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Avant de lire les notes que je fais sur les films que je vois et les bd que je lis, sachez que dans mes commentaires il m'arrive parfois de dévoiler les histoires et les intrigues. Ceci dit pour les comics, je n'en parle que quelques mois après leur publication, ce qui laisse le temps de les lire avant de lire mes chroniques.
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20 avril 2017 4 20 /04 /avril /2017 16:21

Alors voilà, un jour de l'année dernière, mon ami Arnaud m'a parlé de son projet de tour du monde qu'il avait prévu de réaliser en 2017. Et il a cru bon de ponctuer son annonce par un "et si jamais tu veux m'accompagner tu es le bienvenu".

Première réaction : "ouah trop bien, quelle chance il a ! Mais il a raison d'aller au bout de ses rêves !"

Suivie de près par la seconde : "oui mais bon, moi je ne peux pas."

Sauf que bien entendu, quand la graine de l'idée est semée, elle ne laisse aucun répit et elle germe, envers et contre tout au fond de l'esprit et des pensées...

Si bien que j'en suis arrivé à ce point dans ma réflexion : "et pourquoi pas finalement ?"

Bon, des raisons parfaitement concrètes il y en a en fait plein. Et toutes sont raisonnablement valables. Des raisons raisonnables donc, c'est dans le nom. Je me suis donc demandé : "et si on mettait un temps la raison de côté, qu'est-ce que ça donnerait ce projet ? Juste comme ça hein, pour voir ?"

Et là, le piège s'est définitivement refermé sur moi. Car ce genre de truc, tu y mets un doigt, ça te broie tout le corps très vite. Imaginez, on se prend à faire des itinéraires, on évalue les différentes possibilités de destinations, on jette sur papier tous les rêves qu'on a un jour fait, et pour certains tous ces choses qu'on regrette de n'avoir pas fait plus tôt. Quand on pouvait. Quand on avait le temps et l'occasion. Forcément, tout ça cumulé, ça fait d'un projet hypothétique et fou, quelque chose qui ressemble très vite et furieusement à un objectif impératif. Et alors, plus moyen de faire marche arrière...

C'est donc tout penaud que je suis revenu vers Arnaud pour lui demander : "euh dis-moi, ton invitation tient toujours ?"

C'est après que les choses se sont compliquées. Il a fallu organiser, prévoir, ne pas faire n'importe quoi, prioriser et discuter aussi, beaucoup. Et ce n'est que parce qu'il y a eu de la volonté et de l'enthousiasme de mon côté, mais aussi et surtout de la compréhension et de l'aide autour de moi que le projet a grandi et s'est transformé en réalité. Ou presque, il le sera vraiment au moment où le premier avion de notre voyage aura décollé du tarmac. C'est à dire, sauf catastrophe, dimanche 23 avril 2017 à Francfort.

Alors si vous avez envie de vous joindre, virtuellement, à Arnaud et moi pour ce voyage qui va passer par l'Ouest Américain, Hawaii, la Nouvelle-Calédonie, l'Australie, la Malaise et la Réunion, vous êtes les bienvenus sur notre blog dédié à notre tour du monde.

Ça se passe par ici : http://tdm-2017.blogspot.fr/

 

Et pour vous donner une idée du périple à venir qui durera 48 jours exactement, rien de mieux qu'un itinéraire sur planisphère...

 

 

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1 décembre 2016 4 01 /12 /décembre /2016 17:10

Leonard Cohen, l’immense Leonard Cohen est mort. C’était le 10 novembre, et pour dire la vérité, je ne m’en suis pas encore remis. Ça doit sans doute paraître bizarre ou exagéré pour certains, et pourtant c’est vrai, j’accuse encore le coup. Le songwriter canadien était pour moi une telle référence, je l’ai tant écouté et il m’a tant accompagné depuis qu’il est entré dans ma vie quelque part à la fin de mon adolescence, que la nouvelle de son décès m’a été très dure à encaisser. J’ai tant de souvenirs liés à lui et à sa musique, qu’il faisait partie intégrante de ma vie. Près de trois semaines plus tard, j’ai encore du mal à réaliser, et je peine à prendre mon clavier pour écrire quelques mots à son sujet. C’est difficile d’écrire quand ça fait mal, mais petit à petit, phrase après phrase, ça aide. Cet homme au talent incroyable, cet immense artiste m’a tant imprégné de ses mélodies et de ses textes que je sais que j’en resterai marqué à jamais.

Laissez-moi vous expliquer pourquoi. Je vais tâcher d'être bref. Ou pas. En fait non, je ne crois pas.

Leonard Cohen, toujours impeccable.

Leonard Cohen, toujours impeccable.

Mon premier souvenir conscient d'une chanson de Leonard Cohen remonte à mon adolescence. Peut-être l'avais-je entendu auparavant sans m'en rendre compte, toujours est-il que la première fois dont je me souvienne remonte à un samedi soir, autour de 23h / minuit, en regardant la télévision. Sur la TSR (la Télévision Suisse Romande) passait à cette case horaire des films toujours intéressants car exclus des prime-time de TF1 et Antenne 2. Je parle là d'un temps où l'offre télévisuelle était très limitée. Chez moi on avait trois chaînes françaises, on ne captait ni la 5 ni M6 toutes récentes, et Canal + c'était avec décodeur donc niet. Bonjour la diversité des programmes. Heureusement il y avait aussi la TSR qui faisait office de chaîne exotique par sa programmation un peu en avance par rapport aux trois chaînes hertziennes françaises (pour mémoire : TF1, A2 et FR3). Songez qu'on pouvait y voir des choses comme Dream On en VOST, série culte du début des années 90 par exemple. Certes il fallait veiller un peu tard le samedi soir, mais c'était là un bien maigre effort à faire pour moi qui à cet âge là ne m'endormais pas encore flasquement devant la télé passé 22 heures. Et donc j'ai vu sur cette chère TSR, le film Pump up the Volume mettant en scène un tout jeune et rebelle Christian Slater alias Harry la Trique qui faisait de la radio pirate. Et dans sa programmation musicale, devinez quoi ? Le 33 Tours I'm Your Man de Leonard Cohen (un de ses plus grands albums à mon avis) et le morceau qui pour moi est depuis culte de chez culte : Everybody Knows. Autant vous dire que ça m'a fait un gros, gros effet, cette voix caverneuse qu'on imagine accompagnée de volutes de fumées, de petites pépées aux choeurs et d'un verre de whisky old fashioned. Mais en ce temps là j'étais encore un peu jeune, il n'y avait pas d'internet et donc pas facile de retrouver les références du morceau une fois le générique de fin passé... Quelques temps après, je tombe par hasard tout heureux sur le CD (support encore très récent puisqu'il cohabitait à part égale avec les vinyles) de la bande originale du film ! Wouh-ouh ! Je l'achète, le mets dans le lecteur et là : déception ! Everybody Knows est bien sur l'album, mais ce n'est pas la version de Cohen mais une reprise par Concrete Blonde qui est l'opposé vocal de Leonard Cohen : voix suraigüe, tempo rapide... rien à voir ! Très déçu je passe à autre chose…

… Et c'est un an ou deux après cela que je vais voir au cinéma le film d’Oliver Stone, Natural Born Killers. Et que je succombe à la géniale bande originale du film, à la tête de laquelle il y a deux incroyables morceaux de Leonard Cohen : The Future et Waiting for the Miracle. J'achète le CD, j'écoute et je reconnais directement la voix qui m'a fait tant d'effets quelques années auparavant. Références prises sur le CD je découvre enfin le nom qui se cache derrière la voix. Leonard Cohen. Ni une ni deux, je file chez mon disquaire attitré (à l'époque j'étais étudiant à Nancy et le magasin le mieux achalandé question musique c'était La Halle aux Livres) et j'achète les deux albums The Future et I'm Your Man. Je tombe définitivement sous le charme et l'emprise de cette voix et de ces mots si finement choisis et si parfaitement dits.
 

Songwriter et Ladies' man jusqu'au bout des chaussures...

Songwriter et Ladies' man jusqu'au bout des chaussures...

C’est alors un nouveau monde qui s’ouvre à moi, car Leonard Cohen chante depuis la fin des années 60, j’ai donc quelques albums à découvrir, et mes années de BTS à Nancy seront intimement liées à cette découverte, album après album. À cette époque, les choses étaient différentes d’aujourd’hui. Un album c’était un CD, un objet avant tout, une entité à part entière, avec une personnalité, un ton, un sens. Pas de vulgaires fichiers mp3 téléchargés à la sauvette et à peine écoutés, mélangés, sans aucun autre ordre que l’ordre alphanumérique. Et un objet avec un livret, dans lequel on trouve des photos et les textes des chansons. Combien de temps ai-je passé allongé dans ma chambre d’étudiant de 9 m², sur mon lit qui avait une porte en guise de sommier, à écouter en boucle ces disques et en suivant les paroles sur le petit livret ? Combien de temps ai-je passé à regarder, fasciné, ce type en costume impeccable manger sa banane avec cette classe incommensurable ? Impossible à chiffrer mais ça a dû en faire des heures et des heures. Et si aux yeux de certains cela pourrait passer pour du temps perdu, ça n’est pas du tout ainsi que je considère tout ce temps à lire et écouter du Cohen en ne faisant strictement rien d’autre. Non, pour moi c’était un voyage, et quel voyage ! Qu’est-ce que j’ai pu voyager, cloîtré dans ma cité U, par la magie des mots de Leonard Cohen…

Aujourd’hui, quand j’écoute un album de Leonard Cohen, je voyage toujours. La plupart du temps dans le passé. Je revis des moments qui sont définitivement et intimement liés à certaines chansons. Des sentiments, des sensations, des souvenirs qui collent aux sons et aux mots et y resteront toujours associés.

