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Avant de lire les notes que je fais sur les films que je vois et les bd que je lis, sachez que dans mes commentaires il m'arrive parfois de dévoiler les histoires et les intrigues. Ceci dit pour les comics, je n'en parle que quelques mois après leur publication, ce qui laisse le temps de les lire avant de lire mes chroniques.
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24 septembre 2012 1 24 /09 /septembre /2012 18:32

Attention gros coup de cœur de l’année !!

J’ai découvert ce film par hasard, uniquement attiré par le fait qu’un film belge puisse se nommer Hasta la Vista. Cherchez pas, il y a des associations qui me parlent, ça n’a rien de cartésien, c’est mon côté bizarre. Je ne l’ai malheureusement pas vu en salle mais découvert parmi les sorties dvd que je consultais voici quelques semaines. J’ai tenté le coup pour voir, intrigué mais sans en savoir plus. J’y suis allé quasiment à l’aveugle, sans faire de recherche au préalable sur le film, sans rien lire à son sujet avant, et bon sang qu’est-ce que j’ai bien fait. Je me suis pris une bonne claque avec ce film. Je ne m’attendais à rien de particulier et du coup l’effet qu’il a eu sur moi en a été comme décuplé. En un mot comme en cent, je l’ai trouvé extraordinaire. Du genre à entrer directement dans mon top ten de tous les temps. Je ne peux évidemment pas m’empêcher d’en parler ici.

Comme son titre ne l’indique pas, Hasta la Vista est donc un film belge, réalisé par Geoffrey Enthoven. C’est l’histoire de trois jeunes belges, et plus précisément trois jeunes flamands. Ils ont une vingtaine d’années et partagent quelques points communs. Ils sont tous les trois amateurs de grands vins et de jolies filles. Mais s’ils dégustent régulièrement du bon vin au sein de leur club d’oenologie, ils sont en revanche encore vierges de toute relation avec le beau sexe. Car un autre de leurs points communs réside dans le fait qu’ils sont entièrement dépendants de leurs proches. Oui, j’oubliais de préciser qu’ils sont tous trois handicapés. Philip (Robrecht Vanden Thoren) est tétraplégique, Jozef (Tom Audenaert) est quasi-aveugle et Lars (Gilles De Schrijver) est atteint d’une tumeur agressive qui le paralyse en partie et le cloue sur une chaise roulante.

Quand Philip présente à ses deux amis une publicité pour la maison close El Cielo en Espagne qui accueille les gens comme eux, atteints de handicaps lourds, ils ne tardent pas à prendre leur décision : ils y perdront leur virginité coûte que coûte. Évidemment il y aura quelques obstacles à surmonter. Leurs parents tout d’abord, pas prêts de les lâcher comme ça dans la nature, et à qui il va être ardu de vendre l’idée de prendre du bon temps dans un bordel espagnol. C’est par l’intermédiaire d’internet qu’ils se mettent en douce d’accord avec Claude (Isabelle De Hertogh) qui leur servira d’aide médicale et de chauffeur pour le voyage. Ne reste plus pour les trois compères qu’à se faire discrètement la belle de chez eux, direction Punta del Mar et les jolies filles d’El Cielo…

Plus facile à dire qu’à faire ! Rien que pour faire discrètement ses bagages quand on est aveugle ou tétraplégique, il faut savoir faire marcher son imagination…

343 hasta la vista départ

Voilà, je ne vais pas vous en dire beaucoup plus que ce pitch de départ, mais si vous êtes comme moi, ça devrait largement suffire à vous donner envie d’en savoir plus !

Que ce soit clair, Hasta la Vista est avant tout une comédie. Mais une comédie qui ne se limite pas une seconde à ce registre. Il y a de tout dans ce film, et c’est ce qui en fait un petit bijou. Au gré des pérégrinations de ces trois loustics sur la route du soleil, du vin et des jolies filles, on est transporté du rire aux larmes avec la même spontanéité. Ce film est bourré de qualités, il déborde d’énergie et de bonnes idées, et surtout il est totalement décomplexé.

Parce que tout de même, il faut bien dire que le thème principal s’attaque à un sujet plutôt tabou et pas forcément très drôle au premier abord : le droit à une vie sexuelle « normale » et revendiquée pour les personnes handicapées. Et pourtant dans ce film, une véritable magie semble opérer : tout est fait et dit naturellement, la gêne n’existe pas, on parle ouvertement et cela semble couler de source. Exit le tabou. Et comme tout cela est parfaitement naturel, c’est bien évidemment sujet à plaisanteries, y-compris bien graveleuses. Ce ne sont pas juste trois handicapés, ce sont avant tout trois jeunes hommes, tout simplement. Et si leur physique est sans cesse là pour rappeler que rien n’est jamais simple quand on dépend totalement des autres pour les gestes du quotidien, leur esprit et leur humour font presque oublier ce «détail » par moment.

343 hasta la vista piscine

D’ailleurs loin de se cantonner au sujet de la vie sexuelle des personnes handicapées, ce film est je crois avant toute chose un vrai beau film sur l’amitié. Car ces trois là s’aiment vraiment et ça se sent. L’acceptation des autres, la tolérance, le fait de ne pas s’arrêter au simple physique sont également des idées que le film développe. Et il les développe sans faire de morale outrancière, juste en montrant qu’un handicapé est une personne comme une autre, avec ses qualités et ses défauts. Capable du meilleur comme du pire. Pas moins et pas plus tolérant qu’un valide par exemple. Les préjugés de Philip et Lars au sujet de Claude sont uniquement fondés sur l’apparence physique, alors qu’eux-mêmes sont quotidiennement soumis aux jugements trop rapides basés sur leur corps.

Un autre point qui m’a profondément touché même s’il n’est qu’effleuré dans le film, c’est le point de vue des parents. Le père de Lars en particulier (Johan Heldenbergh) qui est le moins enclin à lâcher la bride à son fils, et qui par amour couve et étouffe littéralement son enfant. Dépasser ses peurs, accepter que son enfant prenne des risques, lui permettre de se sentir libre alors que cela va frontalement à l’encontre de l’instinct parental basique qui est de protéger un enfant fragile… en quelques scènes tout cela est montré sans être réellement prononcé, et j’ai trouvé cela d’une finesse et d’une force bouleversantes. Je me suis mis quelques instants à sa place de parent, et j’ai vacillé avec lui.

343 hasta la vista bus

Mais !!

Je ne voudrais pas vous mener sur de fausses pistes et vous donner de fausses idées ! Hasta la Vista n’est pas un film triste, même si à coup sûr vous sentirez monter quelques larmes par moment. C’est avant tout un film très drôle. C’est sincère, généreux, rentre-dedans, imaginatif, couillu, grinçant, décomplexé, touchant, émouvant, enthousiasmant, intelligent, simple, excitant, plein d’énergie, fun, déroutant, tendre, juste, sans voyeurisme ni complaisance ni misérabilisme… et je vais m’arrêter là parce que vous finiriez par ne pas me croire.

Moi ce film m’a chamboulé et m’a touché directement au cœur. Il m’a mis une banane d’enfer et c’est bien simple, je l’ai revu quasiment dans la foulée. Depuis je ne cesse d’en parler autour de moi pour essayer de mieux le faire connaître. Il fait partie des petites perles cinématographiques si rares : celles auxquelles on ne s’attend pas du tout et qui vous retournent comme une crêpe. Découvrir un tel film justifie largement tous les navets qu’il faut s’enfiler avant de tomber dessus.

343 hasta la vista punta del mar

Pour parler un peu plus du film en tant que tel, il me semble utile de préciser deux trois choses. Tout d’abord comme je le mentionnais plus avant, les personnages principaux sont flamands. Ils parlent donc en flamand. Et non, le film n’est pas doublé mais sous-titré et cela pour une raison simple : une partie du film est en langue française, Claude étant de Bruxelles elle s’exprime en français, ce qui ne sera pas sans créer une certaine tension entre elle et Philip qui lui, refuse de parler autrement qu’en flamand. On sent là que le réalisateur glisse dans son film quelques allusions aux tensions qui agitent la Belgique et les conflits entre francophones et flamands.

Autre précision, certains pourront peut-être reprocher au scénario d’être un peu prévisible sur certains points, quelques passages n’étant pas de réelles surprises. Je ne peux le nier mais j’avoue que ça ne m’a pas dérangé. Parce que même si on s’attend à l’une ou l’autre des choses qui arrivent aux héros, on n’a pas du tout l’impression d’être dans du convenu ou du banal. D’ailleurs s’il y a un adjectif auquel échappe le film, c’est bien à celui de banal…

Enfin, et pour moi c’est certainement le plus important, le film repose avant tout sur deux principaux points : la fraîcheur de son scénario qui ose ce que personne d’autre n’a osé jusqu’alors, et la qualité d’interprétation des comédiens, qui sont tous impeccablement dans leurs rôles. Sans vouloir en dévoiler plus que je ne devrais, j’ai été tout à fait scié par un tout petit passage onirique vers la fin du film, qui en quelques secondes souligne toute l’intensité de jeu des comédiens.

Bien entendu, on ne pourra pas passer à côté d’une comparaison avec Intouchables, le film phénomène de 2011, qui brasse des thèmes très proches et permet également d’avoir du handicap une approche inédite. Mais sans vouloir amenuiser ses qualités réelles et sans revenir sur tout le bien que j’ai pensé du film français, pour moi Hasta la Vista le surpasse très largement. Sans problème.

Je ne surprendrai donc personne en conseillant à tous de voir ce très beau petit film belge, Hasta la Vista, distribué en France par les Films 13 de Claude Lelouch (tiens, tiens, quelle coïncidence). C’est définitivement lui que je retiendrai pour cette année.

 

Hasta la Vista !

 

343 hasta la vista aff

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20 septembre 2012 4 20 /09 /septembre /2012 17:53

Voilà un film qui aura fait couler beaucoup d’encre… D’abord bien avant sa sortie sur les écrans, l’éventualité de son existence puis son annonce avaient déjà fait causer. Parce que ce n’est rien moins qu’un préquel à Alien et avec Môssieur Ridley Scott aux commandes. Et une fois sorti, la polémique ne s’est pas atténuée bien au contraire, tant il y a eu de réactions et de jugements diamétralement opposés à son encontre.

Pour être franc, j’ai encore aujourd’hui, quatre mois après l’avoir vu, du mal à me positionner catégoriquement sur ce film. Je ne sais pas dire s’il s’agit d’un bon ou d’un mauvais film. À vrai dire, à mes yeux il valide très nettement certains critères qui pourraient le classer aussi bien dans l’une que dans l’autre catégorie. Je vais essayer de mettre un peu d’ordre dans mes idées et d’étayer tout ça.

Commençons par le commencement : de quoi ça cause ?

Nous sommes en 2089, soit 33 ans avant les événements se déroulant dans Alien premier du nom. Elizabeth Shaw (Noomi Rapace) et Charlie Holloway (Logan Marshall-Green), deux scientifiques / archéologues mettent en évidence un dessin présent dans de nombreuses fresques préhistoriques, aux quatre coins de la Terre. Tout porte à croire que dans les dessins rupestres se cache un message, ou plutôt une carte du ciel désignant une lointaine constellation. Persuadés qu’il s’agit d’une invitation à se rendre là-bas, les scientifiques pensent tenir une piste pour découvrir les origines de l’homme… C’est le richissime (et très vieux) Peter Weyland (Guy Pearce), à la tête de Weyland Industies, qui finance l’ambitieuse mission spatiale qui a pour but de se rendre sur la planète LV-233 aux confins de l’univers, à la rencontre de… nos créateurs ?

La très froide commandante de bord du vaisseau Prometheus, Meredith Vickers (Charlize Theron), est à la tête de l’expédition, secondée par le pilote Janek (Idris Elba). L’équipage est composé de plusieurs scientifiques aux diverses spécialités dont bien entendu les professeurs Shaw et Holloway, mais également Fifield (Sean Harris) un géologue punk et Milburn (Rafe Spall) le biologiste du groupe. Et pour veiller à tout ce petit monde pendant leur voyage en caisson cryogénique, il y a David (Michael Fassbender), un androïde à apparence humaine de dernière génération.

Quand ils arrivent à destination, les explorateurs ne vont pas tarder à découvrir non seulement des traces d’une vie passée, mais aussi d’une civilisation perdue, celle des « ingénieurs »… Ça n’est que le début de leurs ennuis car LV-233 n’est pas aussi accueillante qu’on pourrait le croire !

