Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

Présentation

  • : Moleskine et Moi
  • Moleskine et Moi
  • : de la Pop Culture, un peu d'actualité, pastafarismes et autres petites choses...
  • Contact

Attention !

Avant de lire les notes que je fais sur les films que je vois et les bd que je lis, sachez que dans mes commentaires il m'arrive parfois de dévoiler les histoires et les intrigues. Ceci dit pour les comics, je n'en parle que quelques mois après leur publication, ce qui laisse le temps de les lire avant de lire mes chroniques.
Bon surf !

Recherche

Série(s) en cours

​​​​

 

20 avril 2017 4 20 /04 /avril /2017 16:21

Alors voilà, un jour de l'année dernière, mon ami Arnaud m'a parlé de son projet de tour du monde qu'il avait prévu de réaliser en 2017. Et il a cru bon de ponctuer son annonce par un "et si jamais tu veux m'accompagner tu es le bienvenu".

Première réaction : "ouah trop bien, quelle chance il a ! Mais il a raison d'aller au bout de ses rêves !"

Suivie de près par la seconde : "oui mais bon, moi je ne peux pas."

Sauf que bien entendu, quand la graine de l'idée est semée, elle ne laisse aucun répit et elle germe, envers et contre tout au fond de l'esprit et des pensées...

Si bien que j'en suis arrivé à ce point dans ma réflexion : "et pourquoi pas finalement ?"

Bon, des raisons parfaitement concrètes il y en a en fait plein. Et toutes sont raisonnablement valables. Des raisons raisonnables donc, c'est dans le nom. Je me suis donc demandé : "et si on mettait un temps la raison de côté, qu'est-ce que ça donnerait ce projet ? Juste comme ça hein, pour voir ?"

Et là, le piège s'est définitivement refermé sur moi. Car ce genre de truc, tu y mets un doigt, ça te broie tout le corps très vite. Imaginez, on se prend à faire des itinéraires, on évalue les différentes possibilités de destinations, on jette sur papier tous les rêves qu'on a un jour fait, et pour certains tous ces choses qu'on regrette de n'avoir pas fait plus tôt. Quand on pouvait. Quand on avait le temps et l'occasion. Forcément, tout ça cumulé, ça fait d'un projet hypothétique et fou, quelque chose qui ressemble très vite et furieusement à un objectif impératif. Et alors, plus moyen de faire marche arrière...

C'est donc tout penaud que je suis revenu vers Arnaud pour lui demander : "euh dis-moi, ton invitation tient toujours ?"

C'est après que les choses se sont compliquées. Il a fallu organiser, prévoir, ne pas faire n'importe quoi, prioriser et discuter aussi, beaucoup. Et ce n'est que parce qu'il y a eu de la volonté et de l'enthousiasme de mon côté, mais aussi et surtout de la compréhension et de l'aide autour de moi que le projet a grandi et s'est transformé en réalité. Ou presque, il le sera vraiment au moment où le premier avion de notre voyage aura décollé du tarmac. C'est à dire, sauf catastrophe, dimanche 23 avril 2017 à Francfort.

Alors si vous avez envie de vous joindre, virtuellement, à Arnaud et moi pour ce voyage qui va passer par l'Ouest Américain, Hawaii, la Nouvelle-Calédonie, l'Australie, la Malaise et la Réunion, vous êtes les bienvenus sur notre blog dédié à notre tour du monde.

Ça se passe par ici : http://tdm-2017.blogspot.fr/

 

Et pour vous donner une idée du périple à venir qui durera 48 jours exactement, rien de mieux qu'un itinéraire sur planisphère...

 

 

Repost 0
1 décembre 2016 4 01 /12 /décembre /2016 17:10

Leonard Cohen, l’immense Leonard Cohen est mort. C’était le 10 novembre, et pour dire la vérité, je ne m’en suis pas encore remis. Ça doit sans doute paraître bizarre ou exagéré pour certains, et pourtant c’est vrai, j’accuse encore le coup. Le songwriter canadien était pour moi une telle référence, je l’ai tant écouté et il m’a tant accompagné depuis qu’il est entré dans ma vie quelque part à la fin de mon adolescence, que la nouvelle de son décès m’a été très dure à encaisser. J’ai tant de souvenirs liés à lui et à sa musique, qu’il faisait partie intégrante de ma vie. Près de trois semaines plus tard, j’ai encore du mal à réaliser, et je peine à prendre mon clavier pour écrire quelques mots à son sujet. C’est difficile d’écrire quand ça fait mal, mais petit à petit, phrase après phrase, ça aide. Cet homme au talent incroyable, cet immense artiste m’a tant imprégné de ses mélodies et de ses textes que je sais que j’en resterai marqué à jamais.

Laissez-moi vous expliquer pourquoi. Je vais tâcher d'être bref. Ou pas. En fait non, je ne crois pas.

Leonard Cohen, toujours impeccable.

Leonard Cohen, toujours impeccable.

Mon premier souvenir conscient d'une chanson de Leonard Cohen remonte à mon adolescence. Peut-être l'avais-je entendu auparavant sans m'en rendre compte, toujours est-il que la première fois dont je me souvienne remonte à un samedi soir, autour de 23h / minuit, en regardant la télévision. Sur la TSR (la Télévision Suisse Romande) passait à cette case horaire des films toujours intéressants car exclus des prime-time de TF1 et Antenne 2. Je parle là d'un temps où l'offre télévisuelle était très limitée. Chez moi on avait trois chaînes françaises, on ne captait ni la 5 ni M6 toutes récentes, et Canal + c'était avec décodeur donc niet. Bonjour la diversité des programmes. Heureusement il y avait aussi la TSR qui faisait office de chaîne exotique par sa programmation un peu en avance par rapport aux trois chaînes hertziennes françaises (pour mémoire : TF1, A2 et FR3). Songez qu'on pouvait y voir des choses comme Dream On en VOST, série culte du début des années 90 par exemple. Certes il fallait veiller un peu tard le samedi soir, mais c'était là un bien maigre effort à faire pour moi qui à cet âge là ne m'endormais pas encore flasquement devant la télé passé 22 heures. Et donc j'ai vu sur cette chère TSR, le film Pump up the Volume mettant en scène un tout jeune et rebelle Christian Slater alias Harry la Trique qui faisait de la radio pirate. Et dans sa programmation musicale, devinez quoi ? Le 33 Tours I'm Your Man de Leonard Cohen (un de ses plus grands albums à mon avis) et le morceau qui pour moi est depuis culte de chez culte : Everybody Knows. Autant vous dire que ça m'a fait un gros, gros effet, cette voix caverneuse qu'on imagine accompagnée de volutes de fumées, de petites pépées aux choeurs et d'un verre de whisky old fashioned. Mais en ce temps là j'étais encore un peu jeune, il n'y avait pas d'internet et donc pas facile de retrouver les références du morceau une fois le générique de fin passé... Quelques temps après, je tombe par hasard tout heureux sur le CD (support encore très récent puisqu'il cohabitait à part égale avec les vinyles) de la bande originale du film ! Wouh-ouh ! Je l'achète, le mets dans le lecteur et là : déception ! Everybody Knows est bien sur l'album, mais ce n'est pas la version de Cohen mais une reprise par Concrete Blonde qui est l'opposé vocal de Leonard Cohen : voix suraigüe, tempo rapide... rien à voir ! Très déçu je passe à autre chose…

… Et c'est un an ou deux après cela que je vais voir au cinéma le film d’Oliver Stone, Natural Born Killers. Et que je succombe à la géniale bande originale du film, à la tête de laquelle il y a deux incroyables morceaux de Leonard Cohen : The Future et Waiting for the Miracle. J'achète le CD, j'écoute et je reconnais directement la voix qui m'a fait tant d'effets quelques années auparavant. Références prises sur le CD je découvre enfin le nom qui se cache derrière la voix. Leonard Cohen. Ni une ni deux, je file chez mon disquaire attitré (à l'époque j'étais étudiant à Nancy et le magasin le mieux achalandé question musique c'était La Halle aux Livres) et j'achète les deux albums The Future et I'm Your Man. Je tombe définitivement sous le charme et l'emprise de cette voix et de ces mots si finement choisis et si parfaitement dits.
 

