sur bien des points.

Par son écriture directe et cash (pour ne pas dire brutale), par le coup de poker qui consiste à mettre en scène en personnage principal un héros qui n’en est pas un du tout, et qu’on aurait plutôt tendance naturellement à ne pas aimer tant il sort du cadre et qu’il semble faible et pitoyable, et par l’audace qui habite l’auteur quand il décide de revisiter et de donner une autre version d’une période charnière de l’Histoire, celle qui va voir la naissance du Christianisme. À sa sortie, ce roman écrit en 1968 a choqué. Il a été ouvertement qualifié de blasphémateur. Évidemment, pour moi qui considère le droit de blasphémer comme un des plus importants garants de la liberté d’expression et de conscience, c’est une motivation supplémentaire à lire ce livre et à le faire connaître plus qu’il ne l’est déjà. Il a choqué car il a donné une autre version des personnages du Nouveau Testament. Même si on n’a pas été très assidu au catéchisme, on a tous en tête les grandes lignes de ce que racontent les Évangiles, la personnalité et la vie de Jésus sont pour ainsi dire présentes telles des images d’Épinal dans la conscience populaire.

 

Or Michael Moorcock va un peu bousculer tout ça. Pardon, dynamiter tout ça. Et ce faisant, il touche directement au sacré, à ce qu’on ne remet pas en cause parce que ce serait mal, parce qu’on nous a toujours dit que ça s’est passé comme ça et qu’on n’a même pas cherché à y réfléchir et à remettre quoi que ce soit en question. La définition même du blasphème : la remise en question du dogme.

Karl Glogauer va, au cours de son aventure, rencontrer plusieurs personnages bibliques, mais ils ne seront pas tous fidèles à l’image classique qu’on a d’eux. Sans vouloir trop en dévoiler, mais pour vous donner une idée plus précise de la relecture proposée par Moorcock, sachez par exemple que Karl va rencontrer Marie*. Mais que la Marie qu’il croise sera plutôt du genre Marie-couche-toi-là que Vierge Marie…

De la même façon, l’écrivain aborde le sujet des miracles (qui parsèment l’existence du Christ) et en donner une interprétation toute personnelle, à base de science et de psychologie, vus avec l’œil d’un homme du XXème siècle. Encore des remises en cause, encore du blasphème…

 

Mais attention cependant, si ce roman est certes provocateur à l’endroit des bigots les plus recroquevillés sur les textes sacrés, s’il foisonne d’humour (parfois noir) dans son approche des personnages bibliques, il n’en reste pas moins un formidable fourmillement d’idées, et possède une vraie profondeur aussi bien sur le plan historique et philosophique que dans la psychologie des personnages et la mise en abyme de l’individu face à l’Histoire. D’ailleurs le seul point de ce récit qui se révèle être de la SF à l’état pur reste le concept de départ, celui du voyage dans le temps. Une fois celui-ci effectué, on est dans un tout autre genre et si je devais le qualifier je parlerais plutôt de sciences humaines que de Science-Fiction.

 

Voici l’homme, ou Ecce Homo pour citer Ponce Pilate** dans le texte (sacré, ça va sans dire), est de ces livres qui font aimer la littérature de genre, qui font réfléchir en se divertissant, qui sous couvert d’humour et de provocation se veulent avant tout malins et plus profonds qu’ils n’en ont l’air.

 

Et comme si le texte ne suffisait pas, la couverture de l’édition L’Atalante qui reprend la toile de Salvatore Dali, Corpus hypercubus, devrait finir de vous convaincre de vous y plonger.

* me reviennent de façon subliminale ces quelques mots, à dire avec la voix de Pierre Bellemare : « Joseph j’ai du retard, je crois bien que tu m’as bombé la galette »…

** « fils de … fils de pute ! » De manière toute aussi subliminale que précédemment.

 

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2 juillet 2019 2 02 /07 /juillet /2019 07:45

Dimanche 23 juin, Steven Van Zandt and the Disciples of Soul ont fait étape à Paris au cours de leur tournée mondiale « Summer of Sorcery Tour ». Le début de l’épisode caniculaire a débuté très exactement à 19h20 ce soir-là. L’heure à laquelle pas moins de quinze musicos sont entrés sur la scène de La Cigale et ont commencé à mettre le feu !

