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Avant de lire les notes que je fais sur les films que je vois et les bd que je lis, sachez que dans mes commentaires il m'arrive parfois de dévoiler les histoires et les intrigues. Ceci dit pour les comics, je n'en parle que quelques mois après leur publication, ce qui laisse le temps de les lire avant de lire mes chroniques.
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Série(s) en cours

 

2 juillet 2020 4 02 /07 /juillet /2020 06:58

Oulah mais dites voir, ça fait un bail que je n'ai pas consacré un article complet à une série télévisée ! Pourtant j'en consomme en grande quantité, ceux qui suivent un peu la rubrique Avis vite dits sur ce blog le savent.

J'en regarde beaucoup disais-je, et j'en vois souvent de très bonnes, voire d'excellentes. Et puis de temps à autres, il y a des pépites qui émergent. Des trucs insensés, des ovnis sortis de nulle part, qui vous chopent par les roustons et vous retournent comme une crêpe.

 

C'est l'effet qu'a eu sur moi L'Effondrement, une petite série française sortie en novembre 2019, très courte (8 épisodes d'environ une vingtaine de minutes), mais d'une intensité rare. Créée, écrite et réalisée par un collectif nommé Les Parasites (qui regroupe les auteurs Guillaume Desjardins, Jérémy Bernard et Bastien Ughetto, ce dernier incarnant également un des personnages à l'écran), la série se fonde sur les thèses de la collapsologie, autrement dit sur l'idée d'un effondrement de la société sur elle-même, victime de ses propres excès et travers.

Bastien Ughetto, co-créateur mais aussi comédien dans un épisode touchant.

La série produite par Canal+ n'est pas une « simple » série post-apocalyptique de plus, ça va bien au-delà. D'abord parce qu'elle ne traite pas d'une catastrophe distincte. En effet, à aucun moment dans la série on ne connaît l'élément déclencheur, le grain de sable qui aura enraillé la machine et foutu par terre quelques milliers d'années d'évolution de la société humaine. C'est d'ailleurs assez logique dans le contexte de la collapsologie que les raisons de l'effondrement soient multi-factorielles. Le spectateur est libre d'imaginer ce qu'il voudra : mouvement social, sociétal, financier, catastrophe environnementale, économique ou sanitaire, choc écologique, dérives sécuritaires, peu importe, ce qui compte c'est le résultat. Et le résultat c'est que la société part en vrille. Lentement d'abord, par à coups, ou parfois plus brutalement, mais elle se désagrège inexorablement.

Samir Guesmi va faire tout son possible et ne s'avoue pas vaincu facilement.

Chaque épisode possède donc un titre à double entrée : temporelle et spatiale. Le premier épisode par exemple se nomme J+2 : Le supermarché. Il montre ce qu'il se passe 2 jours après la date du début de l'effondrement, dans les rayons d'un supermarché. On commence donc ainsi au jour J+2 et on va progresser dans le temps jusqu'à... non ça je ne vais pas le dire, c'est bien plus sympa de le découvrir au fur et à mesure !

 

À chaque fois, les personnages et les situations changent, bien qu'on retrouve de temps en temps un personnage d'un épisode à un autre, souvent de manière indirecte. Il n'y a donc pas de héros principal tout au long de la série, uniquement le temps d'un épisode.

Certains héros vous paraîtront moins sympathiques que d'autres...

Pour souligner encore l'aspect atypique de cette série, il est intéressant de se pencher également sur sa forme. Chaque épisode est filmé en plan-séquence où l'on suit donc de très près un ou plusieurs personnages sur une durée de peu ou prou vingt minutes. L'effet est immédiat et extrêmement réussi : on se déplace avec lui, on court avec lui, on explore avec lui, on respire presque au même rythme que lui. Car vous vous en doutez bien, ça n'est pas à une scène de sieste post-apocalyptique ou à une balade dans une nature aux paysages apaisants que nous convient les différents épisodes. Chacun d'entre eux possède une véritable dramaturgie particulièrement efficace qui fonctionne au quart de tour et vous prendra aux tripes tout du long de sa courte durée. De ce point de vue (plan-séquence + sensation d'immersion totale dans l'action) chaque histoire qui compose un épisode est une petite perle. L'avant-dernier épisode (qui se passe en mer) est un must absolu en la matière : une véritable prouesse de scénario, de réalisation et d'interprétation qui frôle la perfection. Tout est réglé au millimètre près, hyper-ficelé, et ne laisse pas un instant de répit au spectateur.

Non, ceci n'est pas une petite promenade bucolique dans les bois...

D'ailleurs c'est le point commun de chaque épisode, malgré le changement de temporalité, de lieu et de personnages : l'ambiance reste identique à chaque fois. Cette impression d'urgence, d'implacabilité, de fatalité, cet espoir ténu mélangé à la peur qui flotte, qui se transforme même parfois en panique, cette tension qui monte crescendo et qui ne vous lâche pas une seconde. Chaque épisode a un potentiel anxiogène hallucinant, et le moins qu'on puisse dire c'est que les créateurs de cette série, tout comme les comédiens qui y jouent, savent l'utiliser à fond. Il est simplement impossible de regarder cette série d'un œil distrait et tranquillement assis dans votre fauteuil. Vous serez sur les dents, en permanence.

Protéger et servir. Ou bien ?

Côté comédiens là aussi c'est très plaisant : il y a un mix de têtes inconnues et de comédiens plus chevronnés. Vous y croiserez par exemple Audrey Fleurot ou Samir Guesmi parmi les plus connus. Mais surtout, tous sans la moindre exception, sont absolument parfaits dans leurs rôles. On sent une implication totale des acteurs, et autre réussite qui mérite d'être soulignée selon moi, chaque personnage sonne vrai, ce qui n'est pas un mince exploit quand on ne les voit qu'une vingtaine de minutes en tout. À ce sujet, je me permets d'attirer votre attention sur la formidable actrice qui tient tout l'épisode 7 sur ses épaules du début à la fin (il s'agit de Lubna Azabal) car si j'avais assez rapidement fait le lien entre elle et le personnage de l'épisode 3 (celui de l'aérodrome) je suis complètement passé à côté de son rôle dans l'épisode 8 qui donne cependant une saveur absolument fascinante de cynisme et de noirceur à l'ensemble de la série. C'est en me penchant sur le casting de ce dernier épisode que j'ai fait le rapprochement entre les personnages, et j'en ai été scotché. Évidemment je vous laisse découvrir ça par vous-même et n'en dirai pas plus...

Lubna Azabal, magistrale dans l'épisode 7.

Pour terminer je tiens tout de même à vous mettre en garde. Si vous vous lancez dans cette série, sachez que vous n'en ressortirez pas forcément avec le moral super-reboosté. Votre regard sur la nature humaine risque d'en prendre un coup. En ces temps de post-confinement où certains sont plutôt à la recherche de légèreté et d'évasion qui fait du bien, ça n'est pas ce que vous trouverez dans L'Effondrement. C'est du reste complètement voulu et explicitement revendiqué de la part du collectif Les Parasites : leur série n'est pas là pour divertir, amuser ou délasser, elle est clairement faite pour faire peur et alerter. Objectif parfaitement rempli.

Audrey Fleurot, pas dans le rôle de la Dame du Lac cette fois-ci...

L'Effondrement est une série française messieurs-dames, et contrairement à ce qu'on peut parfois laisser entendre sur la qualité de ses dernières en comparaison avec ce qu'il se fait ailleurs (bien entendu si on est resté bloqué sur Joséphine Ange-Gardien ou Julie Lescaut c'est peine perdue), on a là rien de moins qu'une pépite. Scénario maîtrisé, réalisation flamboyante, interprétation au cordeau, conscience politique : il ne manque rien.

 

À voir absolument avant la fin du monde !!

L'affiche de la série L'Effondrement

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30 janvier 2020 4 30 /01 /janvier /2020 07:52

Bon, dans cette dernière partie de bilan 2019 on va compliquer les choses, et de belle manière puisque je vous propose de passer aux séries. Alors, là c’est simple, avec tout ce que j’ai vu, et tout ce qui m’a plu, il m’était juste impossible de n’en garder que 5. J’ai donc scindé le thème « Séries » en deux parties : les « fins de séries » (et il y en a eu une pelletée en 2019), et les séries nouvelles ou en cours, et malgré ça j’ai dû fortement élaguer...

Séries : This is the End

La fin de série la plus attendue par moi, et qui est intervenue de manière un peu miraculeuse en 2019, c’est la conclusion qui a été apportée à Deadwood. Bon, en l’occurrence il s’agit d’un long téléfilm mais il vient apporter une fin à la série HBO qui avait été brutalement interrompue en 2006 après sa troisième saison, me laissant dans un état de frustration extrême. Alors cette fin tardive n’est pas exceptionnelle sur le fond, j’aurais tant aimé qu’on reparte sur une saison complète pour vraiment bien faire les choses, mais sur la forme ça avait quand même de la gueule puisque la quasi-totalité du casting d’origine était de retour (sauf le regretté Powers Boothe, évidemment). Justice a été rendue, partiellement et tardivement, à la série de David Milch, et c’est assez inédit pour être noté.

Un téléfilm pour enfin clore Deadwood, après une si longue attente...

Autre fin de série, qui était quant à elle attendue par une multitude de fans : la dernière saison de Game of Thrones, bien entendu, a marqué les esprits, et pas que positivement d’ailleurs. Un petit sentiment de « tout ça pour ça » que je n’ai pas pu m’empêcher de ressentir, le foutage de gueule de l’épisode soi-disant le plus cher et le plus immersif de la saga, celui du combat des morts contre les vivants à Winterfell, où on ne voyait rien, ne comprenait rien et qui finit par accoucher d’une souris en lieu et place de sommet de la série, c’est ce que j’en retiens en premier lieu. Quant au pétage de plombs de la mère des dragons, et le choix de l’heureux postérieur qui s’est finalement posé sur le trône de fer, ça ne m’a pas tant énervé ou déçu que de nombreux fans hardcore. Mais je persiste à penser qu’il y avait matière à faire mieux comme conclusion.

Huitième et ultime saison de Game of Thrones, là où tout va se jouer...

On reste chez HBO avec la troisième et dernière saison de The Deuce. Qualitativement, narrativement, visuellement, c’était je crois l’une des séries les plus réussies et ambitieuses du moment. La fin est restée dans la lignée des deux premières saisons, et j’ai beaucoup apprécié que la série ose se remettre en question sur le fond en mettant l’une de ses principales héroïnes, interprétée par la magistrale Maggie Gyllenhaal, en proie aux doutes alors qu’elle avait toujours été, durant des années, sûre d’elle et d’une force inébranlable. Et puis j’aime ces fins qui se projettent loin dans l’avenir, pour nous faire voir ce que sont devenus les uns et les autres, un côté Six Feet Under qui fonctionne toujours sur moi…

Troisième et dernière saison de The Deuce, le destin des habitants de la 42ème rue se scelle.

