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Avant de lire les notes que je fais sur les films que je vois et les bd que je lis, sachez que dans mes commentaires il m'arrive parfois de dévoiler les histoires et les intrigues. Ceci dit pour les comics, je n'en parle que quelques mois après leur publication, ce qui laisse le temps de les lire avant de lire mes chroniques.
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27 septembre 2012 4 27 /09 /septembre /2012 18:32

 

Il est des “petits” concerts qui donnent de grands plaisirs.

Voir The Boss avec 18 000 autres personnes, applaudir Coldplay parmi 80 000 spectateurs, c’est grand, c’est bon, c’est fort. Mais on peut être beaucoup moins nombreux et pourtant passer un tout aussi excellent moment.

Et quand Fred Blondin est annoncé en concert quelque part, on a toujours la promesse de passer une soirée extra. Justement le chanteur à la voix rocailleuse passait la semaine dernière dans le coin. Le jeudi à Belfort et le vendredi à Montigny-les-Vesoul. C’était beaucoup trop près de chez moi pour que je n’y aille pas ! Bien sûr les deux soirs… quand on aime, on ne compte pas.

D’ailleurs ça doit être un des leitmotivs de Fred Blondin, parce que pour avoir eu le plaisir de le voir plusieurs fois déjà, j'ai pu me rendre compte que s’il y a bien une particularité qui caractérise ses concerts, c’est la générosité. Quand Fred prend sa guitare et chante, il n’est pas là pour une heure et demie et puis s’en va. Non, Fred est là pour assurer le spectacle, il enchaîne les morceaux, il s’amuse, il se fait plaisir autant qu’à son auditoire. Si un de ses titres se nomme Donner, ce n’est pas une coïncidence. Il n’y a qu’à le voir quand il dégaine sa gratte électrique, il a l’air ailleurs, loin, très loin même. Et il nous emmène avec lui, parce que c’est ça Fred Blondin : un type sympa, bourré de talent et qui vit dans un endroit où même les emmerdes n’arrivent pas : la musique.

Que ce soit jeudi au Roger’s Café ou vendredi au Barouf, Fred a fait ce qu’il fait le mieux (enfin à ma connaissance hein, il est peut-être aussi très doué pour les pâtes carbonara ou le patin à glace va savoir) : il a mis l’ambiance et partagé avec nous un moment de bonne musique. Tout seul en guitare sèche / voix, ou accompagné comme la semaine dernière, ses concerts dégagent un truc spécial. Que ce soit mélangé à la saveur du blues d’un morceau comme Le Café du Monde, du rock quand il reprend à sa sauce Félicie, du reggae avec Oh Mon Dieu ou d’une chanson aux accents plus mélancoliques comme Mickey Jaloux, il y a toujours cette marque bien particulière. Ça s’appelle l’authenticité et ça se ressent au premier riff de guitare, à la première intonation de voix. Et bordel, que c’est bon.

344 blondin meme pas mal

Jeudi et vendredi, Fred a partagé la scène avec quelques compères. Le jeudi, c’est le percussionniste (Jeff il me semble) du groupe qui l’a précédé (et j’ai eu beau rechercher le nom du groupe -bien sympa d’ailleurs, il ne peut pas en être autrement quand on reprend du Leonard Cohen ou du Lavilliers cela dit en passant- je n’ai pas réussi à remettre le doigt dessus, vraiment désolé) qui l’a rejoint pour l’accompagner, avec de temps en temps quelques notes d’harmonica par le chanteur de ce même groupe de première partie. Tiens d’ailleurs pour la petite histoire je crois même avoir reconnu dans le public présent ce soir-là un certain Francis Décamps, rien moins qu’un des membres d’origine du groupe belfortain Ange. Bon bien entendu vous ça ne vous fait rien, mais pour moi Ange c’est juste un monument du rock français. Bref, parenthèse fermée.

Et puis vendredi c’est pour l’ensemble de la soirée que l’accompagnait aux percussions (et de bien belle manière faut le souligner) un certain Monsieur Zacharias (j’espère ne pas me tromper dans l’orthographe). Et un autre « régional de l’étape », prénommé Aurélien, est intervenu au clavier sur quelques morceaux également.

Et puis comme à chaque fois qu’il passe quelque part dans l’Est de la France, ça a été aussi l’occasion de revoir quelques autres irréductibles blondingues du coin, ce qui ajoute au plaisir de se rendre aux concerts de Fred. Corinne, Arnaud, Valérie, Franck, Éric, Janick, Philippe … et la liste s’allonge au fur et à mesure du temps !

Comme ces deux concerts se sont déroulés sans ma frangine (que j’ai convertie à Blondin voilà déjà bien longtemps, elle est bien cette petite) pour prendre de chouettes photos, je n’ai malheureusement aucun cliché des deux soirées pour illustrer cet article, mais j’ai quand même trouvé une chouette vidéo sur Youtube, que son posteur Pierrik Fumey Dumoulin ne m’en voudra j’espère pas de mettre en lien ici.