 

Celui qu’on surnomme du haut de ses 5’ 7’’ (1) Little Steven, ou encore Miami Steve, a décidé de repartir en tournée après avoir sorti un nouvel album (Summer of Sorcery), lui qui n’avait plus rien composé pour lui-même depuis 20 ans. Faut dire que ces dernières années il avait été bien occupé avec le E Street Band dont le leader, Bruce Springsteen vient lui aussi de sortir un tout nouvel album2. Little Steven a donc mis à profit son temps libre entre la dernière tournée du Boss en 2017 et celle qui se profile en 2020 pour prendre la route et défendre ses propres morceaux un peu partout autour du monde. Sans Springsteen et le E Street Band mais loin d’être seul pour autant, car comme je le disais en intro, les Disciples of Soul l’entourent, et ils sont 14 en plus de leur leader !

 

D’ailleurs ils étaient presque à l’étroit sur la scène de La Cigale ! Jugez plutôt : un batteur, deux claviers, un percussionniste, une basse3, un guitariste, une section de cinq cuivres (deux trompettes, deux saxos et un trombone) et trois choristes autour de Little Steven ! Pas évident d’organiser les mouvements de tous ces musiciens j’imagine, et pourtant à l’oreille il n’y paraissait rien : un son impeccable (quoique très fort) où chaque instrument était parfaitement à sa place, s’entendait très perceptiblement et enrichissait l’orchestration sans l’alourdir ni lui donner de côté trop brouillon comme on aurait pu le craindre. Ça témoigne du niveau de professionnalisme et de classe de l’ensemble. D’autant que les gus, ça se sent, prennent leur pied sur scène, s’amusent et envoient du bois ! Le percussionniste (Anthony Almonte) entre autres nous a proposé un vrai festival et les cuivres ont animé tout le concert avec une puissance et une clarté époustouflantes ! Et que dire des trois choristes, littéralement hypnotisantes, emmenées par une Jessie Wagner déchaînée4 et ébouriffante (c’est le cas de le dire!!)… elles assuraient à elles seules un spectacle d’une énergie et d’une précision folles !

Little Steven et les trois choristes des Disciples of Soul : Jessica Wagner, Tania Jones et Sara Devine © Elian Poupard

C’est du reste une remarque que je n’ai pas pu m’empêcher de me faire en voyant ces quinze artistes sur scène : voici un groupe à part entière, bien plus qu’un groupe qui accompagnerait une star. Je veux dire par là que bien qu’étant le leader et la tête d’affiche, sur scène Steven Van Zandt ne s’impose pas et ne vole pas la vedette à ceux qui l’accompagnent. Il est là en véritable chef d’orchestre, évidemment c’est sa tête qu’on voit sur les affiches de concert, mais il se fond dans un collectif de qualité. Il est un leader sans être une star. Difficile à expliquer comme ressenti du bonhomme. Pourtant on ne peut pas dire qu’il manque de charisme, loin de là ! Pas pour rien que le gars s’est illustré aussi sur le petit écran dans un des rôles récurrents de mafieux dans Les Sopranos5 (il y joue le personnage de Silvio Dante, conseiller et bras droit de Tony Soprano), et dans le premier rôle de la série Lilyhammer6 (où il incarne Frank Tagliano, parrain de la mafia repenti qui quitte les USA pour venir se terrer et se faire oublier à Lillehammer en Norvège).

Mais sur scène on sent le musicien avant tout, l’amoureux de la musique, le type qui sait de quoi il cause, et qui aime profondément ce qu’il fait.

