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Avant de lire les notes que je fais sur les films que je vois et les bd que je lis, sachez que dans mes commentaires il m'arrive parfois de dévoiler les histoires et les intrigues. Ceci dit pour les comics, je n'en parle que quelques mois après leur publication, ce qui laisse le temps de les lire avant de lire mes chroniques.
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3 juin 2019 1 03 /06 /juin /2019 07:38

Régulièrement je suis ce que fait David Lodge, et ponctuellement je me laisse tenter par l’un ou l’autre de ses livres. S’il a fait sa spécialité des romans à tendance sociéto-romantico-sexuel qui se déroulent dans le monde des étudiants et du professorat, le dernier que j’avais lu, La vie en sourdine, l’avait vu s’attarder un peu plus sur la vie des « seniors », l’effet du vieillissement sur les relations sociales qu’on entretient, les déboires subis quand notre corps un peu fatigué se dérobe et nous joue des tours, et j’avais beaucoup apprécié cette lecture. David Lodge a ensuite enchaîné avec une biographie de l’écrivain américain Henry James que le succès a fui de son vivant mais qui est devenu une référence incontournable après sa mort. Je n’avais pas suivi l’auteur avec ce virage dans l’univers de la biographie, je dois dire aussi que l’objet de cet ouvrage ne m’avait pas inspiré du tout (certainement du fait de mes graves lacunes en littérature classique). Et puis est arrivée cette seconde biographie, celle d’un auteur que je connais mieux (si ce n’est pour avoir lu tous ses nombreux romans, au moins par la renommée, ses œuvres les plus connues et les thèmes précurseurs qu’il a su aborder en son temps et qui ont durablement marqué la littérature de Science-Fiction dont j’ai pu être friand), à savoir Herbert George Wells.

 

Alors Un homme de tempérament n’est pas à proprement parler une biographie au sens le plus strict du terme. C’est plutôt un roman biographique, puisque si l’œuvre est extrêmement bien documentée et détaillée, Lodge se permet aussi des parties plus fictionnelles, qui se veulent certes respectueuses des faits réels et de tout ce que Lodge a pu collecter et apprendre sur HG Wells, mais qui restent néanmoins sortis de l’imagination de l’écrivain. Ce qui personnellement ne m’a en rien dérangé puisqu’au contraire j’y ai surtout vu l’avantage de rendre le roman plus vivant, de l’animer en faisant de HG Wells presque un vrai personnage de roman. Le faire bouger, gesticuler, parler et penser tout haut dépasse le cadre de la pure biographie factuelle et donne un peu de latitude à l’auteur, mais surtout permet de se sentir encore plus proche de HG Wells qu’on apprend à connaître à travers ses actes, ses écrits, mais aussi ses pensées, ses convictions, ses désirs, ses passions et son éloquence.

 

C’est un réel plaisir de découvrir l’auteur d’œuvres très connues telles que La machine à explorer le temps, L’île du docteur Moreau, La guerre des mondes ou encore L’homme invisible. Écrivain très prolifique, il a publié plus d’une centaine de livres, entre romans, essais, documentaires journalistiques, ouvrages de vulgarisation ou réflexions politiques.

Issu d’un milieu pauvre, c’est le talent inné de HG Wells pour les mots, aussi bien écrits que prononcés en discours, qui va le faire grimper l’échelle sociale, faire de lui un écrivain reconnu et à succès dès ses premiers romans, le rendre à la fois très populaire et le mettre aussi très largement à l’abri du besoin.

Herbert George Wells en 1920, photo de George C. Beresford

Comme on le découvre dans le livre de Lodge, on apprend qu’il était passionné par de nombreux thèmes, la science aussi bien que la politique étaient pour lui d’intenses sources de réflexion. Et parmi toutes ses passions, l’une d’elles a été un des fils conducteurs principaux de toute son existence : les femmes. Amoureux inconditionnel de la gente féminine, il dit de lui-même « Je n’ai jamais été capable de refuser les avances d’une femme, ce n’est tout simplement pas dans ma nature. » Et des avances il en aura énormément puisque malgré une santé fragile durant son enfance et un physique d’adulte pas des plus flatteurs (c’était un homme corpulent, de petite taille et moustachu, pas le Brad Pitt de l’époque), c’est avant tout son charisme, son éloquence et son talent immense d’écrivain qui va le voir attirer à lui les femmes comme un aimant attire la ferraille. Des jeunes vierges comme des femmes plus mûres.

 

Pour HG Wells le sexe est récréatif, il en a besoin pour se délasser (on dirait pour se déstresser et lâcher prise aujourd’hui !) et il le pratique comme chacune de ses autres passions : il fait dans la démesure. Boulimique de travail, c’est un écrivain ultra-prolifique. On découvre ainsi par exemple dans le livre certaines de ses correspondances avec des amis ou des adversaires et on peut ainsi mesurer la force de son écriture, son intense réflexion sur le monde qui l’entoure et sa facilité à rendre limpide ses pensées aux autres. Avec les femmes il agit de même : il est insatiable, infatigable, déraisonnable. Il aime le sexe et n’en fait pas une affaire d’état, au contraire même il écrit beaucoup à ce sujet et prône ouvertement la liberté sexuelle, le libertinage et les relations polyamoureuses. Une honnêteté intellectuelle qui ne lui vaut pas que des amis dans la haute société qu’il côtoie.

 

Passionné des relations homme-femme, il l’est tout autant (et cela répond à une certaine logique finalement) de politique. Il imagine et rêve de sociétés utopistes et libertaires, il ne renie pas ses origines et ses idées sont plutôt de gauche, il aime les femmes et se veut défenseur des droits de celles-ci, bien qu’au début de XXème siècle certaines idées qui se veulent féministes et avant-gardistes restent teintées de patriarcat et feraient hurler de rage nos actuelles chiennes de garde.

 

Grâce à David Lodge j’ai découvert et suis entré dans l’intimité de ce personnage hors-normes que fut HG Wells. Ce roman biographique est dense et fait plus de 700 pages, ce qui fait de lui ce qu’on peut appeler vulgairement un sacré pavé. Mais pas de panique, le bouquin est comme son personnage, absolument passionnant. Si bien qu’on lit sans lassitude du début à la fin, et que sous nos yeux se dessine un HG Wells alliant à la fois un classicisme et une modernité insoupçonnée, un personnage touchant et attachant, bourré de talent et de qualités, mais pas pour autant exempt de défauts et d’exagérations. Ajoutez à cette extraordinaire matière brute tout le talent d’écrivain de David Lodge, ses traits d’humour et la classe so british de sa plume, et vous obtenez un excellent livre, plaisant à lire et surprenant (car HG Wells l’a été, surprenant). Vous le refermerez en ayant passé un très bon moment et avec le sentiment d’avoir appris beaucoup de choses sur HG Wells, l’un des pères de la Science-Fiction en littérature. Nous divertir et nous cultiver, que demander de plus à un livre ?

 

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