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Avant de lire les notes que je fais sur les films que je vois et les bd que je lis, sachez que dans mes commentaires il m'arrive parfois de dévoiler les histoires et les intrigues. Ceci dit pour les comics, je n'en parle que quelques mois après leur publication, ce qui laisse le temps de les lire avant de lire mes chroniques.
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24 février 2020 1 24 /02 /février /2020 08:15

Parmi les différentes manières que j’ai de choisir mes lectures et que j’ai déjà eu l’occasion d’expliquer ici, il y a cette autre voie qui s’impose parfois à moi, et qui me met entre les mains des ouvrages, pour le pire comme pour le meilleur, qui sans cela n’y seraient peut-être jamais parvenus. Cette autre voie a un nom : Patrick. Mon pote Patrick est un lecteur et passeur de livres… comment dire… unique en son genre. Alors quand il est venu me voir en me filant La triste histoire des frères Grossbart de Jesse Bullington, il s’est contenté de commenter d’un « tu verras, c’est assez couillu » avant de partir en ricanant.

 

En effet Patrick, ce roman est plutôt sévèrement membré, c’est le moins qu’on puisse dire. De toute façon je m’y attendais, vu que tu n’es pas un adepte des trucs tiédasses. M’en vais donc vous entretenir de quoi ça cause pour la peine.

 

Nous sommes en 1364, dans les contrées de l’Allemagne médiévale. Hegel et Manfried Grossbart sont frères jumeaux et inséparables, ils pratiquent donc le même métier, en équipe : pilleurs de tombes. C’est du reste une tradition familiale chez les Grossbart. Affreux, sales et méchants : c’est là une description succincte qui leur correspond plutôt bien, mais à laquelle il conviendrait d’ajouter : viles, grossiers, bêtes, colériques, meurtriers, cupides, violents, orduriers, égoïstes, crasseux et j’en passe… Les deux frangins décident un jour de partir sur les traces de leur grand-père, qui d’après ce qu’on raconte aurait fait fortune en Égypte. Pensez donc : avec toutes ces tombes qu’ils ont là-bas ! Leur décision est prise : « en route pour la Gypte ! » lancent-ils, non sans avoir au préalable réglé un léger problème de voisinage qui se soldera par le massacre en bonne et due forme d’une famille de fermiers. Ce qui leur vaudra d’ailleurs d’être pourchassés tout du long de leur périple par le seul survivant bien décidé à se venger. Mais le chemin des deux frères va être long, et semé d’embûches car en ces temps-là, bien des créatures étranges et maléfiques hantent les campagnes et les forêts… mais aucune qui ne saurait rivaliser avec la sauvagerie des frères Grossbart !!

 

Voilà pour le décor, il est bien planté. Je reviens rapidement sur les personnages, qu’on ne pourra décemment pas qualifier de « héros » de l’histoire. Hegel et Manfried sont vraiment des ordures de la pire espèce, et si ce n’est quelques dialogues bien sentis (car ces deux-là sont plutôt du genre bavards) vous ne trouverez absolument rien dans cette histoire qui puisse les dépeindre sous un jour sympathique ou attachant. Ils sont haïssables au plus au point, et ça semble parfaitement leur convenir d’ailleurs. Pour autant, eux se considèrent comme de bonnes personnes. Pas leur faute si on vient sans cesse leur chercher des noises. Mais pas question par contre de se laisser faire, ça non. Ça fait partie de leurs convictions profondes d’ailleurs, et alors qu’ils sont de grands adorateurs de la Sainte Vierge (« louée soye la vierge ! ») ils n’ont que mépris pour sa fiotte de rejeton. Jugez-en par vous-même au travers de ce court passage :

 

