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Avant de lire les notes que je fais sur les films que je vois et les bd que je lis, sachez que dans mes commentaires il m'arrive parfois de dévoiler les histoires et les intrigues. Ceci dit pour les comics, je n'en parle que quelques mois après leur publication, ce qui laisse le temps de les lire avant de lire mes chroniques.
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12 septembre 2019 4 12 /09 /septembre /2019 14:41

Je ne suis pas un fan inconditionnel de Quentin Tarantino, mais c’est un réalisateur que j’apprécie, et que je classe très largement au-dessus de la moyenne. Je n’ai pas vu tous ses films au cinéma, certains comme Boulevard de la Mort ou Inglourious Basterds m’ont paru légers voire anecdotiques, d’autres comme Kill Bill, Jackie Brown et bien évidemment Pulp Fiction m’apparaissent comme des références ultimes dans leur genre.

 

Alors quand a été annoncé Once upon a time in… Hollywood, c’est d’un œil intéressé mais sans aucune impatience que je me suis penché dessus. Le thème en lui-même, tel qu’il était décrit avant sa sortie, ne m’emballait pas du tout. Ce que j’en avais retenu, c’est que Tarantino voulait retracer les événements qui avaient conduit à l’assassinat de Sharon Tate en 1969, et qu’il voulait se faire un petit kiff de reconstitution de l’aube des années 1970. Rien d’autre. Aussi quand le film a commencé à faire le buzz, je me suis dit qu’il devait y avoir quelque chose d’autre, de plus, qui lui donnait cette aura particulière, qui déchaînait les passions.

La belle Sharon Tate, astre autour duquel va tourner cette drôle d'histoire...

J’ai d’abord pensé qu’il s’agissait d’un quelconque rapprochement entre l’affaire Sharon Tate et l’affaire Polanski qui devait faire les gorges chaudes de ces fichus réseaux sociaux. Mettez le nom de Roman Polanski sur un site n’importe où sur la toile, osez parler d’un de ses films sans même émettre le moindre commentaire sur la personnalité du réalisateur, et vous verrez la shitstorm qui va s’abattre sur vous comme la vérole sur le bas clergé espagnol. Et puis sont arrivées les accusations de racisme et de misogynie (à propos de Quentin Tarantino, really?) qui ont fini de me donner l’envie de me faire ma propre idée.

 

J’ai eu, je le précise, la chance de voir le film sans m’être fait spoiler la fin avant. C’est je crois très important, et même crucial pour pouvoir se faire un avis le plus libre possible. Si on ôte au film le pouvoir de vous surprendre, on lui confisque d’entrée une de ses meilleures armes.

Quentin raciste et misogyne ?

Car ce que je retiens avant tout de ce film, avant même son casting cinq étoiles et ses scènes déjà cultes, c’est la surprise que j’ai ressentie à sa première vision. À plusieurs niveaux. D’abord parce que tout le long de Once upon a time in… Hollywood, je me demandais où Tarantino voulait en venir. Si je ne m’étais pas fait spoiler le film, j’avais cependant lu deux-trois petites choses à son sujet, et l’une d’entre elles avait retenu mon attention : j’avais lu quelque part que c’était son film qui avait le plus de parenté avec Jackie Brown. Alors qu’en fait, en dehors de la scène du début à l’aéroport, moi je n’ai pas trop vu le rapport avec Jackie Brown. Dans ce dernier, bien qu’il s’agisse d’un film choral ou plusieurs arcs narratifs se croisent, il y a bel et bien une intrigue posée dès le départ, avec un développement (à la Tarantino certes, mais tout de même) et une conclusion qui vient mener à terme les différentes lignes narratives du film. Dans Once upon a time..., il n’en est rien ! Les personnages vaquent à leurs existences, parfois on a même des petits flashbacks qui nous éclairent sur leur présent, mais ce qui se passe à l’écran ne suit pas une quelconque suite logique, dramaturgique ou de causalité. Ce sont des successions de scénettes, sans forcément grand rapport entre elles, si ce n’est les personnages eux-mêmes.

Cliff et Rick en mode beaux gosses

Il y a deux axes principaux, l’un qui suit la vie pleine de couleurs, de gaieté et d’insouciance de Sharon Tate (Margot Robbie, solaire), l’autre qui nous trimballe dans l’existence de Rick Dalton (Leonardo Di Caprio, absolument fabuleux), star en passe de devenir un has-been avant l’heure et de Cliff Booth (Brad Pitt, la coolitude ultime faite homme), sa doublure-cascade attitrée, qui lui fait d’ailleurs plus office de nounou qu’autre chose. Et en dehors du fait que ces personnages soient voisins de villas, on ne comprend pas du tout le rapport entre eux, ni ce que viennent foutre ce comédien en sursis et ce cascadeur blacklisté dans l’affaire Sharon Tate. Première surprise donc du film : son contenu, loin de ce que je pensais voir en me fiant uniquement au résumé du film.