342 prometheus globe

Bien. Ceci étant posé, que penser exactement de ce film ?

Tout d’abord, la première chose qui m’a frappé dès les premières secondes du film, c’est la qualité de l’image, la beauté de chaque plan et le soin apporté à l’esthétique de tout ce que l’on voit apparaître à l’écran. Absolument fabuleux comme spectacle. D’autant plus que le film était projeté en 3D. Alors que je suis plutôt réfractaire* à cette technologie (pour tout dire aucun film jusqu’alors ne m’avait convaincu du bien fondé de la 3D), je m’en suis pris plein les mirettes et j’ai trouvé ça à couper le souffle. Une netteté incroyable, une profondeur vertigineuse, un rendu incomparable… sur le plan de la mise en scène, du cadrage, du découpage, de l’éclairage et de l’esthétique de manière générale, Ridley Scott a frappé un grand coup, histoire de rappeler qui c’est Raoul. On n’est pas une légende vivante du cinéma, on n’a pas été à l’origine de films-cultes pour rien. Visuellement, je crois que rarement j’avais été aussi impressionné par la maîtrise dont fait preuve Scott dans ce film. Première (et dernière ?) fois que la 3D me convainc dans un film. Rendu parfait à l’écran, et utilisation à bon escient des effets qu’elle permet.

Mais ça va encore bien au-delà de la simple qualité de l’image. Prometheus possède une chose pas si courante, le film a une vraie identité visuelle. C’est assez difficile à expliquer mais il règne dans ce film une véritable harmonie des images. Tout colle, tout sonne juste, tout est à sa place et forme un ensemble d’une cohérence remarquable. La perfection vient se loger dans les détails. Que ce soit pour les décors, pour le design, pour l’éclairage (somptueux), pour les extérieurs (tournés dans la région volcanique du mont Hekla en Islande), pour le bestiaire (ce n’est pas du Giger -royalties économisées ? rhooo je suis mauvaise langue- mais l’esprit est respecté) : Ridley Scott sait visiblement ce qu’il veut, et sait s’entourer des bons artisans pour y arriver. On frôle la perfection. Allez, le bémol, le seul de ce point de vue, c’est le personnage de Peter Weyland. Le type flirte avec les cent ans, ou dans ces eaux là. Pourquoi diable, s’obstiner à faire jouer un centenaire par un homme en pleine force de l’âge, en l’occurrence l’acteur australien Guy Pearce ? Avec le meilleur maquillage du monde, avec la meilleure volonté du monde, c’est se tirer une balle dans le pied d’entrée. C’est la seule faute de goût que je relèverai sur le plan visuel du film. Mais quand on sait l’importance du personnage, ce n’est pas un détail insignifiant à mes yeux.

Spoilerais-je une partie du film en parlant de l’importance de Weyland ? honnêtement je ne pense pas. Scott se spoile tout seul en plaçant Guy Pearce en troisième ou quatrième position en ordre d’importance de son casting. Du coup, on ne se demande pas bien longtemps qui est le passager clandestin, le mystère est éventé avant même la première moitié du film. Si par ce paragraphe je vous ai révélé le nom de celui qui se cache dans le vaisseau, que ceux qui n’ont pas encore vu le film ne m’en veuillent pas trop, vous vous rendrez compte de l’évidence dès que vous l’aurez vu. Boulette scénaristique ? allez, soyons cléments, parlons juste de maladresse, les boulettes c’est pour plus tard.

342 prometheus salle

Car après la forme, pour laquelle je ne peux cacher mon enthousiasme, arrive le fond, qui pour sa part m’aura laissé bien plus circonspect. Si la force de ce film est son visuel, pour le scénario c’est une autre affaire.

Scott a tenté de jouer un double jeu, stratégie théoriquement habile, mais pas concluante dans les faits. En gros, on nous a annoncé un préquel de Alien qui s’inscrit donc dans la continuité et la mythologie de son film de 1979, et dans le même temps, Scott a voulu livrer un film qu’on puisse regarder indépendamment de la tétralogie Alien. Un film qui complète la saga mais qui se tienne très bien tout seul aussi. C’est pourquoi par exemple le personnage de Ellen Ripley est laissé de côté et sans la moindre mention aussi emblématique fut-elle pour la saga Alien. C’est pourquoi également Scott fait l’impasse sur les face-huggers, les chestbusters et les xénomorphes (termes employés généralement pour décrire respectivement les versions larvaires -qui s’attachent à la face de l’hôte-, embryonnaires -qui se développent dans l’abdomen de l’hôte- et adultes des créatures hantant la saga Alien). Aucune des bestioles dont on a l’habitude n’apparaît dans Prometheus. Ce qui n’empêche pas que la planète LV-233 soit habitée par d’autres créatures pas plus fréquentables, et rappelant sans en être vraiment les face-huggers qui sortent des œufs dans le premier Alien. Ici on a à faire à une matière visqueuse noire, apparemment vivante, pouvant infecter un hôte à qui on l’injecte (à la façon d’un parasite), et donnant également naissance à des créatures mi-serpents mi-anguilles qui elles aussi s’infiltrent physiquement dans leurs victimes. À vrai dire cet aspect (comme de nombreux autres) n’est pas très clair dans le film. Là où on connaît parfaitement le cycle de reproduction et d’évolution des aliens des précédents films, on reste dans le flou avec ces bestioles-ci. D’ailleurs quand l’un des personnages meurt alors qu’il a été attaqué par un de ces serpents-anguilles, on le revoit quelques temps après sous forme de… zombie. Appelez ça comme vous voulez, moi ça m’a fait penser à un zombie. Un être mort, qui est animé d’une rage d’en découdre et au comportement basique, visiblement « habité » par une volonté extérieure (celle du parasite qui l’a infecté ?), muet et insensible à la douleur, pour moi c’est un zombie. Et là je ne peux pas m’empêcher de me dire que les scénaristes ont bêtement cédé à la tentation d’inclure dans leur script une créature morte-vivante puisque ces dernières sont fortement revenues à la mode (de 28 jours plus tard à Walking Dead, les films, BD et séries consacrés aux zombies ont été légion ces dix dernières années). Grosse faute de goût à mon avis pour un film rattaché à une mythologie pourtant déjà si riche. Et puis légèrement hors-sujet aussi, mais bon, c’est peut-être moi qui me bloque sur des détails.

342 prometheus david drone

Tiens, puisque j’en étais à parler du zigue qui se fait lobotomiser et devient une marionnette aux commandes de… de on ne sait pas trop quoi d’ailleurs, je reviens cinq minutes sur les circonstances de cette attaque. Je rappelle que les gus en question sont des spécialistes dans leurs domaines***. Et donc le spécialiste en biologie et bestioles en tout genre, Milburn si je me souviens bien, qui est mort de trouille dans les grottes dans lesquelles il crapahute avec son pote Fifield, quand il se retrouve face à ce serpent-anguille qui se dresse devant lui d’un air pas commode (dans la position du cobra prêt à attaquer pour vous situer) que fait-il ce con-là ? Il lui cause comme à un toutou à sa mèmère à coup de « petit petit petit » et de « viens là mon joli ». À noter qu’à deux pas de cet endroit gisent des cadavres de ceux que Shaw a surnommés les ingénieurs par dizaines, visiblement pas morts de vieillesse. Tout ça c’est du détail pour notre expert biologiste qui a juste envie de faire mumuse avec une bestiole extraterrestre au comportement ostensiblement agressif. À se demander si à l’entretien d’embauche du garçon il n’y a pas eu confusion des termes entre expert en biologie et fan d’Alain Bougrain-Dubourg. Évidemment le mec se fait trucider par l’animal de façon bien gore en plus. Mais là très franchement, il faut le dire : il l’avait bien mérité.

342 prometheus bestiole

Tiens bis, toujours à propos de ces deux gugusses que sont le biologiste et le géologue, je me permets encore de revenir un cran en arrière sur les circonstances de leur mésaventure. Les deux gars se font attaquer par des bestioles dans une des salles du dôme que les explorateurs ont visité après leur atterrissage sur LV-233. Bien. Ils sont seuls à cet endroit et à ce moment parce qu’ils ont décidé tous les deux de se barrer du dôme sentant bien que ça puait l’embrouille ce foutoir là. Les autres (Shaw, Holloway, David et compagnie) avaient décidé de continuer l’exploration, laissant rentrer les deux pétochards au vaisseau. Sauf que ces blaireaux se sont paumés dans les couloirs du dôme. Notez bien que ceux qui avaient continué l’exploration sont ensuite rentrés tranquillos à la navette (enfin fissa quand même parce qu’il y a eu entre temps une méga tempête de sable dehors), sans éprouver la moindre difficulté à se repérer alors qu’il cavalaient pour pas se faire piéger par la tempête. Sachant que parmi les deux perdus on a le géologue de service dont le taf était, excusez du peu, d’établir un plan en 3D**** des lieux, vous remarquerez la cohérence et la plausibilité des faits. Tout cela vous paraîtra du détail peut-être, mais pour moi c’est typiquement le genre de trucs qui casse le reste et gâche la fête. J’adore la science-fiction, je ne demande qu’à croire aux extraterrestres, aux fantômes ou à la téléportation, mais pour ça il faut que tout ce qu’il y a autour, tous les détails de l’histoire soient logiques. Or, et c’est bien dommage, ce film est truffé de ces détails qui clochent et qui accumulés me gênent terriblement.

342 prometheus fifield

Vous voulez d’autres exemples ? Lors de la première exploration du dôme, il n’y a, je crois me souvenir, que des scientifiques chevronnés qui s’aventurent dans les galeries. Ils arrivent dans une salle qui, de façon plus magique que réellement scientifique vu les explications mormoilneuses avancées, possède une atmosphère théoriquement respirable pour l’homme. Ni une ni deux, ils décident tous de gicler les casques de leurs combinaisons. Professionnels jusqu’aux bouts des ongles les gars. On passera sous silence les risques du genre exposition à des germes extraterrestres et saloperies diverses qu’un organisme humain ne pourrait peut-être pas supporter. Et on a déjà oublié le gars qui trente secondes plus tôt précisait, va savoir pourquoi il s’est donné tout ce mal d’ailleurs, qu’il faisait une température du genre –25°C dans le dôme. Dans le genre pas crédible et pas logique, les scénaristes ont vraiment accumulé les bourdes.

Allez hop, un autre exemple pioché un peu plus tard dans le film. Shaw se retrouve avec une bestiole qui grandit dans son bide façon gestation-minute et qui promet de lui laisser un beau trou comme souvenir quand elle va en sortir. Il est donc plus qu’urgent de sortir l’intrus avant qu’il ne s’en charge lui-même. Shaw saute dans le médilab perso (je dis médilab mais j’ai oublié le nom de l’appareil : il s’agit d’une cabine automatisée dans laquelle un patient peut être pris en charge médicalement et chirurgicalement par la machine) de Vickers, ce qui est une très bonne idée faut le reconnaître. Pas de bol, le médilab en question, une machine qui vaut des millions et qui existe en très peu d’exemplaires tant elle est sophistiquée et chère… ne sait opérer que les hommes. Du coup, exit l’option césarienne. Sans déconner, le truc est à la pointe de ce qui se fait de mieux en 2089, mais c’est seulement pour les hommes ? Et c’est l’appareil perso de la CommandantE Vickers ?! Ok, d’accord, si vous le dites. Mais là où c’est fort, c’est que la machine, toute perfectionnée qu’elle est, reste très conne : quand Shaw demande une césarienne c’est un refus très machiste auquel elle est confrontée. Mais sans se démonter, Shaw se fait passer pour un homme et lui demande juste une extraction d’un objet de son bide, là la machine ne trouve rien à redire et lui extrait manu-militari la bestiole qui lui ronge les intestins. Ben voyons. Le top de ce qui se fait le mieux médicalement on vous dit. Suffit de lui raconter des bobards et elle vous opère, sans se rendre compte que Shaw n’a pas tout à fait l’anatomie masculine qu’elle dit avoir. Et puis c’est fait à la façon boucherie hein, découpage au laser très bien, sortie de l’animal à la pince comme dans une attraction de foire foraine où on essaie d’attraper des nounours et des montres à gagner, déjà c’est moins classe, et fermeture à la va-vite à l’aide de quelques bonnes grosses agrafes pour refermer le trou d’une trentaine de centimètres ouvert juste avant. En même temps l’appareil avait prévenu : c’est un truc pour hommes, pas pour chochottes. Mais bon, vous conviendrez que si visuellement ça fait une chouette scène, bien gore et bien éprouvante à voir avec du sang et tout ce qu’il faut pour avoir mal à la place de Shaw, c’est quand même pas bien crédible tout ça quand on prend juste dix secondes le temps d’y réfléchir. J’en finis avec ce passage d’anthologie : une fois que Shaw est débarrassée de son passager clandestin et agrafée à l’arrache, elle n’a pas un instant à perdre, et la fin du film se fera pour elle au pas de charge : course à pied, sauts en tous genre, bagarre… pour une opérée dans l’heure précédente, la petite Elizabeth tient une pêche d’enfer. Mais ça aussi, c’est certainement du détail et puis ça passe : de temps en temps elle fait une grimace, on sent bien qu’elle a mal quand même un peu hein. Hum.

