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Avant de lire les notes que je fais sur les films que je vois et les bd que je lis, sachez que dans mes commentaires il m'arrive parfois de dévoiler les histoires et les intrigues. Ceci dit pour les comics, je n'en parle que quelques mois après leur publication, ce qui laisse le temps de les lire avant de lire mes chroniques.
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3 juin 2019 1 03 /06 /juin /2019 07:38

Régulièrement je suis ce que fait David Lodge, et ponctuellement je me laisse tenter par l’un ou l’autre de ses livres. S’il a fait sa spécialité des romans à tendance sociéto-romantico-sexuel qui se déroulent dans le monde des étudiants et du professorat, le dernier que j’avais lu, La vie en sourdine, l’avait vu s’attarder un peu plus sur la vie des « seniors », l’effet du vieillissement sur les relations sociales qu’on entretient, les déboires subis quand notre corps un peu fatigué se dérobe et nous joue des tours, et j’avais beaucoup apprécié cette lecture. David Lodge a ensuite enchaîné avec une biographie de l’écrivain américain Henry James que le succès a fui de son vivant mais qui est devenu une référence incontournable après sa mort. Je n’avais pas suivi l’auteur avec ce virage dans l’univers de la biographie, je dois dire aussi que l’objet de cet ouvrage ne m’avait pas inspiré du tout (certainement du fait de mes graves lacunes en littérature classique). Et puis est arrivée cette seconde biographie, celle d’un auteur que je connais mieux (si ce n’est pour avoir lu tous ses nombreux romans, au moins par la renommée, ses œuvres les plus connues et les thèmes précurseurs qu’il a su aborder en son temps et qui ont durablement marqué la littérature de Science-Fiction dont j’ai pu être friand), à savoir Herbert George Wells.

 

Alors Un homme de tempérament n’est pas à proprement parler une biographie au sens le plus strict du terme. C’est plutôt un roman biographique, puisque si l’œuvre est extrêmement bien documentée et détaillée, Lodge se permet aussi des parties plus fictionnelles, qui se veulent certes respectueuses des faits réels et de tout ce que Lodge a pu collecter et apprendre sur HG Wells, mais qui restent néanmoins sortis de l’imagination de l’écrivain. Ce qui personnellement ne m’a en rien dérangé puisqu’au contraire j’y ai surtout vu l’avantage de rendre le roman plus vivant, de l’animer en faisant de HG Wells presque un vrai personnage de roman. Le faire bouger, gesticuler, parler et penser tout haut dépasse le cadre de la pure biographie factuelle et donne un peu de latitude à l’auteur, mais surtout permet de se sentir encore plus proche de HG Wells qu’on apprend à connaître à travers ses actes, ses écrits, mais aussi ses pensées, ses convictions, ses désirs, ses passions et son éloquence.

 

C’est un réel plaisir de découvrir l’auteur d’œuvres très connues telles que La machine à explorer le temps, L’île du docteur Moreau, La guerre des mondes ou encore L’homme invisible. Écrivain très prolifique, il a publié plus d’une centaine de livres, entre romans, essais, documentaires journalistiques, ouvrages de vulgarisation ou réflexions politiques.

Issu d’un milieu pauvre, c’est le talent inné de HG Wells pour les mots, aussi bien écrits que prononcés en discours, qui va le faire grimper l’échelle sociale, faire de lui un écrivain reconnu et à succès dès ses premiers romans, le rendre à la fois très populaire et le mettre aussi très largement à l’abri du besoin.

Herbert George Wells en 1920, photo de George C. Beresford

Comme on le découvre dans le livre de Lodge, on apprend qu’il était passionné par de nombreux thèmes, la science aussi bien que la politique étaient pour lui d’intenses sources de réflexion. Et parmi toutes ses passions, l’une d’elles a été un des fils conducteurs principaux de toute son existence : les femmes. Amoureux inconditionnel de la gente féminine, il dit de lui-même « Je n’ai jamais été capable de refuser les avances d’une femme, ce n’est tout simplement pas dans ma nature. » Et des avances il en aura énormément puisque malgré une santé fragile durant son enfance et un physique d’adulte pas des plus flatteurs (c’était un homme corpulent, de petite taille et moustachu, pas le Brad Pitt de l’époque), c’est avant tout son charisme, son éloquence et son talent immense d’écrivain qui va le voir attirer à lui les femmes comme un aimant attire la ferraille. Des jeunes vierges comme des femmes plus mûres.

 

Pour HG Wells le sexe est récréatif, il en a besoin pour se délasser (on dirait pour se déstresser et lâcher prise aujourd’hui !) et il le pratique comme chacune de ses autres passions : il fait dans la démesure. Boulimique de travail, c’est un écrivain ultra-prolifique. On découvre ainsi par exemple dans le livre certaines de ses correspondances avec des amis ou des adversaires et on peut ainsi mesurer la force de son écriture, son intense réflexion sur le monde qui l’entoure et sa facilité à rendre limpide ses pensées aux autres. Avec les femmes il agit de même : il est insatiable, infatigable, déraisonnable. Il aime le sexe et n’en fait pas une affaire d’état, au contraire même il écrit beaucoup à ce sujet et prône ouvertement la liberté sexuelle, le libertinage et les relations polyamoureuses. Une honnêteté intellectuelle qui ne lui vaut pas que des amis dans la haute société qu’il côtoie.

 

Passionné des relations homme-femme, il l’est tout autant (et cela répond à une certaine logique finalement) de politique. Il imagine et rêve de sociétés utopistes et libertaires, il ne renie pas ses origines et ses idées sont plutôt de gauche, il aime les femmes et se veut défenseur des droits de celles-ci, bien qu’au début de XXème siècle certaines idées qui se veulent féministes et avant-gardistes restent teintées de patriarcat et feraient hurler de rage nos actuelles chiennes de garde.

 

Grâce à David Lodge j’ai découvert et suis entré dans l’intimité de ce personnage hors-normes que fut HG Wells. Ce roman biographique est dense et fait plus de 700 pages, ce qui fait de lui ce qu’on peut appeler vulgairement un sacré pavé. Mais pas de panique, le bouquin est comme son personnage, absolument passionnant. Si bien qu’on lit sans lassitude du début à la fin, et que sous nos yeux se dessine un HG Wells alliant à la fois un classicisme et une modernité insoupçonnée, un personnage touchant et attachant, bourré de talent et de qualités, mais pas pour autant exempt de défauts et d’exagérations. Ajoutez à cette extraordinaire matière brute tout le talent d’écrivain de David Lodge, ses traits d’humour et la classe so british de sa plume, et vous obtenez un excellent livre, plaisant à lire et surprenant (car HG Wells l’a été, surprenant). Vous le refermerez en ayant passé un très bon moment et avec le sentiment d’avoir appris beaucoup de choses sur HG Wells, l’un des pères de la Science-Fiction en littérature. Nous divertir et nous cultiver, que demander de plus à un livre ?

 

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27 mai 2019 1 27 /05 /mai /2019 07:32

On a tous des artistes qui nous touchent plus particulièrement que les autres. Pour moi, Julio Ribera est de ceux-là.

 

Aujourd’hui, voici un an que le dessinateur et scénariste de bande dessinée Julio Ribera nous a quittés. Il avait 91 ans. Si je n’en ai pas parlé lorsque c’est arrivé, c’est parce que je n’ai appris son décès que trois mois plus tard. Et j’en ai été infiniment triste. Parce que Julio Ribera était un grand monsieur du 9ème art, que ses albums m’ont accompagné pendant des années, et que j’ai eu la chance, à deux reprises, de le rencontrer.

 

Preuve de mon âge avancé, je fais partie de ceux qui ont été obligés de faire leur service militaire. N’étant pas versé dans la tradition militaire, j’avoue que cette période « gelée » de 10 mois de ma vie m’a paru longue, et plutôt inutile sur le plan personnel. Pourtant j’en retiens une bonne chose tout de même. Sur la Base Aérienne 132, il y avait une bibliothèque où l’on pouvait emprunter des livres quand on n’était pas occupé à faire la guerre, et en son sein une petite collection de BD. C’est là, en suivant les conseils plus qu’avisés d’un autre amateur de phylactères appelé comme moi sous les drapeaux, que j’ai lu les premiers albums de ce qui allait devenir une de mes séries cultes : Le Vagabond des Limbes, avec Christian Godard au scénario et Julio Ribera au dessin. Cette série m’a durablement marqué de par son originalité, son humour, son inventivité et sa manière incomparable de mêler des thèmes adultes et profonds à la démesure enfantine et au divertissement pur. On y trouve des tas de choses différentes dans cette BD, mais avant tout de l’intelligence, de l’humour et du plaisir. Le Vagabond des Limbes, c’est du bonheur en 31 tomes, tout simplement.

Le Vagabond des Limbes : chaque album est un trésor d'inventivité

J’ai été comme hypnotisé par cette BD. Littéralement happé dans cet univers tellement unique qui ne ressemble à aucune d’autre.

