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Avant de lire les notes que je fais sur les films que je vois et les bd que je lis, sachez que dans mes commentaires il m'arrive parfois de dévoiler les histoires et les intrigues. Ceci dit pour les comics, je n'en parle que quelques mois après leur publication, ce qui laisse le temps de les lire avant de lire mes chroniques.
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14 mai 2012 1 14 /05 /mai /2012 09:34

Ce qui est bon quand on lit un bouquin, qu’on découvre un album ou qu’on va voir un film, c’est de se faire prendre (positivement) par surprise. Ça crée un enthousiasme aussi franc qu’inattendu et le plaisir qu’on ressent s’en trouve décuplé. Je parle bien de la découverte d’une œuvre culturelle hein.
C’est ce qui m’est arrivé avec ce petit film, Chronicle de Josh Trank (inconnu au bataillon), que je suis allé voir sans savoir à quoi m’attendre, juste poussé par un synopsis de départ qui avait éveillé ma curiosité. Et j’en suis sorti enchanté, complètement embarqué par ce que je venais de voir sur l’écran. Avec le bonheur simple lié à la satisfaction de m’être pris un chouette film en pleine face alors qu’au départ j’espérais juste que ce ne serait pas trop naze.


323 chronicle andrew camera
Au début de Chronicle on fait connaissance avec Andrew (Dane DeHaan), un lycéen refermé sur lui-même, mal dans sa peau, qui n’a aucune confiance en lui, et qui essaie tant bien que mal de concilier son environnement familial en déliquescence (sa mère gravement malade est mourante et son père alcoolique passe ses nerfs sur lui) et son environnement scolaire tout aussi déprimant (timide, chétif et incompris il est le souffre douleur de ses camarades). De plus en plus asocial il décide de filmer sa vie et ne se déplace plus sans sa caméra derrière laquelle il se réfugie, celle-ci faisant office à la fois de filtre et de bouclier entre le jeune homme et la réalité dont il se coupe de plus en plus. Seul son cousin Matt (Alex Russell) le traite « normalement », et reste son dernier ancrage avec le monde scolaire. C’est justement en emmenant son cousin en soirée avec lui que Matt présente à Andrew l’ultra-populaire Steve (Michael B. Jordan*) qui a tout de la caricature du boyscout à l’américaine : sportif, intelligent, de bonne famille, il est sympa avec tout le monde, plaît aux filles et est le grand favori aux élections de représentant des élèves à venir. Mais Steve n’est pas le poseur, frimeur et imposteur que son image lisse pourrait nous laisser imaginer (tous cyniques désabusés que nous sommes), c’est réellement un gars sympa qui ne juge pas et accepte sans manières de côtoyer le pestiféré Andrew. C’est ensemble que les trois garçons vont découvrir en pleine nature, non loin de la rave-party à laquelle ils participent une étrange galerie dans le sol, d’où provient un bruit métallique non moins étrange. Grisés par l’alcool et la caméra au poing, les trois compères décident de s’aventurer dans le trou béant et tombent sur une substance indéfinissable, aux lueurs et aux sons aussi inquiétants qu’attirants. Le contact avec cette roche particulière les laisse sur le carreau, et ce n’est que quelques jours plus tard que les trois jeunes hommes se rendent compte qu’ils sont devenus capables de choses hors du commun. Tous trois doués de télékinésie, ils gardent pour eux ces nouveaux talents, tout en les développant ensemble, s’entraînant en cachette à maîtriser leurs pouvoirs. Chacun à sa façon va développer des aptitudes fabuleuses, mais ce sentiment de puissance, tout d’abord extrêmement grisant, va vite avoir des conséquences sur leurs vies et les inciter à se poser des questions sur leur responsabilité et les limites qu’ils doivent s’imposer, … ou pas !

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Voilà, j’ai fait un peu long pour le résumé, mais c’est pour exposer au mieux les bases du film. Je suis sûr que ceux, qui comme moi, sont des lecteurs de comics, auront été titillés par la dernière phrase car elle fait écho au leitmotiv d’un super-héros bien connu et qui se balance en collants au bout d’un fil : Spider-Man et son fameux « de grands pouvoirs entraînent de grandes responsabilités ». Clairement le clin d’œil à la devise phare de Peter Parker est évident. À ceci près que dans ce film, les personnages et les événements sont traités avec un maximum de réalisme (si tant est qu’on accepte comme réaliste l’idée de départ de trois garçons doués de télékinésie évidemment). Pas de costumes, pas d’envie de jouer les super-héros, pas de super-vilain à combattre, seulement trois jeunes qui se retrouvent dans une situation extraordinaire et qui vont devoir apprendre à composer avec. Du coup quand les héros parlent de responsabilité, il ne s’agit pas de se mettre à sauver des gens et devenir des super-héros, mais avant toute chose de ne pas mettre les autres en danger en utilisant leurs pouvoirs inconsidérément.

323 chronicle matt andrew
Et c’est avant tout sur le cheminement personnel et la prise de conscience qu’est centré ce film. Chacun des trois garçons, en fonction de sa personnalité propre et de son environnement, va évoluer différemment.  Au départ, et c’est une partie très enthousiasmante du film, il y a la phase d’appropriation des changements qui s’opèrent en eux (je ne ferai pas d’assimilation avec les ados dont « le corps change » mais ceux qui voudraient absolument y chercher une interprétation psychanalytique ont du terrain à explorer dans cette direction), la découverte des pouvoirs et l’exploration du champs de possibilités qu’ils ouvrent aux trois garçons. Cette partie est franchement plaisante, drôle, potache, mais possède aussi un vrai pouvoir d’émerveillement. Ce qui est en soi déjà une belle réussite. De nos jours les effets spéciaux sont à ce point devenus monnaie courante et sont souvent tellement bien foutus que j’étais tout étonné dans ce film de voir les effets « concrets » des pouvoirs de télékinésie de ces gamins m’émerveiller autant. Vraiment, j’avais le sourire aux lèvres et l’envie de lâcher un « wouah » d’admiration et de surprise devant leurs prouesses (et leurs ratés). J’étais comme un gosse qui voit ça pour la première fois, alors que depuis des années j’ai été littéralement nourri de films à effets spéciaux. Très bon point donc.

