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Avant de lire les notes que je fais sur les films que je vois et les bd que je lis, sachez que dans mes commentaires il m'arrive parfois de dévoiler les histoires et les intrigues. Ceci dit pour les comics, je n'en parle que quelques mois après leur publication, ce qui laisse le temps de les lire avant de lire mes chroniques.
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24 juillet 2019 3 24 /07 /juillet /2019 12:50

Et un bouquin sur les zombies de plus, un !

Oui mais pas n’importe lequel. Celui-ci a un auteur français pour commencer, et pas n’importe qui : Pit Agarmen. Qui ça ? Ah oui pardon, prenez Pit Agarmen, secouez-le bien, mélangez un poil et démoulez, vous obtiendrez son vrai nom d’auteur : Martin Page. Tiens c’est intéressant ça, un écrivain de littérature blanche qui se lance dans une histoire de zombies ? Je demande à voir…

 

Et j’ai vu. Enfin lu. Oui c’est important de préciser, car on pourrait se contenter de le voir aussi, étant donné qu’il en existe une adaptation au cinéma sortie en 2018 et qui, me semble-t-il, a connu un petit succès d’estime auprès des amateurs du genre (perso je ne l’ai pas encore vu ce film).

 

Donc j’ai lu. Et c’est pas mal du tout.

 

On suit dans ce roman Antoine Verney, un jeune auteur de romans à l’eau de rose, assez asocial comme garçon, qui a toujours été à la marge de la société. Au cours d’une soirée bobo parisienne, Antoine décide de cuver son vin à l’écart de la fête qui bat son plein dans un appartement de Pigalle. Quand il se réveille le lendemain tout a changé. Les zombies ont envahi le quartier, la ville, le monde. Antoine va se terrer dans cet appartement et apprendre à survivre avec les moyens du bord. Finalement, pour un solitaire dans l’âme comme lui, le défi paraît presque enthousiasmant ! Le tout, c’est de tenir sur la durée…

 

Bon, je fais volontairement court pour le résumé, car le roman lui-même est court d’une part, et que par ailleurs le canevas de départ est finalement assez classique. Comme souvent dans les histoires de zombies, ce qui compte ce ne sont pas les zombies, mais la survie de ceux qui restent vivants. C’est justement l’approche de ce nouveau quotidien, les contraintes que cette nouvelle vie va imposer au héros mais aussi une certaine forme de liberté que la situation va lui apporter, qui sont intéressants à suivre. L’écriture est directe, sans fioritures, incisive. Les chapitres sont courts et la lecture s’en trouve rapide. On sent d’ailleurs, même sans connaître l’identité réelle de l’auteur (comme c’était mon cas à la lecture) qu’on a à faire à un récit et un style qui ne suivent pas les règles, situés quelque part à mi-chemin entre littérature de genre et littérature blanche. Je dois dire que ce n’était pas désagréable du tout à lire, et changeait plaisamment de ce qu’on a l’habitude de lire (ou voir) quand il s’agit d’une histoire de zombies.

 

Pour ce qui est de la situation, on ne peut pas s’empêcher de penser à Robert Neville, le héros de Je suis une légende, le roman culte de Richard Matheson. Ajoutez-y une pincée de Robinson Crusoé teinté du héros de Seul au monde (le film avec Tom Hanks), et évidemment pour l’ambiance un arrière goût de 28 jours plus tard ou de manière plus lointaine The Walking Dead, remettez par-dessus tout ça une bonne dose de jugeote et de réflexion sur soi-même et sur le monde, et vous obtiendrez donc La nuit a dévoré le monde. On a fait pire comme références.

 

Si le ton n’est pas aussi noir et désespéré que dans La Route par exemple, le héros (qui finalement est loin d’être un héros dans le sens « être exceptionnel » du terme) a quand même à faire à quelques pensées bien sombres et pessimistes au cours du récit. Et on sentira également derrière tout ça, au-delà de la pure introspection du personnage, quelques pics et réflexions à connotations écologiques poindre le bout de leurs idées (Martin Page est un auteur engagé écologiquement, végane et animaliste entre autres).

 

Pour résumer, je dirais que ce roman qui se lit très vite (car il est court mais aussi parce qu’il est écrit avec talent et donne envie page après page de découvrir la suite) devrait parvenir à plaire aux deux types de lecteurs : ceux qui apprécient les histoires de zombies comme ceux qui n’en raffolent pas ! Ce qui n’est pas une mince réussite à mon sens. Sans être un livre inoubliable, il permettra à chacun de passer un très bon moment de lecture, je recommande donc !

 

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17 juillet 2019 3 17 /07 /juillet /2019 13:35

C’était mercredi 10 juillet que le Kenny Wayne Shepherd Band posait ses guitares au Kaufleuten, haut-lieu culturel de la ville de Zürich… et ça va de soi, quand j’ai appris leur venue il y a quelques mois je n’ai pas hésité une seconde à prendre des billets !

 

À ce moment-là je ne m’étais pas encore totalement remis de leur album Lay It On Down sorti en 2017 et que je me passais régulièrement en boucle depuis. D’ailleurs je l’avais tellement adoré que j’ai commencé à en distribuer à quelques proches en guise de cadeau. Mais comme une bonne nouvelle n’arrive jamais seule, le nouvel album, The Traveler, était programmé pour le 31 mai, ce qui me laissait grosso-modo un petit mois pour me le fournir et l’écouter avant le concert. Et le moins qu’on puisse dire c’est qu’après l’excellent Lay It On Down, Kenny Wayne Shepherd enfonce le clou avec ce nouveau LP tout aussi réussi en entraînant que le précédent. Pas besoin de l’écouter longtemps avant que les morceaux vous restent en tête et que vous vous mettiez à en siffloter l’une ou l’autre mélodie sans vous en rendre compte à tout moment de la journée… C’était de bonne augure pour le concert à venir… Et effectivement, en live quel pied !

Lay It On Down et The Traveler, les deux derniers albums de Kenny Wayne Shepherd Band

Alors pour ceux qui ne connaissent pas, le Kenny Wayne Shepherd Band a ceci de particulier que le groupe porte le nom du leader qui est le guitariste, et non le chanteur. Alors cela dit, Kenny Wayne Shepherd chante aussi quelques morceaux et est en seconde voix sur la plupart des autres titres, mais le lead singer est Noah Hunt, à qui il arrive aussi de gratter un peu la guitare. Bon pour les différencier en revanche ce n’est pas compliqué : le brun c’est Noah, le blond c’est Kenny !

Pour ce qui est du style alors là c’est très simple : on est en plein Blues / Rock. Avec une très grosse tendance à mettre la gratte électrique en avant. En fait en concert, il n’y a pas un seul morceau sans son solo de guitare ! Et faut dire que ce serait dommage de s’en priver tant Kenny Wayne Shepherd est un petit génie de la guitare. Si mélodiquement il s’apparente plus à un Eric Clapton, il n’hésite pas à reprendre du Hendrix tout en se l’appropriant et en l’adaptant à son style propre, ce qui n’est déjà pas une mince affaire. D’ailleurs il a même sa propre ligne de guitares chez Fender, c’est tout dire.

Kenny Wayne Shepherd et sa guitare, seuls au monde...

Selon les morceaux donc, on se retrouve parfois dans une ambiance très Blues (comme avec cette reprise de Neil Young sur le dernier album), presque rétro même, comme on peut parfois basculer dans le Rock pur et dur à grands renforts de farouches riffs de guitare. Pour illustrer la dualité, Kenny Wayne Shepherd cite volontiers parmi ses plus grosses influences aussi bien Stevie Ray Vaughan que Slash ! Bref, on a avec lui un parfait mix entre mélodie et puissance, entre précision et énergie.

 

C’est ce qu’il n’a cessé de démontrer durant tout le concert de Zürich, enchaînant les morceaux avec un sacré rythme, mettant le feu à la salle sans lui laisser le moindre répit entre les chansons. Noah et Kenny se sont partagé le temps de chant de manière presque égale, mais il faut bien dire que sur scène Kenny a ce petit plus de charisme et de présence, grâce à ses prouesses à la guitare entre autre. Noah a pour lui une voix plus puissante et un sacré enthousiasme qui font qu’il parvient malgré tout à exister, et de bien belle manière, face à son génial duettiste. D’ailleurs n’oublions pas que leur plus grand succès, Blue on Black, sorti en 1997 (déjà !!) est chanté par Noah qui lui insuffle une belle énergie.

Kenny Wayne Shepherd et Noah Hunt se complètent sur scène

J’ai vraiment adoré ce concert qui m’a permis de découvrir sur scène le groupe, et je ne saurais assez remercier nos amis suisses-allemands de proposer régulièrement et pas trop loin de chez moi des concerts de musiciens de ce type, et qui font venir sur le vieux continent des groupes de la scène Blues / Rock américaine dont on n’entend que trop peu parler en France à moins de faire le déplacement à Paris de temps en temps…

Si je devais cependant émettre un bémol, j’en aurais deux en fait ! Le premier c’est le volume sonore. J’ai rarement vu plus fort que ce concert, bouchons d’oreilles rigoureusement indispensables. Le second c’est le timing. La précision suisse + un show parfaitement rôdé à l’américaine : début du concert à 20h00 pile, fin du concert à 21h30 pétantes, rappels compris. Il était bien précisé que le concert durerait 1h30, mais je ne pensais pas que c’était à ce point précis !! Le concert était top et la prestation musicale géniale, rien à redire là-dessus, mais franchement on en aurait bien repris une tranche pour la route avant de partir. Bon, faut s’y résoudre, tout le monde n’a pas la résistance d’un Bruce Springsteen sur scène.

 

On est là, parmi les bras levés un peu cachés par Kenny !

Mais peu importe, une chose est sûre, c’est que maintenant que j’ai goûté au Kenny Wayne Shepherd Band en live, j’y retournerai sans hésiter à la moindre occasion !

 

Si vous aimez le Blues, le Rock, la guitare électrique et la bonne zique : essayez, vous m’en direz des nouvelles.

L'affiche du concert

PS : comme d’hab, merci à ma petite sœur pour les photos ;-) (sauf celle depuis la scène, piquée directement sur la page facebook de Kenny Wayne Shepherd...)

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8 juillet 2019 1 08 /07 /juillet /2019 07:07

Attention classique.

L’auteur, Michael Moorcock, est un grand nom de la littérature de genre du XXème siècle. Il est surtout et très largement connu pour sa série de romans mettant en scène Elric, un de ses personnages cultes. Sauf que c’est de la fantasy pure et dure, genre qui ne m’a jamais attiré, et que je n’ai donc pas lu. Mais Moorcock n’a pas fait que ça, loin s’en faut, et il s’est aussi laissé aller à écrire de la SF et du Fantastique sans grand gars balèze qui manie l’épée comme un cure-dent.

 

Il y a donc de cela trop d’années pour que je me le remémore sans me mettre à pleurer à chaudes larmes sur tout ce temps qui a filé à la vitesse de la lumière depuis lors, j’avais lu Voici l’homme de Michael Moorcock, mais dans sa version courte, dans le format nouvelle. C’était dans un compilation de textes de SF dont le thème commun était le voyage à travers le temps. Thème classique mais que j’adore. Ce qui me fascine au-delà de tout, c’est de voir comment les auteurs jouent avec le principe de paradoxe temporel quasiment inévitable dans ce type de récit (un peu moins systématique quand il s’agit de voyage vers le futur, comme dans la fameuse Machine à explorer le temps de H.G. Wells ou encore Le Voyageur imprudent de René Barjavel). Cherry on the cake, le voyage temporel dont il est question ici, va voir comme destination le Moyen-Orient du début de notre ère, au moment où un certain Jésus va se faire tristement connaître en finissant sur une croix devenue le symbole d’une des plus influentes sectes religions des 2000 dernières années… S’il est bien une période et un sujet qui m’intéressent tout particulièrement ce sont ceux-ci, et une histoire qui mette en parallèle les récits religieux et les croyances avec les réalités historiques ne pouvait que m’attirer encore plus.