 

Ce type mangeant une banane avec classe et nonchalance m'aura durablement marqué !!

Ce type mangeant une banane avec classe et nonchalance m'aura durablement marqué !!

Ce jour où j’ai entendu la première fois sa voix dans la bande son de cet obscur film, et l’effet que ça m’a fait, dont je me souviens encore comme si c’était hier alors même que je ne crois avoir pas revu ce film depuis une bonne vingtaine d’années au bas mot.

Ce jour où j’ai enfin découvert que ce type à la voix incroyable avait un nom et que ce nom était Leonard Cohen.

Ce jour où j’ai fait écouter If It Be Your Will à mon père sur la vieille chaîne hifi Revox du salon. Je ne me souviens plus de quand c’était exactement, il y a certainement près de vingt ans déjà, mais je me rappelle bien qu’il m’a dit trouver ça très beau et qu’il avait l’air touché par la chanson.

Ce jour où j’ai écouté pour la première fois Ten New Songs son album de 2001, alors que rien ne laissait espérer un nouvel album (le précédent, un live, datait de 1993), et qui est certainement l’un de ses tous meilleurs. Je m’en souviens j’étais à Aix-en-Provence, en formation, et j’écoutais le CD les soirs sur un ordinateur de l’école…

 

Leonard Cohen sous le portrait de son père, Nathan Cohen.

Leonard Cohen sous le portrait de son père, Nathan Cohen.

Ce jour où j’ai appris que Leonard Cohen reprenait une tournée en 2008, et qu’il passait à quelques kilomètres de chez moi au festival Stimmen de Lörrach. Je n’en revenais pas, le pensant perdu pour la scène (longtemps il ne s’est plus produit et d’aucuns affirmaient même qu’il avait perdu sa voix et qu’il était quasi-aphone). J’ai sur le champ acheté 5 ou 6 billets, me disant que je trouverai des gens pour m’accompagner, quitte à les traîner de force…

… Et ce jour où effectivement j’y ai emmené avec moi ma fée, ma frangine, ma maman et mon ami Rémy. Ce fut un moment inoubliable, aussi bien du point de vue de la qualité du spectacle que de l’impact émotionnel qu’il a eu sur moi. L’un de mes plus grands souvenirs. Cet instant magique sorti d’un rêve éveillé où Leonard Cohen, seul, avec sa guitare, son chapeau et élégamment vêtu de son costume gris anthracite dont il avait cependant abandonné la veste pour se contenter d’apparaître en chemise, cravate et gilet de costume trois pièces, est venu sur scène deux heures avant le concert, alors que le soleil commençait à descendre sur l’horizon, pour y faire une ultime répétition. La première chanson que je l’ai entendu chanter en direct et en acoustique, Who By Fire, qui m’a transporté ailleurs, loin, dans un lieu proche du paradis et que j’ai accompagné de bout en bout, mot après mot comme dans un songe, avant que le canadien ne salue de son chapeau la foule déjà agglutinée devant la scène, un large sourire aux lèvres, visiblement aussi heureux et ému que nous d’être là et nous donnant rendez-vous un peu plus tard…

Depuis ce jour-là, j’ai tenté de le voir et le revoir encore et encore en concert, et par chance il a enchaîné tournée sur tournée, si bien que j’ai pu aller l’applaudir sept fois entre ses tournées de 2008, 2009, 2010, 2012 et 2013, pour un bonheur à chaque fois renouvelé, d’intenses moments de pur enchantement.

Ce jour où j’ai fait écouter du Leonard Cohen pour la première fois à Nathan. Les écouteurs du casque étaient posés sur le ventre rond de sa maman.

Ces jours de joie ou de tristesse, de bonnes nouvelles ou de désespoir, de plaisirs intenses ou de douleurs sourdes durant lesquels ses chansons m’auront fidèlement accompagné, apaisé ou réconforté.

...

Le tout petit Leonard sur les épaules de son père, Nathan Cohen.

Le tout petit Leonard sur les épaules de son père, Nathan Cohen.

Ce vendredi matin-là je me suis levé un peu avant 8h, j’avais passé une mauvaise nuit comme il m’arrive peu souvent d’en passer. Peuplée de rêves désagréables. Incapable de m’endormir profondément je m’étais réveillé sans cesse, sans arriver à trouver de véritable repos. C’est avec cette sensation de n’avoir quasiment pas dormi que le matin venu j’ai enfilé mes habits, sauté dans la voiture et suis parti pour chercher baguette et petits pains. C’est là que j’ai entendu la nouvelle à la radio. Leonard Cohen était parti pour son dernier voyage durant la nuit. Déjà les hommages commençaient à fleurir sur les ondes malgré l’heure matinale en ce jour férié. Les larmes sont venues sans prévenir, une profonde tristesse m’a envahi, et seul sur la route, j’ai pleuré à mon volant. Je me suis senti soudain si seul… The man who’s born with the gift of a golden voice s’en était allé dans la nuit. Il était sans doute parti rejoindre sa muse, sa Marianne, celle de la chanson, partie à peine quelques semaines plus tôt fin juillet. Il lui avait écrit une ultime lettre qu’elle reçut deux jours avant de mourir, où il lui écrivait :

Marianne, le temps où nous sommes si vieux et où nos corps s’effondrent est venu, et je pense que je vais te suivre très bientôt. Sache que je suis si près derrière toi que si tu tends la main, je pense que tu pourras atteindre la mienne. Tu sais que je t’ai toujours aimée pour ta beauté et ta sagesse, je n’ai pas besoin d’en dire plus à ce sujet car tu sais déjà tout cela. Maintenant, je veux seulement te souhaiter un très bon voyage. Adieu, ma vieille amie. Mon amour éternel, nous nous reverrons”.
 

Marianne et le chat, en Grèce au début des années 1960.

Marianne et le chat, en Grèce au début des années 1960.

Jusqu’à la fin ses mots furent beaux, justes, et si chargés de sens et d’émotions profondes.

Le poète montréalais laisse derrière lui un héritage d’une rare richesse. Une discographie exemplaire et des écrits déjà passés à la postérité tant son talent de songwriter se partageait à part égale entre la beauté et la finesse de ses mélodies, et la puissance et la profondeur de ses textes. Je me suis d’ailleurs fait cette réflexion quand Bob Dylan a reçu il y a peu le prix Nobel de littérature, me disant que sur le plan de l’écriture, Leonard Cohen eut au moins tout autant que lui mérité cette reconnaissance.

Son fils Adam Cohen est du reste là, et bien là, pour reprendre le flambeau et écrire une nouvelle page musicale signée Cohen. Avec la même voix que son père au même âge, Adam longtemps resté dans l’ombre de son illustre paternel, déborde pourtant lui aussi de talent, un talent qui lui est cependant propre, pas un fac-similé de celui de Leonard.
 

Adam et Leonard, milieu des années 1970.

Adam et Leonard, milieu des années 1970.

J’ai vu il y a peu de temps sur Arte un documentaire ancien de Tony Palmer, qui suivait Leonard Cohen lors de sa tournée européenne de 1972 ! Autant dire qu’à l’époque il ne jouissait pas encore de la reconnaissance qu’il a obtenue plus tard, et que sa tournée et ses moyens étaient tout à fait modestes. Voir Leonard Cohen âgé de 38 ans dans ce documentaire, c’est-à-dire à peine plus jeune que moi aujourd’hui m’a fasciné. Étrange quand on l’a toujours connu d’un âge plus mûr. Et pourtant c’était lui, le même, cette même douceur, cette même modestie, ce même perfectionniste qui s’excuse d’être un piètre chanteur. Ce même talent, ce même engagement dans chacune de ses chansons, qui n’interprète pas mais qui vit chaque titre à chaque fois qu’il chante. Et dans ce documentaire des années 70 venaient s’insérer d’autres images plus personnelles. On y aperçoit Marianne Ihlen d’ailleurs, belle et rayonnante aux côtés d’un Leonard plus intime. Mais surtout, on y voit des films de famille, où l’on retrouve un tout jeune Leonard Cohen d’à peine 2 ou 3 ans entouré de sa sœur et de sa mère. Éclatant de rire sous les chatouilles d’un monsieur moustachu, son père Nathan Cohen. Faisant du patin à glace avec toute la maladresse et l’innocence d’un enfant de son âge, dans un Montréal de la belle époque des années 30. Grimpant sur le dos de sa grande sœur et chahutant comme n’importe quel gamin dont la joie de vivre déborde. Avec toujours un sourire fabuleux aux lèvres. Ces images m’ont cueilli, et profondément touché quand je les ai vues, seul à 1h du matin devant ma télé. Des images d’un autre temps, d’un Leonard qui avait l’âge de mon Tom. D’un Leonard qui avait peu ou prou mon âge aujourd’hui. Des images simples et belles. Qui venaient s’entrechoquer avec celles plus récentes que j’ai gardées de lui , celles des concerts d’un vieux monsieur plein de pêche et exultant du bonheur d’être sur une scène, des images qui me rappelaient par moments furieusement mon propre grand-père le temps d’un sourire. Enfant, adulte, vieillard. Multiple mais toujours le même. Encore une fois sans prévenir, des larmes ont coulé. Des larmes de tristesse, mais pas que. De nostalgie. De bonheur aussi. Quand je dis que cet homme est de ceux qui m’auront le plus touché et marqué, je crois sincèrement ne pas exagérer, aussi étrange soit-il de dire cela d’un homme que je n’ai pas connu personnellement, dont je ne me suis d’ailleurs même jamais approché à moins de quelques mètres… et pourtant, comme il aura compté.