Si les histoires y sont évidemment pour beaucoup, le dessin a tenu un rôle important dans l’amour inconditionnel que j’ai immédiatement ressenti pour cette série. Et derrière le dessin il y a un homme, Julio Ribera, au trait si personnel, reconnaissable entre tous, simple et beau, métamorphe et séduisant. Le duo de créateurs Godard / Ribera étant très prolifique, je me suis évidemment intéressé au reste de leur production, et c’est ainsi que j’ai découvert, et dévoré, leurs autres séries en commun telles par exemple la drôlesque Chroniques du Temps de la Vallée des Ghlomes (très parodique et gentiment coquine), la fascinante Le Grand Manque (que j’aime tout particulièrement) ou l’astucieuse Le Grand Scandale (malheureusement interrompue en cours mais excellente cependant). Je me suis aussi penché sur ce que les compères ont pu produire en solo, en l’occurrence pour Ribera* la série Dracurella (qui mêle parodie et fantastique) et surtout la trilogie Montserrat – Souvenirs de la guerre civile, Jeunesse bafouée – Une dictature au fil des jours et Paris liberté – Le parfum de l’espoir. Cette trilogie forme une autobiographie de Ribera, où il nous raconte son enfance en Espagne jusqu’à ses premiers boulots en tant que dessinateur en France, et qui se conclut dans les années 1970, sur sa rencontre avec Christian Godard et le début de ce qui allait devenir son œuvre la plus connue, Le Vagabond des Limbes.

Le Grand Scandale, une série malheureusement inachevée

Si j’ai réellement adoré toutes ses histoires plus divertissantes les unes que les autres, cette trilogie à caractère autobiographique, que je viens de relire avant d’écrire cet article, a un parfum différent, quelque chose à part du reste. Et pour cause : le héros de ces BD c’est Julio Ribera lui-même. Quand j’écris « héros » ça n’est sans doute pas le mot que lui-même aurait choisi, il aurait sans doute préféré utiliser le terme « personnage principal », la modestie faisait partie intégrante du bonhomme. Dans ces albums il nous raconte ses souvenirs d’enfance, des plus joyeux aux plus tragiques, il parle de l’insouciance d’avant l’arrivée de Franco au pouvoir, de l’avant -guerre. Il raconte ses parents, sa ville (Ribera est né à Barcelone), les plaisirs enfantins, les restrictions, la dictature, sa petite sœur, son amour du jazz, ses études avortées, son goût pour le dessin qui lui vient très tôt, son service militaire, ses amours, son envie de liberté et enfin le grand saut, celui qui l’a amené à s’expatrier avec son épouse en France, à Paris. Il raconte ses débuts difficiles pour percer dans la presse en tant que dessinateur, lui qui, vaille que vaille, aura toujours réussi à vivre de son art, à sa plus grande fierté et malgré toutes les difficultés qu’il aura eu à surmonter pour y parvenir.

La trilogie autobiographique de Julio Ribera

Lire cette trilogie autobiographique c’est plonger dans un passé révolu, si proche mais qui peut nous paraître parfois si lointain… Julio Ribera est né en 1927, il est donc de la génération de mes grands-parents, et je n’ai pas pu m’empêcher de penser à eux et à leurs conditions de vie en lisant ses souvenirs à lui. Il y a dans le ton employé, les scènes retranscrites et les souvenirs évoqués, dans les mots choisis pour les relater, quelque chose de beau, de calme, d’ancien, de doucement suranné qui provoque un décalage inévitable avec le monde actuel, tout en ancrant le récit dans une réalité incontestablement parlante. Ses phrases ont cette tournure entre simplicité et désuétude qui laisse transparaître la bienveillance et l’instruction de celui qui les écrit. Julio Ribera est né espagnol et n’a pas appris le français à l’école mais d’abord épisodiquement chez un de ses oncles marié à une française, puis surtout sur le tas, lorsqu’il est venu s’installer en France. Et pourtant, cela m’avait frappé également en discutant avec lui, il a ce même soin porté au choix de ses mots qu’ont les anciennes générations, ce même vocabulaire précis et riche. Tout en gardant un délicieux accent ibérique à peine atténué par le temps. Julio Ribera écrivait dans ses BD comme il s’exprimait dans la vie. Avec élégance et simplicité.

 

Je retiens énormément de cette trilogie, et j’en ai beaucoup appris sur l’homme qui s’est mine de rien beaucoup dévoilé dans ces pages. Il l’a avoué lui-même : passer à l’acte de rédiger ces albums lui a été difficile, mais libérateur. Il a même qualifié cette œuvre de soulagement après coup.

J’ai tout particulièrement été touché par sa façon de raconter ses parents. C’est étonnant de lire ce récit de la plume d’un vieil homme et de l’entendre s’exprimer sur ses parents comme s’il était encore leur petit garçon (dans le premier tome bien entendu). On se rend compte ainsi à quel point l’esprit reste jeune, qu’on peut être plus âgé que ne l’ont été ses propres parents tout en restant leur petit garçon dans son cœur. C’est exactement la sensation que j’ai ressentie en lisant cette histoire. Et j’ai trouvé cela émouvant et très beau. D’ailleurs pour illustrer cette sensation, je n’ai pas pu m’empêcher de noter que durant les 3 albums de son autobiographie, qui couvrent en gros la période 1930 – 1970, Ribera ne modifie que très peu la manière graphique de représenter ses parents, ils ne semblent pas vieillir dans son esprit. Alors que lui-même se représente à différents âges, et dans le dernier tome, alors qu’il arrive aux portes de la cinquantaine, il se dessine très fidèlement en montrant les cheveux grisonnants qu’il a eus tôt. C’est ainsi qu’on le voit barbu, les cheveux poivre et sel, auprès de ses parents, quasi-inchangés, figés dans leur apparence des années 1950. Le contraste est saisissant, et très touchant.

Deux dédicaces, deux autoportaits, le jeune garçon et l'homme mûr

J’y ai également appris ses débuts dans le métier, ainsi que son engagement pour le statut des artistes de bande-dessinée, leur protection sociale, leurs droits. Dans ce cadre, l’homme savait faire preuve de calme autant que de détermination, de droiture et de convictions. Et il savait qu’on est plus fort à plusieurs. Quand en 1988 il a créé avec Christian Godard leur propre maison d’édition, Le Vaisseau d’Argent, c’était justement pour fédérer un maximum de leurs collègues et leur permettre de mettre en chantier des projets qui leur étaient refusés ou corsetés ailleurs. La conjoncture ne leur avait pas permis de se maintenir à flot et ils avaient été contraints de jeter l’éponge en 1991, mais l’idée avait été belle, et l’aventure avait au moins eu l’avantage d’être tentée et concrétisée.

Julio Ribera & Christian Godard

J’aimerais ici revenir quelques instants sur mes rencontres avec Julio Ribera, et partager mes souvenirs de lui. J’ai donc pu l’approcher à l’occasion de deux séances de dédicaces, l’une en 2004 au Festival de Colmar, l’autre en 2013 au festival Bédéciné d’Illzach. Les deux fois, je n’étais venu que pour lui, mon sac à dos rempli de ses albums, à passer inlassablement en queue de sa file d’attente après chaque dédicace obtenue. À son plus grand étonnement d’ailleurs ! Mais pour moi sa venue tenait tellement de l’événement que je ne voulais pas en rater une minute. J’ai eu ainsi de très beaux dessins** mais surtout l’occasion de le voir dessiner avec application, l’esprit calme, la main sûre. S’interrompant parfois pour répondre à mes questions, m’expliquer quelque chose ou juste converser tranquillement. Avec cette grande gentillesse et cette douceur dans la voix et dans les expressions qui le caractérisaient. Julio Ribera avait ce ton cordial et sincère quand il parlait, et l’écouter était à la fois plaisant et instructif. Qu’il parle du monde de la bande-dessinée, de ses souvenirs, ou de l’art de manière plus générale.

Julio Ribera en 2013 à Illzach

Il était accompagné les deux fois par son épouse qui participait elle aussi aux discussions, et était aux petits soins avec lui. « Julio, tu devrais faire une pause tu es fatigué », « Julio, pense à la route qui nous attend pour rentrer, ménage-toi », elle le chouchoutait. « Vous savez nous sommes venus en voiture depuis la Savoie, Julio aime conduire mais ça fait loin quand même » m’avait-elle confié entre deux dessins… Je me souviens de leurs petits échanges de sourires, faits de douces chamailleries d’où émanaient beaucoup de bienveillance et de tendresse, pas du tout à l’image d’un vieux couple grincheux bien au contraire, ils donnaient l’impression de se connaître par cœur et de se taquiner, comme une façon de se dire toute leur affection à mots couverts, dans une langue qui n’appartiendrait qu’à eux.

 

Un léger sourire aux lèvres, l’œil pétillant, des gestes mesurés, une élocution non pas lente mais posée et toujours précédée d’un temps de réflexion, Julio Ribera avait fait preuve de beaucoup de gentillesse et de patience lors de ces séances de dédicaces, alors qu’il faisait déjà parti des seniors parmi les auteurs invités. Il était comme ça Ribera. Ça avait l’air d’un type vraiment bien.

Musky a bien des raisons d'être triste...

Je garde un souvenir lumineux de nos rencontres, et je chéris les dessins dont il a bien voulu orner mes albums. J’ai du mal à dire lequel est mon préféré. Il y a la dédicace du tome 2 du Grand Manque que j’aime tout particulièrement car il y a sur une même page un dessin de Ribera, un mot de Christian Godard le scénariste et un autre de Claude Plumail qui l’avait assisté au dessin pour les décors. Il y a cette Musky qui pleure***, ces autoportraits jeune puis plus âgé dans son autobiographie, sa si chère Dracurella ou cette pin-up dans le tome 1 du Grand Scandale… et encore beaucoup d’autres. Mais je crois que si je devais en élire un seul, ce serait certainement son Alchimiste Suprême**** que je lui ai demandé dans le tome du Vagabond des Limbes du même nom. « Ola, attendez-voir, vous êtes sûr que vous voulez ce personnage ? Bon il va falloir me laisser un peu de temps pour me le remémorer, ça fait longtemps que je ne l’ai plus dessiné vous savez »… et pourtant il l’a dessiné, et il est superbe. Un chouette souvenir que cette journée-là.