Combo gagnant donc, du moins pour le fond, avec Voici l’homme, dont je vais quand même vous parler un peu de l’histoire avant de vous dire tout le bien que j’en ai pensé et pourquoi vous devez le lire (ou le relire) si ce n’est déjà fait…

 

Londres, années 60. Karl Glogauer a une vie compliquée. Entendez par là pas très passionnante, et assez triste, pour ne pas dire misérable. D’origine juive, élevé en milieu chrétien, nanti d’une mère tyrannique qui lui aura laissé de belles séquelles, il est du genre paumé dépressif, sentimentalement à la ramasse, sexuellement névrosé et se cherchant entre relations hétéro insipides et homosexualité refoulée. Passionné par Jung mais psychiatre raté, il n’est pas croyant mais est fasciné par le symbole de la croix. Quand l’occasion lui est présentée de servir de cobaye pour une expérience de voyage dans le temps par un inventeur génial et fou de ses connaissances, Karl accepte et choisit sa destination : la Galilée en l’an 28 de notre ère. L’objectif de Karl est de rechercher Jésus et d’assister à sa crucifixion, histoire de savoir une bonne fois pour toutes si ce qui est raconté dans la Bible est vrai ou non. Contre toute attente, le voyage dans le temps va fonctionner, à ceci près que son chronoscape vient se crasher en plein désert palestinien et est définitivement hors d’usage. Karl n’a pas les connaissances scientifiques nécessaires à sa remise en état… Le héros va aller de surprise en surprise, puisqu’il va rencontrer celui qu’il ne tardera pas à identifier comme Jean le Baptiste, chef de la secte des esséniens qui cherchent à soustraire le pays du joug des Romains. Mais quand il lui pose la question au sujet de Jésus le Nazaréen, la réponse de Jean le Baptiste est inattendue : « c’est qui ? » lui répond-il en substance ! La quête de Karl s’annonce plus compliquée qu’il ne l’avait imaginée...

 

J’ai commencé ce papier en qualifiant ce récit de classique, ce qu’il est assurément je pense. Aussi y a-t-il de fortes chances que vous ayez déjà lu ou entendu parler de cette histoire, y compris de son développement et de sa fin. Et bien qu’il soit plus aisé de parler de Voici l’homme et de sa grande richesse thématique en en dévoilant la conclusion, je vais tout de même essayer de ne pas tout raconter ici, pour celles et ceux qui ne connaîtraient pas et voudraient se lancer dans la lecture du roman.

 

Bien que le roman de Moorcock soit par certains aspects ostensiblement ancré dans les années 60 (la remise en cause de l’ordre religieux, les prémisses de la libération sexuelle, le culte autour de Jung) il n’en reste pas moins terriblement moderne à mes yeux sur bien des points.

Par son écriture directe et cash (pour ne pas dire brutale), par le coup de poker qui consiste à mettre en scène en personnage principal un héros qui n’en est pas un du tout, et qu’on aurait plutôt tendance naturellement à ne pas aimer tant il sort du cadre et qu’il semble faible et pitoyable, et par l’audace qui habite l’auteur quand il décide de revisiter et de donner une autre version d’une période charnière de l’Histoire, celle qui va voir la naissance du Christianisme. À sa sortie, ce roman écrit en 1968 a choqué. Il a été ouvertement qualifié de blasphémateur. Évidemment, pour moi qui considère le droit de blasphémer comme un des plus importants garants de la liberté d’expression et de conscience, c’est une motivation supplémentaire à lire ce livre et à le faire connaître plus qu’il ne l’est déjà. Il a choqué car il a donné une autre version des personnages du Nouveau Testament. Même si on n’a pas été très assidu au catéchisme, on a tous en tête les grandes lignes de ce que racontent les Évangiles, la personnalité et la vie de Jésus sont pour ainsi dire présentes telles des images d’Épinal dans la conscience populaire.

 

Or Michael Moorcock va un peu bousculer tout ça. Pardon, dynamiter tout ça. Et ce faisant, il touche directement au sacré, à ce qu’on ne remet pas en cause parce que ce serait mal, parce qu’on nous a toujours dit que ça s’est passé comme ça et qu’on n’a même pas cherché à y réfléchir et à remettre quoi que ce soit en question. La définition même du blasphème : la remise en question du dogme.

Karl Glogauer va, au cours de son aventure, rencontrer plusieurs personnages bibliques, mais ils ne seront pas tous fidèles à l’image classique qu’on a d’eux. Sans vouloir trop en dévoiler, mais pour vous donner une idée plus précise de la relecture proposée par Moorcock, sachez par exemple que Karl va rencontrer Marie*. Mais que la Marie qu’il croise sera plutôt du genre Marie-couche-toi-là que Vierge Marie…

De la même façon, l’écrivain aborde le sujet des miracles (qui parsèment l’existence du Christ) et en donner une interprétation toute personnelle, à base de science et de psychologie, vus avec l’œil d’un homme du XXème siècle. Encore des remises en cause, encore du blasphème…

 

Mais attention cependant, si ce roman est certes provocateur à l’endroit des bigots les plus recroquevillés sur les textes sacrés, s’il foisonne d’humour (parfois noir) dans son approche des personnages bibliques, il n’en reste pas moins un formidable fourmillement d’idées, et possède une vraie profondeur aussi bien sur le plan historique et philosophique que dans la psychologie des personnages et la mise en abyme de l’individu face à l’Histoire. D’ailleurs le seul point de ce récit qui se révèle être de la SF à l’état pur reste le concept de départ, celui du voyage dans le temps. Une fois celui-ci effectué, on est dans un tout autre genre et si je devais le qualifier je parlerais plutôt de sciences humaines que de Science-Fiction.

 

Voici l’homme, ou Ecce Homo pour citer Ponce Pilate** dans le texte (sacré, ça va sans dire), est de ces livres qui font aimer la littérature de genre, qui font réfléchir en se divertissant, qui sous couvert d’humour et de provocation se veulent avant tout malins et plus profonds qu’ils n’en ont l’air.

 

Et comme si le texte ne suffisait pas, la couverture de l’édition L’Atalante qui reprend la toile de Salvatore Dali, Corpus hypercubus, devrait finir de vous convaincre de vous y plonger.

* me reviennent de façon subliminale ces quelques mots, à dire avec la voix de Pierre Bellemare : « Joseph j’ai du retard, je crois bien que tu m’as bombé la galette »…

** « fils de … fils de pute ! » De manière toute aussi subliminale que précédemment.

 

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2 juillet 2019 2 02 /07 /juillet /2019 07:45

Dimanche 23 juin, Steven Van Zandt and the Disciples of Soul ont fait étape à Paris au cours de leur tournée mondiale « Summer of Sorcery Tour ». Le début de l’épisode caniculaire a débuté très exactement à 19h20 ce soir-là. L’heure à laquelle pas moins de quinze musicos sont entrés sur la scène de La Cigale et ont commencé à mettre le feu !

 

Celui qu’on surnomme du haut de ses 5’ 7’’ (1) Little Steven, ou encore Miami Steve, a décidé de repartir en tournée après avoir sorti un nouvel album (Summer of Sorcery), lui qui n’avait plus rien composé pour lui-même depuis 20 ans. Faut dire que ces dernières années il avait été bien occupé avec le E Street Band dont le leader, Bruce Springsteen vient lui aussi de sortir un tout nouvel album2. Little Steven a donc mis à profit son temps libre entre la dernière tournée du Boss en 2017 et celle qui se profile en 2020 pour prendre la route et défendre ses propres morceaux un peu partout autour du monde. Sans Springsteen et le E Street Band mais loin d’être seul pour autant, car comme je le disais en intro, les Disciples of Soul l’entourent, et ils sont 14 en plus de leur leader !

 

D’ailleurs ils étaient presque à l’étroit sur la scène de La Cigale ! Jugez plutôt : un batteur, deux claviers, un percussionniste, une basse3, un guitariste, une section de cinq cuivres (deux trompettes, deux saxos et un trombone) et trois choristes autour de Little Steven ! Pas évident d’organiser les mouvements de tous ces musiciens j’imagine, et pourtant à l’oreille il n’y paraissait rien : un son impeccable (quoique très fort) où chaque instrument était parfaitement à sa place, s’entendait très perceptiblement et enrichissait l’orchestration sans l’alourdir ni lui donner de côté trop brouillon comme on aurait pu le craindre. Ça témoigne du niveau de professionnalisme et de classe de l’ensemble. D’autant que les gus, ça se sent, prennent leur pied sur scène, s’amusent et envoient du bois ! Le percussionniste (Anthony Almonte) entre autres nous a proposé un vrai festival et les cuivres ont animé tout le concert avec une puissance et une clarté époustouflantes ! Et que dire des trois choristes, littéralement hypnotisantes, emmenées par une Jessie Wagner déchaînée4 et ébouriffante (c’est le cas de le dire!!)… elles assuraient à elles seules un spectacle d’une énergie et d’une précision folles !

Little Steven et les trois choristes des Disciples of Soul : Jessica Wagner, Tania Jones et Sara Devine © Elian Poupard

C’est du reste une remarque que je n’ai pas pu m’empêcher de me faire en voyant ces quinze artistes sur scène : voici un groupe à part entière, bien plus qu’un groupe qui accompagnerait une star. Je veux dire par là que bien qu’étant le leader et la tête d’affiche, sur scène Steven Van Zandt ne s’impose pas et ne vole pas la vedette à ceux qui l’accompagnent. Il est là en véritable chef d’orchestre, évidemment c’est sa tête qu’on voit sur les affiches de concert, mais il se fond dans un collectif de qualité. Il est un leader sans être une star. Difficile à expliquer comme ressenti du bonhomme. Pourtant on ne peut pas dire qu’il manque de charisme, loin de là ! Pas pour rien que le gars s’est illustré aussi sur le petit écran dans un des rôles récurrents de mafieux dans Les Sopranos5 (il y joue le personnage de Silvio Dante, conseiller et bras droit de Tony Soprano), et dans le premier rôle de la série Lilyhammer6 (où il incarne Frank Tagliano, parrain de la mafia repenti qui quitte les USA pour venir se terrer et se faire oublier à Lillehammer en Norvège).

Mais sur scène on sent le musicien avant tout, l’amoureux de la musique, le type qui sait de quoi il cause, et qui aime profondément ce qu’il fait.

 

Avec son éternel bandana sur la tête, Little Steven c’est aussi un artiste engagé, et il ne s’est pas fait prier pour donner son point de vue sur certaines questions politiques encore dimanche soir, dénonçant « les faux choix qu’essaient de nous imposer certains leaders » [vous devinerez tout seul qui par exemple] et en anglais dans le texte : « this is bullshit ! », « oui on peut avoir une économie florissante et respecter l’environnement » [vraiment vous ne voyez pas qui pourrait être concerné ?] ou encore « oui on peut être patriote et citoyen du monde » avant d’entamer le morceau I’m a Patriot fort à propos.

 

Je suis allé voir ce concert sur les bons conseils et en compagnie de mon ami Nono, sans connaître ce que Steven Van Zandt faisait comme musique perso en dehors du E Street Band, et j’ai sciemment évité de chercher à en écouter avant, décidant que je découvrirai ça en live. Et je ne le regrette pas une seconde. Du Blues au Rock, de la Pop au Reggae, du Soul au Funk, de tous les sons que nous ont proposés Little Steven and the Disciples of Soul, j’ai beaucoup aimé ce que j’ai entendu et ce que j’ai vu, et bien que la salle fut loin d’être pleine à craquer (le prix des places peut-être ?…) j’ai vraiment adoré l’ambiance festive et survoltée qu’il y a eu pendant près de 2h20, grâce à un groupe absolument fantastique sur scène, une prestation vraiment enthousiasmante et un public totalement conquis et en communion avec le spectacle qu’on lui proposait ce soir-là.

 

Ouais, du vrai bon son.

1 1m70 si vous préférez

2 Western Stars, que je recommande très chaudement !!

3 Note spéciale pour Nathan et Tom (et tous ceux qui comprendront) : le bassiste aurait pu être le papa de A.J. Styles !!

4 et déhanchées !!!

5 que j’ai l’ambition de regarder depuis longtemps sans encore avoir eu le temps de m’y mettre !!!

6 sur un mode plus proche de la comédie, je n’en ai vu que les deux premières saisons, sympathiques mais pas indispensables. À ce propos Bruce Springsteen himself y apparaît dans un épisode de la troisième et dernière saison.

L'affiche du concert

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28 juin 2019 5 28 /06 /juin /2019 09:10

Le vendredi 14 juin, Jean-Louis Aubert faisait une halte dans la rénovée et très accueillante salle Érasme du Palais de la Musique et des Congrès de Strasbourg, pour y présenter son spectacle « Prémixes - En solo ».

 

Ma petite sœur est ce qu’on peut légitimement appeler une fan de l’ex-leader de Téléphone (ou de l’actuel leader des Insus ? Je ne sais pas ce qu’il faut dire en fait !), et ce n’est pas la première fois que sur son invitation je l’accompagne voir Jean-Louis Aubert sur scène. L’artiste est sympathique, son talent ne fait aucun doute et le moins qu’on puisse dire c’est qu’il a un répertoire tellement chargé en tubes et en chansons devenues quasi-intemporelles qu’on ne s’ennuie jamais pendant ses concerts.