Ah si on parle de série qui se projette loin dans l’avenir pour y planter sa conclusion, impossible de faire l’impasse sur The Affair qui a conclu les déboires sentimentaux de Noah, Helen, Alison et Cole avec sa cinquième saison. Autant je craignais qu’il s’agisse d’une saison de trop après la quatrième qui aurait largement pu servir de fin à la série, autant j’ai été surpris par l’orientation prise par l’histoire dans cette cinquième saison déroutante, et finalement convaincu par ce que j’y ai vu. Une belle fin, qui conclut une série hors-norme qui m’aura plu du début à la fin, même dans ses moments un peu moins forts, et qui aura su, ce fut sa plus grande force, nous faire aimer ses personnages, malgré leurs défauts et leurs imperfections. En jouant sur l’humain avant tout. Belle réussite que The Affair, sur un thème pourtant bateau et archi-revisité : l’amour. Pardon : les amours.

The Affair saison 5, la conclusion inattendue d'une série à part.

Et puis pour finir cette difficile sélection, comment ne pas parler aussi de la septième et ultime saison de Orange is the New Black ?! Là aussi, c’est sur l’humain avant tout que s’est construit le succès de cette série, et c’est en restant sur cette ligne principale que la dernière saison est venue mettre un point final à la série. On a pu parfois reprocher à la série d’être un peu mièvre pour une série sur le monde carcéral, même si personnellement je ne l’ai jamais considérée ainsi, mais pour le coup cette dernière saison est plutôt du genre « sans concession », je dirais même particulièrement cruelle avec un certain nombre de ses personnages qui connaissent des destins pas vraiment roses ni enviables. Et malgré tout, la série a réussi à conserver des moments d’humour qui contre-balancent avec efficacité et sans trop détoner, la gravité de ce qui arrive à bon nombre des héroïnes incarcérées. Une fin très réussie, émouvante, dure, convaincante.

Orange is the New Black se conclut avec sa septième saison, et tout n'est pas toujours bien qui finit bien...

Séries : to be continued...

Je vais commencer par une nouveauté, avec la première saison de The Boys, l’adaptation du comics ultra-trash sur le monde des super-héros de Garth Ennis et Darick Robertson. Aussi excité par l’annonce qu’inquiet du résultat, je craignais que la série n’édulcore trop le comics culte de ce taré d’Ennis. Et ça a été en partie le cas, pour tout ce qui est d’ordre sexuel surtout. N’empêche que la série reste bien gratinée quand même, et ça je ne peux m’en plaindre. L’adaptation au média télévisuel est vraiment réussie et on a gardé la violence et l’immoralité des personnages, ce qui est somme toute bien l’essentiel. Si vous avez trouvé ça hard et que ça vous a plu, je ne peux que vous conseiller la lecture du comics d’origine qui lui va encore bien plus loin. J’attends de pied ferme la saison deux, d’autant plus qu’elle a été annoncée comme encore plus trash. À conseiller à tous ceux qui veulent voir les super-héros d’un œil nouveau.

The Boys saison 1, un autre regard sur les super-héros...

Puisqu’on est dans les nouveautés restons-y, tout en changeant radicalement de genre, avec la première saison de Sex Education. Au départ je craignais un mix pour ados entre Sauvés par le Gong et American Pie (dans le thème comme dans le contexte, le rapprochement est indiscutable) mais en finalité on en est loin et le résultat est vraiment savoureux. C’est drôle sans être vulgaire, c’est malin et adulte dans le traitement tout en restant frais et à l’humour parfois potache, bref c’est un cocktail détonant qui aborde des sujets aussi bien légers que graves sans être ni moralisateur ni fataliste. C’est totalement inattendu et complètement réussi !

Le sexe une affaire d'adultes ? à voir dans Sex Education saison 1 !

Après les nouveautés, les vieilleries… Eh oui, « vieillerie » en parlant de Shameless US, parce que mine de rien elle est là depuis longtemps déjà. Je parle de la saison 9 (alors la dixième est déjà en cours), qui n’est pas n’importe quelle saison puisqu’elle marque le départ de Fiona et de Ian, deux piliers de la famille Gallagher. Avec les années, mon amour pour cette série hors-norme, qui une fois n’est pas coutume fait la part belle aux losers et aux laisser-pour-compte des States, ne s’est jamais démenti et je suis toujours aussi client de ce show qui mélange allègrement la comédie pure, les délires assumés, les états d’âmes qui font mal et les drames profonds. On nage dans le mauvais goût le plus total, et on le fait tel Frank le patriarche : sans la moindre honte. La neuvième saison ne fait pas exception à la règle : Shameless est définitivement une de mes séries cultes.

La famille Gallagher une dernière fois au grand complet dans la saison 9 de Shameless

Si on parle de mes chouchous, je ne peux pas ne pas évoquer mon Ray-Ray. La sixième saison de Ray Donovan et de toute sa famille de bras cassés revient avec un changement en profondeur, de décor (on passe sur la Côte Est) comme de statu quo (Ray n’est plus celui qu’il a été, tout a fichu le camp autour de lui depuis la fin de saison 5 cataclysmique). Terry et Bunchy prennent encore un peu plus de profondeur et le vieux Mickey, interprété par un Jon Voight qui marche sur l’eau depuis qu’il a décroché ce rôle sur mesure, reste incontournable pour sa dégaine improbable et ses réflexions hilarantes. Et la tante Sandy qu’on découvre dans cette saison envoie du bois elle aussi. Ray Donovan c’est simple, c’est mon péché mignon.

Ray Donovan peut régler tous vos problèmes. Tous, sans exception.

Et puis je terminerai par la série qui m’a séché aussi sûrement qu’un crochet au foie suivi d’un uppercut foudroyant : Chernobyl. Cette mini-série de HBO reprend le drame de l’accident nucléaire de Tchernobyl en avril 1986 et montre tout. On connaît tous cet événement sans précédent, mais en réalité on est très loin de s’imaginer le quart de ce qui s’est réellement produit à cette époque en ex-URSS. La vulgarisation des explications scientifiques de l’enchaînement de circonstances qui ont conduit à la catastrophe est vraiment parfaite : ni trop simplifiée ni trop compliquée pour qu’on parvienne à bien comprendre. Tout est expliqué et montré froidement, c’est sans concession et on n’en ressort pas indemne, car c’est à la fois affligeant et glaçant. Ce n’est pas une série qui va vous remonter le moral en période de spleen, mais c’est indéniablement la série-choc de l’année 2019. Incontournable.

Chernobyl, la mini-série choc la plus glaçante de l'année.

Eh bien voilà, j’ai joué le jeu en ne gardant que 5 propositions par thème pour ma sélection de l’année en ce qui concerne les séries, mais je peux dire que le choix n’a pas forcément été facile à faire, et j’ai ainsi dû laisser sur le côté bien des séries qui auraient mérité un petit coup de projecteur…

Et si vous avez des conseils ou coups de cœur à partager, n’hésitez pas à me le dire en commentaire !

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8 juin 2012 5 08 /06 /juin /2012 12:53

Dans le monde merveilleux des séries télévisées, les américains sont sans conteste les rois. La grande majorité des séries viennent de là-bas, et si quantité ne rime pas toujours avec qualité (combien de pétards mouillés du style Terra Nova ou FlashForward pour un Battlestar Galactica ?) on finit toujours par trouver son bonheur dans un catalogue quasi illimité de choix.
Mais, au risque de choquer l’Oncle Sam, il n’y a pas que l’Amérique dans la vie, et surtout pas dans l’univers des séries télé. Les français qui ont peiné des dizaines d’années à coup de Navarro, Julie Lescaut et autres Joséphine Ange Gardien de triste mémoire, sortent enfin depuis quelques temps le nez de la bouse et proposent des choses intéressantes (Braquo, Engrenages, Mafiosa, WorkinGirls, …). Et ils ne sont pas les seuls : inutile de lorgner exclusivement outre Atlantique, un coup d’œil de l’autre côté de la Manche suffit parfois.


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C’est de Grande Bretagne que nous vient Luther, une série policière qui a su tirer son épingle du jeu, dans un genre tellement visité qu’il n’est pas si évident de s’y démarquer.
L’inspecteur John Luther (Idris Elba) est de ces flics habités par leur rôle et leurs responsabilités. Excellent enquêteur et fin connaisseur des mécanismes psychologiques qui poussent les criminels à agir, il a une capacité incroyable à se mettre dans la peau d’un tueur, à décortiquer ses motivations et ses réactions. Son instinct combiné à sa ténacité rageuse lui confèrent une perspicacité hors du commun, lui permettant de résoudre les affaires les plus difficiles et sensibles. Mais sa traque quasi obsédante d’un pédophile lui ayant échappé trop longtemps finit pourtant mal pour lui. Les conditions dans lesquelles il met hors d’état de nuire le criminel lui coûtent plusieurs mois de suspension et la séparation d’avec son épouse Zoé (Indira Varma). La série débute lorsqu’il reprend enfin du service, dans la suspicion et sous la surveillance de sa hiérarchie qui lui adjoint le jeune lieutenant Justin Ripley (Warren Brown) pour le seconder.

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D’entrée confronté à un double assassinat assez sanglant, Luther découvre assez rapidement la meurtrière mais sans pouvoir prouver sa culpabilité. Débute alors une relation de plus en plus ambigüe entre la jeune femme en question, Alice (Ruth Wilson), et le policier. Entre attirance et répulsion un jeu du chat et de la souris se met en place entre eux tandis qu’au fur et mesure des épisodes John Luther va se confronter à d’autres enquêtes et d’autres tueurs. Luther avec son caractère entier, sera d’autant plus mis à rude épreuve que du côté de sa vie privée, sa femme Zoé lui annonce vouloir le quitter pour un autre...

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Belle découverte que cette série policière anglaise ! Dès le départ elle imprime à sa narration un ton plutôt dur, froid, voire violent. Dans le registre « série policière réaliste » elle marque sa différence par une sorte de pessimisme ambiant qui colle aux images ternes, comme privées de couleurs. La violence, physique comme psychologique, y est omniprésente et même si on ne nous montre pas forcément tout, ce qu’on voit et surtout ce qu’on nous laisse le soin d’imaginer ne laisse pas indifférent c’est le moins qu’on puisse dire. Quant à la morale et « au bien qui l’emporte toujours à la fin », ce ne sont pas des concepts très développés dans cette série, ce qui n’est pas plus mal si vous voulez mon avis.

