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Avant de lire les notes que je fais sur les films que je vois et les bd que je lis, sachez que dans mes commentaires il m'arrive parfois de dévoiler les histoires et les intrigues. Ceci dit pour les comics, je n'en parle que quelques mois après leur publication, ce qui laisse le temps de les lire avant de lire mes chroniques.
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7 mai 2012 1 07 /05 /mai /2012 07:46

Je ne suis pas une midinette et je n’ai (à ma connaissance) aucun penchant pour les beaux ténébreux. Je n’arrive pas à préférer une mini tasse de Nespresso à mon bol de café quand j’arrive au boulot le matin. Pourtant j’avoue sans gêne que George Clooney figure dans la liste de mes acteurs favoris *. Donc quand j’ai su qu’il était à l’affiche dans un film nominé aux Oscars (oui je sais, c’est loin d’être le gage de quoi que ce soit qualitativement parlant) et réalisé par Alexander Payne (là déjà c’est autre chose, j’y reviendrai), je me suis dit que ce serait une bonne idée d’y jeter un coup d’œil. Comme ça, pour voir. Et si je n’ai pas été ébloui j’ai tout de même passé un bon moment.

320 the descendants matt alex
L’histoire prend place dans l’archipel d’Hawaï. Matt King (George Clooney) bosse beaucoup, et néglige plus que de raison son couple et son rôle de père. Un accident de ski nautique plonge sa femme dans le coma, et oblige Matt à s’occuper à plein temps de Scottie, dix ans (Amara Miller) et Alexandra (Shailene Woodley), adolescente rebelle de dix-sept ans. Décisionnaire dans un processus de vente de terres familiales s’élevant à plusieurs centaines de millions de dollars, Matt va devoir prendre de lourdes décisions alors qu’il apprend coup sur coup que son épouse ne se remettra jamais, et que celle-ci avait une liaison. C’est avec ses enfants, et Sid (Nick Krause), l’ami demeuré de son aînée, que Matt va partir à la recherche de l’amant de sa femme…


320 the descendants alex matt scottie
Je partais avec un a priori positif en allant voir ce film, ne serait-ce que par rapport à ce que j’avais déjà vu de son réalisateur auparavant. Il a, dans les années 2000, signé deux films qui m’ont marqué (et plu, je précise) avec Sideways et Monsieur Schmidt**. Je savais donc qu’il était tout à fait capable de partir d’une situation et de personnages pas forcément extravagants pour raconter de chouettes histoires, et que la simplicité n’exclut pas la profondeur dans son approche des choses… et c’est très exactement ce que j’ai retrouvé comme sensation dans The Descendants. Une histoire au pitch de départ plutôt simple, et un développement tout en finesse, abordant parfois des sujets très graves sans s’interdire des touches d’humour, voire de loufoquerie. À ce titre le personnage de Sid, que j’ai trouvé parfaitement imbitable et con comme un manche au point que je n’en revenais pas d’un tel décalage et d’une telle marque de mauvais goût au milieu du reste d’un film si mesuré, se révèle tout à fait à sa place comme on le comprend dans la dernière partie du film.

320 the descendants matt alex2
Alexander Payne va donc au fil du métrage nous emmener à sa suite sur des terrains qu’on n’attendait pas forcément et posera certaines questions auxquelles il nous invite à réfléchir sans vouloir imposer la réponse qu’il propose. Dans The Descendants il est question d’amour, de haine, de vengeance, de détresse, de pardon et d’espoirs à degrés divers. On varie avec les personnages d’un sentiment à l’autre, parfois contradictoires, et ça permet de se remettre soi-même en question. Quel sentiment l’emporterait chez nous, quelle réaction serait la notre dans de telles circonstances ? Sans intellectualiser à outrance, j’ai trouvé le fond de la réflexion proposée intéressant.

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Côté comédiens, Clooney tient le haut du pavé et joue vraiment d’une manière fluide, juste et sincère la somme de sentiments qui assaillent son personnage. De l’inquiétude et la volonté de se rattraper au début de l’histoire, à l’abattement et la dévastation d’apprendre que sa femme est en mort cérébrale, jusqu’à la colère et la haine qu’il ressent en tant que mari trompé en passant par la détresse d’un père débordé par ses enfants qu’il redécouvre dès lors qu’il s’en occupera pleinement… Vraiment, j’ai trouvé son jeu d’acteur brillant, ni trop ni pas assez dans l’expression des sentiments, pour moi c’était une confirmation de plus de son talent de comédien. Mais une autre qui se révèle aussi bonne que belle (non ce ne sont pas des synonymes) c’est la jeune Shailene Woodley, à qui je prédis une jolie carrière si toutefois elle parvient à se tenir loin des twilighteries et autres mièvreries ado-sirupeuses… Et puis c’est toujours un plaisir de retrouver au détour d’un second rôle le sous-employé Robert Forster, ici dans le rôle du beau-père acariâtre dont le caractère de chien, la haine et la dureté ne l’empêchent pas d’être aussi par ailleurs un vieil homme touchant.

320 the descendants alex matt grands-parents
Et puis pour la petite histoire, ce film a l’avantage de répondre à des questions autrement plus existentielles. En effet il vous prouvera sans l’ombre d’un doute possible que s’habiller chaque jour de l’année en chemise à fleurs hawaïenne et tongs, c’est pas le truc le plus classe au monde, même quand on s’appelle George Clooney. Ça humanise le bonhomme, c’est le moins qu’on puisse dire. Sans parler de son statut de cocu (et bonjour le baltringue que madame a choisi pour le remplacer…) qui finit un peu plus de l’éloigner de son image de bellâtre dans ce film. Et c’est tant mieux.

320 the desendants hugh matt
Pour résumer, je dirais que The Descendants est un chouette film, pas révolutionnaire loin s’en faut, mais honnête dans ce qu’il raconte, avec des acteurs de talent et une mise en scène intelligente. C’est franchement déjà pas mal non ?



* Liste au sein de laquelle George côtoie les très glamours et sexy Richard Dreyfuss, Paul Giamatti, Takeshi Kitano ou Jack Nicholson par exemple. Juste pour vous situer l’ambiance playboy de cette liste.

** Tiens donc, revoilà Paul Giamatti et Jack Nicholson, quelle coïncidence !

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3 mai 2012 4 03 /05 /mai /2012 13:27

J’aime faire le grand écart.
Je veux dire par là, m’intéresser à des choses très différentes, voire opposées parfois. (Sinon, oui je travaille aussi ma souplesse articulaire –l’âge fait des ravages-, merci de vous inquiéter.)
C’est pourquoi sur mon blog dans la catégorie cinéma, je ne vois aucun inconvénient à aligner à la suite des articles sur Intouchables, Shame, Take Shelter et La Vérité si je mens ! 3. Même pas peur. Même pas honte. D’autant que ça risque de pas s’arranger prochainement…*


Donc je suis allé voir la suite tant attendue (si, moi je l’attendais) des aventures de nos vendeurs préférés (si, moi je les aime) de fringues à pas cher. J’avais adoré le premier volet en 1997, beaucoup ri sur la suite de 2000, il n’y avait donc aucune raison de bouder ce troisième, bien que tardif, opus. Et je n’ai pas adoré comme le premier. Je n’ai pas autant ri que pour le second. Mais je ne me suis pas non plus ennuyé.