Leonard et sa maman, Masha Cohen, fin des années 1930.

Leonard et sa maman, Masha Cohen, fin des années 1930.

Me dire que jamais plus je n’aurais cette petite excitation, ce frisson au moment d’apprendre qu’il prépare un nouvel album, au moment de l’acheter (toujours en plusieurs exemplaires, pour en offrir) et de l’écouter pour la première fois, de le réécouter dans la foulée, et encore… jusqu’à avoir l’impression de connaître ces nouvelles chansons depuis toujours... Je ne peux pas m’empêcher de me dire que la vie sera un peu plus triste sans ces émotions-là.

Mais je reste heureux. De l’écouter tous les jours ou presque depuis des années. De l’avoir fait découvrir à beaucoup de gens de mon entourage qui comme moi ont succombé à ce talent unique. Heureux et fier aussi de ça. Ému d’avoir reçu des petits mots, des sms, ou juste une pensée de la part de gens qui me connaissent et qui en apprenant son décès ont immédiatement songé à moi. C’est touchant. Et j’y vois la preuve que ceux qui me connaissent savaient comme je l’aimais sincèrement. Il est rare qu’un artiste vous touche au point d’aider à votre propre construction personnelle. Au point de vivre un peu à travers vous. Et quand cet artiste s’en va, il n’est pas étonnant finalement, d’avoir cette affreuse sensation de perdre un morceau de soi en même temps.

Leonard Cohen, en toute circonstance un sourire inoubliable.

Leonard Cohen, en toute circonstance un sourire inoubliable.

Et comme même quand une vie s’arrête, la vie elle ne s’arrête pas, comme l’enseignent de nombreux sages et penseurs, qui n’ont pas attendu qu’une religion quelconque leur impose son dogme à ce sujet, tout est cycle. Et si j’aurai toujours ce manque en moi maintenant que Leonard Cohen est parti, c’est presque naturellement que le sourire m’est revenu depuis, en allant voir en concert ce vieux crocodile de Tony Joe White, les agités extravagants et extras tout court du groupe finlandais Steve’n’Seagulls, et le trop rare mais excellentissime Randall Bramblett.

Personne jamais ne pourra remplacer Leonard Cohen, mais la musique garde son pouvoir sur moi, et c’est réconfortant de le constater.
 

Leonard Cohen en costume, toujours.

Leonard Cohen en costume, toujours.

Alors c’est avec un sourire que j’espère aussi grand et beau que celui qu’il avait à chacun de ses concerts, que je lui dis aurevoir mais surtout merci monsieur Cohen. Vos chansons resteront et vibreront éternellement en moi, au plus profond de mon coeur et de mon être. Il m’est impossible d’exprimer en mots toute la richesse de ce que vous m’avez apporté et continuez à m’offrir à chaque écoute. Sans vous je ne serais simplement pas celui que je suis aujourd’hui.

Thank you mister Cohen.

Leonard Cohen, juillet 2008.

Leonard Cohen, juillet 2008.

Ring the bells that still can ring
Forget your perfect offering
There is a crack in everything
That's how the light gets in.

Leonard Cohen - Anthem

There is a crack in everything, that's how the light gets in.

There is a crack in everything, that's how the light gets in.

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1 mai 2015 5 01 /05 /mai /2015 16:41


[Stop.
Rembobinage, Retour Rapide.
Stop.]

 

Lundi 10 février 1997, 21h00…

… un lundi soir d’hiver, à Valenciennes, rue des Anges … la soirée s’annonce passionnante ! J’ai le choix : je peux m’envoyer un comics (Panini vient tout juste de reprendre la licence Marvel, il y a plein de nouveaux mensuels qui remplacent de mes Strange et Titans habituels), ou sortir boire un pot au Paradis de la Bière (mais c’est loin, il fait froid et les potes sont un peu frileux), ou aller au cinéma de quartier (mais à part le Didier d’Alain Chabat que j’ai déjà vu, il n’y a rien qui me branche cette semaine). Ou bien réviser mes cours tiens. Non faut pas déconner non plus hein. Allez va, voyons voir ce qu’il y a à la télé, on trouvera bien un truc à mater1.

L’écran 51 cm de ma superbe télévision à tube cathodique s’allume, je zappe comme un fou : depuis que je suis à Valenciennes je capte M6, révolutionnaire2 !

Je tombe sur France 2, c’est la retransmission des Victoires de la Musique… mouais, pas ma tasse de thé d’habitude, toujours les mêmes têtes et les mêmes sons qui passent… c’est pas demain la veille que je verrai un Christian Décamps dans ce genre d’émission… Mais bon, en fond sonore, et à défaut de mieux, ça fera l’affaire…

Tiens qu’est-ce que je disais : le Pascal, le Florent, la Zazie, la Ophélie… quelle originalité ! Et puis c’est pas comme s’il y avait du suspense non plus : c’est évident que Aznavour et Barbara vont remporter la timbale, y a pas photo avec les autres ! Ah chouette, quand même dans les groupes il y a Les Innocents et Noir Dèz, j’espère qu’ils vont pas se faire griller par les NTM, ce serait un comble. Bon bah finalement, je vais me lire un petit Amazing Spider-Man moi…

« … tout larguer, balayer la ville … les pieds dans la mer, immobile … là où tout semble si facile ... »

… ! … attends, c’est quoi cette voix de ouf ? Je lâche ma BD cinq secondes, faut que je vois qui chante-là… C’est un grand gars, belle gueule, inconnu au bataillon, jamais vu, jamais entendu non plus. Mais quelle put### de voix il a ce mec ! Bon attends, je note son nom. Quand ils veulent ils le redonnent hein ! Nommé dans la catégorie révélation variétés de l’année, blablabla… Ah ça y est : Fred Blondin, tiens c’est marrant, Blondin comme Clint Eastwood dans Le Bon, la Brute et le Truand ! Enfin bref c’est noté sur un papelard. Ce serait cool qu’il gagne tiens, j’ai bien aimé cette chanson.



… et la révélation de l’année est … Juliette !

Pfff… pas mon trip. Dommage pour le gars Fred là. Faudra que je vois ce qu’il fait quand même un de ces jours…

[Stop.
Avance Rapide.
Stop.]

 

Mardi 11 février 1997, 17h00…

… pas fâché de sortir de ce cours soporifique… j’ai du bol, il fait un peu moins froid aujourd’hui, tiens je vais en profiter pour faire un saut chez le disquaire3 ! C’est cool quand même d’avoir un disquaire à 200 mètres de chez soi. Pas pour les économies, mais pour le confort auditif et le moral, oui ! Bon alors, le bac des nouveautés… j’ai noté le nom du mec d’hier soir, là je l’ai : Fred Blondin, l’album J’voudrais voir les îles, je confirme c’est bien lui. Allez, emballé c’est pesé, je vais m’écouter ça tranquillou4 ce soir.


 

La vache, j’ai bien fait d’acheter cet album, j’ai eu du pif sur ce coup-là ! C’est simple, j’ai du mal à dire quelle est mon titre préféré tant j’aime. La classe pure des morceaux de CharlÉlie, la géniale reprise de Gainsbourg, le spleen de Sans Rien Dire ou de Pendant qu’en Ville, la révolte de C’est pas ça la Vie, le soleil de J’voudrais voir les Îles, la résignation de La Fin de Nous, ou le délire des riffs de guitare sur Tu m’aimes à quelle heure ?

Bon ben, la touche repeat de mon discman5 va s’avérer très utile les jours qui viennent.

381. Un samedi soir à Staffelfelden

[Stop.
Avance Rapide.
Encore.
Encore.
Stop]

 

Samedi 18 avril 2015, 21h00…

… un samedi soir de printemps à Staffelfelden, rue des Faisans… la soirée s’annonce juste géniale. Autour de moi mes proches, ceux qui comptent, ceux que j’aime. Ma famille. Et mes amis. Mais des amis comme ça, pour moi de toute façon c’est la famille. Et puis à table, assis à ma droite, Fred Blondin. Le Fred Blondin. Le mec que j’avais vu pour la première fois un 10 février 1997, pffiouu… il y a 18 piges ! Un grand gars, bonne gueule, avec toujours cette même put### de voix, et en plus -mais à vrai dire j’en doutais pas- un mec super sympa, à la cool, simple, direct, vrai6.

Ça fait 18 ans que sa musique me suit partout où je vais, que j’ai seriné à peu près tous ceux que je connais avec ses chansons, que j’ai acheté et distribué autour de moi ses disques.

Ce mec-là est assis à côté de moi. Il sue à grosses gouttes pour parvenir à faire sa fête à sa deuxième assiette de bouchées à la reine. Faut dire que jusqu’ici il ne connaissait pas ma mère et ses doses gargantuesques quand elle fait à manger. Il est venu pour moi ce soir, pour que je me souvienne à jamais de mes quarante balais. Il est venu manger et boire, fêter et chanter. On cause, on s’amuse, on se marre. Je suis entouré de gens que j’aime. Et il y a Fred Blondin qui chante dans mon salon, bordel.

 

 

381. Un samedi soir à Staffelfelden

Je me remémore ces 18 dernières années. Je remonte le temps en pensées, et je revois ce jeune con de 22 ans à moustache ridicule qui découvre un des artistes qui va le plus le marquer par sa musique. Je m’imagine lui dire : « eh Stéph, quand tu auras 40 ans, tu boufferas chez toi à côté de Fred avant de l’écouter chanter ses chansons et de fredonner avec lui des morceaux que tu auras d’ici là écouté des milliers de fois ». Je le vois, incrédule, se demander comment ça pourrait être possible, rigolant bêtement en se disant « c’est cela oui... ». Et pourtant.

