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Avant de lire les notes que je fais sur les films que je vois et les bd que je lis, sachez que dans mes commentaires il m'arrive parfois de dévoiler les histoires et les intrigues. Ceci dit pour les comics, je n'en parle que quelques mois après leur publication, ce qui laisse le temps de les lire avant de lire mes chroniques.
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2 juillet 2018 1 02 /07 /juillet /2018 09:27

Ce roman, L’Attrape-Cœurs de Jerome David Salinger fait partie de ces œuvres cultes qui hantent la culture populaire et qui fait qu’on se trouve toujours un peu con de ne pas l’avoir lu alors que tout le monde autour de soi semble l’avoir fait.

Par chance, contrairement à des pavés littéraires tels Le Seigneur des Anneaux dont la qualité pourrait presque être mesurée au poids, le roman de Salinger est court, et donc bien plus facile et rapide à lire. C’est pourquoi je me suis donc décidé à combler l’une de mes nombreuses lacunes culturelles en me jetant à l’abordage de ce bouquin.

 

D’abord un mot rapide sur le sujet du livre. Dans L’Attrape-Cœurs on suit les pérégrinations d’un jeune homme, mi-rebelle mi-moralisateur, qui du haut de ses seize ans donne son avis sur à peu près tout ce qui l’entoure, et en particulier sur les sujets qui l’intéressent le plus, à savoir la littérature, la musique et les filles. Holden Caulfield vient de se faire renvoyer de son école. C’est donc clope au bec que le jeune homme va errer, seul à New-York, pendant trois jours avant de rentrer chez lui.

 

Voilà, je préfère faire court, le roman l’étant lui-même, pour ne pas trop en raconter. Parce que faut bien le dire, il ne s’y passe pas tant de choses que ça non plus dans ce roman, donc autant en laisser un peu à découvrir si vous comptez le lire prochainement. À vrai dire j’ai eu un peu de mal à me faire à ce personnage qui sort des sentiers battus. Qui est bourré de contradictions aussi. Avant tout je replace le livre dans son contexte d’origine : sorti en 1951 aux États-Unis et premier roman d’un auteur qui ne signera quasiment plus rien d’autre (en tout cas de notable) par la suite, L’Attrape-Cœurs va acquérir une aura d’œuvre culte auprès de la jeunesse car précisément il sera l’un des tout premiers à s’adresser à elle en adoptant le point de vue d’un adolescent moderne qui use d’un langage familier.

C’est peut-être là que le bât blesse, car de moderne il n’a plus rien du tout quand on le lit aujourd’hui. Que ce soit ses préoccupations, son langage (qui se veut transgressif, et qui l’était bel et bien à l’époque) ou son comportement, je crains que peu de mômes actuels du même âge ne se retrouvent en lui. Vu de notre XXIème siècle ultra-connecté, Holden Caulfield renvoie à une image surannée de l’Amérique d’après-guerre. Il a ce charme désuet d’une époque ou prononcer, et encore bien pire : écrire, un mot ordurier était le chantre de la rébellion. Aujourd’hui si un « fuck » ne vient pas, au minimum, ponctuer chaque fin de phrase, on passe pour un mec au langage châtié. Constatez par vous-même le gouffre qui s’est installé entre la notion de rebelle en 1951 et celle qu’on lui donne de nos jours (du reste, voilà de quoi réfléchir et disserter pendant quelques heures : c’est quoi être rebelle de nos jours ?).

Alors pour replonger dans une ambiance rétro (je n’ai pas dit ringarde notez bien) ce roman peut avoir un certain charme. Cela dit, dans ce domaine je lui préfère du coup un roman de Joe Fante, plus immersif et moins moralisateur à mon goût. Ou pour élargir les supports, je ne peux que conseiller la sublime série Mad Men, insurclassable en ce qui concerne l’ambiance rétro (dans Mad Men on est justement spectateurs des 60’s, décennie charnière durant laquelle l’art de vivre des 50’s disparaît peu à peu pour laisser place à celui des 70’s, rénovateur, libérateur et jouisseur).

 

Mais pour en revenir à la morale que j’évoquais plus haut, il me semble que malgré toute la réputation de rebelle qu’a Holden Caulfield dans l’imaginaire populaire, avant tout entretenue selon moi par une censure qui s’est acharnée pendant des années sur ce roman, il ne l’est en réalité pas tant que ça. Loin de là même. Certes je l’ai dit, dans son expression et par son langage, il sortait des rails de la bienséance, cela ne fait aucun doute. C’est très certainement ce qui lui a valu cette réputation sulfureuse. Mais dans les idées, c’est tout autre chose je trouve. Caulfield, par bien des aspects et à plusieurs moments, est plutôt à ranger parmi les conservateurs, les réactionnaires, ou à tout le moins les moralisateurs. L’exemple qui illustre le mieux cela, est je pense l’image qu’a le garçon des femmes. Que ce soit son amie d’enfance pour laquelle il a de tendres pensées, sa petite sœur Phoebe, ou encore la prostituée avec laquelle il monte dans sa chambre, à chaque fois il offre une image très rétrograde et conservatrice de la femme dans la société, et plus encore des rapports entre hommes et femmes. C’est pour moi en parfait décalage avec l’image de jeune pousse qui se rebelle contre l’ordre en place, et qu’on prête si volontiers au personnage. Se rebeller et faire la morale en même temps, voilà un grand écart singulier qui m’aura gêné pendant cette lecture...

Alors que JD Salinger avait si bien su capter les préoccupations et surtout les façons de s’exprimer des jeunes de son époque, dans les pensées de son personnage, ce sont surtout les pensées d’un homme adulte de son temps (Salinger avait 32 ans au moment de la parution de son roman) que l’on reconnaît.

 

Vous l’aurez compris, ce roman ne m’a pas fait l’effet attendu. Sans le considérer mauvais pour autant, j’ai été plutôt content qu’il ne soit pas trop long, ma lecture s’en est trouvé facilitée. Je peux comprendre sur un certain plan que ce livre ait pu fasciner, surtout quand on se replace dans le contexte de l’époque de sa parution. Qu’il ait gardé cette aura subversive par la suite, et encore aujourd’hui, m’étonne cependant. Il y a tant d’œuvres bien plus importantes (selon moi) et surtout bien plus subversives (toujours selon moi) qui ont paru au cours de ces cinquante dernières années que celle-ci me semble un peu usurper sa réputation.

 

Et pour finir, juste un petit mot pour démontrer une fois de plus que tout mène toujours d’une manière ou d’une autre aux comics… quel rapport entre JD Salinger et les comics me demandez-vous ? Eh bien figurez-vous que son fils se nomme Matt Salinger, et que Matt Salinger a été en 1990, la première incarnation au cinéma de Steve Rogers. Qui est Steve Rogers ? Ben Captain America bien évidemment !

 

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