 

Cette fois elle m’avait prévenu deux mois à l’avance : « Stéph, le soir du 14 juin tu es pris ! »…

Je l’avoue, de ma propre initiative je n’aurais probablement pas calé la date du passage d’Aubert à Strasbourg sur mon agenda, mais en fait ça fait du bien de se laisser aller à l’improvisation et de se faire embarquer comme ça sans trop réfléchir. Juste rester ouvert pour les bons moments quoi.

Jean-Louis Aubert en solo...

Et justement, c’est exactement ce que Jean-Louis Aubert nous a offert ce soir-là : un excellent moment en sa compagnie.

Oui, lui, tout seul, sur scène. Ce n’est pas la première fois qu’il s’adonne à ce type d’expérience du reste, mais cette fois il avait ajouté une petite variante histoire de ne pas tomber dans la routine des concerts qui se répètent. Il était seul sur scène, mais accompagné de lui-même. Non non, Jean-Louis a encore toute sa tête (enfin je crois !), il n’est pas question ici de dédoublement de personnalité ou de schizophrénie, mais simplement de technologie et d’innovation. Il avait déjà utilisé le principe du loop pour se produire seul sur scène, cette fois il en a élargi le concept. La pédale loop c’est un petit gadget bien pratique qui permet d’enregistrer des boucles de séquences musicales, à l’origine à la guitare et par extension avec n’importe quel instrument, et de les répéter de façon illimitée. Fred Blondin utilise lui aussi* une pédale loop pour s’accompagner lui-même à la gratte électrique après avoir enregistré une boucle avec sa guitare sèche par exemple. Aubert a juste poussé l’idée un chouïa plus loin : sa pédale loop lui sert à enregistrer des boucles, mais cette fois en son et en image ! Cela nécessite un peu de matos : des caméras et de quoi projeter des hologrammes en différents points de la scène. Et paf c’est magique : en quelques secondes on se retrouve avec cinq Jean-Louis Aubert pour le prix d’un sur scène : un au piano, un autre aux percussions, deux supplémentaires à gauche et à droite qui jouent de la guitare, et au centre le vrai, l’original, l’unique qui chante !

... et Jean-Louis Aubert fois cinq !

L’effet rend plutôt pas mal, bien que les séquences de boucles vidéos soient assez courtes et donc un peu répétitives côté gestuelle, n’empêche que le rendu est saisissant et permet à Jean-Louis Aubert de bien s’amuser surtout.

Et quand Jean-Louis s’amuse sur scène, les spectateurs s’amusent aussi, car s’il y a bien une constante avec lui, qu’il soit seul, avec son groupe ou dédoublé à l’infini, c’est qu’Aubert est du genre généreux, infatigable et passionné. La scène c’est son environnement naturel on dirait, il y est bien, il y est chez lui et ça se sent.

 

Alors nous c’est simple, on en a bien profité ! Il a enchaîné les tubes non sans parsemer le spectacle de quelques nouvelles chansons. Le public était plus que partant : je crois que ça s’est levé à partir de quoi ?... la troisième ou quatrième chanson si je me souviens bien. En fait avec Aubert c’est un peu toujours la même chose : il embarque son monde dès le départ et ne le lâche plus jusqu’à la fin du concert. Et Jean-Louis est du genre à faire durer le plaisir : le sien et celui de ses spectateurs ! Alors forcément, quand on ressort d’un de ses concerts, c’est évidemment avec la banane. Il est, et reste malgré les années qui passent, un grand monsieur du pop-rock français. Allez le voir sur scène et vous ne pourrez qu’en revenir convaincus !

(Et merci Marie pour l’invitation et les photos !)

* et même dans mon salon !

Une très belle affiche de tournée !

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17 juin 2019 1 17 /06 /juin /2019 07:58

Alors pour ce livre, c’est très clairement le bandeau rouge de la couverture qui m’a convaincu en une seule formule de me lancer dans sa lecture. « La Vierge m’est apparue le 1er avril 2008. La date était mal choisie. »

Voilà typiquement le genre d’humour sobre, référencé, tout en retenue et pourtant bien balancé qui m’attire et que j’aime.

Et pour le coup je n’ai pas été déçu, puisque cet humour-là, Antoine Sénanque le maîtrise à la perfection. Mais j’y reviendrai, d’abord le pitch.

 

C’est donc un 1er avril que Pierre Mourange, vétérinaire de 51 ans, veuf depuis dix ans, a une apparition de la Vierge. Il est catholique certes, mais pas du tout pratiquant, et encore moins enclin aux bondieuseries. Pourtant c’est arrivé. À lui. C’est un fait, Pierre, plutôt incrédule de nature, ne se pose pourtant pas trop de question sur la véracité de ce qu’il a vu. Non, ce qu’il se demande, c’est « pourquoi moi ? ». Car Marie ne lui a rien dit, elle s’est contentée de lui apparaître... Il s’en ouvre à son frère cardiologue et sa belle-sœur écolo, à son médecin qui persiste à l’appeler « monsieur Morange », à ses amis Tû Minh vétérinaire lui aussi et Félix bistrotier qui ont tous deux l’art et la manière d’asséner leurs pensées avec franchise et sans filtre. Les avis divergent et Pierre reste dans le flou. C’est donc auprès du père Baugin qu’il va chercher de l’aide. À son contact il va également rencontrer Mariette, paroissienne atteinte d’une maladie dégénérative qui pratique une médecine artisanale à l’ancienne et surtout possède un moral à toute épreuve. Pressé de consulter un psychiatre par son frère, c’est dans son cabinet qu’il fera la connaissance de la jeune Mathilde, anorexique de 17 ans avec laquelle il va sympathiser. Enfin, il demande son avis à son père, un vieil historien de 91 ans dans une maison de retraite, qui attend la mort avec lucidité…

 

Voilà, je préfère en rester là et ne pas trop en dévoiler. Salut Marie* est un roman assez court (environ 240 pages) et pourtant Antoine Sénanque y insuffle beaucoup de choses ! De nombreux personnages, tous intéressants et attachants, de nombreux thèmes abordés (le deuil, la mort, la maladie, la solitude, la croyance, la religion, l’amour, l’amitié, le bonheur,…), des situations quelques peu burlesques par moment, le tout saupoudré d’un humour qui fait mouche.

Cet humour donc est particulier, il a une touche tellement personnelle qu’on le reconnaîtrait entre mille… C’est, si je devais le définir, un humour triste ! Non pas entièrement noir, pas plus vraiment cynique, mais décalé dans sa façon de venir se poser sur des événements graves et plutôt sombres au premier degré. C’est un humour empreint de mélancolie. Un peu comme ces fous rires qui peuvent vous emporter dans des moments complètement inappropriés, une réaction involontaire et fermement opposée à la tristesse qui l’engendre… En ce sens cet humour est fin, précis, j’ai envie de dire « classe »… ce qui ne l’empêche pas de viser juste et d’être puissant. On le sent de manière diffuse dans les dialogues, les caractères des personnages, les traits de réflexion inattendus. Cela apaise la lecture qui sinon pourrait se trouver parfois plombée par trop de lourdeur dans l’ambiance et dans les faits relatés. L’humour dans Salut Marie est salvateur et assume un double-rôle : celui de faire rire bien entendu, mais aussi et j’allais dire surtout, de plaquer au récit une forme de douceur mélancolique du meilleur effet.

 

La douceur, c’est très certainement la seconde spécificité que je retiendrai de ce texte. Comme je le disais plus haut, des thèmes parmi les plus durs sont abordés, cependant le ton qui est utilisé pour ce faire est marqué du sceau de la douceur, et c’est à la fois étonnant car inattendu mais aussi vraiment bienvenu. Désamorcer la douleur par la douceur, encore une fois j’ai envie de dire que c’est « classe ». Et surtout ça n’est pas donné à tout le monde d’y parvenir. Antoine Sénanque fait plus qu’y parvenir, il en fait tout simplement le trait caractéristique de son écriture. Chose d’autant plus appréciable que la douceur n’empêche à aucun moment les mots d’être dits avec force, le sens souligné avec puissance, et les situations décrites sans être dénaturées de leur violence ou de leur âpreté.

Beau tour de force d’écriture…

 

Enfin j’ai envie également de parler des personnages, qui parfois en quelques mots, en de courtes et simples phrases descriptives, sont brossés sans être caricaturaux. Une caractérisation très efficace et qui fait quasi instantanément aimer les personnages, aussi bizarres ou originaux puissent-ils être. Dans ce roman, celui qui m’aura le plus plu, étonné et fait rire est indiscutablement l’ami véto de Pierre, Tû Minh. Peu loquace, quand il parle ce n’est pas pour rien dire, il est doté d’un humour pince sans rire et d’une vision de la vie très originale. Dans le milieu vétérinaire, « son traitement par l’acupuncture de l’agitation nocturne du hamster fait autorité ». Et il développe une thèse sur les tendances suicidaires chez les animaux, en particuliers chez les moucherons. Bref, typiquement le genre de perso qui me botte !

 

Et puis pour finir, même s’il ne s’agit que de thèmes abordés par petites touches ci-et-là au cours du roman, j’ai beaucoup aimé et été touché par ce que le héros dit de sa relation débordante d’amour et d’affection avec sa grand-mère d’une part et à sa relation un peu plus sensible et compliquée avec son père. Mais c’est parce que le sujet de la filiation me parle tout particulièrement.

 

Alors en conclusion voici ce que je retiens et ai envie de partager sur Salut Marie d’Antoine Sénanque : c’est drôle, c’est léger et profond à la fois, c’est sensible, c’est concis et fluide, ça se lit avec gourmandise et on est presque déçu d’en arriver déjà à la fin aussi rapidement. Quant à moi ma sentence est claire : je lirai sans aucun doute d’autres textes de cet écrivain.

* selon l’édition vous trouverez ce roman aussi sous le titre Salut Marie ! Avec le « ! » qui change tout !!

 

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10 juin 2019 1 10 /06 /juin /2019 09:11

Après Le Koala Tueur et La Vengeance du Wombat, voici le troisième opus du triptyque de Kenneth Cook consacré à ses rencontres aussi malencontreuses que loufoques avec tout ce que l’Australie peut dispenser de représentants bizarres, animaux comme humains.

 

Comme les précédents tomes, L’Ivresse du Kangourou est un recueil de nouvelles (dans le cas présent quatorze récits différents) qui ont le point commun de narrer les mésaventures de Kenneth Cook à chaque fois parachuté dans un coin perdu de l’Australie.

Vous aurez ainsi l’occasion de croiser au fil des histoires un kangourou qui a pris goût à la bière, et qui connaît des réveils de gueule de bois plutôt mouvementés, une autruche qui voit d’un très mauvais œil qu’on lui subtilise son œuf et qui se lance dans une chasse à l’homme pour le récupérer, un pilote phobique qui voit son cockpit envahi de lézards à collerette, un rat mangeur d’homme bien décidé à rester maître chez lui, un champion de bras de fer fan de blagues carambar, un restaurant panoramique sans fenêtre, un voleur de voiture un peu distrait, un chien sauvage furibard et un chat sauvage encore plus monstrueux, etc, etc, etc.

 

Sans vouloir trop me répéter par rapport aux deux recueils précédents, sachez que la recette reste la même pour ce troisième et dernier volume. Toujours le narrateur malchanceux et un peu loser, toujours des situations improbables (mais qu’il jure pourtant véridiques) et toujours beaucoup d’humour et d’auto-dérision dans le ton du récit.

 

C’est drôle, c’est parfois complètement WTFesque, c’est rythmé et c’est léger. Ça se lit bien et vite, cependant peut-être faut-il veiller à ne pas s’enquiller l’une après l’autre toutes les histoires, et d’autant moins les trois recueils les uns après les autres, histoire d’éviter le phénomène de répétition qui pourrait apparaître à la longue, et conserver ainsi la fraîcheur de chaque histoire. Pour qu’un trop plein ne mène pas à l’indigestion, le mieux est donc d’échelonner sa lecture en plusieurs petites pastilles dans le temps, cela augmentera d’autant le pouvoir comique des nouvelles, et aura certainement beaucoup plus d’effet sur le lecteur qu’une lecture en un bloc.

 

Comme ce troisième volet reste exactement dans la même veine que les deux précédents que j’avais déjà trouvés plutôt réussis, je ne peux que le conseiller également. Ça fait du bien de temps en temps de lire des choses légères, déjantées et un peu foutraques comme celles-ci. Ça déride, ça lave le cerveau de ses mauvaises pensées. Il y a une petite part de moquerie envers le narrateur il ne faut pas s’en cacher, mais comme ce dernier est tout à fait complice et consentant on peut aisément déculpabiliser à ce sujet.