Je sens les larmes me monter, je vais quand même pas chialer hein, c’est franchement pas le jour. Au contraire, c’est un jour à sourire, immensément. Alors vite je chasse l’image du Stéph de 22 ans de mon esprit, je reviens sur Terre et ça tombe bien : Fred entame Perso, certainement une de ses chansons que je préfère et qui me parle le plus. Avec quelques dizaines d’autres. :o)

381. Un samedi soir à Staffelfelden

C’est difficile pour moi de parler de cette soirée, parce que les mots me manquent pour décrire avec justesse tout ce que j’ai ressenti ce samedi soir. C’est un peu con et certainement bateau, mais le mot qui me vient là, maintenant, est simple et d’une telle évidence : MERCI.

 

Merci à ceux qui étaient autour de moi pour partager ce moment inoubliable : Maman, Mamama, Marie, mes loulous Nathan et Tom, Laurent, Robert, Christiane, Nono, Patrick, Isa, Martial, Thibaut, Mimi, Pierre, Sam, Zélie, Audrey, Éric.

Et puis Fred, évidemment. Merci.

Merci à vous trois Papa, Papapa et Guillaume, car vous étiez là avec moi aussi, dans mon coeur.

Mais il y en a une que je n’ai pas encore citée. Celle sans qui rien de tout cela n’aurait été possible. Celle qui a tout organisé, celle qui est restée dans l’ombre pour tout préparer en silence, celle qui a réuni les gens que j’aime, celle qui a trouvé la meilleure façon qui soit pour que mes 40 ans restent un souvenir absolument génial gravé dans ma mémoire. Celle à qui je ne dirai jamais assez merci pour tout ce qu’elle a fait. Ma petite sœur, ma frangine, Marie. J’espère un jour pouvoir te faire ressentir autant de bonheur que ce que tu m’as fait ressentir grâce à cette fête exceptionnelle. Merci, merci, merci7 !

381. Un samedi soir à Staffelfelden

1 Eh oui, en 1997, on ne connaissait pas encore notre chance, car il s’agissait des derniers lundis soirs sans Joséphine Ange Gardien sur TF1, le calvaire télévisuel allait commencer en fin d’année...

2 Eh oui, en 1997, croyez-le ou non, chez mes parents à Staffelfelden, on ne captait toujours pas la 6.

3 Eh oui, en 1997, il y avait encore des disquaires de quartier, même que les mecs arrivaient à en vivre dis donc.

4 Eh oui, en 1997, je disais « tranquillou » comme ça, sans honte. Et je continue.

5 Eh oui, en 1997, le top du top c’était d’avoir un discman, pour écouter ses CD n’importe où. Un peu comme un baladeur mais sans K7 : ça saute un peu plus mais c’est quand même carrément plus la classe.

6 Tranquillou quoi ! :o)

7 Et je me glisse ici discrètement des indices pour une future surprise ...disons juste au cas où ça te reprendrait... Bruce... Leonard... Bernard... Mark... Eric... ;oP

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8 janvier 2015 4 08 /01 /janvier /2015 15:21

 

Y a pas de mots pour décrire ce que je ressens.

Un mélange de profonde tristesse, de colère noire et de désespoir.

Une envie de hurler, de frapper, de pleurer.

 

Quand j’ai entendu la nouvelle de l’attentat dans les locaux de Charlie Hebdo, je n’ai pas voulu y croire, mon esprit cherchant coûte que coûte à essayer de minimiser l’impact de cette horreur sans nom.

Puis lentement, j’ai compris. En rentrant chez moi après le boulot j’ai écouté la radio comme d’hab, dans ma voiture. Et j’ai entendu les noms défiler. Charb. Cabu. Wolinski. Tignous. Honoré. Bernard Maris… et je n’ai pas pu retenir mes larmes de couler.

 

Charb. Cabu. Wolinski. Tignous

Charb. Cabu. Wolinski. Tignous

Tous ces noms éveillent en moi des souvenirs.

 

Cabu… c’est peut-être idiot, et certainement pas très représentatif de sa vie et de son œuvre, mais moi je me souviens avant tout de lui quand j’étais môme et que je regardais Dorothée le mercredi matin à la télé. Il y avait Corbier qui composait des chansons couillonnes et Cabu qui faisait un dessin mettant en scène une Dorothée avec un nez long, pointu et en trompette. C’était ce type à la dégaine d’éternel adolescent avec une coupe de cheveux improbable, hors du temps et je pense démodée dès sa naissance, avec une voix très douce et un regard presque timide. Ce n’est que bien plus tard, une fois adulte, que j’ai découvert que Cabu c’était aussi et avant tout un dessinateur engagé, un polémiste de talent, un observateur fin et percutant de l’actualité.

 

Wolinski… si mes souvenirs de Cabu remontent à l’enfance, Wolinski je l’ai découvert plus tard, à la fin de l’adolescence. Par l’intermédiaire de L’Écho des Savanes principalement, magazine auquel il participait à l’époque. Je m’en souviens bien, ses dessins étaient toujours vers la fin, pas loin de la Copine de la semaine… :-)

 

Charb… voilà bien un type que j’admirais. Pour son humour grinçant bien entendu mais aussi et surtout pour l’intelligence de ses propos (il n’y a qu’à écouter ou lire ses interviews, vous comprendrez de suite), pour son courage, pour la façon dont il savait relativiser les choses, pour sa déconne sans limite, pour ses engagements et ce qu’il dénonçait. Dessinateur de presse brillant, à l’humour féroce et qui dégainait tout azimut sur tout ce qui le méritait, il était aussi celui qui m’avait fait mourir de rire avec Maurice et Patapon, des strips BD à l’humour cradingue et jubilatoire.

 

Bernard Maris… encore quelqu’un qui avait toute mon admiration. Prof d’économie et économiste à la gouaille sans égale, j’adorais l’écouter parler d’économie à la radio. Je me remémore la période où je l’écoutais chaque matin en allant au boulot, se tirer la bourre avec Jean-Marc Sylvestre dans des débats enflammés sur France Inter. Lui l’économiste de gauche, qui savait si bien remettre en question le capitalisme ultra-libéral, qui avait toujours un ton à la fois moqueur et très sérieux, dont les interventions étaient toujours à la fois drôles avec juste la bonne dose de dérision mais en même temps très solides, pleines de bon sens et qui savaient pointer du doigt les problèmes épineux. Il avait cette intelligence rare doublée d’une voix douce et calme, c’était un débatteur et un pédagogue de grand talent et d’une immense culture.

Cabu. Tignous. Charb. Wolinski

Cabu. Tignous. Charb. Wolinski

Ils sont tous morts, assassinés sauvagement. Parce qu’ils étaient des libres-penseurs, parce qu’ils n’acceptaient pas qu’on leur impose ce qu’il faut dire ou pas, parce qu’ils aimaient rire tout en dénonçant les injustices, les intolérants et d’une manière générale tous ceux qui veulent nous abrutir plutôt que nous pousser à penser et réfléchir par nous-mêmes. Et ils le faisaient au grand jour, à visage découvert, pas lâchement comme ceux qui se mettent des cagoules sur la tête avant de tirer à la kalachnikov sur des gens armés d’un crayon et d’une gomme.

380. Je suis CHARLIE

J’ai relu l’article que j’avais écrit en 2006, lors de la fameuse affaire des caricatures de Mahomet. Je n’en changerais pas une virgule si j’avais à le réécrire aujourd’hui.

Pourtant le temps à passé, des choses ont changé, j’ai changé. Mais face à ce qu’il s’est passé mon sentiment et mes convictions restent les mêmes. Peut-être même sont-elles renforcées. Il ne faut pas céder face à l’obscurantisme, l’ignorance, l’intolérance. D’où qu’elle vienne. On n’a certainement pas grand pouvoir chacun à sa petite échelle, et ce qui est sûr c’est qu’on n’a certainement pas le talent des types qui viennent de se faire trouer la peau pour leurs idées humanistes et libres, mais on a un devoir : celui de ne pas fermer nos gueules. De ne pas s’écraser devant la connerie humaine. De ne pas accepter l’inacceptable et de ne pas céder, jamais, devant ceux qui voudraient nous obliger à nous taire, devant ceux qui veulent mettre des carcans à la pensée.

380. Je suis CHARLIE

Personne n’a de solution à ce cancer de la société qu’est le fanatisme religieux. C’est triste à dire, mais je pense même qu’il n’y en a pas. La seule piste que je vois, la seule qui aurait une chance d’améliorer les choses au moins pour les générations à venir, c’est encore et toujours l’éducation, l’instruction et la culture. Ouvrir les esprits des jeunes sur le monde qui nous entoure, titiller leur curiosité, exacerber leur envie et leur plaisir d’apprendre et de découvrir, leur enseigner l’art du doute, de la critique et de la remise en question constructive. Les initier à la science, la littérature, l’art et la philosophie. Et développer leur humanisme. Bref, leur donner le potentiel de devenir des adultes sains, de corps comme d’esprit. Ça paraît peu de chose voire même une bien maigre solution, je suis pourtant convaincu que c’est par là qu’il faut prendre les choses. Que sans être la panacée, cela reste la meilleure option.

380. Je suis CHARLIE

Et à ceux dont la voix s’élève déjà, déclarant par-ci par-là « qu’ils l’avaient cherché », « qu’ils jouaient avec le feu » voire pour les pires « qu’ils l’ont mérité », insinuant de la manière la plus gerbante qui soit que les auteurs de ces crimes pourraient avoir des circonstances atténuantes et même que les victimes ont leur part de responsabilité dans cette horreur, à ceux-là je dis taisez-vous. Réfléchissez un peu pour changer, et mourrez de honte.

