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Avant de lire les notes que je fais sur les films que je vois et les bd que je lis, sachez que dans mes commentaires il m'arrive parfois de dévoiler les histoires et les intrigues. Ceci dit pour les comics, je n'en parle que quelques mois après leur publication, ce qui laisse le temps de les lire avant de lire mes chroniques.
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27 septembre 2010 1 27 /09 /septembre /2010 10:31

Dans la liste interminable de mes défauts, il y a au chapitre cinéma, page 43, paragraphe 4, 1ère ligne : adore les films de Claude Lelouch.

Voilà.
La vache ça soulage de faire son coming out.

Ben non, je n’ai aucune circonstance atténuante, pas la moindre excuse, je ne peux même pas dire que je ne savais pas qu’il n’est plus de bon ton d’aimer Lelouch (il fut un temps où c’était tendance, et puis le temps passe et la mode trépasse).
Je suis très loin d’avoir vu tous ses films (il doit avoir dépassé la trentaine d’opus au compteur, dont un bon nombre plus vieux que moi…) et je suis bien déterminé à tout doucement réduire mon inculture lelouchienne, mais tout ce que j’ai vu de lui m’a plu. À des degrés divers il faut bien le dire, mais quand même, le bonhomme me cueille à chaque fois. J’ai beau avoir conscience de ses trucs, de ses tics, de ses tocs, je me fais toujours avoir par son talent de conteur. Bien évidemment il y a ses grands succès comme L’Aventure c’est l’Aventure ou Itinéraire d’un Enfant Gâté qui sont pour moi des incontournables. Mais il y en a de moins connus que j’aime tout particulièrement. Je citerai pour exemple Hasards ou Coïncidences, ou encore le plus récent Roman de Gare. Et puis pour que les derniers allergiques d’entre vous finissent de s’étrangler je vais vous donner le titre de mon petit préféré, celui que j’ai vu et revu, et qui à chaque fois me file la banane : Hommes-Femmes, Mode d’Emploi. Oui, oui, le film avec Bernard Tapie, exactement. Ça va, vous surmontez le choc ?

Évidemment quand le nouveau film de Lelouch sort et qu’en plus la salle de ciné à côté du bureau le programme entre midi et deux, je ne pouvais passer outre l’invitation tacite.
C’est ainsi que j’ai vu le jour de sa sortie (je guettais moi ?) Ces Amours-Là.
Et je m’en vais vous en toucher deux mots. Ou pas, si vous avez déjà fermé votre navigateur.

269 ces amours la dana couson
Alors comme d’habitude, les films de Lelouch, c’est pas une sinécure à résumer. Le mot « pitch » n’existe pas dans le vocabulaire du réalisateur (et ce n’est pas moi qui lui lancerai la pierre, Pierre). Je vais tenter quand même. Je préviens de suite, il y aura des omissions, des manques et des oublis pas toujours volontaires, n’y cherchez aucune exhaustivité.
Dans Ces Amours-Là on suit le destin de deux personnages principaux. Une femme et un homme. On survole la vie de leurs parents, pour mieux comprendre où ils en sont et comment ils en sont arrivés là quand on commence à les suivre, c’est-à-dire en pleine occupation allemande de Paris pendant la seconde guerre mondiale. La femme c’est Ilva (Audrey Dana), une jeune et belle ouvreuse de cinéma pour qui l’amour est une seconde nature. Elle tombe facilement amoureuse Ilva, elle tombe souvent amoureuse Ilva, mais c’est toujours avec une force et une sincérité profondes. Le film retrace ces amours-là, qui émailleront sa vie et feront de son existence une succession de belles histoires qui chacune efface les mauvais souvenirs de la précédente qui finit mal. L’homme c’est Simon (Laurent Couson), un juif parisien qui sera dénoncé par ses voisins parce qu’il joue trop fort du piano. Ce même piano qui le sauvera de la chambre à gaz dans les camps de la mort car il deviendra le pianiste du mess des officiers allemands. Ce piano qu’il abandonnera à la libération pour devenir avocat, son autre passion.

J’arrête là le résumé du film. Sachez simplement que si la majeure partie du film se déroule pendant la guerre il couvre en réalité une période bien plus large, allant de la fin des années 1800 jusqu’à aujourd’hui.