323 chronicle andrew1
Puis, une fois que les nouvelles capacités sont plus ou moins maîtrisées, que les jeunes héros ont pu explorer leurs limites, vient la phase suivante : que faire de ces dons exceptionnels ? Faut-il s’imposer des limites ? Lesquelles ? Le pouvoir absolu corrompt-il absolument ?
On aborde frontalement le concept de morale, qu’on retrouve inévitablement à la base de toute histoire de super-héros, même celles qui ne répondent pas directement aux canons du genre (comme c’est le cas ici). Et comme à chaque fois quand on parle de morale, je ne peux m’empêcher de penser à la phrase de Léo Ferré « n’oubliez jamais que ce qu’il y a d’encombrant dans la morale, c’est que c’est toujours la morale des autres »…

Il y aurait également beaucoup à dire sur la façon dont les choses vont évoluer, comment chacun va user de son pouvoir, et sur la conséquence des choix de chacun, mais ce faisant je dévoilerais trop le contenu du film et son dénouement, que j’ai personnellement trouvé très cohérent et fort réussi. Je préfère donc laisser le plaisir à chacun de le découvrir par soi-même. Mais ce que je peux dire c’est que cela faisait longtemps que je n’avais pas vu l’idée de « super-pouvoir » développée sur un ton aussi réaliste, réfléchi, logique et au bout du compte adulte. Encore une fois, tout ce qui habituellement, dans une histoire de super-héros, vient enrober l’action et les personnages, et qui parfois contribuent à « polluer » les réflexions très philosophiques que certains soulèvent (sur la responsabilité liée au pouvoir notamment), est ici évacué. Pas de costume moulant, pas de triangle amoureux, pas de némésis au héros, pas de combat entre le bien et le mal (en tout cas pas sous la forme manichéenne super-héros Vs super-vilain), pas de superstar pour endosser le rôle principal, pas de second degré ou de punchlines en forme de clin d’œil au spectateur (et dont le sous-texte est toujours un peu teinté de « ne vous en faites pas, on ne se prend pas au sérieux, on est conscient que tout ça c’est du cinéma pour grands enfants »). Chronicle est purgé de tout cela, et ça fait un bien fou.

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Entendons-nous bien, j’adore les films de super-héros (et je bouffe des comics à tous les repas) et je piaffe d’impatience d’aller voir Avengers au cinéma (eh non, contre toute attente je n’y suis pas encore allé !). J’aime voir Spider-man virevolter entre les buildings de New-York, j’adore voir Magnéto soulever un sous-marin nucléaire ou écouter Robert Downey Jr cabotiner dans son costume de Tony Stark. Parce que c’est du folklore, que j’ai baigné et grandi là-dedans et que voir en chair et en os des personnages de papier que je connais et que j’aime depuis que je sais lire me fait toujours triper au-delà du raisonnable. Mais avec Chronicle, c’est une autre approche, beaucoup plus terre-à-terre, beaucoup plus sobre et cependant ultra-prenante malgré tout.

Comme je le disais, il n’y a pas de star à l’écran, les acteurs qui jouent là-dedans m’étaient parfaitement inconnus et cela contribue au réalisme, car le comédien est totalement effacé derrière son personnage. Quant à la mise en scène elle est elle aussi particulière. Une grande partie du film est montré par l’objectif de la caméra d’Andrew, presque à la façon d’un documentaire. Cela donne un grain spécial à l’image, les couleurs sont ternes, les choses, les gens, la réalité n’est jamais « améliorée », on ne cherche pas à donner un vernis « cool » à ce qu’on nous montre. Pour autant les effets spéciaux sont impeccables, justement car ils ne cherchent pas à en faire trop. Ils ne sont pas l’intérêt principal du film mais contribuent pleinement à donner encore plus de force et d’impact à l’histoire en se mettant à son service d’une très belle manière.

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C’est pour toutes ces raisons que j’ai du mal à qualifier simplement ce film de film de super-héros. Parce qu’il en intègre certes de nombreux éléments (dont l’essentiel : des personnages dotés de pouvoirs exceptionnels), mais se situe toutefois aux antipodes de ce que Hollywood nous sert comme standards du genre depuis que ces films ont le vent en poupe (on va dire pour simplifier depuis les franchises BladeX-MenSpider-Man). Alors pour un amoureux du genre comme moi, c’est très rafraîchissant et extrêmement plaisant de voir ce Chronicle qui sort des sentiers battus, qui va là où on ne l’attend pas du tout et qui fait mouche.
C’est pour moi la meilleure surprise de ce début d’année, sans conteste !



* le B. du nom étant certainement là pour marquer la distinction avec un aîné basketteur autrement plus connu…


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11 mai 2012 5 11 /05 /mai /2012 07:21

Mon prochain billet “musical” prévu devait être consacré au concert de Ben Howard du 2 mai à Strasbourg. C’était déjà un report de date puisqu’au départ il était programmé en février. Et puis le 30 avril j’ouvre ma boîte mail et boum, message d’annulation pour le concert prévu 2 jours plus tard. Grrrr. Annulation hein, pas report. Je regarde où je pourrais le voir quand même prochainement et je m’aperçois qu’il est programmé dans une petite salle à Zurich (à peine une heure et demie de route de chez moi) … le soir même. Sold out of course. Caramba encore raté. Après c’est tout de suite beaucoup plus loin, beaucoup plus tard et beaucoup plus cher aussi au passage. Scheize, me dis-je, c’est bel et bien cuit donc, je ne verrai pas le petit prodige anglais dans une salle à dimensions humaines, près de chez moi et à un prix raisonnable. Parce qu’à coup sûr, la prochaine fois qu’il passera dans le coin, il sera devenu une star dont le concert programmé au Zénith local coûtera bonbon. Fais ch###.

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Mais bon, comme je ne suis pas du genre rancunier je le fais quand même ce billet sur Ben Howard. Parce qu’il en vaut vraiment le coup le gaillard. J’ai découvert son album en novembre ou décembre dernier, me rappelle plus bien, à l’occasion de son passage sur la scène de Taratata. J’avais trouvé sa musique et sa prestation live géniales, j’ai donc embrayé sur l’album, Every Kingdom et je n’ai pas été déçu du voyage.

Je ne suis pas musicologue et je n’ai aucun doctorat en bon goût musical pour faire foi de ce que j’avance, mais c’est du tout bon. Je peux me planter dans les catégories mais si ça ne tenait qu’à moi je classerais la musique du bonhomme quelque part entre la pop anglaise actuelle et le folk, tendance cool. C’est pas clair ? alors prenez un Damien Rice pour ses mélodies, la poésie et la mélancolie qui habitent ses chansons (parfois même le lyrisme et les chœurs idoines), et collez-y une voix et des accords à la James Blunt. Ça vous donnera une petite idée de ce que fait Ben Howard.