380. Je suis CHARLIE

Aujourd’hui et depuis hier soir, je vois des rassemblements un peu partout en France, de gens très différents mais animés par les mêmes sentiments : la tristesse et l’indignation. Le caractère spontané de ces rassemblements et leur ampleur rassurent un peu. Un peu.

380. Je suis CHARLIE

Je vois pourtant déjà d’ici, quand l’émotion sera un peu retombée, quand le quotidien aura repris le dessus, je vois déjà d’ici certains récupérer cette tragédie à leurs propres fins. Je vois déjà les politiques se renvoyer la faute les uns aux autres, s’accuser d’incompétence ou de laxisme, partir dans de grandes leçons à base de « vous n’auriez jamais dû » ou « il aurait fallu ». À ceux-là aussi, je dis d’avance taisez-vous, et mourrez de honte.

380. Je suis CHARLIE

Et puis ça me désole d’en parler, mais si il y en a bien une qui doit se frotter les mains parce qu’elle sait pertinemment que tout ça c’est excellent pour sa boutique, c’est la Marine. C’est même d’une pierre deux coups : des islamistes fanatiques commettent un attentat à Paris, voilà qui va faire grimper en flèche le nombre de voix pour le FN et qui va à coup sûr entraîner des amalgames malheureux entre musulmans, arabes et islamistes. Et puis en même temps Charlie Hebdo est décapité, justement le journal qui rentre le plus ouvertement et frontalement dans le lard de l’extrême droite. Si Charlie disparaît, ça fera une épine dans le pied du FN en moins. Bref, tout bénéf pour eux.

380. Je suis CHARLIE

Ça me fait hurler de rage quand j’y pense. Que des imbéciles puissent accuser Charlie Hebdo de racisme comme on a pu l’entendre, alors qu’ils sont les premiers à lutter contre cette saloperie lancinante qui bouffe notre pays de l’intérieur, et certainement parmi les plus virulents défenseurs de l’égalité. M’est avis aussi que ce ne seront pas les zozos qui défilent à la Manif pour tous qui vont regretter Charlie Hebdo. Tout cela me désespère...

Et moi à présent, qui va me défendre de tous ces cons ? Qui va se moquer de toute cette bêtise qui s’affiche un peu partout de façon de plus en plus décomplexée ? Qui d’autre que Charlie Hebdo ? Qui le fera aussi bien et aussi fort que Charlie Hebdo ?

380. Je suis CHARLIE

Hier soir, encore sous le choc de ce qui venait de se passer dans les bureaux de Charlie, j’ai récupéré Tom à la crèche. Il est venu trottiner vers moi en gazouillant, insouciant et visiblement heureux de me voir. Puis j’ai cherché Nathan chez sa mamie. Il était plein d’énergie et de sourires, jouant avec ses petits avions à grands renforts de bruits de moteurs et de mouvements de loopings. Et j’ai pleinement mesurer l’ampleur de ma tâche, le poids qui pèse sur mes épaules, l’immense responsabilité qui m’incombe. Faire de ces deux enfants magnifiques d’innocence et de gaieté des hommes ouverts, libres et équilibrés. Qui sauront analyser, réfléchir, se questionner et devenir de bonnes personnes, tolérants, intelligents, Humains.

Je ne crois pas en Dieu mais s’il existe, je prie pour qu’il garde mes enfants toujours éloignés et à l’abri des fanatiques religieux de tous poils qui se targuent de parler en son nom.

380. Je suis CHARLIE

Voilà bien longtemps que je n’avais plus écrit d’article ici. Je suis parti un peu dans tous les sens mais j’avais besoin d’écrire ce que je ressens.

J’en ai profité pour insérer des images, dessins et photos glanés sur le net, désolé de ne pouvoir préciser à qui ces images appartiennent, j’espère que les auteurs ne m’en voudront pas.

 

Pour finir, je voudrais juste donner les noms de ceux qui sont morts hier chez Charlie Hebdo, et leur rendre hommage.

 

Frédéric Boisseau, agent d’entretien.

Franck Brinsolaro, brigadier au Service de Protection.

Ahmed Merabet, policier du 11è arrondissement de Paris.

Jean Cabut, dit Cabu, dessinateur.

Stéphane Charbonnier, dit Charb, dessinateur.

Philippe Honoré, dessinateur.

Bernard Verlhac, dit Tignous, dessinateur.

Georges Wolinski, dessinateur.

Elsa Cayat, psychanalyste et chroniqueuse.

Bernard Maris, économiste.

Mustapha Ourrad, correcteur.

Michel Renaud, invité de la rédaction.

Le dernier dessin de Charb

Le dernier dessin de Charb

Les voeux 2015 de Charlie Hebdo, un dessin signé Honoré

Les voeux 2015 de Charlie Hebdo, un dessin signé Honoré

380. Je suis CHARLIE
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24 décembre 2013 2 24 /12 /décembre /2013 15:00

En cette veille de Noël, permettez-moi de revêtir le costume, non pas du Père Noël de service, mais du Pierre Bellemare de saison, le temps de vous conter deux histoires de Noël. De Noël parce qu'elles sont toutes les deux arrivées il y a très peu de temps, en pleine période de l'avent, quelques jours seulement avant ce jour sacré où tradition bon enfant et capitalisme effréné sont de rigueur. Combo gagnant.

Pour ne pas faire de jaloux, il y en aura pour tout le monde : une belle, très belle, magnifique histoire, et une autre, comment dire... allez, va pour « moins enviable ».

J'ai tiré au sort, et je commence donc par la belle histoire de Noël.

Cela se passe dans un petit village du Vaucluse, dans la nuit du jeudi 19 décembre. Une personne âgée habite là et dispose d'un petit dispositif de téléassistance, elle en déclenche l'alerte. Prévenus de l'appel d'urgence, les pompiers se rendent sur place. Mais ils se trompent d'adresse et interviennent chez le voisin de la vieille dame. Ils défoncent la porte et trouvent un homme de 69 ans, inanimé au sol. L'homme en question, un diabétique qui vit seul et vient de faire un grave malaise, est aussitôt secouru et transporté d'urgence à l'hôpital d'Avignon, ce qui lui sauve la vie.

Mais la vieille dame qui a déclenché l'appel à l'aide me direz-vous ? C'est là que l'histoire devient vraiment incroyable : cet appel à l'aide a été déclenché par erreur, la personne en question n'ayant pas eu le moindre problème !

Un appel de secours fait par erreur + des pompiers qui se trompent de porte, le tout avec une synchro parfaite = la vie de Joe Lamoule sauvée par une coïncidence plus qu'heureuse. Il y a de quoi croire aux miracles non ?

Bien, maintenant que tout le monde a la banane et que cette petite histoire vous a redonné confiance en la Vie, on passe à la seconde histoire.

On se déplace jusqu'à Saint-Louis en Alsace, où vit Jacqueline Padebol, une sexagénaire qui joue depuis des années toujours la même combinaison de numéros au Loto. Mais comme on est vendredi 13 décembre, elle décide pour une fois de jouer à l'Euromillion, toujours avec ses mêmes numéros fétiches. Faut dire que pour cette date spéciale qui pour beaucoup est symbole de chance (ou de malchance...), l'Euromillion propose un gros lot de 43 millions d'euros, alors que le Loto culmine à 16 millions « seulement ». Et ce jour-là ces fameux numéros sortent bel et bien ! Mais au Loto, pas à l'Euromillion. Le malheur des uns faisant le bonheur des autres, la seule autre personne à avoir joué ces 6 numéros au Loto n'aura pas eu à partager son gain avec Jacqueline Padebol. Et à Noël pour quelques euros seulement, Jacqueline pourra toujours s'offrir un autre ticket de lotterie.
Ou une corde.

Voilà, voilà.

C'est-y pas beau tout ça ?

 

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13 décembre 2013 5 13 /12 /décembre /2013 16:19

Il y a peu de temps je vous parlais de ma virée à Bercy pour y écouter l'immense Leonard Cohen... et à peine étais-je sorti du concert parisien que j'attendais déjà avec impatience celui de Zurich où j'allais le voir le 24 août. Je me rends bien compte que ces concerts, et donc mes articles les relatant, sont assez rapprochés, et que vous allez trouver cela sinon exagéré peut-être barbant de m'entendre m'extasier aussi souvent et régulièrement au sujet des mêmes thèmes. Pourtant comment pourrait-il en être autrement ?

Leonard Cohen fait partie de ce club fermé d'artistes que je ne me lasserai jamais d'écouter et d'aller voir tant que j'en aurais l'occasion. Car c'est bien de cela dont il s'agit : saisir les occasions quand elles se présentent. Fort de cette résolution (tant qu'il donnera des concerts j'y irai !), je suis donc allé l'applaudir au HallenStadion de Zurich en Suisse. Le concert était peu ou prou du même type que celui de Bercy de juin, le Hallenstadion étant aussi une salle de grand gabarit. Gabarit qui du reste sied moins à un concert de Leonard Cohen qu'une salle de taille plus moyenne telle que l'Olympia par exemple. D'ailleurs le seul reproche que je puisse faire à la représentation du 24 août, c'est bien la taille et la configuration de la salle qui peuvent en être tenus pour responsables. Car oui ! Pour une fois un concert de Leonard Cohen ne récoltera pas que des louanges de ma part dans ces pages...