[…] Les frères étaient pris par une discussion à bâtons rompus sur Marie et Sa lopette de fils. Hegel semblait incapable de comprendre comment une demoiselle aussi merveilleuse avait pu engendrer un marmot aussi pusillanime.
- C’est pourtant simple, théorisa Manfried. Après tout, M’man était une souillon de putain, mais nous, on est comme qui dirait immaculés.
- Tu causes vrai, admit Hegel, mais c’est régulier que de jolis drageons sortent d’un cul merdeux, donc c’est pas autant une anomalie que si une dame précieuse et honnête mettait bas un capon plutôt qu’un héros.
- N’empêche qu’il a morflé, le bougre, et sans jérémiader.
- Et pis après ? Rien faire alors qu’on te cloue sur une croix, ça paraît pas très probe. Il aurait pu au moins leur filer un petit coup de pied, rien qu’un, juste pour dire.
- Ça je remets pas en cause.
- Seulement passque t’oses pas, corniaud contrarieur. Chuis sûr que tu voudrais dire qu’il s’est montré bien hardi en les laissant le torturer à mort, mais on sait tous les deux que c’est des enculetteries. [...]

 

 

Voyez ? C’est ça les frères Grossbart. Du début à la fin du roman d’ailleurs. Oui, en effet, c’est un langage un poil fleuri. Quelque peu outrancier même par moment. Et encore, je vous laisse découvrir par vous-même si le cœur vous en dit l’échange grossbartien qui traite de cette bonne ville d’Enkuleburg dont je vous laisse deviner le nom des habitants. M’en direz des nouvelles. Mais ça n’est certainement pas moi qui la déplorerai cette liberté stylistique. Je suis même plutôt du genre à apprécier ce genre de débordements langagiers quand c’est bien fait et à propos. Soit dit en passant, ça a dû être un taf énorme pour le traducteur qui s’est certainement arraché les cheveux à l’une ou l’autre reprise. D’aucuns, parmi lesquels en premier lieu la quatrième de couverture, parleraient de contenu rabelaisien dans l’expression. Pas dénuée de sens comme analogie. Mais un Rabelais qui aurait bouffé du Bigard à haute dose alors.

 

Bon je reprends. Des personnages complètement horribles. Ça charcle pour un oui pour un non. Ça parle mal. Ça se coltine avec tout un bestiaire mythologique qui va de la sorcière décharnée jusqu’à la manticore assoiffée de sang, en passant par les sirènes et les loups-garous. On y croise même Satan personnifié dans la peau d’un porc. Quant à la Peste Noire, elle fait carrément partie du quotidien. Tout ce petit monde s’invective, se met sur la gueule, et donne lieu à des scènes tantôt répugnantes, tantôt gratuitement méchantes, tantôt gores, tantôt cyniquement drôles, tantôt tout à la fois.

Autrement dit, ce bouquin avait tout pour me plaire*.

 

Et pourtant...

Et pourtant, le sentiment qui aura prédominé durant toute ma lecture, et aura d’ailleurs participé à la rendre plus laborieuse que plaisante, c’est l’ennui.

Malgré les outrances, malgré les délires, malgré les idées originales et pour ma part jamais croisées au détour des pages d’un roman, je me suis ennuyé plus souvent qu’à mon tour. Le récit est étrangement plat, la narration linéaire et sans réelle surprise (ou du moins on voit tout venir, même ce qui aurait pu créer potentiellement la surprise, de loin). C’est longuet, c’est bavard, c’est répétitif, ça manque cruellement d’enjeu et parfois c’est même brouillon quand il s’agit de passer aux scènes d’action et de bagarre. Au point que ce décalage entre le sujet original, les personnages qui dépotent, et le résultat final crée une grosse frustration, et n’ayons pas peur des mots : de la vraie déception.

 

C’est vrai que ce bouquin ne ressemble à aucun autre. C’est vrai que ce que vous y lirez, vous ne l’aurez jamais lu auparavant. Malheureusement cette originalité ne m’a pas suffi. L’expérience est étonnante, mais très vite lassante. Mais Patrick ne m’avait pas menti : « c’est couillu ».

Mention spéciale au passage à la couverture : de toute beauté !

* déduisez-en à mon sujet ce que bon vous semblera...

 

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