269 ces amours la dana ido lemaire
C’est difficile d’énumérer les qualités de ce film, un film de Lelouch se ressent avant toute chose. Le réalisateur a sa façon bien à lui de raconter les histoires, il y intègre des tas d’anecdotes, on a parfois l’impression qu’il part dans tous les sens et oublie ce qu’il avait développé au départ mais c’est pour mieux y revenir par un chemin détourné. Il traite depuis toujours et pour toujours des relations humaines, de l’amour et pourtant on se fait toujours avoir. On connaît ses marottes, on a l’habitude de ses circonvolutions, et malgré tout il parvient encore et toujours à nous surprendre, à nous mener là où on ne s’y attendait pas. Et c’est en partie ce que j’aime chez Lelouch : me laisser porter par un narrateur hors-pair, qui me mène par le bout du nez et joue avec mes sentiments de spectateur. D’autant qu’il n’a pas que ses ficelles de scénariste à son arc… Lelouch sait faire un casting. Il sait quel comédien mettre dans un rôle. Je ne sais pas du tout comment il s’y prend sur un tournage, s’il coache beaucoup ses acteurs, s’il les dirige exactement comme il le veut ou s’il les laisse faire, toujours est-il que chez Lelouch il n’y a jamais de fausse note du point de vue de l’interprétation. Jamais dans un de ses films je n’ai vu de comédien qui ne soit pas crédible dans un rôle. Ils y croient tous et de ce fait, on y croit aussi. Et son dernier film n’échappe pas à la règle.

  269 ces amours la dana labarthe
Les deux rôles principaux pour commencer. Audrey Dana, que j’avais découverte dans le précédent film de Lelouch, Roman de Gare (et qu’on voit aussi en épouse de Jean Dujardin dans Le Bruit des Glaçons), est bluffante. Cette actrice est d’un naturel déconcertant. Elle sourit, elle pleure, elle vit ce qu’elle joue. Elle regarde l’acteur en face d’elle et on est vraiment persuadé qu’il s’agit de l’amour de sa vie. Moi j’ai été éberlué par sa facilité à jouer tous les sentiments. Et pourtant elle n’a pas un rôle facile, parfois même elle n’a pas un rôle sympathique, les actes de son personnage peuvent prêter à discussion dès lors qu’on ne se place pas uniquement du point de vue d’une « amoureuse de l’amour », mais elle est d’un tel naturel, d’une telle douceur, que tout passe. Bref, elle est juste parfaite dans le rôle d’Ilva.

269 ces amours la dana
Le premier rôle masculin du film, est tenu par Laurent Couson. Qui ça ? eh bien si vous vous posez cette question c’est parce qu’il s’agit aussi de son premier rôle tout court. Laurent Couson est compositeur, c’est lui qui a co-écrit avec Francis Lai la musique du film. Et tout naturellement, Claude Lelouch a su que son personnage ne pouvait être interprété par personne d’autre que celui qui lui écrit ses morceaux de piano. Il a donc embrigadé Laurent Couson et en a fait son premier rôle masculin. Et quel pif il a eu encore une fois Lelouch. Laurent Couson dans le rôle de Simon est simplement incroyable. Ce type a une gueule, un charisme, une voix, un jeu déconcertants. Il est juste génial. C’est pour moi la révélation du film. D’ailleurs non, de l’année, y a pas de raison de bouder son plaisir. Il y a bien longtemps que je n’avais pas ressenti ça en voyant un type jouer la comédie. Et puis à ce talent inattendu d’acteur, il ajoute son talent de musicien. Toutes les parties musicales du film (oui désolé pour ceux qui n’aiment pas ça chez Lelouch, la musique a encore une fois une place prépondérante dans son film) sont jouées par lui en prise directe. Piano, trompette, chant, Laurent Couson est en live complet et ça rend du tonnerre. Je ne vous parle même pas du duo final entre Simon et Ilva, qui a l’air mi-écrit mi-improvisé et qui m’a laissé sur mon très honorable postérieur. Et je précise au passage : je hais pourtant les comédies musicales (parce que c’est pour les adolescentes boutonneuses, parce que c’est tout naze et que ça s’en rend même pas compte, parce que c’est pas sérieux et qu’on n’y croit pas une seconde, parce que ça puducu et que c’est toupourri, et parce que j’aime pas je vous dis !!).