318 verite si je mens3 herve serge edouard
Dans La vérité si je mens ! 3  de Thomas Gilou, on retrouve donc Eddie (Richard Anconina), Serge (José Garcia), Yvan (Bruno Solo), Dov (Vincent Elbaz reprend son rôle après l’avoir laissé à Gad Elmaleh dans le second volet) et Patrick (Gilbert Melki) à peu de choses près là où on les avait laissés douze ans plus tôt. Toujours dans le business, toujours dans une ambiance de bons potes qui rigolent bien, magouillent un peu et prennent la vie avec le sourire. Bon, il y a quelques mômes en plus, Karine (Aure Atika) a quitté Dov et sort avec Yvan, Serge truande bosse pour beau-papa (Enrico Macias), les affaires ne se font plus dans le Sentier mais dans la banlieue d’Aubervilliers, mais dans l’ensemble tout ce petit monde vivote dans la bonne humeur.
Le commerce reste bon, malgré la concurrence devenue plus féroce de la part des chinois qui s’installent dans les affaires. Jusqu’au jour où la société de Eddie, Yvan et Dov fait l’objet d’un contrôle judiciaire visiblement téléguidé par quelqu’un… pour se sortir de ce mauvais pas il va peut-être falloir s’en remettre à Simon (Marc Andreoni) pour contrecarrer les chinois. Serge pour sa part n’a jamais été plus irresponsable que depuis qu’il gère les affaires de son beau-père, ce qui n’arrange pas sa relation avec Chochona (Elisa Tovati). Quant à Patrick, rien ne va plus pour lui non plus : les impôts s’intéressent de très près à lui et c’est étonnamment… réciproque ! En effet la sérieuse Mlle Salomon (Léa Drucker) ne le laisse pas de marbre, et pour un millionnaire qui ne déclare rien au fisc, tomber amoureux de son contrôleur des impôts n’est pas la meilleure des idées à avoir…
Un vent de panique souffle entre les membres de la petite bande d’amis, la zizanie et la discorde les guettent…

318 verite si je mens3 dov yvan chinois
Évidemment, il serait de bon ton de cracher sur le film, de le trouver raté, répétitif, poussif et comme je l’ai pas mal lu sur la toile, « trop commercial ». Mais ce ne serait pas honnête. Tout comme il ne serait pas honnête non plus de le porter aux nues et d’en faire la nouvelle comédie française inratable de ce début d’année. Non, en fait, il s’agit tout simplement d’un film moyen. D’une comédie pas franchement mauvaise, mais rien d’exceptionnel non plus.

Pas bon, parce que évidemment le scénario est cousu de fil blanc (la vérité je fais des jeux de mots !), que l’on sent à peu près tout venir et de loin. Parce que la surprise et l’originalité n’y sont plus, qu’on est beaucoup plus dans une logique de mécanique bien huilée que dans un joyeux foutoir comme au début. Parce que ce qui passait pour de la nouveauté et du grand guignol drôlatique au début ressemble parfois plus à de la caricature de caricature. Ben oui, on a aimé Serge Benamou, ou nous donne du Serge Benamou ! dans toute sa démesure, mythomane au dernier degré. Mais en même temps de quoi se plaint-on ? c’est la définition même de ce personnage si on y réfléchit un peu. Cela étant dit, c’est très certainement toutes les scènes traitant de la relation entre Serge et son beau-père que j’ai trouvées les plus outrancières, exagérées et au bout du compte ratées et pas drôles du tout.

Pas mauvais, parce que tout ça fleure bon le parfum de nostalgie des premiers films. Parce que les personnages sont les mêmes qu’au départ et qu’on les a aimés ainsi. Parce que tout cela est fait avec une bonne humeur communicative, qu’on ressent l’ambiance de potes qui règne dans le jeu des acteurs. Parce qu’on voulait du cabotinage, de l’accent pied-noir, des vannes pourries et de l’exagération dans le jeu et qu’on en a à revendre !

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Cette franchise de films a ceci de particulier qu’elle bénéficie d’un statut spécial, que de nombreuses comédies aimeraient obtenir mais qui peut aussi s’avérer à double-tranchant. Le premier volet est un film générationnel à mon sens. Comme Les Bronzés avant lui, le premier La vérité si je mens ! a marqué positivement et durablement à sa sortie, et a connu un franc succès en particuliers auprès d’un public jeune (de l’époque). Le deuxième est sorti quasi dans la foulée, bénéficiant de la vague de succès du premier. Puis plus rien pendant douze ans… et en douze ans les choses changent, les gens changent, les modes passent, et les générations d’hier ne sont plus celles d’aujourd’hui. Les « anciens » jeunes ont évolué et les « nouveaux » jeunes sont différents des anciens…  Mais les personnages, les histoires, les intrigues elles n’ayant pas évolué, elles n’ont plus le même impact, et on a parfois l’impression de « réchauffé » c’est vrai.
Cela dit, je refuse catégoriquement de classer cette Vérité si je mens ! 3 sur le même plan qu’un Bronzés 3 pour reprendre l’exemple précédent. Avec ce film on est très loin du ratage abyssal qui nous a été proposé par la bande du Splendid en 2005. Au moins dans le film de Thomas Gilou, on sent que le cœur y est encore, l’envie reste là, l’esprit demeure, bien que la mayonnaise prenne moins bien. On réalise juste, non sans une pointe de nostalgie, que le temps a passé et que les anciennes recettes n’ont plus la fraîcheur d’hier.

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Alors La vérité si je mens ! 3 est loin d’être une franche réussite, mais ce genre de film me fait toujours plus marrer et m’apporte plus de plaisir (régressif très certainement) qu’un Bienvenue chez les Ch’tis dont je ne comprends toujours pas le succès phénoménal.
Remarquez j’ai peut-être tout faux, un goût de chiotte et l’indécence de l’afficher avec ça, mais ce n’est pas moi qui vous déconseillerai de voir La vérité si je mens ! 3. Simplement je vous aurais prévenu quant à ce que vous verrez.



* J’ai en projet différents articles jonglant pêle-mêle avec quelques films de baston bien bourrins, des super-héros en goguette, les œuvres de Takeshi Kitano, du film oscarisé, du Richard Dreyfus à gogo et du Nicolas Cage en détresse capillaire.

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31 janvier 2012 2 31 /01 /janvier /2012 08:27

En ce début d’année 2012, est arrivé sur nos écrans Take Shelter de Jeff Nichols, un film indépendant américain qui a fait parler de lui lors de ses passages à Cannes et à Deauville (dont il a raflé le Grand Prix). Si les Nostradamus de tout poil aiment à prédire l’apocalypse pour cette année, et si les cataclysmes en tout genre font souvent recette au cinéma, Take Shelter aborde le sujet sans l’aborder. Car dans ce film il n’est pas tant question de la fin du monde en tant que telle, mais bien de la fin d’un monde, celui de Curtis LaForche.

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Curtis LaForche (Michael Shannon) est un honnête homme tout droit issu de la campagne américaine typique. Trentenaire, marié, père d’une enfant sourde, ouvrier dur à la tâche, il vit dans un petit pavillon modeste mais agréable, roule en pick-up un peu défraîchi et va à la messe en famille le dimanche. On peut le dire, Curtis est un type bien, simple et travailleur, responsable et plein de bonne volonté. Bien sûr il ne roule pas sur l’or mais il ne rechigne pas à la tâche pour parvenir à payer l’opération qui permettra peut-être à sa petite fille Hannah d’entendre. Mais sa vie va basculer. Curtis commence à faire des rêves traumatisants, des cauchemars horribles dans lesquels une énorme tempête s’abat sur sa ville, où les gens deviennent fous et s’en prennent à lui et à sa fille qu’il ne parvient pas à protéger. Et puis petit à petit, tout doucement, les mauvais présages commencent à lui venir aussi en pleine journée. Visions, hallucinations, coups de tonnerre en plein soleil, vols erratiques de nuées d’étourneaux, … Curtis perd peu à peu le contrôle. Pourtant il est quelqu’un de raisonnable, il va voir un médecin, puis consulte une psychologue car il soupçonne dans ses rêves éveillés des signes de maladie mentale. Il faut dire qu’il est en terrain connu, sa propre mère ayant été diagnostiquée schizophrène paranoïde alors qu’il n’avait que dix ans. Mais tout raisonnable qu’il est, les choses qu’il ressent sont d’une telle force qu’il ne peut s’empêcher de s’atteler à la rénovation et l’agrandissement du vieil abri anti-tempête qu’il a au fond de son jardin. Sa femme Samantha (Jessica Chastain) et son ami Dewart (Shea Whigham) sont de plus en plus inquiets pour sa santé, mais Curtis n’en démord pas malgré tout ce que cela va entraîner pour lui : il doit absolument préparer un refuge pour sa famille avant que cette fameuse tempête cataclysmique n’arrive.