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Mais s’il est une chose à retenir avant tout de cette série, c’est le formidable véhicule qu’elle représente pour imposer Idris Elba comme un acteur impressionnant de présence et de charisme. En effet, le personnage incarné par Elba bouffe littéralement toute la place à l’écran. L’homme ne sourit jamais, de sa démarche légèrement courbée, les mains dans les poches, il impose sa carrure impressionnante sans jamais verser dans la caricature. Enclin à des accès de violence on sent pourtant toute la bonté qui anime John Luther derrière son lourd manteau qui lui serre de carapace. Aussi intelligent, perspicace, tenace et courageux qu’il soit, on entraperçoit derrière ce masque impassible et cette force tranquille des failles émotionnelles à la démesure du personnage. Idris Elba attire à ce point toute la lumière à lui que les autres personnages sont inexorablement relégués au second plan, sans être mauvais, mal écrits ou mal interprétés pour autant. Seule Ruth Wilson, qui incarne la psychopathe Alice, réussit à se faire une petite place à côté de l’immense Elba, son personnage parvenant à jouer sur les faiblesses de Luther, apportant au flic une adversaire à sa hauteur.

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Bien entendu au cours des épisodes on va croiser quelques frappadingues des plus déjantés et sanguinaires, un bestiaire de serial killers qui n’ont rien à envier à leurs collègues starisés par des séries américaines telles que Dexter par exemple.
Et si le glauque fait partie du quotidien dans cette série, ce n’est pas l’essentiel de ce qui la caractérise selon moi. Si je devais la qualifier, je dirais de la série Luther qu’elle est à la fois brutale et sexy, à l’image de John Luther lui-même. Oui, sexy. Je ne parle pas de scènes de cul ou de passages un peu osés, mais d’ambiance, de relations entre les personnages, comme une musique de fond tout juste perceptible. Est-ce dû à une forme d’animalité qui émane des héros principaux, ou est-ce une espèce de contre-poids aux meurtres et affaires bizarres dont ils s’occupent, toujours est-il que ce qui se dégage de cette série est assez hors du commun de ce côté là, se rapprochant du principe d’attirance / répulsion qui régente les relations entre Alice et John. Ou alors c’est juste moi qui vois des choses qui n’ont pas lieu d’être, allez savoir docteur. Comment ? mes petites pilules roses avant chaque repas et la verte avant de dormir ? c’est noté, je n’oublierai pas, promis.

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Bref, j’ai beaucoup aimé cette courte série (6 épisodes pour la saison 1, à peine 4 pour la saison 2), je l’ai trouvée fascinante, originale pour tout ce qui concerne les relations des personnages, et intelligente dans le développement de ses intrigues. À l’opposé de séries du type Les Experts, ici c’est avant tout le côté humain et faillible des personnages qui l’emporte sur le reste. Je suis bien content d’avoir appris qu’une saison 3 avait été commandée par la BBC, le final de la seconde saison ayant été d’un excellent niveau il faut bien le dire.
Si les séries de flics ne vous font pas peur, si vous acceptez de troquer le soleil de Los Angeles ou de Miami contre le Fog de Londres et si vous voulez avoir la confirmation du talent de Idris Elba, jetez vous sur Luther.

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27 janvier 2012 5 27 /01 /janvier /2012 08:01

Et voilà donc le troisième et dernier article que j’avais envie de consacrer à la série Californication. J’ai déjà abordé les deux personnages principaux et ce qu’ils m’inspirent, et j’aurais pu donc ici enchaîner en exposant tout le bien que je pense de cette comédie hilarante, rentre-dedans, gentiment politiquement incorrecte (tiens, ne s’agirait-il pas d’un oxymore par hasard ?), un brin sexiste et totalement sexy. J’aurais aussi pu m’épancher sur le formidable sidekick qu’est Charlie Runkle, sur lequel il y aurait beaucoup à dire. Tout comme sur une pléiade de seconds rôles pas piqués des hannetons (à la tête desquels une Kathleen Turner sur le retour complètement surréaliste).

313 charlie marcy
Mais j’ai eu envie finalement de vous causer de tout autre chose.

Dans la série, David Duchovny alias Hank Moody est devenu un écrivain célèbre et adulé de la littérature underground grâce à son best-seller God Hates Us All. On en entend souvent parler tout du long des saisons, on en voit d’ailleurs même quelques exemplaires au détour d’une scène de-ci de-là. Et c’est de là qu’est venue l’idée aux producteurs du show télévisé de produire un objet dérivé qui sort de l’ordinaire.
La plupart du temps on exploitera une licence à succès sous diverses formes, dans le cas d’une série télé cela passe souvent par des t-shirts à l’effigie de héros, et toutes sortes de supports et de goodies au nom de la série. Des albums tirés de la bande son, des livres making-off, pourquoi pas même des figurines quand les héros s’y prêtent. Tout cela est devenu somme toute assez courant, moi-même j’arbore parfois quelques t-shirts faisant référence à ces univers fictionnels que j’affectionne particulièrement (et qui finissent d’achever mon statut de geek indécrottable).

313 hank dedicace
Mais là j’ai trouvé l’idée excellente et vraiment originale. Les producteurs n’ont sorti ni plus ni moins que le roman phénomène de Hank Moody. Vous pourrez donc trouver (aux Éditions Florent Massot pour la version française) le petit bouquin autobiographique signé Hank Moody, God Hates Us All dans toute bonne librairie aux rayons romans. Le texte, écrit en réalité par Jonathan Grotenstein (jeune écrivain américain missionné pour la peine que je ne connaissais absolument pas, du reste c’est son seul ouvrage traduit en français semble-t-il) est censé être l’autobiographie des jeunes années de Hank Moody himself, celle qui le propulsera comme étoile filante de la littérature trash américaine.
À ma connaissance, jamais une série télévisée n’avait accouché comme produit dérivé d’un roman (j’exclus de fait les novellisations on est bien d’accord). Il y a bien eu il y a quelques années le journal de l’agent très spécial Cooper (Dale Cooper : ma vie, mes enregistrements), tiré de la série OVNI de David Lynch Twin Peaks (et coïncidence : David Duchovny y jouait son premier rôle marquant quelques années avant d’interpréter le coincé Fox Mulder de X-Files), ainsi que le fameux Journal intime de Laura Palmer.  Mais je ne crois pas qu’il s’agissait à proprement parler de romans. Toujours est-il que j’ai trouvé l’idée intéressante.

313 hank god hates us all
Bon, à la lecture j’ai quelque peu déchanté, mais en même temps il fallait un peu s’en douter. La qualité de ce petit roman n’atteint évidemment pas l’excellence de la série, ni dans l’humour corrosif ni dans l’inventivité globale. D’où une pointe de déception que je ne peux pas cacher mais qui masque peut-être trop la qualité réelle du bouquin. Car en soi, il ne s’agit pas d’un mauvais livre. Il est même plutôt bien écrit, frais, intéressant, de bonne facture. Ça ne donne pas l’impression d’être un truc torché à la va-vite (bien que l’ouvrage soit court) pour profiter d’un titre porteur. Ça n’est pas non plus, et là c’est assez étonnant et la marque d’un concept cohérent dans sa logique, un objet ultra-référencé à la série puisqu’il est censé lui être largement antérieur. On n’y retrouve par exemple aucun personnage de la série, hormis Hank Moody lui-même bien évidemment. Autrement dit vous pourrez lire (et apprécier) ce roman sans rien connaître de la série télévisée, ce que je trouve plutôt malin puisque ça augmente le spectre des lecteurs potentiels.

313 hank ecrivain
En gros, on suit les aventures du jeune Hank Moody, qui délaisse ses études pour gagner de l’argent facile en devenant dealer d’herbe. Un peu accro aux clichés il a pour ambition de se démarquer de sa famille trop banale à ses yeux, emménager au sein du fameux –quoiqu’un tantinet cheap- Chelsea Hotel, vivre dans la luxure et charmer la top model qu’il y a rencontrée. Bien évidemment rien ne se déroulera comme prévu pour Hank, et ses mésaventures l’amèneront à revoir d’un œil neuf l’idée qu’il se fait de la vie. Tout cela est raconté à la première personne, par un Hank Moody déjà rompu à l’art de la répartie sarcastique (bien qu’il atteindra le niveau expert dans la série), de l’humour à froid, et du réalisme forcé. On sent bien qu’en ce personnage sommeille un potentiel mais qu’il lui faudra encore attendre quelques années avant de l’exploiter parfaitement. Alors je n’ai pas pu m’empêcher d’être un peu déçu comme je le disais plus tôt, parce que j’en attendais un peu plus de la part du personnage de Hank, tout simplement parce que j’avais en tête celui qu’il est devenu au fil des années (et qu’on voit dans la série) alors que dans le roman on a à faire à la version encore jeune et un peu verte du bonhomme (et donc forcément et très logiquement en deçà du héros adulte). C’est certainement l’effet pervers du concept : raconter la jeunesse d’un héros c’est aussi s’exposer à le présenter moins abouti que la version que l’on connaît le mieux et qu’on a aimée en premier lieu.

Alors évidemment, présenter  ce livre comme un best-seller (ce qu’il est censé être) manque un peu de crédibilité, le résultat n’étant pas aussi percutant qu’on aurait voulu. Mais cela reste un petit roman sympa, bien troussé et agréable à lire (et ses quelques 190 pages en petit format se lisent très rapidement), et surtout une idée sympathique pour élargir et approfondir l’univers d’un héros de télévision.

313 god hates us all couv

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24 janvier 2012 2 24 /01 /janvier /2012 08:44

Ce deuxième article consacré à la série Californication, je voudrais l’axer autour de LA figure féminine du show.
Tout du long des épisodes, des gonzesses on en compte treize à la douzaine. Voire un peu plus. Faut dire que le gars Hank, qui entraîne dans son sillage de maître-séducteur son pote apprenti-dragueur Charlie Runkle (qui ne boxe pas dans la même catégorie faut dire), les nanas il les enchaîne à tour de bras. Et pas un cageot dans le tas, que du premier choix.

Il y en a pour tous les goûts : blondes, brunes, rousses, jeunes, moins jeunes, timides, dévergondées tendance SM, étudiante-strip-teaseuse … en veux-tu en voilà.

Et pourtant, au milieu de ce flot de canons jamais farouches à dévoiler leurs charmes, il y a une femme qui surnage, qui survole même le reste de la horde féminine accrochée aux baskets de Hank. C’est Karen, l’ex-femme de Hank et mère de leur fille Becca. Avec elle les rôles sont inversés : c’est Hank qui est à ses pieds. Et pour cause : elle est la femme idéale. Rien de moins.