Songwriter et Ladies' man jusqu'au bout des chaussures...

Songwriter et Ladies' man jusqu'au bout des chaussures...

C’est alors un nouveau monde qui s’ouvre à moi, car Leonard Cohen chante depuis la fin des années 60, j’ai donc quelques albums à découvrir, et mes années de BTS à Nancy seront intimement liées à cette découverte, album après album. À cette époque, les choses étaient différentes d’aujourd’hui. Un album c’était un CD, un objet avant tout, une entité à part entière, avec une personnalité, un ton, un sens. Pas de vulgaires fichiers mp3 téléchargés à la sauvette et à peine écoutés, mélangés, sans aucun autre ordre que l’ordre alphanumérique. Et un objet avec un livret, dans lequel on trouve des photos et les textes des chansons. Combien de temps ai-je passé allongé dans ma chambre d’étudiant de 9 m², sur mon lit qui avait une porte en guise de sommier, à écouter en boucle ces disques et en suivant les paroles sur le petit livret ? Combien de temps ai-je passé à regarder, fasciné, ce type en costume impeccable manger sa banane avec cette classe incommensurable ? Impossible à chiffrer mais ça a dû en faire des heures et des heures. Et si aux yeux de certains cela pourrait passer pour du temps perdu, ça n’est pas du tout ainsi que je considère tout ce temps à lire et écouter du Cohen en ne faisant strictement rien d’autre. Non, pour moi c’était un voyage, et quel voyage ! Qu’est-ce que j’ai pu voyager, cloîtré dans ma cité U, par la magie des mots de Leonard Cohen…

Aujourd’hui, quand j’écoute un album de Leonard Cohen, je voyage toujours. La plupart du temps dans le passé. Je revis des moments qui sont définitivement et intimement liés à certaines chansons. Des sentiments, des sensations, des souvenirs qui collent aux sons et aux mots et y resteront toujours associés.

 

Ce type mangeant une banane avec classe et nonchalance m'aura durablement marqué !!

Ce type mangeant une banane avec classe et nonchalance m'aura durablement marqué !!

Ce jour où j’ai entendu la première fois sa voix dans la bande son de cet obscur film, et l’effet que ça m’a fait, dont je me souviens encore comme si c’était hier alors même que je ne crois avoir pas revu ce film depuis une bonne vingtaine d’années au bas mot.

Ce jour où j’ai enfin découvert que ce type à la voix incroyable avait un nom et que ce nom était Leonard Cohen.

Ce jour où j’ai fait écouter If It Be Your Will à mon père sur la vieille chaîne hifi Revox du salon. Je ne me souviens plus de quand c’était exactement, il y a certainement près de vingt ans déjà, mais je me rappelle bien qu’il m’a dit trouver ça très beau et qu’il avait l’air touché par la chanson.

Ce jour où j’ai écouté pour la première fois Ten New Songs son album de 2001, alors que rien ne laissait espérer un nouvel album (le précédent, un live, datait de 1993), et qui est certainement l’un de ses tous meilleurs. Je m’en souviens j’étais à Aix-en-Provence, en formation, et j’écoutais le CD les soirs sur un ordinateur de l’école…

 

Leonard Cohen sous le portrait de son père, Nathan Cohen.

Leonard Cohen sous le portrait de son père, Nathan Cohen.

Ce jour où j’ai appris que Leonard Cohen reprenait une tournée en 2008, et qu’il passait à quelques kilomètres de chez moi au festival Stimmen de Lörrach. Je n’en revenais pas, le pensant perdu pour la scène (longtemps il ne s’est plus produit et d’aucuns affirmaient même qu’il avait perdu sa voix et qu’il était quasi-aphone). J’ai sur le champ acheté 5 ou 6 billets, me disant que je trouverai des gens pour m’accompagner, quitte à les traîner de force…

… Et ce jour où effectivement j’y ai emmené avec moi ma fée, ma frangine, ma maman et mon ami Rémy. Ce fut un moment inoubliable, aussi bien du point de vue de la qualité du spectacle que de l’impact émotionnel qu’il a eu sur moi. L’un de mes plus grands souvenirs. Cet instant magique sorti d’un rêve éveillé où Leonard Cohen, seul, avec sa guitare, son chapeau et élégamment vêtu de son costume gris anthracite dont il avait cependant abandonné la veste pour se contenter d’apparaître en chemise, cravate et gilet de costume trois pièces, est venu sur scène deux heures avant le concert, alors que le soleil commençait à descendre sur l’horizon, pour y faire une ultime répétition. La première chanson que je l’ai entendu chanter en direct et en acoustique, Who By Fire, qui m’a transporté ailleurs, loin, dans un lieu proche du paradis et que j’ai accompagné de bout en bout, mot après mot comme dans un songe, avant que le canadien ne salue de son chapeau la foule déjà agglutinée devant la scène, un large sourire aux lèvres, visiblement aussi heureux et ému que nous d’être là et nous donnant rendez-vous un peu plus tard…

Depuis ce jour-là, j’ai tenté de le voir et le revoir encore et encore en concert, et par chance il a enchaîné tournée sur tournée, si bien que j’ai pu aller l’applaudir sept fois entre ses tournées de 2008, 2009, 2010, 2012 et 2013, pour un bonheur à chaque fois renouvelé, d’intenses moments de pur enchantement.

Ce jour où j’ai fait écouter du Leonard Cohen pour la première fois à Nathan. Les écouteurs du casque étaient posés sur le ventre rond de sa maman.

Ces jours de joie ou de tristesse, de bonnes nouvelles ou de désespoir, de plaisirs intenses ou de douleurs sourdes durant lesquels ses chansons m’auront fidèlement accompagné, apaisé ou réconforté.

...

Le tout petit Leonard sur les épaules de son père, Nathan Cohen.

Le tout petit Leonard sur les épaules de son père, Nathan Cohen.

Ce vendredi matin-là je me suis levé un peu avant 8h, j’avais passé une mauvaise nuit comme il m’arrive peu souvent d’en passer. Peuplée de rêves désagréables. Incapable de m’endormir profondément je m’étais réveillé sans cesse, sans arriver à trouver de véritable repos. C’est avec cette sensation de n’avoir quasiment pas dormi que le matin venu j’ai enfilé mes habits, sauté dans la voiture et suis parti pour chercher baguette et petits pains. C’est là que j’ai entendu la nouvelle à la radio. Leonard Cohen était parti pour son dernier voyage durant la nuit. Déjà les hommages commençaient à fleurir sur les ondes malgré l’heure matinale en ce jour férié. Les larmes sont venues sans prévenir, une profonde tristesse m’a envahi, et seul sur la route, j’ai pleuré à mon volant. Je me suis senti soudain si seul… The man who’s born with the gift of a golden voice s’en était allé dans la nuit. Il était sans doute parti rejoindre sa muse, sa Marianne, celle de la chanson, partie à peine quelques semaines plus tôt fin juillet. Il lui avait écrit une ultime lettre qu’elle reçut deux jours avant de mourir, où il lui écrivait :

Marianne, le temps où nous sommes si vieux et où nos corps s’effondrent est venu, et je pense que je vais te suivre très bientôt. Sache que je suis si près derrière toi que si tu tends la main, je pense que tu pourras atteindre la mienne. Tu sais que je t’ai toujours aimée pour ta beauté et ta sagesse, je n’ai pas besoin d’en dire plus à ce sujet car tu sais déjà tout cela. Maintenant, je veux seulement te souhaiter un très bon voyage. Adieu, ma vieille amie. Mon amour éternel, nous nous reverrons”.
 

Marianne et le chat, en Grèce au début des années 1960.

Marianne et le chat, en Grèce au début des années 1960.

Jusqu’à la fin ses mots furent beaux, justes, et si chargés de sens et d’émotions profondes.