Je vous vois venir, les allergiques à James Blunt vont sournoisement me rétorquer « mais c’est pour les adolescentes de seize ans maximum alors ? », ce à quoi je répondrais solennellement par un « prout » franc et massif.
J’avais prévenu je n’ai pas de diplôme en musicologie, je me sens donc quelque peu démuni côté arguments définitifs qui en jettent. Tout ce que je peux dire, c’est que j’aime vraiment beaucoup ce que ça donne, et que ce que j’ai pu en voir ici et là sur Youtube m’a confirmé qu’en live ça doit être super sympa à écouter. Allez pour la peine, je vous ai mis en lien un morceau accoustique : Ben avec sa guitare sèche, et une orchestration minimum pour l'accompagner, vous vous ferez votre propre idée. Moi c’est clair, j’aime.

 


 


Pour citer quelques titres en passant, je dirais que le premier morceau de l’album, Old Pine donne une bonne idée de l’ensemble de l’album, aux rythmes variant du « très cool » à « l’enthousiasme entêtant », aux mélodies simples et classes, aux jeux de guitares et de voix tout du long. Les deux titres qui ferment le ban (Gracious et surtout la superbe Promise) sont quant à eux des invitations à heumeumer* avec lui tout du long sur une musique à écouter au calme, du genre qu’on aimerait qu’elles ne cessent jamais tant les mélodies sont belles et possèdent un pouvoir relaxant…

Bref, vous avez bien compris, je conseille vivement l’écoute de Every Kingdom, l’album de Ben Howard. Et j’espère bien réussir à le voir un de ces jours en live, quelque chose me dit que ça doit valoir la peine.



* ben quoi, vous n’heumeumez jamais sur des musiques cool dont les paroles vous échappent ? moi tout le temps. Parce que malheureusement les paroles des chansons étrangères m’échappent quand même plus que régulièrement. Celles des chansons françaises aussi d’ailleurs de plus en plus souvent. Ce qui n’est pas sans m’inquiéter.

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9 mai 2012 3 09 /05 /mai /2012 07:56

Voilà très longtemps que j’avais envie de lire du Pierre Pelot. D’abord parce que le bonhomme a une bibliographie longue comme le bras et qu’il me donnait l’image d’un touche-à-tout intéressant. Et puis bon, c’est un auteur vosgien donc quasiment un voisin quoi. C’est vrai, à force de lorgner sur les stars américaines et les auteurs à succès internationaux, on en oublie parfois que localement les gens aussi ont des trucs à dire.
Donc, quand je suis tombé au gré de mes pérégrinations dans une librairie sur ce roman au titre complètement farfelu (qui m’a piqué d’emblée en plein dans un de mes organes sensibles : la curiosité), à la couverture affublée d’une jeune fille gironde en équilibre plus qu'instable entre féminité et vulgarité et que j’ai vu de qui était signée l’œuvre je me suis dit banco ! L’occasion de découvrir cet auteur venait de s’offrir à moi, inattendue et intrigante, donc irrésistible.


Mais qu’est-ce qui se cache derrière ce titre somme toute déconcertant ? Laissez-moi éclaircir vos lanternes…

L’action se situe en plein cœur des Vosges, dans un petit village au fond d’une vallée. Les Gravier y étaient l’élite des notables locaux, du temps de la gloire de la filature qu’ils possédaient. Mais l’industrie textile a disparu des Vosges, et depuis lors, les anciens patrons se retrouvent à la tête d’un site industriel en ruines, et d’une immense propriété au sein d’un parc avec petit étang et chapelle privée… D’ailleurs le patriarche n’a pas survécu à son usine, et ne subsiste de la famille qu’un trio qui rivalise de bizarreries : Maman Jojo, le fils aîné Babar, qu’on hésite à classer entre génie méconnu et autiste obèse à tendance schizophrène-paranoïaque (le garçon bricole dans son coin un engin qu’il a baptisé Madame Wells, et qui n’est rien moins qu’une machine à voyager dans le temps), et Marie, dit Marie-McDo, jolie fille au caractère de chien et aux mœurs légères. Cette dernière n’hésite pas à monnayer ses charmes pour trois fois rien ou contre quelques sandwichs de fast-food ce qui lui vaut son surnom et la haine sourde de son frère. Mais à sa réputation de fille facile s’ajoute depuis peu une nouvelle rumeur : Marie ferait des miracles. Elle aurait même ressuscité un chat mort… Il n’en faut pas plus pour qu’une bande d’illuminés ésotériques menés par un leader charismatique nommé Manuel Emmanuel en fassent la réincarnation divine de Marie-Madeleine, la sainte prostituée biblique, ce qui commence à faire parler et à attirer de plus en plus de monde dans le petit village vosgien.
À tous ces étrangers vient s’ajouter un homme, Abel, attiré lui aussi par la légende naissante autour de Marie-McDo mais qui ne goûte en rien les concepts religieux d’un Manuel Emmanuel bien parti pour fonder une nouvelle secte à la gloire de la jeune fille. Abel est bien décidé à s’introduire discrètement chez les Gravier, le plus grand mystère entourant ses intentions…

Bon ben c’est plutôt intéressant tout ça non ? D’autant que dans le même récit, Pierre Pelot réussit à entremêler une secte naissante, une prostituée faiseuse de miracles, des extra-terrestres belliqueux, un génie frappadingue, une machine à voyager dans le temps sans oublier l’Ange étrange du titre… ce qui vous l’avouerez pourrait faire beaucoup voire trop si l’auteur n’avait pas la bouteille suffisante pour ficeler son affaire. Et force est d’avouer que Pierre Pelot maîtrise son art de raconteur d’histoire. C’est plutôt bien écrit dans l’ensemble, quelques longueurs s’immiscent toutefois dans les descriptions et les sentiments des personnages. Pourtant chez moi, la mayonnaise n’a pas pris, j’en ai été le premier désolé du reste. Je suis plutôt preneur de tout ce genre de concepts un peu casse-gueule, qui plus est lorsqu’ils sont combinés au sein d’un joyeux foutoir, mais voilà, dans le cas présent il m’a manqué quelque chose, difficile de définir quoi exactement. Le bouquin est pourtant loin d’être mauvais, mais c’est plutôt une somme de petites choses qui ont petit à petit douché mon enthousiasme. L’auteur fait en sorte que toute son histoire se tienne, mais j’ai trouvé la ficelle principale du livre un peu grosse à avaler. Tellement que, la voyant venir de loin, je me disais à moi-même que ce n’était pas possible que ce soit cela, qu’il devait y avoir un piège quelque part. Évidemment je vais soigneusement éviter de dévoiler le nœud de l’intrigue au cas où vous voudriez vous lancer dans la lecture de ce roman, mais sa résolution ne m’a pas convaincu. J’avais comme un goût de « tout ça pour ça ? » à la fin du bouquin. Un peu de déception et de frustration donc. Pourtant la narration et la mise en place sont bonnes, j’ai beaucoup aimé le coup d’accélérateur de la dernière partie et j’ai ainsi découvert que Pelot s’en sort très bien pour décrire des scènes d’action et faire monter la tension chez son lecteur. J’ai trouvé les flashbacks dont le récit est parsemé plutôt bien amenés et très intéressants, bien que par moments j’avais l’impression que l’action présente était du coup trop mise au ralenti et reléguée en second plan. Certains personnages sont réellement très réussis, mes préférés étant sans conteste le leader religieux auto-proclamé Manuel Emmanuel, et le frangin cintré qui bricole sa Madame Wells dans la chapelle.

