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Avant de lire les notes que je fais sur les films que je vois et les bd que je lis, sachez que dans mes commentaires il m'arrive parfois de dévoiler les histoires et les intrigues. Ceci dit pour les comics, je n'en parle que quelques mois après leur publication, ce qui laisse le temps de les lire avant de lire mes chroniques.
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20 janvier 2020 1 20 /01 /janvier /2020 07:51

Comme j’ai déjà pu le dire ici ou là, j’aime bien de temps à autre me coltiner un « classique ». Je me dis que pour ma culture personnelle ça ne peut pas faire de mal, et ça me permet de soigner au passage mon complexe de petit lecteur de comics face à la « vraie culture ».

J’ai donc choisi pour ce faire Demande à la poussière de John Fante, œuvre phare d’un auteur souvent cité comme une référence incontournable par bon nombre d’auteurs contemporains (à commencer par Charles Bukowski himself qui a signé la préface de l’édition que j’ai lue). Comme j’avais déjà lu un roman de Fante (Mon chien Stupide) je n’étais donc pas totalement en territoire littéraire inconnu…

 

Avec Demande à la poussière, on replonge dans les années 1930 (le livre a été édité pour la première fois en 1939), et on suit les pérégrinations du personnage fétiche de John Fante, Arturo Bandini, dont il est de notoriété publique qu’il est l’alter ego de papier de l’auteur. Ce qui fait de ce roman un livre semi-autobiographique, et il est indéniable que l’on ressent la proximité de voix entre l’auteur et son héros. Le jeune Arturo est un passionné de littérature, il a ça dans le sang et s’il n’a qu’une seule certitude c’est celle-ci : il va devenir écrivain et faire fortune grâce à son talent littéraire. Il décide donc de quitter sa campagne paumée pour vivre le rêve américain à Los Angeles. Déjà les sirènes d’Hollywood commencent à se faire entendre et la ville où il fait beau toute l’année devient l’eldorado de tous ceux qui cherchent le succès, ou tout simplement la belle vie. Arturo, dont une nouvelle vient d’être publiée dans un magazine, sait qu’il n’a plus qu’à se frotter à la « vraie vie » pour réveiller cet auteur de talent qui sommeille en lui, ce n’est rien d’autre que son destin. Mais en attendant la gloire et les dollars qui coulent à flot, Arturo va d’abord être confronté à la misère, à la faim, à une certaine forme d’errance et surtout à une réalité qui n’est pas conforme à ce qu’il avait prévu. Passionné d’écriture mais également grand admirateur de belles femmes, c’est ainsi qu’il fera la rencontre de Camilla Lopez, une jeune, ravissante et fougueuse serveuse d’origine mexicaine. Leur relation est particulière et forte, pourtant Bandini hésite et tergiverse…

 

Bon alors, j’ai pas mal de choses à dire sur ce livre. D’abord le style : vous cherchez à être pris par une ambiance années 30 ? À être au plus près des personnages, aussi bien dans leurs pensées que dans la description du monde qui les entoure ? À vivre à travers le héros ses ambitions, mais aussi sa naïveté, sa maladresse, sa sincérité, ses désirs profonds, sa passion et ses contradictions ? Eh bien c’est exactement tout ce que vous trouverez en lisant ce roman. Il y a un léger décalage dû à la temporalité de l’histoire, mais on entre vite dans l’ambiance, dans l’époque, et finalement dans la peau du personnage tant on est en contact direct et intime avec ses pensées et son ressenti. C’est justement ce décalage persistant avec le héros qui m’avait gêné, et la proximité avec lui qui m’avait manquée à la lecture d’un livre plutôt proche dans son thème et son style, L’Attrape-Cœurs de J.D. Sallinger.

 

Ensuite le personnage. Bandini est pétri de contradictions, et c’est ce qui le rend profondément humain. Il nous paraît tour à tour gentil, imbuvable, doux, prétentieux, naïf, ambitieux, plein d’assurance, fragile, maladroit, cruel… C’est dans sa relation à Camilla surtout qu’on comprend à quel point le jeune homme, en pleine construction de soi qu’il est, a du mal à faire coïncider celui qu’il voudrait être et celui qu’il est. Complexé par son origine italienne qui fait de lui un « sous-citoyen » américain, il veut s’extraire de cette condition en brillant dans le monde intellectuel. Il rêve d’ascension sociale, de devenir un « bon américain » modèle. Mais Camilla se situe encore plus bas que lui dans l’échelle sociale, elle est mexicaine ! Et pauvre… qui plus est une pauvre qui n’a même pas l’ambition de s’en sortir en devenant riche et célèbre comme lui rêve de l’être. Comment concilier le fait de vouloir devenir un grand écrivain et aimer une femme qui sait à peine lire ? Pourtant on ne commande pas à ses sentiments, et l’attirance, vaille que vaille, est bien là…

 

Pour finir, ce qui m’a beaucoup intéressé également, et qui semble être un thème récurrent pour ne pas dire obsessionnel chez Fante, c’est ce rapport à l’écriture, viscéral. L’amour des mots, cette capacité hors norme d’observer puis de décrire en quelques mots parfaitement choisis ce qu’il voit, cette façon d’écrire simple et directe mais pas du tout donnée à n’importe qui… Ce rapport aux mots, ce rapport au statut d’écrivain mais aussi au succès et à l’aura intellectuelle qu’apporte ce métier, tout cela est vraiment subtilement abordé, on sent l’écrivain (l’auteur comme son personnage) complètement habité par sa passion. Oui Bandini veut réussir, mais il ne veut pas réussir n’importe comment, ce sera par son talent d’écrivain ou rien d’autre. Il n’y a pas que la réussite qui compte pour lui, le chemin emprunté pour réussir, voilà qui est bien plus important…

 

Vous l’aurez compris, ma seconde incursion dans l’univers de John Fante s’est vue couronnée de succès, et si ce que je vous en ai brièvement dit vous a intéressé, alors n’hésitez pas et plongez-vous dans Demande à la poussière* !

* et quel titre de grande classe aussi !!!

 

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