Le poète montréalais laisse derrière lui un héritage d’une rare richesse. Une discographie exemplaire et des écrits déjà passés à la postérité tant son talent de songwriter se partageait à part égale entre la beauté et la finesse de ses mélodies, et la puissance et la profondeur de ses textes. Je me suis d’ailleurs fait cette réflexion quand Bob Dylan a reçu il y a peu le prix Nobel de littérature, me disant que sur le plan de l’écriture, Leonard Cohen eut au moins tout autant que lui mérité cette reconnaissance.

Son fils Adam Cohen est du reste là, et bien là, pour reprendre le flambeau et écrire une nouvelle page musicale signée Cohen. Avec la même voix que son père au même âge, Adam longtemps resté dans l’ombre de son illustre paternel, déborde pourtant lui aussi de talent, un talent qui lui est cependant propre, pas un fac-similé de celui de Leonard.
 

Adam et Leonard, milieu des années 1970.

Adam et Leonard, milieu des années 1970.

J’ai vu il y a peu de temps sur Arte un documentaire ancien de Tony Palmer, qui suivait Leonard Cohen lors de sa tournée européenne de 1972 ! Autant dire qu’à l’époque il ne jouissait pas encore de la reconnaissance qu’il a obtenue plus tard, et que sa tournée et ses moyens étaient tout à fait modestes. Voir Leonard Cohen âgé de 38 ans dans ce documentaire, c’est-à-dire à peine plus jeune que moi aujourd’hui m’a fasciné. Étrange quand on l’a toujours connu d’un âge plus mûr. Et pourtant c’était lui, le même, cette même douceur, cette même modestie, ce même perfectionniste qui s’excuse d’être un piètre chanteur. Ce même talent, ce même engagement dans chacune de ses chansons, qui n’interprète pas mais qui vit chaque titre à chaque fois qu’il chante. Et dans ce documentaire des années 70 venaient s’insérer d’autres images plus personnelles. On y aperçoit Marianne Ihlen d’ailleurs, belle et rayonnante aux côtés d’un Leonard plus intime. Mais surtout, on y voit des films de famille, où l’on retrouve un tout jeune Leonard Cohen d’à peine 2 ou 3 ans entouré de sa sœur et de sa mère. Éclatant de rire sous les chatouilles d’un monsieur moustachu, son père Nathan Cohen. Faisant du patin à glace avec toute la maladresse et l’innocence d’un enfant de son âge, dans un Montréal de la belle époque des années 30. Grimpant sur le dos de sa grande sœur et chahutant comme n’importe quel gamin dont la joie de vivre déborde. Avec toujours un sourire fabuleux aux lèvres. Ces images m’ont cueilli, et profondément touché quand je les ai vues, seul à 1h du matin devant ma télé. Des images d’un autre temps, d’un Leonard qui avait l’âge de mon Tom. D’un Leonard qui avait peu ou prou mon âge aujourd’hui. Des images simples et belles. Qui venaient s’entrechoquer avec celles plus récentes que j’ai gardées de lui , celles des concerts d’un vieux monsieur plein de pêche et exultant du bonheur d’être sur une scène, des images qui me rappelaient par moments furieusement mon propre grand-père le temps d’un sourire. Enfant, adulte, vieillard. Multiple mais toujours le même. Encore une fois sans prévenir, des larmes ont coulé. Des larmes de tristesse, mais pas que. De nostalgie. De bonheur aussi. Quand je dis que cet homme est de ceux qui m’auront le plus touché et marqué, je crois sincèrement ne pas exagérer, aussi étrange soit-il de dire cela d’un homme que je n’ai pas connu personnellement, dont je ne me suis d’ailleurs même jamais approché à moins de quelques mètres… et pourtant, comme il aura compté.

Leonard et sa maman, Masha Cohen, fin des années 1930.

Leonard et sa maman, Masha Cohen, fin des années 1930.

Me dire que jamais plus je n’aurais cette petite excitation, ce frisson au moment d’apprendre qu’il prépare un nouvel album, au moment de l’acheter (toujours en plusieurs exemplaires, pour en offrir) et de l’écouter pour la première fois, de le réécouter dans la foulée, et encore… jusqu’à avoir l’impression de connaître ces nouvelles chansons depuis toujours... Je ne peux pas m’empêcher de me dire que la vie sera un peu plus triste sans ces émotions-là.

Mais je reste heureux. De l’écouter tous les jours ou presque depuis des années. De l’avoir fait découvrir à beaucoup de gens de mon entourage qui comme moi ont succombé à ce talent unique. Heureux et fier aussi de ça. Ému d’avoir reçu des petits mots, des sms, ou juste une pensée de la part de gens qui me connaissent et qui en apprenant son décès ont immédiatement songé à moi. C’est touchant. Et j’y vois la preuve que ceux qui me connaissent savaient comme je l’aimais sincèrement. Il est rare qu’un artiste vous touche au point d’aider à votre propre construction personnelle. Au point de vivre un peu à travers vous. Et quand cet artiste s’en va, il n’est pas étonnant finalement, d’avoir cette affreuse sensation de perdre un morceau de soi en même temps.

Leonard Cohen, en toute circonstance un sourire inoubliable.

Leonard Cohen, en toute circonstance un sourire inoubliable.

Et comme même quand une vie s’arrête, la vie elle ne s’arrête pas, comme l’enseignent de nombreux sages et penseurs, qui n’ont pas attendu qu’une religion quelconque leur impose son dogme à ce sujet, tout est cycle. Et si j’aurai toujours ce manque en moi maintenant que Leonard Cohen est parti, c’est presque naturellement que le sourire m’est revenu depuis, en allant voir en concert ce vieux crocodile de Tony Joe White, les agités extravagants et extras tout court du groupe finlandais Steve’n’Seagulls, et le trop rare mais excellentissime Randall Bramblett.

Personne jamais ne pourra remplacer Leonard Cohen, mais la musique garde son pouvoir sur moi, et c’est réconfortant de le constater.
 

Leonard Cohen en costume, toujours.

Leonard Cohen en costume, toujours.

Alors c’est avec un sourire que j’espère aussi grand et beau que celui qu’il avait à chacun de ses concerts, que je lui dis aurevoir mais surtout merci monsieur Cohen. Vos chansons resteront et vibreront éternellement en moi, au plus profond de mon coeur et de mon être. Il m’est impossible d’exprimer en mots toute la richesse de ce que vous m’avez apporté et continuez à m’offrir à chaque écoute. Sans vous je ne serais simplement pas celui que je suis aujourd’hui.

Thank you mister Cohen.

Leonard Cohen, juillet 2008.

Leonard Cohen, juillet 2008.

Ring the bells that still can ring
Forget your perfect offering
There is a crack in everything
That's how the light gets in.

Leonard Cohen - Anthem

There is a crack in everything, that's how the light gets in.

There is a crack in everything, that's how the light gets in.

Repost 0
1 mai 2015 5 01 /05 /mai /2015 16:41


[Stop.
Rembobinage, Retour Rapide.
Stop.]

 

Lundi 10 février 1997, 21h00…

… un lundi soir d’hiver, à Valenciennes, rue des Anges … la soirée s’annonce passionnante ! J’ai le choix : je peux m’envoyer un comics (Panini vient tout juste de reprendre la licence Marvel, il y a plein de nouveaux mensuels qui remplacent de mes Strange et Titans habituels), ou sortir boire un pot au Paradis de la Bière (mais c’est loin, il fait froid et les potes sont un peu frileux), ou aller au cinéma de quartier (mais à part le Didier d’Alain Chabat que j’ai déjà vu, il n’y a rien qui me branche cette semaine). Ou bien réviser mes cours tiens. Non faut pas déconner non plus hein. Allez va, voyons voir ce qu’il y a à la télé, on trouvera bien un truc à mater1.

L’écran 51 cm de ma superbe télévision à tube cathodique s’allume, je zappe comme un fou : depuis que je suis à Valenciennes je capte M6, révolutionnaire2 !