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Karen, c’est l’actrice Natascha McElhone. Comédienne pas très connue dans nos contrées, j’avais déjà eu un gros flash sur elle la première fois que je l’avais remarquée. Elle jouait la femme décédée de George Clooney dans Solaris (le remake de 2002), celle qui hantait ses pensées et à l’image de laquelle il ne pouvait échapper. Je me rappelle qu’à l’époque le film n’avait pas eu très bonne presse, ni auprès de la critique ni auprès des spectateurs, mais moi il m’avait complètement subjugué. On lui reproche en particulier un rythme extrêmement lent et un manque total d’action. Et c’est précisément parce que le film est avant tout un film d’ambiance et de ressenti qu’il m’a plu. J’avais été littéralement hypnotisé par ses images somptueuses et ses scènes d’une beauté froide, presque figée. Il n’a pas marché avec beaucoup de monde c’est sûr, mais moi j’y ai été très réceptif. Et Natascha McElhone n’y a pas été pour rien : elle y avait (à mes yeux) l’image d’une femme fatale à laquelle on aurait ôté la violence qu’un tel statut peu sous-entendre. Fatale mais d’une douceur extrême. Une combinaison inédite et imparable. J’avais déjà pu la voir plus tôt dans Ronin et Truman Show, mais sans qu’elle sorte du lot, et c’est vraiment dans Solaris que pour moi elle était devenue une icône de féminité. Je n’ai d’ailleurs pas pu résister à l’envie de revoir le film avant d’écrire cet article...

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Et donc c’est sous les traits de Karen Van Der Beek, architecte d’intérieur, que la belle Natascha illumine la série Californication. Et je dois avouer que les mecs qui ont fait le casting chez Showtime ont eu le nez fin, parce qu’elle a le profil rêvé pour incarner LA femme, celle que Hank, celui qui peut avoir toutes les autres, élève au rang de déesse. Car c’est bien de cela qu’il s’agit dans la série. On a affaire à un séducteur né qui a trouvé celle qu’il croyait chimérique. Celle qui dépasse ses attentes, celle dont il ne se sentira jamais à la hauteur, celle qui l’élève de type irresponsable et qui cède à toutes les tentations en Homme. L’Homme avec un H, celui qu’on voudrait être, qui fait peur et envie à la fois, que le Hank qui enchaîne les conneries cherche à éviter de devenir tout en sachant que c’est ce vers quoi il doit tendre pour passer au statut d’adulte.

Cela dit, en se mettant deux secondes dans la peau de Hank Moody, on ne peut que comprendre qu’il succombe à ce point aux charmes de la belle Karen. Observons objectivement. Elle est magnifique. Elle a de l’esprit. Elle a un solide sens de l’humour et de l’autodérision. Elle a des qualités humaines certaines. Elle est über-sexy. Elle est compréhensive à l’extrême (et avec Hank c’est un minimum indispensable). Elle possède un charme fou. Elle est une mère, une femme et une amante passionnée. Et je stoppe là cette liste non-exhaustive sinon on risquerait de m’accuser d’être tombé amoureux d’un personnage de fiction.

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Bref, tout cela pour dire qu’en la personne de Karen, on tient un personnage fascinant. Car il est l’archétype de la perfection faite femme. En tout cas la perfection vue d’un point de vue masculin actuel. Bon d’accord, peut-être que tous ne seront pas d’accord avec cette affirmation, en tout cas c’est l’avis de Hank et le mien, je pars donc de cette vision là de l’héroïne. Elle attire et fait très peur à la fois. Elle fait peur… ou plutôt devrais-je dire, elle impressionne énormément. En fait Karen telle qu’on la voit dans cette série, est la femme qui incarne à la fois une espèce d’absolu (irrésistiblement attirante donc) mais aussi la flamme à laquelle le mâle bêta (on va l’appeler comme ça) risque à tout moment de se brûler les ailes. Celle qui lui donne l’impression d’être un petit garçon à côté d’elle. Celle dont il ne se sentira jamais à la hauteur, bien qu’il en crève d’envie. Celle capable de lui ôter tous ses moyens et toute sa confiance en soi d’un revers de la main, ou de faire de lui un demi-dieu d’un simple sourire.

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À ce titre d’ailleurs je me demande bien comment le personnage de Karen est perçu par les spectatrices. Tout comme Hank d’ailleurs, même si dans son cas à lui j’ai une idée un peu plus précise de la réponse. Est-elle un personnage de fiction réaliste ? une idéalisation purement sortie d’un esprit masculin ? un exemple à suivre ? une source d’identification ou de jalousie ? une pétasse à rouer de coups ?


En tout cas, boys and girls, n’hésitez pas à me donner votre vision du couple Karen / Hank, ça m’intéresse !!

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20 janvier 2012 5 20 /01 /janvier /2012 08:38

Allez on va se la péter un peu. Oui amis lecteurs ici débute non pas un article, mais le premier d’une série de trois consacrés à la série télévisée Californication, que j’ai donc décidé d’appeler pompeusement triptyque Californication. En toute humilité.

Pourquoi trois articles ? d’abord parce que j’ai des choses à dire sur cette série que j’aime beaucoup, et que je voudrais éviter de tartiner des lignes et des lignes dans un seul article. Ça sera moins pénible pour vous de le lire découpé en trois parties qu’une seule ! À l’arrivée ça fait autant de blabla mais vous le sentirez moins passer, promis.

Ensuite parce que je voudrais aborder la série sous plusieurs angles d’attaque différents, qui se prêtent donc bien à un découpage en trois parties.
Et puis comme je le disais en début d’article, ça me permet de me la péter un peu.

Je ne vais donc pas aborder la série par saison. J’en ai vu les trois premières pour l’instant, et si j’ai trouvé la troisième un peu en-dessous des deux premières côté rebondissements et péripéties, elle possède une fin cataclysmique qui m’a marqué et qui m’a inspiré le titre de ce premier article, Moody le maudit.

311 hank porsche
Bon, replaçons d’abord dans le contexte : Californication est une série de la chaîne Showtime (ce sont eux qui produisent également les excellents Dexter et Weeds par exemple) qui raconte les aventures de Hank Moody (David Duchovny), un écrivain trash à succès dont le charme très m’enfoutiste est dévastateur auprès des femmes.

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Hank picole sec, fume, ne crache pas sur quelques substances interdites et euphorisantes de temps à autres et ne peut s’empêcher de tringler tout ce qui passe à sa portée. Cause ou conséquence… toujours est-il qu’il est séparé de Karen (Natascha McElhone) avec qui il a une fille de treize ans Becca (Madeleine Martin). Karen a refait sa vie avec un autre homme et Hank broie du noir car sous ses dehors de type qui n’en à rien à cirer de rien, qui pisse sur les conventions et le politiquement correct, son seul et unique problème c’est qu’il a beau être le type le plus cool de l’univers, il n’en est pas moins amoureux d’une femme qui ne veut pas de lui. Bon d’accord ça ne l’empêche pas de batifoler à droite à gauche (et on peut même raisonnablement dire qu’il ne se prive pas le saligaud), de jouer les jolis-cœurs et de ramasser à la pelle les nanas qui lui tombent toutes cuites dans le pieu et de faire comme si sa vie était une perpétuelle fête. Son meilleur ami et agent littéraire Charlie Runkle (Evan Handler) l’aide bien dans cette tâche d’ailleurs, toujours partant pour un truc déviant ou un peu pervers, surtout si c’est à base d’alcool et de jolies pépées.

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C’est là toute la dualité du personnage de Hank Moody, ce qui en fait un personnage touchant et très attachant malgré sa foultitude de défauts dont le dixième devrait pourtant suffire à faire fuir n’importe qu’elle personne vaguement sensée et raisonnable. Hank est invivable, dragueur, insouciant, irresponsable, en un mot : Hank est auto-destructeur (merde, ça fait deux mots). Mais sous sa carapace de mec à la cool, de type que rien ne touche, sous sa répartie implacable et sa fâcheuse tendance à dire à tout va les vérités les plus dérangeantes possibles, il y a un autre Hank. Meurtri, sensible, capable de sentiments très profonds, irrémédiablement amoureux de sa Karen qu’il considère (à raison si je peux me permettre) comme la femme parfaite et idéale. Car Hank joue également de malchance, même s’il n’en laisse rien paraître. Ses qualités sont ses défauts : il est irrésistible mais lui a beaucoup de mal à résister à la tentation… les femmes le haïssent d’abord, ne peuvent s’empêcher de l’aimer ensuite (ce qu’elles trouvent à la fois charmant et irritant), … pour la plupart du temps finir par le haïr à nouveau. Capable du meilleur comme du pire, c’est un peu comme si de manière inconsciente (mais est-ce vraiment totalement inconscient ?) Hank ne pouvait s’empêcher de se saborder lui-même.

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Je ne veux pas spoiler le déroulement de la série, je vais donc éviter de parler de certains événements qui émaillent les trois saisons que j’ai pu voir jusqu’ici, mais ce qu’on peut dire c’est qu’à plusieurs reprises Hank en bave, puis touche du doigt le bonheur tant convoité avant de retomber (la plupart du temps de son propre fait) de plus belle et de remonter la pente lentement, et ainsi de suite… à cet égard la fin de la troisième saison est réellement triste et déchirante si on se place du point de vue de Hank. Lui qui manie l’ironie comme un maître dans ses saillies verbales et ses écrits à succès, le moins qu’on puisse dire c’est que l’ironie du sort il connaît aussi… et qu’il n’y échappe pas malgré tout son talent et ses tactiques d’évitement.

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Hank Moody c’est le type même de l’anti-héros auquel on a directement et irrésistiblement envie de s’identifier. Pensez-donc : il est beau, il possède un vrai génie littéraire, il ne bosse quasiment jamais et vit sur ses droits d’auteur, il est impertinent, drôle, il roule en Porsche 911 Carrera vieux modèle un peu destroy (dont il se préserve avec soin de réparer le phare cassé), toutes les femmes flashent sur lui et il fait pour ainsi dire tout ce qui lui passe par la tête et surtout jamais rien qui lui soit imposé. Le rêve pour tout spectateur mâle lambda non ? Mais je pense sincèrement que ce n’est pas pour toutes ces raisons là qu’il est vraiment touchant et qu’on ne peut s’empêcher de se voir un peu en lui. Car sous son apparence mister cool-attitude, il laisse par moments s’échapper bien malgré lui toute la fragilité dont il est en réalité fait (voir l’épisode traitant de sa relation à son père, entre autres, pour s’en convaincre). C’est un type qui parle de cul comme de météo au petit-déj, surtout pour cacher que c’est face à l’amour qu’il est sans défense. Les femmes sont pour lui des proies, mais il dépose les armes sans même combattre face à La Femme. Et il a beau travailler son image de mec qu’on aimerait tous être, lui tout ce qu’il voudrait c’est être le mec qu’Elle aimerait voir en lui. En fait durant tout la série, ses deux identités contraires ne cessent de s’opposer : l’icône du mâle et la fragilité du petit garçon. Si ça c’est pas en fait la marque d’un grand romantique…


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Mais chut ! Hank a une réputation de queutard à préserver, allez pas lui casser la baraque…

(en tout cas, moi qui suis un mec, je l’aime vraiment ce type, dans le genre loser magnifique qui essaie de sauver les meubles j’ai rarement vu mieux)


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13 décembre 2010 1 13 /12 /décembre /2010 16:45

Voilà bien longtemps que je n’ai pas causé de séries télé ici ! Pourtant j’en suis toujours et encore un gros consommateur. La dernière dont j’ai parlé sur ce blog a été Six Feet Under qui est et reste mon mètre étalon en la matière. L’insurpassable, l’inégalable, l’inimitable Six Feet Under. Cela n’empêche pas que depuis j’ai pu voir et apprécier beaucoup, beaucoup de très bonnes séries, d’excellentes même, et qu’il serait temps que j’en fasse un peu l’article ici. Alors pour commencer j’ai choisi de parler de Boston Justice (Boston Legal en VO).