342 prometheus shaw

Allez je finis avec une dernière chose qui m’a fait marrer : le coup du vaisseau alien qui se fracasse au sol pile au-dessus de Shaw et Vickers qui sont à pieds dehors. Le vaisseau en question est réellement immense, en forme de donut géant, rond donc, et il tombe sur la tranche, se mettant évidemment à rouler. Pas de bol : dans la direction des deux bonnes femmes qui par un malheureux concours de circonstances se trouvent sur sa trajectoire. Elles courent donc pour lui échapper. Dans la même direction, faut-il le préciser. Et puis arrive le moment critique où Shaw trébuche et se retrouve à terre, le vaisseau géant roulant vers elle. Et là, hop, un roulé-boulé sur le côté et la voilà sortie d’affaire. Mais bien sûr. L’autre, trop conne (le cliché de la blonde ressurgirait-il ?) n’ayant pas la présence d’esprit de changer de direction voire de juste faire un pas de côté n’a que ce qu’elle mérite : elle finit en crêpe.

J’arrête là avec la multitude d’exemples qui plombent le scénario d’incohérences, de trous, de maladresses et de conneries pas défendables. Je passerai donc sous silence l’ADN des ingénieurs qui correspond, graphique à l’appui, exactement à celui de l’Homme (sauf qu’ils sont albinos, font 3 mètres de haut et sont barraqués comme c’est pas permis). Je passerai sous silence également la scientifique renommée (Shaw donc) qui affiche face à la théorie de l’évolution que tente de lui opposer le biologiste au début du film un argument choc pour défendre l’idée que nous ayons pu être créés par des aliens : « j’ai décidé d’y croire ». Je n’évoquerai pas David qui fait des expériences, comme ça pour déconner, en faisant ingurgiter la substance noire bizarre à Holloway sans lui dire, pour voir ce que ça va donner.

342 prometheus ingenieur

Parce qu’à côté de ça, il y a des trucs pas si mal, faut le reconnaître. La volonté de Ridley Scott de ne pas marcher sur ses propres plates-bandes en livrant un énième Alien est louable. Il préfère partir sur l’idée de développer un concept ô combien intriguant qui avait pourtant marqué le premier film mais n’avait plus jamais été abordé depuis : celui du space-jockey (le personnage géant pétrifié et au ventre explosé que Ripley découvre sur LV-426 dans Alien). Et puis au gré des pérégrinations pas toujours très convaincantes des personnages, on se surprend à se poser comme eux des questions intéressantes sur le sens de l’existence et les origines (sens et origine seraient-ils liés d’ailleurs ?) de la vie mais surtout de l’Homme. Bon, on est loin de la thèse en philo hein, tout cela reste largement survolé, mais il y a une recherche de sens derrière tout cela malgré tout.

Du côté des acteurs il y a aussi du bon et du moins bon : Noomi Rapace a la hargne et l’énergie désespérée d’une Ellen Ripley, elle est en cela une très correcte successeure***** de Sigourney Weaver. Celui qui d’un avis assez général tient la dragée haute à ses petits camarades est l’excellent Michael Fassbender dans le rôle de l’androïde David. En effet ce dernier est, encore une fois allais-je dire, proche de la perfection dans son interprétation. Guy Pearce n’est pas aidé par son maquillage donc je passerai sur sa prestation. En revanche la toujours sublime Charlize Theron a hérité ici d’un rôle d’une inutilité assez confondante. Si elle n’avait pas été là, c’était pareil. Idem pour Idris Elba, et quand on sait tout son potentiel charismatique on peut regretter l’usage minimal qui a été fait de son personnage dans Prometheus.

342 prometheus vickers janek

Et puis il faut laisser à Scott un talent assez extraordinaire. Je l’avoue un peu confus, malgré la tonne de défauts dont fait preuve le scénario, j’étais pris dans le déroulement de l’intrigue, j’avais envie de savoir, j’étais tenu en haleine, j’ai marché dans certains effets même les plus téléphonés. Bref, sur le plan cinématographique pur, ce diable de Scott m’a eu. Je suis resté attentif jusqu’au bout, passant outre les parties qui m’auraient énervé en temps normal et m’auraient fait sortir de l’histoire si cela avait été un autre film. Scott est parvenu à me maintenir impliqué dans son film malgré son scénario plus que critiquable. Si ce n’est pas du talent…

Imaginez ce qu’il aurait pu faire avec une vraie bonne histoire à raconter. J’espère simplement que la suite déjà prévue sera un peu mieux écrite. Oui la suite, car en lieu et place du préquel annoncé il y a eu une petite entourloupe là aussi ; la fin de Prometheus ne permet pas de faire un lien direct avec le début de la saga Alien : aucune trace des Aliens pour l’instant, planète différente, et il y a des survivants à la fin de Prometheus qui laissent une porte largement ouverte vers une suite (une nouvelle trilogie ?)…



 

 

* Réfractaire c’est la façon polie de dire les choses. Ma pensée exacte serait plutôt Cofféènne** au sujet de la 3D au cinéma. Car oui, va falloir m’expliquer deux-trois trucs. D’abord je sais pas vous, mais moi -avant Prometheus- je n’ai jamais vu d’effet 3D dans un film qui rende l’image plus « belle » ou meilleure. Entendez par là que les films en 3D perdent systématiquement de la netteté je trouve. Que ce soit en bordure ou quand l’action est rapide, pour moi ce que je retiens avant tout de l’image, ce n’est pas qu’elle est en 3D, mais surtout qu’elle est floue. Bon, alors qu’on nous a vendu et vanté, avec raison, les bienfaits de la HD et la précision du numérique, on va maintenant te les gâcher avec une 3D baveuse, faudrait savoir. Résultat : on voit très nettement (merci la HD) des images floues (merci la 3D). Tout ça pour te fourguer la place de ciné encore 1 ou 2 euros plus cher. J’appelle ça du foutage de gueule.

** « mais c’est de la merde » pour être très précis.

*** À ce sujet, on va peut-être encore dire que je chipote, mais on a quelque chose comme une petite vingtaine de passagers sur le Prometheus, et finalement on ne fera connaissance qu’avec une petite dizaine d’entre eux, et encore superficiellement pour une partie. Là aussi ça fait une vraie et grosse différence de traitement avec Alien premier du nom, où chaque personnage (du coup ils étaient moins nombreux) était caractérisé, et où de fait leurs disparitions prenaient de l’importance. Ici il y a des gars qu’on ne verra jamais, ou juste pour se faire trucider. Ils étaient spécialistes de quelque chose, ou pas, peut-être juste toubibs, militaires ou simple passants va savoir, en tout cas chair à canon ça c’est sûr. Ben j’ai trouvé ça dommage, et un peu révélateur scénaristiquement parlant d’un certain « on s’en fout, c’est du détail et ça fait du spectacle en plus ».

**** Une des très chouettes idées du film ceci dit : les drônes qui arpentent les galeries et font un relevé 3D au laser sont visuellement géniaux à voir !

***** Successeur est un adjectif originellement masculin, mais sa mise au féminin est parfois acceptée : on va dire qu’ici c’est accepté alors !

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12 septembre 2012 3 12 /09 /septembre /2012 20:01

Encore une ! Ce début d’année 2012 aura été riche en sortie de comédies françaises en tous genres. J’en ai chroniquées quelques unes dernièrement, voici donc Dépression et des potes de Arnaud Lemort qui affiche un casting ma foi bien engageant, piochant dans la jeune garde de l’humour français.

Du célèbre duo télévisuel Omar et Fred, Omar a déjà triomphé en tant que vedette du phénomène de l’année dernière : Intouchables. Restait donc à Fred à se placer en tête d’affiche d’un film et à voler lui aussi de ses propres ailes. Loin de rencontrer le même succès que le film de son compère, Dépression et des potes n’est pourtant pas un mauvais film et possède même quelques qualités bien sympathiques.

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Trentenaire bien ancré dans le monde moderne, Franck (Fred Testot) a tout pour être heureux. Un boulot sympa, Talla (Gyselle Soares) sa jolie fiancée brésilienne et toute la vie devant lui… et pourtant quelque chose ne va pas, il déprime. À un tel point qu’il en devient insupportable, et que la pétillante Talla décide de le quitter. Le médecin de Franck est catégorique : il est en dépression. Décidant de renouer avec sa bande de potes qu’il n’a plus vus depuis plusieurs mois, il leur annonce la nouvelle. Benoît (Arié Elmaleh), William (Jonathan Lambert) et Romain (Ary Abittan) décident de ne pas le laisser tomber et de lui venir en aide. Mais ils s’aperçoivent bien vite qu’ils sont chacun à leur façon, en proie à la dépression eux aussi. C’est tous ensemble qu’ils vont essayer de remonter la pente…

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Le titre ne ment pas, on a affaire à un vrai film de potes. C’est un sous-genre assez courant pour une comédie française. Un peu moins délirant et extravagant qu’un La Vérité si je mens ! (quoique les personnages de Romain et de sa famille jouent un peu dans ce registre), avec des accents moins dramatiques et un chouïa moins réalistes que ce qu’on peut trouver dans Les Petits Mouchoirs, Dépression et des potes propose quelque chose d’intermédiaire. Des passages iconoclastes (pour la plupart centrés autour du personnage de William dans la peau duquel Jonathan Lambert fait mouche) mêlés de moments plus sérieux propices aux remises en questions des personnages (c’est en particulier le cas de Benoît par exemple), le tout mâtiné quand même dans une bonne dose de bonne humeur. Parce que de façon générale, si la dépression est le sujet principal du film, elle est traitée sur un ton léger et on reste tout du long dans le registre de la comédie. Pas de détours vers le drame et les larmes comme dans le film de Guillaume Canet. Le propos est plutôt de parler d’un mal un peu surfait, un mal de vivre qu’on se crée presque tout seul, fait de routine et d’indécision, de laisser aller et de facilité. Un mal qu’il faut savoir avant tout relativiser, l’humour restant un outil formidable pour y arriver.

340 depression et des potes sortie prison

Pour ma part en tout cas, je retiens surtout de ce film son côté divertissant, le discours de fond sur la dépression passant vraiment en arrière plan. C’est vrai, certaines situations, certains personnages et les questions qu’ils se posent peuvent nous amener à un peu plus de réflexion, mais le film n’est pas trop développé en ce sens. Libre à chacun d’extrapoler sur son propre cas, moi j’ai préféré m’en tenir à la partie comédie qui est plutôt pas mal réussie. En majeure partie grâce au casting qui est plutôt bien choisi. Jonathan Lambert, Arié Elmaleh et Fred Testot en tête. J’ai moins accroché à Ary Abittan, la faute certainement à son personnage beaucoup moins attachant (à mon sens) et un peu trop caricatural. En revanche j’ai adoré le personnage de sa fiancée aveugle Laura (Laurence Arné, que je trouve à la fois très belle et très drôle, ce qui n’est pas si commun comme cocktail. D’ailleurs elle explose de talent dans la récente série de Canal+ WorkinGirls que je vous recommande !), plein de second degré et qui permet au film de placer quelques vannes un peu borderline sur les aveugles qui m’ont bien fait marrer. Autre caméo que j’ai beaucoup apprécié : Joseph Malerba dans le rôle du collègue de travail de Franck, sosie français de Vic Mackey dans la série Braquo se retrouve ici en pleine détresse capillaire et en rupture complète avec son image de gros dur. C’est très con, mais ça aussi ça m’a fait marrer.