 

Et si une fois qu’on s’est bien délassé les zygomatiques on veut repasser à du plus sombre tout en restant dans la zone de l’outback australien, on pourra toujours s’aventurer dans un autre roman, beaucoup plus noir celui-là, du même auteur, en lisant Cinq matins de trop.

 

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6 juin 2019 4 06 /06 /juin /2019 07:08

Qu’est-ce que je l’attendais ce film-ci ! Forcément après la dose d’émotions fortes ressenties lors de Avengers : Infinity War, cette suite directe et conclusive portait sur ses épaules beaucoup d’attentes, de gros enjeux en termes de résolutions d’intrigues en cours et surtout bien des fantasmes et conjectures de toutes sortes…

Plus l’attente est grande...

 

Ça fait beaucoup pour un seul film, fut-ce un film de trois heures. En gros il lui fallait gérer l’après « snap »1, mettre en scène une somme considérable de personnages, tenir le statut de fin de cycle des 22 films qui l’ont précédé ces 11 dernières années, et si possible ouvrir des pistes sur l’avenir encore bien nébuleux du Marvel Cinematic Universe (Marvel a pour l’instant été très évasif sur la teneur de sa Phase IV qui devrait démarrer officiellement après Spider-Man : Far From Home).

D'un simple claquement de doigts...

Je pense que c’était trop pour un seul film. Pour moi, c’est avant tout la déception qui aura prédominé comme sentiment lors de ma sortie de séance (au premier visionnage, le jugement a été beaucoup moins sévère au second). Non pas que le film soit mauvais ou qu’il ait démérité dans la plupart de ses objectifs, car mine de rien, il répond à chacune des choses qu’on attendait de lui et que j’ai énoncées plus haut. Sauf que … il aura eu tant de cases à cocher, de rôles à remplir, d’enjeux à combler, qu’il en aura oublié de soigner l’essentiel : avoir son identité propre, son essence, son âme. Et puis, je crois que ce qui lui a fait le plus de mal, c’est justement de passer après Infinity War qui aura décidément mis la barre très haut en termes de spectacles et d’émotions. Malheureusement à mes yeux, Avengers : Endgame ne tient pas la comparaison avec Infinity War, et c’est parce que c’est cela que j’ai retenu en premier lieu du film, que j’ai été aussi déçu au premier visionnage par Endgame.

 

Je vais essayer d’expliquer tout cela un peu plus en détail. Mais pour ce faire, impossible de ne pas dévoiler le contenu du film et la résolution des intrigues. Donc forcément pour tous ceux qui ne l’auraient pas encore vu et qui voudraient le voir en en sachant le moins possible à l’avance, j’aime autant vous prévenir que ça va spoiler sévère et qu’il vaudrait donc mieux vous abstenir de lire ce qui suit.

Je vous aurai prévenus...

Accusé de déception

 

Bon, faut bien commencer par quelque chose, alors autant tailler dans le vif dès le départ : le plus gros problème du film c’est son rythme. Ça manque clairement d’action, et le peu qui subsiste n’est pas assez spectaculaire. Entendons-nous bien : je fais inévitablement un constat par comparaison avec Infinity War, qui lui regorgeait de scènes fortes, d’actions mémorables, de confrontations dantesques, tout ce dont Endgame manque cruellement, si ce n’est sur la fin. Il n’y a pas de scène d’anthologie comme dans le précédent (la première attaque de Black Dwarf et Ebony Maw, la bataille sur Titan, l’invasion du Wakanda), ici les enjeux semblent survolés : tout paraît simple et trop facilement à la portée des héros. J’en veux pour preuve la manière dont Thor règle son compte à Thanos dans les toutes premières minutes du film. D’office, chute du taux d’adrénaline, perte de repères clairs, enjeux retombés au niveau zéro. Du coup, alors qu’Infinity War ne laissait pas une seconde de répit au spectateur, Endgame s’étale gentiment et on sent bien les trois heures du film passer. On ne s’ennuie pas franchement, mais il n'y a plus ce sentiment d'urgence et d'inéluctabilité qui portait de bout en bout le film précédent.

 

Passons aux personnages, et aux différents arcs narratifs qui leur sont rattachés. Endgame signe là un étonnant paradoxe : c’est le film Marvel dans lequel on aura vu le plus de super-héros différents (plus que dans Infinity War même) alors que l’histoire se resserre drastiquement autour d’une poignée d’entre eux seulement, les six Avengers d’origine et accessoirement Nebula (qui pourtant est loin d’être potentiellement la plus intéressante et pour preuve : on se fiche bien de ce qui va lui arriver par la suite). Autrement dit tous les autres ne servent à rien. Littéralement. Ils font de la figuration. De la figuration de luxe, certes, mais de la figuration quand même. Pour certains c’est même plus proche du caméo façon Stan Lee2, c’est dire le peu de temps qu’ils ont à l’écran. Au hasard : Drax, Okoye, Shuri, M’Baku, Groot, Mantis, les Généraux de Thanos, Docteur Strange : ça se compte en secondes. D’ailleurs au générique de fin j’ai vu le nom de Marisa Tomei, alias la tante May de Spider-Man : je ne me souvenais pas l’avoir même entraperçue dans le film (au second visionnage je l’ai repérée un quart de seconde lors du long travelling à l’enterrement). Et même durant la grande bataille finale : quelqu’un se souvient de ce que faisait Hulk par hasard ? Il n’est pourtant pas du genre super-discret d’habitude.

Tiens Marisa, par où t'es entrée on t'a pas vue sortir ?

Gâchis Parmentier au menu

 

Plus grave : le cas Captain Marvel. Souvenez-vous de la scène post-générique de Infinity War : on nous teasait son arrivée comme si elle allait sauver l’univers et régler tous les problèmes. Dans le film éponyme sorti un mois avant Endgame, on nous la présentait grosso-modo comme le personnage le plus puissant du MCU. La bande-annonce d’Endgame laissait présager qu’elle allait s’intégrer au groupe et devenir le nouveau personnage phare des Avengers. Résultat : on la voit au début du film, puis elle annonce qu’elle a d’autres chats à fouetter dans l’univers, et puis un petit retour rapide à la fin, histoire de nous montrer sa nouvelle coupe de cheveux et accessoirement d’avoir quelques effets spéciaux pyrotechniques sympas, de se prendre un coup de boule de Thanos et de valdinguer après deux-trois bourre-pifs à base de pierres de l’infini. Merci d’être passée, Carol. Perso, j’appelle ça du gâchis.

J'peux pas rester j'ai rendez-vous chez Jean-Louis David

Enfin, qu’on gâche un personnage potentiellement intéressant comme Captain Marvel, passe encore, mais qu’on gâche un personnage déjà bien introduit et si bien mis en valeur dans Infinity War, là c’est une des pires erreurs du film. Bien entendu je veux parler de Thanos. D’abord il se prend la pâtée sans même lever le petit doigt en guise de résistance au début du film. Puis au cours de la seconde moitié du film, il est réintroduit dans l’histoire par le truchement du voyage dans le temps. Les héros trouvent le moyen de retourner dans le passé, non pas pour le modifier (ça d’ailleurs c’est très malin, l’idée qu’on ne peut pas modifier le passé mais seulement créer des univers alternatifs en tentant de le faire, j’y reviendrai) mais pour y chercher de quoi changer le futur. Ils tombent malheureusement sur le Thanos du passé (celui qui n’a pas encore trouvé les pierres mais qui commence à les chercher activement), qui lui, malin comme un singe, trouve le moyen de les suivre dans leur présent (ou son futur si vous préférez). La pirouette scénaristique est plutôt bien trouvée, et j’ai apprécié cette manière de le réinjecter dans l’histoire. Sauf que le Thanos de Endgame n’a plus grand-chose à voir avec celui de Infinity War. Il est monolithique, caricatural. C’est le méchant mégalo de base, on ne retrouve plus le côté torturé, le personnage en plein dilemme moral contraint de faire le mal pour le bien (supposé) de l’univers, toute la richesse et la profondeur du personnage sont oubliées au passage, il n’a plus que le statut de « boss de fin ». Thanos, la plus belle réussite d’Infinity War, devient ainsi la plus grosse erreur narrative de Endgame.

Thanos, mais qu'ont-ils fait de toi ?...

Surprise, surprise...

 

D’autres personnages s’en sortent à peine mieux, et font les frais de cette suite qui tente visiblement de se démarquer du film qui l’a précédé et ce faisant, valide tous les mauvais choix possibles et imaginables. Certes on est surpris, certes on rit aussi un peu de ces surprises, mais en définitive on finit par rire jaune.

C’est le cas de deux des Avengers majeurs et centraux de cette histoire : Hulk et Thor. Parlons de Hulk d’abord. Son traitement dans Endgame est ce qu’on nomme habituellement une « fausse bonne idée ». Ce mélange de physique de Hulk, d’intelligence de Banner et de personnalité rigolote et à la cool : ça surprend, on ne s’y attend pas du tout, et passées 5 minutes ça n’a plus le moindre intérêt. Le personnage est si profondément modifié qu’il en perd toute sa saveur. Un Hulk sans sa sauvagerie ne sert plus à grand-chose à l’écran. Alors qu’on ne voit quasiment que lui lors de la bataille finale du premier Avengers, ici il passe inaperçu. La scène où il retourne dans le passé, au moment de l’attaque de New-York justement est tristement et pathétiquement symbolique : il essaie de s’énerver et de hurler, et fait peine à voir…

Quant à Thor, c’est encore différent. Dans Thor : Ragnarok, le personnage avait déjà pris un virage assez net et assumé vers la comédie. Mais on restait dans le registre de l’humour sans tomber, bien qu’en équilibre sur un fil, dans le ridicule. Dans Endgame, on pousse le curseur encore un cran plus loin, mais c’est à mon humble avis un cran de trop. Là encore, j’avoue avoir été surpris en découvrant ce qu’était devenu le Dieu du Tonnerre, un ivrogne pleurnichard, bedonnant et en pleine régression mentale, j’avoue même que de voir le contre-pied pris ainsi m’a fait rire. Ah voir ce gros bide, limite ça aurait pu être moi à l’écran ! Sauf que, sur la longueur ça devient très vite lourdingue, et du coup le personnage de Thor y sombre bel et bien. Dans le ridicule. L’écueil évité de justesse dans Ragnarok, est pris de front dans Endgame.

- Dis il aurait pas forci un peu Thor ? - M'en parle pas, même Stéph se maintient mieux !

Des cheveux en quatre

 

Au chapitre des ratages, facilités, incohérences et problèmes, je me permets d’ajouter encore quelques petits points qui m’auront fait sourciller.

D’abord le rat. Parce qu’il faut bien se rendre compte que sans ce rongeur indélicat et touche à tout, point de retour de Ant-Man dans le présent (5 ans après le snap donc), et du coup point de piste quantique, pas de Tony Stark qui résout l’équation en deux temps trois mouvements (littéralement), et donc pas de film. Je trouve juste, que le rat comme explication au retour de ce cher Scott Lang, c’est carrément léger. Dommage.

Ensuite je me suis posé la question du « et ensuite ? » au retour de tous nos héros disparus à la fin d’Infinity War. En particulier en ce qui concerne Spider-Man, dont le second film solo est annoncé pour le mois de juin au cinéma. D’après la bande annonce de Spider-Man : Far From Home, le gentil Peter Parker part en sortie de classe avec ses copains en Europe et va être confronté à divers méchants aux pouvoirs élémentaux3. On le voit d’ailleurs à la fin de Endgame retourner au lycée et retrouver son ami Ganke. Sauf que 5 années ont passé depuis sa disparition. Et il retrouve quand même ses amis du lycée. Or, Tony Stark avait insisté pour que rien des 5 années écoulées ne soit supprimé par le snap inversé (et pour cause : devenu papa entre temps, il se voyait mal effacer sa petite Morgane du paysage). Donc : les amis de Peter n’ont pas pris 5 ans eux ? Bon, nul doute que j’aurai la réponse très bientôt en allant voir le nouvel opus arachnéen.

Celui sans qui rien n'aurait pu arriver !

Autre raison de chipoter à côté de laquelle je ne peux décemment pas passer : le coup de fil de madame Barton à son Oeil-de-Faucon de mari sitôt le snap d’inversion effectué. Je ne sais pas quel abonnement téléphonique elle avait, mais 5 ans plus tard il est toujours valable. Excellent choix d’opérateur visiblement. J’accepte qu’un Hulk puisse soulever 10 tonnes d’un seul petit doigt, mais pour la téléphonie mobile faut rester crédible, merde.