 

Avec son éternel bandana sur la tête, Little Steven c’est aussi un artiste engagé, et il ne s’est pas fait prier pour donner son point de vue sur certaines questions politiques encore dimanche soir, dénonçant « les faux choix qu’essaient de nous imposer certains leaders » [vous devinerez tout seul qui par exemple] et en anglais dans le texte : « this is bullshit ! », « oui on peut avoir une économie florissante et respecter l’environnement » [vraiment vous ne voyez pas qui pourrait être concerné ?] ou encore « oui on peut être patriote et citoyen du monde » avant d’entamer le morceau I’m a Patriot fort à propos.

 

Je suis allé voir ce concert sur les bons conseils et en compagnie de mon ami Nono, sans connaître ce que Steven Van Zandt faisait comme musique perso en dehors du E Street Band, et j’ai sciemment évité de chercher à en écouter avant, décidant que je découvrirai ça en live. Et je ne le regrette pas une seconde. Du Blues au Rock, de la Pop au Reggae, du Soul au Funk, de tous les sons que nous ont proposés Little Steven and the Disciples of Soul, j’ai beaucoup aimé ce que j’ai entendu et ce que j’ai vu, et bien que la salle fut loin d’être pleine à craquer (le prix des places peut-être ?…) j’ai vraiment adoré l’ambiance festive et survoltée qu’il y a eu pendant près de 2h20, grâce à un groupe absolument fantastique sur scène, une prestation vraiment enthousiasmante et un public totalement conquis et en communion avec le spectacle qu’on lui proposait ce soir-là.

 

Ouais, du vrai bon son.

1 1m70 si vous préférez

2 Western Stars, que je recommande très chaudement !!

3 Note spéciale pour Nathan et Tom (et tous ceux qui comprendront) : le bassiste aurait pu être le papa de A.J. Styles !!

4 et déhanchées !!!

5 que j’ai l’ambition de regarder depuis longtemps sans encore avoir eu le temps de m’y mettre !!!

6 sur un mode plus proche de la comédie, je n’en ai vu que les deux premières saisons, sympathiques mais pas indispensables. À ce propos Bruce Springsteen himself y apparaît dans un épisode de la troisième et dernière saison.

L'affiche du concert

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28 juin 2019 5 28 /06 /juin /2019 09:10

Le vendredi 14 juin, Jean-Louis Aubert faisait une halte dans la rénovée et très accueillante salle Érasme du Palais de la Musique et des Congrès de Strasbourg, pour y présenter son spectacle « Prémixes - En solo ».

 

Ma petite sœur est ce qu’on peut légitimement appeler une fan de l’ex-leader de Téléphone (ou de l’actuel leader des Insus ? Je ne sais pas ce qu’il faut dire en fait !), et ce n’est pas la première fois que sur son invitation je l’accompagne voir Jean-Louis Aubert sur scène. L’artiste est sympathique, son talent ne fait aucun doute et le moins qu’on puisse dire c’est qu’il a un répertoire tellement chargé en tubes et en chansons devenues quasi-intemporelles qu’on ne s’ennuie jamais pendant ses concerts.

 

Cette fois elle m’avait prévenu deux mois à l’avance : « Stéph, le soir du 14 juin tu es pris ! »…

Je l’avoue, de ma propre initiative je n’aurais probablement pas calé la date du passage d’Aubert à Strasbourg sur mon agenda, mais en fait ça fait du bien de se laisser aller à l’improvisation et de se faire embarquer comme ça sans trop réfléchir. Juste rester ouvert pour les bons moments quoi.

Jean-Louis Aubert en solo...

Et justement, c’est exactement ce que Jean-Louis Aubert nous a offert ce soir-là : un excellent moment en sa compagnie.