Je tombe sur France 2, c’est la retransmission des Victoires de la Musique… mouais, pas ma tasse de thé d’habitude, toujours les mêmes têtes et les mêmes sons qui passent… c’est pas demain la veille que je verrai un Christian Décamps dans ce genre d’émission… Mais bon, en fond sonore, et à défaut de mieux, ça fera l’affaire…

Tiens qu’est-ce que je disais : le Pascal, le Florent, la Zazie, la Ophélie… quelle originalité ! Et puis c’est pas comme s’il y avait du suspense non plus : c’est évident que Aznavour et Barbara vont remporter la timbale, y a pas photo avec les autres ! Ah chouette, quand même dans les groupes il y a Les Innocents et Noir Dèz, j’espère qu’ils vont pas se faire griller par les NTM, ce serait un comble. Bon bah finalement, je vais me lire un petit Amazing Spider-Man moi…

« … tout larguer, balayer la ville … les pieds dans la mer, immobile … là où tout semble si facile ... »

… ! … attends, c’est quoi cette voix de ouf ? Je lâche ma BD cinq secondes, faut que je vois qui chante-là… C’est un grand gars, belle gueule, inconnu au bataillon, jamais vu, jamais entendu non plus. Mais quelle put### de voix il a ce mec ! Bon attends, je note son nom. Quand ils veulent ils le redonnent hein ! Nommé dans la catégorie révélation variétés de l’année, blablabla… Ah ça y est : Fred Blondin, tiens c’est marrant, Blondin comme Clint Eastwood dans Le Bon, la Brute et le Truand ! Enfin bref c’est noté sur un papelard. Ce serait cool qu’il gagne tiens, j’ai bien aimé cette chanson.



… et la révélation de l’année est … Juliette !

Pfff… pas mon trip. Dommage pour le gars Fred là. Faudra que je vois ce qu’il fait quand même un de ces jours…

[Stop.
Avance Rapide.
Stop.]

 

Mardi 11 février 1997, 17h00…

… pas fâché de sortir de ce cours soporifique… j’ai du bol, il fait un peu moins froid aujourd’hui, tiens je vais en profiter pour faire un saut chez le disquaire3 ! C’est cool quand même d’avoir un disquaire à 200 mètres de chez soi. Pas pour les économies, mais pour le confort auditif et le moral, oui ! Bon alors, le bac des nouveautés… j’ai noté le nom du mec d’hier soir, là je l’ai : Fred Blondin, l’album J’voudrais voir les îles, je confirme c’est bien lui. Allez, emballé c’est pesé, je vais m’écouter ça tranquillou4 ce soir.


 

La vache, j’ai bien fait d’acheter cet album, j’ai eu du pif sur ce coup-là ! C’est simple, j’ai du mal à dire quelle est mon titre préféré tant j’aime. La classe pure des morceaux de CharlÉlie, la géniale reprise de Gainsbourg, le spleen de Sans Rien Dire ou de Pendant qu’en Ville, la révolte de C’est pas ça la Vie, le soleil de J’voudrais voir les Îles, la résignation de La Fin de Nous, ou le délire des riffs de guitare sur Tu m’aimes à quelle heure ?

Bon ben, la touche repeat de mon discman5 va s’avérer très utile les jours qui viennent.

381. Un samedi soir à Staffelfelden

[Stop.
Avance Rapide.
Encore.
Encore.
Stop]

 

Samedi 18 avril 2015, 21h00…

… un samedi soir de printemps à Staffelfelden, rue des Faisans… la soirée s’annonce juste géniale. Autour de moi mes proches, ceux qui comptent, ceux que j’aime. Ma famille. Et mes amis. Mais des amis comme ça, pour moi de toute façon c’est la famille. Et puis à table, assis à ma droite, Fred Blondin. Le Fred Blondin. Le mec que j’avais vu pour la première fois un 10 février 1997, pffiouu… il y a 18 piges ! Un grand gars, bonne gueule, avec toujours cette même put### de voix, et en plus -mais à vrai dire j’en doutais pas- un mec super sympa, à la cool, simple, direct, vrai6.

Ça fait 18 ans que sa musique me suit partout où je vais, que j’ai seriné à peu près tous ceux que je connais avec ses chansons, que j’ai acheté et distribué autour de moi ses disques.

Ce mec-là est assis à côté de moi. Il sue à grosses gouttes pour parvenir à faire sa fête à sa deuxième assiette de bouchées à la reine. Faut dire que jusqu’ici il ne connaissait pas ma mère et ses doses gargantuesques quand elle fait à manger. Il est venu pour moi ce soir, pour que je me souvienne à jamais de mes quarante balais. Il est venu manger et boire, fêter et chanter. On cause, on s’amuse, on se marre. Je suis entouré de gens que j’aime. Et il y a Fred Blondin qui chante dans mon salon, bordel.

 

 

381. Un samedi soir à Staffelfelden

Je me remémore ces 18 dernières années. Je remonte le temps en pensées, et je revois ce jeune con de 22 ans à moustache ridicule qui découvre un des artistes qui va le plus le marquer par sa musique. Je m’imagine lui dire : « eh Stéph, quand tu auras 40 ans, tu boufferas chez toi à côté de Fred avant de l’écouter chanter ses chansons et de fredonner avec lui des morceaux que tu auras d’ici là écouté des milliers de fois ». Je le vois, incrédule, se demander comment ça pourrait être possible, rigolant bêtement en se disant « c’est cela oui... ». Et pourtant.

Je sens les larmes me monter, je vais quand même pas chialer hein, c’est franchement pas le jour. Au contraire, c’est un jour à sourire, immensément. Alors vite je chasse l’image du Stéph de 22 ans de mon esprit, je reviens sur Terre et ça tombe bien : Fred entame Perso, certainement une de ses chansons que je préfère et qui me parle le plus. Avec quelques dizaines d’autres. :o)

381. Un samedi soir à Staffelfelden

C’est difficile pour moi de parler de cette soirée, parce que les mots me manquent pour décrire avec justesse tout ce que j’ai ressenti ce samedi soir. C’est un peu con et certainement bateau, mais le mot qui me vient là, maintenant, est simple et d’une telle évidence : MERCI.

 

Merci à ceux qui étaient autour de moi pour partager ce moment inoubliable : Maman, Mamama, Marie, mes loulous Nathan et Tom, Laurent, Robert, Christiane, Nono, Patrick, Isa, Martial, Thibaut, Mimi, Pierre, Sam, Zélie, Audrey, Éric.

Et puis Fred, évidemment. Merci.

Merci à vous trois Papa, Papapa et Guillaume, car vous étiez là avec moi aussi, dans mon coeur.

Mais il y en a une que je n’ai pas encore citée. Celle sans qui rien de tout cela n’aurait été possible. Celle qui a tout organisé, celle qui est restée dans l’ombre pour tout préparer en silence, celle qui a réuni les gens que j’aime, celle qui a trouvé la meilleure façon qui soit pour que mes 40 ans restent un souvenir absolument génial gravé dans ma mémoire. Celle à qui je ne dirai jamais assez merci pour tout ce qu’elle a fait. Ma petite sœur, ma frangine, Marie. J’espère un jour pouvoir te faire ressentir autant de bonheur que ce que tu m’as fait ressentir grâce à cette fête exceptionnelle. Merci, merci, merci7 !

381. Un samedi soir à Staffelfelden

1 Eh oui, en 1997, on ne connaissait pas encore notre chance, car il s’agissait des derniers lundis soirs sans Joséphine Ange Gardien sur TF1, le calvaire télévisuel allait commencer en fin d’année...

2 Eh oui, en 1997, croyez-le ou non, chez mes parents à Staffelfelden, on ne captait toujours pas la 6.

3 Eh oui, en 1997, il y avait encore des disquaires de quartier, même que les mecs arrivaient à en vivre dis donc.

4 Eh oui, en 1997, je disais « tranquillou » comme ça, sans honte. Et je continue.

5 Eh oui, en 1997, le top du top c’était d’avoir un discman, pour écouter ses CD n’importe où. Un peu comme un baladeur mais sans K7 : ça saute un peu plus mais c’est quand même carrément plus la classe.