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Le thème de Take Shelter et son ambiance sont rudes. On assiste à une lente descente d’un homme dans l’enfer de sa paranoïa. Le réalisateur Jeff Nichols réussit le tour de force de nous plonger dans la psyché de son personnage, en particulier lors des passages relatant les cauchemars de Curtis. Ces scènes sont franchement oppressantes à regarder, et on se retrouve à leur terme dans le même état que le héros, suffocant de peur, à la recherche désespérée de son souffle et d’un retour à la normale. Tous les passages où Curtis voit ses craintes se réaliser sont glaçants d’effroi, et parfaitement maîtrisés par le metteur en scène. D’ailleurs l’auteur parvient à ce point à traduire en image la paranoïa grandissante de Curtis qu’on en vient nous-mêmes parfois à douter. On en vient parfois nous-mêmes à nous demander si par hasard ce n’était pas Curtis qui a raison, s’il n’était pas doué d’un don de prédiction, si quelque chose d’horrible ne va pas finir par s’abattre sur tout le monde. Et on sent si bien à la fois l’isolement du héros et sa peur qu’on se prend presque à espérer que c’est lui qui a raison. D’autant que son obsession à protéger sa famille n’a comme conséquence que d’éloigner ceux qu’il aime de lui. Et pour cause, Curtis se transforme, et devient par moment aussi inquiétant qu’inquiet.

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Si une grande part de la réussite de cette plongée dans la folie tient du talent du réalisateur, il faut également signaler les excellentes prestations des comédiens, Michael Shannon en tête. Je l’avais découvert il y a quelques années dans un film où il tenait déjà le rôle d’un personnage rongé par la folie et la paranoïa (faut dire qu’il a la tête de l’emploi aussi le garçon), Bug de William Friedkin. Mais là où Bug avait échoué selon moi, Take Shelter réussit : on est bel et bien dans la tête du héros et on ressent sa souffrance. Shannon ne surjoue pas, il est en équilibre parfait dans son rôle et est tellement crédible qu’il rend son personnage pourtant aride et introverti extrêmement touchant. Jessica Chastain (que j’ai découverte sur ce film, n’ayant pas encore vu le Tree of Life de Terrence Malick où elle tient un des rôles principaux) quant à elle hérite d’un rôle difficile également, qu’elle interprète avec beaucoup de justesse. La lente dérive de Curtis éveille en Samantha des sentiments très divers mais toujours profonds que l’actrice joue avec talent : la compassion, l’amour, l’inquiétude, la peur, le désespoir, la colère, la résignation... On sent chez cette comédienne une mine de talent brut. Et puis elle est jolie avec ça, avouez que ça ne gâche rien.

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Je ne vais pas dévoiler la fin du film mais je ne peux pas non plus ne rien en dire. Il s’agit d’une fin assez ouverte, qui laissera une place à l’interprétation de chacun, ce que d’aucun trouveront peut-être dommage. Moi-même en ai été au départ un peu déçu, mais finalement après y avoir repensé, je la trouve adéquate et mesurée. Le film aura délivré assez d’éléments et d’indices tout au long de ses deux heures pour vous permettre d’avoir votre propre interprétation au final. Dommage que je ne puisse pas vous livrer la mienne ici, ce serait spoiler une partie du film et puis il vaut toujours mieux se faire sa propre opinion seul, n’est-ce pas ?
En tout cas je recommande Take Shelter, formellement très réussi, avec des acteurs criants de vérité, et une mise en scène aboutie et maîtrisée. Si le thème ne vous fait pas peur n’hésitez pas, vous aurez toujours bien le temps de voir une comédie une autre fois (car Serge Benamou et ses potes arrivent à grands pas…).

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17 janvier 2012 2 17 /01 /janvier /2012 11:37

S’il est un acteur dont on peut dire qu’il aura trusté les salles de cinéma et les sorties dvd cette année, je crois bien que c’est Michael Fassbender.
Pour ma part en 2011 je l’ai vu cavaler en jupette romaine dans Centurion de Neil Marshall, assister en stetson au naufrage artistique de Jonah Hex, soulever des sous-marins nucléaires en tant que maître du magnétisme dans X-Men : Le Commencement* de Matthew Vaughn, se prendre la tête avec Sigmund Freud dans A Dangerous Method de David Cronenberg, et donc également tenter de satisfaire sa libido insatiable dans Shame de Steve McQueen (rôle pour lequel il a décroché le prix d’interprétation masculine à la Mostra de Venise).

D’ailleurs vous n’avez pas fini d’entendre parler du bonhomme, puisque rien qu’en 2012 il sera à l’affiche du prochain Steven Soderbergh (Haywire), du futur Jim Jarmusch (une histoire de vampires…), du nouveau Joel Schumacher (Blood Creek), du dernier projet de Darren Aronofsky en date (Noah) et surtout de la préquelle à Alien mise en boîte par Ridley Scott himself, Prometheus**.
Excusez du peu. Et encore je passe sous silence les projets plus confidentiels et pas liés à de grands noms du septième art comme ceux qui précèdent. Bref, Michael Fassbender a le vent en poupe, et à mon humble avis il le mérite.

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J’en reviens donc à Shame. Vous en aurez peut-être entendu parler ou vous aurez peut-être remarqué son affiche toute en suggestion. Il fait partie de ces « petits » films totalement inattendus et à l’habit discret mais qui par leurs qualités auront su se créer un buzz positif chez les amateurs de cinéma. Fassbender y incarne Brandon, new-yorkais dans la trentaine, cadre dynamique qui travaille beaucoup, vit dans un appartement très classe où tout est clean et très sobre, et qui est atteint d’une réelle addiction au sexe. Solitaire dans l’âme, son obsession l’accompagne partout et à chaque instant. Quand sa sœur Sissy (Carey Mulligan) débarque sans prévenir et s’installe pour quelques temps chez lui, Brandon va devoir composer avec l’intruse à laquelle il va essayer tant bien que mal de dissimuler sa part d’ombre.

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Pas évident comme thème, et plutôt casse-gueule. Ici pas de place pour l’humour ou la dérision, on n’est clairement pas dans une comédie. On y traite de sexe oui, mais aucune blague potache à l’horizon, afficionados des American Pie et consorts ce film n’est pas fait pour vous. L’addiction au sexe de Brandon est montrée crûment certes mais d’une manière extrêmement froide. Le film qu’on aurait pu penser sulfureux de par sa thématique, s’avère en réalité plus dérangeant et glaçant qu’excitant. On y voit du sexe, on y montre des déviances, des obsessions, des fantasmes mais aucune sensualité, aucune douceur, pas d’amour. Brandon baise, il ne fait pas l’amour. Il semble totalement dénué de sentiments, même dans la scène où on le voit pleurer pendant que sa sœur chante New-York, New-York, il semble d’une froideur extrême. En fait, on devine en Brandon quelque chose bouillir, et tout se passe comme si lui qui garde le contrôle en permanence devait par moment s’autoriser des soupapes d’évacuation sous la forme d’actes sexuels. Masturbation, prostituées, sexe sans lendemain, sites pornographiques, tout est bon pour assouvir les besoins immédiats qui prennent de plus en plus de place et de temps dans sa vie. Car hormis son addiction, Brandon ne montre aucune faille, semble solide comme un roc, insensible, invariable, intouchable. En un mot, inhumain.

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C’est du reste tout le contraire de sa sœur du point de vue émotionnel. Sissy est hyper-émotive, cœur d’artichaut, fleur-bleue, extravertie, expressive et en recherche permanente d’amour. Mais les deux sont des paumés de première, des laissés pour compte des sentiments, elle avec un trop plein de sensibilité et lui d’une aridité suffocante. Brandon et Sissy formant finalement les deux faces d’une seule et même pièce : la solitude.

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Leur confrontation est à ce titre dévastatrice. Ils ne se comprennent pas, ils se détestent car ils voient en l’autre exactement ce qui leur manque en eux-mêmes. Brandon en particulier, qui ne veut laisser place à aucune faiblesse mais qui voit bien que sa frêle petite sœur, toute insignifiante à ses yeux qu’elle est, lui renvoie à la figure à quel point il est lui-même fragile, sa présence intempestive chez lui la transformant en ce grain de sable qui enraye la machine si bien huilée de sa vie, qu’il s’évertue pourtant à maintenir à flots. Sissy est la preuve vivante et irréfutable que Brandon est en fuite perpétuelle. Comme s’il se réfugiait dans le sexe pour ressentir des choses si fortes et furtives, qu’elles l’empêcheront et lui éviteront de ressentir d’autres choses par ailleurs. Le sexe est la barrière qui le protège, le cache, mais aussi qui l’isole du monde extérieur, des autres. Le sexe ne se traduit pas dans les yeux de Brandon par la brillance du plaisir, mais bien par le voile de la douleur.