Ok, j’avoue que la précédente remarque tient plus du détail qu’autre chose, mais quid de celle-ci : le plan des Avengers restants était de récupérer les pierres de l’infini dans le passé, les rapporter dans le présent, ramener tous ceux qui ont trépassé en snappant à l’envers, et ensuite très important pour ne pas créer des mondes alternatifs déviants : rapporter les pierres à l’époque où elles ont été empruntées. Mission que Captain America s’empresse de mener à bien après la bataille finale. Mais ça fonctionne comment pour la pierre de l’âme exactement ? On est d’accord que pour l’obtenir il faut se présenter devant Crâne Rouge et offrir une âme contre la pierre. Mais pour la rendre ? Captain s’est radiné sur la planète Vormir et a négocié avec son ancien ennemi nazi une reprise sur la base contractuelle des sept jours de délai légal de rétractation ?

Non monsieur, ni repris ni échangé désolé...

Et puis pour finir j’ai gardé le plus consistant de mes bémols pour manque de cohérence, à savoir la fin réservée à Captain America. Qui part jeune et en bonne santé rendre toutes les pierres à leurs époques respectives, et réapparaît en vieil homme qui a l’âge qu’il devrait s’il n’avait jamais traversé les décennies en mode hibernatus. Certes, c’est très beau comme final, ça fait un bel épilogue pour le personnage de Steve Rogers, mais ça fiche en l’air tout ce qu’on a pris la peine de nous expliquer sur les voyages dans le temps (non sans se foutre explicitement de la gueule de Retour vers le Futur au passage) tout au cours du film. On peut retourner dans le passé mais on ne peut pas le changer en créant un paradoxe temporel. Si on change le passé, on ne fait que créer un monde parallèle et alternatif au sien, mais la continuité temporelle du monde d’où l’on vient n’en est pas modifiée. Moi perso je trouve ça très sympa comme idée, c’est plutôt malin comme façon d’éviter les paradoxes temporels qui foutent par terre toute la logique de l’histoire et donnent mal à la tête à trop essayer de les rationaliser. Et tout le film fonctionne sur ce principe du voyage dans le temps non paradoxal. Sauf cette fin. Et ça, conceptuellement c’est quand même bien dommage, parce que par la même occasion, c’est toute la cohérence du film qui est mise à mal. Peut-être que cette faille dans la logique nous sera expliquée plus tard par le truchement de je ne sais quelle pirouette scénaristique, n’empêche, en l’état ça fait tâche.

Mais !!

 

Vous devez vous dire « attends garçon, t’avais dit que le film n’est pas mauvais et n’a pas démérité sur ses objectifs principaux, mais au final tu le charges à mort !? ». C’est parce que ça n’est que la première partie de mon avis. Je vais donc passer au positif à présent. C’est mieux de garder le meilleur pour la fin non ?

 

Alors voici les raisons pour lesquelles Avengers : Endgame reste un bon film, qui mérite à ce titre d’être vu, malgré la liste de choses à redire que je viens de détailler.

Rassurez-vous les gars, j'ai des trucs positifs à dire aussi sur votre film.

Clap de fin

 

En premier lieu, parce qu’il s’agit d’une vraie conclusion. « Enfin ! » pourraient être tentés de dire certains. Depuis son début avec le premier Iron Man, chaque film du MCU appelle à une suite, et c’est même devenu une des marques de fabrique du MCU, chose soulignée si besoin par les scènes post-génériques. Pour Endgame, inutile de perdre 10 minutes à voir défiler une interminable suite de noms au générique de fin : il n’y a plus rien après. Façon de marquer ce film comme une vraie conclusion à tout ce qu’on a pu voir jusqu’ici. Alors si vous faites partie de ceux qui ont vu les films du MCU dans l’ordre, et qui ont apprécié le fil rouge qui les relie tous entre eux, il est évidemment impensable de ne pas en voir la fin. Certes pas définitive, chez Marvel le mot Fin n’a pas la même définition que dans le Larousse. Mais quand même, il faut laisser à Endgame cette qualité : le film offre une vraie conclusion à toutes les intrigues lancées jusqu’à présent en 11 années de MCU. Ça n’est quand même pas rien ! On a vu ensemble que sur certains points il y aurait à redire, mais tout de même chaque arc narratif se referme en même temps que Endgame. Si le MCU en restait là, si on ne devait plus voir aucun des personnages dans de nouveaux films, on n’en serait pas pour autant frustrés sur le plan de la narration. Gros enjeu, et gros point fort de cet Endgame donc.

En voilà au moins un qui y met du cœur à l'ouvrage !

La chasse aux oeufs

 

Comme souvent dans les films du MCU, on retrouve quelques petites séquences sous forme de clins d’œil aux fans de comics, évidemment Endgame n’y échappe pas. Ces passages passent d’ailleurs souvent inaperçus aux yeux des profanes, la référence aux comics pouvant facilement échapper à qui n’est pas un lecteur assidu des productions Marvel. Certes c’est de l’ordre du détail sur la totalité d’un film, n’empêche que je dois avouer y être assez sensible. À chaque fois que j’en repère une de ses scènes clins d’œil, surtout si c’est en rapport avec un bon souvenir de lecture, mon petit cœur de fan est flatté et caressé dans le sens du poil. Bref ça marche sur moi quoi. Souvent ce sont des petites choses pas bien importantes.

 

Il y a par exemple la scène qui regroupe l’ensemble des héroïnes du MCU et qui fait directement référence à une mini-série très récente (A-Force, parue en 2015 au cours du maxi-crossover Secret Wars), mais j’y reviens plus en détail en fin d’article.

Quand Scott Lang est éjecté du monde subatomique grâce au rat, il se retrouve dans un box de stockage enregistré sous le code « Lang 616 ». Le 616 fait référence à la Terre-616 qui est le nom de la réalité dans laquelle se situent la plupart des événements de l’univers Marvel. Ce 616 est lui-même un clin d’œil et correspond à la date 61-6 (juin 1961), date de parution du premier épisode des Fantastic Four, qui marque le lancement de l’univers super-héroïque Marvel moderne dans les kiosques.

Lors du caméo de Stan Lee il y a un gros plan sur la plaque d’immatriculation de la voiture qu’il conduit à toutes trombes, on peut y lire « Nuff Said » qui est une des phrases fétiches avec laquelle Stan Lee aimait conclure ses textes d’intro ou ses éditos.

Lors du passage de Tony et Steve dans les années 1970, ce dernier récupère des tubes à essais remplis de particules Pym dans le laboratoire de Hank Pym (Michael Douglas rajeuni avec une coupe de cheveux absolument fabuleuse !!). On aperçoit dans le labo de Pym le casque « historique » du costume d’Ant-Man, avec les antennes et la mentonnière. Toujours en 1970, quand Tony fait ses adieux à son père, c’est en présence de Jarvis. Jarvis est le nom de l’IA de Tony Stark dans les films, mais dans les comics il s’agit surtout du nom du majordome des Stark (un équivalent du Alfred Pennyworth de Batman).

J’y reviens plus en détails plus bas, mais la scène où Sam Wilson « hérite » du bouclier étoilé de la main de Captain America fait directement référence à la récente série Sam Wilson : Captain America.

Si on m'avait dit qu'un jour...

Quand Steve Rogers se retrouve dans l’ascenseur avec les agents du SHIELD (des agents infiltrés d’Hydra en fait), il glisse en toute discrétion un « Hail Hydra » à l’un d’entre eux en signe de reconnaissance. Cette image fait référence à une fameuse case de la série Steve Rogers : Captain America qui a fait polémique à sa parution où l’on voit le Captain dire ces mots. C’est le coup d’envoi d’une saga plutôt réussie d’ailleurs, du nom de Secret Empire.

Au début du film on apprend que Clint Barton a perdu sa femme et ses enfants lors du snap de Thanos. Cinq ans plus tard on le retrouve en justicier-tueur dans un costume qui n’a plus rien à voir avec celui de Hawkeye. Il s’agit de celui de Ronin, identité qu’il a prise dans les comics après la saga Civil War (celle des comics, pas du film).

Jim Starlin, le papa de Thanos !

Dans la première partie du film, on voit Steve Rogers participer à une thérapie de groupe. Le personnage qui raconte son rendez-vous galant avec un autre homme est l’un des co-réalisateurs du film, Joe Russo qui s’offre ainsi un caméo. Mais il y a un autre caméo plus discret dans cette séquence : un homme chauve avec un bouc assiste aussi à la réunion. Il s’agit ni plus ni moins de Jim Starlin ! Jim Starlin est le créateur de Thanos et des pierres de l’infini (mais aussi de Drax et Gamora entre autres).

Autre moment fort du film : lors de la bataille finale Captain America soulève et utilise Mjolnir, le marteau de Thor, que seuls ceux qui en sont dignes peuvent soulever. Cette scène démontre le cœur pur et le sens de l’honneur sans faille du Captain, mais est également une image forte qu’on a déjà pu voir à plusieurs reprises dans les comics. L’une des plus récentes date de la saga Fear Itself, parue en 2011.

... ouhouh ce serait le bonheu-heur... (sur un air connu)

Enfin et pour finir, quand tous les Avengers apparaissent sur le champ de bataille pour l’affrontement final avec l’armée de Thanos, Captain America prononce enfin la phrase symbolique qui apparaît dans quasiment tous les épisodes papier des Avengers, le fameux « Avengers Rassemblement » (« Avengers Assemble » en VO). Et ça, bien que quiconque n’est pas fan de comics puisse trouver cela ridicule, je dois bien avouer que cette petite phrase m’a procuré des frissons en l’entendant...

Et tes larmes n’y pourront rien changer4

 

Ensuite, il y a l’inévitable force mélodramatique du film. Mélo parce que Endgame est l’occasion de se replonger dans une immense rétrospective de ce qui a été fait jusque-là, et de revoir ce qu’on a déjà vu mais d’un œil nouveau. C’est, je pense, vraiment ce qu’ont voulu faire les frères Russo avec les différents voyages dans le temps qui renvoient chaque Avenger survivant dans le passé du MCU. Il s’agit d’une ficelle scénaristique d’une part, mais aussi et surtout du moyen de faire d’une pierre deux coups en unissant l’enjeu de ces scènes pour le développement du film en cours à la nostalgie inévitable qu’elles engendrent. En se remémorant ces scènes, on y gagne en émotion. L’idéal aurait été que l’aspect « action pure » soit autant impactée que le côté « émotion et nostalgie », ce qui n’est pas le cas, mais on ne peut décemment pas nier que ces flashbacks ont de l’importance et provoquent une résonance chez le spectateur qui a vu les films précédents.

 

Le « dramatique » de l’adjectif mélodramatique que j’employais plus haut, je le destine tout particulièrement à la destinée de trois (mais surtout un) des Avengers principaux. La Veuve Noire tient enfin dans ce film un rôle majeur en ce sens que sans elle la pierre de l’âme n’aurait pas pu être récupérée. Son sacrifice a donc une valeur primordiale pour la suite de l’histoire. Elle meurt pour que les autres revivent. D’ailleurs cela donne lieu à un combat entre la Veuve et Oeil-de-Faucon, chacun refusant que l’autre se sacrifie à sa place. Que Natasha l’emporte sur Clint est une forme de reconnaissance de sa valeur (je rappelle qu’elle fait partie des seuls personnages qui n’a aucun pouvoir ou capacité particulière, si ce n’est celle d’entrer avantageusement dans des futals en cuir taille XS). Pourtant à bien y réfléchir peut-être que l’aspect dramatique aurait été plus élevé si cela avait été Barton qui se sacrifie, dans le sens où il se serait donné la mort sciemment pour que toute sa famille disparue revienne à la vie. Mais c’est Natasha qui remporte leur duel, elle qui n’a pas d’attaches. On s’en aperçoit d’ailleurs bien par la suite, sa mort, émouvante sur le coup, est vite reléguée en arrière plan. Barton en souffre mais le retour de sa famille adoucit son deuil, seul finalement Banner la pleurera vraiment.

Bon là ça devient sérieux : Shifumi ?