Oui, lui, tout seul, sur scène. Ce n’est pas la première fois qu’il s’adonne à ce type d’expérience du reste, mais cette fois il avait ajouté une petite variante histoire de ne pas tomber dans la routine des concerts qui se répètent. Il était seul sur scène, mais accompagné de lui-même. Non non, Jean-Louis a encore toute sa tête (enfin je crois !), il n’est pas question ici de dédoublement de personnalité ou de schizophrénie, mais simplement de technologie et d’innovation. Il avait déjà utilisé le principe du loop pour se produire seul sur scène, cette fois il en a élargi le concept. La pédale loop c’est un petit gadget bien pratique qui permet d’enregistrer des boucles de séquences musicales, à l’origine à la guitare et par extension avec n’importe quel instrument, et de les répéter de façon illimitée. Fred Blondin utilise lui aussi* une pédale loop pour s’accompagner lui-même à la gratte électrique après avoir enregistré une boucle avec sa guitare sèche par exemple. Aubert a juste poussé l’idée un chouïa plus loin : sa pédale loop lui sert à enregistrer des boucles, mais cette fois en son et en image ! Cela nécessite un peu de matos : des caméras et de quoi projeter des hologrammes en différents points de la scène. Et paf c’est magique : en quelques secondes on se retrouve avec cinq Jean-Louis Aubert pour le prix d’un sur scène : un au piano, un autre aux percussions, deux supplémentaires à gauche et à droite qui jouent de la guitare, et au centre le vrai, l’original, l’unique qui chante !

... et Jean-Louis Aubert fois cinq !

L’effet rend plutôt pas mal, bien que les séquences de boucles vidéos soient assez courtes et donc un peu répétitives côté gestuelle, n’empêche que le rendu est saisissant et permet à Jean-Louis Aubert de bien s’amuser surtout.

Et quand Jean-Louis s’amuse sur scène, les spectateurs s’amusent aussi, car s’il y a bien une constante avec lui, qu’il soit seul, avec son groupe ou dédoublé à l’infini, c’est qu’Aubert est du genre généreux, infatigable et passionné. La scène c’est son environnement naturel on dirait, il y est bien, il y est chez lui et ça se sent.

 

Alors nous c’est simple, on en a bien profité ! Il a enchaîné les tubes non sans parsemer le spectacle de quelques nouvelles chansons. Le public était plus que partant : je crois que ça s’est levé à partir de quoi ?... la troisième ou quatrième chanson si je me souviens bien. En fait avec Aubert c’est un peu toujours la même chose : il embarque son monde dès le départ et ne le lâche plus jusqu’à la fin du concert. Et Jean-Louis est du genre à faire durer le plaisir : le sien et celui de ses spectateurs ! Alors forcément, quand on ressort d’un de ses concerts, c’est évidemment avec la banane. Il est, et reste malgré les années qui passent, un grand monsieur du pop-rock français. Allez le voir sur scène et vous ne pourrez qu’en revenir convaincus !

(Et merci Marie pour l’invitation et les photos !)

* et même dans mon salon !

Une très belle affiche de tournée !

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17 juin 2019 1 17 /06 /juin /2019 07:58

Alors pour ce livre, c’est très clairement le bandeau rouge de la couverture qui m’a convaincu en une seule formule de me lancer dans sa lecture. « La Vierge m’est apparue le 1er avril 2008. La date était mal choisie. »

Voilà typiquement le genre d’humour sobre, référencé, tout en retenue et pourtant bien balancé qui m’attire et que j’aime.

Et pour le coup je n’ai pas été déçu, puisque cet humour-là, Antoine Sénanque le maîtrise à la perfection. Mais j’y reviendrai, d’abord le pitch.

 

C’est donc un 1er avril que Pierre Mourange, vétérinaire de 51 ans, veuf depuis dix ans, a une apparition de la Vierge. Il est catholique certes, mais pas du tout pratiquant, et encore moins enclin aux bondieuseries. Pourtant c’est arrivé. À lui. C’est un fait, Pierre, plutôt incrédule de nature, ne se pose pourtant pas trop de question sur la véracité de ce qu’il a vu. Non, ce qu’il se demande, c’est « pourquoi moi ? ». Car Marie ne lui a rien dit, elle s’est contentée de lui apparaître... Il s’en ouvre à son frère cardiologue et sa belle-sœur écolo, à son médecin qui persiste à l’appeler « monsieur Morange », à ses amis Tû Minh vétérinaire lui aussi et Félix bistrotier qui ont tous deux l’art et la manière d’asséner leurs pensées avec franchise et sans filtre. Les avis divergent et Pierre reste dans le flou. C’est donc auprès du père Baugin qu’il va chercher de l’aide. À son contact il va également rencontrer Mariette, paroissienne atteinte d’une maladie dégénérative qui pratique une médecine artisanale à l’ancienne et surtout possède un moral à toute épreuve. Pressé de consulter un psychiatre par son frère, c’est dans son cabinet qu’il fera la connaissance de la jeune Mathilde, anorexique de 17 ans avec laquelle il va sympathiser. Enfin, il demande son avis à son père, un vieil historien de 91 ans dans une maison de retraite, qui attend la mort avec lucidité…