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Sur la forme on a quelque chose de plutôt classique, une comédie qui fonctionne plus sur l’affect qu’on peut avoir pour les personnages que sur les rebondissements ou la surprise. En effet, on ne peut pas dire que le film déborde d’originalité, on ne sera jamais surpris, le déroulement de l’histoire se fait en suivant un chemin relativement balisé. Je crois même que je ne spoilerais rien en dévoilant la fin (mais bon, comme je suis un garçon bien élevé je ne le ferai quand même pas), à mon avis son dénouement n’est finalement qu’assez anecdotique. J’ai surtout pris plaisir au jeu des acteurs et à l’ambiance générale qui ne se prend pas trop la tête. Une comédie française qui n’a rien d’exceptionnel mais qui se laisse bien regarder au final. Dépression et des potes n’a rien de ce qui a fait de Intouchables un méga succès, mais il n’est pas à jeter aux orties pour autant, si vous avez l’occasion de le voir, jetez-y un œil.

 

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30 août 2012 4 30 /08 /août /2012 07:20

La super production des Studios Marvel, Avengers, a été la première des trois principales sorties super-héroïques au cinéma cette année (les deux autres étant Amazing Spider-Man et Batman : The Dark Knight Rises, qui seront bientôt chroniqués ici… euh enfin, un jour… ou l’autre…).

Des trois, c’était celle que j’attendais le plus impatiemment. Pas tellement pour l’excitation de voir enfin les Vengeurs sur grand écran, pour avoir vu les films consacrés à chacun des personnages individuellement, la question du « qu’est-ce que ça va donner à l’écran » ne se posait plus vraiment. Non, c’était plutôt de la curiosité qui m’animait en allant le voir. Car pour la première fois on allait voir sur grand écran ce concept pourtant déjà ancien et qui est un des fondements de l’esprit Marvel : l’univers partagé. En tant que lecteur assidu de comics depuis mon plus jeune âge il n’y a rien de bien nouveau pour moi là-dedans, mais sous ma casquette d’amateur de cinéma c’est assez inédit.


337 avengers iron man

Le projet Avengers a été initié il y a six ans déjà, avec la sortie du premier film consacré à Iron-Man. Iron-Man était également la première production 100% Marvel Studios, contrairement aux licences X-Men et Spider-Man, produites par la Fox et Sony. Quand Marvel décide de se doter de son propre studio de production pour les adaptations cinématographique de ses comics, elle s’ouvre par la même occasion l’opportunité de développer un univers partagé comme dans ses publications. Pour les non-initiés, un univers partagé c’est l’idée d’interconnecter plusieurs personnages très différents et qui se suffisent à eux-mêmes au sein d’un même univers cohérent, et doté d’une continuité temporelle. C’est ainsi que dans un comic de la Marvel, les X-men pourront de temps en temps s’engluer dans la toile de Spider-Man au détour d’un building de New-York, se castagner avec Hulk ou discuter le bout de gras autour d’une bière avec les Quatre Fantastiques et Iron-Man. Et le concept de « continuité » assure le fait que tout ce qui se passe dans n’importe quel comic Marvel est intégré dans « l’historique » de l’univers partagé, perdure et peut être utilisé ou influer dans n’importe quel autre comic Marvel, quel que soit le héros principal du titre. Un peu comme si Tintin débarquait pour enquêter au sein de la rédaction Dupuis pour découvrir qui de Gaston Lagaffe et Achille Talon a donné de la pâtée frelatée au chien de Boule et Bill. Je ne sais pas si l’exemple est bien choisi mais vous voyez certainement ce que je veux dire. Mais si, mais si.


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C’est donc pour la première fois que des héros distincts vont se rencontrer et s’unir au cinéma. Introduits dans leurs propres films, Iron-Man (Robert Downey Jr), Captain America (Chris Evans), Hulk (Mark Ruffalo) et Thor (Chris Hemsworth) vont former une équipe de super-héros, les Avengers. À leur origine on retrouve Nick Fury (Samuel Lee Jackson), à la tête de l’organisation internationale du SHIELD, qui les a recrutés pour former une équipe à même de tenir tête aux plus grands dangers à l’échelle de la planète. Et du danger il va y en avoir, puisque Loki (Tom Hiddleston), le demi-frère de Thor chassé d’Asgard a réussi à s’emparer du cube cosmique (artefact qu’on avait déjà croisé entre les mains de Crâne Rouge dans Captain America : the First Avenger), et allié à une civilisation extraterrestre il a comme projet de conquérir la Terre, ni plus ni moins. Dans l’équipe des Avengers, on retrouve également deux éléments directement issus des rangs du SHIELD puisqu’il s’agit des bras droits de Nick Fury : la très belle et très fatale Veuve Noire (Scarlett Johansson) ainsi que l’archer d’élite Œil-de-Faucon (Jeremy Renner). Mais l’équipe des Avengers, aussi puissante qu’elle soit sur le papier est surtout composée d’individualités qui vont devoir apprendre à travailler en groupe, ce qui ne se fera pas sans peine.

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Bon, on le voit au résumé, le scénario n’a rien d’original. On a des méchants très méchants et très forts, et des gentils qui vont se prendre une danse et devoir s’unir pour venir à bout des méchants. Forcément les gentils vont d’abord se friter un peu entre eux histoire de montrer qui a la plus grosse et se vanner façon cours d’école, mais quand il faudra redevenir sérieux ils feront ce qu’il faut pour contrer les envahisseurs extraterrestres. Sur le fond, rien que de très classique et très lisse en somme. L’intérêt du film n’est pas là. Il se loge dans les interstices : les relations entre les personnages (et le casting de stars qui les interprètent), la gestion de l’équipe, le ton du récit constamment saupoudré d’humour et de second degré. Et puis le film fait très fort là où on l’attendait : dans le grand spectacle. Faut l’avouer, ça envoie du bois, ça explose à tout va, ça pète et ça déménage bien comme il faut. Effets spéciaux à gogo et d’excellente facture (soit dit en passant à propos de facture : le budget s’élève quand même à quelque chose comme 220 millions de $), on ne s’ennuie pas une seconde et on en prend donc plein les yeux pendant deux heures vingt. Comme je le disais : du grand spectacle. Mais pas du grand spectacle con-con ou sans âme comme ce que donne à voir un Transformers par exemple (m’en fous je balance les noms des mauvais élèves). Il y a de l’humain derrière et ça se sent.

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Dans la mise en scène grâce à un Joss Whedon qui parvient à mettre sa patte juste ce qu’il faut pour ne pas que ça soit une empreinte trop ostentatoire comme dans ses très marquées et reconnaissables œuvres précédentes (Buffy contre les Vampires ou Firefly par exemple). C’était l’une de mes craintes d’ailleurs, qu’on sente trop l’influence particulière du réalisateur qui a un style bien à lui. Crainte évaporée par Whedon qui a su gérer avec respect le matériau d’origine, tout en y insufflant une part de son originalité.

De l’humain également dans les personnages. Que ce soit dans le combat de coq entre Tony Starck et le fils d’Odin, le combat intérieur d’un Bruce Banner ou le combat pour la survie durant lequel Hulk envoie une bonne baffe au passage à un Thor poseur, chaque personnage vit, impose sa personnalité et trouve sa place dans un collectif au sein duquel on pouvait légitimement craindre de voir des disparités de traitements entre les uns et les autres. Alors certes le personnage phare reste à mes yeux Tony Stark / Iron-Man parce que c’est certainement lui qui possède le plus d’emphase, de charme et de répartie, aussi bien sur le papier que dans le jeu, Robert Downey Jr oblige. Pour autant les autres ne sont pas en reste et chacun a sa part de gloire. Seul Thor est un chouïa en-dessous, je ne saurai dire avec certitude si cela tient du personnage ou de l’interprète, mais clairement il m’intéresse moins. Alors que j’avais plutôt peur de me désintéresser du cas Hulk, ce dernier aura été une très bonne surprise à l’arrivée. Outre la beigne à Casque d’Or, il se permet de rabattre son claquet de façon expéditive au frangin du scandinave, à savoir Loki qui se la pète un peu trop à un moment, ceci ayant la fâcheuse conséquence (pour lui) d’un peu trop échauffer les oreilles du titan vert. Grosse marade car plutôt inattendu. Et Ruffalo imprime son empreinte avec classe. Moi qui avait beaucoup aimé la précédente interprétation de Banner par Edward Norton, je dois avouer avoir été séduit par celle de Mark Ruffalo.

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Au chapitre des bonnes surprises je citerais également Clint Barton / Œil-de-Faucon qui tire bien son épingle du jeu, ce qui n’était pas gagné à l’avance. Privé de son costume violet des comics, il se rapproche beaucoup plus de la version Ultimate (la gamme Ultimate est une relecture des personnages Marvel mis au goût du jour et purgés de plusieurs dizaines d’années de continuité accumulées depuis leur création). Et puis les acrobaties aussi sexy que mortelles de la miss Johansson en Veuve Noire n’ont pas été pour me déplaire non plus.

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Bien évidemment Avengers n’est pas exempt de défauts. La nuance est mince entre simplicité et simplisme, et par sa linéarité le scénario, qu’on pourra grossièrement résumer à un « gentils contre méchants », navigue parfois entre ces deux eaux. Sans parler de certaines incohérences mineures, il a également son lot de petites, voire grosses facilités. Limite un peu agaçantes même faut dire. Autant j’ai apprécié l’Agent Coulson (un des lieutenants de Nick Fury) qu’on a pu voir dans quasiment tous les films Marvel précédents en lien avec les Avengers, autant son rôle ici m’a un peu exaspéré. Sans déflorer l’intrigue (il y a des gens ici qui n’ont pas encore vu Avengers ??), son histoire de cartes de collection de Captain America m’a tout d’abord fait sourire avant de me paraître comme vraiment ridicule quand on voit quelle est sa finalité et pourquoi le scénariste l’a introduite dans le déroulement du film. Là ce n’est plus une ficelle scénaristique dont on parle, mais d’une corde d’amarrage pour tankers géants. Dans le genre énorme on fait difficilement mieux. Mais bon, ça fait partie des couleuvres qu’il faut avaler, des ratés qu’il faut accepter pour pouvoir bien apprécier en parallèle le reste d’un film qui se veut avant tout comme un immense objet de distraction et de plaisir. On en prend plein les mirettes et on se marre bien aussi, le tout couplé (pour les amateurs de comics s’entend) avec le plaisir toujours renouvelé de voir en chair et en os des super-héros trop longtemps cantonnés aux deux dimensions statiques du papier.

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Alors j’avoue que je suis très vite passé outre les reproches qu’on peut faire à Avengers pour en retenir principalement la source de plaisir que le film représente et le gigantesque réservoir d’action spectaculaire qu’il déverse à l’écran.

 

Et puis comme à l’accoutumée pour les films estampillés Marvel Studios, je suis consciencieusement resté à ma place jusqu’au bout du (très long) générique de fin pour y voir la traditionnelle petite séquence d’après générique. Y entrapercevoir la silhouette du cultissime Thanos a éveillé en moi une grosse impatience de le voir à l’affiche du second volume d’Avengers (qui est annoncé pour 2015 si je ne m’abuse).

Loin d’être un film parfait, Avengers aura pourtant tenu son statut et rempli son rôle à la perfection : c’est un très chouette film de super-héros, décomplexé, plein d’action et d’humour. L’attente avait été longue et volontairement bien entretenue par Marvel, et malgré cela le film a réussi à ne pas être décevant, tous les blockbusters ne peuvent pas en dire autant.

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30 août 2012 4 30 /08 /août /2012 06:20

Un film sur la radio, déjà j’ai trouvé l’idée bonne et assez originale. Qui plus est avec Manu Payet en tête d’affiche, qui m’avait fait pleurer de rire dans Les Infidèles quelques semaines auparavant… je me suis donc laissé tenter. Et puis je ne rechigne pas à aller voir de temps en temps un film français en salles, histoire de contre-balancer avec les blockbusters et autres hollywooderies que je m’enfile régulièrement.


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Dans Radiostars, on suit l’équipe d’une émission matinale à succès. Sur Blast FM, une radio de d’jeuns façon NRJ et consorts, l’émission du matin, le Breakfast-Club, cartonne. Elle est co-animée par plusieurs gugusses : le chef de meute Arnold (Clovis Cornillac), le blagueur Alex (Manu Payet) et le vieux beau qui n’assume pas son âge Cyril (Pascal Demolon). Dans leur sillage il y a leurs assistants : le toujours fringuant Smiters (Benjamin Lavernhe) et le survolté Jérémie (Côme Levin).