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S’inscrivant dans la longue liste des séries dites « judiciaires » (il s’agit même d’un spin-off d’une autre série, The Practice, et son créateur est également à l’origine de Ally McBeal, deux séries que je n’ai jamais vues pour ma part,), Boston Justice n’a pourtant rien de classique dans le genre. Certes la série prend place au sein du prestigieux cabinet d’avocats Crane, Poole & Schmidt, l’un des plus classieux de Boston et de tout l’État du Massachusets, mais les personnages, le ton employé et les trames scénaristiques sortent franchement des sentiers battus.

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Égocentrique, cynique, désabusé, roublard, brillant et outrancier, le personnage principal se nomme Alan Shore, et est interprété par un James Spader transfiguré aussi bien dans le physique que dans le comportement et les manières. Shore est d’un abord détestable, mais se révèlera tout au long des saisons d’une humanité rare et d’une sensibilité aussi fine que son exceptionnelle intelligence. Pour moi, Alan Shore est entré en quelques épisodes seulement dans mon panthéon des personnages de série les plus marquants.

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L’autre personnage principal, c’est Denny Crane (William Shatner, complètement halluciné et hallucinant), associé principal et membre fondateur du cabinet. Denny a plus de 6000 victoires au compteur, zéro défaite à son actif. Denny Crane est une légende du barreau, et son activité principale est de le rappeler à tout le monde. Car de tout son vocabulaire, les mots « Denny Crane » sont ceux qu’il répète le plus souvent. Par pur plaisir, même juste pour la sonorité de la chose. En dehors de lui-même, il voue également une passion sans limite pour les femmes (le terme « obsédé sexuel » est bien trop faible en ce qui le concerne) et les armes à feu. Cherry on the cake, Denny est atteint selon lui d’un début de maladie de la vache folle, ce qui lui occasionne quelques troubles de la mémoire cocasses, mais lui donne surtout une excuse imparable pour faire tout ce que bon lui semble. En particulier lorsqu’il s’agit de ses relations avec les femmes.

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Alan et Denny deviennent rapidement les meilleurs amis du monde (et croyez-moi ils poussent le concept trèèèès loin, en témoignent les tous derniers épisodes de l’ultime saison) malgré ce qui les oppose. Car idéologiquement – le sexisme qui les rapproche mis à part – ils sont radicalement opposés. Alan est un démocrate idéaliste, Denny un républicain pur jus. L’un fustige l’administration Bush à la moindre occasion, l’autre se trimballe avec autant d’armes qu’il peut et milite pour la peine de mort. Pourtant les deux hommes s’adorent, et leurs échanges donnent lieu à des discussions mi-humoristiques mi-philosophiques savoureuses en chaque fin d’épisode (c’est un des gimmicks de la série : presque tous les épisodes se terminent par la même scène : Denny et Alan sur la terrasse de leur bureau, devisant de la vie, un verre de whisky dans une main et un cigare dans l’autre).

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Autour de ces deux énergumènes gravitent tout un tas de personnages, plus ou moins récurrents au gré des saisons. À noter tout particulièrement Jerry Espenson (interprété par Christian Clemenson), un avocat atteint du syndrome d’Asperger ce qui le fait garder ses mains constamment collées sur son pantalon (d’où son sobriquet : La Main), sautiller tel un gamin quand il est heureux ou encore émettre toute une gamme de sons bizarres selon son humeur (un bop pour content, deux bop et un ronronnement pour très content). Évidemment avec une telle « particularité » le personnage de Jerry va être au centre de pas mal de scènes décalées et hilarantes, toujours à la limite du burlesque mais jamais ridicule.

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Parmi les innombrables personnages secondaires, on trouve la très blonde et très belle Denise Bauer (Julie Bowen, qu’on peut aussi admirer dans la saison 4 de Weeds), le playboy un peu boy scout et tête à claque Brad Chase (Mark Valley, actuellement dans le rôle de Christopher Chance dans Human Target), les bombesques Tara Wilson (Rhona Mitra) et Lorraine Weller (Saffron Burrows), la très classe Shirley Schmidt (Candice Bergen) ainsi que sa real life doll, l’insupportable Melvin Palmer (Christopher Rich au sourire ultra-brite made in America) ou encore une paire de juges (les juges Brown et Sanders, respectivement joués par Henry Gibson et Shelley Berman) absolument hilarants et qui sont des cibles toutes désignées pour l’intrépide Alan Shore. Et puis il y a aussi des guest-stars qui feront des apparitions le temps de quelques épisodes, notamment le toujours impeccable Tom Selleck et un très touchant Michael J. Fox parmi d’autres…

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Honnêtement, les tous premiers épisodes que j’ai vus m’ont laissé un peu perplexe. Bon d’abord je précise que j’ai vu l’intégralité en dvd, ce qui m’aura évité les programmations chaotiques façon TF1. À première vue j’ai été un peu étonné devant certains choix de mise en scène et de montage. Un look très propre, stylisé, un montage par moment clipesque à la MTV (jingles musicaux, ralentis/accélérés en images saccadées, cadrages particuliers) qui donnent un air de modernité presque décalé pour une série judiciaire. Et puis au début j’ai été franchement dérouté par Spader et Shatner. Oubliez le frêle et effacé Spader de Sexe, Mensonges et Vidéo. Ainsi que le capitaine Kirk qui se promène en pyjama stellaire moule-burnes à longueur d’épisodes de Star Trek. À la place vous avez un couple de pourceaux libidineux qui se font un concours de bons mots et de goujateries. Franchement, je n’ai jamais aimé William Shatner. Je me suis toujours demandé par quel miracle il avait réussi à devenir une star du petit écran, pour moi il avait autant de charisme qu’un pot de chambre, le sourire niais en plus. Star Trek m’a toujours laissé froid (non, même pas honte), quant à Hooker c’est bien simple : rares sont les séries de flics plus mauvaises que celle-ci à mes yeux.

Mais dans Boston Justice… William Shatner dans le rôle excentrique de Denny Crane est juste époustouflant. Il en fait des tonnes et cette exagération pose le personnage d’une façon finalement très réussie. De déclarations poilantes à la sortie du tribunal en tribulations de toutes sortes (pour vous situer le pet au casque du zozo, Denny va pêle-mêle réussir à se faire inculper pour avoir tiré à bout portant sur un SDF qui lui demandait de l’argent, pour racolage actif dans des toilettes publiques, pour attentat à la pudeur, pour propos sexistes… j’en passe et des meilleures), Shatner impose son personnage en jouant à fond l’auto-parodie (clins d’œil au passage à son rôle légendaire de capitaine Kirk) et en faisant preuve d’un sens de l’auto-dérision sans faille. Je détestais William Shatner, j’adore Denny Crane.

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D’ailleurs l’interprétation des deux compères Shatner et Spader sera récompensée à diverses reprises et ils se sont partagé plusieurs Emmy Awards et Golden Globe pour leurs prestations. En tout cas moi je suis fan.

Et puis les scénaristes ne sont clairement pas en reste, le talent des comédiens n’est de loin pas l’unique facteur de qualité de la série. L’humour est corrosif, les histoires originales, inventives, drôles, on ne s’ennuie jamais… et dans le tas les auteurs se permettent même de glisser des thèmes de réflexion sur des grands thèmes de société actuels, avec une très nette coloration politique portée par les plaidoiries génialissimes de Alan Shore. Car, et c’est suffisamment inhabituel dans une série télévisée pour le mettre en avant, le sous-texte de Boston Justice est clairement politisé dans les idées et les convictions (démocrates en l’occurrence). L’administration Bush est directement attaquée à plusieurs reprises, les personnages parlent couramment politique en s’ancrant dans la réalité, devisant des chances d’investiture de Barack Obama et Hillary Clinton (sur ce coup d’ailleurs les auteurs ont parié sur le mauvais cheval), on vit même les élections de 2008 avec force commentaires des différents personnages. D’ailleurs plus les saisons passent, plus les scénaristes en profitent pour faire le procès d’à peu près tout ce qui est tabou et/ou honteux dans la grande Amérique : l’armée et la guerre en Irak, les industries pharmaceutiques toutes puissantes, le lobby des armes, les cigarettiers, la mal-bouffe, la télévision, la justice elle-même, la peine de mort, le droit à l’IVG, le racisme, la pauvreté, la couverture sociale et médicale, la religion, le puritanisme, la prostitution, l’école, … tout y passe et le doigt est mis là où ça démange. Ça se ressent très clairement, dans les deux dernières saisons en particulier les auteurs se sont totalement lâché la bride, se payant même le luxe de se farcir la Cour Suprême des Etats-Unis par deux fois, ouvertement dénoncée comme partisane et politisée au dernier degré. Alan Shore, qui n’a décidément peur de rien, ni du ridicule ni de la plus haute instance juridique américaine, y verra l’occasion d’y imposer et d’y démontrer tout son talent d’orateur, la pertinence de ses idées et l’impertinence de son humour.

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À mes yeux c’est simple, Boston Justice est la meilleure série d’avocats que j’ai pu voir à ce jour. Drôle et intelligente, parfois à la limite du burlesque elle sait pourtant repousser les limites sans jamais aller trop loin. Elle reste désopilante tout en ayant du fond, de la réflexion, de l’âme. Si la comédie l’emporte souvent sur le reste, elle n’en demeure pas moins une série référence pour pointer aussi du doigt tout ce qui ne fonctionne pas aux USA. Et elle n’hésite pas une seconde à faire une distinction très nette (pour ne pas dire partisane) entre la Justice et « ce qui est juste ». Car les avocats de la série (et à travers eux les auteurs) ne font pas intervenir que des textes de loi, mais aussi des contextes, des émotions, de la sensibilité, bref ils introduisent dans le code pénal de l’humanité, parfois même de l’humanisme. Oh oui, il y a une part de naïveté, certainement beaucoup d’idéalisme également là-dedans, mais on s’en fout, c’est tellement bien fichu comme série. Et puis en plus on se marre bien. Évidemment le public américain n’a pas suivi au-delà de 5 saisons et la série a été déprogrammée. Ce qui nous laisse quand même une centaine d’épisodes de pur bonheur.