Mais ces bons côtés n’auront pas suffit à me convaincre, l’histoire ne m’a pas embarqué comme j’aime que ça soit le cas, je suis constamment resté détaché du récit. La faute en particulier à Abel, l’un des principaux personnages et qui représente la clé de l’énigme, avec lequel je n’ai pas accroché un seul instant. Manque d’intérêt, manque de crédibilité et totale absence d’empathie pour le personnage. La faute aussi à une fin qui m’a laissé franchement sur ma faim. L’épilogue quant à lui est à mon sens complètement raté, à côté de la plaque, simpliste, invraisemblable et incohérent.
Bref si je devais résumer mon sentiment en quelques mots, je dirais que les idées de départ étaient franchement bonnes et originales, mais qu’elles ont débouché sur une déception à la hauteur des attentes qu’elles avaient éveillées chez moi. Le récit, plutôt bon au demeurant, aura pourtant manqué du souffle nécessaire pour me passionner sur la longueur. Pour mon entrée en matière au sein de l’œuvre de Pierre Pelot la lecture de L’Ange étrange et Marie-McDo s’est avérée décevante et c’est bien dommage.

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7 mai 2012 1 07 /05 /mai /2012 07:46

Je ne suis pas une midinette et je n’ai (à ma connaissance) aucun penchant pour les beaux ténébreux. Je n’arrive pas à préférer une mini tasse de Nespresso à mon bol de café quand j’arrive au boulot le matin. Pourtant j’avoue sans gêne que George Clooney figure dans la liste de mes acteurs favoris *. Donc quand j’ai su qu’il était à l’affiche dans un film nominé aux Oscars (oui je sais, c’est loin d’être le gage de quoi que ce soit qualitativement parlant) et réalisé par Alexander Payne (là déjà c’est autre chose, j’y reviendrai), je me suis dit que ce serait une bonne idée d’y jeter un coup d’œil. Comme ça, pour voir. Et si je n’ai pas été ébloui j’ai tout de même passé un bon moment.

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L’histoire prend place dans l’archipel d’Hawaï. Matt King (George Clooney) bosse beaucoup, et néglige plus que de raison son couple et son rôle de père. Un accident de ski nautique plonge sa femme dans le coma, et oblige Matt à s’occuper à plein temps de Scottie, dix ans (Amara Miller) et Alexandra (Shailene Woodley), adolescente rebelle de dix-sept ans. Décisionnaire dans un processus de vente de terres familiales s’élevant à plusieurs centaines de millions de dollars, Matt va devoir prendre de lourdes décisions alors qu’il apprend coup sur coup que son épouse ne se remettra jamais, et que celle-ci avait une liaison. C’est avec ses enfants, et Sid (Nick Krause), l’ami demeuré de son aînée, que Matt va partir à la recherche de l’amant de sa femme…


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Je partais avec un a priori positif en allant voir ce film, ne serait-ce que par rapport à ce que j’avais déjà vu de son réalisateur auparavant. Il a, dans les années 2000, signé deux films qui m’ont marqué (et plu, je précise) avec Sideways et Monsieur Schmidt**. Je savais donc qu’il était tout à fait capable de partir d’une situation et de personnages pas forcément extravagants pour raconter de chouettes histoires, et que la simplicité n’exclut pas la profondeur dans son approche des choses… et c’est très exactement ce que j’ai retrouvé comme sensation dans The Descendants. Une histoire au pitch de départ plutôt simple, et un développement tout en finesse, abordant parfois des sujets très graves sans s’interdire des touches d’humour, voire de loufoquerie. À ce titre le personnage de Sid, que j’ai trouvé parfaitement imbitable et con comme un manche au point que je n’en revenais pas d’un tel décalage et d’une telle marque de mauvais goût au milieu du reste d’un film si mesuré, se révèle tout à fait à sa place comme on le comprend dans la dernière partie du film.

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Alexander Payne va donc au fil du métrage nous emmener à sa suite sur des terrains qu’on n’attendait pas forcément et posera certaines questions auxquelles il nous invite à réfléchir sans vouloir imposer la réponse qu’il propose. Dans The Descendants il est question d’amour, de haine, de vengeance, de détresse, de pardon et d’espoirs à degrés divers. On varie avec les personnages d’un sentiment à l’autre, parfois contradictoires, et ça permet de se remettre soi-même en question. Quel sentiment l’emporterait chez nous, quelle réaction serait la notre dans de telles circonstances ? Sans intellectualiser à outrance, j’ai trouvé le fond de la réflexion proposée intéressant.

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Côté comédiens, Clooney tient le haut du pavé et joue vraiment d’une manière fluide, juste et sincère la somme de sentiments qui assaillent son personnage. De l’inquiétude et la volonté de se rattraper au début de l’histoire, à l’abattement et la dévastation d’apprendre que sa femme est en mort cérébrale, jusqu’à la colère et la haine qu’il ressent en tant que mari trompé en passant par la détresse d’un père débordé par ses enfants qu’il redécouvre dès lors qu’il s’en occupera pleinement… Vraiment, j’ai trouvé son jeu d’acteur brillant, ni trop ni pas assez dans l’expression des sentiments, pour moi c’était une confirmation de plus de son talent de comédien. Mais une autre qui se révèle aussi bonne que belle (non ce ne sont pas des synonymes) c’est la jeune Shailene Woodley, à qui je prédis une jolie carrière si toutefois elle parvient à se tenir loin des twilighteries et autres mièvreries ado-sirupeuses… Et puis c’est toujours un plaisir de retrouver au détour d’un second rôle le sous-employé Robert Forster, ici dans le rôle du beau-père acariâtre dont le caractère de chien, la haine et la dureté ne l’empêchent pas d’être aussi par ailleurs un vieil homme touchant.