À coup sûr j’aurai un article un peu plus fourni à mettre en ligne fin octobre, après le prochain rendez-vous avec Fred Blondin à Paris cette fois… j’ai hâte d’y être !

Allez, la vidéo d’un de mes titres préférés en plus, ça tombe bien : Des gens que l’on aimerait revoir. Enjoy !


 
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24 septembre 2012 1 24 /09 /septembre /2012 18:32

Attention gros coup de cœur de l’année !!

J’ai découvert ce film par hasard, uniquement attiré par le fait qu’un film belge puisse se nommer Hasta la Vista. Cherchez pas, il y a des associations qui me parlent, ça n’a rien de cartésien, c’est mon côté bizarre. Je ne l’ai malheureusement pas vu en salle mais découvert parmi les sorties dvd que je consultais voici quelques semaines. J’ai tenté le coup pour voir, intrigué mais sans en savoir plus. J’y suis allé quasiment à l’aveugle, sans faire de recherche au préalable sur le film, sans rien lire à son sujet avant, et bon sang qu’est-ce que j’ai bien fait. Je me suis pris une bonne claque avec ce film. Je ne m’attendais à rien de particulier et du coup l’effet qu’il a eu sur moi en a été comme décuplé. En un mot comme en cent, je l’ai trouvé extraordinaire. Du genre à entrer directement dans mon top ten de tous les temps. Je ne peux évidemment pas m’empêcher d’en parler ici.

Comme son titre ne l’indique pas, Hasta la Vista est donc un film belge, réalisé par Geoffrey Enthoven. C’est l’histoire de trois jeunes belges, et plus précisément trois jeunes flamands. Ils ont une vingtaine d’années et partagent quelques points communs. Ils sont tous les trois amateurs de grands vins et de jolies filles. Mais s’ils dégustent régulièrement du bon vin au sein de leur club d’oenologie, ils sont en revanche encore vierges de toute relation avec le beau sexe. Car un autre de leurs points communs réside dans le fait qu’ils sont entièrement dépendants de leurs proches. Oui, j’oubliais de préciser qu’ils sont tous trois handicapés. Philip (Robrecht Vanden Thoren) est tétraplégique, Jozef (Tom Audenaert) est quasi-aveugle et Lars (Gilles De Schrijver) est atteint d’une tumeur agressive qui le paralyse en partie et le cloue sur une chaise roulante.

Quand Philip présente à ses deux amis une publicité pour la maison close El Cielo en Espagne qui accueille les gens comme eux, atteints de handicaps lourds, ils ne tardent pas à prendre leur décision : ils y perdront leur virginité coûte que coûte. Évidemment il y aura quelques obstacles à surmonter. Leurs parents tout d’abord, pas prêts de les lâcher comme ça dans la nature, et à qui il va être ardu de vendre l’idée de prendre du bon temps dans un bordel espagnol. C’est par l’intermédiaire d’internet qu’ils se mettent en douce d’accord avec Claude (Isabelle De Hertogh) qui leur servira d’aide médicale et de chauffeur pour le voyage. Ne reste plus pour les trois compères qu’à se faire discrètement la belle de chez eux, direction Punta del Mar et les jolies filles d’El Cielo…

Plus facile à dire qu’à faire ! Rien que pour faire discrètement ses bagages quand on est aveugle ou tétraplégique, il faut savoir faire marcher son imagination…

343 hasta la vista départ

Voilà, je ne vais pas vous en dire beaucoup plus que ce pitch de départ, mais si vous êtes comme moi, ça devrait largement suffire à vous donner envie d’en savoir plus !

Que ce soit clair, Hasta la Vista est avant tout une comédie. Mais une comédie qui ne se limite pas une seconde à ce registre. Il y a de tout dans ce film, et c’est ce qui en fait un petit bijou. Au gré des pérégrinations de ces trois loustics sur la route du soleil, du vin et des jolies filles, on est transporté du rire aux larmes avec la même spontanéité. Ce film est bourré de qualités, il déborde d’énergie et de bonnes idées, et surtout il est totalement décomplexé.

Parce que tout de même, il faut bien dire que le thème principal s’attaque à un sujet plutôt tabou et pas forcément très drôle au premier abord : le droit à une vie sexuelle « normale » et revendiquée pour les personnes handicapées. Et pourtant dans ce film, une véritable magie semble opérer : tout est fait et dit naturellement, la gêne n’existe pas, on parle ouvertement et cela semble couler de source. Exit le tabou. Et comme tout cela est parfaitement naturel, c’est bien évidemment sujet à plaisanteries, y-compris bien graveleuses. Ce ne sont pas juste trois handicapés, ce sont avant tout trois jeunes hommes, tout simplement. Et si leur physique est sans cesse là pour rappeler que rien n’est jamais simple quand on dépend totalement des autres pour les gestes du quotidien, leur esprit et leur humour font presque oublier ce «détail » par moment.