L'Alchimiste Suprême vous salue !

Je dois en fait de nombreux très bons souvenirs à Julio Ribera, souvenirs impérissables de lecture, mais aussi quelques souvenirs d’échange dans la « vraie vie », moins nombreux mais qui auront durablement marqué ma mémoire. Pour tout cela, merci beaucoup monsieur Ribera.

Un grand et bon souvenir

Et dire que L’Engrenage, 32ème tome de la série du Vagabond des Limbes, qui apparemment devait également faire office de conclusion à la série, a été entièrement dessinée par Julio Ribera mais jamais sorti par Dargaud, pour je ne sais quelle (très mauvaise) raison liée à un changement de politique d’édition qui avait vu l’annulation de la série… Quel manque de respect et d’élégance de la part de l’éditeur français envers Julio Ribera et Christian Godard...

Axle Munshine verra-t-il son ultime aventure publiée ? Trouvera-t-il ses réponses ?

Avec son décès, c’est encore une de mes plus grandes références culturelles qui s’en va, me laissant un peu plus orphelin à chaque fois. Il vogue à présent à jamais au bord du Dauphin d’Argent d’Axle Munshine, un éclat un peu plus brillant que les autres au sein du firmament...

Ribera nous laisse l'univers imaginaire qu'il a co-créé en héritage...

* la liste est non-exhaustive, on peut citer d’autres de ses travaux, mais que je n’ai pas (encore) lus, tels que Tony Sextant, Pistol Jim, Le Barrage ou encore Viva Maria

** mon rêve secret ? Avoir une planche originale du Vagabond des Limbes, ou du Grand Manque accrochée chez moi à mon mur, mais ça n’est malheureusement pas dans mes moyens...

*** « ah bon ? mais pourquoi voulez-vous qu’elle pleure ? » m’avait-il questionné quand je lui ai demandé ce dessin, juste avant de s’exécuter. Je ne sais plus vraiment pourquoi, mais pendant un temps c’était comme un thème récurrent que je soumettais aux artistes qui me demandaient ce que je désirais comme dédicace, « leur personnage qui pleure »…

**** ou Dieu si vous préférez, mais vu par Godard et Ribera, c’est-à-dire pas exactement comme vous l’imaginiez !

L'Alchimiste Suprême, ou Dieu comme vous ne l'imaginiez pas !

NB : les auteurs ayant récupéré la totalité des droits en ce qui concerne Le Vagabond des Limbes, toutes les images illustrant cet article et tirées de la série sont sous copyright © Godard & Ribera

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24 mai 2019 5 24 /05 /mai /2019 07:02

 

« I am the President, but he’s the Boss. »

 

Barack Obama en 2009, lucide au moment de remettre un prix à Bruce Springsteen.

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22 mai 2019 3 22 /05 /mai /2019 07:39

Le jeudi 16 mai, CharlÉlie Couture était de passage à Sausheim, et il a eu l’excellente idée de s’y arrêter pour y chanter quelques-unes de ses chansons.

Le 14 avril précédent, ma petite sœur a quant à elle eu l’excellente idée de m’offrir un billet pour cette tournée du chanteur nancéien dont je n’étais même pas au courant.

Alors nous (elle et moi) y sommes allés, nous l’avons écouté, nous l’avons regardé, et on s’en est pris plein les yeux et les oreilles. En un mot : c’était génial !

 

Suivant les bons conseils de mon ami Nono, voici déjà plus de vingt ans en arrière, j’avais acheté le best-of Patchworks de CharlÉlie Couture. Best-of que j’ai énormément écouté et aimé. C’est un peu bizarre, et je ne saurais pas l’expliquer, mais pourtant je n’ai jamais acheté d’autres albums de CharlÉlie Couture que celui-ci, alors que j’avais tant apprécié ce best-of. Aucune logique là-dedans, ne cherchez pas. J’aimais énormément ce que je connaissais de lui, mais n’avais pas cherché à en connaître plus.

Patch.works un best of incontournable

C’est à l’occasion du concert de Fred Blondin au Casino de Paris que j’ai pu le voir pour la première fois sur scène, CharlÉlie faisait partie des invités de Fred. Faut dire que le nancéien lui a écrit et composé l’un de ses tubes puisqu’il est à l’origine d’ Allumer les Bougies (mais aussi d’un autre titre que j’adore : Mickey Jaloux). Ils avaient donc chanté ensemble et j’avais été à la fois intrigué par le personnage qui se cachait derrière ses lunettes noires et surpris par sa prestation ovniesque sur scène. J’ai su de suite que ce type était à part, avec l’intuition qu’un concert de lui pourrait me plaire.

 

Et c’est donc ce que j’ai pu constater grâce à la très bonne idée de ma petite sœur.

Étrange sensation pour moi de me rendre au concert d’un artiste que je connais, mais pour lequel je n’ai pas la moindre idée de ce à quoi je dois m’attendre sur scène. J’y suis allée plutôt confiant, mais surtout mû par une immense curiosité.

Au clavier ou à la guitare, CharlÉlie assure !

Et je n’ai pas été déçu. L’artiste est complet : piano, guitare et harmonica sont les instruments dont il s’accompagne tout au long du concert. Sans parler de sa propre voix, dont à plusieurs reprises il semble se servir comme d’un instrument ! Sa musique est originale, entraînante, positive, et elle a ceci de rare et précieux qui fait que même pour une première écoute, celle où on la découvre, elle paraît évidente, presque familière. Sur l’ensemble du concert j’ai dû en reconnaître 3 ou 4 peut-être, mais qu’importe : j’ai passé un aussi bon moment avec les chansons que j’entendais pour la première fois qu’avec les classiques et populaires Comme un avion sans aile ou L’Histoire du Loup dans la Bergerie. CharlÉlie m’a fait tout particulièrement plaisir quand il a entonné Jacobi marchait, chanson que j’adore et connais par cœur. Et je n’ai finalement eu qu’un seul regret, qu’il ne chante pas ma chanson préférée de son répertoire, Under Control (TC Brother).

 

CharlÉlie et son groupe, des musiciens-orfèvres

Mais quand bien même, la soirée fut superbe, le groupe de musiciens qui accompagnait le chanteur absolument excellent, l’ambiance chaleureuse. Il y avait dans la salle un parfum de plaisir intense. Celui, enthousiasmant et communicatif, des spectateurs venus applaudir CharlÉlie Couture, mais aussi celui, débordant de sincérité, des artistes sur scène dont la générosité transparaissait à chaque morceau joué. C’était je crois à un véritable échange entre un artiste et son public que j’ai assisté ce soir-là. Un moment fantastique, et un chanteur qu’il faut absolument découvrir sur scène.

 

Merci CharlÉlie ! (et merci Marie !!)

Take Care Brother, see you soon on the moon...

PS : Les photos sont de ma frangine évidemment, merci pour ça aussi !!

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20 mai 2019 1 20 /05 /mai /2019 07:51

Il n’est pas courant de situer une histoire de Science-Fiction, de rencontre avec des aliens, dans un décor médiéval, au fin fond de la Forêt Noire de 1348. C’est pourtant le pari (réussi) de Michael J. Flynn, qui avec Eifelheim nous offre un roman passionnant, mêlant Histoire et SF de bien belle manière.

 

Voici tout d’abord un bref résumé de l’intrigue de départ. Tom Schwoerin, historien et cliologue* américain étudie de nos jours le site allemand de Eifelheim et cherche à résoudre le mystère qui a conduit ce lieu à être abandonné alors qu’il abritait au Moyen-Âge le village d’Oberhochwald. Le récit bascule en alternance entre les réflexions de Tom qui tente de comprendre le passé, et les faits s’étant déroulés en 1348 à Oberhochwald. Cette année-là, quelque chose est tombé du ciel dans la forêt toute proche du petit village de Forêt Noire. Le père Dietrich, curé du village et homme cultivé qui a étudié les sciences, la théologie et la philosophie à Paris auprès de personnages aussi renommés que Guillaume d’Ockham et Jean Buridan, tente d’entrer en contact avec ces étrangers à l’aspect bizarre échoués avec leur aéronef…

… et je préfère m’arrêter là et ne pas en dire plus pour éviter d’en dire trop !

 

J’ai trouvé ce roman vraiment très bien fichu, car il se permet de jouer sur plusieurs plans et plusieurs points de vue différents. On a les scientifiques contemporains qui essaient de comprendre (et pour ainsi dire deviner) ce qui a pu se passer en 1348 avec le peu d’informations qu’ils peuvent recueillir sur cette période compliquée de l’Histoire. On a les habitants de ce village médiéval, qui rencontrent ces drôles de naufragés sortis de nulle part, au physique monstrueux et qui ressemblent à des sauterelles géantes, qu’ils baptiseront bien vite les Krenken**. On a les aliens, qui forcément ont des connaissances et un développement scientifique extrêmement en avance sur celui du monde dans lequel ils viennent de s’échouer, mais qui obéissent également à des règles sociétales plus proches de celle d’une ruche que d’une communauté humaine. Et puis vient se greffer par-dessus tout ça notre propre regard de lecteur, presque omniscient par rapport au récit puisque qu’on sait ce que Tom essaie de comprendre, et qu’on sait également que les Krenken sont des extra-terrestres, chose inconcevable au Moyen-Âge puisque la notion même d’alien est inconnue.