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Et puis pour la petite histoire, ce film a l’avantage de répondre à des questions autrement plus existentielles. En effet il vous prouvera sans l’ombre d’un doute possible que s’habiller chaque jour de l’année en chemise à fleurs hawaïenne et tongs, c’est pas le truc le plus classe au monde, même quand on s’appelle George Clooney. Ça humanise le bonhomme, c’est le moins qu’on puisse dire. Sans parler de son statut de cocu (et bonjour le baltringue que madame a choisi pour le remplacer…) qui finit un peu plus de l’éloigner de son image de bellâtre dans ce film. Et c’est tant mieux.

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Pour résumer, je dirais que The Descendants est un chouette film, pas révolutionnaire loin s’en faut, mais honnête dans ce qu’il raconte, avec des acteurs de talent et une mise en scène intelligente. C’est franchement déjà pas mal non ?



* Liste au sein de laquelle George côtoie les très glamours et sexy Richard Dreyfuss, Paul Giamatti, Takeshi Kitano ou Jack Nicholson par exemple. Juste pour vous situer l’ambiance playboy de cette liste.

** Tiens donc, revoilà Paul Giamatti et Jack Nicholson, quelle coïncidence !

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4 mai 2012 5 04 /05 /mai /2012 06:45


« J’aime toujours autant me défoncer sur un vélo »


Richard Virenque, un homme honnête.

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3 mai 2012 4 03 /05 /mai /2012 13:27

J’aime faire le grand écart.
Je veux dire par là, m’intéresser à des choses très différentes, voire opposées parfois. (Sinon, oui je travaille aussi ma souplesse articulaire –l’âge fait des ravages-, merci de vous inquiéter.)
C’est pourquoi sur mon blog dans la catégorie cinéma, je ne vois aucun inconvénient à aligner à la suite des articles sur Intouchables, Shame, Take Shelter et La Vérité si je mens ! 3. Même pas peur. Même pas honte. D’autant que ça risque de pas s’arranger prochainement…*


Donc je suis allé voir la suite tant attendue (si, moi je l’attendais) des aventures de nos vendeurs préférés (si, moi je les aime) de fringues à pas cher. J’avais adoré le premier volet en 1997, beaucoup ri sur la suite de 2000, il n’y avait donc aucune raison de bouder ce troisième, bien que tardif, opus. Et je n’ai pas adoré comme le premier. Je n’ai pas autant ri que pour le second. Mais je ne me suis pas non plus ennuyé.

318 verite si je mens3 herve serge edouard
Dans La vérité si je mens ! 3  de Thomas Gilou, on retrouve donc Eddie (Richard Anconina), Serge (José Garcia), Yvan (Bruno Solo), Dov (Vincent Elbaz reprend son rôle après l’avoir laissé à Gad Elmaleh dans le second volet) et Patrick (Gilbert Melki) à peu de choses près là où on les avait laissés douze ans plus tôt. Toujours dans le business, toujours dans une ambiance de bons potes qui rigolent bien, magouillent un peu et prennent la vie avec le sourire. Bon, il y a quelques mômes en plus, Karine (Aure Atika) a quitté Dov et sort avec Yvan, Serge truande bosse pour beau-papa (Enrico Macias), les affaires ne se font plus dans le Sentier mais dans la banlieue d’Aubervilliers, mais dans l’ensemble tout ce petit monde vivote dans la bonne humeur.
Le commerce reste bon, malgré la concurrence devenue plus féroce de la part des chinois qui s’installent dans les affaires. Jusqu’au jour où la société de Eddie, Yvan et Dov fait l’objet d’un contrôle judiciaire visiblement téléguidé par quelqu’un… pour se sortir de ce mauvais pas il va peut-être falloir s’en remettre à Simon (Marc Andreoni) pour contrecarrer les chinois. Serge pour sa part n’a jamais été plus irresponsable que depuis qu’il gère les affaires de son beau-père, ce qui n’arrange pas sa relation avec Chochona (Elisa Tovati). Quant à Patrick, rien ne va plus pour lui non plus : les impôts s’intéressent de très près à lui et c’est étonnamment… réciproque ! En effet la sérieuse Mlle Salomon (Léa Drucker) ne le laisse pas de marbre, et pour un millionnaire qui ne déclare rien au fisc, tomber amoureux de son contrôleur des impôts n’est pas la meilleure des idées à avoir…
Un vent de panique souffle entre les membres de la petite bande d’amis, la zizanie et la discorde les guettent…

318 verite si je mens3 dov yvan chinois
Évidemment, il serait de bon ton de cracher sur le film, de le trouver raté, répétitif, poussif et comme je l’ai pas mal lu sur la toile, « trop commercial ». Mais ce ne serait pas honnête. Tout comme il ne serait pas honnête non plus de le porter aux nues et d’en faire la nouvelle comédie française inratable de ce début d’année. Non, en fait, il s’agit tout simplement d’un film moyen. D’une comédie pas franchement mauvaise, mais rien d’exceptionnel non plus.

Pas bon, parce que évidemment le scénario est cousu de fil blanc (la vérité je fais des jeux de mots !), que l’on sent à peu près tout venir et de loin. Parce que la surprise et l’originalité n’y sont plus, qu’on est beaucoup plus dans une logique de mécanique bien huilée que dans un joyeux foutoir comme au début. Parce que ce qui passait pour de la nouveauté et du grand guignol drôlatique au début ressemble parfois plus à de la caricature de caricature. Ben oui, on a aimé Serge Benamou, ou nous donne du Serge Benamou ! dans toute sa démesure, mythomane au dernier degré. Mais en même temps de quoi se plaint-on ? c’est la définition même de ce personnage si on y réfléchit un peu. Cela étant dit, c’est très certainement toutes les scènes traitant de la relation entre Serge et son beau-père que j’ai trouvées les plus outrancières, exagérées et au bout du compte ratées et pas drôles du tout.

Pas mauvais, parce que tout ça fleure bon le parfum de nostalgie des premiers films. Parce que les personnages sont les mêmes qu’au départ et qu’on les a aimés ainsi. Parce que tout cela est fait avec une bonne humeur communicative, qu’on ressent l’ambiance de potes qui règne dans le jeu des acteurs. Parce qu’on voulait du cabotinage, de l’accent pied-noir, des vannes pourries et de l’exagération dans le jeu et qu’on en a à revendre !