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(Attention mini-spoiler)
Une des scènes les plus emblématiques, les plus touchantes mais aussi certainement les plus déprimantes étant celle où après un début de flirt avec sa (magnifique) collègue de travail Marianne (Nicole Beharie) qui s’annonce prometteur (sur le plan sentimental j’entends, très bons dialogues dans la scène du restaurant au passage), ils commencent à faire l’amour sans que Brandon ne parvienne à aller plus loin. Lui le bandard fou accro au sexe débande dès lors qu’un soupçon de sentiment s’immisce dans la relation…
… et pour fuir cet échec cuisant que fait-il ? il commande dans la foulée une escort-girl qu’il prendra sauvagement à l’endroit même où sa virilité s’est fait la malle face à un mot d’amour. Frustration, désespoir et fuite éperdue en avant sont là admirablement mis en images en quelque plans et en très peu de mots.
(Fin du mini-spoiler)

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Vous l’aurez certainement deviné, Shame n’est pas un film léger, et encore moins un film divertissant. Le film est dur, parfois difficile à regarder (quand Sissy surprend Brandon en pleine partie de cinq contre un dans la salle de bain, la réaction de ce dernier est telle qu’on craint un moment le pire), mais très intéressant, intelligent et hypnotisant. Fassbender, qui a mon sens n’a pas volé son prix d’interprétation à Venise, m’a plus d’une fois fait penser au personnage de Patrick Bateman dans American Psycho, incarné au cinéma par Christian Bale. Le même détachement inquiétant à toute forme de sentiment (en dehors de la colère). Le même regard froid de psychopathe (bien que Brandon n’ait rien d’un tueur pour sa part). La même incapacité à se soustraire à leurs obsessions.

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 Shame est un film d’ambiance, sombre, glauque même par moments, exigeant mais viscéralement attirant. Les comédiens y sont très certainement pour beaucoup. Un film qu’on ne peut pas vraiment « aimer » au sens premier du terme je pense, mais dont l’aura dégage quelque chose d’interpellant. Et en poussant la réflexion un peu plus en profondeur, c’est un film qui nous parle aussi un peu de nous-mêmes et de ce que nos existences peuvent avoir de part d’ombre. Un film à ne pas mettre devant tous les yeux et encore moins dans n’importe quelles conditions, mais un film à voir cependant.


* Je n’ai pas parlé de ce film sur le blog, comme certains autres du reste, car je l’ai vu à une période de l’année où j’avais bien du mal à aligner trois mots suffisamment intéressants pour essayer d’en tirer un article digne de ce nom. Je le considère cependant comme l’un de mes préférés sur l’année, et sans hésiter comme le meilleur film de super-héros de 2011.

** Cherchez l’intrus. C’est pas compliqué : homonyme d’un gardien de but et d’un pilote de F1, tous deux teutons. Ils partagent tous les trois un amour infini pour la finesse et le bon goût.

310 shame aff

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9 janvier 2012 1 09 /01 /janvier /2012 11:22

Plus de 15 millions de spectateurs après sa sortie en salle, je me suis dit qu’il faudrait que moi aussi je me penche sur le film phénomène du moment : Intouchables. Cela dit j’ai hésité un peu, le nombre d’entrées n’ayant jamais été garant de la qualité d’un film. Pour preuve, je garde un souvenir mitigé du précédent gros carton au cinéma que fut le Bienvenue chez les Ch’tis de Danny Boon. Je l’avais trouvé moyennement drôle malgré tout le talent de Kad Merad (et je dois dire aussi que la participation de Michel Galabru m’avait vraiment fait marrer) et j’avais trouvé sa dernière demi-heure complètement ridicule.
Mais bon, Intouchables avait quand même l’air fait d’un tout autre bois, le pitch et les comédiens en outre m’attiraient beaucoup.


308 Intouchables seance habillage
Et puis voilà, j’en suis sorti en me disant que finalement je n’avais pas que des goûts si bizarres que ça. Parce que pour citer François Cluzet dans le film, j’ai kiffé grave.
Du début à la fin, ce film sonne juste. Il est la plupart du temps très drôle, mais il touche également à des sujets sérieux et graves, voire tristes (du handicap évidemment, mais aussi de la précarité et de la pauvreté en France, du racisme ordinaire ou encore des inégalités sociales) tout en se gardant bien de se vautrer dans le piège du misérabilisme et du pathos.
Une fois n’est pas coutume, je vous fais grâce du résumé du film de Éric Toledano et Olivier Nakache, on en a tant parlé ailleurs que tout le monde sait de quoi ça cause je pense.

308 Intouchables surprise
Ce que j’ai vraiment adoré dans ce film, c’est la rencontre improbable de deux personnages que tout sépare : physique, morale, origines, génération, condition sociale, culture… mais qui ont en commun deux choses essentielles : un solide sens de l’humour et un esprit ouvert. Ce qui est d’ailleurs assez étonnant de la part de deux types qui, pour des raisons très différentes, auraient toutes les raisons d’être aigris et d’en vouloir à la Terre entière plutôt que de  prendre la vie avec le sourire comme ils s’efforcent de le faire.

308 Intouchables massages petard
Ce qu’on retient avant tout du film, c’est évidemment la prestation géniale de Omar Sy (Driss) et de François Cluzet (Philippe), tous les deux habités par leurs rôles, et d’un naturel effarant à l’écran.
On a d’un côté l’enthousiasme délirant et la bonne humeur communicative de Omar Sy et de l’autre la sensibilité et la finesse de jeu de Cluzet qui films après films s’affirme vraiment comme un des acteurs les plus complets et talentueux du moment.

308 Intouchables 12kmh
Le duo fonctionne à merveille et ils nous embarquent avec eux dans leur histoire et dans leurs délires. Les seconds rôles sont presque anecdotiques tant les deux acteurs principaux bouffent l’écran, mais on retiendra en particulier Anne Le Ny (Yvonne) en bourgeoise gentiment coincée et Audrey Fleurot (Magali) en bombe incendiaire à la classe ultime et à l’humour piquant. On se marre beaucoup dans ce film, c’est rien de le dire, et on en ressort avec une banane énorme.
Je n’irais pas jusqu’à crier au génie absolu comme j’ai pu l’entendre ici ou là, mais vraiment, Intouchables est un excellent film et une comédie très réussie. Le cinéma français aura été gâté ces derniers temps.

308 Intouchables aff

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29 novembre 2011 2 29 /11 /novembre /2011 11:03

Après avoir vu Polisse, je m’étais dit à moi-même (oui je me parle) que le prochain film que je verrai serait bien mal loti de passer après. Faut dire que le film de Maïwenn m’a tellement marqué que j’avais peur de trouver fadasse à peu près tout ce qu’on me proposerait dans la foulée.
Et j’ai hésité avant d’aller voir Toutes nos Envies de Philippe Lioret dont j’avais eu de lointains mais bons échos. Par crainte de ne pas le juger à sa juste valeur. Eh bien je me suis planté et c’est tant mieux : Toutes nos Envies a bel et bien tenu toutes ses promesses.


305 toutes nos envies claire famille
Dans le film on suit Claire (Marie Gillain), jeune juge fraîchement arrivée en poste à Lyon, et jeune maman de deux enfants. Elle traite entre autres d’affaires de surendettement, et c’est ainsi qu’elle va être amenée à s’occuper du cas d’une femme, Céline (Amandine Dewasmes) qui s’avère être la maman d’une petite fille qui est une amie de ses propres enfants. Décidée à aider Céline, elle va s’engager dans un combat contre les sociétés de crédit. Combat jugé perdu d’avance et vain par l’ensemble de sa profession. Mais Claire sort elle-même d’une famille qui a connu les privations et les problèmes d’argent, et se sent doublement concerné par ce genre de situations. C’est lâchée et même menacée par sa hiérarchie qu’elle va rencontrer Stéphane (Vincent Lindon), un juge chevronné, conscient des injustices légales mais qui a perdu ses illusions et semble désabusé quant à ses capacités à y changer quelque chose. Pourtant entre Claire et Stéphane va se créer une réelle complicité, une relation forte et particulière, une connexion qui va les lier dans leur combat contre le surendettement. Mais le combat de Claire n’est pas qu’altruiste, elle se bat également contre un mal intérieur qui la pousse à vivre dans l’urgence et à agir vite. Bientôt, sauver Céline devient pour Claire le but ultime, une façon pour elle de sauver sa propre famille.