De retour de New-York, le jeune Ben (Douglas Attal), qui a échoué dans son projet de percer en stand-up outre-atlantique et s’est fait lourder par sa girl-friend en prime, rencontre Alex. Ce dernier accroche à son humour et le fait engager dans l’équipe du Breakfast-Club comme écrivain. Il va devoir écrire aux stars du micro des vannes et des mini-sketchs pour booster l’audience. Malheureusement pour lui, il arrive juste avant que les indices d’audience rendent un verdict sans appel : la matinale de Blast FM n’est plus numéro un, les chiffres sont en chute libre, la formule ne fait plus mouche. Le patron de la station annule tous les congés d’été de ses stars et les envoie au turbin avec une mission : tout l’été ils sillonneront les routes de France pour faire leur émission en direct et reconquérir leurs parts de marché. La porte leur est promise en cas d’échec. Pour Arnold et ses potes, parisiens indécrottables et arrogants au possible, c’est la pire des nouvelles. Devoir se taper les bouseux de province et du rab de taf alors qu’ils ont l’habitude d’être traités en stars auxquelles tout est dû, ça ne passe pas sans grincements de dents. Mais ils n’ont pas le choix : c’est dans leur bus aménagé qu’ils passeront donc un été qui les verra renaître de leurs cendres ou finir encore plus lamentablement. Le talent d’écriture et la fraîcheur de Ben vont être mis à profit pour relever le défi…


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Mouais, bon. J’avoue que je m’attendais à un peu mieux. Ça n’est pas non plus catastrophique, mais j’espérais rire un peu plus que ça n’a été le cas. Le film de Romain Levy alterne le moyen et le très bon par moments. Commençons par le très bon : Manu Payet. Bien que le rôle principal soit celui tenu par Douglas Attal, c’est bien le personnage de Manu Payet qui retient le plus l’attention, surtout quand le scénario lui lâche la bride et le laisse donner sa mesure. Payet est vraiment drôle, et c’est surtout lui qui fait rire. Les conseils de drague, la séquence de boîte de nuit avec la blondasse antisémite, sont des moments où on se marre vraiment.

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Le personnage de Cyril n’est pas mal non plus, moins drôle mais assez attachant, on rit plus souvent de qu’avec lui. Autre grosse réussite, le personnage secondaire de Daniel(e), chauffeur du bus et autour de qui va tourner une question tout le long du film quant à son sexe. Homme ou femme ? On pousse d’ailleurs le vice et l’interrogation jusque dans le générique de fin qui indique que le rôle est tenu par un intriguant J. Plumecocq-Mech… Les membres de l’équipe auront beau user de divers stratagèmes pour découvrir l’identité sexuelle du chauffeur, bien malin qui pourra se prononcer à la fin du film. Daniel(e) est vraiment une chouette trouvaille, un mix de Jacques Dutronc et de Françoise Hardy dans un même corps (et non, ça ne donne pas un Thomas Dutronc, désolé). Mais bon, ça ne fait pas tout un film non plus. À côté de ça il y a justement la partie bien plus moyenne du film : le personnage principal auquel on n’accroche pas vraiment et dont on se soucie finalement bien peu du sort, le personnage d’Arnold, totalement antipathique (je sais bien que c’est fait exprès…) et caricatural à l’extrême jusque dans son revirement final, et une trame générale dans la même veine c’est-à-dire très prévisible.


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À l’arrivée on se retrouve un peu le cul entre deux chaises. On sent bien que l’idée était bonne et quelques traits de génie laissent entrevoir tout le potentiel comique de départ qu’avait le film, mais il y a en contre-partie des passages trop anodins pour vraiment entretenir l’intérêt sur la longueur. On peut résumer le problème que connaît ce film par le moment où les présentateurs lancent à leur écrivain-blagueur : « vas-y, fais nous marrer, sors nous une vanne ». La commande de départ biaise le résultat, et pour cause : on ne rit jamais plus que lorsqu’on ne s’y attend pas, le film confirme cette règle. Pas foncièrement mauvais, c’est une comédie avec de belles pépites à l’intérieur dont je dirais en résumé : pas mal, mais peut mieux faire.


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11 juillet 2012 3 11 /07 /juillet /2012 14:40

À Hollywood on est constamment à la recherche d’idées pour produire des films. De préférence des films qui rapportent du pognon. Mais comme on n’aime pas prendre de risque, et que c’est fatigant en plus, on a de plus en plus rarement le réflexe d’inventer. De créer. D’écrire. À la place, on adapte. Double-avantage : le matériel de base existe déjà et on peut ainsi piocher dans ce qui a déjà marché ailleurs et/ou sous une autre forme. C’est ainsi qu’on va chercher les best-sellers dans différents secteurs : les meilleurs romans qui se vendent le plus, les comics qui ont du succès (ou un succès potentiel), les séries télé qui ont cartonné sur petit écran, les films étrangers qui ont bien marché... tout cela est passé à la moulinette des grands studios et ressort un jour ou l’autre sous forme de films, si possible de blockbusters tant qu’à faire.

Poussant la logique toujours plus loin, chez Universal Studio on est allé chercher en dehors de ces sentiers battus et rebattus pour trouver le Graal, le sujet qui ratisse le plus large possible, le plus petit dénominateur commun, ce qui touche un maximum de gens, que tout le monde connaît et apprécie, un truc qui cause aux garçons comme aux filles, aux jeunes et aux plus vieux, aux riches et aux pauvres, aux occidentaux et aux orientaux, aux progressistes et aux conservateurs, aux carnivores et aux végétariens, aux rockers et aux rappeurs, aux croyants et aux athées, aux sportifs et aux intellos, aux baskets et aux chaussures à pompons... et on a trouvé. Bon sang mais c’était bien sûr : la bataille navale !


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Oui. Qui ne connaît pas ce jeu ? Qui n’y a jamais joué ? Touché-Coulé.
On frôle l’universel là. Il doit bien y avoir un ou deux indiens d’Amazonie et trois papous qui y ont échappé, mais on s’en cogne puisque de toute façon ils ne vont pas au cinéma ces sauvages. Mais tous les autres, TOUS les autres connaissent et entrent donc dans le potentiel public-cible. Un jackpot virtuel. Je pense que le mec qui a eu cette brillante idée a dû gagner en récompense son poids en lingots d’or. D’ailleurs ça a vite donné d’autres idées : l’adaptation au cinéma du jeu du Monopoly est d’ores et déjà dans les tuyaux (et sous la houlette de Ridley Scott, excusez du peu). On attend avec impatience que quelqu’un s’attaque au jeu de l’oie et au jeu de cartes de la bataille...

On avait donc le sujet : adapter le jeu de la bataille navale au cinéma. Restait à broder une histoire autour, trouver un casting adapté et roulez jeunesse. Bon, une bataille navale, forcément ça lorgne vers le film d’action avec effets spéciaux, scènes de destruction etc, etc. C’est cool, ça plaît. Reste à voir qui seront les belligérants. Alors attend une seconde, on a dit qu’il ne fallait pas se mettre un public potentiel à dos. Les méchants seront donc... des extraterrestres ! Enfin, dans le cas présent il faudrait dire des extraaquatiques mais bon, on va pas aller compliquer un si beau concept. On a donc des extraterrestres contre... le reste du monde (mais surtout des ricains quand même, faut pas déconner non plus). Mais sur des bateaux. Ok jusque là on est bon.

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Devant tant d’inventivité et de hardiesse je n’ai pas su résister, il a fallu que je voie de mes propres yeux le résultat : Battleship. Et je n’ai pas été déçu. Boudiou non. Permettez que je vous raconte ?

Bon alors ça se passe à Hawaï. Des scientifiques d’un chouette observatoire envoient des messages par ondes-radio via un satellite en direction d’un coin de l’espace où on a de l’espoir de trouver de la vie, et donc possiblement une civilisation extraterrestre... Le réalisateur Peter Berg (qui a également commis le Hancock avec Will Smith, mais aussi scénarisé The Losers et mis en scène il y a bien longtemps -en 1998- un film déjanté que j’avais bien aimé Very Bad Things) matérialise à l’écran ces ondes-radios par un beau rayon laser, mais c’est pas grave ça fait joli et on est pas à un partiel de sciences-physiques.
Revenons à Hawaï où on découvre le héros de cette histoire, Alex Hopper (interprété par le bovin Taylor Kitsch qu’on a pu entrapercevoir en Gambit dans X-Men Origins : Wolverine et plus récemment dans le rôle titre du plantage de l’année John Carter), une espèce d’ado attardé, doublé d’un bellâtre-parasite qui passe son temps à draguer et picoler. Une tête à claques dans toute sa splendeur en somme. C’est justement en adoptant une technique de drague bien particulière (le vol de burrito-poulet acrobatique dans une station essence) pour tenter de séduire la blonde et sculpturale Samantha (Brooklyn Decker dont on ne peut décemment nier le talent tant il déborde de son débardeur), que le pauvre abruti Alex va finir en zonzon pour le reste de la nuit. C’est son grand frère Stone (Alexander Skarsgård – galère à taper ses lettres å à la con), officier dans la marine qui va le sortir de là, lui passer un savon et l’obliger à s’engager dans l’US Navy. Hop, après des classes qui auront duré le temps d’un passage chez le coiffeur, voilà Alex qui se retrouve lui aussi officier avec un bel uniforme tout blanc, le muscle saillant et la peau bronzée. Non ce n’est pas un biopic des Village People, on est dans Battleship, suivez un peu bordel.

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Ah j’oubliais ! il se trouve que la blondasse poumonnée au burrito-poulet n’a pas résisté au charme du blaireau de service et s’avère en plus être la fille du chef de toute la flotte pacifique de la Navy, l’amiral Shane (Liam Neeson qui fait également d’excellents films de temps en temps). Ah bah ça pour une coïncidence !
Bref, tout ce petit monde se retrouve pour le début d’une parade / démonstration navale qui va avoir lieu au large d’Hawaï où vont s’affronter pour de rire mais c’est sérieux quand même, dans des jeux à mi-chemin entre Intervilles et la Bataille Navale (ben oui tant qu’à faire), les flottes de divers pays (rappelez-vous le début de l’article -oui c’est déjà loin je sais- on a dit : les extraterrestres contre le reste du monde). Alex voudrait bien en profiter pour annoncer à l’amiral qu’il se tape qu’il désire épouser sa fille, mais un malencontreux incident, enfin pour être exact un coup de boule dans les chiottes sur la personne de l’officier japonais Nagata (Tadanobu Asano), va lui couper l’envie. En effet l’amiral qui en a plus que ras-le-bol des frasques de ce débile qui se la pète lui annonce qu’après les manœuvres il sera viré de la Navy. On comprend qu’Alex ne se sente pas trop de glisser dans la conversation qu’il l’appellera bientôt beau-papa. Autant éviter la Cour Martiale. Et de passer par-dessus le bastingage manu militari (parce que mine de rien, il est balèze l’amiral et il a moyen le sens de l’humour, il est même payé pour faire la gueule on dirait). Bref tout cela est bien mal engagé, mais c’est sans compter sur … les extraterrestres qui débarquent à l’improviste et s’invitent à la fête navale sans même ramener un truc à boire ou des chips, sans-gêne, genre les gars. Bah oui, finalement le rayon-laser-ondes-radios du début du film est arrivé à destination, parce que les scientifiques en chemises à fleurs de Hawaï mine de rien, ils avaient vachement bien calculé leur coup. On peut s’habiller cooldingue et viser juste hein, c’est pas incompatible.

334 battleship alex amiral shane
Bon, pour tout dire c’est pas l’invasion de grande envergure non plus hein, il y a en tout et pour tout cinq vaisseaux qui arrivent sur notre planète, dont un visiblement piloté en état d’ivresse évident (c’était avant la loi sur les éthylotests obligatoires à bord) puisqu’il a réussi à traverser des millions d’années-lumière jusqu’à la Terre mais se prend lamentablement un ridicule satellite dans la gueule à quelques kilomètres de l’arrivée. Les pare-chocs aliens n’étant pas fameux, le vaisseau va se crasher quelque part sur Singapour ou Hong-Kong je ne me souviens plus très bien mais on s’en fiche c’est pas chez nous et ça fait de très chouettes scènes de destruction massive. Les quatre restants vont se poser dans la flotte (parce qu’ils font vaisseaux interstellaires ET paquebots un peu penchés sur le côté genre Costa Croisière), quelque part dans le Pacifique. Ah ben tiens, ça pouvait pas tomber mieux, au large d’Hawaï. En plein dans la zone réservée aux manœuvres internationales des Jeux Sans Frontières navales évoquées plus haut. Les trois plus proches navires vont donc voir de quoi il s’agit. Il se trouve qu’il y en a un commandé par Stone Hopper (le grand frère), un autre sur lequel est embarqué Alex Hopper (qui s’est vu signifier la fin de son CDD dès qu’il aura reposé pied à terre je vous le rappelle) et le troisième par Nagata l’empaffé qui avait bien cherché son coup de boule matinal faut quand même le souligner.