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Bon, pas de quoi en faire un drame ni une affaire d'état cependant. Si vous avez déjà pu assister à un de ses concerts, ou si vous avez déjà lu ici ce que j'ai pu en dire tantôt, vous savez déjà que le son est toujours, toujours d'une qualité irréprochable. Vous entendez le moindre souffle aussi nettement que si quelqu'un vous chuchotait à l'oreille (à condition de ne pas être sourd comme un pot vous me direz, soit), chaque instrument est magnifié, jamais vos oreilles ne sont agressées par le volume sonore, le son est à la fois rond et chaud, puissant et léger, bref les ingénieurs du son de Leonard sont les meilleurs dans leur partie (normal pour des canadiens...*). Même dans l'enceinte de la scène du festival de la Fête des Vins de Colmar, où le son de tous les concerts qui y sont donnés est quasi-systématiquement mauvais (pour l'exemple : même la douce Norah Jones m'y a fait mal aux oreilles, c'est dire si les conditions là-bas, à mon plus grand désespoir, sont pourries) ils avaient réussi à faire des miracles. Et au Hallenstadion ils auront presque réussi. Son limpide, clarté de chaque instrument et de chaque voix, volume sonore parfait malgré la taille de la salle mais malheureusement, la configuration de la salle fait que depuis quelque temps (en tout cas je n'en avais gardé aucun souvenir lors de mes précédentes venues) des « salles VIP » ont été aménagées en balcons en face de la scène et leur conception offre des très grandes surfaces planes sur lesquelles le son est renvoyé en écho... Placé là où je l'étais, c'est-à-dire au premier niveau de gradins sur la droite de la scène environ au premier tiers en profondeur de la salle, j'avais d'un côté le son direct parfait comme d'habitude et de l'autre un retour décalé d'une demi-seconde environ dû à ce fichu effet d'écho. Comme le volume sonore était justement parfaitement maîtrisé pour ne pas agresser les tympans de l'auditoire, il ne suffisait pas à couvrir l'écho qui me revenait en sourdine du fond de la salle... Et j'ai eu beau essayer de faire abstraction de ce son parasite, rien n'y a fait je n'y suis pas parvenu. Les précédents concerts de Leonard Cohen m'avaient trop habitué à la perfection que voulez-vous. Bien que son équipe d'ingénieurs du son n'y soit strictement pour rien, je ne peux pas dire ici que la qualité était optimale.

Enfin, la qualité d'écoute. Parce que pour le reste, tout le reste, c'était aussi génial que les fois précédentes. Les musiciens, les merveilleuses choristes (que d'ailleurs on peine à ne considérer « que » comme des choeurs : les voix de Sharon Robinson et des Webb Sisters sont tellement présentes et importantes dans le show qu'elles sont à mes yeux des chanteuses à part entière au même titre que Cohen !) et le maître de cérémonie Leonard Cohen himself étaient à leur top et ont fourni un spectacle de premier ordre comme ils en ont pris le pli depuis les cinq dernières années qu'ils sont en tournée ensemble. Et puis il y a toujours mon coup de cœur, l'incroyable guitariste Javier Mas, qui apporte sa touche de génie à l'ensemble...

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La playlist n'avait pratiquement pas changé par rapport au concert de Paris deux mois auparavant, à ma plus grande surprise même quand l'orchestre a entonné la merveilleuse mélodie du Partisan ! Évidemment il n'y a pas eu l'ovation rituelle du public quand Cohen l'interprète dans l'Hexagone au moment où il chante « J'ai perdu femme et enfants, mais j'ai tant d'amis, j'ai la France entière. » ce qui n'a pas empêché un tonnerre d'applaudissements à la fin du morceau.

Bon tout ça pour dire que même dans des conditions pas impeccables, cela reste un véritable plaisir et un moment exceptionnel d'assister à un concert de Leonard Cohen. J'espère avoir encore souvent cette chance.

 

 

 

 

* ceci est une référence que seuls les amateurs de comics comprendront, et tant pis pour les autres !

 

 

 

 

Et comme d'hab : un grand merci à ma petite soeur pour les photos, et deux extraits vidéos trouvées sur Youtube, avec pour commencer une version sublime de The Gypsy Wife (intro made in Javier Mas) :


 

Et un Closing Time qui clôt les débats !


 

(merci aux posteurs !)


 

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7 décembre 2013 6 07 /12 /décembre /2013 09:15

 

« Enfoiré : Anciennement enculé, salaud, fils de pute, depuis Coluche, personne généreuse, altruiste et solidaire. »

Laurent Baffie, dynamiteur d’Académie Française dans son excellent dictionnaire.

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2 décembre 2013 1 02 /12 /décembre /2013 07:10

Titre assez accrocheur bien qu'un brin inquiétant, et qui cache un film difficile à ranger dans une case tant il aborde des thèmes et des genres très différents. En effet, Jusqu'à ce que la fin du monde nous sépare est un titre à prendre au premier degré, car le film débute environ trois semaines avant la fin annoncée du monde. Il n'y a rien à y faire c'est une fatalité à laquelle personne ne pourra échapper (à moins de se supprimer avant la date fatidique), le monde va disparaître quand l'astéroïde Matilda entrera en collision avec la Terre. L'impact sera destructeur et l'humanité n'y survivra pas. La dernière tentative pour empêcher cette collision a échoué, Dodge (Steve Carell) et Linda (Nancy Carell, eh oui la femme de Steve !), un couple comme tant d'autres, entendent la triste nouvelle alors qu'ils sont en voiture. Linda sort du véhicule et disparait. Dodge ne la reverra plus. Abasourdi et incapable de réagir, Dodge continue à se rendre à son boulot chaque matin, il est assureur. Autant dire qu'il est devenu totalement inutile. De retour d'une soirée « fin du monde » chez des amis, où tout le monde s'adonne à l'alcool et au sexe pour oublier le funeste sort qui les attend, Dodge repense à Olivia, le grand amour de sa vie. C'est aussi à ce moment qu'il rencontre Penny (Keira Knightley), sa voisine avec laquelle il va se lier subitement d'amitié. La question est comment occuper ces trois dernières semaines avant la fin du monde ? Dodge et Penny vont tenter d'y répondre ensemble...

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Quand je disais que le film est difficile à répertorier dans un genre c'est parce qu'il pioche dans toute une série de registres différents pour finir par composer une oeuvre assez inclassable. Déjà le contexte de fin du monde et de disparition annoncée de l'humanité entière rappelle directement certaines situations de départ de scénario de SF et d'anticipation, voire de film catastrophe. Ensuite le héros principal est incarné par Steve Carell, l'incontournable Michael Scott de The Office durant sept saisons, un acteur fortement marqué par la comédie, genre dans lequel il excelle. Difficile à prendre au sérieux à 100% donc, et certaines répliques ou situations du film lorgnent ouvertement vers la comédie et l'humour. Autre sujet présent tout au long du film : l'amour. Ce film est très clairement romantique, aucun doute là-dessus. On y parle d'amour délaissé, de rupture difficile, d'amour de jeunesse et d'amour impossible : combo imparable pour tout âme un tantinet fleur-bleue. Enfin le dernier aspect, et non le moindre, que le film aborde frontalement, c'est un questionnement d'un ordre plus philosophique. La fin du monde est à nos portes, que faisons-nous ? Qu'est-ce qui a encore de l'importance quand tout est promis à disparaître ? Est-ce à ce moment-là que l'on découvre qui l'on est vraiment ou que l'on se permet d'être enfin qui l'on a toujours voulu être ? On profite des derniers instants ? On devient fou ? On perd toute inhibition ? On retourne à la sauvagerie ? On se suicide ? On vit dans l'angoisse ? On reste soi-même ou au contraire on change du tout au tout ? Autant de questions et de réponses possibles qu'esquisse plus ou moins sérieusement le film.

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Dis comme ça, avouez que c'est plutôt un beau programme, qui se permet de ratisser large, et qui a le potentiel de contenter beaucoup de personnes. Sauf que... sauf que le film n'est pas exactement ce que théoriquement en se basant sur les thèmes que je viens d'énoncer, il pourrait être. Le premier reproche que je ferais, et certainement le plus important à mes yeux, c'est un certain manque de réalisme. Tout ce qui vit à la surface de la planète va se retrouver réduit en cendres dans pas longtemps, et cela en émeut un certain nombre c'est vrai, mais dans ce film on a quand même une majorité de personnes qui le prennent bien, et je dirais même avec un calme que leur envieraient le Mahatma Gandhi et le Dalaï-lama en personne. Certes on voit quelques petites émeutes et soulèvement de foules, des gens qui cassent des vitrines et foutent le feu à des bagnoles mais très peu finalement sur l'ensemble du film. La plupart se sont résignés et fêtent leurs derniers jours en picolant, baisant et bouffant comme jamais ils ne se l'étaient permis (imaginez un peu : quand tout s'arrête dans trois semaines, plus rien à foutre du sida, du régime hyper-protéiné ou du retrait de permis !). Mais ça reste bon enfant, on s'amuse, on profite de façon positive. Pour dire, il reste même des gens qui bossent encore comme dans ce resto où le personnel continue à vous servir gratuitement par exemple. Et que dire de la femme de ménage de Dodge qui persiste à venir nettoyer tous les lundis ?

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Il y a bien quelques survivalistes qui se préparent aussi à vivre enfin leur plus grand fantasme, à savoir s'enfermer dans leur bunker avec de quoi bouffer des gâteaux secs et du pâté lyophilisé pendant des années, un jeu de fléchettes et la Holy Bible pour uniques occupations, mais là encore ça reste très gentillet tout ça. Très peu réaliste, et pour cause. Je pense que si le scénariste du film avait voulu s'engager sur la voie du réalisme, le film aurait été beaucoup plus sombre et déprimant qu'il ne l'est. Et du coup il y aurait eu beaucoup moins de place (et de cohérence) pour les autres thèmes développés : l'histoire d'amour en premier lieu, le rapport de Dodge avec son père (Martin Sheen) ensuite, et bien évidemment le film aurait tout perdu de sa légèreté et de son humour un peu flegmatique. En ce sens, la perte de réalisme du film se justifie car elle permet au reste d'exister (et que justement il s'agit bien plus d'une histoire d'amour que d'une histoire de fin du monde), n'empêche que moi, cela m'a quand même grandement gêné, et m'a tenu à distance de l'histoire.