305 toutes nos envies claire
C’est très difficile d’en dire plus sur le film sans en dévoiler certains aspects qu’il vaut mieux découvrir au visionnage. Toujours est-il que le film joue sur deux tableaux dont les interconnexions sont très fortes : d’une part l’aspect très juridique qui concerne la défense des particuliers face aux sociétés de crédits qui usent de méthodes insidieuses et malhonnêtes pour faire raquer les gens à des taux impossibles. D’autre part un combat intime, personnel, que mène Claire contre la fatalité et pour maintenir le bonheur au sein de sa petite famille.
Elle va entraîner avec elle Stéphane, d’abord sur le plan purement juridique puis dans son combat personnel. Ce film c’est aussi d’ailleurs l’évolution du personnage incarné par Vincent Lindon, désenchanté au début puis revigoré par l’enthousiasme et la volonté de Claire qui va le pousser à se révolter et ébranler un ordre établi contre lequel personne ne cherche plus à s’élever.

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C’est justement grâce à ce parallèle incessant entre combat juridique (pour le bien de tous) et combat personnel (pour le bien de nos proches) que Philippe Lioret parvient à créer un lien très fort entre le spectateur et les personnages à l’écran. Ils sont vrais, ils sont sincères, volontaires mais faillibles, en un mot : humains. Et donc on adhère, on y croit, on est impliqué avec eux. Pourtant le constat est amer : il est ici très clairement démontré que la Justice ne privilégie pas ce qui est juste, mais uniquement ce qui est légal. Les sentiments et la morale n’ont pas prise sur un contrat. Et comme en écho à l’injustice légale, on réalise que dans nos vies intimes aussi, la justice n’a pas sa place. Les choses arrivent, peu importe qu’on les considère comme justes ou non, elles nous dépassent et s’imposent malgré tout.
Si le film ne laisse pas de doute ni d’illusion sur la Justice, il décortique le processus et la logique judiciaire jusqu’à en toucher les limites, et c’est finalement avec un certain cynisme qu’on se rend compte que les solutions, quand elles existent, sont détournées, pleines d’ironie. À défaut de tuer tout espoir en la société, Toutes nos Envies ne laisse pas pour autant sur un sentiment très positif ni optimiste à son sujet. On est plutôt dans la sensation qu’on reste définitivement englué dans un système extrêmement complexe et potentiellement très hostile dans lequel la plupart du temps « se battre pour changer les choses » a cédé sa place à « combattre pour survivre ». Tout n’est pas forcément perdu d’avance, mais l’idée de « vouloir c’est pouvoir » en prend un sérieux coup dans l’aile (pour ma part ça fait un bail que j’en suis revenu de cette philosophie de la vie gentiment naïve).

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Mais ce qu’on retient avant tout de ce film, c’est que quelle que soit la situation, difficile ou même désespérée, même si on perd à la fin une chose prime : se taire c’est accepter et perdre doublement. Toute la force et toute la volonté du monde ne suffisent pas toujours à gagner, mais faire de son mieux est la seule façon de rester debout. À ce titre, la scène de Claire donnant son parfum à Céline est à mon sens peut-être la plus belle preuve de volonté et de force (ceux qui verront le film comprendront ce que je veux dire).


Vraiment, Toutes nos Envies n’est pas le film le plus gai qui soit mais n’en conserve pas moins une aura positive à mes yeux. Je ne peux que le conseiller, voilà encore un très bon film français en cette fin d’année.

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4 novembre 2011 5 04 /11 /novembre /2011 14:39

Ça y est, je pense avoir vu ce qui restera pour moi le meilleur film de l’année 2011. Bon d’accord je n’en ai pas vu des tonnes, et puis j’en ai raté quelques uns qui avaient l’air pas mal du tout, mais avec Polisse, le dernier film en date de Maïwenn, je crois avoir fait bonne pioche et tiré le grand gagnant de l’année.
Ça faisait un bail que je n’avais pas été à ce point touché, ému, bousculé par un film. Alors certes, selon la définition de chacun, un bon film sera tantôt un film qui vous divertira, tantôt un film qui vous fera rêver, tantôt un film qui vous fera réfléchir. Si ce Polisse à l’orthographe enfantine fait à coup sûr réfléchir et se poser beaucoup de questions sur notre société que d’habitude on préfère ignorer et ne pas mettre sur le tapis, il fait avant toute autre chose ressentir une foultitude de choses. Car Maïwenn, gourmande et gonflée, a truffé son film de dizaines de choses, d’idées, de scènes, de réflexions, qui traitées séparément aurait pu aisément donner lieu à plusieurs films. Et elle peut l’être, gourmande et gonflée, car Maïwenn assure derrière la caméra, devant la caméra et devant sa feuille blanche. Parce que la nénette réalise, tient un des rôles principaux (je suis d’ailleurs tenté de dire qu’il n’y a que des rôles principaux dans ce film) et se permet le luxe de signer le scénario et les dialogues (co-signer en fait, avec Emmanuelle Bercot). C’est très certainement d’ailleurs à ce poste-ci qu’elle m’aura le plus bluffé : ses dialogues sont juste parfaits. Ou parfaitement justes, c’est égal.

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Bon d’accord, mais si je vous touchais quand même un mot de ce dont ça cause ?
Le film se déroule au sein de la Brigade de Protection des Mineurs (BPM) de la Police de Paris. Mélissa (Maïwenn) est une photographe missionnée par le ministère pour faire un reportage photo sur ce service, et va donc suivre pendant un mois une équipe de flics dans leurs enquêtes, leurs interpellations, leurs interrogatoires, et leur vie quotidienne. L’équipe à laquelle elle est intégrée est formée d’hommes et de femmes hauts en couleurs, en gueule et en caractère. Il y a le chef d’équipe Baloo (Frédéric Pierrot), Fred le dur au grand cœur (Joey Starr), Nadine (Karin Viard), Iris (Marina Foïs), Mathieu (Nicolas Duvauchelle), Chrys (Karole Rocher), Nora (Naidra Ayadi), Sue Ellen (Emmanuelle Bercot) et Bamako (Arnaud Henriet). Elle les suivra dans toutes sortes d’affaires, depuis la maltraitance parentale, aux affaires de pédophilie en passant par l’exploitation des mineurs, les viols ou encore les dérives d’internet… Mais ces hommes et ces femmes qui côtoient le pire de notre société et en font leur routine n’en restent pas moins des êtres humains à part entière, avec leurs failles, leurs faiblesses, leurs fous-rires, leurs passions, leurs vies privées. Et bien souvent quand on est flic à la BPM on ne peut pas « juste décrocher du boulot » à l’heure de rentrer chez soi. On porte ça en soi et on en est profondément marqué. Polisse est à ce titre un incroyable portrait, d’une rare finesse, pas seulement des policiers au contact quotidien des pires horreurs, mais des hommes au sens large.


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Avec Polisse, vous plongez pendant deux heures dans un film qui baigne littéralement dans la réalité. Du reste on est briefé d’entrée : le film s’inspire de faits réels. Le traitement de l’image joue là-dessus d’ailleurs, puisqu’il n’est pas sans rappeler celui d’un documentaire ou d’un docu-fiction. D’où peut-être son pouvoir magnétique hors du commun : c’est bien simple j’ai été tout bonnement happé par le film et moi-même intégré à cette équipe de flics, incapable de me distancier de ce qui se passait à l’écran. On est là, en plein dans l’histoire, dedans jusqu’au cou avec les personnages, à ressentir tout ce qu’ils ressentent, à se prendre en pleine poire leur quotidien, à pouffer de rire parfois avec eux sans pouvoir se retenir, à se rebeller contre l’indicible cruauté de notre société, à se désespérer de ne pouvoir faire plus devant tant d’injustice et de misère. Et comme ces flics qui rentrent chez eux et ne parviennent pas toujours à « décrocher » de leur boulot, on sort de la salle de cinéma sans pouvoir décrocher de ce qu’on vient de voir, tellement c’est fort, tellement ça impacte la rétine et le cœur.