334 battleship nagata
Évidemment on s’en doutera (enfin le spectateur, pas les marins faut croire), les extraterrestres ne sont pas venus nous compter fleurette, et les pauvres petits bateaux vont se faire laminer par leurs vaisseaux ultra sophistiqués. C’est ainsi que le navire de Stone se mange une salve de projectiles qui le pourfendent de haut en bas, l’envoyant par le fond en moins de temps qu’il ne faut pour le dire. RIP Stone Hopper. De quoi fâcher tout rouge Alex, vous pensez bien. Par un étrange concours de circonstances (ce film est un gigantesque concours de circonstances en fait) sur son bateau à lui qui se fait pilonner aussi, il n’y a que l’officier commandant du navire et son second qui y passent laissant tout le reste en l’état et devinez qui se retrouve le plus haut gradé à bord du coup ? Ouais, le charlot qui avait les cheveux gras vingt minutes plus tôt au début du film. Rappelons que c’est un blaireau de classe internationale et un casse-cou bagarreur qui tape d’abord et réfléchit ensuite pas. Il décide donc devant l’évidente infériorité de son équipement face aux vaisseaux destructeurs aliens de… les attaquer de front. Un bourrin je vous dis.

334 battleship bateau alien
Bon de toute façon les aliens ont aussi déployé une sorte de champ de force inviolable en forme de dôme d’énergie qui recouvre toute la zone environnante, les empêchant de se barrer et interdisant au reste de la flotte de l’amiral et à l’aviation de s’en mêler, tout en coupant les communications en plus de cela. Entre temps les japonais ont pris leur trempe eux aussi, et une bonne partie des marins de leur bateau se retrouvent à la flotte ou en canots de sauvetage (leurs ancêtres kamikazes ont dû se retourner dans leurs tombes quand cette bande de lopettes se sont baqués en voyant arriver les projectiles perforants ennemis, mais que voulez vous, le Japon n’est plus ce qu’il était). Finalement le promu commandant Alex décide qu’il mettra la tête au carré aux aliens plus tard, et porte son navire au secours des naufragés japonais. Du coup ce connard de Nagata (qui avait bien mérité son coup de boule l’ai-je déjà signalé ?) devient son meilleur ami (et certainement le seul aussi je pense). De leur côté, comme plus personne ne les attaque, les extraterrestres ne tirent plus non plus et laissent tomber l’affaire (gentlemen et fair-play les mecs, faut leur laisser ça).


334 battleship alex tel
Alex et Nagata vont donc s’associer à bord du navire restant, pas si déglingué finalement ça va, c’est juste le commandant de bord qui a tout pris je vous ai dit, pour mettre en place une stratégie qui va en remontrer aux aliens. Les aliens quant à eux ont d’autre chats à fouetter de toute manière, puisqu’ils ont pour but de se rendre à l’observatoire d’Hawaï pour faire passer un message à leur potes restés au bercail en se servant du rayon-laser-ondes-radios qui marche qu’une fois par jour (couverture satellite de merde c’est pas possible). Parce que oui, il faut préciser que le vaisseau qui a fini en boule de bowling quelque part en Asie était leur vaisseau de communication. Ces cons là n’ont pas de kit mains libre sur chaque vaisseau, certainement  pour cause de restrictions budgétaires because la crise touche les extraterrestres aussi, depuis le temps qu’on vous dit que cette crise est grave je ne sais pas ce qu’il vous faut comme preuve supplémentaire. Il leur faut donc utiliser le rayon-laser-ondes-radios des scientifiques baba-cools de Hawaï, situé comme il se doit sur un des sommets de l’île. Précisément là où Samantha, la bombasse fille-de-l’amiral-et-fiancée-d’Alex qui est accessoirement kiné dans un centre pour vétérans de l’armée américaine, a décidé de faire une randonnée pédestre pour remonter le moral à Mick (Gregory D. Gadson) un grand black balèze qui a perdu ses deux jambes à la guerre (En Irak ou en Afghanistan, je ne me souviens plus très bien). Partir faire le GR20 local avec un type qui a deux prothèses en guise de guiboles je trouve personnellement ça audacieux comme thérapie, mais pourquoi pas, on n’est franchement plus à ça près. Et puis bon, elle est kiné mais là il n’y a plus rien à masser puisque les jambes du gars sont restées dans le Golfe Persique donc elle innove question traitement.

334 battleship mick
Bref je fais un point rapide sur la situation à ce moment précis du film : Alex et Nagata sont à bord d’un navire qui n’a aucune chance contre les vaisseaux aliens, Samantha et Mick sont à pinces (et à prothèses) dans la montagne où un commando alien se rend pour communiquer avec leur planète et leur dire que « c’est bon les gars vous pouvez venir c’est des nazes ». La suite je vous la laisse découvrir par vous-mêmes parce que je ne vais pas tout raconter non plus hein, et on en n’est à peu près qu’à la moitié là. Mais je vous promets que c’est largement aussi bien que le début. Il y a même encore plus d’action et de poilade, c’est dire.

Vous aurez droit en vrac à :

- une véritable scène de jeu de bataille navale où Nagata annonce des coordonnées genre A6/B2/C4 avec les coups dans l’eau, les « touché » et « coulé » qui vont bien. Je pense que le réalisateur et le scénariste ont dû un soir de picole avancée se lancer le défi de caser ça dans les dialogues de leur film, juste pour le fun ;
- une scène qui m’a tiré une larme (de rire) quand une bande de vétérans de la deuxième guerre remettent en usage l’USS Missouri (ouais les gars, le même que dans Piège en Haute Mer, le film des années 90 où Steven Seagle conjugue ses talents de cuistot et de briseur de bras, ah nostalgie quand tu nous tiens) sur fond de hard-rock, de déambulateur et de bannière étoilée. Scène qui a fini de me convaincre que le réalisateur était en réalité là pour se marrer et manier le second degré comme personne ;
- de la baston au corps à corps avec des aliens géants en armure mais qui préfèrent utiliser des machettes que des pistolets lasers. Certainement que petits ils tripaient plus devant le Shogun de Richard Chamberlain que devant le Capitaine Flam chez Dorothée, allez savoir ;
- du suspense avec l’incontournable chronomètre qui décompte les secondes avant que le message des aliens ne puisse partir vers leur planète lointaine ;
- et LA scène grandiose du film : le dérapage contrôlé d’un destroyer en pleine mer. Si, c’est possible, fallait juste oser essayer.

334 battleship rihanna
Que dire pour bien résumer ma pensée au sujet de Battleship… ça va peut-être vous paraître étonnant mais j’ai trouvé ça tellement nul que ça a fini par me plaire. On tient là un navet transgénique, un truc à la base naturellement mauvais mais boosté aux hormones. Entre l’humour involontaire (et j’ose l’espérer aussi une sacrée dose de second degré) et la connerie élevée au rang d’art majeur (rarement vu de héros plus insupportable que Taylor Kitsch dans ce film), les défauts de ce film se sont inexplicablement mués en qualités. Au point que je me suis rendu compte au fur et à mesure que je rédigeais cet article que j’y prenais un plaisir tout particulier ! J’ai même dû résister à l’envie de vous le raconter en entier.

Pour rester un tout petit peu objectif, je dirais quand même que question effets spéciaux et grand spectacle on en a pour son argent. Côté scénario ma foi, il ne faut pas oublier d’où l’on part quand même : la bataille navale. On ne peut donc pas légitimement s’attendre à du Kubrick. Niveau personnages et casting, on reste dans la logique du film. Taylor Kitsch est certainement l’incarnation du jeune américain hype, beau gosse et frondeur, c’est juste que moi j’ai envie de lui bourrer la face de high-kicks à chaque fois qu’il apparaît à l’écran. Liam Neeson est là en tant que garantie de sérieux sur le papier, à l’écran on le voit au début et à la fin dans un rôle où il ne se donne même pas la peine de cabotiner, il se contente de jouer de sa rigidité naturelle, point à la ligne. Un autre nom connu est présent en haut du casting pour attirer le chaland : Rihanna la chanteuse américaine qui interprète un soldat aux côtés de Taylor Kitsch. Là j’ai vraiment envie de commenter par « un coup à l’eau » tellement elle ne sert à rien, même pas ce à quoi on pourrait s’attendre, à savoir jouer la bonnasse en treillis. Je ne sais pas si c’est moi qui commence à avoir de sérieux problèmes de vue, mais si elle était censée être sexy ou glamour dans ce film je n’ai pas vu où ni quand. Et promis je n’ai pas dormi dans la salle. Sa participation au film se limitera donc au fait de tirer au canon ou à la machine gun une casquette mal vissée sur la tête. Et puis il y a un gars, dans le rôle d’un soldat également, qui m’a fait m’interroger pendant tout le film : j’avais l’impression de voir une version adolescente de Matt Damon et je me demandais à chaque fois qu’on l’apercevait si c’était pas son frangin par hasard. J’ai cherché depuis et il s’avère que pas du tout, le gaillard se nomme Jesse Plemons et restera donc pour moi un rouquin inconnu qui ressemble à Matt Damon. Enfin reste Brooklyn Decker que je ne connaissais pas mais dont l’intelligence physique m’a parfaitement convenu et convaincu qu’elle fera une belle carrière de sex symbol. Vraiment canon faut dire ce qui est.

334 battleship samantha burrito poulet
Alors si je devais vous conseiller quelque chose au sujet de ce film, finalement ce serait de le voir. Histoire de rire un bon coup, même si ce sera plus souvent « de » que « avec » les personnages.
Et quand on y réfléchit bien, puisque ce film par ses défauts nous fait tant de bien, peut-être faudrait-il le qualifier de bon film finalement. Ouais c’est ça, Battleship c’est de la balle. Mieux vaut mater ça que n’importe quel quart d’heure d’émission issu de Secret Story.

PS : si vous avez lu tout ça, chapeau et merci.

334 battleship aff

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9 juillet 2012 1 09 /07 /juillet /2012 06:27

Bon c’est pas tout ça mais vu le nombre de chroniques de films que j’ai en retard cette année va falloir que je me remue un peu pour pas être complètement à la ramasse. Non pas que j’espère redevenir complètement d’actualité un jour mais au moins que je puisse parler de films pas disparus des salles depuis quatre mois, ce serait pas mal comme objectif. Je laisse donc ma flemme de côté pour quelques instants et je m’en vais vous causer cinéma…

Alors aujourd’hui, un tout petit film, sorti en catimini en mars de cette année : Hénaut Président, de et avec Michel Muller. Au moment de sa sortie sur les écrans il était parfaitement d’actualité puisqu’il relate la campagne politique du candidat indépendant Pierre Hénaut (Michel Muller) aux élections présidentielles de 2012. Petit maire de campagne, modeste et intègre, il a pour projet de se présenter aux présidentielles avec un programme exclusivement tourné vers l’Europe et le fédéralisme. Bref, plus chiant tu meurs. Totalement dénué de charisme et piètre communicant ses chances sont nulles. Mais sa rencontre avec Thierry Giovanni (Olivier Gourmet), patron d’une agence de pub en mal de reconnaissance va changer la donne. Giovanni et son équipe vont prendre en main le candidat et le modeler de façon à en faire une bête médiatique et politique. Vendre de la levure pâtissière ou un candidat à la présidentielle, pour lui c’est du pareil au même, à ceci près que la notoriété dont il bénéficiera après ce coup là, s’il le mène judicieusement, sera toute autre. Cela dit, avec Pierre Hénaut il y a du boulot et pour ainsi dire tout à changer dans l’image qu’il dégage. Mais pour faire bouger les sondages d’opinion, Giovanni, magouilleur et truqueur dans l’âme n’hésitera pas une seconde à employer les méthodes les plus douteuses et profiter de la naïveté de son candide candidat…


332 Henaut president henaut giovanni
Bien, soyons honnête, il s’agit d’une petite comédie franchouillarde sans grande prétention. Qui a su parfaitement jouer de l’enjeu des élections de 2012 (rappelez-vous qu’il y a encore quelques mois on nous vendait les présidentielles comme le tournant qui allait changer nos vies à tous) pour gagner un cachet particulier l’inscrivant en plein dans l’actualité et en faisant une petite fenêtre ouverte sur l’aspect caché des élections, l’envers du décor. Petites magouilles médiatiques, coup fourrés télévisés, recettes et arnaques en tout genre pour jongler avec les fameux sondages d’avant scrutin… on passe en revue tout l’aspect manipulations des masses communication de la politique.
Là encore il faut relativiser : il ne s’agit pas spécialement de mise à l’index ni de dénonciation en bonne et due forme de ces procédés, on est et on reste dans la comédie qui a pour but principal de distraire (en tout cas je l’ai pris comme ça). Ça peut d’ailleurs même par moment paraître caricatural dans la parodie. Mais en tout cas cela souligne bien que pour faire de la politique, ce ne sont pas tant les idées qui importent que la façon dont « on les vend », la prédominance de plus en plus évidente de la forme sur le fond, chose qu’on constate élection après élection (cf. les smseries, facebookeries et autres twiteries récentes…).