 

C’est justement cette confrontation des civilisations qui m’a paru très intéressante. Car les différents personnages de ce roman ont chacun des conceptions très différentes du monde et de l’existence même. Le chercheur contemporain effectue des recoupements et des investigations en se basant sur les connaissances modernes. Mais le père Dietrich, lui aussi à la pointe des connaissances de son époque aura une approche très personnelle des événements, et tentera de comprendre avec ses propres outils intellectuels ce qui se passe. Imaginez et re-contextualisez : en 1348 la Peste Noire commence à faire des ravages à travers l’Europe et les habitants d’Oberhochwald craignent son arrivée imminente. Et si les étrangers étaient les porteurs de la maladie ? Sans compter sur l’influence de la religion et des croyances, l’aspect difforme des Krenken leur donne l’apparence de démons tout droit sortis de l’Enfer... Bien entendu l’inculture et l’isolement des villageois n’aide pas, certains d’entre eux croient que ces gens bizarres sont des turcs !! Quant aux aliens, ils vont eux aussi tenter de comprendre les hommes aux coutumes si éloignées de ce qu’ils connaissent, et en particulier tout ce qui a trait à la religion et à la croyance en la bienveillance envers son prochain et la vie après la mort...

 

Évidemment en tant que lecteur on se place un peu au-dessus des divers niveaux de compréhension des uns et des autres mis en relation dans ce roman, et on a les clés qui échappent (totalement ou en partie) aux différents protagonistes. Mais on découvre cependant en même temps qu’eux les événements. Ce qui est fou c’est qu’à certains moments on peut presque se sentir plus proche du Krenken que de l’homme de 1348 sur certains points !

 

Alors il faut bien avouer que la partie du récit qui se passe en 1348 est plus intéressante que la partie contemporaine, bien que cette dernière soit l’occasion d’aborder et de vulgariser quelques sujets scientifiques qui ne manquent pas d’intérêt. Mais ce sont les personnages des scientifiques surtout qui offrent moins d’attrait que ceux du Moyen-Âge.

 

Pour ce qui est de la partie se situant dans le village d’Oberhochwald et ses alentours, j’ai trouvé cela passionnant. Pas forcément du fait du suspens ou de l’action (qui sont présents mais de manière tout à fait modérée) mais justement des personnages et de la confrontation de leurs niveaux de compréhension et du choc des conceptions intellectuelles. Que ce soit l’humain confronté à une science qui le dépasse ou l’alien qui découvre la notion de religion, j’ai trouvé cela fascinant.

Fascinante également toute la reconstitution historique faite par l’auteur : c’est très clairement bien documenté et à mon avis Michael J. Flynn a dû passer un nombre conséquent d’heures à se mettre dans la peau d’un homme de cette époque pour réussir à faire si bien comprendre et coller aux pensées et réactions qu’aurait pu avoir un contemporain de la Peste Noire.

 

Je n’ai pas pu m’empêcher non plus de noter un lien avec l’actualité sociétale actuelle et de me faire cette réflexion à moi-même : alors qu’aujourd’hui j’aurais plutôt tendance à considérer le sentiment religieux comme une pensée en partie rétrograde et anti-progressiste, en 1348 (période qu’on considérera volontiers comme obscurantiste et arriérée) l’homme d’Église de ce roman était ce qui se faisait de plus à la pointe des connaissances et de la science, voire de l’ouverture d’esprit et de la tolérance ! Plutôt paradoxal et étonnant n’est-ce pas ? En tout cas j’ai trouvé ce renversement de valeurs très bien vu, et il a parfaitement fonctionné sur moi.

 

Finalement, c’est peut-être ce qui m’a le plus plu dans ce roman à la fois historique et de SF (je ne saurais dire quel aspect l’emporte sur l’autre) : il en émane un humanisme touchant et de nombreuses pistes de réflexion sur notre nature profonde, notre vision du monde et la confrontation avec ce qu’on ne connaît pas (ne comprend pas ?). Je ne peux que vous en conseiller la lecture.

* un cliologue n’étudie pas les Renault Clio à travers les âges, mais les bassins de peuplements humains et leur évolution en mêlant Histoire et mathématiques statisticiennes.

 

** bien que l’auteur ne va pas plus loin dans l’explication du nom donné aux aliens par les villageois, deux pistes m’ont paru assez évidentes. Le nom peut faire penser aux sons émis par les insectoïdes, une sorte de krrrkrrr… mais il m’a aussi immédiatement fait penser au mot allemand krank*** qui veut dire malade.

 

*** et encore plus au mot alsacien krànk qui veut dire la même chose.

 

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16 mai 2019 4 16 /05 /mai /2019 07:15

J’ai déjà dû voir Mark Knopfler à 5 ou 6 reprises en concert, et pourtant je n’en ai parlé qu’une fois ici, et ça remonte à juin 2006, lors de sa tournée pour son album en duo avec Emmylou Harris.

Mark Knopfler c’est un des monstres sacrés de mon univers musical. Une des idoles de mon adolescence. Le type qui balance le riff de guitare légendaire sur l’intro de Money for Nothing, l’un des titres emblématiques de son ancien groupe, Dire Straits.

Dire Straits et Queen, c’était mes deux groupes préférés quand j’étais ado, et j’aurais bien été en peine de choisir entre ces deux-là. Le premier 33 Tours que je me sois acheté, fut le double album best-of de Dire Straits*, en 1988 ou 1989 je ne sais plus exactement.

J’ai encore aujourd’hui au fond de moi ce qui fut l’une de mes plus grosses déceptions de l’époque, ne pas avoir pu assister au concert de Dire Straits qui avait lieu à quelques kilomètres de chez moi, au Stadium de Bâle : ma mère avait avancé comme raison à cette interdiction l’argument franchement fallacieux selon lequel j’avais une épreuve de Baccalauréat le lendemain matin. Mon ami Nico, qui était en Bac Pro lui, y était allé, et m’a par la suite confirmé ce que je savais déjà : le concert était génial. En revanche ce que je ne savais pas encore à l’époque, c’est qu’il s’agissait de leur dernière tournée avant la séparation définitive du groupe… Un rendez-vous raté, et de manière irrattrapable.

Mon premier 33 Tours...

Ce dimanche 12 mai donc, je suis allé le voir au Zénith de Strasbourg. Pour la dernière fois. En effet, Mark Knopfler a annoncé qu’à bientôt 70 ans, cette tournée serait sa dernière. Il tourne définitivement la page des tournées mondiales ; l’exercice est trop fatiguant, trop énergivore.

 

Ça m’a fait quelque chose, en réalisant, alors que je l’écoutais et le voyais sur scène, qu’il n’y aurait pas de « prochaine fois ». D’abord j’ai réalisé à quel point sa musique live m’avait manqué et me faisait du bien. Pourtant ses chansons font quasiment partie de mon quotidien, j’en écoute partout, en voiture ou au boulot, j’en colle des morceaux dans toutes les compils que je me concocte**. Impossible pour moi de faire l’impasse sur Knopfler. Mais en live, c’est encore autre chose. C’est… indescriptible. Alors depuis 2015 et son Tracker Tour, le temps commençait à faire long…

Ensuite parce que Mark Knopfler fait partie de ces artistes dont certaines chansons sont connectées plus intimement que les autres à ma vie. On n’a pas souvent eu l’occasion de parler musique avec mon père, mais il y a eu deux titres pour lesquels il m’a dit, alors que j’étais en train de les écouter, qu’il les aimait et les trouvait beaux : If It Be Your Will de Leonard Cohen, et Brothers in Arms de Dire Straits. Alors forcément, ces morceaux-là ont pour moi une signification spéciale, et évoquent des souvenirs et émotions à part.

Et puis, quand les gens se sont enfin décidés à se lever pour envahir le devant du parterre (je trépignais et n’attendais que ça de tout le concert), j’ai pu m’approcher de la scène, et apprécier les derniers titres du concert à quelques mètres des artistes. J’avais bien remarqué depuis mon siège à quel point Knopfler se déplaçait lentement et à pas mesurés sur scène, qu’il faisait des gestes très lents pour changer de guitare entre les morceaux. En m’approchant j’ai pu constater à quel point les années ont pesé sur lui. L’homme est fatigué, il le dit et cela se voit. Le musicien est vieux et il a besoin de jouer quelques chansons assis au cours des deux heures de concert, il ne s’en cache pas. Mais l’artiste reste bien vivant. Ses mains restent celles du guitar hero qu’il a toujours été, précises et sûres. Sa voix n’a pas bougé, l’écossais continue de manger ses mots mais la tonalité est toujours la même, imperturbable.

Mark Knopfler et son Big Band

Côté spectacle, Mark Knopfler a un tel répertoire qu’il a pu piocher des morceaux emblématiques de ses différents albums. Il aurait sans peine pu faire un concert complet de tubes s’il l’avait voulu, entre les siens en solo et ceux de Dire Straits il y aurait largement eu de quoi faire. Mais il a tout de même tenu à jouer des morceaux du nouvel album (les très belles My Bacon Roll et surtout Matchstick Man), et pour le reste n’a pas forcément choisi les titres les plus connus (par le grand public j’entends, moi il m’a fait très plaisir à ce niveau-là!). Je retiendrai surtout l’ouverture avec Why Aye Man, une superbe interprétation de Sailing to Philadelphia ou encore la remuante Postcards from Paraguay. Évidemment il y a eu des reprises de Dire Straits, comme avec l’incontournable Romeo and Juliet, Your Latest Trick, Local Hero et bien sûr les deux méga-hits Money for Nothing et Brothers in Arms.