6 Tranquillou quoi ! :o)

7 Et je me glisse ici discrètement des indices pour une future surprise ...disons juste au cas où ça te reprendrait... Bruce... Leonard... Bernard... Mark... Eric... ;oP

Repost 0
8 janvier 2015 4 08 /01 /janvier /2015 15:21

 

Y a pas de mots pour décrire ce que je ressens.

Un mélange de profonde tristesse, de colère noire et de désespoir.

Une envie de hurler, de frapper, de pleurer.

 

Quand j’ai entendu la nouvelle de l’attentat dans les locaux de Charlie Hebdo, je n’ai pas voulu y croire, mon esprit cherchant coûte que coûte à essayer de minimiser l’impact de cette horreur sans nom.

Puis lentement, j’ai compris. En rentrant chez moi après le boulot j’ai écouté la radio comme d’hab, dans ma voiture. Et j’ai entendu les noms défiler. Charb. Cabu. Wolinski. Tignous. Honoré. Bernard Maris… et je n’ai pas pu retenir mes larmes de couler.

 

Charb. Cabu. Wolinski. Tignous

Charb. Cabu. Wolinski. Tignous

Tous ces noms éveillent en moi des souvenirs.

 

Cabu… c’est peut-être idiot, et certainement pas très représentatif de sa vie et de son œuvre, mais moi je me souviens avant tout de lui quand j’étais môme et que je regardais Dorothée le mercredi matin à la télé. Il y avait Corbier qui composait des chansons couillonnes et Cabu qui faisait un dessin mettant en scène une Dorothée avec un nez long, pointu et en trompette. C’était ce type à la dégaine d’éternel adolescent avec une coupe de cheveux improbable, hors du temps et je pense démodée dès sa naissance, avec une voix très douce et un regard presque timide. Ce n’est que bien plus tard, une fois adulte, que j’ai découvert que Cabu c’était aussi et avant tout un dessinateur engagé, un polémiste de talent, un observateur fin et percutant de l’actualité.

 

Wolinski… si mes souvenirs de Cabu remontent à l’enfance, Wolinski je l’ai découvert plus tard, à la fin de l’adolescence. Par l’intermédiaire de L’Écho des Savanes principalement, magazine auquel il participait à l’époque. Je m’en souviens bien, ses dessins étaient toujours vers la fin, pas loin de la Copine de la semaine… :-)

 

Charb… voilà bien un type que j’admirais. Pour son humour grinçant bien entendu mais aussi et surtout pour l’intelligence de ses propos (il n’y a qu’à écouter ou lire ses interviews, vous comprendrez de suite), pour son courage, pour la façon dont il savait relativiser les choses, pour sa déconne sans limite, pour ses engagements et ce qu’il dénonçait. Dessinateur de presse brillant, à l’humour féroce et qui dégainait tout azimut sur tout ce qui le méritait, il était aussi celui qui m’avait fait mourir de rire avec Maurice et Patapon, des strips BD à l’humour cradingue et jubilatoire.

 

Bernard Maris… encore quelqu’un qui avait toute mon admiration. Prof d’économie et économiste à la gouaille sans égale, j’adorais l’écouter parler d’économie à la radio. Je me remémore la période où je l’écoutais chaque matin en allant au boulot, se tirer la bourre avec Jean-Marc Sylvestre dans des débats enflammés sur France Inter. Lui l’économiste de gauche, qui savait si bien remettre en question le capitalisme ultra-libéral, qui avait toujours un ton à la fois moqueur et très sérieux, dont les interventions étaient toujours à la fois drôles avec juste la bonne dose de dérision mais en même temps très solides, pleines de bon sens et qui savaient pointer du doigt les problèmes épineux. Il avait cette intelligence rare doublée d’une voix douce et calme, c’était un débatteur et un pédagogue de grand talent et d’une immense culture.

Cabu. Tignous. Charb. Wolinski

Cabu. Tignous. Charb. Wolinski

Ils sont tous morts, assassinés sauvagement. Parce qu’ils étaient des libres-penseurs, parce qu’ils n’acceptaient pas qu’on leur impose ce qu’il faut dire ou pas, parce qu’ils aimaient rire tout en dénonçant les injustices, les intolérants et d’une manière générale tous ceux qui veulent nous abrutir plutôt que nous pousser à penser et réfléchir par nous-mêmes. Et ils le faisaient au grand jour, à visage découvert, pas lâchement comme ceux qui se mettent des cagoules sur la tête avant de tirer à la kalachnikov sur des gens armés d’un crayon et d’une gomme.

380. Je suis CHARLIE

J’ai relu l’article que j’avais écrit en 2006, lors de la fameuse affaire des caricatures de Mahomet. Je n’en changerais pas une virgule si j’avais à le réécrire aujourd’hui.

Pourtant le temps à passé, des choses ont changé, j’ai changé. Mais face à ce qu’il s’est passé mon sentiment et mes convictions restent les mêmes. Peut-être même sont-elles renforcées. Il ne faut pas céder face à l’obscurantisme, l’ignorance, l’intolérance. D’où qu’elle vienne. On n’a certainement pas grand pouvoir chacun à sa petite échelle, et ce qui est sûr c’est qu’on n’a certainement pas le talent des types qui viennent de se faire trouer la peau pour leurs idées humanistes et libres, mais on a un devoir : celui de ne pas fermer nos gueules. De ne pas s’écraser devant la connerie humaine. De ne pas accepter l’inacceptable et de ne pas céder, jamais, devant ceux qui voudraient nous obliger à nous taire, devant ceux qui veulent mettre des carcans à la pensée.

380. Je suis CHARLIE

Personne n’a de solution à ce cancer de la société qu’est le fanatisme religieux. C’est triste à dire, mais je pense même qu’il n’y en a pas. La seule piste que je vois, la seule qui aurait une chance d’améliorer les choses au moins pour les générations à venir, c’est encore et toujours l’éducation, l’instruction et la culture. Ouvrir les esprits des jeunes sur le monde qui nous entoure, titiller leur curiosité, exacerber leur envie et leur plaisir d’apprendre et de découvrir, leur enseigner l’art du doute, de la critique et de la remise en question constructive. Les initier à la science, la littérature, l’art et la philosophie. Et développer leur humanisme. Bref, leur donner le potentiel de devenir des adultes sains, de corps comme d’esprit. Ça paraît peu de chose voire même une bien maigre solution, je suis pourtant convaincu que c’est par là qu’il faut prendre les choses. Que sans être la panacée, cela reste la meilleure option.

380. Je suis CHARLIE

Et à ceux dont la voix s’élève déjà, déclarant par-ci par-là « qu’ils l’avaient cherché », « qu’ils jouaient avec le feu » voire pour les pires « qu’ils l’ont mérité », insinuant de la manière la plus gerbante qui soit que les auteurs de ces crimes pourraient avoir des circonstances atténuantes et même que les victimes ont leur part de responsabilité dans cette horreur, à ceux-là je dis taisez-vous. Réfléchissez un peu pour changer, et mourrez de honte.

380. Je suis CHARLIE

Aujourd’hui et depuis hier soir, je vois des rassemblements un peu partout en France, de gens très différents mais animés par les mêmes sentiments : la tristesse et l’indignation. Le caractère spontané de ces rassemblements et leur ampleur rassurent un peu. Un peu.

380. Je suis CHARLIE

Je vois pourtant déjà d’ici, quand l’émotion sera un peu retombée, quand le quotidien aura repris le dessus, je vois déjà d’ici certains récupérer cette tragédie à leurs propres fins. Je vois déjà les politiques se renvoyer la faute les uns aux autres, s’accuser d’incompétence ou de laxisme, partir dans de grandes leçons à base de « vous n’auriez jamais dû » ou « il aurait fallu ». À ceux-là aussi, je dis d’avance taisez-vous, et mourrez de honte.