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Cette franchise de films a ceci de particulier qu’elle bénéficie d’un statut spécial, que de nombreuses comédies aimeraient obtenir mais qui peut aussi s’avérer à double-tranchant. Le premier volet est un film générationnel à mon sens. Comme Les Bronzés avant lui, le premier La vérité si je mens ! a marqué positivement et durablement à sa sortie, et a connu un franc succès en particuliers auprès d’un public jeune (de l’époque). Le deuxième est sorti quasi dans la foulée, bénéficiant de la vague de succès du premier. Puis plus rien pendant douze ans… et en douze ans les choses changent, les gens changent, les modes passent, et les générations d’hier ne sont plus celles d’aujourd’hui. Les « anciens » jeunes ont évolué et les « nouveaux » jeunes sont différents des anciens…  Mais les personnages, les histoires, les intrigues elles n’ayant pas évolué, elles n’ont plus le même impact, et on a parfois l’impression de « réchauffé » c’est vrai.
Cela dit, je refuse catégoriquement de classer cette Vérité si je mens ! 3 sur le même plan qu’un Bronzés 3 pour reprendre l’exemple précédent. Avec ce film on est très loin du ratage abyssal qui nous a été proposé par la bande du Splendid en 2005. Au moins dans le film de Thomas Gilou, on sent que le cœur y est encore, l’envie reste là, l’esprit demeure, bien que la mayonnaise prenne moins bien. On réalise juste, non sans une pointe de nostalgie, que le temps a passé et que les anciennes recettes n’ont plus la fraîcheur d’hier.

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Alors La vérité si je mens ! 3 est loin d’être une franche réussite, mais ce genre de film me fait toujours plus marrer et m’apporte plus de plaisir (régressif très certainement) qu’un Bienvenue chez les Ch’tis dont je ne comprends toujours pas le succès phénoménal.
Remarquez j’ai peut-être tout faux, un goût de chiotte et l’indécence de l’afficher avec ça, mais ce n’est pas moi qui vous déconseillerai de voir La vérité si je mens ! 3. Simplement je vous aurais prévenu quant à ce que vous verrez.



* J’ai en projet différents articles jonglant pêle-mêle avec quelques films de baston bien bourrins, des super-héros en goguette, les œuvres de Takeshi Kitano, du film oscarisé, du Richard Dreyfus à gogo et du Nicolas Cage en détresse capillaire.

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10 février 2012 5 10 /02 /février /2012 08:26

Parmi mes rares résolutions pour 2012, je me suis fixé comme objectif de parler un peu plus souvent de musique sur ce blog.
Puis je me suis demandé par quoi je pourrais bien commencer pour m’attaquer à cette ambitieuse idée. D’abord j’ai été tenté de me lancer en vous parlant de ceux qui sont dans mon panthéon d’artistes, ceux qui font partie intégrante de mon être tant je les adule. Ou alors des concerts récents que j’ai pu voir, parce qu’il n’y a quand même rien qui surpasse le live. Mais finalement je me suis dit que ce serait assez logique de parler des albums qui tournent en boucle en ce moment sur mon pc ou dans ma voiture. C’est ainsi que je m’en vais vous dire tout le bien que je pense de Like A Man, le tout nouvel album de Adam Cohen.

Moi qui considère son père, Leonard Cohen, comme l’artiste ultime, l’icône à jamais insurpassable, un dieu vivant de la musique et de la poésie, j’ignorais jusqu’il y a peu de temps que son fils, Adam Cohen, chantait lui aussi.

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J’ai découvert, non sans une petite crainte (celle d’être déçu en comparaison de tout ce qu’a pu me faire ressentir son illustre père), son tout dernier album à l’occasion des fêtes de fin d’années. Et après une petite journée d’écoute, j’étais définitivement conquis par le bonhomme.

D’un style un peu plus moderne que son père, Adam ne peut pour autant en aucune manière renier son héritage musical ! Belles mélodies, importance du texte, utilisation des chœurs féminins, il y a même certains titres sur lesquels sa voix rappelle à s’en méprendre celle de son père 40 ans plus tôt. Cela m’a tout particulièrement frappé sur What Other Guy par exemple. What Other Guy qui est au passage très certainement le plus beau morceau de l’album, avec à ses talons la chanson Like A Man qui a donné son titre à l’album. D’ailleurs j’ai depuis cette découverte, lu l’une ou l’autre interview de Adam Cohen, et cela ne m’a pas du tout surpris d’y apprendre que ces deux titres justement avaient été qualifiés de « classiques instantanés » par le sage Leonard. Je vous assure qu’il ne s’agit pas là d’un jugement exagéré et partial dicté par la fierté paternelle, ces deux titres sont réellement deux petits bijoux. Beaux, sobres, qui accrochent l’oreille et l’esprit, bref parfaits.
Tout l’album du reste est très agréable à écouter. Au même titre que les deux chansons déjà citées, Overrated, Stranger et Beautiful sont elles aussi de celles qui vous chopent, et si on les laisse faire, vous trottent toute la journée dans la tête…

 


 


Pour autant qu’on ne peut nier la parenté entre la musique de Adam et de Leonard, le fiston s’en démarque toutefois sur certains points. Ces chansons ont un je ne sais quoi de plus optimiste qui transpire des paroles comme des airs, ses rythmiques et ses arrangements ont une base un peu plus moderne. Et si la voix ressemble dans ses intonations, Adam a un phrasé moins net que celui de Leonard (moi qui possède une oreille à la limite du handicap sévère dès que j’essaie de comprendre de l’anglais à l’oral, je saisis cependant tout ce que chante Leonard, ce qui n’est pas aussi évident avec Adam).

Je réalise que je parle de l’album de Adam Cohen en le comparant au travail de son père, ce qui n’est peut-être pas l’approche la plus judicieuse. Mais pour moi il est impossible de passer outre la filiation, je ne peux juste pas faire autrement. Et si cela peut paraître un tantinet injuste pour le fils de voir son travail ainsi ausculté à travers le prisme de celui qu’a livré son père avant lui, j’ai été rassuré et même confirmé dans mon inclinaison à la comparaison père / fils en entendant Adam Cohen en interview dans l’émission Taratata. Adam y avouait n’avoir quasiment rien écrit de « neuf » pour produire cet album. Il s’est contenté de regrouper des chansons qu’il avait abandonnées et laissées dans un coin tout au long de sa carrière. Certaines comme Out of Bed ont été écrites il y a déjà vingt ans. Et pourquoi les avait-ils abandonnées jusqu’à aujourd’hui ? Tout simplement parce qu’elles étaient à son goût trop proches des chansons de son père, dans leur architecture, leurs thèmes ou leur poésie. Que jusqu’alors il avait cherché dans ses précédents albums à se démarquer de l’œuvre de Leonard Cohen, mais qu’à présent il a dépassé ce stade et s’affirme enfin comme il est réellement, y compris dans ses influences paternelles.

Et après avoir entendu cet album, je me dis que finalement, dans le talent il doit y avoir une sacrée part d’hérédité. Adam Cohen en est une preuve vivante.