Et puis mon petit plaisir personnel, que Mark Knopfler ne joue que pour moi à chaque fois que je vais l’applaudir : l’immense Speedway at Nazareth avec sa montée en puissance interminable avant que le batteur ne se mette à enfin envoyer sur sa grosse caisse et sa caisse claire… Ce titre me file la chair de poule à chaque fois, et son effet sur moi est encore décuplé en live… du pur bonheur.

 

Comme c’est sa dernière tournée, je pense que « l’homme tranquille du rock’n’roll » a décidé de se faire vraiment plaisir, il a donc convié à l’accompagner ce que l’on peut appeler à juste titre un « big band », avec pas moins de 10 musiciens autour de lui sur scène. Et puis pas des manchots les gars, tous sans exception multi-instrumentistes, ce qui a permis d’entendre des tas de sons différents, allant des percussions au violon, en passant par différentes flûtes, mais aussi cuivres, claviers, basses, contre-basse, saxo, cornemuse, accordéon, sans oublier bien entendu les plusieurs guitares qui ont émaillé le concert de leurs diverses sonorités.

Sûr, pour ce qui est de la musique, Mark Knopfler connaît les bonnes choses, et sait les partager.

 

Alors voilà, c’était mon dernier rendez-vous avec ce grand monsieur de la musique sur scène, cet immense artiste, Mark Knopfler. Le premier avec Dire Straits fut raté. Mais celui-ci, comme tous ceux qui l’ont précédé, a été parfaitement réussi.

So long Mister Knopfler.

L'homme tranquille du rock'n'roll

* en même temps que le 33 Tours de la BO du film… Cocktail !! Vous marrez pas, il y a de la super zique dans ce film !!

** oui, si je n’ai pas l’âme d’un DJ Monblaireau, je me fais régulièrement des compilations au sein desquelles viennent se côtoyer aussi bien un Leonard Cohen qu’un Bernard Lavilliers, un Eric Clapton, un Fred Blondin, un Randall Bramblett, un Josh Rouse, un Serge Reggiani, un Sting, une Annie Lennox, un Georges Moustaki, un Bruce Springsteen, des Moutain Men, un JP Nataf, un Tony Joe White, un Joe Dassin, un Tom Petty, un William Sheller, un Chris Rea, un Bob Dylan, un Claude Nougaro, un Nathaniel Rateliff, un Jacques Brel, un Johnny Cash, un Serge Gainsbourg, des Suarez, un Murray Head, un Adam Cohen, un Alain Bashung, et j’en passe des dizaines d’autres...

PS : un immense merci à ma petite sœur pour ses photos !!

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13 mai 2019 1 13 /05 /mai /2019 07:41

Je dois vous faire un aveu, j’ai beaucoup de mal à me lancer dans la rédaction de cet article. J’aimerais parler du roman Cartographie des Nuages de David Mitchell, vous dire tout le bien que j’en ai pensé, mais je me sens bien incapable d’écrire quoi que ce soit qui puisse se hisser à la hauteur de ce que j’y ai lu et parvenir à faire honneur à ce livre.

Je ne sais même pas comment aborder cette critique, c’est dire.

 

Avant même d’essayer de faire un résumé des multiples intrigues, je voudrais réécrire le titre : Cartographie des nuages. Franchement, rien que ça, c’est déjà énorme non ? Comment faire plus beau, plus poétique, comment mieux décrire en trois petits mots tout ce que peut englober l’imaginaire ? Comment mieux libérer les esprits et autoriser le lecteur à un voyage sans limites que par cette formule de génie ? À sa simple énonciation, on sait que tout est possible. On s’imagine couché sur le dos, dans l’herbe mi-haute, sans autre bruit que ceux de la nature et du vent, le regard plongé dans l’infini d’un ciel dont le bleu se voit traverser par des nuages qui changent à tout moment de formes. Quel sentiment plus proche de la liberté et de l’émerveillement que celui-ci ?

 

Alors oui, ce titre est évocateur, très évocateur, et il annonce le programme : tout. Passé, présent, avenir. Océan, campagne, villes, usines, nature sauvage. Marin, musicien, physicien, berger, flic, retraité, écrivain, serveuse, esclave, journaliste. Aventure, polar, roman épistolaire, science-fiction, Histoire, comédie, tragédie romantique. Tout je vous dis.

Ce roman aborde tout cela, et plus encore. Et il ne tiendra qu’à vous d’y ajouter toute une gamme de sentiments personnels, ceux que vous ressentirez en le lisant, ceux qui naîtront des réflexions que ce roman éveillera inévitablement en vous. Cartographie des nuages (j’adore également son titre d’origine, Cloud Atlas) n’a pas de limite. Ou plutôt, ses limites dépendent uniquement de son lecteur.

 

Bon, après avoir dit cela, je vais tenter de vous raconter un peu, sans trop en dévoiler j’espère, de quoi ça parle.

 

En 1849, le jeune homme de loi Adam Ewing, parcourt le Sud du Pacifique jusqu’aux îles Chatham et tient un journal quotidien. Son voyage de retour vers Honolulu puis jusqu’à San Francisco où l’attend sa bien-aimée Tilda se fera à bord d’un voilier mais ne sera pas de tout repos. Un passager clandestin qui fuit l’esclavage est à bord. Et Adam est petit à petit rongé par un parasite qui s’attaque à son système nerveux. Heureusement le docteur Goose est là pour le soigner…

 

En 1936, Robert Frobisher, jeune compositeur plein de projets mais sans avenir, quitte son amant Rufus Sixsmith pour travailler à Zedelghem, près de Bruges, sous l’aile d’un célèbre compositeur Vyvyan Ayrs en tant que copiste. Le vieil homme, acariâtre et d’une arrogance sans nom est très affaibli et l’engage pour mettre en partition la musique qu’il a en tête. Frobisher, tout en s’acquittant de sa tâche compose sa propre œuvre, qu’il nomme Cloud Atlas, et écrit régulièrement de longues lettres à son amour délaissé pour lui raconter comment se déroule sa vie. Dans sa chambre il découvre un vieux récit, le journal de bord d’un certain Adam Ewing voguant sur l’océan Pacifique…

 

En 1973, Luisa Rey, journaliste à Buenas Yerbas en Californie, enquête sur un rapport défavorable à la construction d’une centrale nucléaire mal sécurisée. Elle rencontre un vieux scientifique du nom de Rufus Sixsmith, qui lui livre des détails troublants qui lui permettent de poursuivre son enquête. Mais les morts suspectes s’accumulent dans cette affaire, et Luisa sent qu’elle tient un scoop de taille. Elle découvre certaines lettres gardées par Sixsmith, écrites par un certain Robert Frobisher, ce qui la fascine au point de rechercher sa seule œuvre publiée, très rare, le sextette Cartographie des nuages

 

De nos jours en Grande-Bretagne, l’éditeur roublard Timothy Cavendish a maille à partir avec un de ses auteurs, un ex-taulard, et ses frères. Exsangue financièrement et obligé de s’enfuir pour échapper aux petites frappes, il demande de l’aide à son frère aîné. Celui-ci, exaspéré par ses demandes incessantes d’argent, le fait interner dans une maison de retraite, qui va devenir un véritable lieu de calvaire pour lui. En tant qu’éditeur, Cavendish lit un manuscrit intitulé Demi-vies, la première enquête de Luisa Rey, qui ne le passionne pas plus que ça d’ailleurs…

 

Dans un futur dystopique, en 2144 à Neo Séoul, Sonmi-451 travaille dans une cafétéria, le Papa Song, comme tous les clones de son type. Son entière existence est contrôlée, depuis sa nourriture à son sommeil, en passant par son temps de travail évidemment. Le jour où elle obtiendra sa douzième étoile elle deviendra une « âme » et pourra vivre parmi les sangs-purs qui sont en haut de l’échelle sociale. Mais Sonmi-451 n’est pas comme les autres. Elle va découvrir que le monde dans lequel elle vit n’est pas celui qu’on lui décrit depuis toujours, en accédant à des documents interdits

comme par exemple ce vieux film, une comédie intitulée L’Épouvantable Calvaire de Timothy Cavendish

 

Dans un futur post-apocalyptique, en 2321 sur l’archipel d’Hawaï, Zachry est berger. Il vit au sein d’une communauté revenue à un mode d’existence proche des conditions moyen-âgeuses. Son peuple subit régulièrement les attaques des Konas, des barbares cannibales sans pitié. Quand Meronym, une ethnologue issue du dernier bastion de la civilisation technologique des Prescients, vient étudier les coutumes locales, elle a besoin d’un guide pour gravir la montagne sacrée, au sommet de laquelle une certaine Sonmi-451 aurait lancé un appel de détresse il y a bien longtemps, avant la grande catastrophe… Mais cette montagne est interdite d’accès car aux mains du Vieux Georgie, l’esprit maléfique qui régit les croyances du peuple de Zachry...

 

Ce roman est … je ne sais pas exactement comment dire… pyramidal ! Je ne sais pas si ce terme peut s’appliquer à un livre, mais c’est celui qui se rapproche le mieux de ce qu’est cet étrange objet. Vous débutez par sa base, et vous le gravissez en suivant une échelle simple, celle du temps. Le livre raconte six histoires distinctes. En fait pas du tout distinctes. Mais différentes et espacées dans le temps et l’espace. Pourtant les liens existent, et au fur et à mesure de la lecture, une boucle se forme. Car lorsque je parle de lecture pyramidale, c’est pour la raison suivante : chaque récit est scindé en deux parties, sauf l’histoire de Zachry qui est le récit central. On lit donc la première partie de l’histoire d’Adam Ewing, puis la première partie de celle de Robert Frobisher, etc.… jusqu’à lire l’aventure de Zachry en avançant dans le temps à chaque fois. Puis on repart en arrière, et on découvre donc à rebours la seconde partie de l’histoire de Sonmi-451, puis la seconde partie de l’histoire de Timothy Cavendish, etc.... jusqu’à finir par la seconde partie de l’histoire d’Adam Ewing.