332 Henaut president campagne pub
Côté comédiens, on notera que Olivier Gourmet en publiciste sans vergogne vole la vedette à Michel Muller en candidat mollasson et gentillet. Les salauds sont toujours plus intéressants que les bons gars, encore une triste réalité que démontre le film. Voir Olivier Gourmet dans ce rôle tout en démesure et en exagération aura été pour moi un vrai contraste puisque je venais de le voir en dvd deux jours auparavant dans un autre film politique récent, L’Exercice de l’État, où il tient le rôle de l’homme politique cette fois-ci (et que je ne saurais trop vous conseiller d’ailleurs).

332 Henaut president giovanni
Sinon pas grand chose à signaler sur ce film, qui ne m’a que moyennement convaincu. Une comédie honnête, un thème d’actualité et original, un déroulement assez prévisible. Ça se regarde sans déplaisir mais on ne s’en relèvera pas la nuit.

332 Henaut president aff

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28 mai 2012 1 28 /05 /mai /2012 07:20

Ouch. Deuxième film coup de coeur de l’année après Chronicle. Dans un genre bien différent cependant ; après les apprentis super-héros voici un survival dans le monde des grands méchants loups.

328 territoire loups john2
Dans Le Territoire des Loups, Liam Neeson prête sa grande carcasse à John Ottway, chasseur bourlingueur au coeur lourd qui traîne ses guêtres au fin fond de l’Alaska où il est embauché pour assurer la sécurité des ouvriers d’une compagnie pétrolière. John est du genre silencieux et bourru, il vit en permanence dans le passé, hanté par les souvenirs de son passé : l’image d’une femme et des regrets inexprimés qui le rongent. Quand arrive le moment de rentrer à Anchorage, ses collègues et lui embarquent à bord du dernier vol avant les grands froids de l’hiver. Mais l’avion n’arrivera jamais à destination : pris dans une tempête il s’écrase dans l’immensité blanche du Grand Nord. Les rares survivants du crash savent que personne ne les secourra avant des semaines. La meute de loups qui règne sur ce territoire sauvage les a déjà repérés et pris pour cibles... Ottway ne voit pas d’autre issue pour son petit groupe que de se mettre en marche vers la forêt à la recherche d’un meilleur abri. S’engage alors pour la poignée d’hommes qui restent un combat sans merci contre la Nature, le froid intense et les prédateurs qui les traquent, ce qui ne sera pas sans créer des tensions entre eux. Vaincre ses limites, résister à un environnement plus qu’hostile et rester unis, il n’y a pas d’autre solution s’ils veulent survivre...


328 territoire loups crash1
Mis en scène par Joe Carnahan (auteur de l’intéressant Narc mais aussi de Mi$e à Prix et de l’adaptation ciné de L’Agence tous Risques qui ont tous deux de bons échos mais que je n’ai toujours pas réussi à voir) ce Territoire des Loups n’entre pas dans le tout-venant du survival tel qu’on a l’habitude d’en voir. Il y a bien entendu les passages obligés du genre : une tension qui monte crescendo, des survivants qui y passent les uns après les autres, le sacrifié pour que les autres puissent continuer, des personnages aux caractères forts et marqués, des scènes d’action réussies (rien que le crash de l’avion est déjà très impressionnant), etc...

328 territoire loups groupe
Mais Carnahan ne s’est pas contenté de réciter sa leçon et de dérouler le mode d’emploi du film de genre réussi, il y a insufflé autre chose, de plus lancinant et qui donne au film une saveur supplémentaire. Tout tient dans le personnage de John Ottway. Il y a en lui une sorte de mélancolie, de tristesse mêlée de force, de désespoir profond qui paradoxalement l’empêche d’abandonner la lutte sans se battre. De ce point de vue la performance de Liam Neeson est doublement bluffante. D’abord c’est un rôle très physique qu’il endosse là, et du haut de ses soixante piges il en impose le bonhomme. Rien à voir avec les rôles de papy-bastonneur qu’il a tenu récemment dans des films comme Taken par exemple, où il distribue quelques coups de tatanes avec vigueur et efficacité certes, mais qui restent du domaine de l’actioner sur mesure et chorégraphié. Ici c’est autre chose, il dégage une aura de force et de dureté peu commune. Et pourtant il parvient à glisser dans son jeu quelque chose d’indéfinissable qui donne l’impression qu’un poids titanesque le tire en permanence vers les abîmes. John Ottway, si dur et abrupt qu’il soit, a une faille dans la carapace, indicible mais profonde, certainement aussi difficile à combattre que le froid et les loups qui l’assaillent.

Et du coup il ne s’agit plus pour Ottway de « seulement » survivre aux bêtes féroces qui en veulent à sa peau, mais aussi à l’homme de trouver les ressources morales suffisantes pour ne pas baisser les bras alors que tout, objectivement comme psychologiquement,  le pousse à simplement abandonner.

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C’est en cela que Le Territoire des Loups dépasse (pour pas dire qu’il l’explose) son statut de survival. Dans ce film on ne parle pas que de quelques gars qui doivent survivre aux loups et au froid arctique. Il est question de foi en l’homme et de foi en Dieu, de remise en question, de réflexion sur la mort (et donc sur la vie), de la destinée et du sens (s’il y en a un) de tout cela. Il y a à ce sujet une scène lourde de sens et que j’ai trouvée très difficile à regarder juste après le crash, quand l’un des survivants succombe à des blessures trop graves dans les bras de Ottway. Ce dernier lui explique doucement ce qui va arriver et l’accompagne dans son agonie et sa panique jusqu’à son dernier souffle. C’est fait sans mièvrerie, sans exagération et sans apitoiement, et ça a une force émotionnelle qui se pose là. Une de ces scènes qu’on n’a pas l’habitude de voir au cinéma, encore moins dans un genre un peu bourrin comme un survival.

328 territoire loups crash2
Si je ne peux pas cacher que j’ai été pris aux tripes par ce film, je ne peux pas non plus passer sous silence quelques défauts que j’ai notés par-ci par-là. À commencer par les loups du titre. Les effets spéciaux qui les concernent m’ont un peu décontenancé. C’est très certainement voulu pour appuyer le côté peur ancestrale du « grand méchant loup » et imposer le sentiment de se trouver face aux prédateurs ultimes contre lesquels l’homme est totalement démuni, mais les loups qu’on voit en gros plan m’ont posé un problème de crédibilité et d’authenticité. Ils sont énormes les bestiaux ! et ouvertement pervers dans leur comportement ! Mais ce défaut de réalisme n’entrave pour autant pas la tension dont les loups sont le vecteur, c’est du reste l’essentiel. Au contraire si on accepte la description des loups et de leur comportement telle qu’elle apparaît dans le film, on comprend qu’on ne parle là pas que d’animaux poussés par la faim mais de bien autre chose, qu’on y voit selon sa propre interprétation des anges de la mort ou une métaphore de la vie dans tout ce qu’elle peut avoir de cruel...
On peut également reprocher une certaine prévisibilité par moment : on sent parfois quel personnage va y passer sous peu, même si sur la fin ce n’est plus le cas. Mais là encore, c’est une des limites inhérentes à ce type de film, pas un défaut propre à celui-ci spécifiquement.

328 territoire loups loup
Quant à la fin du film, elle m’a tout simplement scotché. C’est une fin grandiose, émotionnellement phénoménale, comme on n’en voit pas souvent, et qui introduit au dernier moment un autre regard sur le reste du métrage (attention spoiler \ le poème du père de John et la citation finale ont un impact faramineux et donnent un sens très philosophique à la fin du film / fin du spoiler). Je l’ai trouvée d’une force et d’une classe assez uniques.

328 territoire loups live and die this day
Voilà vous l’aurez compris, je ne peux que conseiller Le Territoire des Loups. C’est un film puissant. C’est un film prenant. Et c’est une des chouettes surprises de ce début d’année.

328 territoire loups aff

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22 mai 2012 2 22 /05 /mai /2012 14:00

Sorti dans la foulée de la cérémonie des Oscars, porté par le vent du succès qui n’a pas lâché Jean Dujardin depuis The Artist, le film Les Infidèles, de et avec Jean Dujardin et Gilles Lelouche a aussi fait parler de lui suite à la polémique lancée au sujet de ses affiches promotionnelles. Jugées provocantes, sexistes et de très mauvais goût, certains ont même avancé qu’elles risquaient de nuire à Dujardin dans la course à l’Oscar du meilleur acteur.
Eh bien pour une fois les américains auront été moins puritains que certains français et ne lui en ont pas tenu rigueur puisqu’on sait tous ce qu’il est advenu de la cérémonie hollywoodienne. Franchement, si l’on peut à la rigueur discuter de l’aspect « mauvais goût » de ces affiches-gags (et alors dans ce cas il faudra m’expliquer qu’on puisse censurer une œuvre pour mauvais goût, autre débat…), il suffira de voir le film pour juger de son caractère sexiste et machiste, donnant soi-disant une image dégradante de la femme. Les Infidèles est une comédie, avec ses exagérations et ses débordements, mais en aucun cas le film ne véhicule de message propre à être censuré. Bref, cette polémique aura été ridicule de bout en bout et de triste augure quant à la liberté d’expression et l’humour dans nos contrées…

Moi qui suis allé voir le film, je peux donc vous rassurer, à l’image de ce qui se fait pour la défense animale : aucune femme n’a été blessée ou maltraitée au cours de ce long métrage. Enfin si, une. Mais ça compte pas, c’était une vieille.

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Bon mais alors de quoi ça cause ?
Il s’agit non pas d’une histoire mais de plusieurs, de durées et de propos très divers, mais toutes centrées autour de l’infidélité des hommes. C’est une comédie, donc le sujet est traité surtout sur un ressort comique, bien qu’à l’occasion le ton humoristique cède sa place à d’autres, plus graves. Je pense en particulier à l’histoire mettant en scène Dujardin et Alexandra Lamy dans le rôle d’un couple de quinze ans qui s’avoue ses infidélités sur l’idée de départ d’un « on s’aime, on peut tout se dire » qui va vite dégénérer. Ou encore à l’histoire mise en scène par Michel Hazanavicius (ils sont sept réalisateurs à se succéder au cours du film) dans laquelle Jean Dujardin interprète un bureaucrate plutôt terne qui essaie tant bien que mal de s’encanailler au cours d’un congrès de sa boîte, qui m’a vu mal à l’aise et presque gêné de voir ce pauvre type s’enfoncer dans le pathétique.. Et celle où Gilles Lelouche est un orthodontiste qui tombe amoureux de sa jeune patiente est également à ranger parmi les sketches à fond plus sérieux.

325 les infideles dragueur rate
À côté de cela, il y a les scènes où on se lâche ouvertement. Des petites « pastilles » très courtes, notamment celles mettant en scène Manu Payet (absolument hilarant) et Guillaume Canet (dont la coupe de cheveux est à la mesure du contre-emploi qu’il joue). Gilles Lelouche en footeux aux urgences vaut son pesant de cacahouètes aussi. Évidemment c’est moins fin, voire parfois même carrément gras, mais ça ne m’a pas gêné une seconde. Le clou étant le sketch des « infidèles anonymes » où plusieurs personnages (que des hommes bien sûr) se retrouvent en thérapie de groupe pour avouer et combattre leur infidélité chronique. Sandrine Kiberlain y interprète une thérapeute féministe, revancharde et peau de vache qui vaut le détour.