269 ces amours la couson
Comme je le disais plus haut (je m’excuse m’sieurs-dames, je sais qu’encore une fois je tartine des pages et des pages sur Lelouch alors que vous n’avez qu’une envie c’est que je vous laisse vous rendormir peinards), les films de Lelouch c’est avant tout un superbe casting, et ici encore c’est le cas. Vous verrez dans les rôles secondaires un excellent Dominique Pinon (comme à son habitude du reste), une inattendue mais parfaitement à sa place Liane Foly (qui, incroyable mais vrai malgré toutes ses retouches plastiques fait très authentique !), un Zinedine Soualem à béret dans un rôle de résistant, un très crédible et très charmeur officier allemand sous les traits de Samuel Labarthe (la scène de la Marseillaise est un très grand moment), deux beaux militaires américains interprétés par Jean-Jacques Ido et Gilles Lemaire tous deux impeccables, et Lelouch va même jusqu’à intégrer son propre personnage, Coco, d’abord en enfant de sept puis en adolescent apprenti réalisateur qui commence à expérimenter son fameux mouvement circulaire de caméra autour des personnages et faisant jouer ces rôles par deux de ses enfants Shaya et Sachka. Je mettrais un tout petit bémol sur la prestation du chanteur Raphaël, moins intense que les autres dans l’interprétation, l’air un peu timide, la voix trop douce, la moustache fluette, bref un je-ne-sais-quoi qui lui donne l’allure d’un gamin fragile sous l’occupation, il est beaucoup plus convaincant dans les scènes contemporaines.

269 ces amours la soualem foly
Évidemment les détracteurs de Lelouch retrouveront avec déplaisir tout ce qui fait sa patte. L’ambiance film choral avec sa multitude de personnages, d’époques, de lieux, toutes ces petites histoires secondaires qui viennent se coller à l’intrigue principale, la musique omniprésente (ici elle est même l’un des pivots essentiels du film). Ils y retrouveront son rythme qui prend le temps de s’attarder sur un personnage, sur un silence, sur une pensée, sur une image. Ils y retrouveront aussi le sous-texte de tant de ses films, le leitmotiv de Lelouch qui veut que l’amour soit placé au-dessus de tout, y-compris de la loi ou de la morale bien-pensante, qu’il pardonne tout et justifie même le pire. Ils y retrouveront ce qu’on lui reproche depuis toujours, cet étalage de bons sentiments, ce positivisme forcené qui le pousse à voir les pires moments d’une vie comme des passages obligés mais qui mèneront toujours vers quelque chose d’encore meilleur. Moi-même j’ai beaucoup de mal avec cette philosophie de la vie qui veut toujours voir le bon côté des choses, qui énonce comme théorème fondateur que chaque malheur est une des briques sur lesquelles se construit un nouveau bonheur (le fameux un mal pour un bien qui me révolte tant), et j’ai du mal à supporter les excès d’optimisme béat (autant que les broyeurs de noir incessants du reste). Mais quand c’est Lelouch qui illustre cet optimisme-là (justement pas si béat que ça chez lui), avec son talent, sa simplicité, sa sincérité, bah que voulez-vous, même mon réalisme grincheux huilé à l’objectivité méticuleuse dépose les armes. Je ne suis pas toujours d’accord avec sa philosophie, mais quand il met en image sa vision de la vie, avec ses cycles où bonheurs et malheurs se succèdent mais finissent toujours par nous faire avouer que « finalement ça en valait la peine », je lui laisse de bon coeur le dernier mot…

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Avec Ces Amours-Là, Lelouch fête ses cinquante ans de cinéma. Il y déclare son amour de la vie et du cinéma. C’est en quelque sorte un film-somme de tous ses précédents films, et tout comme il intègre un peu de son histoire personnelle dans le métrage (Coco le petit garçon que sa mère cache tous les jours dans un cinéma de quartier pour échapper à la Gestapo c’est vraiment lui pendant l’occupation allemande), il se permet même de boucler son film par une séquence faite de dizaines d’images tirées de ses précédents films, montrant tous les comédiens qu’il a tant aimé et mis en scène, comme un ultime hommage, comme une ultime déclaration.

Lelouch boucle la boucle. Et moi j’aime vraiment ça. Ça doit être mon côté midinette qui s’exprime…

269 ces amours la aff

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commentaires

myriam 07/10/2010 23:45



Pas vu mais je te crois sur parole ! As-tu vu "L'arbre" ?



Stéph 08/10/2010 08:43



J'avoue que j'ai été obligé de faire une recherche sur le net pour voir de quel film tu parles... et en fait si le titre ne me disait rien j'avais vu l'affiche avec Charlotte Gainsbourg au ciné
de quartier de Colmar. Tu as eu l'occasion de le voir toi ?



Penda 29/09/2010 12:44



T'excuse pas d'aimer, va... C'est un film magnifique ! Tant pis pour ceux qui lui font un procès d'intention, ils ratent un grand mioment de cinéma.Pend



Stéph 04/10/2010 09:03



Ah mais je dirais même plus : pour le moment c'est à mes yeux le film de l'année !