380. Je suis CHARLIE

Et puis ça me désole d’en parler, mais si il y en a bien une qui doit se frotter les mains parce qu’elle sait pertinemment que tout ça c’est excellent pour sa boutique, c’est la Marine. C’est même d’une pierre deux coups : des islamistes fanatiques commettent un attentat à Paris, voilà qui va faire grimper en flèche le nombre de voix pour le FN et qui va à coup sûr entraîner des amalgames malheureux entre musulmans, arabes et islamistes. Et puis en même temps Charlie Hebdo est décapité, justement le journal qui rentre le plus ouvertement et frontalement dans le lard de l’extrême droite. Si Charlie disparaît, ça fera une épine dans le pied du FN en moins. Bref, tout bénéf pour eux.

380. Je suis CHARLIE

Ça me fait hurler de rage quand j’y pense. Que des imbéciles puissent accuser Charlie Hebdo de racisme comme on a pu l’entendre, alors qu’ils sont les premiers à lutter contre cette saloperie lancinante qui bouffe notre pays de l’intérieur, et certainement parmi les plus virulents défenseurs de l’égalité. M’est avis aussi que ce ne seront pas les zozos qui défilent à la Manif pour tous qui vont regretter Charlie Hebdo. Tout cela me désespère...

Et moi à présent, qui va me défendre de tous ces cons ? Qui va se moquer de toute cette bêtise qui s’affiche un peu partout de façon de plus en plus décomplexée ? Qui d’autre que Charlie Hebdo ? Qui le fera aussi bien et aussi fort que Charlie Hebdo ?

380. Je suis CHARLIE

Hier soir, encore sous le choc de ce qui venait de se passer dans les bureaux de Charlie, j’ai récupéré Tom à la crèche. Il est venu trottiner vers moi en gazouillant, insouciant et visiblement heureux de me voir. Puis j’ai cherché Nathan chez sa mamie. Il était plein d’énergie et de sourires, jouant avec ses petits avions à grands renforts de bruits de moteurs et de mouvements de loopings. Et j’ai pleinement mesurer l’ampleur de ma tâche, le poids qui pèse sur mes épaules, l’immense responsabilité qui m’incombe. Faire de ces deux enfants magnifiques d’innocence et de gaieté des hommes ouverts, libres et équilibrés. Qui sauront analyser, réfléchir, se questionner et devenir de bonnes personnes, tolérants, intelligents, Humains.

Je ne crois pas en Dieu mais s’il existe, je prie pour qu’il garde mes enfants toujours éloignés et à l’abri des fanatiques religieux de tous poils qui se targuent de parler en son nom.

380. Je suis CHARLIE

Voilà bien longtemps que je n’avais plus écrit d’article ici. Je suis parti un peu dans tous les sens mais j’avais besoin d’écrire ce que je ressens.

J’en ai profité pour insérer des images, dessins et photos glanés sur le net, désolé de ne pouvoir préciser à qui ces images appartiennent, j’espère que les auteurs ne m’en voudront pas.

 

Pour finir, je voudrais juste donner les noms de ceux qui sont morts hier chez Charlie Hebdo, et leur rendre hommage.

 

Frédéric Boisseau, agent d’entretien.

Franck Brinsolaro, brigadier au Service de Protection.

Ahmed Merabet, policier du 11è arrondissement de Paris.

Jean Cabut, dit Cabu, dessinateur.

Stéphane Charbonnier, dit Charb, dessinateur.

Philippe Honoré, dessinateur.

Bernard Verlhac, dit Tignous, dessinateur.

Georges Wolinski, dessinateur.

Elsa Cayat, psychanalyste et chroniqueuse.

Bernard Maris, économiste.

Mustapha Ourrad, correcteur.

Michel Renaud, invité de la rédaction.

Le dernier dessin de Charb

Le dernier dessin de Charb

Les voeux 2015 de Charlie Hebdo, un dessin signé Honoré

Les voeux 2015 de Charlie Hebdo, un dessin signé Honoré

380. Je suis CHARLIE
Repost 0
22 juillet 2013 1 22 /07 /juillet /2013 12:56

 

Non mais ça fait déjà quatre mois ?! Quatre mois que je n'ai pas posté de nouvel article ici ! Bon certes je continue en douce à mettre à jour ce que je lis, vois et écoute dans les petits modules prévus à cet effet (mais si regardez bien dans les marges du blog …), je donne même des avis rapides en quelques mots pour ce qui concerne les films et séries que je vois (il suffit de cliquer sur les affiches des films...), mais côté articles proprement dit ça a été le désert dans le coin...

Non pas que je n'en avais pas envie, mais croyez-le ou non, c'est avant tout un manque de temps qui m'a fait délaisser ces pages. Trop de boulot, trop de trucs à faire, et des circonstances telles que lorsque j'aurais eu un peu de temps devant moi pour rédiger un article c'est cette fichue inspiration qui pointait aux abonnés absents. En attendant j'ai continué vaille que vaille à beaucoup lire et à me goinfrer d'un tas de gourmandises télévisuelles et cinématographiques, me disant que j'arriverais bien un jour ou l'autre à causer plus en détail de tout ça ici. Mouais. Ben vu le retard accumulé va falloir se sortir les doigts hein.

Heureusement me voici avec deux semaines de vacances devant moi et une météo proche de la canicule, ce qui pour moi est synonyme de « rester tranquille à l'intérieur et pas bouger ». Ce qui revient à dire : tout le temps d'écrire. Reste plus qu'à se forcer un peu pour faire redémarrer l'inspiration (paraît que c'est comme un muscle : ça s'entraîne et ça s'entretient par l'exercice régulier). Je prévois quelques courbatures du cerveau et des phalanges pour les jours à venir. Mais on va tâcher de s'appliquer.

Take care guys, I'm back in business.

 

 

 

Repost 0
2 août 2011 2 02 /08 /août /2011 16:34

Ouais je sais, mes articles s’espacent dans le temps.
Pourtant ce n’est pas un manque de sujets qui en est la cause. J’ai sous le coude des tas de films que j’ai vus et dont j’ai envie de causer, une tripotée de comics que je me suis envoyés dernièrement, une dizaine de romans lus récemment et pas encore chroniqués ici, et je ne parle pas des séries télés qui m’ont enthousiasmé ces derniers mois et qui mériteraient quelques lignes également.
Non ce qui est en cause c’est moi. J’ai un mal de chien à prendre mon stylo ou mon clavier pour me mettre à écrire quelque chose. Et quand j’y parviens, le résultat ne me plaît pas une fois sur deux dans le meilleur des cas. Évidemment il y a le temps qui file à une vitesse indécente, mais ça n’est pas que ça, c’est plus lié intimement à moi. J’ai un vrai manque d’inspiration, je ne sais pas par où aborder même les sujets qui me tiennent à cœur, je ne sais plus ordonner mes réflexions et en faire quelque chose qui se tient à l’écrit. J’ai l’impression de faire toujours beaucoup trop long et de ne pourtant pas arriver à exprimer l’essentiel. C’est assez frustrant par ailleurs.

En cherchant un peu la cause de tout ça, j’en suis venu à me poser la question : à quoi cela sert-il finalement ? Je veux dire de tenir un blog comme celui-ci, d’y coller des critiques (pour autant qu’on puisse qualifier de ce terme un peu pompeux mes petits avis), de donner mon avis sur ce que je lis ou vois ou entends ? Et en fait je n’ai pas trouvé de réponse satisfaisante pour le moment.

Je ne sais pas vraiment à quoi ça sert tout ça, à vrai dire. Je doute même sincèrement que ça ait le moindre intérêt, la moindre légitimité. Avant ça m’amusait, j’essayais d’écrire des trucs marrants et pas trop cons en même temps, et parfois même j’y arrivais (j’ai relu des vieux trucs publiés ici, et merde alors, j’en ai trouvé des pas mal du tout)(le mec se la pète en plus !).
Aujourd’hui j’ai peur de ne plus parvenir à insuffler dans ce que j’écris la même légèreté, je n’arrive plus à me faire marrer moi-même (bordel ça devient grave). J’ai l’impression d’écrire des pavés chiants à lire, à commencer par ce texte-ci d’ailleurs.