Autre élément dramatique du film : Steve Rogers, dont l’épilogue de l’histoire titille la corde sensible du spectateur. Rappelons-nous son premier film solo, celui qui narre ses origines. Le bonhomme sort victorieux de ses combats mais a tout de même tout perdu au passage : congelé pendant des décennies, la femme qu’il aime et qui lui avait promis une danse à son retour est vieille et sur le point de mourir quand Rogers se réveille de nos jours frais comme un gardon. On peut difficilement faire plus dramatique. Eh bien les frères Russo dans Endgame, offrent cette fameuse danse au Captain en lui permettant de revenir dans le passé, et de reprendre là où il en était resté avant de disparaître dans les glaces arctiques. C’est beau, c’est romantique, et on ne peut pas dire que ça n’est pas mérité par l’homme à la bannière étoilée. En revanche ça démolit tout ce qu’on nous a expliqué durant le reste du film, la façon dont fonctionnent les voyages dans le temps dans le MCU. Dommage. Mais on va dire que la conclusion est suffisamment émouvante pour que ce soit cette sensation qui l’emporte sur le reste. Dans le contexte du film et du MCU cette fin manque de cohérence, mais pour le personnage du Captain elle est belle.

Captain America saura-t-il retrouver son chemin dans les labyrinthes du temps ?

I am Iron Man

 

Dernier et, je crois que tout le monde s’accordera à le dire, principal élément dramatique de cet Endgame : la destinée de Tony Stark. Celui par qui tout a commencé avec le premier film Iron Man en 2008, est non seulement celui qui trouve la solution du voyage temporel par l’intermédiaire du monde quantique, mais est aussi celui qui résout tout le pataquès au final. Et de quelle manière ! Il va réussir l’impensable : s’emparer du gant de l’infini et procéder au snap qui va régler définitivement son compte à Thanos, le tout non sans balancer la phrase symbolique qu’il prononce à la fin du premier Iron Man, « Je suis Iron Man ». Encore une belle façon de conclure en rappelant le commencement, souligner l’esprit ironique de Stark et son côté bravache, frimeur, mais ultra-fortiche quand même. De ce point de vue le MCU a d’ailleurs réussi avec Tony Stark ce qu’il n’a pas encore pu réitérer avec d’autres : rendre le personnage de cinéma plus intéressant et plus attachant que celui des comics. Tony Stark n’est pas seulement le maître à penser des Avengers, il est l’âme même du tout le MCU, son emblème le plus représentatif. Le voir se sacrifier ainsi revêt une force d’autant plus grande que finalement ils ne sont pas si nombreux les héros qui auront fini cette histoire les pieds devant. Et il n’y a pas photo là-dessus, entre celui de la Veuve Noire et celui d’Iron Man, c’est le sacrifice de ce dernier qu’on retiendra avant tout. Comme pour marquer que cette fois le héros ne se relèvera plus comme il a si bien su le faire au cours de tous les films précédents, le volubile Tony meurt dans les bras de Pepper sans dire un mot. Lui le bavard impénitent, lui qui n’a pas son pareil pour tourner à la légère n’importe quelle situation, même la plus désespérée, il finit par faire silence et meurt dignement (Marion Cotillard, prends-en de la graine). L’émotion qui se dégage lors de son échange de regards avec Pepper est si intense que les mots auraient été superflus. On y lit à la fois l’incrédulité d’un Tony qui s’est toujours sorti de tout auparavant, ses regrets mêlés d’une demande muette de pardon destinée à celle qu’il abandonne en mourant, et également l’inéluctabilité de son sort comme s’il avait toujours su que cela se terminerait ainsi. Et on entraperçoit l’espace de cet instant fatidique toute la profondeur d’âme du personnage. Impossible je crois de faire une fin plus symbolique, un dénouement tragique plus réussi, c’est le sans-faute parfait.

I am Iron Man !

D’ailleurs durant tout le film c’est évidemment Tony qui est le personnage le mieux servi par les scénaristes, et tout son cheminement dans Endgame semble a posteriori mener vers cette fin héroïque parfaite. Outre son côté génie-sans-forcer qui lui colle si bien à la peau, et son humour poil-à-gratter qui souligne sans cesse son insoumission en flirtant parfois avec l’arrogance, dans ce film Tony Stark nous aura surtout démontré sa sensibilité et ses sentiments profondément enfouis sous sa personnalité exubérante. Il y a sa relation de père avec sa fille Morgane, sa relation quasi-paternelle avec Peter Parker qu’il avait pris sous son aile, mais aussi sa relation avec son propre père, Howard Stark, qu’il rencontre lors de son retour dans les années 1970. On sent que dans ces scènes se jouent beaucoup de choses pour Tony émotionnellement, il paraît même sincèrement ébranlé, ce qui ne lui arrive pourtant pas si souvent. Sous un léger vernis d’humour il y a là toute une sensibilité qui ne veut pas dire son nom. C’est avec une certaine finesse que cet aspect du personnage est traité, et cela fait du bien de voir que Tony n’est pas qu’un bout-en-train nihiliste au QI sur-développé. Dans ce film, Stark boucle la boucle, comme s’il arrivait enfin au bout de son cheminement, celui qui fait de lui un homme complet, pas « seulement » un super-héros. Que son existence s’arrête là est à la fois triste car il s’est enfin trouvé, et en même temps beau, pour exactement la même raison.

Tony Stark meurt. Mais Tony Stark a sauvé le monde. Il perd la vie, mais il est le grand gagnant de cette histoire. Son aura a encore augmenté au sein du MCU. En fait, le diptyque Avengers : Infinity War et Avengers : Endgame est une immense ode à Tony Stark. Et nous, on l’aime définitivement plus que trois fois mille.

Je ne sais même pas compter jusque là...

Une fin douce-amère

 

Voilà pourquoi, selon moi, cet Endgame est à la fois réussi et raté à la fois. Raté par la comparaison avec Infinity War et par le déséquilibre qu’il y a entre ces deux films qui forment un tout un peu bancal. Réussi par sa gestion des héros principaux et des issues aux storylines développées pour certaines depuis le tout début du MCU. Les frères Russo avaient balancé tout ce qu’ils avaient de spectaculaire dans le premier film, ils ont tenté le coup de bluff en axant le second film sur l’émotionnel avant tout. Le choix était audacieux, il n’a pas été gagnant sur tous les plans, mais il a le mérite d’être clair.

 

Ma critique d’ Avengers : Endgame s’arrête là. Mais j’ai envie d’essayer de me projeter un peu dans l’avenir du MCU. Je sais, ça en rajoute une couche à un article déjà beaucoup trop long, mais au point où j’en suis, je me dis qu’on n’est plus à ça près, j’ai certainement déjà perdu la plupart de mes lecteurs depuis longtemps.

Ah sans ce fichu rat...

En soi, Endgame est une fin. Fin de cycle pour toute une série d’intrigues en cours, fin de cycle pour la grande menace Thanos qui aura été la trame de fond des trois premières phases du MCU avant d’exploser dans les deux derniers Avengers. Fin de cycle pour un certain nombre de personnages emblématiques, comme on l’a vu plus haut. Mais pas la fin du MCU bien évidemment.

La phase IV qui s’annonce reste nébuleuse pour l’instant, et à l’heure actuelle peu de choses sont certaines, mais nulle doute que les annonces vont se faire après le prochain Spider-Man, peut-être lors de la Comic-Con de cet été.

C’est quand qu’on va où ?5

 

On est à peu près sûr de ne pas se tromper en misant sur des suites telles que Black Panther 2, Captain Marvel 2 et Docteur Strange 2. Parce que les premiers opus ont été des succès au box office (surtout Black Panther) d’une part, et qu’on sent bien la volonté de booster ces personnages et d’en faire les nouvelles locomotives du MCU (et des Avengers ?). Je verrais bien un personnage comme Namor introduit dans le prochain Black Panther, certains indices le laissent penser, et le récent succès du Aquaman de la concurrence DC/Warner devrait servir d’émulation à Marvel/Disney. Il arrivera peut-être un peu plus tard que les autres, mais Les Gardiens de la Galaxie 3 semble enfin quant à lui sur de bons rails. Si l’on en croit la fin de Endgame, il se pourrait bien que Thor soit raccroché à cette franchise, le rapprochement de style depuis Thor : Ragnarok allait déjà en ce sens. Ça laissera du coup un peu de temps au dieu nordique pour s’inscrire chez Comme j’aime et à la salle de gym histoire de revenir en pleine forme à l’écran. Le film consacré à la Veuve Noire est quant à lui également en bonne voie de se faire prochainement. La logique voudrait qu’il s’agisse d’un film qui se passe dans le passé, peut-être même avant le premier Avengers si on part sur une origin-story. Des rumeurs persistantes évoquent un film consacré aux Eternals (un lien scénaristique pourrait se faire avec le pan cosmique du MCU, avec les Krees et Captain Marvel notamment), et un autre au héros asiatique Shang-Chi (dans une logique de ciblage du public, après les afro-américains visés par Black Panther et les femmes par Captain Marvel, le public asiatique -la Chine est un énorme marché qui s’ouvre au cinéma ne l’oublions pas- pourrait donc être la prochaine étape pour le MCU).

Namor the Submariner, bientôt sur vos écrans ?

Quid des « héros historiques » ? Pour ce qui concerne Hulk c’est très difficile à dire. La direction donnée au personnage dans Endgame ne permet pas de deviner grand-chose. Tel quel, il semble plutôt dans une impasse narrative, son avenir relèvera donc de la surprise ! Pour ce qui est de Captain America, le passage de témoin a été officialisé dans Endgame. C’est à présent Sam Wilson qui portera le bouclier. Ce qui d’ailleurs est conforme à ce qui a pu se passer il y a quelque temps déjà dans les comics. À ceci près que dans les comics le titre de Captain America est d’abord revenu aux mains du Soldat de l’Hiver un temps avant d’arriver dans celles du Faucon. Je pense que l’idée de sauter la passage de Bucky dans le rôle du Captain n’est pas une mauvaise idée. Bucky Barnes a quand même été un tueur à gage pendant des décennies pour l’URSS, ça la foutrait un peu mal de le voir se balader avec la bannière étoilée sur le dos. Faire de Captain America un afro-américain a déjà fait l’objet d’un long arc narratif dans les comics, et c’était plutôt intéressant car cela traitait frontalement du racisme, des relations inter-communautaires et même ouvertement de politique. Franchement, je vois mal Disney se lancer dans ce genre de problématiques et de sujets de fond dans leurs films grand public. Peut-être cela sera-t-il abordé par l’intermédiaire de la série qui est annoncée et centrée sur le duo Faucon / Soldat de l’Hiver justement. Ça reste à voir, mais je doute qu’on aille très loin dans cette direction, Marvel au cinéma c’est Disney avant tout, le MCU sortira moins des clous et semble plus frileux que la version comics.

Donald T. says : not my Captain America !

Quant à Iron Man, le mystère demeure pour l’instant. Tony semble définitivement sur la touche, ce qui doit arranger Disney : l’acteur Robert Downey Jr commençait à prendre de l’âge et coûtait qui plus est une blinde en salaire. Pour autant je ne parierai pas sur son éviction totale. Je le verrais bien intervenir à l’avenir mais sous une autre forme : celle d’une Intelligence Artificielle. Comme ça a pu être le cas déjà dans les comics. Ça aurait plusieurs avantages : il n’est plus Iron Man, donc plus de problème lié à l’âge du comédien ni à son physique. Il n’aurait plus le premier rôle, donc serait un poids de moins du point de vue salarial. Mais il serait tout de même présent (comme dans Spider-Man : Homecoming par exemple) et apporterait ainsi son charisme et à l’occasion lâcherait quelques blagounettes comme lui seul sait le faire (et Marvel au ciné tient beaucoup à ce ton léger injecté dans ses films). Ça serait tout bénéf et permettrait de gérer habilement la transmission du rôle d’Iron Man à un autre personnage (Pepper ? Peu probable. Shuri ? Envisageable. Morgane ? Ça impliquerait un saut narratif dans le temps. Rhodes ? On déplacerait le problème de l’âge sur un autre comédien. Harley Keener, le gamin de Iron Man 3 qui aurait grandi ? Sa présence aux obsèques de Tony n’est certainement pas un hasard…). D’ailleurs si on part sur une série de héros plus jeunes qui reprendraient le flambeau de leurs aînés, il y a également dans les cartons Cassie Lang, la fille de Ant-Man (qui dans les comics devient Stature et qui aime bien jouer les géantes grâce aux particules Pym), et Lila Barton, la fille de Clint qui a l’air de bien se débrouiller à l’arc elle aussi (elle n’existe pas dans les comics, cependant Barton fut remplacé un temps par une jeune femme qui reprend le pseudo d’Oeil-de-Faucon).

Tony Stark de retour sous forme d'IA ?