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D’ailleurs j’en veux beaucoup à Polisse pour ça. Parce qu’après ce film ça y est, c’est officiel, j’ai la confirmation que je suis devenu une vraie chochotte alors qu’avant je pouvais voir les pires horreurs sans m’en soucier outre-mesure. Je me suis retrouvé à chialer comme une gamine, lors de la scène absolument déchirante d’une maman qui laisse son gamin de cinq ans à la BPM parce qu’elle est sans domicile fixe depuis six mois et qu’elle préfère s’en séparer pour le propre bien de l’enfant. Ce môme dont le désespoir et la colère vous explose à la figure, et en face de lui des flics impuissants dont un Joey Starr tout en émotions qui n’a que ses bras à offrir en réconfort … c’est juste un des moments les plus intenses que j’ai pu vivre dans un cinéma. Cette scène était si forte qu’il m’a été impossible de retenir mes larmes. Je n’avais aucune envie de les retenir d’ailleurs (heureusement entre midi et deux ce jour là j’avais la salle de ciné quasiment pour moi tout seul, sinon adieu la réputation de dur du Stéph)(comment ça « quelle réputation » ?).

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La dite scène qui, soit dit en passant, est une des preuves les plus éclaboussantes du talent de comédien du chanteur de NTM. J’avoue, avant ce film je n’avais que peu de sympathie pour Didier Morville (ça le fait moins comme patronyme dans le genre caillera). Et si je l’avais trouvé assez convaincant dans des petits rôles comme celui qu’il a tenu dans la série Mafiosa de Canal +, j’avais quand même des doutes quant à son talent, sorti des rôles de gangsters et mauvais garçons. Oui je sais, un a priori de merde de ma part, mais bon voilà. Mais dans Polisse il est tout simplement exceptionnel. Il m’a scotché. Chopé par les roustons et laissé comme deux ronds de flan. Bluffé. Il n’y a pas meilleur rôle qu’un contre-emploi réussi, et là on y est en plein : Joey Starr en flic plus vrai que nature, débordant d’humanité et de douceur sous la carapace de dur à cuire. C’est pas pour autant que je vais me mettre tout à coup à aimer sa musique, mais en tout cas je n’ai plus aucun doute sur le fait que ce type déborde de talent. Maïwenn a eu du flair quand elle a composé son casting, et à n’en pas douter engager le rappeur pour ce rôle pouvait s’apparenter à un sacré coup de poker. Coup gagnant, l’acteur et la réalisatrice raflent la mise.


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Et puisque j’en suis à parler de talent d’acteur et de scènes phares, je ne peux pas m’empêcher de citer le clash entre Iris et Nadine au bureau. Ça part d’un rien, ça monte en flèche vitesse grand V et ça explose en véritable hargne, témoignage de tonnes de ressentiments, de vexations et de reproches lancinants accumulés depuis des années. Les deux protagonistes de la dispute, Marina Foïs et Karine Viard qui pète littéralement un plomb, sont d’une justesse et d’une force… c’est à croire qu’elles se haïssent pour de vrai ces deux là ! Je pourrais aussi citer la scène de la prise de déposition d’une adolescente qui tourne en fou-rire incontrôlable, les interrogatoires d’hommes, pères ou grand-père, accusés d’actes sexuels envers leurs enfants, de cette femme qui maltraite son nouveau-né sans même se rendre compte de la portée de ses gestes, du raid des forces de polisse (oups, de police pardon) dans le camp de roumains au moment de séparer les enfants de leurs parents, et tant d’autres encore…
Tout ça pour dire que des preuves de talents il y en a à revendre dans ce film, et c’est une des caractéristiques principales de Polisse : tout y sonne juste.

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Vraiment, j’ai adoré ce film, et je n’ai qu’une crainte c’est de le survendre. J’y suis allé sans en avoir vu une seule image auparavant, ni interview ni promo, j’avais juste entendu dire que c’était un bon film mais n’avais lu aucune critique ni article de presse à son sujet. Et j’ai été cueilli. Allez-y, je vous souhaite d’avoir une aussi belle et grande surprise que moi en le voyant.

Le film de l’année 2011, et de loin. L’année n’est pas finie ? M’en fous, c’est tout comme à mes yeux.

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12 juillet 2011 2 12 /07 /juillet /2011 10:36

Quelle ne fut pas ma surprise l’autre jour quand, divaguant sur un trottoir, en passant devant un cinéma et lorgnant distraitement sur la collection d’affiches des films projetés et à venir, j’en repère une avec Mel Gibson en gros plan, affublé d’un peluche en forme de castor.
Je m’approche, je regarde. Le Complexe du Castor, film de et avec Jodie Foster, rôle principal tenu par Mel Gibson.

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Quand je parle de surprise… j’en étais resté aux frasques de l’acteur australien qui a fait bien plus parler de lui dernièrement dans la presse à scandales que dans celle consacrée au septième art. J’ai vaguement entendu parler d’affaires d’antisémitisme, d’ivrogneries diverses et de violence conjugale. De quoi blacklister le Mel pour tout ce qui est carnet mondain hollywoodien en somme. D’où mon étonnement de le voir à l’affiche d’un film. Ne niant pas un instant que Mel Gibson puisse n’être dans la vie qu’un sombre connard, pour moi il est et reste surtout un putain d’acteur, un gars qui m’aura marqué durablement pour tout un tas de raisons, dont les deux principales se nomment Martin Riggs et Apocalypto. Alors au-delà des scandales people qu’il suscite, le Mel Gibson acteur et réalisateur m’a toujours intéressé, et continue d’exercer sur moi une certaine curiosité, si ce n’est de l’attirance. Le film sortait le lendemain. Fallait bien que je vois ça…

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Alors Le Complexe du Castor met en scène Walter Black. Walter a, a priori, tout pour être heureux. Il est marié à Meredith (Jodie Foster), père de deux garçons, l’aîné Porter (Anton Yelchin) et le petit Henry (Riley Thomas Stewart), il dirige une marque de jouets qu’il a héritée de son père. Pourtant Walter est sujet à la dépression. Une dépression si forte qu’il se détache de tout et de tous, irrémédiablement. Au point qu’après des années d’efforts et pour le bien de tous, Meredith décide de se séparer de son époux. Touchant le fond, Walter veut en finir. Mais le hasard le fait tomber un soir sur une marionnette de castor, qui va changer son existence. Walter va s’accrocher avec l’énergie du désespoir à cette marionnette, qui va lui permettre d’exprimer tout ce qu’il n’ose pas dire, et de devenir une autre personne : positif, volontaire, entreprenant, drôle, charmeur, bref : sûr de lui. Mais ce n’est plus Walter qui est aux commandes, c’est le Castor. Walter ne parle plus, c’est le Castor qui s’exprime par sa bouche. Faisant passer cela pour une thérapie de la dernière chance que lui a prescrite son psychiatre qu’il ne voit plus depuis belle lurette, Walter va développer une toute nouvelle personnalité à travers sa marionnette, au point de ne plus pouvoir s’en passer un seul instant…

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Étrange film que ce Complexe du Castor… Difficile à cerner surtout. Parce qu’on a là plusieurs angles d’attaque, plusieurs traitements possibles de l’histoire (humoristique, dramatique, moraliste, mélo) qui sont tous empruntés à un moment ou un autre sans forcément exclure les autres. Évidemment la situation d’un Mel Gibson qui parle avec une marionnette au bout du bras prête à rire et Jodie Foster ne se prive pas d’en profiter un peu dans son film, tout comme elle parvient à donner dans le drame dès lors qu’elle aborde la relation conflictuelle père-fils de Walter et Porter. Parfois c’est too much (l’interview télévisée par exemple), parfois on est à la limite du mélo, mais sans jamais vraiment s’y lâcher complètement. À l’arrivée, je classerais tout de même ce film en comédie dramatique (ok, c’est un terme fourre-tout c’est pas faux non plus), mais ce flou artistique qui l’entoure n’a pas été pour me déplaire. Si je ne cautionne pas forcément tout dans le film, j’ai tout particulièrement été intéressé et touché par la relation, ou plutôt la non-relation devrais-je dire, entre Walter et son fils aîné. Il y a de belles idées : la liste des ressemblances que l’adolescent cherche à effacer est une jolie trouvaille, le trou dans le mur idem. De manière plus générale, si j’ai trouvé l’ensemble des comédiens plutôt bons et inspirés dans leurs rôles, c’est certainement Mel Gibson et Anton Yelchin justement qui s’en sortent le mieux. L’écriture des personnages n’y étant évidemment pas pour rien, Walter et Porter sont les deux piliers de cette histoire, qui a mes yeux se résume surtout et avant tout à cela : la relation père-fils.