Je suis d’autres excellents blogs par-ci par-là, et je tombe aussi parfois au gré du net sur des sites vraiment originaux, dont les auteurs sont clairement bourrés de talents, qui savent faire marrer et/ou réfléchir leurs lecteurs et qui m’enthousiasment autant qu’ils me foutent le bourdon devant tant de maîtrise. Combien de fois me suis-je dit « merde qu’est-ce que j’aimerais écrire comme ça » tellement je trouvais ce que j’avais sous les yeux bien foutu…


Mais !
Je ne suis pas garçon à jeter l’éponge aussi vite (ah j’en devine qui se désespèrent !). Je vais tenter de faire mieux prochainement. Parler de choses que j’aime vraiment beaucoup, qui me tiennent à cœur, qui m’épatent, qui me boostent (rhhôôôoo le vilain mot souligné en rouge par mon correcteur orthographique totalement outré). Cela dit, je ne promets pas la lune, si ça se trouve je vais mettre deux mois à pondre trois articles tout nazes.
Mais bon, voilà faut essayer avant de dire que c’est mort hein. Et puis tiens, j’en profite : si jamais quelques blogueurs passent par là et lisent ceci, c’est quoi votre réponse à vous à ma question de tout à l’heure « à quoi ça sert ? ». Qu’est-ce qui vous motive ? Et tant qu’à faire les lecteurs peuvent répondre aussi : vous attendez quoi des blogs que vous lisez ?
Oui je sais, je suis chiant avec mes questions à la con.

Repost 0
25 juillet 2011 1 25 /07 /juillet /2011 15:36

Me voilà arrivé à mon trois centième article. Plus de cinq ans que j’écris ici. Beaucoup de bêtises, pas mal d’avis-vite-dits qui n’intéressent guère que moi, et quelques textes plus personnels. Mais pour cet article pas de long discours, juste l’essentiel.
Mon petit garçon. Nathan.

300 Nathan ptitefleur
300 Nathan casquette
300 Nathan cars
300 Nathan tracteur
300 Nathan ohmygod

(Merci à ma petite soeur pour ses photos toujours géniales)
(on reconnaît facilement la TataTouch : première, deuxième et dernière photos)

Repost 0
18 octobre 2010 1 18 /10 /octobre /2010 13:45

273 Nathan 1 an
Il y a un an tout juste, un cri a retenti.
Il était 20h15, Nathan est né.
Comme une évidence, la vie a pris un nouveau sens.
Depuis il est mon essence, mon essentiel, mon élan, ma fierté.
Il est mon petit garçon.


273 Nathan
(Merci à ma petite soeur pour ses photos toujours réussies !!)

Repost 0
8 octobre 2010 5 08 /10 /octobre /2010 14:41

Voilà déjà bien un moment que j’avais envie d’écrire un article sur la Culture. Ouais, rien que ça. Bah tant qu’à faire dans l’ambitieux, autant viser le sommet hein. Et puis autant profiter de ces rares moments où la fée inspiration se pose sur mon épaule, me chatouille la nuque et me glisse des mots doux à l’oreille.

Alors oui, causons Culture.
Vous l’aurez peut-être remarqué (ou pas), mes articles sont classés par catégories, et quand il a fallu les nommer j’en ai crânement affublé quatre de ce mot là. J’y ai cependant accolé le préfixe « Pop ». Histoire de faire un chouïa moins prétentieux, et puis aussi parce qu’il faut savoir rester objectif. En effet, la Culture dont je parle ici tant bien que très mal, c’est avant toute chose… ma culture ! Tiens du coup, vous l’aurez peut-être remarqué (ou pas), le C majuscule se fait la malle et embarque avec lui une partie de la suffisance qu’il conférait au mot jusqu’ici. Et c’est pas plus mal comme ça.

C’est un fait avéré : on a la culture qu’on peut.
La mienne est faite des films que j’ai pu voir au cinéma (donc pour leur immense majorité, des films qui ont moins de trente ans, quoique l’apport du dvd m’a été bien utile pour voir autre chose que ce que veut bien programmer mon multiplexe le plus proche, me permettant ainsi de pousser la curiosité parfois dans l’inédit en salle et les films plus anciens), de ce que j’ai l’occasion de lire (et quand on sait que j’ai appris à lire avec des BD on comprend beaucoup de choses sur moi), de ce que j’entends ça et là (la radio a depuis longtemps cessé d’être mon pourvoyeur de sons nouveaux, j’ai quelques amis bien plus inspirés dans ce domaine) et des images que me délivre mon téléviseur (car je fais partie de cette première génération qui a vraiment grandi avec la télévision au quotidien).
Bref, ma culture à moi, je la qualifierais avant toute chose de contemporaine. D’où l’utilisation dans ce blog du terme « Pop-Culture » que je trouve bien plus à propos.
Connaître Jules-de-chez-Schmidt-en-face, savoir qui est Elton Morrow, reconnaître au premier rif un morceau du guitar hero Mark Knopfler, apprendre qu’en anglais « Jacques a dit » se traduit par « Simon says » grâce à John McTiernan, savoir ce que veut dire le « P.I. » de Magnum P.I. ou connaître le prénom de MacGyver, avoir été un p’tit clou tous les samedis soirs sur Canal+, se bidonner quand mon pote Nico prend un accent chinois en disant « vainqueur : le palmier », … tout ça m’est parfaitement naturel, ultra référencé et ce n’est peut-être pas donné à tout le monde, mais ça n’est pas exactement ce que j’appellerais « avoir de la Culture ».

271 moins t en as magnumpi
La Culture, au sens noble du terme, celle de Malraux ou de l’Académie Française, c’est autre chose. C’est forcément plus ancré dans l’histoire. C’est plus profond, ça va chercher plus loin dans les racines de nos sociétés, dans l’histoire de l’art. Et si je devais y associer un seul mot, ce serait un adjectif : classique. À mes yeux, on ne peut se targuer d’être réellement cultivé, qu’à partir du moment où l’on connaît ses « classiques ». Quel que soit l’art dont on parle du reste, même les arts relativement nouveaux tels que le cinéma ou la bande-dessinée. Or c’est précisément ce qui me manque cruellement, et plus le temps passe plus je m’en aperçois au détour d’une conversation ou à la lecture d’un livre dont certaines références m’échappent. Car si je peux vous certifier sans avoir recours à une recherche internet que le premier film consacré au Punisher date de 1989 avec Dolph Lundgren dans le rôle titre (décidément celui-là je l’aurais placé dans combien d’articles déjà ? faudrait que je songe à changer d’exemple de temps en temps moi…) et Mark Goldblatt au poste de réalisateur (qui n’a plus rien réalisé depuis je crois bien –là pour en être sûr faudrait quand même faire une petite recherche sur IMDb j’avoue-), je serais bien incapable de vous parler d’Autant en emporte le Vent par exemple. Ou de Lawrence d’Arabie. Ou de la trilogie du Parrain.

271 moins t en as punisher lundgren
Pour illustrer tout ça, je me suis amusé à faire des listes rapides dans divers domaines de quelques classiques qui me viennent en tête et dont je ne sais quasiment rien.
Pour continuer dans le cinéma, une de mes collègues a été récemment effarée (pour pas dire effondrée) que je puisse n’avoir jamais vu des films pourtant pas si vieux mais déjà cultes comme Birdy, Edward aux Mains d’Argent, Apocalypse Now ou Platoon. Côté français, en dehors de Lelouch pour moi la Nouvelle Vague reste un mystère : je sais que Jean-Luc Godard vit en Suisse et j’ai vu François Truffaut dans un film de Spielberg, mes connaissances sur leurs oeuvres s’arrêtent là ! Je n’ai dû voir qu’un ou deux Hitchcock dans ma vie, Chantons sous la pluie m’est inconnu et je pense avoir vu au maximum dix minutes du Docteur Jivago. Bref, je suis une buse dès lors qu’on parle de grands classiques du cinéma. Sauf si on a le droit d’y inclure des Louis de Funès, mais je ne suis pas sûr que Les Gendarmes de Saint-Tropez ou Les Aventures de Rabbi Jacob soient vraiment aussi bien considérés que les titres cités plus haut (à tort selon moi, mais là n’est pas la question).