Y a pas plus cool que Cliff !

Seconde surprise : c’est long, on n’arrive pas à trouver le fil rouge d’une quelconque intrigue sous-jacente, et pourtant on ne s’ennuie pas une seconde ! Alors sur ce point je vais faire une petite digression, parce qu’ici je fais ce que je veux déjà, et puis parce qu’on m’a chauffé les oreilles à ce sujet et que parfois j’en ai marre d’entendre des inepties énoncées avec autorité par des gens dont la culture cinématographique culmine avec Bridget Jones et La Reine des Neiges. On m’a donc soutenu texto que Once upon a time... c’est « long et chiant pour un film d’action ». Je dis halte-là ! Caution : Bullshit Zone ! Les films de Tarantino ne sont pas, n’ont jamais été, et à moins qu’il n’en décide autrement à l’avenir, ne seront jamais des films d’action !! Tarantino est un amoureux des films de genre, auxquels il rend d’ailleurs régulièrement hommage, un amoureux des films de guerre, de western, de blaxploitation, des films de sabre, des films de gangsters, d’arts martiaux, ça oui, mille fois oui. Et il ne rechigne pas à coller dans ses films quelques scènes bien enlevées qui ne feraient pas tâche dans des films dits d’action, ça aussi, mille fois oui. Mais il ne fait pas de film d’action !!! Aller voir un Tarantino pour voir un film d’action, c’est juste se fourrer le doigt dans l’œil jusqu’à l’omoplate, comme dirait le Capitaine Haddock.

On ne dit pas n'importe quoi sur Tarantino devant le capitaine !

Car Tarantino, plus encore qu’un amoureux des films de genre, est je crois avant tout un amoureux de ses acteurs et actrices, pour lesquels il cherche toujours des challenges à relever, des situations impossibles à jouer, des dialogues jamais entendus nulle part et complètement décalés à déclamer et à rendre crédibles. Tarantino ce qui le fait bander c’est de faire parler pendant des plombes des tueurs à gage du Royal Cheese1, de faire débattre entre eux des mafieux au sujet d’une chanson de Madonna, de faire déblatérer un riche esclavagiste à propos de la morphologie de la boîte crânienne des noirs, de mettre un speech sur Superman dans la bouche d’un maître du Kung-Fu. Il aime le décalage, il aime surprendre. Il aime le jeu d’acteur, il aime quand ça cause à n’en plus finir, il aime aborder les sujets les plus anecdotiques avec le plus grand sérieux, il aime quand la science s’étale pour énoncer le futile.

C’est ça le cinéma de Tarantino bordel ! On aime ou on n’aime pas, on a même parfaitement le droit de détester. Mais on n’a pas le droit de dire que le cinéma de Tarantino c’est du cinéma d’action, pour ensuite le débiner comme de la merde. Dans ces cas on dit juste « je ne crois pas avoir tout compris et j’ai trouvé ça long et ennuyeux à mourir ». Mais on ne vient pas justifier son mauvais goût par des arguments qui ne prouvent rien d’autre que sa propre inculture cinématographique. Merde.

 

Désolé je m’emporte. J’arrête là ma digression et je reviens à ce que j’étais en train de vous dire à propos des surprises que recèle Once upon a time… avant d’être ainsi interrompu par moi-même.

Bruce aussi ça le gonfle !

Je disais donc que c’est long mais que ce n’est pas grave puisqu’on ne s’ennuie pour autant pas une seconde. Et ça c’est en grande partie grâce à un ingrédient essentiel qui assure à ce film une telle qualité : le talent de ses comédiens.

Pour les trois rôles principaux que sont Sharon Tate, Rick Dalton et Cliff Booth, chacun dans des styles très différents, on a droit à un véritable étalage de talent pur de la part de leurs interprètes. Margot Robbie joue l’insouciance avec un charme qui n’appartient qu’à elle, Brad Pitt est l’incarnation même de la virilité dans son expression la plus cool, mais c’est surtout Leonardo Di Caprio qui prouve, une fois de plus, l’étendue de son talent d’acteur. Ce type sait tout faire, tout jouer. Et le moins qu’on puisse dire c’est que Tarantino lui en fait voir de toutes les couleurs, et que parmi tous ses collègues c’est de loin celui qui a eu le plus de taff si on le mesure au nombre de situations et de sentiments différents qu’il a eu à exprimer dans ce film. Et pourtant aux yeux du spectateur ce n’est pas du tout son personnage qui est le plus naturellement enclin à éveiller la sympathie, à ce niveau le personnage du cascadeur qui apprend l’humilité à Bruce Lee2 l’emporte haut la main. Mais Di Caprio force l’admiration, c’est indéniable. Déjà sa performance à contre-emploi dans Django Unchained m’avait impressionné, mais dans Once upon a time… il est juste impérial. Il y a vraiment tout dans son jeu. C’est simple : même quand il lui faut jouer la démesure, il reste toujours absolument juste. Je crois que Tarantino l’a compris d’ailleurs, et qu’il se sert de lui comme jamais il ne s’est servi d’aucun autre acteur, tentant de le pousser dans des retranchements que Di Caprio ne rechigne jamais à dépasser.