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Sans vouloir trop en dévoiler sur l’intrigue, je dirais juste que la fin ne donne pas dans la facilité, le scénario garde une certaine logique qui peut paraître dérangeante dans les faits, mais tout à fait défendable du point de vue de la cohérence globale de l’histoire. On oublie la happy-end mais on ne plonge pas non plus dans le pessimisme à tout crin, et je trouve ça plutôt bien vu finalement.

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Pour en revenir brièvement à ce que je disais en introduction, je n’ai aucune idée de la manière dont Le Complexe du Castor a été accueilli, ni par le public ni par les professionnels. Je me demande bien si le film réhabilitera (ou pas) Mel Gibson aux yeux du tout Hollywood, mais en tout cas il confirme pour moi que l’interprète de Mad Max en a encore sous la semelle, et qu’il n’est pas si mort qu’on voudrait bien le faire croire. En tout cas j’ai aimé le voir dans ce rôle, là-dessus aucun doute.

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22 juin 2011 3 22 /06 /juin /2011 08:17

Film d’action. Course poursuite. Chasse à l’homme. Tueur en série. Survie en prison. Thriller.
Autant de mots et de concepts qui d’habitude s’accordent avec les bons gros blockbusters américains, les films à grand spectacle hollywoodiens.
Eh bien une fois n’étant pas coutume, vous retrouverez tout ça dans un film français. Avec des acteurs français. Qui se passe en France. Et devinez-quoi ? ça fonctionne du feu de dieu. Ça s’appelle La Proie, c’est mis en scène par Éric Valette, et c’est carrément réussi.

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En prison pour un braquage de quelques millions d’euros, Franck Adrien (Albert Dupontel) purge sa peine tranquillement. Il n’en a plus pour très longtemps, à peine quelques mois à tenir. Pas évident du reste, parce que le pactole est caché là, dehors, à l’attendre bien sagement, et ça il n’est pas le seul à le savoir. Certains de ses codétenus sont au parfum, et aimeraient bien faire cracher le morceau à Franck : l’emplacement de sa planque reste encore un secret bien gardé. D’ailleurs Franck n’en a parlé à personne, pas même à Anna (Caterina Murino) sa femme dont les visites sont les seuls moments de bien-être dans l’existence confinée du taulard. Pour survivre en prison, Franck a adopté un profil bas, se mêlant de ses affaires, limitant les contacts. Jusqu’à ce qu’on lui colle un compagnon de cellule hors-norme : Jean-Louis Maurel (Stéphane Debac), un jeune homme fragile et apeuré, inculpé à tort pour pédophilie. C’est le point de départ d’une sombre machination qui va entraîner Franck dans une folle course pour sa survie et celle de sa famille. Le dos au mur, Franck va devoir s’évader de prison pour retrouver sa fille alors qu’il est lui-même devenu l’ennemi public numéro un aux yeux du pays tout entier. Accusé à tort de toute une série de crimes, Franck va devoir échapper à la traque des forces de police menée par la très volontaire et très décidée Claire Linné (Alice Taglioni) pour essayer de retrouver les siens et s’innocenter de tous les crimes qu’on lui reproche.

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Albert Dupontel trouve dans ce film un rôle taillé à sa mesure. Plus connu pour ses rôles comiques et burlesques (Bernie, Enfermés Dehors, Le Vilain, etc...), il a pourtant déjà à son actif de beaux rôles à teneur plus dramatique (La Maladie de Sachs, L’Ennemi Intime, l’énormissime Deux Jours à Tuer entre autres) mais très peu de rôles finalement dans de « vrais » films d’action (Le Convoyeur ou encore Chrysalis mais dans une moindre mesure). Dans le film de Éric Valette il porte sur ses épaules 1h45 d’action quasi non-stop, où l’on ne s’ennuie pas une minute. Il y a du suspense (malgré quelques gros trucs qu’on voit venir de loin), il y a du rythme, et le tout est traité avec empathie. On est avec Franck, dans la peau du personnage, dans ce qu’il peut ressentir face au piège qui se referme sur lui impitoyablement.

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Mais les autres comédiens ne sont pas en reste : Alice Taglioni est bluffante dans un rôle plutôt physique et athlétique là où on s’attendrait à la voir en jolie blonde un peu fragile. Stéphane Debac est exceptionnel de justesse, ce type se fond dans son personnage tout entier, ça en ferait presque froid dans le dos ! On croise également un Sergi Lopez très convaincant ou encore un Zinedine Soualem un tantinet caricatural mais bien carré dans son rôle. Et puis bon, Caterina Murino enchante de sa beauté la pellicule tout au long du métrage, dans un rôle secondaire mais au combien important. Cela dit, en ce qui la concerne je suis conscient de ne pas être le type le plus objectif du monde : c’est simple, même dans ce truc tout raté qu’est la récente série XIII, j’ai aimé la voir...

296 la proie adrien anna
Et puis comme Dupontel n’est pas Tom Cruise et que c’est un grand enfant un peu casse-cou qui aime n’en faire qu’à sa tête, il a pu se la jouer Bébel sur le tournage, et ainsi se permettre d’effectuer lui-même toutes les cascades qu’a nécessité son rôle. Et il y en a quelques unes pas piquées des hannetons. Entre le toit des trains, les sauts dans le vide du second étage ou encore la baston sauvage en prison, Dupontel a eu tout loisir de mettre à profit sa formation de gymnaste (et il a de beaux restes le saligaud).

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Pour résumer tout le bien que je pense de La Proie je ferais donc une petite checklist :

acteurs convaincants et convaincus

scénario bien ficelé et sans temps mort

action menée tambour battant

mise en scène à la fois réaliste et efficace


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Bref, tout y est pour faire de ce film de genre une vraie réussite, dans un secteur du cinéma français (le film d’action) qui n’en connaît pas tant que ça.

Merci Éric Valette, merci Albert Dupontel.

Good job.

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29 avril 2011 5 29 /04 /avril /2011 07:39

Voilà un film qui avait tout pour m’intéresser et me plaire. D’abord c’est le nouveau film de Zach Snyder, le réalisateur qui m’avait beaucoup plu avec son premier film L’Armée des Morts, complètement halluciné avec 300 et agréablement rassuré sur l’adaptation casse-gueule de Watchmen (bien que j’en suis conscient, ces trois films comptent également des hordes de détracteurs aussi virulents que moi j’ai été conquis). Ensuite Sucker Punch a été clairement annoncé et revendiqué comme un film de geek pour les geeks et complètement assumé en tant que tel. Autrement dit, c’est comme si Snyder promettait ouvertement : « vous avez aimé mes précédents films ? alors vous adorerez celui-ci ». Ouais, ou pas.

Avant d’aller plus loin, je vais tenter de résumer ce qui se passe dans Sucker Punch… Accrochez vous, je ne garantis pas la limpidité du résultat, l’exercice s’avère périlleux.


Tout commence avec une jeune fille, Baby Doll (Emily Browning), que son beau-père conduit dans un hôpital psychiatrique comme on se débarrasse d’un colis encombrant. Sur place il s’arrange avec l’infirmier en chef (un véreux de la pire espèce) pour que Baby Doll reçoive un traitement tout particulier : dans quatre jours, lors du passage du « High Roller » (Jon Hamm) (le supposément méchant médecin qui fait office de croque-mitaine comme dans une histoire pour enfants) elle sera purement et simplement lobotomisée. Dans cet asile, le docteur Gorsky (Carla Gugino) fait suivre à ses patientes des thérapies à base de musique et au cours desquelles elle les pousse sur une scène de théâtre à entrer dans des jeux de rôles au sein de mondes imaginaires qu’elles se créent. Baby Doll, pour rendre son sort plus acceptable, imagine qu’elle est enfermée non pas dans un asile mais dans une institution de la belle époque, mi-bordel mi-cabaret façon Moulin Rouge. L’établissement est tenu d’une main de fer par le directeur Blue Jones (l’infirmier joué par Oscar Isaac), et le docteur Gorsky y est la coach qui aide les filles à préparer leurs numéros de danse qu’elles présentent aux clients. Baby Doll devient rapidement la star tant elle est douée pour la danse. En effet quand elle danse, elle hypnotise l’assistance (au sens littéral) et entre elle-même dans un état second qui la fait glisser dans un niveau supplémentaire de rêve éveillé, dans lequel elle accède à des univers imaginaires foisonnants de décors de toutes sortes et de dangers plus grands les uns que les autres. Des mondes dans lesquels elle est une héroïne invincible, maniant armes et arts martiaux comme personne. Entraînant avec elle quatre autres pensionnaires devenues ses amies, Rocket (Jena Malone), Blondie (Vanessa Hudgens), Amber (Jamie Chung) et Sweat Pea (Abbie Cornish), les filles vont naviguer de mondes en mondes pour remplir les missions que leur confie un étrange sage / mentor (Scott Glenn). Chacune de ces missions est une quête d’un des quatre objets qui une fois réunis leur permettra d’atteindre leur but ultime : parvenir à s’échapper de leur prison dorée…

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Voilà, j’avais prévenu, c’est pas évident à résumer de façon claire et concise. J’essaie en encore plus court tiens : une jeune fille est internée dans un asile. Elle modifie sa perception de la réalité et s’imagine dans un cabaret où l’on donne des revues de danse. Quand elle danse elle glisse encore dans une autre réalité imaginaire qui la voit vivre toutes sortes d’aventures rocambolesques. L’objectif de chacune de ces aventures fabuleuses étant de réunir les objets nécessaires à leur évasion du cabaret / asile où la jeune fille et ses amies sont enfermées.