 

Voilà, je préfère en rester là et ne pas trop en dévoiler. Salut Marie* est un roman assez court (environ 240 pages) et pourtant Antoine Sénanque y insuffle beaucoup de choses ! De nombreux personnages, tous intéressants et attachants, de nombreux thèmes abordés (le deuil, la mort, la maladie, la solitude, la croyance, la religion, l’amour, l’amitié, le bonheur,…), des situations quelques peu burlesques par moment, le tout saupoudré d’un humour qui fait mouche.

Cet humour donc est particulier, il a une touche tellement personnelle qu’on le reconnaîtrait entre mille… C’est, si je devais le définir, un humour triste ! Non pas entièrement noir, pas plus vraiment cynique, mais décalé dans sa façon de venir se poser sur des événements graves et plutôt sombres au premier degré. C’est un humour empreint de mélancolie. Un peu comme ces fous rires qui peuvent vous emporter dans des moments complètement inappropriés, une réaction involontaire et fermement opposée à la tristesse qui l’engendre… En ce sens cet humour est fin, précis, j’ai envie de dire « classe »… ce qui ne l’empêche pas de viser juste et d’être puissant. On le sent de manière diffuse dans les dialogues, les caractères des personnages, les traits de réflexion inattendus. Cela apaise la lecture qui sinon pourrait se trouver parfois plombée par trop de lourdeur dans l’ambiance et dans les faits relatés. L’humour dans Salut Marie est salvateur et assume un double-rôle : celui de faire rire bien entendu, mais aussi et j’allais dire surtout, de plaquer au récit une forme de douceur mélancolique du meilleur effet.

 

La douceur, c’est très certainement la seconde spécificité que je retiendrai de ce texte. Comme je le disais plus haut, des thèmes parmi les plus durs sont abordés, cependant le ton qui est utilisé pour ce faire est marqué du sceau de la douceur, et c’est à la fois étonnant car inattendu mais aussi vraiment bienvenu. Désamorcer la douleur par la douceur, encore une fois j’ai envie de dire que c’est « classe ». Et surtout ça n’est pas donné à tout le monde d’y parvenir. Antoine Sénanque fait plus qu’y parvenir, il en fait tout simplement le trait caractéristique de son écriture. Chose d’autant plus appréciable que la douceur n’empêche à aucun moment les mots d’être dits avec force, le sens souligné avec puissance, et les situations décrites sans être dénaturées de leur violence ou de leur âpreté.

Beau tour de force d’écriture…

 

Enfin j’ai envie également de parler des personnages, qui parfois en quelques mots, en de courtes et simples phrases descriptives, sont brossés sans être caricaturaux. Une caractérisation très efficace et qui fait quasi instantanément aimer les personnages, aussi bizarres ou originaux puissent-ils être. Dans ce roman, celui qui m’aura le plus plu, étonné et fait rire est indiscutablement l’ami véto de Pierre, Tû Minh. Peu loquace, quand il parle ce n’est pas pour rien dire, il est doté d’un humour pince sans rire et d’une vision de la vie très originale. Dans le milieu vétérinaire, « son traitement par l’acupuncture de l’agitation nocturne du hamster fait autorité ». Et il développe une thèse sur les tendances suicidaires chez les animaux, en particuliers chez les moucherons. Bref, typiquement le genre de perso qui me botte !