Leo, no limit.

Quand je vois ce que Tarantino lui fait faire en tant qu’acteur, je ne suis pas loin de penser que parmi la brochette de comédiens qui se bousculent toujours au portillon dès qu’il s’agit de tourner avec lui, Di Caprio est son préféré, et de loin. J’ai toujours cru que c’est Samuel Lee Jackson qui avait ce privilège. Dans ses chouchous il y a eu la divine Uma Thurman évidemment. L’inénarrable Harvey Keitel, le charismatique Michael Madsen bien sûr ont des places de choix dans le Tarantinoverse. Plus nostalgiquement l’ex-égérie black des années 1970 Pam Grier. Plus récemment le génial Christoph Waltz et le temps d’une inoubliable résurrection artistique John Travolta. Mais je suis prêt à parier que celui qui fait le plus bander Quentin, c’est Di Caprio.

 

Tout ça pour dire, une des grosses claques qu’on se prend en pleine tronche avec ce film, c’est la performance de Leonardo Di Caprio. Indiscutablement.

Best of the Best !

Et puis j’en viens à la dernière surprise, de taille celle-ci, qui vient conclure le film et lui donner tout son sens, expliquer sa lenteur comme son apparent manque de liant. Sa fin. Quand arrive la conclusion du film, la fin inéluctable, la scène tant attendue et jouée d’avance dont tout le monde connaît l’issue tragique, à ce moment précis tout dérape et on comprend, incrédule, l’idée qui était derrière la tête de ce fichu Tarantino pendant tout le film, on comprend pourquoi on trouvait le film bizarre et insaisissable, pourquoi on ne voyait pas où il voulait exactement en venir, où était la cohérence du truc. La fin explique tout. Qu’on s’est fait balader. Et personnellement, j’ai trouvé ça génial comme idée.

Sharon Tate en 1969, un présent et un avenir lumineux...

Alors Once upon a time in… Hollywood n’est peut-être pas le meilleur film de l’année, ni le meilleur film de Quentin Tarantino à mon humble avis, mais c’est un putain de chouette film. Il m’a amusé, interloqué, surpris, fait marrer, bluffé, mis la banane. Mieux : il m’a donné envie de revoir ses films précédents. Mieux encore : il m’a filé la nostalgie de la période qu’il décrit et donné envie de revoir des vieux films de l’époque des années 1970, des Clint Eastwood, des Charles Bronson, des Steve McQueen. Il a éveillé en moi des vieux souvenirs de gamin, quand je regardais à la télé Josh Randall arrêter les méchants avec son fusil à crosse et canon sciés dans Au nom de la loi3.

Josh Randall : « Au nom de la loi, je vous arrête ! »

On peut aimer ou détester Quentin Tarantino, c’est un fait. On peut lui reprocher un tas de choses (la lenteur de certains de ses films, ses personnages trop bavards entre autres, une tendance à flirter parfois de trop près avec la vulgarité), on peut ne pas aimer ses tics visuels et ses obsessions (quelqu’un a parlé de pieds nus de gonzesses ici ?), on peut être gêné aux entournures par son ton parfois provocant et son plaisir pervers à aller sciemment là où ça gratte bien fort, mais on ne peut pas ôter à Tarantino qu’il est un réalisateur hors-norme, un sale gosse du cinéma qui fait exactement ce qui lui chante et tant qu’à faire ce qui va emmerder le plus grand nombre de bien-pensants possible. C’est en tout cas très exactement pour cela que moi, je l’aime son cinéma.

L'affiche du film

1 ou du Quarter Pounder with Cheese si vous préférez !

2 scène ô combien délirante, provocatrice, drôle et jouissive !

3 je n’ai pas cherché à en savoir plus sur les intentions et les références de Tarantino, mais pour moi la série fictionnelle dans laquelle joue Rick Dalton au début du film était à l’évidence un hommage direct à Au nom de la loi.

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