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Mouais, je ne sais pas si c’est plus clair, là. Je vais essayer encore plus court : une jeune fille complètement barrée s’imagine dans des aventures toutes plus incroyables les unes que les autres au terme desquelles elle pourra s’échapper de la réalité cauchemardesque qu’est sa vie.

Allez encore un essai : c’est un film où des nanas sexy mais un peu voilées de la toiture se coltinent avec toutes sortes de méchants pas beaux pour arriver à gagner leur liberté.

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Bon, dernière tentative : Zach Snyder se fait plaisir en mettant en scène des bombasses en tenues sexy qui se foutent sur la gueule avec toutes sortes de monstres.
Voilà, là je le tiens mon résumé, c’est ça en fait !!

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Parce que j’ai repensé au film. J’ai cherché sur internet où j’ai trouvé des tas d’analyses qui vont du « c’est nul j’ai rien compris » à des rapports détaillés de chaque plan et qui concluent en criant au génie incompris de l’auteur tant le film serait gorgé de références insoupçonnés et de sens cachés (si ça en intéresse certains, voici l’adresse d’un site où chaque scène est décortiquée et qui propose une lecture du film fort intéressante bien qu’un peu alambiquée à mon goût personnel…). Et en fait rien de tout cela ne m’a vraiment convaincu. Que Zach Snyder ait voulu un film plus compliqué qu’il n’y paraît à sa vision première cela ne fait pas l’ombre d’un doute pour moi. Qu’il ait réussi à s’exprimer clairement c’est déjà une autre paire de manches. Si vraiment le réalisateur a voulu faire de son film un petit bijou d’orfèvrerie dans le domaine de la complexité, il lui a manqué un certain talent de vulgarisateur et de conteur pour que le spectateur lambda (autrement dit moi, qui n’ai pas suivi d’études en troisième cycle de psychologie) ne se sente pas perdu dès que le film bascule dans l’environnement cabaresque (et je ne parle même pas de la suite). Chose qu’avait particulièrement bien réussi à faire Christopher Nolan avec ses différents niveaux de conscience dans l’excellent Inception.

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Car à la complexité des non-dits, métaphores et symboles qui sont sensés émailler Sucker Punch, Snyder ajoute une difficulté supplémentaire en se tirant tout seul une balle dans le pied déjà lui-même bien comprimé par la basket de l’incompréhension (si vous avez compris ce que j’ai voulu dire dans cette phrase vous avez vos chances avec le film). Paradoxalement c’est le concept même du film qui joue contre lui, contre l’aspect complexe et cérébral qu’on veut lui accoler. Le concept (en tout cas, c’est comme ça qu’on nous l’a vendu) c’est celui d’un film de geek pour les geeks comme je le disais en préambule. Autrement dit un film où on va faire la part belle à l’action spectaculaire et aux références à la pop culture. Cahier des charges parfaitement rempli du reste, chaque mission des filles se déroulant dans des mondes multi-référencés.

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On a pêle-mêle dans ce film : des samouraïs géants, un moine shaolin qui parle par énigmes, un dragon cracheur de feu qui combat un bombardier B-25 dans les airs, une armée d’orques en furie, des zombies allemands dans des tranchées de la première guerre mondiale, des mechas japonais géants, des robots high-tech de combat, une bombe nucléaire dans un train à grande vitesse en suspension, des combats au sabre, des mitraillettes lourdes, des zeppelins qui prennent feu au-dessus d’un Paris Steampunk, une prison de femmes qui n’accueille que des bombes, des guerrières en petites jupettes d’écolières avec des gros flingues, … j’en passe et j’en oublie à coup sûr. Bref, on a dans ce film à peu près tout ce qui plait à un geek, piochant allègrement dans la Science-Fiction, le Fantastique, l’Heroic-Fantasy, le film de guerre, les jeux vidéo (avec cette impression de passer au niveau supérieur d’un jeu de plateaux pour chaque nouvelle mission des filles), les animes japonais, le tout arrosé d’une bonne dose de fantasmes masculins et de jolies filles ultra-sexy.

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Ce bain foisonnant d’action débridée et de décors sans limite de lieu ni de temps donne au film un côté certes très impressionnant et jouissif mais aussi un aspect très premier degré qui ne sied pas aux ambitions intellectualisantes qu’on veut bien prêter au film. Ça fait gros film de bourrin, super bien foutu et carrément décoiffant, mais film de bourrin quand même.
Et l’argument qui veut que les clés du film se trouvent également en partie cachées tout du long des titres choisis pour la bande son (on y croise entre autre Eurythmics, les Pixies, Björk, The Smiths, …) est certes intéressant lui aussi, mais pas forcément plus probant et convaincant que le reste des indices semés ça et là dans le film.

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Autre aspect un peu décevant du film, c’est sa relative timidité, voire sa sagesse dans tous les domaines qui auraient pu faire du film une vraie œuvre dirty et vraiment décomplexée. Pas de sang, pas de sexe (les filles sont toujours sexy certes, mais toujours de façon, comment dire, très propre, très contenue, paradoxalement : de façon très sage !) et pas d’injures pour plaire aux sacro-saintes instances de la censure américaine. Le film doit pouvoir être vu par les jeunes spectateurs et ça se sent un peu trop, le contexte aurait tellement prêté à un peu plus se lâcher de ce point de vue là que c’en est dommage.

Cela dit, Snyder promet une version uncut pour la sortie dvd, avec pas loin de 20 minutes de scènes coupées (dont paraît-il une de sexe entre Emily Browning et le sous-exploité Jon Hamm, et qui serait certainement intéressante à voir) qui devraient mettre du piment au film selon ses propres dires… wait & see.


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Pour sa première réelle œuvre de créateur  (ses autres films étaient tous des adaptations d’œuvres existantes), Zach Snyder aura certainement voulu trop en faire. Cumuler son savoir faire et son envie de toucher à tout. Remarquez, c’est bien d’avoir de l’ambition. C’est bien aussi de connaître ses limites.
Car si Sucker Punch pêche, c’est très clairement d’un manque d’écriture. Pour ce qui est du visuel et de la mise en scène, Snyder a ses fans comme ses détracteurs acharnés (moi je suis plutôt réceptif à son style même s’il en fait un chouïa trop par moment), mais on ne peut pas lui ôter qu’il a un style bien reconnaissable et pour le moins efficace quand il s’agit de créer des images icôniques et spectaculaires. On peut le détester pour son usage parfois abusif du ralenti par exemple, mais on ne peut pas lui nier un véritable sens de l’image qui marque. À mon sens, Snyder est très certainement ce qui est sorti de plus intéressant de l’école des réalisateurs issus des clips et des codes à la MTV et consorts.

Snyder débute en tant que scénariste, Sucker Punch en est le témoin malheureux. Les plus médisants iront certainement même jusqu’à dire que le bonhomme n’est tout simplement pas fait pour l’exercice de l’écriture. Moi ce que j’en dis, c’est que c’est lui qui va diriger la prochaine adaptation de Superman au cinéma, pour laquelle il sera canalisé à la production et au scénario par les frères Nolan. Et un type qui a sa pâte visuelle avec des raconteurs d’histoires de la trempe des Nolan, ça augure du bon…

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