 

Et puis pour finir, même s’il ne s’agit que de thèmes abordés par petites touches ci-et-là au cours du roman, j’ai beaucoup aimé et été touché par ce que le héros dit de sa relation débordante d’amour et d’affection avec sa grand-mère d’une part et à sa relation un peu plus sensible et compliquée avec son père. Mais c’est parce que le sujet de la filiation me parle tout particulièrement.

 

Alors en conclusion voici ce que je retiens et ai envie de partager sur Salut Marie d’Antoine Sénanque : c’est drôle, c’est léger et profond à la fois, c’est sensible, c’est concis et fluide, ça se lit avec gourmandise et on est presque déçu d’en arriver déjà à la fin aussi rapidement. Quant à moi ma sentence est claire : je lirai sans aucun doute d’autres textes de cet écrivain.

* selon l’édition vous trouverez ce roman aussi sous le titre Salut Marie ! Avec le « ! » qui change tout !!

 

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10 juin 2019 1 10 /06 /juin /2019 09:11

Après Le Koala Tueur et La Vengeance du Wombat, voici le troisième opus du triptyque de Kenneth Cook consacré à ses rencontres aussi malencontreuses que loufoques avec tout ce que l’Australie peut dispenser de représentants bizarres, animaux comme humains.

 

Comme les précédents tomes, L’Ivresse du Kangourou est un recueil de nouvelles (dans le cas présent quatorze récits différents) qui ont le point commun de narrer les mésaventures de Kenneth Cook à chaque fois parachuté dans un coin perdu de l’Australie.

Vous aurez ainsi l’occasion de croiser au fil des histoires un kangourou qui a pris goût à la bière, et qui connaît des réveils de gueule de bois plutôt mouvementés, une autruche qui voit d’un très mauvais œil qu’on lui subtilise son œuf et qui se lance dans une chasse à l’homme pour le récupérer, un pilote phobique qui voit son cockpit envahi de lézards à collerette, un rat mangeur d’homme bien décidé à rester maître chez lui, un champion de bras de fer fan de blagues carambar, un restaurant panoramique sans fenêtre, un voleur de voiture un peu distrait, un chien sauvage furibard et un chat sauvage encore plus monstrueux, etc, etc, etc.

 

Sans vouloir trop me répéter par rapport aux deux recueils précédents, sachez que la recette reste la même pour ce troisième et dernier volume. Toujours le narrateur malchanceux et un peu loser, toujours des situations improbables (mais qu’il jure pourtant véridiques) et toujours beaucoup d’humour et d’auto-dérision dans le ton du récit.

 

C’est drôle, c’est parfois complètement WTFesque, c’est rythmé et c’est léger. Ça se lit bien et vite, cependant peut-être faut-il veiller à ne pas s’enquiller l’une après l’autre toutes les histoires, et d’autant moins les trois recueils les uns après les autres, histoire d’éviter le phénomène de répétition qui pourrait apparaître à la longue, et conserver ainsi la fraîcheur de chaque histoire. Pour qu’un trop plein ne mène pas à l’indigestion, le mieux est donc d’échelonner sa lecture en plusieurs petites pastilles dans le temps, cela augmentera d’autant le pouvoir comique des nouvelles, et aura certainement beaucoup plus d’effet sur le lecteur qu’une lecture en un bloc.

 

Comme ce troisième volet reste exactement dans la même veine que les deux précédents que j’avais déjà trouvés plutôt réussis, je ne peux que le conseiller également. Ça fait du bien de temps en temps de lire des choses légères, déjantées et un peu foutraques comme celles-ci. Ça déride, ça lave le cerveau de ses mauvaises pensées. Il y a une petite part de moquerie envers le narrateur il ne faut pas s’en cacher, mais comme ce dernier est tout à fait complice et consentant on peut aisément déculpabiliser à ce sujet.

 

Et si une fois qu’on s’est bien délassé les zygomatiques on veut repasser à du plus sombre tout en restant dans la zone de l’outback australien, on pourra toujours s’aventurer dans un autre roman, beaucoup plus noir celui-là, du même auteur, en lisant Cinq matins de trop.

 

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