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Quant à l’histoire principale, celle qui débute et clôt le film, qui narre les frasques de deux potes qui ne peuvent pas s’empêcher, bien qu’étant en couples, de sauter (sur) tout ce qui bouge, c’est la plus longue mais celle qui m’a le moins enthousiasmé finalement. Bon c’est sûr, Dujardin et Lelouche y jouent deux lourdaux hypocrites et cela donne quelques scènes amusantes, mais leur voyage aux States fait un peu trop dans la démesure et l’exagération, si bien que ça m’a donné l’impression d’avoir du mal à se situer clairement entre dénonciation et grand-guignol...

325 les infideles anonymes
En tout cas, loin d’être un chef d’œuvre (ambition dont le film ne se targue pas du reste), Les Infidèles est un film distrayant, voire vraiment marrant par moment. C’est une tarte à la crème que de dire cela d’un film à sketchs tellement c’est évident : il y a des sketchs meilleurs que d’autres, en cela le film s’avère inégal sur son ensemble. Mais la sensation prédominante pour moi a été positive. Et pour revenir rapidement sur la polémique dont je faisais état en début d’article, vu, au cours de ce film, tout ce que les mecs se prennent dans la tronche question fidélité, hypocrisie, sincérité des sentiments, vu la manière dont ils passent quasiment tous pour de grands gamins parfaitement irresponsables et menés par une seule loi, celle de leur libido, je crois qu’on peut l’affirmer : le film n’est en rien machiste. Au contraire même, c’est limite sexiste dans l’autre sens, vu que les seuls torts, vices et travers dénoncés ici sont masculins, comme si les femmes en étaient elles-mêmes exemptes…

325 les infideles anonymes geronto
Je profite rapidement de cet article pour faire passer un message à caractère très personnel puisqu’il s’adresse à mon ami Éric, qui me lira peut-être.
Pour la petite histoire, mon meilleur ami et moi partageons comme les deux compères du film, depuis des lustres, le rêve d’un voyage tous les deux à New-York, et nous comptons bien parvenir à le réaliser un jour. Mais que ce soit clair et sans l’ombre du moindre doute : Éric, pour moi ça tient toujours mais en aucun cas, tu m’entends bien, en AUCUN cas, il ne faudra compter à ce que notre périple finisse comme dans le film. Non négociable.
Ceux qui ont vu Les Infidèles comprendront...

325 les infideles aff

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14 mai 2012 1 14 /05 /mai /2012 09:34

Ce qui est bon quand on lit un bouquin, qu’on découvre un album ou qu’on va voir un film, c’est de se faire prendre (positivement) par surprise. Ça crée un enthousiasme aussi franc qu’inattendu et le plaisir qu’on ressent s’en trouve décuplé. Je parle bien de la découverte d’une œuvre culturelle hein.
C’est ce qui m’est arrivé avec ce petit film, Chronicle de Josh Trank (inconnu au bataillon), que je suis allé voir sans savoir à quoi m’attendre, juste poussé par un synopsis de départ qui avait éveillé ma curiosité. Et j’en suis sorti enchanté, complètement embarqué par ce que je venais de voir sur l’écran. Avec le bonheur simple lié à la satisfaction de m’être pris un chouette film en pleine face alors qu’au départ j’espérais juste que ce ne serait pas trop naze.


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Au début de Chronicle on fait connaissance avec Andrew (Dane DeHaan), un lycéen refermé sur lui-même, mal dans sa peau, qui n’a aucune confiance en lui, et qui essaie tant bien que mal de concilier son environnement familial en déliquescence (sa mère gravement malade est mourante et son père alcoolique passe ses nerfs sur lui) et son environnement scolaire tout aussi déprimant (timide, chétif et incompris il est le souffre douleur de ses camarades). De plus en plus asocial il décide de filmer sa vie et ne se déplace plus sans sa caméra derrière laquelle il se réfugie, celle-ci faisant office à la fois de filtre et de bouclier entre le jeune homme et la réalité dont il se coupe de plus en plus. Seul son cousin Matt (Alex Russell) le traite « normalement », et reste son dernier ancrage avec le monde scolaire. C’est justement en emmenant son cousin en soirée avec lui que Matt présente à Andrew l’ultra-populaire Steve (Michael B. Jordan*) qui a tout de la caricature du boyscout à l’américaine : sportif, intelligent, de bonne famille, il est sympa avec tout le monde, plaît aux filles et est le grand favori aux élections de représentant des élèves à venir. Mais Steve n’est pas le poseur, frimeur et imposteur que son image lisse pourrait nous laisser imaginer (tous cyniques désabusés que nous sommes), c’est réellement un gars sympa qui ne juge pas et accepte sans manières de côtoyer le pestiféré Andrew. C’est ensemble que les trois garçons vont découvrir en pleine nature, non loin de la rave-party à laquelle ils participent une étrange galerie dans le sol, d’où provient un bruit métallique non moins étrange. Grisés par l’alcool et la caméra au poing, les trois compères décident de s’aventurer dans le trou béant et tombent sur une substance indéfinissable, aux lueurs et aux sons aussi inquiétants qu’attirants. Le contact avec cette roche particulière les laisse sur le carreau, et ce n’est que quelques jours plus tard que les trois jeunes hommes se rendent compte qu’ils sont devenus capables de choses hors du commun. Tous trois doués de télékinésie, ils gardent pour eux ces nouveaux talents, tout en les développant ensemble, s’entraînant en cachette à maîtriser leurs pouvoirs. Chacun à sa façon va développer des aptitudes fabuleuses, mais ce sentiment de puissance, tout d’abord extrêmement grisant, va vite avoir des conséquences sur leurs vies et les inciter à se poser des questions sur leur responsabilité et les limites qu’ils doivent s’imposer, … ou pas !

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Voilà, j’ai fait un peu long pour le résumé, mais c’est pour exposer au mieux les bases du film. Je suis sûr que ceux, qui comme moi, sont des lecteurs de comics, auront été titillés par la dernière phrase car elle fait écho au leitmotiv d’un super-héros bien connu et qui se balance en collants au bout d’un fil : Spider-Man et son fameux « de grands pouvoirs entraînent de grandes responsabilités ». Clairement le clin d’œil à la devise phare de Peter Parker est évident. À ceci près que dans ce film, les personnages et les événements sont traités avec un maximum de réalisme (si tant est qu’on accepte comme réaliste l’idée de départ de trois garçons doués de télékinésie évidemment). Pas de costumes, pas d’envie de jouer les super-héros, pas de super-vilain à combattre, seulement trois jeunes qui se retrouvent dans une situation extraordinaire et qui vont devoir apprendre à composer avec. Du coup quand les héros parlent de responsabilité, il ne s’agit pas de se mettre à sauver des gens et devenir des super-héros, mais avant toute chose de ne pas mettre les autres en danger en utilisant leurs pouvoirs inconsidérément.

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Et c’est avant tout sur le cheminement personnel et la prise de conscience qu’est centré ce film. Chacun des trois garçons, en fonction de sa personnalité propre et de son environnement, va évoluer différemment.  Au départ, et c’est une partie très enthousiasmante du film, il y a la phase d’appropriation des changements qui s’opèrent en eux (je ne ferai pas d’assimilation avec les ados dont « le corps change » mais ceux qui voudraient absolument y chercher une interprétation psychanalytique ont du terrain à explorer dans cette direction), la découverte des pouvoirs et l’exploration du champs de possibilités qu’ils ouvrent aux trois garçons. Cette partie est franchement plaisante, drôle, potache, mais possède aussi un vrai pouvoir d’émerveillement. Ce qui est en soi déjà une belle réussite. De nos jours les effets spéciaux sont à ce point devenus monnaie courante et sont souvent tellement bien foutus que j’étais tout étonné dans ce film de voir les effets « concrets » des pouvoirs de télékinésie de ces gamins m’émerveiller autant. Vraiment, j’avais le sourire aux lèvres et l’envie de lâcher un « wouah » d’admiration et de surprise devant leurs prouesses (et leurs ratés). J’étais comme un gosse qui voit ça pour la première fois, alors que depuis des années j’ai été littéralement nourri de films à effets spéciaux. Très bon point donc.

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Puis, une fois que les nouvelles capacités sont plus ou moins maîtrisées, que les jeunes héros ont pu explorer leurs limites, vient la phase suivante : que faire de ces dons exceptionnels ? Faut-il s’imposer des limites ? Lesquelles ? Le pouvoir absolu corrompt-il absolument ?
On aborde frontalement le concept de morale, qu’on retrouve inévitablement à la base de toute histoire de super-héros, même celles qui ne répondent pas directement aux canons du genre (comme c’est le cas ici). Et comme à chaque fois quand on parle de morale, je ne peux m’empêcher de penser à la phrase de Léo Ferré « n’oubliez jamais que ce qu’il y a d’encombrant dans la morale, c’est que c’est toujours la morale des autres »…

Il y aurait également beaucoup à dire sur la façon dont les choses vont évoluer, comment chacun va user de son pouvoir, et sur la conséquence des choix de chacun, mais ce faisant je dévoilerais trop le contenu du film et son dénouement, que j’ai personnellement trouvé très cohérent et fort réussi. Je préfère donc laisser le plaisir à chacun de le découvrir par soi-même. Mais ce que je peux dire c’est que cela faisait longtemps que je n’avais pas vu l’idée de « super-pouvoir » développée sur un ton aussi réaliste, réfléchi, logique et au bout du compte adulte. Encore une fois, tout ce qui habituellement, dans une histoire de super-héros, vient enrober l’action et les personnages, et qui parfois contribuent à « polluer » les réflexions très philosophiques que certains soulèvent (sur la responsabilité liée au pouvoir notamment), est ici évacué. Pas de costume moulant, pas de triangle amoureux, pas de némésis au héros, pas de combat entre le bien et le mal (en tout cas pas sous la forme manichéenne super-héros Vs super-vilain), pas de superstar pour endosser le rôle principal, pas de second degré ou de punchlines en forme de clin d’œil au spectateur (et dont le sous-texte est toujours un peu teinté de « ne vous en faites pas, on ne se prend pas au sérieux, on est conscient que tout ça c’est du cinéma pour grands enfants »). Chronicle est purgé de tout cela, et ça fait un bien fou.

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Entendons-nous bien, j’adore les films de super-héros (et je bouffe des comics à tous les repas) et je piaffe d’impatience d’aller voir Avengers au cinéma (eh non, contre toute attente je n’y suis pas encore allé !). J’aime voir Spider-man virevolter entre les buildings de New-York, j’adore voir Magnéto soulever un sous-marin nucléaire ou écouter Robert Downey Jr cabotiner dans son costume de Tony Stark. Parce que c’est du folklore, que j’ai baigné et grandi là-dedans et que voir en chair et en os des personnages de papier que je connais et que j’aime depuis que je sais lire me fait toujours triper au-delà du raisonnable. Mais avec Chronicle, c’est une autre approche, beaucoup plus terre-à-terre, beaucoup plus sobre et cependant ultra-prenante malgré tout.

Comme je le disais, il n’y a pas de star à l’écran, les acteurs qui jouent là-dedans m’étaient parfaitement inconnus et cela contribue au réalisme, car le comédien est totalement effacé derrière son personnage. Quant à la mise en scène elle est elle aussi particulière. Une grande partie du film est montré par l’objectif de la caméra d’Andrew, presque à la façon d’un documentaire. Cela donne un grain spécial à l’image, les couleurs sont ternes, les choses, les gens, la réalité n’est jamais « améliorée », on ne cherche pas à donner un vernis « cool » à ce qu’on nous montre. Pour autant les effets spéciaux sont impeccables, justement car ils ne cherchent pas à en faire trop. Ils ne sont pas l’intérêt principal du film mais contribuent pleinement à donner encore plus de force et d’impact à l’histoire en se mettant à son service d’une très belle manière.

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C’est pour toutes ces raisons que j’ai du mal à qualifier simplement ce film de film de super-héros. Parce qu’il en intègre certes de nombreux éléments (dont l’essentiel : des personnages dotés de pouvoirs exceptionnels), mais se situe toutefois aux antipodes de ce que Hollywood nous sert comme standards du genre depuis que ces films ont le vent en poupe (on va dire pour simplifier depuis les franchises BladeX-MenSpider-Man). Alors pour un amoureux du genre comme moi, c’est très rafraîchissant et extrêmement plaisant de voir ce Chronicle qui sort des sentiers battus, qui va là où on ne l’attend pas du tout et qui fait mouche.
C’est pour moi la meilleure surprise de ce début d’année, sans conteste !



* le B. du nom étant certainement là pour marquer la distinction avec un aîné basketteur autrement plus connu…


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