Mais pour finir de vous convaincre de la haute qualité de cette petite pépite télévisuelle je n’ai qu’une chose à ajouter.

Denny Crane.


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13 février 2007 2 13 /02 /février /2007 21:45

En supplément à mon article sur cette excellente série qu’est Six Feet Under, je voulais revenir plus en détails sur l’un de ses personnages principaux, Nate Fisher (interprété par Peter Krause).


Comme je l’avais souligné, Six Feet Under tire l’essentiel de sa force et de son intérêt de ses personnages. Tous sans exception sont d’une vérité et d’une justesse confondantes, et à ce titre ils sont tous très intéressants. Mais il y en a un pour moi qui sort du lot, et qui m’a touché et ému encore un peu plus que les autres. Il s’agit de Nate, pour tout ce qu’il représente et incarne à mes yeux. À vrai dire, je dois bien l’avouer, je suis tombé en plein dans le piège de l’identification et de la projection. Piège qui s’est refermé rapidement sur moi et qui s’est révélé parfois cruellement révélateur.

Sans vouloir trop en révéler sur les différentes intrigues de la série, je vais essayer d’expliquer pourquoi Nate m’a si profondément marqué.

Au début de la série, Nate est présenté comme le type cool, bien dans sa peau, gentil et sympa, quoiqu’un brin solitaire et peut-être aussi un peu individualiste. On sait de lui qu’il a quitté la maison familiale très tôt, pour fuir un avenir qui lui semblait être tout tracé et qu’il considérait comme inapproprié pour lui. Il avait grandi dans une entreprise de pompes funèbres, a été très tôt au contact de la mort, et il voulait plus que tout vivre loin de cette ambiance et de ce métier. Par conviction, par vrai dégoût ou seulement en vertu du principe de l’opposition père / fils aîné post-crise d’adolescence tardive, on ne le saura jamais vraiment avec précision. Certainement un mélange de tout cela.

Mais voilà qu’à 35 ans, le destin le rattrape. Après la mort accidentelle de son père, Nate va se retrouver avec son frère David (son exact opposé de ce point de vue, David tient plus que tout à l’entreprise familiale) à la tête de cette entreprise de pompes funèbres qu’il a tant cherché à fuir. Nate est face à un choix : soit il refuse ce rôle et l’entreprise de son père à laquelle sont très attachés sa mère et son frère (et qui plus est qui fait office de maison familiale) disparaîtra, soit il accepte d’exercer ce métier qu’il déteste depuis toujours et assume son statut d’aîné en prenant en quelque sorte la place laissée vacante par son père, celle de l’homme de la maison.


Nate va choisir de ne pas laisser tomber les siens, quitte sa vie de célibataire libre et sans responsabilité qu’il avait à Seattle et s’installe à Los Angeles pour enfiler le costume de ce qu’il s’était pourtant juré de ne jamais être : un croque-mort version moderne.
Cela ne se fera pas sans peine pour lui, mais entre désintérêt et dégoût, il parviendra à donner le change tant bien que mal.

Outre ses difficultés à bien accepter son nouveau métier, Nate va vivre une histoire d’amour plutôt tumultueuse avec Brenda. Entre prises de becs, réconciliations, jalousies et sentiments profonds, leur relation bascule indifféremment du chaud au froid selon les jours. Mais on sent bien que ces deux paumés des relations sentimentales qui n’ont jamais vraiment su ce qu’est une relation stable et durable à deux, se sont trouvés et s’accrochent l’un à l’autre comme à une bouée de sauvetage, sans se l’avouer.


Bref, dans les deux premières saisons, on vit vraiment les difficultés de Nate avec lui, on ne peut s’empêcher de le soutenir, de vouloir le voir surmonter les embûches. Comme je le disais plus tôt, dès le départ et de façon naturelle et inconsciente, je me suis identifié au personnage. Non pas que je me considère comme le beau gosse sympa qu’incarne Peter Krause à l’écran (loin de là !... d’ailleurs petit aparté : ne serait-il pas bien mieux avec des moustaches à la Magnum ce grand chevelu, hmm ? ), mais surtout parce que sans en avoir pris conscience je me retrouvais dans ses pensées, ses réactions, ses doutes, et ses difficultés face aux choix qui se présentent à lui.

Puis arrive ce que je considère comme la grosse rupture de la série, le moment où elle bascule vers autre chose, où elle prend un autre visage, plus dur. Et c’est justement à travers le personnage de Nate que cela se ressent le plus, comme s’il était le symbole de tout ce que les auteurs veulent faire passer de sombre dans Six Feet Under. À partir de la troisième saison Nate change du tout au tout. Il devient sans prévenir quelqu’un d’autre. Il se retrouve devant de nouvelles responsabilités et face à de nouveaux choix, et prend des décisions qu’on ne l’aurait pas imaginé prendre dans les saisons précédentes. Alors que la seconde saison finit de façon tout à fait dramatique, la troisième reprend dans un cadre limite malsain, quelques temps après la fin de la seconde saison. On découvre ce qui s’est passé entre temps et qui fait que Nate se retrouve dans une situation inattendue et inédite.


Pour tout dire, j’étais tellement désorienté par cette troisième saison que j’ai cru (et espéré un peu aussi) pendant les 4 ou 5 premiers épisodes qu’il s’agissait d’une immense farce issue de ses rêves éveillés que font parfois les personnages au cours de la série. Tant je ne retrouvais pas le personnage auquel je m’étais habitué et attaché. Et les trois dernières saisons vont être pour Nate un chemin de croix durant  lequel il va faire un long, très long parcours afin de se retrouver lui-même tout en assumant toutes ses responsabilités.

Trois saisons durant lesquelles il m’est même arrivé de le détester tant je trouvais qu’il faisait fausse route, tant j’espérais des réactions qui ne venaient pas, tant je n’étais pas d’accord avec ses choix, tant j’avais envie de le retrouver tel qu’il était au début de la série.

Et ce n’est qu’avec un peu de recul que je me suis rendu compte de la vraie raison pour laquelle je m’étais mis à le détester par moments. Exactement pour la même raison qui m’avait fait l’aimer. Par identification.


Car même dans ses pires moments, même lorsque le personnage était aux antipodes de ce que j’aurais aimé voir, j’arrivais encore à me retrouver en lui. Dans ses doutes, ses erreurs, ses choix impossibles, ses angoisses et son rapport à lui-même.
C’est très certainement le point très précis qui fait de Nate Fisher un personnage de fiction qui me paraissait si réel qu’en le voyant je faisais abstraction du contexte fictionnel. Le rapport du personnage à lui-même. Ce questionnement permanent dans lequel évoluait Nate au fil des saisons, cette recherche éperdue de lui-même.
Voilà ce qui m’a intimement marqué chez lui, et voilà également où se situe exactement le lien si profond que j’ai avec lui.

Nate, sous ses dehors sympa, cool, détendu et sûr de lui, est un monstre de doutes. Il se pose sans cesse des questions sur sa vie, son avenir, ses choix. Il cherche désespérément à trouver un équilibre entre ce qu’il est, ce qu’il voudrait être et ce qu’il devrait être. Il est sans arrêt au centre d’un combat entre le naturel, l’envie, la raison et le devoir, et ça le ronge d’autant plus qu’il n’existe pas de réponses définitives aux questions qu’il se pose.


Alors qu’au début il n’est qu’une sorte de grand adolescent insouciant qui a du mal à accepter de devenir un adulte, il devient un homme qui face aux aléas de la vie ne sait plus trop qui il est. Un homme qui est obligé de faire des choix, et tout imparfait qu’il est, qui se trompe parfois, y compris en voulant bien faire. Un homme qui se retrouve dans l’obligation d’assumer ses décisions et qui se refuse le droit de les regretter.

Nate Fisher est l’illustration même des trois facettes  qui forment chaotiquement une personne : ce qu’elle s’imagine être, ce qu’elle aimerait être, et ce qu’elle est vraiment. Et parfois, dans des moments difficiles de la vie, généralement de façon inattendue, les trois facettes prennent conscience de l’existence les unes des autres, et c’est alors que s’engage le vrai, le seul combat qui vaille d’un homme : se trouver ou se perdre.
Et ces moments sont à l’image de la vie. Pas forcément beaux, pas forcément drôles, et sans la moindre assurance de réussir, ni de bien finir.


Voilà pourquoi j’ai tellement aimé Nate. Parce que je l’ai regardé évoluer et que j’ai fini par comprendre que non seulement il s’adressait directement à moi, mais bien plus que cela, il me parlait de moi.
J’ai rencontré un personnage d’une série télé, un héros de fiction.
Il s’appelait Nate Fisher, et dans une autre vie il était moi.


 

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10 février 2007 6 10 /02 /février /2007 00:52

La chaîne payante américaine HBO est très certainement l’une de celles qui produit depuis quelques années déjà, les meilleures séries télévisées. Non, je ne parle pas ici des ultra-commerciales Lost ou Prison Break, mais de séries bien supérieures et ambitieuses telles que les excellentes et novatrices The Shield, Carnivale, Rome, Deadwood ou Oz par exemple. D’ailleurs un jour ou l’autre il faudra que je rédige un petit quelque chose sur ces séries là aussi…
 Six Feet Under est l’exemple même de la qualité des séries HBO. Je dirais même qu’elle se situe dans le tout haut du panier.

Le casting principal de la première saison, de gauche à droite : Rico, Keith, David, Claire, Ruth, Nate, Nathaniel, Brenda et Billy.
Pendant cinq saisons et 63 épisodes au total, on suit les aventures des membres de la famille Fisher et de leurs proches.
 Nathaniel Fisher Sr (Richard Jenkins) est le père de famille et patron de l’entreprise familiale de pompes funèbres Fisher & Fils à Los Angeles. Tout commence à la veille de Noël 2000. Pour les fêtes, Nate Fisher (Peter Krause), le fils aîné et un peu rebelle sur les bords, fait le voyage depuis Seattle où il vit, et à cette occasion fait la rencontre quelque peu cavalière d’une bien singulière jeune femme, Brenda Chenowith (Rachel Griffiths) avec qui il entame une relation tout aussi singulière. Mais ce jour là, Nathaniel meurt au volant de son corbillard, percuté de plein fouet par un poids lourd. Nate va devoir revenir définitivement vivre à Los Angeles, pour reprendre en association avec son frère cadet David Fisher (Michael C. Hall) la gérance de l’affaire familiale. L’entreprise de pompes funèbres est également la maison familiale où vivent Ruth Fisher (Frances Conroy) la veuve de Nathaniel et Claire (Lauren Ambrose) la petite dernière qui va bientôt entrer à l’université.