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7 février 2012 2 07 /02 /février /2012 08:46

Avec Sauf ma mère, Serge Le Vaillant, producteur et animateur de radio qu’on peut entendre la nuit sur France Inter (dans son émission Sous les étoiles exactement), nous offre son premier roman. Parfois les premiers essais se révèlent être des coups de maître, et si je n’irais pas jusqu’à porter Sauf ma mère aux nues, il n’en reste pas moins un excellent bouquin, riche, drôle, très agréable à lire et au style enlevé.

On suit les aventures de Jean-Louis, dit Jean-Louis le gorille, fils à la Guenon. La Guenon, vous l’aurez compris, c’est le mignon petit surnom de sa môman chérie. J’écris les aventures de Jean-Louis, mais le terme plus exact serait plutôt la déchéance de Jean-Louis…

Jean-Louis Boulard donc, est routier. Était routier en réalité, puisqu’à 63 ans il est un tout récent retraité. C’est d’ailleurs au moment de la retraite que la Jocelyne, sa connasse de femme, a décidé de demander le divorce. Cette emmerdeuse l’a même viré de chez lui, si bien que le Jean-Louis a dû repartir habiter chez sa mère, la-dite Guenon donc. Et si la Guenon n’est plus une jeunette, elle continue à mener son monde à la baguette, bon pied bon œil. Jeune retraité, nouveau célibataire, Jean-Louis a tout son temps pour lui et va principalement l’utiliser pour picoler avec Olivier, un paumé de son âge avec qui il va forger une solide et virile amitié alcoolisée, mais aussi pour se consacrer dans son ancienne chambre d’adolescent à son train électrique, au visionnage de vieilles cassettes vidéo de famille et à l’écriture. L’écriture oui, car Jean-Louis va en profiter pour écrire son histoire, ses souvenirs, et plus particulièrement ses relations, pour la plupart conflictuelles, avec les femmes. Sa femme Jocelyne, enfin son ex, sa mère, mais aussi sa fille Paméla, sa voisine, sa belle-sœur Mireille, Stéphanie son ancienne maîtresse, Patricia qui tenait un relais routier qu’il fréquentait du temps qu’il roulait encore, et quelques autres par-ci par-là. Alors oui, Jean-Louis c’est pas un pro du dictionnaire et du bescherelle, il écrit un peu comme il pense, et il sait bien qu’il ne passera jamais dans les journals, mais il s’en fout, il écrit quand même sur toutes ces bonnes femmes. Et il vit bordel.

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Décidément, il n’y a pas de personnages que j’apprécie plus que les losers qui sont pathétiques tout en parvenant à rester sympathiques. Et c’est clairement le cas de Jean-Louis. Il est bourré de défauts, c’est certain, c’est parfois aussi un sacré connard faut bien le dire, mais on ne peut pas ne pas se prendre d’affection pour lui malgré tout. Il a un regard simple et décalé, décomplexé et par moments hilarant sur la vie qui fait que certaines choses parfois réellement dramatiques se transforment dans sa bouche et sous sa plume en situations comiques. Et dans cette simplicité se bousculent à la fois gravité et légèreté sur un même plan d’égalité. Il peut être grossier et attendrissant dans la même phrase, et je trouve cette alchimie absolument géniale à lire. Parce que c’est divertissant, souvent très bien tourné, parce que ça a l’apparence de la légèreté tout ayant une vraie profondeur, parfois même témoigner d’une vraie tristesse mais sans aucun larmoiement ni apitoiement. D’ailleurs je me rends compte que je parle de la verve de Jean-Louis Boulard, mais c’est bien entendu celle de Serge Le Vaillant qui transpire de tout son talent d’auteur et de conteur.

Je ne le fais pas souvent, mais j'ai bien envie de vous citer un passage où Jean-Louis tente le tout pour le tout avec Jocelyne, histoire que vous captiez bien l’ambiance de la chose…

« Vraiment, elle avait été très sympathique jusqu’à ce que je déconne à nouveau. Faute de rassembler en moi suffisamment de courage ou d’inconscience pour la tuer. Faute de trouver dans mon cœur assez de veulerie pour me prosterner à ses genoux et l’implorer de ne point me quitter, je m’étais convaincu de lui mettre une pétée.
J’étais résolu à la prendre debout, devant l’évier où elle stationne bien souvent. À la cosaque, comme un vrai viril qui porte le pantalon chez soi. J’avais espoir de lui remettre ainsi les idées en place, en lui foutant autant qu’elle pourrait en prendre, sans caresse ni préliminaires inutiles. Manière de lui rappeler qui était le patron. J’avais préparé mon coup, si je puis dire. L’opération commando devait se dérouler durant le petit déjeuner car je me réveille généralement avec une demi-molle. Un phénomène bien connu et que Victor Hugo, lui-même, à ce que j’ai entendu à la radio, nommait les matins triomphants.
Nous étions dans la cuisine. Le café gouttait. Jocelyne lavait quelques couverts sales de la veille. J’avais écrasé ma deuxième clope dans le cendrier en granit de Bénodet. J’y étais allé direct comme un seul homme. J’avais relevé sa combinaison avant de coller mon bide contre ses reins. Elle n’avait eu aucune réaction, pas même de surprise. Elle continuait de frotter une poêle. J’avais cherché à me concentrer en regardant ses miches, ses jambons, mais je les voyais mal. Et puis, mon regard était tombé sur ses putains de chaussons. Je n’ai jamais pu les blairer ces saloperies de savates rouge et or qu’elle traînait depuis des années. J’avais été incapable d’avoir la trique. Quant à lui demander de l’aide, comme d’habitude, je ne pouvais pas y compter. »

C’est du même tonneau tout du long, et j’avoue que je me suis bidonné plus d’une fois comme un con, seul avec mon livre dans les mains.

J’ai vraiment adoré lire la vie de Jean-Louis, aussi bien passée que présente, avec ce ton très franchouillard, très populo et ce style bien imagé que le titre du roman à lui seul laisse imaginer. Si j’ai trouvé la fin un peu abrupte elle est à l’image de l’histoire : à la fois dure et drôle. Pour moi il s’est agi d’un véritable coup de cœur, d’une vraie belle découverte que ce roman, et cet auteur là. Un peu le même effet que m’avait fait Laurent Chalumeau sur Le Siffleur. En tout cas je conseille vivement ce livre, Sauf ma mère vous fera passer un très bon moment. Et le second roman de Serge Le Vaillant, Chez les grecs,  est d’ores-et-déjà sur ma pile de bouquins en attente de lecture. J’ai hâte.