Mais ce qui va arriver selon moi à moyenne échéance, c’est l’intégration dans le MCU des licences récupérées depuis le rachat de la Fox par Disney. À savoir les Fantastic Four et les X-Men. Et selon moi, la meilleure astuce scénaristique pour y arriver sera de faire appel aux dimensions parallèles déjà évoquées dans Endgame. Difficile d’intégrer des personnages aussi puissants que ceux de l’univers des X-Men dans le MCU sans créer un énorme problème de cohérence : on en a jamais entendu parler avant ? Où étaient-ils lors de l’invasion des Chitauris ? Pourquoi le SHIELD ne les a jamais mentionnés ? Pourquoi les Avengers n’ont-ils jamais cherché à neutraliser le terroriste Magnéto ? Etc… Alors que s’ils viennent d’une Terre parallèle, tout ça passe crème. Et en plus Disney peut se permettre de rebooter les personnages à sa guise, ce qu’il ne se privera certainement pas de faire au passage. Pour les 4 Fantastiques, ce sera encore plus simple, leur univers cinématographique a été moins développé que celui des X-Men et a surtout eu moins de succès, la pilule passera d’autant mieux auprès des spectateurs. Surtout si le MCU propose enfin une version correcte et satisfaisante de ces personnages sur grand écran. Ils ont réussi leur pari avec une énième version de Spider-Man, les 4 Fantastiques devraient poser moins de problèmes. Reste l’inconnue Deadpool qui est déjà tellement à part comme ça, qu’il est difficile de savoir ce que Disney va en faire. En l’état il n’est pas hyper-compatible avec l’esprit MCU, mais l’assagir serait l’affadir, et perdre ce qui a fait son succès au cinéma. Personnellement je ne crois pas à son intégration dans le MCU.

Les filles, si on lançait un #BalancetonThanos ?

Allez, dernière hypothèse : quid du groupe Avengers à l’avenir ? Si un nouveau film de la franchise devait être annoncé, le groupe serait forcément largement remanié et très différent du précédent. Avec peut-être enfin une Captain Marvel vraiment intégrée, ça serait bien. Mais justement, lors de la bataille finale de Endgame, on a eu une scène qui faisait référence à un comics récent, la mini-série A-Force. On y voyait regroupées autour de Captain Marvel toutes les super-héroïnes dans le même plan séquence. Clin d’œil aux fans de comics ou vraie piste pour l’avenir ? Un groupe d’Avengers entièrement féminin serait-il possible ? Plausible ? Pourquoi pas, mais j’en doute un peu. Que la présence féminine dans les rangs super-héroïques soit accentuée, oui, très certainement, qu’on se passe de la présence de personnages comme Black Panther ou le Docteur Strange, je n’y crois pas. Ça n’a rien d’idéologique, c’est purement financier comme raisonnement : + de héros à succès = + d’entrées d’argent. C’est aussi simple que ça selon moi.

Voilà, c’est fini6

 

Enfin cet article touche à sa fin. Je dis ça pour moi, qui commence à fatiguer un peu à écrire. Et je dis ça pour vous, lecteurs, qui devez en avoir plus que ras-la-bol de mes élucubrations sur les super-héros sur grand écran. Je ne sais pas si quelqu’un est arrivé à tout lire jusqu’ici. Moi-même j’ai dû m’y reprendre à plusieurs fois. Je sais que des articles de ce type sont plus contre-productifs qu’autre chose ; j’ai beau saucissonner mon texte en le caviardant de photos, quand c’est trop long c’est trop long...

1 ben quoi, le claquement de doigt de Thanos, m’enfin !!

2 un très court mais très chouette caméo de Stan The Man Lee d’ailleurs !

3 élémentaux dans le sens : qui agissent sur les éléments naturels tels que l’eau ou le feu par exemple. Un élémental, des élémentaux :-)

4 Serge ? Mais que viens-tu faire là ?

5 oui, Renaud vient se taper l’incruste dans un article sur le MCU

6 et Jean-Louis Aubert aussi dites donc !!

L'affiche du film.

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3 juin 2019 1 03 /06 /juin /2019 07:38

Régulièrement je suis ce que fait David Lodge, et ponctuellement je me laisse tenter par l’un ou l’autre de ses livres. S’il a fait sa spécialité des romans à tendance sociéto-romantico-sexuel qui se déroulent dans le monde des étudiants et du professorat, le dernier que j’avais lu, La vie en sourdine, l’avait vu s’attarder un peu plus sur la vie des « seniors », l’effet du vieillissement sur les relations sociales qu’on entretient, les déboires subis quand notre corps un peu fatigué se dérobe et nous joue des tours, et j’avais beaucoup apprécié cette lecture. David Lodge a ensuite enchaîné avec une biographie de l’écrivain américain Henry James que le succès a fui de son vivant mais qui est devenu une référence incontournable après sa mort. Je n’avais pas suivi l’auteur avec ce virage dans l’univers de la biographie, je dois dire aussi que l’objet de cet ouvrage ne m’avait pas inspiré du tout (certainement du fait de mes graves lacunes en littérature classique). Et puis est arrivée cette seconde biographie, celle d’un auteur que je connais mieux (si ce n’est pour avoir lu tous ses nombreux romans, au moins par la renommée, ses œuvres les plus connues et les thèmes précurseurs qu’il a su aborder en son temps et qui ont durablement marqué la littérature de Science-Fiction dont j’ai pu être friand), à savoir Herbert George Wells.

 

Alors Un homme de tempérament n’est pas à proprement parler une biographie au sens le plus strict du terme. C’est plutôt un roman biographique, puisque si l’œuvre est extrêmement bien documentée et détaillée, Lodge se permet aussi des parties plus fictionnelles, qui se veulent certes respectueuses des faits réels et de tout ce que Lodge a pu collecter et apprendre sur HG Wells, mais qui restent néanmoins sortis de l’imagination de l’écrivain. Ce qui personnellement ne m’a en rien dérangé puisqu’au contraire j’y ai surtout vu l’avantage de rendre le roman plus vivant, de l’animer en faisant de HG Wells presque un vrai personnage de roman. Le faire bouger, gesticuler, parler et penser tout haut dépasse le cadre de la pure biographie factuelle et donne un peu de latitude à l’auteur, mais surtout permet de se sentir encore plus proche de HG Wells qu’on apprend à connaître à travers ses actes, ses écrits, mais aussi ses pensées, ses convictions, ses désirs, ses passions et son éloquence.

 

C’est un réel plaisir de découvrir l’auteur d’œuvres très connues telles que La machine à explorer le temps, L’île du docteur Moreau, La guerre des mondes ou encore L’homme invisible. Écrivain très prolifique, il a publié plus d’une centaine de livres, entre romans, essais, documentaires journalistiques, ouvrages de vulgarisation ou réflexions politiques.

Issu d’un milieu pauvre, c’est le talent inné de HG Wells pour les mots, aussi bien écrits que prononcés en discours, qui va le faire grimper l’échelle sociale, faire de lui un écrivain reconnu et à succès dès ses premiers romans, le rendre à la fois très populaire et le mettre aussi très largement à l’abri du besoin.

Herbert George Wells en 1920, photo de George C. Beresford

Comme on le découvre dans le livre de Lodge, on apprend qu’il était passionné par de nombreux thèmes, la science aussi bien que la politique étaient pour lui d’intenses sources de réflexion. Et parmi toutes ses passions, l’une d’elles a été un des fils conducteurs principaux de toute son existence : les femmes. Amoureux inconditionnel de la gente féminine, il dit de lui-même « Je n’ai jamais été capable de refuser les avances d’une femme, ce n’est tout simplement pas dans ma nature. » Et des avances il en aura énormément puisque malgré une santé fragile durant son enfance et un physique d’adulte pas des plus flatteurs (c’était un homme corpulent, de petite taille et moustachu, pas le Brad Pitt de l’époque), c’est avant tout son charisme, son éloquence et son talent immense d’écrivain qui va le voir attirer à lui les femmes comme un aimant attire la ferraille. Des jeunes vierges comme des femmes plus mûres.

 

Pour HG Wells le sexe est récréatif, il en a besoin pour se délasser (on dirait pour se déstresser et lâcher prise aujourd’hui !) et il le pratique comme chacune de ses autres passions : il fait dans la démesure. Boulimique de travail, c’est un écrivain ultra-prolifique. On découvre ainsi par exemple dans le livre certaines de ses correspondances avec des amis ou des adversaires et on peut ainsi mesurer la force de son écriture, son intense réflexion sur le monde qui l’entoure et sa facilité à rendre limpide ses pensées aux autres. Avec les femmes il agit de même : il est insatiable, infatigable, déraisonnable. Il aime le sexe et n’en fait pas une affaire d’état, au contraire même il écrit beaucoup à ce sujet et prône ouvertement la liberté sexuelle, le libertinage et les relations polyamoureuses. Une honnêteté intellectuelle qui ne lui vaut pas que des amis dans la haute société qu’il côtoie.

 

Passionné des relations homme-femme, il l’est tout autant (et cela répond à une certaine logique finalement) de politique. Il imagine et rêve de sociétés utopistes et libertaires, il ne renie pas ses origines et ses idées sont plutôt de gauche, il aime les femmes et se veut défenseur des droits de celles-ci, bien qu’au début de XXème siècle certaines idées qui se veulent féministes et avant-gardistes restent teintées de patriarcat et feraient hurler de rage nos actuelles chiennes de garde.

 

Grâce à David Lodge j’ai découvert et suis entré dans l’intimité de ce personnage hors-normes que fut HG Wells. Ce roman biographique est dense et fait plus de 700 pages, ce qui fait de lui ce qu’on peut appeler vulgairement un sacré pavé. Mais pas de panique, le bouquin est comme son personnage, absolument passionnant. Si bien qu’on lit sans lassitude du début à la fin, et que sous nos yeux se dessine un HG Wells alliant à la fois un classicisme et une modernité insoupçonnée, un personnage touchant et attachant, bourré de talent et de qualités, mais pas pour autant exempt de défauts et d’exagérations. Ajoutez à cette extraordinaire matière brute tout le talent d’écrivain de David Lodge, ses traits d’humour et la classe so british de sa plume, et vous obtenez un excellent livre, plaisant à lire et surprenant (car HG Wells l’a été, surprenant). Vous le refermerez en ayant passé un très bon moment et avec le sentiment d’avoir appris beaucoup de choses sur HG Wells, l’un des pères de la Science-Fiction en littérature. Nous divertir et nous cultiver, que demander de plus à un livre ?

 

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27 mai 2019 1 27 /05 /mai /2019 07:32

On a tous des artistes qui nous touchent plus particulièrement que les autres. Pour moi, Julio Ribera est de ceux-là.

 

Aujourd’hui, voici un an que le dessinateur et scénariste de bande dessinée Julio Ribera nous a quittés. Il avait 91 ans. Si je n’en ai pas parlé lorsque c’est arrivé, c’est parce que je n’ai appris son décès que trois mois plus tard. Et j’en ai été infiniment triste. Parce que Julio Ribera était un grand monsieur du 9ème art, que ses albums m’ont accompagné pendant des années, et que j’ai eu la chance, à deux reprises, de le rencontrer.

 

Preuve de mon âge avancé, je fais partie de ceux qui ont été obligés de faire leur service militaire. N’étant pas versé dans la tradition militaire, j’avoue que cette période « gelée » de 10 mois de ma vie m’a paru longue, et plutôt inutile sur le plan personnel. Pourtant j’en retiens une bonne chose tout de même. Sur la Base Aérienne 132, il y avait une bibliothèque où l’on pouvait emprunter des livres quand on n’était pas occupé à faire la guerre, et en son sein une petite collection de BD. C’est là, en suivant les conseils plus qu’avisés d’un autre amateur de phylactères appelé comme moi sous les drapeaux, que j’ai lu les premiers albums de ce qui allait devenir une de mes séries cultes : Le Vagabond des Limbes, avec Christian Godard au scénario et Julio Ribera au dessin. Cette série m’a durablement marqué de par son originalité, son humour, son inventivité et sa manière incomparable de mêler des thèmes adultes et profonds à la démesure enfantine et au divertissement pur. On y trouve des tas de choses différentes dans cette BD, mais avant tout de l’intelligence, de l’humour et du plaisir. Le Vagabond des Limbes, c’est du bonheur en 31 tomes, tout simplement.

Le Vagabond des Limbes : chaque album est un trésor d'inventivité

J’ai été comme hypnotisé par cette BD. Littéralement happé dans cet univers tellement unique qui ne ressemble à aucune d’autre.