Un roman pyramidal !!

C’est réellement une architecture narrative très spéciale et que je n’avais jamais expérimentée ailleurs que dans ce roman, mais c’est à la fois très original et complètement pertinent, puisque les histoires se renvoient l’une à l’autre, par un lien discret mais ferme. Les différentes histoires permettent à l’auteur de diversifier les plaisirs, et d’aborder tous les genres avec une égale réussite. J’ai autant aimé lire le récit d’Adam Ewing que celui de Zachry, j’ai été pris par le suspens de l’enquête de Luisa Rey et je me suis bidonné à la lecture des mésaventures tragi-comiques de Timothy Cavendish. Et que ce soit Sonmi-451 et son récit d’anticipation SF ou Robert Frobisher plongé dans l’univers de la musique des années 30, aucun de ces nombreux et divers personnages ne m’a laissé indifférent. Leurs vies et leurs destinées pourtant si éloignées et différentes les unes des autres m’ont à chaque fois passionné, à mon plus grand étonnement.

 

Alors j’ai conscience que l’histoire résumée comme je viens de le faire, avec ce foisonnement de genres et de personnages, peut paraître très dense, voire difficile d’accès par l’ossature même du récit, et pourtant ce serait une erreur que de s’en tenir à cette impression. On se plonge à ce point dans chaque histoire qu’on ne mélange rien, tout est clair et les choses s’enchaînent naturellement et sans mal*. J’avoue avoir douté de cette fluidité un moment, plus précisément lors du passage de la première histoire à la seconde, car j’ai été un peu déboussolé par la transition pour le moins brutale entre les deux (vous comprendrez mieux ce que je veux dire par là à la lecture). Mais le récit suivant vous embarque très vite et vous empêche de vous poser trop de questions restées sans réponses sur le précédent, si bien qu’à la fin de ce roman, on se retrouve avec un véritable livre-univers extrêmement bien ficelé, très divers et surtout très réussi. On a l’impression (qui n’est peut-être pas qu’une impression en fin de compte) d’avoir lu six romans en un seul, mais sans avoir ressenti de complication particulière, sans prise de tête, sans à-coups au cours de la lecture, grâce à une fluidité remarquable de la narration. On a en effet cette sensation d’avoir lu six romans différents, et en même temps le tout forme un ensemble parfaitement cohérent, où chaque élément est à sa place et indispensable au tout. Comme un grand puzzle dont chaque pièce se suffirait à elle-même.

 

À chaque « partie » du roman correspond un style différent, et David Mitchell se fait visiblement plaisir de passer ainsi d’un style narratif à l’autre, ce qu’il parvient d’ailleurs très bien à faire. Là où j’ai trouvé cela très fort, c’est que justement ces changements sont nets, mais pas choquants. Ça fonctionne, ça n’entrave pas la narration, on garde le fil sans problème.

Il n’y a que lors du dernier récit (chronologiquement) ou si vous préférez du récit central (pyramidalement !!) consacré à Zachry qu’il y a un véritable phrasé spécifique inventé de toutes pièces par l’auteur, et qui peut procurer quelques complications à la lecture. Mais il s’agit en fait d’une narration très « parlée », qu’il faudrait presque dans l’idéal lire à voix haute, pour mieux l’appréhender. Je n’ai d’ailleurs pas pu m’empêcher de me faire la réflexion quant à la traduction ! Ça a dû être un boulot incroyable de trouver des équivalences en français (du futur, et donc à inventer en partie) pour garder et le sens et l’impact des termes originaux de l’auteur. En cela la traduction de Manuel Berri mérite très largement d’être soulignée, et encensée à mon goût. La partie du roman consacrée à Sonmi contient elle aussi des néologismes et quelques inventions linguistiques, très bien vues également.

 

Et puis, une fois qu’on a lu ce roman immense (par la taille comme par l’ambition narrative), qu’on le referme et qu’on y repense, vient le moment de la digestion, et de la réflexion. Car c’est une des forces du roman : vous n’en sortirez pas sans y repenser, sans cogiter. On peut se demander après lecture, quel message il véhicule, quelle est sa trame de fond, l’idée subliminale qui se cache derrière les mots.

Je crois que chacun aura ses propres réponses à ces questions, pour ma part je crois que ce que j’ai retenu de ce roman, c’est l’idée de cycles, et d’invariabilité de la nature humaine. Que comme dans une fourmilière, les individus peuvent bifurquer ou modifier leurs destinations aléatoirement, mais que l’ensemble ne varie pas ou très peu, que la direction ne change pas, et que les mêmes causes ont les mêmes conséquences, toujours.

Que l’homme soit civilisé ou non (d’ailleurs quelle civilisation se considère-t-elle elle-même comme non civilisée?), on retrouve les mêmes résurgences, que ce soit dans le positif comme dans le négatif.

La recherche de la puissance, l’appât du gain, la cupidité, l’égocentrisme mènent toujours à plus ou moins long terme vers la catastrophe…

 

Peut-être que certains verront d’une manière plus appuyée que je ne l’ai vue moi, une allusion directe à l’idée de réincarnation (au sens bouddhiste du terme). En effet, certains personnages, au travers des siècles, partagent une même tache de naissance à la forme très spécifique, celle d’une comète. L’auteur ne fait que le mentionner, mais ne développe jamais l’idée, à vous d’en faire ou non le pivot de votre lecture, et le prisme au travers duquel vous lirez ce roman. D’autres y verront peut-être plus volontiers une espèce de lien mystique sans forcément aller jusqu’à la réincarnation. Mais à coup sûr, cet élément, qui pourrait faire basculer encore plus clairement dans le récit fantastique (je parle du genre), est placé là par l’auteur sans qu’il n’entre dans les détails, pour marquer juste un peu plus s’il en était besoin, l’idée de cycle, d’éternel recommencement, de chemin à parcourir, d’étapes à franchir, mais qui mènent toujours à la même destination : la profondeur de l’âme humaine.

 

Dans ce même ordre d’idées, le roman peut être pris comme une merveilleuse mise en situation de la théorie du chaos. À une échelle extraordinaire, puisqu’elle se développe sur des siècles et des continents entiers. Quelle meilleure illustration que cet enchaînement de récits, de la notion que chaque acte a une conséquence. Chaque décision, chaque choix, mêmes les plus anodins qu’ils paraissent au moment de les faire, a un pouvoir immense, celui d’influer sur le futur. De manière parfois bien imprévisible et a priori insoupçonnable d’ailleurs. À partir de là, au lecteur de se positionner : y verrez vous la marque d’un déterminisme incroyable ou au contraire d’une palette d’infinies possibilités uniquement soumises au hasard ? L’aspect philosophique du récit laisse augurer de longs moments d’intense réflexion et d’argumentation contradictoire selon votre façon de lire le roman de David Mitchell…

 

Mélange savant d’optimisme et de pessimisme, de raison et de sentiments, de hasard et de destinée, ce roman est une incroyable aventure de lecture, un roman coup de cœur qui fait penser, rêver, imaginer et réfléchir bien au-delà de ses pages et de ses mots. Un bouquin qu’on referme et qu’on n’oublie jamais.**

 

Un livre qu’il faut lire.***

* il en va tout différemment de l’adaptation cinématographique, mais ça c’est une autre affaire, que j’aborderai un autre jour...

** Et vous l’aurez peut-être constaté à sa longueur pour ceux qui en sont venus à bout, le plus dur aura été de commencer cet article, ensuite ça a déroulé tout seul…

*** si si, c’est obligé.

 

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9 mai 2019 4 09 /05 /mai /2019 07:02

 

« Le public s’imagine que chaque matin je me gargarise au bourbon, fume un ou deux cigares épais comme une cuisse de catcheur, et grignote des grains de poivre toute la journée, sans oublier le paquet de Gitanes brunes réglementaires avant le coucher. Il sera déçu : c’est une affaire de fosses nasales, de résonance. »

 

Jean-Pierre Marielle, l’homme à la voix inoubliable.

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6 mai 2019 1 06 /05 /mai /2019 07:19

Il y a de cela de nombreuses années (je crois bien que ça remonte au moins à mes années nancéiennes, donc il y a environ 25 ans), j’avais lu la version originale de ce texte, sous la forme d’une nouvelle dans un recueil, et ça m’avait déjà bien marqué. J’ai eu envie d’y revenir plus récemment, mais cette fois en abordant l’histoire dans sa version roman*. J’avais donc déjà en tête l’essentiel de l’histoire ainsi que son dénouement, ce qui d’habitude ne me pousse pas trop à me plonger dans un bouquin. Mais comme ça m’est arrivé récemment avec quelques-unes de mes lectures marquantes de mon adolescence, j’ai eu envie de revenir dessus et d’y confronter mon regard d’adulte**. Et puis j’aime de temps à autres me coltiner un classique, ce que ce livre est devenu dans son genre je pense.