Chaque épisode débute avec la mort, parfois violente, parfois douce, parfois dramatique, parfois ridicule voire drôle, d’une personne (la plupart du temps de parfaits inconnus, et quelques fois des gens liés d’une manière ou d’une autre à la famille Fisher) dont Fisher & Fils va organiser les funérailles.
La plupart du temps ces funérailles (ou l’histoire personnelle du défunt) seront mis en parallèle avec la vie privée des différents personnages principaux, de façon à développer et approfondir leurs idéaux, états d’âmes, questionnements, doutes, croyances ou certitudes.

La famille Fisher après la mort de Nathaniel : Claire, David, Nate et Ruth.
Outre les quatre membres de la famille Fisher, quelques autres personnages principaux gravitent dans leur entourage. Brenda avec qui Nate sort, et qui est elle-même issue d’une famille très spéciale (son frère Billy Chenowith (Jeremy Sisto) en particulier tient un rôle important dans la trame de la première saison principalement). Keith Charles (Matthew St. Patrick), flic, noir et gay, et de surcroît l’amant de David Fisher, qui refuse de faire son coming out. Les différents petits amis de Claire qui vont se succéder au fil des saisons. Federico Diaz (Freddy Rodriguez), l’embaumeur latino surdoué qui travaille pour le compte de l’entreprise Fisher. Puis plus tard dans les dernières saisons, le professeur George Sibley (James Cromwell) ainsi que sa fille Maggie (Tina Holmes), Lisa Kimmel (Lili Taylor) ex-petite amie de Nate, et l’inénarrable Arthur Martin (Rainn Wilson) pendant un temps employé par l’entreprise de pompes funèbres.

Nate et Brenda... de l'amour ?
Tout ce petit monde va vivre et évoluer de façon ininterrompue au cours de ces cinq saisons, d’ailleurs cette série entière semble basée sur le changement, l’évolution. Pas un seul personnage ne connaîtra de stagnation, de statu quo. Que vous les aimiez ou non tels que vous les découvrirez, tous sans la moindre exception, vont évoluer et irrémédiablement changer pour le meilleur ou pour le pire. Ne serait-ce que pour cette raison, la série est déjà très différente du schéma habituel des séries télé, dans lesquelles on pose souvent des personnages très travaillés voire iconiques qu’on se garde bien de faire changer surtout lorsqu’ils plaisent aux téléspectateurs.

 Six Feet Under prend cette politique en contre-pied total, ne laissant jamais aucun personnage « tranquille ». Au contraire même, on souffre parfois de voir des personnages qu’on apprécie prendre des virages, des décisions  et des évolutions profondes qu’on déteste. Six Feet Under n’est absolument pas là pour plaire au sens courant du terme, ni pour flatter ou rassurer le spectateur. C’est à ce titre une des très rares séries à pouvoir se targuer d’une sincérité et  d’une intégrité sans faille dans l’avancée de son scénario. La trame est telle que je me plais à penser que les scénaristes ont réussi à se préserver des pressions de l’audimat et ne jamais prendre en compte les attentes ou désirs probables des spectateurs afin de faire de l’audience.

Keith et David, un couple pas comme les autres.
D’ailleurs il n’y a pas de véritable morale à tirer de cette série, tout se passe comme si les auteurs avaient décidé de considérer les spectateurs comme suffisamment intelligents et capables de juger selon leur propre conscience ce qu’ils voient dans les différents épisodes. Aucun jugement de valeurs imposé, ni politiquement correct, ni philosophie de vie, ni morale.

Dans Six Feet Under on a juste des personnages infiniment vrais, humains, imparfaits. Et des situations qui vont les faire changer, s’adapter ou se perdre. David (Michael C. Hall) est génial, j'ai été époustouflé par Nate (Peter Krause), et j'ai une tendresse toute particulière pour ce vieux donneur de leçon de George (James Cromwell). Je pourrais citer ainsi chacun d'entre eux, tant cette série concentre toute sa force dans le talent de ses acteurs et le travail de ses auteurs.

Séance de thanatopractologie dans les sous-sols de Fisher & Fils.
S’il est indéniable qu’un des thèmes principaux est la mort (et donc forcément aussi la vie et la recherche du sens de la vie), je ne crois pas pour ma part que ce soit là le but premier et ultime des auteurs de la série.
Je crois que le centre de la série, et ce qui en fait tout son intérêt par l’intelligence du traitement, c’est l’étude des relations humaines. L’amour, l’amitié, la famille, la peur, l’envie, la tristesse, le devoir, le sacrifice, le désamour, la haine, l’incompréhension, la religion, le doute, la trahison, la morale, la folie, la mélancolie, l’art, les regrets, la joie, l’enthousiasme, la projection dans l’avenir, les engagements, les responsabilités, le sexe,… tout ce qui fait la vraie vie et motive les relations entre les personnes est abordé dans la série, avec une simplicité et une authenticité qui font parfois peur. Peur car on finit par se rendre compte que ce qui est fascinant c’est que Six Feet Under n’est rien d’autre qu’un miroir de l’âme humaine, et que le miroir est si fidèle qu’on n’y voit pas que les belles choses mais aussi (ou surtout, selon votre personnalité) les parts d’ombres et d’inavouable qu’on aimerait tant oublier parfois. Qui qu’on soit on n’y échappe pas, chacun se retrouvera dans l’une ou l’autre situation, l’un ou l’autre personnage, l’une ou l’autre réaction.
Et Six Feet Under est de ce point de vue sans concession. Elle appuie, sans exagération mais le fait tout de même, là où ça fait mal. Et ça fait d’autant plus mal que ça sonne parfaitement vrai.

Si vous aimez le glamour, les happy end, les univers roses où tout le monde est foncièrement bon, l’optimisme et le positivisme béat, ne regardez pas Six Feet Under, vous détesteriez. Ou plutôt si, regardez cette série et comprenez là, cela vous sera salvateur.

Les réunions de famille ne sont jamais vraiment ce qu'elles paraissent...
Outre le fait que chaque épisode débute par le décès d’une personne, la série a quelques spécificités vraiment originales. La plus intéressante à mon sens réside dans le traitement des pensées des personnages. Très souvent on « voit ce que pensent les héros » grâce à un décrochage qui peut arriver à tout moment. Tout à coup le personnage parle avec un mort, avec lui-même, ou se lâche à dire ce qu’il a au plus profond de lui, ses colères, ses envies, ses peurs ou ses frustrations. Puis l’histoire reprend son cours normal, le héros réintègre la « réalité ». C’est ainsi que le personnage de Nathaniel Fisher, qui meurt pourtant dès le premier épisode, reste un personnage récurrent tout au long des cinq saisons, faisant diverses apparitions sous la forme d’interlocuteur privilégié de la conscience ou des rêves de ses enfants et de sa veuve.

Je tenais aussi à évoquer rapidement le générique de début, absolument sublime. La musique est obsédante, les images sont d’une froideur tétanisante, et l’image des deux mains se lâchant en tout début est d’une beauté glaçante, fascinante et extrêmement dérangeante à la fois, à donner des frissons. Bien qu’ayant vu les cinq saisons en dvd, je n’ai jamais fait l’impasse pour aucun des 63 épisodes sur le générique de début. Rarement j’ai trouvé générique aussi parfait et envoûtant, et c’est typiquement le genre de détail qui démontre définitivement et avec force le soin avec lequel cette série a été élaborée.

Six Feet Under c'est aussi un générique exceptionnel.
Et comme l’indique l’accroche de l’ultime saison « Tout a une fin », Six Feet Under connaît elle aussi une fin. Et quelle fin !
De mémoire de série-vore, je crois n’avoir jamais vu une aussi belle, émouvante et intelligente fin. Que je ne dévoilerai pas ici bien entendu. Mais je ne peux m’empêcher d’en parler tant elle m’a marqué.
Pour tout dire, je n’ai pu m’arrêter de penser et repenser aux dernières minutes du dernier épisode toute une semaine après l’avoir vu. Je ne sais pas si cela tend plus à prouver que je suis quelqu’un de bizarre, plutôt qu’à témoigner de la qualité de cette fin, mais rares sont les œuvres, tous supports confondus, dont le développement et le dénouement auront eu un tel effet durable sur moi. Même aujourd’hui en y repensant, j’en suis encore ému. En la qualifiant de marquante, j’ai l’impression d’user d’un doux euphémisme.

 Six Feet Under aura réussi l’exploit d’être passionnante, cohérente et pertinente de la première à la dernière minute.
Avec Six Feet Under, on touche à la perfection. En toute simplicité.

Après avoir dit cela, est-il utile de préciser que je la recommande vivement ? D’ailleurs non, je ne la recommande même pas. Je la qualifierai juste d’indispensable.

 


Visuel du coffret de la denière saison. Chaque chose, chaque personne, chaque endroit finit par disparaître un jour... 

 

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22 juillet 2006 6 22 /07 /juillet /2006 00:18

Certains affirment haut et fort que la télévision rend con.
Moi je ne partage pas du tout cet avis. Je trouve au contraire qu’elle peut être (notez la nuance, ça ne veut pas dire qu’elle l’est toujours) un bel outil d’information, de communication, d’enrichissement, de culture et de divertissement.
Mais je suis bien forcé de me rendre à l’évidence, il existe des émissions qui ne volent pas très haut, si tant est qu’elles parviennent à décoller du niveau zéro de la bêtise. Ce qui très paradoxalement ne veut pas dire qu’elles ne connaissent pas pour autant un vrai succès populaire auprès des téléspectateurs…
Ce qui m’étonne le plus, c’est l’intérêt que trouvent les participants à certaines émissions du type Real-TV et autres jeux trash. Car en dehors d’une humiliation profonde retransmise dans la France entière, et rediffusable à l’infini par la suite dans toutes sortes d’émissions du style Bêtisiers ou Zapping, ils n’ont vraiment pas grand-chose à gagner. Et pourtant, si l’on peut trouver des excuses aux tous premiers participants à de nouveaux concepts (ils ne savaient pas comment ça allait se passer), je suis atterré par ceux qui se précipitent à leur suite, alors qu’ils savent parfaitement bien comment tout cela se terminera…

Je vous propose d’étayer ceci par trois exemples des plus parlants à mes yeux, et qu’à coup sûr tout le monde connaît.


Exemple 1 : La Nouvelle Star.