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Autre chose qui a parasité mon visionnage du film, et pas qu'un peu : l'héroïne principale, à savoir Keira Knightley. Dire que j'ai eu beaucoup de mal à la supporter tient de l'euphémisme. Cette nana m'a donné envie de lui coller des baffes à longueur de temps. Aussi bien Penny pour ce qu'est son personnage que Keira pour sa façon hallucinée de la jouer. J'ai beau chercher, je dois revenir à la toute première fois où je l'ai vue pour citer un film dans lequel elle joue que j'ai aimé et où je l'ai appréciée elle. C'était The Jacket avec Adrien Brody, film datant de 2005 mine de rien ! Pas un chef d'oeuvre mais un petit film malin et plaisant. Et j'y avais trouvée Keira Knightley très belle. Depuis elle ne cesse de m'énerver de plus en plus (allez, je lui accorde une bonne prestation dans A Dangerous Method de David Cronenberg, film très moyen mais belles interprétations), et plus le temps passe plus elle se squelettise, ce qui lui fait perdre tout son charme à mes yeux. Une chose est sûre, autant la prestation de Steve Carell m'a convaincu dans Jusqu'à ce que la fin du monde nous sépare, autant celle de Keira Knightley m'aura agacé. Ce qui est gênant vu la place de son personnage dans l'histoire.

376 jusqua fin du monde nous separe penny

Quant à la fin, elle pourra déplaire à certains, pour moi elle a ceci pour elle qu'elle est cohérente et logique (donc parfaitement prévisible) si l'on prend l'ensemble du film en considération. Je n'ai été donc ni surpris ni déçu par cette fin.

Que m'est-il donc resté de ce film ? J'avoue être sorti du cinéma un peu perplexe. Pas mauvais en soi, assez original il faut bien le dire, plutôt décalé aussi. Des choses que j'ai aimées, d'autres pas du tout. Un beau brassage de thèmes, un ton assez moderne mais un peu fouillis. J'ai trouvé le mélange de genres intéressant, mais le résultat pas forcément à la hauteur de mes attentes. En fait, c'est un vrai « film à mais ». Pour chaque chose qui nous plaît on peut citer quelque chose qu'on n'a pas aimé. Bref, c'était pas mal, mais...

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28 novembre 2013 4 28 /11 /novembre /2013 19:44

Voici un petit livre pas commun dans son genre. Il s'agit d'un livre de témoignage, celui de Philippe Vigand, atteint du locked-in syndrom, aussi connu sous le nom de syndrome de l'enfermement. Il y a quelques années de cela, un très beau film, Le scaphandre et le papillon retraçait déjà la vie et le drame vécu par Jean-Dominique Bauby atteint du même handicap et dont on avait adapté le livre au titre éponyme. Cependant, si la comparaison s'avère inévitable par le simple fait que le thème traité est le même, on est loin, très loin même d'un copier-coller de l'oeuvre de Jean-Dominique Bauby.

Ce qu'il faut dire avant toute autre chose, c'est que ce livre n'est pas un drame. Par bien des aspects il penche même plutôt, toute proportion gardée, vers la comédie. Évidemment, on n'est pas face à de la bonne grosse poilade bien grasse, mais plutôt devant un livre plein de douceur, de sagesse masquée qui ne veut pas dire son nom, de bonne humeur communicative et de positivisme saupoudré d'humour bien senti.

Alors certes, le contexte et l'état de santé de Philippe Vigand ne prêtent pas a priori à sourire, et pourtant quand on le lit on est frappé par son détachement, par son esprit vif et je dirais presque … farceur ! Bien entendu l'auteur ne se voile pas la face et ne cache pas certaines parties des plus déplaisantes qui découlent de son état physique, mais s'il y a bien une chose qui lui est étrangère c'est l'apitoiement. Pas une seule seconde il ne glisse sur ce terrain-là, pourtant la pente s'y prêtait, difficile de le nier. Il fait même beaucoup plus fort que de ne pas s'apitoyer, il se paye le luxe de dédramatiser, de relativiser, d'en rire voire même de positiver parfois. Toute autre personne que lui, entendez par là n'importe qui qui ne soit pas atteint du locked-in syndrom, n'oserait chuchoter que la moitié de cela, se verrait prendre une volée de bois vert. Comment oser relativiser un locked-in syndrom ? La réponse est simple : en le subissant et en étant Philippe Vigand.

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Quand je parlais plus haut de « sagesse masquée » c'est bien de cela qu'il s'agit à mes yeux. Pas une seule fois dans son livre, l'auteur ne se pose comme donneur de leçons, grand manitou qui a les réponses à tout ou détenteur de la vérité sur ce fichu handicap. Il n'impose pas sa façon de voir les choses, il en parle juste avec une franchise et une simplicité étonnantes et désarmantes. Et toujours, toujours, même dans les moments les plus difficiles avec une part d'humour qui m'a laissé sur le cul. Quel pire cauchemar que d'être enfermé dans un corps qui ne répond plus à aucune de ses volontés, qui n'est plus qu'une enveloppe physique inerte et intégralement dépendante des autres ? Philippe Vigand démontre dans son texte qu'il ne s'en est pas laissé conter par son corps, qu'il a décidé que ce serait son esprit qui prendrait le dessus, envers et contre toute cette fatalité écrasante. Bien évidemment conscient de ses limites à nulle autre pareilles, il est aussi pleinement conscient de sa liberté de penser, de raisonner et de s'exprimer à sa façon. Et il n'hésite pas à en user. Il communique par battements de paupières et cela ne l'empêche pas de faire de l'humour corrosif, trouver à son goût une jolie femme qui passe ou ironiser sur sa capacité à rester impassible en jouant au poker.

J'ai passé un excellent moment en lisant Légume vert de Philippe Vigand. Le thème n'est pas facile, je dirais même qu'il est difficilement abordable sans au départ une certaine dose de gêne et d'embarras de la part du lecteur. Face à un homme parfaitement incapable du moindre geste et de la moindre parole, une personne valide aura forcément tendance à projeter en lui ses propres sentiments, ses propres peurs et surtout sa gêne, au risque d'oublier que l'homme immobile en question n'est ni sourd ni insensible, et encore moins diminué mentalement. Quand on lit Philippe Vigand on prend conscience de ceci, on prend de plein fouet la force d'un caractère et d'une personnalité hors-normes bien qu'enfermées dans un corps fragile et sans défense. Philippe Vigand relativise souvent au cours de son livre, et ce faisant il permet à ses lecteurs de découvrir l'homme qu'il est malgré la barrière du corps qui semble parfois infranchissable alors qu'elle n'est en réalité qu'impressionnante.

Un regard décapant sur le locked-in syndrom, des anecdotes tantôt drôles tantôt poignantes mais toujours savoureuses, voici ce que vous découvrirez en lisant Légume vert de Philippe Vigand. Lecture que je recommande à tous.

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Published by Stéph - dans Lire ou écrire
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1 septembre 2013 7 01 /09 /septembre /2013 19:40

Il y a un an l'été dernier, l'événement c'était The Dark Knight Rises, opus final de la trilogie de Christopher Nolan consacrée au plus sombre des super-héros : Batman. Attendu comme le chef d'oeuvre ultime par beaucoup, précédé par des teasers et bandes annonces plus alléchants les uns que les autres, le moins qu'on puisse dire c'est que ce film concentrait en son endroit les espoirs les plus fous des geeks les plus acharnés tout comme du grand public qui avait été convaincu et enthousiasmé par le second volet de la trilogie, l'unanimement applaudi The Dark Knight.

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Pour ma part, je pense que c'est justement ce second film, qui a servi de formidable rampe de lancement à The Dark Knight Rises, qui est aussi ce qui l'aura le plus desservi à l'arrivée. Par le simple jeu des comparaisons d'une part, et par celui plus insidieux d'une trop grande attente qui aura prêté le flanc d'autant plus largement à un sentiment de déception devant ce qui était censé être l'apogée ultime de la trilogie.

Car très loin d'être un mauvais film, The Dark Knight Rises est clairement un cran en-dessous de son prédécesseur, The Dark Knight. Et ce cran d'écart a créé de grosses déceptions (en partie injustifiées dans leur ampleur, en partie justifiée sur le fond). Essayons d'y voir un peu plus clair et de décrypter au moins sommairement ce qui a pu mener à cette sortie sinon ratée du moins contrastée du Caped Crusader.