 

L’histoire met en scène Charlie Gordon, 32 ans, attardé mental jovial et plein de bons sentiments. Il travaille dans une boulangerie la journée et suit des cours spécialisés le soir, dispensés par Miss Kinnian. Pétri de bonne volonté, Charlie n’a pas de meilleurs résultats que les autres, mais sort du lot par sa farouche envie d’apprendre bien qu’étant intellectuellement très limité. C’est ce qui lui vaudra d’être retenu pour une expérience révolutionnaire. En effet deux scientifiques, le professeur Nemur et le docteur Strauss qui étudient l’intelligence ont réussi un véritable exploit en décuplant l’intelligence d’une souris de laboratoire, nommée Algernon. L’étape suivante est l’expérimentation humaine, et Charlie subit donc une opération du cerveau. Et le succès va être total, car bien vite Charlie voit son quotient intellectuel augmenter en flèche, passant progressivement de 70 à 185 ! L’esprit de Charlie s’ouvre alors sur des domaines jusqu’alors insoupçonnés pour lui, mais cela ne se fait pas sans conséquences sur sa personnalité et sa vie passée revient le hanter. Mais un jour, la souris Algernon commence à montrer des signes inquiétants de régression et de dégénérescence cérébrale. Charlie sait pertinemment que son sort et celui de la souris sont liés...

 

Il y a de fortes chances que cette histoire parle à beaucoup de monde tant ce roman a connu un succès jamais démenti depuis sa sortie (en France par exemple le livre est réédité sans discontinuer environ tous les 4-5 ans depuis 1972). Et le roman a connu plusieurs adaptations sous différents formats, depuis la télévision jusqu’au cinéma, en passant par le théâtre et même la comédie musicale !

 

La première chose que je tiens à dire, c’est que je suis presque étonné de voir que Des fleurs pour Algernon est cité comme un incontournable de la littérature de Science-Fiction. Parce que le vernis SF est vraiment léger, et plus le temps passe plus les avancées médicales et scientifiques dans le domaine de l’informatique par exemple font que l’opération que subit Charlie dans le livre et qui est la caution SF du récit est de plus en plus crédible et de moins en moins extravagante à envisager dans la réalité. Pour moi, ce roman est avant toute chose un extraordinaire roman sur l’humain, sur la conscience, sur l’être intime, sur l’évolution d’un esprit au cours du temps. Le qualifier de roman de SF ne serait vraiment pas la première chose qui me viendrait à l’esprit si je devais le définir. Donc si je devais en parler je n’hésiterais pas à le qualifier d’incontournable, mais bel et bien tous genres confondus.

 

Ce court roman de Daniel Keyes (enseignant*** puis psychologue et écrivain américain mort il y a peu de temps, en 2014 à l’âge de 86 ans) est un petit bijou. À bien des égards d’ailleurs. Je vais essayer de donner quelques-unes des raisons qui me font dire cela, mais je crains d’en oublier pas mal en cours de route tant il y en a.

 

Tout d’abord il y a ce parti pris ambitieux et ardu à tenir de la part de l’auteur : tout le roman (et c’est sa grande force) est présenté comme un témoignage écrit par Charlie Gordon. Ce dernier tient à la demande des scientifiques qui le suivent un « journal de bord » par écrit, ce qui leur permet de mesurer et comprendre l’évolution de l’esprit de Charlie au fur et à mesure du temps qui passe. Autant vous le dire de suite, le début du roman est un peu compliqué à lire dans le sens où Charlie, plein de bonne volonté mais avec 6 ans d’âge mental, écrit un langage bourré de fautes d’orthographe et exprime des idées très basiques. Mais les avancées du jeune homme seront telles que bien vite cette difficulté de lecture va disparaître, et on va pouvoir constater à quel point son intellect va se développer à travers un style de plus en plus riche et agréable à lire, ainsi que des pensées de plus en plus profondes couchées sur le papier.

Ainsi, au début du roman, Charlie écrit : « Après l’opérassion, je m’eforcerai d’être un telijen. De toutes mes forces. ».

Puis vient la frénésie d’apprendre mêlée d’innocence et d’envie de bien faire : « Aujourd’hui, j’ai appris la virgule, qui est, virgule (,) un point avec, une queue, Miss Kinnian, dit qu’elle, est importante, parce qu’elle permet, de mieux écrire, et elle dit, quelqu’un pourrait perdre, beaucoup d’argent, si une virgule, n’est pas, à la bonne place. »

Petit à petit Charlie progresse de plus en plus vite, jusqu’à dépasser tous ceux qui l’entourent, y compris les scientifiques qui suivent son évolution : « Ce qui est étrange dans l’acquisition du savoir, c’est que plus j’avance, plus je me rends compte que je ne savais même pas que ce que je ne savais pas existait. Voici peu de temps, je pensais sottement que je pouvais tout apprendre. Maintenant, j’espère seulement arriver à savoir que ce que je ne sais pas existe et en comprendre une miette. En aurai-je le temps ? »

Mais passer d’attardé à génie n’est pas aussi simple, ni même aussi libérateur que le pensait Charlie, et c’est bel et bien dans le relationnel que le jeune homme à l’intellect sur-développé sent qu’il reste encore et toujours un inadapté. Il écrit ainsi au sujet de celle pour laquelle il ressent un véritable sentiment amoureux : « Je désirais l’aimer et fonder un foyer. Maintenant c’est impossible. Je suis aussi loin d’Alice avec mon QI de 185, que je l’étais quand j’avais un QI de 70. Et cette fois-ci, nous le savons tous les deux. » La prise de conscience est douloureuse et sans pitié…

 

Si je me permets quelques citations alors que je ne le fais que rarement quand je parle d’un livre, c’est vraiment pour essayer d’illustrer au mieux tous les thèmes qu’aborde ce livre, et surtout l’immense terrain de réflexion qu’il nous laisse en tant que lecteur une fois qu’on l’a refermé.

 

Ce roman est écrit avec une telle précision dans le style, mais aussi avec une telle justesse dans le ton, permettant de saisir les moindres nuances dans l’évolution de cet esprit d’abord rabougri et entravé, puis libéré et décuplé, que le lire vous fait passer par à peu près toutes les émotions. Bien que celle qui prédomine reste la tristesse, la résignation, le désespoir, qui curieusement viennent avec l’intelligence et la capacité d’analyse. Plus Charlie évolue, plus il revit son passé douloureusement, avec un œil nouveau. Ceux qu’il considérait comme ses amis se sont en fait toujours moqués et servis de lui. Mais il n’en était pas triste, puisqu’il n’en avait même pas conscience. Pour son plus grand malheur cependant, qu’il s’agisse de ses amis ou de sa famille qu’il redécouvre sous un nouveau jour, sa nouvelle perception du monde qui l’entoure ne lui offre pas plus de bonheur qu’avant. Il pensait pourtant que l’intelligence allait lui ouvrir toutes les portes, lui rendre l’existence belle et facile… « Je me demande ce qui est le pire : ne pas savoir qui l’on est et être heureux, ou devenir qui l’on a toujours voulu être et se sentir seul. »

 

On en vient presque à se demander s’il ne vaut pas mieux être idiot qu’intelligent pour être heureux. L’imbécile heureux connaît-il un meilleur sort que l’esprit évolué mis devant la triste réalité du monde ? À chacun d’apporter sa réponse, selon sa sensibilité. Des indices selon moi persistent cependant… cette furieuse envie d’en savoir toujours plus qui nous tenaille, cette curiosité, cette soif d’apprendre et de découvrir, et le refus catégorique, viscéral, de revenir en arrière une fois qu’on a franchi des paliers en avançant…

 

Évidemment ce livre ne peut pas non plus nous laisser sans réfléchir à notre position et notre sentiment vis-à-vis du handicap. Là on parle de handicap mental et on l’aborde de front (de l’intérieur même puisqu’on est dans les pensées de Charlie, à tous les stades de l’évolution de son intellect), mais la question peut facilement être élargie pour toucher tous les types de handicaps. Et quasiment accolée à la question du handicap vient cette seconde interrogation : peut-on et doit-on chercher à tout prix à améliorer notre condition humaine, aussi déficiente puisse-t-elle être parfois, par les avancées de la médecine, de la science et de la technique ? Doit-il y avoir des limites ? Lesquelles ? Ces questions que je trouve personnellement passionnantes reviennent régulièrement sur le tapis, il en était déjà question en 1959 quand Daniel Keyes a écrit sa nouvelle, on se les pose toujours aujourd’hui quand on aborde des sujets tels que la bioéthique. C’est un sujet qui fait intervenir tant de points de vue différents, qu’ils soient moraux, scientifiques ou religieux qu’on ne peut le balayer d’un revers de la main et penser s’en débarrasser facilement. Aujourd’hui le transhumanisme voire le posthumanisme sont les prolongements directs de ce type de questions. Certains en sourient avec une certaine condescendance en les renvoyant au statut de sujets pour romans de SF (tiens retour de la SF dans le débat !) mais je suis persuadé que c’est une erreur et que ces thèmes seront au cœur de l’évolution de l’humanité au cours du siècle à venir.

 

Autre sujet abordé dans ce livre, qui me semble fascinant et universel car chacun d’entre nous peut en faire l’expérience tout au long de notre existence, c’est la question de l’évolution de la personnalité. On a tous des envies, des idées, des points de vue différents. Ils sont nourris de nos expériences, des spécificités de nos parcours de vie. Et ils évoluent en même temps que le temps passe. On évolue, on change, irrémédiablement. Et avec le changement de l’être vient le changement de sa perception du monde. On le voit avec Charlie en très peu de temps, mais on peut tous le réaliser en ce qui nous concerne sur le long terme, et cela rejoint l’idée que je développais en introduction à cet article : il arrive que nos goûts changent avec le temps. Qu’on aime moins ou même plus du tout, ce qu’on a aimé jadis. Qu’on apprécie finalement quelque chose qui nous laissait indifférent voire qui nous débectait avant. Le présent a ce pouvoir incroyable de remettre en question le passé qu’on a pourtant tendance à croire figé. On est resté le même, du moins on n’a pas l’impression d’avoir tant changé que cela. Mais on a évolué, lentement, par à coup, sans s’en rendre compte au fil du temps. Est-on la même personne qu’il y a 20 ans ? Et sinon qu’est-ce qui a changé ? Et surtout dans ce cas, comment peut-on se définir soi-même avec certitude, puisque le temps semble être un facteur de l’équation qui échappe à notre contrôle ? Comment juge-t-on celui qu’on a été il y a 20 ans ? Et surtout, bien plus vertigineux encore : comment celui qu’on a été il y a 20 ans se jugerait-il lui-même s’il voyait ce qu’il sera 20 ans plus tard ?