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3 février 2012 5 03 /02 /février /2012 08:01


« Si François Hollande est élu, je vais vivre à Los Angeles. »

Mickael Vendetta, recruteur d’électeurs pour le PS.



* j’ai longtemps hésité pour le titre de ce billet avec : Le Changement c’est Maintenant ou encore D’une Pierre deux Coups.

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31 janvier 2012 2 31 /01 /janvier /2012 08:27

En ce début d’année 2012, est arrivé sur nos écrans Take Shelter de Jeff Nichols, un film indépendant américain qui a fait parler de lui lors de ses passages à Cannes et à Deauville (dont il a raflé le Grand Prix). Si les Nostradamus de tout poil aiment à prédire l’apocalypse pour cette année, et si les cataclysmes en tout genre font souvent recette au cinéma, Take Shelter aborde le sujet sans l’aborder. Car dans ce film il n’est pas tant question de la fin du monde en tant que telle, mais bien de la fin d’un monde, celui de Curtis LaForche.

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Curtis LaForche (Michael Shannon) est un honnête homme tout droit issu de la campagne américaine typique. Trentenaire, marié, père d’une enfant sourde, ouvrier dur à la tâche, il vit dans un petit pavillon modeste mais agréable, roule en pick-up un peu défraîchi et va à la messe en famille le dimanche. On peut le dire, Curtis est un type bien, simple et travailleur, responsable et plein de bonne volonté. Bien sûr il ne roule pas sur l’or mais il ne rechigne pas à la tâche pour parvenir à payer l’opération qui permettra peut-être à sa petite fille Hannah d’entendre. Mais sa vie va basculer. Curtis commence à faire des rêves traumatisants, des cauchemars horribles dans lesquels une énorme tempête s’abat sur sa ville, où les gens deviennent fous et s’en prennent à lui et à sa fille qu’il ne parvient pas à protéger. Et puis petit à petit, tout doucement, les mauvais présages commencent à lui venir aussi en pleine journée. Visions, hallucinations, coups de tonnerre en plein soleil, vols erratiques de nuées d’étourneaux, … Curtis perd peu à peu le contrôle. Pourtant il est quelqu’un de raisonnable, il va voir un médecin, puis consulte une psychologue car il soupçonne dans ses rêves éveillés des signes de maladie mentale. Il faut dire qu’il est en terrain connu, sa propre mère ayant été diagnostiquée schizophrène paranoïde alors qu’il n’avait que dix ans. Mais tout raisonnable qu’il est, les choses qu’il ressent sont d’une telle force qu’il ne peut s’empêcher de s’atteler à la rénovation et l’agrandissement du vieil abri anti-tempête qu’il a au fond de son jardin. Sa femme Samantha (Jessica Chastain) et son ami Dewart (Shea Whigham) sont de plus en plus inquiets pour sa santé, mais Curtis n’en démord pas malgré tout ce que cela va entraîner pour lui : il doit absolument préparer un refuge pour sa famille avant que cette fameuse tempête cataclysmique n’arrive.


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Le thème de Take Shelter et son ambiance sont rudes. On assiste à une lente descente d’un homme dans l’enfer de sa paranoïa. Le réalisateur Jeff Nichols réussit le tour de force de nous plonger dans la psyché de son personnage, en particulier lors des passages relatant les cauchemars de Curtis. Ces scènes sont franchement oppressantes à regarder, et on se retrouve à leur terme dans le même état que le héros, suffocant de peur, à la recherche désespérée de son souffle et d’un retour à la normale. Tous les passages où Curtis voit ses craintes se réaliser sont glaçants d’effroi, et parfaitement maîtrisés par le metteur en scène. D’ailleurs l’auteur parvient à ce point à traduire en image la paranoïa grandissante de Curtis qu’on en vient nous-mêmes parfois à douter. On en vient parfois nous-mêmes à nous demander si par hasard ce n’était pas Curtis qui a raison, s’il n’était pas doué d’un don de prédiction, si quelque chose d’horrible ne va pas finir par s’abattre sur tout le monde. Et on sent si bien à la fois l’isolement du héros et sa peur qu’on se prend presque à espérer que c’est lui qui a raison. D’autant que son obsession à protéger sa famille n’a comme conséquence que d’éloigner ceux qu’il aime de lui. Et pour cause, Curtis se transforme, et devient par moment aussi inquiétant qu’inquiet.

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Si une grande part de la réussite de cette plongée dans la folie tient du talent du réalisateur, il faut également signaler les excellentes prestations des comédiens, Michael Shannon en tête. Je l’avais découvert il y a quelques années dans un film où il tenait déjà le rôle d’un personnage rongé par la folie et la paranoïa (faut dire qu’il a la tête de l’emploi aussi le garçon), Bug de William Friedkin. Mais là où Bug avait échoué selon moi, Take Shelter réussit : on est bel et bien dans la tête du héros et on ressent sa souffrance. Shannon ne surjoue pas, il est en équilibre parfait dans son rôle et est tellement crédible qu’il rend son personnage pourtant aride et introverti extrêmement touchant. Jessica Chastain (que j’ai découverte sur ce film, n’ayant pas encore vu le Tree of Life de Terrence Malick où elle tient un des rôles principaux) quant à elle hérite d’un rôle difficile également, qu’elle interprète avec beaucoup de justesse. La lente dérive de Curtis éveille en Samantha des sentiments très divers mais toujours profonds que l’actrice joue avec talent : la compassion, l’amour, l’inquiétude, la peur, le désespoir, la colère, la résignation... On sent chez cette comédienne une mine de talent brut. Et puis elle est jolie avec ça, avouez que ça ne gâche rien.

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Je ne vais pas dévoiler la fin du film mais je ne peux pas non plus ne rien en dire. Il s’agit d’une fin assez ouverte, qui laissera une place à l’interprétation de chacun, ce que d’aucun trouveront peut-être dommage. Moi-même en ai été au départ un peu déçu, mais finalement après y avoir repensé, je la trouve adéquate et mesurée. Le film aura délivré assez d’éléments et d’indices tout au long de ses deux heures pour vous permettre d’avoir votre propre interprétation au final. Dommage que je ne puisse pas vous livrer la mienne ici, ce serait spoiler une partie du film et puis il vaut toujours mieux se faire sa propre opinion seul, n’est-ce pas ?
En tout cas je recommande Take Shelter, formellement très réussi, avec des acteurs criants de vérité, et une mise en scène aboutie et maîtrisée. Si le thème ne vous fait pas peur n’hésitez pas, vous aurez toujours bien le temps de voir une comédie une autre fois (car Serge Benamou et ses potes arrivent à grands pas…).

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