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Le film commence huit années après la fin du précédent. Après les manigances machiavéliques du Joker et surtout après l'épisode tragique qui a entraîné la mort du procureur adulé Harvey Dent, Batman est devenu l'homme à abattre, l'ennemi numéro un à Gotham City. Suite à ces événements, la police s'est renforcée et la criminalité a spectaculairement chuté, rendant Gotham plus sûre qu'elle ne l'avait jamais été. Le super-héros masqué a cessé d'apparaître depuis longtemps, et son alter-ego Bruce Wayne (Christian Bale) a sombré dans la misanthropie et la déchéance aussi bien physique que psychologique. Vivant comme un ermite au sein de son manoir, coupé du monde de son plein gré, Bruce Wayne n'est plus que l'ombre de lui-même. Pourtant la conjonction de plusieurs petites choses vont pousser Batman à reprendre ses activités. D'abord c'est la séduisante voleuse Selina Kyle (Anne Hathaway) qui va piquer au vif le milliardaire en lui subtilisant quelques bijoux mais surtout des données qui vont permettre à ses commanditaires de mettre la main sur les Industries Wayne et de ruiner son propriétaire. Ensuite c'est l'entrée en jeu de Bane (Tom Hardy), terroriste masqué aux méthodes extrêmes qui vient semer le trouble à Gotham. Ce dernier est qui plus est, selon les informations que parvient à glaner Batman, l'héritier direct de Ra's Al Ghul (Liam Neeson), ex-mentor de Bruce Wayne devenu son ennemi juré (cf le premier film de la trilogie Batman Begins). Enfin, un jeune policier, John Blake (Joseph Gordon-Levitt) aussi exemplaire que performant et motivé à faire régner la justice, et qui a percé à jour la double-identité du super-héros à la retraite, le pousse à revenir dans le jeu tant il croit en la justesse de ses actions passées. Revenu sur le devant de la scène, Batman va vite s'apercevoir que toute cette histoire va bien plus loin qu'il ne l'imaginait et s'apparente plus à une immense machination dans laquelle il tient un des rôles principaux...

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J'ai tenté ici de faire un résumé le plus concis possible du début du film, c'est déjà assez touffu et il manque pourtant encore pas mal d'intrigues et de personnages secondaires pour être vraiment complet. Il y a la relation entre Bruce et Alfred (Michael Caine) qui se délite, les questionnements existentiels du commissaire Gordon (Gary Oldman) qui entretient le mensonge autour de la mort de Dent et l'implication véritable de Batman pour préserver les conséquences positives que ce drame a eu sur l'état de la pègre à Gotham, l'implication de la riche et belle Miranda Tate (Marion Cotillard) dans les projets des Industries Wayne pour créer une source d'énergie plus propre et plus sûre, la position de directeur des Industries Wayne qu'a prise Lucius Fox (Morgan Freeman), l'obsession du chef de la police Peter Foley (Matthew Modine) à mettre la main sur Batman plutôt que se consacrer à arrêter Bane et ses hommes de main... etc, etc... Bref, la somme des intrigues et sous-intrigues, ainsi que le développement de chacun des protagonistes de premier et second plan font de ce film une œuvre dense et très riche. Peut-être trop. Pourtant Christopher Nolan démontre avec brio toute sa maîtrise de la narration, puisqu'à aucun moment on n'est perdu dans son histoire, il parvient toujours à raccrocher entre elles les pièces du puzzle géant qu'il façonne sur l'ensemble de sa trilogie, et ceci malgré toute la complexité dont fait preuve son scénario global. Quand on sait que Batman est aussi et avant tout considéré comme un blockbuster, et donc un film censé attirer le grand public et ratisser le plus large possible, il faut lui accorder cela : Nolan ne se sera pas laissé aller à la facilité pour autant. Il ne prend pas les spectateurs pour des imbéciles tout juste bon à grignoter du pop-corn devant quelques scènes d'action bien ficelées. Et contre toute attente, ses films fonctionnent auprès du public malgré cela (remember Inception), preuve que le bonhomme sait y faire.

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Mais peut-être que sur The Dark Knight Rises, Nolan aura atteint les limites de ce genre d'exercice. Le film est long sans ennuyer pour autant, mais on ne peut s'empêcher par moment de se dire qu'il y a trop de choses dedans. Qu'en voulant bien faire, en voulant être parfait et exhaustif, Nolan en aura en fin de compte un peu trop fait.

Outre sa complexité narrative et quelques digressions qui font dévier son film du chemin tout tracé qu'est censé emprunter tout gros film d'action qui se respecte, il y a un point bien précis qui est à inscrire à mon avis dans la liste de ce qui aura été source de déception (même relative). Je veux parler du méchant principal, Bane. Alors que dans les différentes bandes annonces il s'annonçait comme le méchant ultime, l'adversaire le plus coriace et le plus impressionnant de Batman, dans les faits il en est loin. Dans un comic book comme dans un film d'action, on dit souvent qu'une histoire est bonne si son vilain est bon. Plus le héros aura fort à faire pour vaincre son adversaire, plus l'histoire sera intéressante. Que seraient les X-Men sans Magnéto ? Que seraient Luke Skywalker et Han Solo sans Dark Vador ? Que seraient Kyle Reese et Sarah Connor sans le Terminator ? Et dans la trilogie Batman de Christopher Nolan, le contraste est encore plus saisissant je trouve. En effet, autant j'apprécie ces films, autant j'admire Christian Bale pour pas mal de ses films, autant je trouve le personnage de Bruce Wayne / Batman fade dans les films de Nolan.

374 dark knight rises selinaJ'ai toujours trouvé que c'est tout ce qui gravite autour de Batman / Wayne qui donne de l'intérêt aux films. Les personnages secondaires comme Alfred ou Lucius Fox par exemple. Les gadgets hi-techs comme la batmobile. Et bien évidemment les méchants, avec en tête de tous l'incroyable Joker interprété par Heath Ledger dans le second film. C'est selon moi la performance unique de Ledger dans le rôle du Joker qui a fait le succès immense (et mérité) de The Dark Knight. Et c'est justement en s'imposant comme « méchant parfait » que le Joker a ruiné toute possibilité aux suivants de marquer durablement. Forcément une comparaison a lieu dans l'esprit des gens, et forcément le Joker incarné par Ledger arrive bon premier, loin devant les autres. Du coup Bane reste sur le carreau. Il faut dire aussi à la décharge de Tom Hardy que ce masque qui lui cache tout le bas du visage et cette voix déformée perchée quelque part entre celle d'un Dark Vador qui n'aurait pas encore mué et d'une voix off sortie d'un doublage de manga ne l'aident pas. Comment imposer un jeu d'acteur dans ces conditions ? C'était vraiment l'handicaper dès le départ. Et ce n'est ni son crâne rasé ni sa carrure de bœuf qui apportera la finesse d'interprétation qu'a su trouver Ledger en son temps (qui jouait lui aussi un personnage ultra-caricatural pourtant !). En voyant Bane, j'ai eu plus d'une fois l'impression d'un personnage lourdaud, presque bovin, qui chercherait à se donner des airs shakespeariens. Et ça m'a déçu.

Dès lors on se retrouve avec un film opposant un héros un peu terne (Bale) à un méchant un peu monolithique (Hardy), ce qui tout de même n'est pas la meilleure recette quand on cherche à captiver l'attention et à faire monter la tension dramatique.

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J'ai un peu l'air de charger la barque, je m'en rends bien compte, en parlant de The Dark Knignt Rises. Ce n'est cependant pas mon intention, car sur bien des points, j'ai apprécié ce film. D'abord parce qu'il complète les deux précédents et forme avec eux une œuvre complète et plutôt cohérente. Je pense du reste que l'un des objectifs principaux de Nolan était de dresser un portrait complet de Bruce Wayne en suivant son évolution dans le temps. Depuis ses origines dans le premier volet, en passant par son apogée de héros puis son sacrifice dans le second, pour finir par une renaissance et la dernière chevauchée avant son chant du cygne. Car ce troisième film est bel et bien une fin. Nolan met un terme à son Batman, boucle la boucle, donne sa conclusion. Si Batman doit revenir (et à coup sûr ce sera un jour le cas), ce sera un autre Batman, d'un autre réalisateur qui devra reprendre le personnage à la base et le réinventer.

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Ensuite il y a du point de vue de la réalisation de belles choses dans ce film. Des changements d'ambiances et de rythme maîtrisés, d'excellents dialogues (entre Alfred et Wayne par exemple), bien entendu de somptueux effets spéciaux, des scènes d'actions plutôt réussies (la scène du début où un avion se fait aborder en plein vol, ou celle du stade de football américain qui s'écroule sur lui-même en plein match, c'est vraiment du grand spectacle !), une gestion sonore impeccable (mise à part cette voix désincarnée de Bane) et tout l'environnement de Gotham qui reste très convaincant. Au chapitre des personnages secondaires, si je passe sur le cas de l'ultime scène de Marion Cotillard qui a fait son petit buzz sur le net, je note deux bonnes surprises. La première c'est Anne Hathaway dans le rôle de Catwoman (bien que ce nom ne soit jamais prononcé dans le film). Je n'aurais pas parié un kopeck sur elle avant de la voir. Parce que je la trouve trop superficielle, qu'elle a une connotation disneyienne bien trop marquée pour moi, et parce que Michelle Pfeiffer qui l'a précédée dans ce rôle est insurpassable. Et pourtant, comme Ledger qui s'était nettement et astucieusement démarqué de la version Nicholson du Joker, Hathaway a su inventer un nouveau personnage avec son interprétation de Selina Kyle. Sans aller jusqu'à crier au génie, elle joue juste, elle s'efface derrière son personnage, et elle séduit juste ce qu'il faut. L'autre bonne surprise ça a été Joseph Gordon-Levitt dans un rôle certes assez sobre, mais qui créera la surprise sur la toute fin (et qui restera vraisemblablement sans suite). Étonnamment il aura su insuffler à son personnage ce qui aura peut-être manqué à celui de Christian Bale : du calme et de l'assurance.

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En conclusion (parce que je m'étale, je m'étale, mais on n'a pas que ça à faire !), je dirais que The Dark Knight Rises est un bon film, souffrant malheureusement de la comparaison avec l'opus précédent. Il prend cependant son plein intérêt dans le cadre du visionnage de la trilogie complète de Christopher Nolan et gagne à coup sûr à être revu dans ces conditions.

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