Bon, d’abord je tiens à préciser que ne captant pas M6, mes connaissances sur cette émission sont très limitées. En fait, ce que j’en connais, ce sont les extraits que j’en vois au Zapping par exemple. Au début de chaque saison donc, il y a des auditions qui permettent de sélectionner les candidats retenus pour l’émission, ce qui s’apparente finalement à une sorte de radio-crochet à l’échelle nationale. Et là, immanquablement, on nous montre une foule d’anonymes qui chantent comme des casseroles, qui se déhanchent, se tortillent, font des mimiques d’un autre monde, bref qui n’ont pour seul talent musical que l’aptitude à déclencher l’hilarité et la moquerie générale.

Et en tant que téléspectateur, c’est très précisément eux qu’on attend de voir passer avec impatience, histoire de rigoler un bon coup. Je ne suis pas hypocrite, quand je vois certains extraits du « Best Of du pire », je me marre bien aussi. Mais voilà, en se plaçant du point de vue des candidats refoulés sans ménagement, on peut se demander : qu’y gagnent-ils ? Rien, strictement rien, si ce n’est une monumentale honte quand le lendemain de la diffusion les gens les reconnaîtront dans la rue et se foutront de leur gueule. Et pourtant ils y vont, ils sont même plus nombreux d’année en année paraît-il.

Bon, cela étant dit, ils trouvent tout de même une excuse à mes yeux. D’abord ils me font bien rire (mais ça, ça ne compte pas !), mais surtout je suis persuadé qu’ils ne se rendent pas compte qu’ils sont risibles. Ils croient (même s’ils se trompent lourdement) en leur chance, en leur talent, et ils ont le courage (l’inconscience ? la folie ?) de s’exposer au jugement de la France entière. En gros, ils sont foncièrement sincères dans leur démarche, et se font bien exploiter par les producteurs de l’émission. Si on devait faire le rapport entre leur temps d’antenne et la force de l’humiliation subie, je crois que de toutes les émissions confondues, ce sont ces candidats là qui exploseraient les ratios !!


Exemple 2 : le Maillon Faible.

Voilà l’exemple parfait d’une émission que je déteste et dont je ne supporte pas plus de cinq minutes consécutives de visionnage. Le concept est très simple : les concurrents répondent chacun leur tour à des questions de culture générale (dont le degré de  difficulté oscille entre le « très simple » et le « à peine compliqué ») sur un peu tout et rien. Puis à l’issue de chaque manche, chacun vote pour le nom de celui qu’il veut voir quitter la partie avant la manche suivante.

L’originalité tient dans le fait que l’animatrice (Laurence Boccolini, croisement improbable entre une mère supérieure, un pit-bull et Batman) est là, contrairement à tous les autres jeux télévisés, pour mettre les concurrents plus bas que terre, à grands coups de jeux de mots lancés d’un ton glacial et méprisant. Finalement l’intérêt du jeu ne se résume non pas à voir les concurrents donner les bonnes réponses aux questions, mais à assister à un concours de casse digne d’un Brice de Nice shooté aux hormones de taureau.

Car quoi qu’il arrive, tous les participants quels qu’ils soient, hommes ou femmes, jeunes ou vieux, bons ou mauvais, en prennent plein la face pour pas un rond. Pas un rond au sens figuré comme au sens propre, car le système de jeu est tel que la pression mise sur les candidats annule toutes leurs chances d’aligner le nombre de bonnes réponses suffisantes pour décrocher le jackpot. Il y en a toujours qui font tout capoter, qui banquent trop tôt ou qui se plantent dans la panique, et même les meilleurs se laissent déstabiliser (ou comble de l’ironie et preuve définitive de l’immoralité de ce jeu, ils se font éliminer par les autres qui les considèrent comme « trop forts » et donc dangereux). À l’arrivée les gains de l’unique vainqueur sont la plupart du temps pitoyables.

Bref, si vous participez au Maillon Faible, non seulement les gains éventuels sont minables, mais vous êtes sûr de vous faire allumer devant la France entière par la maîtresse-abboyeuse Boccolini. Encore une fois je me demande : où donc est l’intérêt des concurrents là-dedans … ?


Exemple 3 (et j’ai gardé le meilleur pour la fin) : l’Île de la Tentation.

Le concept est trash, donc forcément attirant. Quatre couples se voient offrir des vacances de rêve dans des lieux paradisiaques. Seul hic, les femmes partent de leur côté et les hommes du leur pour un séjour séparé d’une dizaine de jours. Pour corser le tout, les femmes sont escortées par une escouades de playboys, éphèbes et chippendales bodybuildés triés sur le volet, alors que les hommes sont accompagnés d’une brochette de nymphettes plus provocantes et aguicheuses les unes que les autres. But des tentateurs/trices : faire succomber les concurrents à leurs charmes (oui je sais, ça se rapproche dangereusement sur le papier à de la prostitution, mais de là à traiter TF1 de proxénètes il n’y a qu’un pas … que je ne franchirai pas).

Finalité du « jeu » : après leurs vacances séparées propices à tous les excès (et aux situations extrêmes délibérément provoquées et mises en scène par la production), les couples se retrouvent et doivent décider à la lumière de leurs comportements respectifs s’ils repartent ensemble ou s’ils se séparent, le tout face caméra évidemment. Précision utile : il n’y a aucun gain en jeu, rien du tout à gagner si ce n’est des vacances tous frais payés mais avec vingt caméras en permanence sur votre dos (avec micros longue portée, vision nocturne et tout le tremblement). Au mieux vous repartez comme vous êtes venu, mais avec votre vie sentimentale et sexuelle déballée sur la place publique. Au pire vous repartez seul, mais avec votre vie sentimentale et sexuelle déballée sur la place publique. Et une chaude-pisse ramassée en prime si vraiment vous êtes poissard.

Bref, il n’y a rien de rien à gagner, et absolument tout à perdre (ce n’est pas un hasard si TF1 refuse les couples mariés ou ayant des enfants), à commencer par votre dignité et votre honneur. Car depuis les cinq saisons que l’émission existe, à chaque fois c’est la même chose : que les couples se séparent ou non au terme du « jeu »,  il y a inévitablement des choses diffusées à l’antenne que les personnes pourront se reprocher après coup, ils n’éviteront pas les pots cassés. Sans parler des discussions pseudo-philosophiques en string, autour de l’amour, de l’amitié et de la fidélité, le tout arbitré par une Céline Géraud à l’encéphalogramme proche de celui de la rainette arboricole, autant à sa place dans cette émission qu’une belle mouche dans un bol de lait.

Parmi les gimmicks récurrents de l’émission, l’un en particulier m’écorche les oreilles à chaque fois que je l’entends : quand les concurrents ou l’animatrice parlent du « jeu », ils le qualifient invariablement « d’aventure ». Intéressant glissement sémantique que de parler de « vivre une aventure » alors que l’expression qui serait la plus appropriée serait plutôt « avoir une aventure »…

Mais attention, je suis sincère : si je parle de l’Île de la Tentation en ayant la dent dure, je confesse également la regarder. Je ne fais pas partie des inconditionnels, mais si l’occasion se présente, je regarde. Au départ par voyeurisme il faut bien le dire, mais ça j’en suis revenu depuis longtemps. Parce que ne vous méprenez pas, malgré l’étalage de chairs, vous ne verrez jamais un téton pointer le bout de son nez, ni aucune autre prouesse physique autrement que suggérée, ou au mieux mimée… Les portes se referment toujours au moment fatidique, le voile tombe toujours pudiquement au dernier moment, comme si TF1 se refusait de confirmer une bonne fois pour toute l’immoralité évidente de ce « jeu ». On nourrit habilement la frustration du téléspectateur tout en maintenant toujours chez lui l’espoir d’en voir « un peu plus » à la prochaine émission…

J’en suis revenu disais-je donc, maintenant ce qui m’intéresse quand je regarde (la plupart du temps, je ne fais d’ailleurs qu’écouter la télé en fond sonore pendant que je pianote sur le net) ce sont les gens qui participent, leurs comportements et leurs discours (souvent parfaitement à l’opposé l’un de l’autre du reste).Et il faut bien dire qu’il y a de véritables phénomènes !!

L’an dernier par exemple a été mémorable : il y avait deux couples qui m’ont particulièrement fait rigoler (cela dit, au premier degré c’était plutôt triste à pleurer). Les petits jeunes du Sud, Marion et Nicolas qui chialaient à chaque fois qu’ils parlaient devant la caméra, c’était incroyable les grimaces qu’ils pouvaient faire, à pleurer de rire (je sais c’est méchant, mais vraiment ils étaient irrésistibles). Ceux-là ont été vraiment sages et ne se sont pas laissés tenter du tout, mais à la place ils sont passés pour de parfaites andouilles.

Le petit Nicolas, il va pleurer... Marion... elle pleure de voir Nicolas pleurer... Le petit Nicolas, il a pleuré...
Quant à l’autre couple, un peu plus âgé, et dont l’accent ne laissait aucun doute sur leur origine du Ch’Nord, Laurence et François, ils sont non seulement passés pour des imbéciles finis (leurs moindres interventions étaient affligeantes), mais en plus pour de véritables obsédés sexuels. Ce qu’ils ont parfaitement le droit d’être, pas de jugement de valeur de ma part là-dessus, ce que je veux dire c’est juste que l’émission leur a collé une image certainement exagérée et totalement déplorable. D’autant qu’ils sont les premiers et seuls depuis l’existence de l’émission à avoir réussi à faire fuir les tentateurs/trices eux-mêmes, dont le rôle est pourtant clairement de séduire les participants.

François ne se rend pas compte que tout le monde rit de lui...
Retournez au boulot ou allez chez votre boulanger après un été complet où l’on vous montre à la télé comme le con ultime et le lubrique invétéré… Je pense sincèrement que ces gens ont dû subir un enfer après la diffusion des émissions.

Laurence et François ont inspiré les humoristes en herbe d'internet...
D’un côté j’assume le fait que j’ai ri d’eux ouvertement, mais de l’autre j’essaie aussi de me mettre à leur place et je ne parviens pas à comprendre : pourquoi diable avoir fait cette émission ? Et c’est chaque année le même résultat avec juste des acteurs et des circonstances autres. Encore une fois je me répète : quel est l’intérêt des couples qui y participent ? Mystère…


Voilà, après m’être longuement (un peu trop peut-être…) étalé sur mes exemples, je vais essayer de trouver une conclusion à mon article… mmmh, pas facile…

D’abord, bravo aux courageux qui ont tout lu ! (euh, y’a quelqu’un ?)
Donc pour finir je reprendrai ce que je disais au début en complétant un tant soit peu : non, selon moi la télé ne rend pas forcément con, par contre elle nous en montre de sacrés !

(À ceux auxquels il reste une parcelle de courage, vous pouvez laisser un commentaire, pour les autres vous pouvez quitter ce blog et reprendre une activité normale.)

 

 

 

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