Si les histoires y sont évidemment pour beaucoup, le dessin a tenu un rôle important dans l’amour inconditionnel que j’ai immédiatement ressenti pour cette série. Et derrière le dessin il y a un homme, Julio Ribera, au trait si personnel, reconnaissable entre tous, simple et beau, métamorphe et séduisant. Le duo de créateurs Godard / Ribera étant très prolifique, je me suis évidemment intéressé au reste de leur production, et c’est ainsi que j’ai découvert, et dévoré, leurs autres séries en commun telles par exemple la drôlesque Chroniques du Temps de la Vallée des Ghlomes (très parodique et gentiment coquine), la fascinante Le Grand Manque (que j’aime tout particulièrement) ou l’astucieuse Le Grand Scandale (malheureusement interrompue en cours mais excellente cependant). Je me suis aussi penché sur ce que les compères ont pu produire en solo, en l’occurrence pour Ribera* la série Dracurella (qui mêle parodie et fantastique) et surtout la trilogie Montserrat – Souvenirs de la guerre civile, Jeunesse bafouée – Une dictature au fil des jours et Paris liberté – Le parfum de l’espoir. Cette trilogie forme une autobiographie de Ribera, où il nous raconte son enfance en Espagne jusqu’à ses premiers boulots en tant que dessinateur en France, et qui se conclut dans les années 1970, sur sa rencontre avec Christian Godard et le début de ce qui allait devenir son œuvre la plus connue, Le Vagabond des Limbes.

Le Grand Scandale, une série malheureusement inachevée

Si j’ai réellement adoré toutes ses histoires plus divertissantes les unes que les autres, cette trilogie à caractère autobiographique, que je viens de relire avant d’écrire cet article, a un parfum différent, quelque chose à part du reste. Et pour cause : le héros de ces BD c’est Julio Ribera lui-même. Quand j’écris « héros » ça n’est sans doute pas le mot que lui-même aurait choisi, il aurait sans doute préféré utiliser le terme « personnage principal », la modestie faisait partie intégrante du bonhomme. Dans ces albums il nous raconte ses souvenirs d’enfance, des plus joyeux aux plus tragiques, il parle de l’insouciance d’avant l’arrivée de Franco au pouvoir, de l’avant -guerre. Il raconte ses parents, sa ville (Ribera est né à Barcelone), les plaisirs enfantins, les restrictions, la dictature, sa petite sœur, son amour du jazz, ses études avortées, son goût pour le dessin qui lui vient très tôt, son service militaire, ses amours, son envie de liberté et enfin le grand saut, celui qui l’a amené à s’expatrier avec son épouse en France, à Paris. Il raconte ses débuts difficiles pour percer dans la presse en tant que dessinateur, lui qui, vaille que vaille, aura toujours réussi à vivre de son art, à sa plus grande fierté et malgré toutes les difficultés qu’il aura eu à surmonter pour y parvenir.

La trilogie autobiographique de Julio Ribera

Lire cette trilogie autobiographique c’est plonger dans un passé révolu, si proche mais qui peut nous paraître parfois si lointain… Julio Ribera est né en 1927, il est donc de la génération de mes grands-parents, et je n’ai pas pu m’empêcher de penser à eux et à leurs conditions de vie en lisant ses souvenirs à lui. Il y a dans le ton employé, les scènes retranscrites et les souvenirs évoqués, dans les mots choisis pour les relater, quelque chose de beau, de calme, d’ancien, de doucement suranné qui provoque un décalage inévitable avec le monde actuel, tout en ancrant le récit dans une réalité incontestablement parlante. Ses phrases ont cette tournure entre simplicité et désuétude qui laisse transparaître la bienveillance et l’instruction de celui qui les écrit. Julio Ribera est né espagnol et n’a pas appris le français à l’école mais d’abord épisodiquement chez un de ses oncles marié à une française, puis surtout sur le tas, lorsqu’il est venu s’installer en France. Et pourtant, cela m’avait frappé également en discutant avec lui, il a ce même soin porté au choix de ses mots qu’ont les anciennes générations, ce même vocabulaire précis et riche. Tout en gardant un délicieux accent ibérique à peine atténué par le temps. Julio Ribera écrivait dans ses BD comme il s’exprimait dans la vie. Avec élégance et simplicité.

 

Je retiens énormément de cette trilogie, et j’en ai beaucoup appris sur l’homme qui s’est mine de rien beaucoup dévoilé dans ces pages. Il l’a avoué lui-même : passer à l’acte de rédiger ces albums lui a été difficile, mais libérateur. Il a même qualifié cette œuvre de soulagement après coup.

J’ai tout particulièrement été touché par sa façon de raconter ses parents. C’est étonnant de lire ce récit de la plume d’un vieil homme et de l’entendre s’exprimer sur ses parents comme s’il était encore leur petit garçon (dans le premier tome bien entendu). On se rend compte ainsi à quel point l’esprit reste jeune, qu’on peut être plus âgé que ne l’ont été ses propres parents tout en restant leur petit garçon dans son cœur. C’est exactement la sensation que j’ai ressentie en lisant cette histoire. Et j’ai trouvé cela émouvant et très beau. D’ailleurs pour illustrer cette sensation, je n’ai pas pu m’empêcher de noter que durant les 3 albums de son autobiographie, qui couvrent en gros la période 1930 – 1970, Ribera ne modifie que très peu la manière graphique de représenter ses parents, ils ne semblent pas vieillir dans son esprit. Alors que lui-même se représente à différents âges, et dans le dernier tome, alors qu’il arrive aux portes de la cinquantaine, il se dessine très fidèlement en montrant les cheveux grisonnants qu’il a eus tôt. C’est ainsi qu’on le voit barbu, les cheveux poivre et sel, auprès de ses parents, quasi-inchangés, figés dans leur apparence des années 1950. Le contraste est saisissant, et très touchant.

Deux dédicaces, deux autoportaits, le jeune garçon et l'homme mûr

J’y ai également appris ses débuts dans le métier, ainsi que son engagement pour le statut des artistes de bande-dessinée, leur protection sociale, leurs droits. Dans ce cadre, l’homme savait faire preuve de calme autant que de détermination, de droiture et de convictions. Et il savait qu’on est plus fort à plusieurs. Quand en 1988 il a créé avec Christian Godard leur propre maison d’édition, Le Vaisseau d’Argent, c’était justement pour fédérer un maximum de leurs collègues et leur permettre de mettre en chantier des projets qui leur étaient refusés ou corsetés ailleurs. La conjoncture ne leur avait pas permis de se maintenir à flot et ils avaient été contraints de jeter l’éponge en 1991, mais l’idée avait été belle, et l’aventure avait au moins eu l’avantage d’être tentée et concrétisée.

Julio Ribera & Christian Godard

J’aimerais ici revenir quelques instants sur mes rencontres avec Julio Ribera, et partager mes souvenirs de lui. J’ai donc pu l’approcher à l’occasion de deux séances de dédicaces, l’une en 2004 au Festival de Colmar, l’autre en 2013 au festival Bédéciné d’Illzach. Les deux fois, je n’étais venu que pour lui, mon sac à dos rempli de ses albums, à passer inlassablement en queue de sa file d’attente après chaque dédicace obtenue. À son plus grand étonnement d’ailleurs ! Mais pour moi sa venue tenait tellement de l’événement que je ne voulais pas en rater une minute. J’ai eu ainsi de très beaux dessins** mais surtout l’occasion de le voir dessiner avec application, l’esprit calme, la main sûre. S’interrompant parfois pour répondre à mes questions, m’expliquer quelque chose ou juste converser tranquillement. Avec cette grande gentillesse et cette douceur dans la voix et dans les expressions qui le caractérisaient. Julio Ribera avait ce ton cordial et sincère quand il parlait, et l’écouter était à la fois plaisant et instructif. Qu’il parle du monde de la bande-dessinée, de ses souvenirs, ou de l’art de manière plus générale.

Julio Ribera en 2013 à Illzach

Il était accompagné les deux fois par son épouse qui participait elle aussi aux discussions, et était aux petits soins avec lui. « Julio, tu devrais faire une pause tu es fatigué », « Julio, pense à la route qui nous attend pour rentrer, ménage-toi », elle le chouchoutait. « Vous savez nous sommes venus en voiture depuis la Savoie, Julio aime conduire mais ça fait loin quand même » m’avait-elle confié entre deux dessins… Je me souviens de leurs petits échanges de sourires, faits de douces chamailleries d’où émanaient beaucoup de bienveillance et de tendresse, pas du tout à l’image d’un vieux couple grincheux bien au contraire, ils donnaient l’impression de se connaître par cœur et de se taquiner, comme une façon de se dire toute leur affection à mots couverts, dans une langue qui n’appartiendrait qu’à eux.

 

Un léger sourire aux lèvres, l’œil pétillant, des gestes mesurés, une élocution non pas lente mais posée et toujours précédée d’un temps de réflexion, Julio Ribera avait fait preuve de beaucoup de gentillesse et de patience lors de ces séances de dédicaces, alors qu’il faisait déjà parti des seniors parmi les auteurs invités. Il était comme ça Ribera. Ça avait l’air d’un type vraiment bien.

Musky a bien des raisons d'être triste...

Je garde un souvenir lumineux de nos rencontres, et je chéris les dessins dont il a bien voulu orner mes albums. J’ai du mal à dire lequel est mon préféré. Il y a la dédicace du tome 2 du Grand Manque que j’aime tout particulièrement car il y a sur une même page un dessin de Ribera, un mot de Christian Godard le scénariste et un autre de Claude Plumail qui l’avait assisté au dessin pour les décors. Il y a cette Musky qui pleure***, ces autoportraits jeune puis plus âgé dans son autobiographie, sa si chère Dracurella ou cette pin-up dans le tome 1 du Grand Scandale… et encore beaucoup d’autres. Mais je crois que si je devais en élire un seul, ce serait certainement son Alchimiste Suprême**** que je lui ai demandé dans le tome du Vagabond des Limbes du même nom. « Ola, attendez-voir, vous êtes sûr que vous voulez ce personnage ? Bon il va falloir me laisser un peu de temps pour me le remémorer, ça fait longtemps que je ne l’ai plus dessiné vous savez »… et pourtant il l’a dessiné, et il est superbe. Un chouette souvenir que cette journée-là.

L'Alchimiste Suprême vous salue !

Je dois en fait de nombreux très bons souvenirs à Julio Ribera, souvenirs impérissables de lecture, mais aussi quelques souvenirs d’échange dans la « vraie vie », moins nombreux mais qui auront durablement marqué ma mémoire. Pour tout cela, merci beaucoup monsieur Ribera.

Un grand et bon souvenir

Et dire que L’Engrenage, 32ème tome de la série du Vagabond des Limbes, qui apparemment devait également faire office de conclusion à la série, a été entièrement dessinée par Julio Ribera mais jamais sorti par Dargaud, pour je ne sais quelle (très mauvaise) raison liée à un changement de politique d’édition qui avait vu l’annulation de la série… Quel manque de respect et d’élégance de la part de l’éditeur français envers Julio Ribera et Christian Godard...

Axle Munshine verra-t-il son ultime aventure publiée ? Trouvera-t-il ses réponses ?

Avec son décès, c’est encore une de mes plus grandes références culturelles qui s’en va, me laissant un peu plus orphelin à chaque fois. Il vogue à présent à jamais au bord du Dauphin d’Argent d’Axle Munshine, un éclat un peu plus brillant que les autres au sein du firmament...

Ribera nous laisse l'univers imaginaire qu'il a co-créé en héritage...

* la liste est non-exhaustive, on peut citer d’autres de ses travaux, mais que je n’ai pas (encore) lus, tels que Tony Sextant, Pistol Jim, Le Barrage ou encore Viva Maria

** mon rêve secret ? Avoir une planche originale du Vagabond des Limbes, ou du Grand Manque accrochée chez moi à mon mur, mais ça n’est malheureusement pas dans mes moyens...

*** « ah bon ? mais pourquoi voulez-vous qu’elle pleure ? » m’avait-il questionné quand je lui ai demandé ce dessin, juste avant de s’exécuter. Je ne sais plus vraiment pourquoi, mais pendant un temps c’était comme un thème récurrent que je soumettais aux artistes qui me demandaient ce que je désirais comme dédicace, « leur personnage qui pleure »…

**** ou Dieu si vous préférez, mais vu par Godard et Ribera, c’est-à-dire pas exactement comme vous l’imaginiez !

L'Alchimiste Suprême, ou Dieu comme vous ne l'imaginiez pas !

NB : les auteurs ayant récupéré la totalité des droits en ce qui concerne Le Vagabond des Limbes, toutes les images illustrant cet article et tirées de la série sont sous copyright © Godard & Ribera

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