271 moins t en as rabbi jacob
Si on parle littérature c’est encore pire. Allez je vous fais un lot : Balzac, Flaubert, Proust, Zola, Tolstoï, Stendhal,… jamais rien lu. Victor Hugo, Maupassant, Molière : à peine ce qu’on m’a obligé d’en lire durant ma scolarité. Je n’ai guère qu’un ou deux Jules Verne, du Baudelaire et du Voltaire à avancer pour ma défense. Maigre… Restons en France mais plus proches de nous : Valery, Gide, Camus… nada. Il m’a fallu arriver à 34 ans pour lire mon premier Barjavel. À ma grande honte je n’ai jamais ouvert un San Antonio, alors que question verbe je suis presque certain que ça me plairait (bon si vous voulez vraiment tout savoir, j’en ai lu un… en version BD !!). Et puis les anglo-saxons ne sont pas beaucoup mieux lotis : si j’ai lu beaucoup de AE Van Vogt ou Philip K. Dick, pour autant Twain, Dickens, Shakespeare, Poe : que couic. Agatha Christie : inconnue au bataillon. Et Spooky hurlerait certainement s’il n’était pas foncièrement gentil : JRJr (John Romita Junior) je le lis depuis des années (et j’aime beaucoup soit dit en passant), JR Ewing est un pote à moi, mais JRR Tolkien désolé je n’ai pas ça en magasin.

271 moins t en as JREwing
Ce qui me permet une habile transition vers la BD et la télévision, car même là j’ai de grosses lacunes : Spooky, toujours lui, manquera certainement de défaillir quand j’aurais avoué que je n’ai jamais lu un Thorgal ou un XIII de ma vie. Je l’achèverais si je lui disais qu’il en est de même pour Le Grand Pouvoir du Chninkel, ce que je me garderai donc bien de faire. Je n’ai jamais ouvert un Corto Maltese, je ne connais rien à Tardi, je n’ai jamais lu un seul album de Spirou, Garfield, Achille Talon, … et je n’ai que de rares connaissances sur l’œuvre de Moebius. Ouch !
Et sur mon écran cathodique je sais que je suis impardonnable de n’avoir pas vu David Vincent dans Les Envahisseurs, ni le Numéro 6 dans Le Prisonnier (à ce sujet j’en ai vu la version très récente avec le pourtant très bon Jim Caviezel : vraiment pas terrible). Pour Friends j’ai une bonne excuse : j’ai trouvé nazes les 2-3 épisodes que j’ai pu voir. Et si Spooky me lit encore à ce stade il n’échappera plus à la syncope quand il saura que j’ai vu au grand maximum une vingtaine d’épisodes de X-Files. Dur.

271 moins t en as duchovny
Il n’y a finalement qu’en musique où je tire un tout petit peu mon épingle du jeu. Ok je ne sais pas reconnaître un Puccini d’un Vivaldi et je m’y perds dans la famille Strauss. Mais j’écoute et j’apprécie la musique classique. Côté chanson française je reconnais quelques faiblesses en Aznavour, en Ferrat, Moustaki, Piaf, Bécaud mais c’est plus parce que j’accroche moins qu’aux gigantissimes Brel, Brassens, Nougaro, Gainsbourg ou Reggiani. Et puis si Fred Astaire ou Paul Anka ne sont pas vraiment dans mon répertoire je ne suis quand même pas trop ignare en musique anglo-saxonne.

Pour tout ce qui est peinture, sculpture, architecture, théâtre, art lyrique là c’est bien simple : je suis aux abonnés absents.

Pas reluisant hein ?

Alors forcément j’en viens à me poser la question. Y a-t-il une hiérarchie dans la Culture ? Le jazz vaut-il mieux que le rock ? le rock que la pop ? la pop que la variété ? Vaut-il mieux avoir vu et revu le Casque d’Or de Simone Signoret ou le casque noir de Dark Vador ? Est-ce mieux de citer Proust ou Bernard Werber dans le texte ? Est-il honteux d’avoir été bien plus transporté par les aventures de Peter Parker, Al Simmons ou le Rorschach des Watchmen plutôt que par celles de D’Artagnan, Fanfan la Tulipe ou Jean Valjean ? Les spécialistes-autodidactes des comics qui hantent des forums comme Superpouvoir.com sont-ils moins respectables que l’élite qui s’exprime sur les sites de Télérama ou du Monde ?
En gros « ma culture », et la Pop-Culture de façon plus vaste, suffisent-elles à faire de moi quelqu’un de cultivé ? voire… de fréquentable ?!?

271 moins t en as rorschach
J’ai comme une idée de la réponse, qui ne serait pas forcément flatteuse ou élogieuse à mon endroit…
Mais j’ai beau faire. Dans la pile d’au bas mot une petite vingtaine de bouquins que j’ai en attente de lecture et qui ne cesse de s’agrandir, j’ai du Martin Winckler, du Pierre Pelot, du Kenneth Cook, du Warren Ellis, du Neil Gaiman, du John Irving, du Gabriel Garcia Marquez et bien d’autres encore, mais pas un seul Flaubert, pas un seul Balzac. J’essaie de rattraper mon ignorance cinématographique avec des films anciens mais les dernières choses que je me sois achetées c’est un obscur film de Kitano et le Apocalypto de Mel Gibson en version Blu-ray. Chassez le naturel…

271 moins t en as kitano
Et vous ? qu’est-ce que la Culture pour vous ? Source de plaisirs ou de complexes ? Vous êtes plutôt « formule classique » ou « formule contemporaine » ? (et j’en entends un ou deux répondre « formule offensive, je prends la formule offensive ! »)



P.S. : mes remerciements et excuses à Spooky pour avoir fait de lui mon complice involontaire pour cet article…

Repost 0
1 juillet 2010 4 01 /07 /juillet /2010 07:56

 

Je viens de lire le dernier hors-série en date du magazine Psychologies, intitulé Comment être un homme ?

Je n'avais jamais lu aucun numéro de ce magazine que je ne connaissais que de nom, mais pour tout un tas de raisons qui m'appartiennent, ce titre m'a interpellé. Aussi m'y suis-je plongé.

J'y ai trouvé des articles plus ou moins bons, certains très intéressants, d'autres plutôt décevants.

En vérité, les questions soulevées m'ont paru beaucoup plus riches que les réponses, ou débuts de réponses, apportées.

En fil rouge du magazine, la question « c'est quoi être un homme ? » était posée à différentes célébrités, hommes et femmes, qui répondaient chacune à leur façon.

Bien évidemment, je me suis posé la même question, et me suis demandé quelle serait la définition que je donnerais si on m'en demandait une.

J'aurais pu penser au magnifique poème de Rudyard Kipling, If, repris et adapté en chanson par Bernard Lavilliers (et qui m'a déjà servi pour un article il y a longtemps), j'aurais pu parler du courage de mon père face à sa maladie, j'aurais pu citer toutes les qualités humaines de mon ami Éric qui est une sorte de modèle à suivre pour moi.

Il y en a qui auraient répondu selon des stéréotypes ou des clichés : on est un homme après son service militaire (ahhhh heureuses générations actuelles !!), on est un homme après sa première relation sexuelle (version macho), on est un homme quand on devient père de famille (version paternaliste), etc …

Mais ce qui m'est venu quasi-instantanément à l'esprit, c'est l'image de mon grand-père, un jour funeste de février 1998. Je rentrais le soir, mon grand-père m'a ouvert la porte et m'a annoncé que mon père venait de mourir quelques instants plus tôt. Il m'a regardé, m'a pris l'épaule d'une main et du haut de ses 72 ans m'a dit « je suis là ».

C'est ça être un homme pour moi.

Repost 0