Bref, on déterre sans peine un grand nombre de questions philosophiques totalement fascinantes dès lors qu’on pense et repense à tout ce que le personnage de ce roman vit en très peu de temps.

 

Au-delà même d’une réflexion très intéressante sur l’intelligence et la différence, ce que nous propose l’auteur dans son roman, c’est une éclatante constatation : quel que soit notre degré d’intelligence une chose ne change pas, on a tous besoin de reconnaissance, de plaire et d’être aimé. L’Homme reste quoi qu’il en soit un bien étrange être, qui ne cesse d’osciller entre individualisme et intégration. On se sent toujours unique, mais on a tant besoin de faire partie d’un tout. Une partie de notre souffrance réside peut-être bien dans cette contradiction liée à notre nature même...

 

Certes tout ceci sont des thèmes souvent abordés par la SF d’introspection, mais je trouve pour ma part qu’ils débordent très largement du seul carcan SF. Et j’en suis personnellement friand !

 

Bon, j’ai quelque peu digressé alors pour en revenir au bouquin qui nous occupe ici, je vais résumer mon sentiment plus brièvement. Ce roman est bouleversant, magnifiquement écrit, il touche à ce que l’humain a de plus intime, il réveille et bouscule aussi bien les émotions que l’intelligence. Il n’a pas pris une ride depuis cinquante et quelques années qu’il a été écrit, et il possède une autre caractéristique rare et précieuse : il est trans-générationnel. C’est typiquement un livre qu’on peut lire à tout âge, et qui plaira aux jeunes comme aux moins jeunes.

 

Alors pour finir, je dirais en écho au thème de la perception qui peut changer avec le temps, que si Des fleurs pour Algernon de Daniel Keyes m’a plu et marqué il y a 25 ans, vous l’aurez deviné, il n’a en rien perdu de sa force aujourd’hui.

 

Lisez-le, je ne peux pas vous donner de meilleur conseil à propos de ce livre.

* la première version parue sous forme de nouvelle date de 1959, alors que la version remaniée et augmentée pour paraître sous forme de roman date de 1966. Les deux versions ont remporté récompenses sur récompenses.

** je sais, ça peut être dangereux de mettre en péril des souvenirs d’émotions anciennes…

*** petite anecdote touchante : Daniel Keyes a rapporté que le sujet de cette histoire lui a été directement inspiré par un enfant de la classe pour élèves défavorisés dont il s’occupait, et qui était venu le voir après les cours pour lui demander « de quitter la "classe des idiots" parce qu’il voulait être intelligent ».

 

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2 mai 2019 4 02 /05 /mai /2019 08:11

Parmi les thèmes de réflexion qui me tiennent vraiment à cœur, tout ce qui touche à la relation d’un père à ses enfants m’est cher. J’y pense très souvent, j’observe autour de moi, cela nourrit bon nombre de mes cogitations… Le statut de fils, le statut de papa, l’évolution de l’un par rapport à l’autre et par rapport au reste du monde, tout cela me passionne. Avec de plus un double regard différencié, étant moi-même fils et père.

 

Tout particulièrement, ce qui me fait beaucoup réfléchir, c’est la notion d’héritage et surtout de transmission. Ce qu’on lègue à ses enfants, ce qui survit de soi en eux, et la façon dont ils vont un jour se forger leur personnalité propre, qu’elle soit en accord ou en rupture avec celles de ses parents. En disant cela, c’est à un très large spectre de domaines que je fais allusion. Qu’il s’agisse de la pure génétique, donc de l’hérédité biologique et physique, ou de la transmission de savoir comme de savoir-faire, mais aussi d’équilibre psychologique, de développement du libre-arbitre et du sens critique, de succession patrimoniale et matérielle ou encore de la passation des valeurs qui nous importent le plus, voire même d’une certaine forme de morale*. Tout ce qui vient directement de nous et va plus ou moins influer sur l’identité en formation et en devenir de nos enfants m’interroge. Et mine de rien, ça fait beaucoup de choses. Mais pas un seul jour sans que je n’y pense, fût-ce furtivement.**

 

Il se trouve que tout récemment j’ai fêté mes 44 ans. Outre le fait que ça commence à chiffrer, c’est aussi un chiffre théoriquement médian. Il y a déjà un bon bilan à faire, mais aussi encore a priori de belles perspectives pour l’avenir.

À cette occasion donc, j’ai été très gâté par mon entourage. De beaux cadeaux de toutes sortes, mais surtout et avant tout des présences, des attentions et des pensées de celles et ceux qui comptent pour moi. Que des choses qui touchent et réjouissent le cœur et l’esprit.

 

Et donc, au cours de ce week-end d’anniversaire, il s’est passé deux choses qui m’ont marqué, et que j’ai considéré comme mes deux plus beaux cadeaux.

 

La première c’est que Nathan a dessiné sa première BD (de 13 pages tout de même), une aventure inédite de Tintin et Milou :-) Cela fait presque deux ans que j’avais proposé un ou deux albums de Tintin à Nathan, qui les avait poliment acceptés et lus, mais apparemment sans plus de son côté. Je n’avais pour ma part pas cherché à insister. Certes Tintin a fait partie de mes premières et plus marquantes lectures, mais je pouvais comprendre qu’à presque 35 ans d’écart, les passions d’enfance ne sont pas si aisément transposables. Mais voilà qu’une frénésie de tintinophilie a pris Nathan depuis trois-quatre mois, et il a littéralement dévoré toute la collection, lu et relu plusieurs fois chaque album. Au point de se lancer donc dans la confection de sa propre histoire, avec de chouettes idées, de l’humour, des codes narratifs et visuels (les phylactères, les onomatopées, la dynamique, le séquençage, le jeu des perspectives) inhérents au médium BD déjà compris et intégrés. Ça m’a non seulement ravi, mais aussi et surtout empli de fierté.

Le capitaine Haddock c'est de la Culture aussi !

La seconde c’est que Tom, du haut de ses cinq ans dont il est si fier, a commencé de son propre chef, seul dans son coin, à se mettre à lire ! Jusqu’à présent il lui arrivait régulièrement de prendre des livres et de réciter de mémoire toute l’histoire page par page quand il la connaissait par cœur, ou alors de se lancer dans de belles improvisations en posant des textes et dialogues de son cru sur les images. Mais là c’est différent : maintenant qu’il connaît l’alphabet (ça fait partie de ce qu’il a appris en seconde section de maternelle cette année) il a eu l’idée d’appliquer ses toutes nouvelles connaissances à la lecture. Et donc on l’a surpris, très sérieux et concentré, à épeler les lettres d’un mot pour voir ce que ça fait comme son. Il a compris tout seul qu’un L suivi d’un A donnait le son « LA » par exemple***. Ça m’a laissé sur le cul : cette envie de lire, son initiative personnelle sans demander à quiconque de l’aide, et la jugeote dont il a fait preuve en ayant eu l’idée d’associer les sons des lettres pour former des mots, sans parler de la concentration intense qui lui est nécessaire à déchiffrer ce qu’il voit. Comme pour l’initiative de Nathan, celle de Tom m’a complètement surpris, époustouflé, et rendu très fier.

Des livres pour bien grandir...

Surtout, et c’est là où je voulais en venir, cela m’a rassuré sur plein de choses. Mon obsession de la transmission, et toutes les questions que je me pose à ce sujet y ont trouvé une réponse simple, nette, limpide. Pour moi qui ai un véritable amour pour les livres, une passion pour la BD et qui considère la lecture comme la base indispensable à la connaissance, et donc à la formation d’un esprit sain et d’une belle personne****, voir que l’intérêt pour les livres, pour les histoires, pour la lecture, l’envie de décortiquer les mots pour comprendre les textes -pour comprendre le monde qui nous entoure en fait- cet intérêt si cher à mes yeux était partagé par mes deux garçons sans que rien ne leur soit imposé, juste à leur propre initiative, comme dirait Brassens « ça m’a réchauffé le cœur ».

Je me dis que l’une des valeurs qui m’importe le plus leur a été transmise. Et ça me rend vraiment très heureux.

 

J’ai des gamins formidables. Ils sont tous les deux, au quotidien, mes plus beaux cadeaux.

Hulk pas content, by Tom

* bien que je n’aime pas beaucoup ce terme de morale

** comme je pense quotidiennement à beaucoup d’autres sujets, des plus futiles aux plus profonds (l’amitié, le chocolat, l’amour, la culture, les belles poitrines, le réchauffement climatique, l’art, le pouvoir de l’imagination et de la connaissance, etc… je vous laisse classer vous-mêmes par ordre d’importance)

*** ce qui nous a valu des questions du type « c’est quoi le son du H ? »

**** autrement dit l’aider à devenir un Mensch. Traduction littérale : un humain. Un type bien quoi.

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