343 hasta la vista piscine

D’ailleurs loin de se cantonner au sujet de la vie sexuelle des personnes handicapées, ce film est je crois avant toute chose un vrai beau film sur l’amitié. Car ces trois là s’aiment vraiment et ça se sent. L’acceptation des autres, la tolérance, le fait de ne pas s’arrêter au simple physique sont également des idées que le film développe. Et il les développe sans faire de morale outrancière, juste en montrant qu’un handicapé est une personne comme une autre, avec ses qualités et ses défauts. Capable du meilleur comme du pire. Pas moins et pas plus tolérant qu’un valide par exemple. Les préjugés de Philip et Lars au sujet de Claude sont uniquement fondés sur l’apparence physique, alors qu’eux-mêmes sont quotidiennement soumis aux jugements trop rapides basés sur leur corps.

Un autre point qui m’a profondément touché même s’il n’est qu’effleuré dans le film, c’est le point de vue des parents. Le père de Lars en particulier (Johan Heldenbergh) qui est le moins enclin à lâcher la bride à son fils, et qui par amour couve et étouffe littéralement son enfant. Dépasser ses peurs, accepter que son enfant prenne des risques, lui permettre de se sentir libre alors que cela va frontalement à l’encontre de l’instinct parental basique qui est de protéger un enfant fragile… en quelques scènes tout cela est montré sans être réellement prononcé, et j’ai trouvé cela d’une finesse et d’une force bouleversantes. Je me suis mis quelques instants à sa place de parent, et j’ai vacillé avec lui.

343 hasta la vista bus

Mais !!

Je ne voudrais pas vous mener sur de fausses pistes et vous donner de fausses idées ! Hasta la Vista n’est pas un film triste, même si à coup sûr vous sentirez monter quelques larmes par moment. C’est avant tout un film très drôle. C’est sincère, généreux, rentre-dedans, imaginatif, couillu, grinçant, décomplexé, touchant, émouvant, enthousiasmant, intelligent, simple, excitant, plein d’énergie, fun, déroutant, tendre, juste, sans voyeurisme ni complaisance ni misérabilisme… et je vais m’arrêter là parce que vous finiriez par ne pas me croire.

Moi ce film m’a chamboulé et m’a touché directement au cœur. Il m’a mis une banane d’enfer et c’est bien simple, je l’ai revu quasiment dans la foulée. Depuis je ne cesse d’en parler autour de moi pour essayer de mieux le faire connaître. Il fait partie des petites perles cinématographiques si rares : celles auxquelles on ne s’attend pas du tout et qui vous retournent comme une crêpe. Découvrir un tel film justifie largement tous les navets qu’il faut s’enfiler avant de tomber dessus.

343 hasta la vista punta del mar

Pour parler un peu plus du film en tant que tel, il me semble utile de préciser deux trois choses. Tout d’abord comme je le mentionnais plus avant, les personnages principaux sont flamands. Ils parlent donc en flamand. Et non, le film n’est pas doublé mais sous-titré et cela pour une raison simple : une partie du film est en langue française, Claude étant de Bruxelles elle s’exprime en français, ce qui ne sera pas sans créer une certaine tension entre elle et Philip qui lui, refuse de parler autrement qu’en flamand. On sent là que le réalisateur glisse dans son film quelques allusions aux tensions qui agitent la Belgique et les conflits entre francophones et flamands.

Autre précision, certains pourront peut-être reprocher au scénario d’être un peu prévisible sur certains points, quelques passages n’étant pas de réelles surprises. Je ne peux le nier mais j’avoue que ça ne m’a pas dérangé. Parce que même si on s’attend à l’une ou l’autre des choses qui arrivent aux héros, on n’a pas du tout l’impression d’être dans du convenu ou du banal. D’ailleurs s’il y a un adjectif auquel échappe le film, c’est bien à celui de banal…

Enfin, et pour moi c’est certainement le plus important, le film repose avant tout sur deux principaux points : la fraîcheur de son scénario qui ose ce que personne d’autre n’a osé jusqu’alors, et la qualité d’interprétation des comédiens, qui sont tous impeccablement dans leurs rôles. Sans vouloir en dévoiler plus que je ne devrais, j’ai été tout à fait scié par un tout petit passage onirique vers la fin du film, qui en quelques secondes souligne toute l’intensité de jeu des comédiens.

Bien entendu, on ne pourra pas passer à côté d’une comparaison avec Intouchables, le film phénomène de 2011, qui brasse des thèmes très proches et permet également d’avoir du handicap une approche inédite. Mais sans vouloir amenuiser ses qualités réelles et sans revenir sur tout le bien que j’ai pensé du film français, pour moi Hasta la Vista le surpasse très largement. Sans problème.

Je ne surprendrai donc personne en conseillant à tous de voir ce très beau petit film belge, Hasta la Vista, distribué en France par les Films 13 de Claude Lelouch (tiens, tiens, quelle coïncidence). C’est définitivement lui que je retiendrai pour cette année.

 

Hasta la Vista !

 

343 hasta la vista aff

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20 septembre 2012 4 20 /09 /septembre /2012 17:53

Voilà un film qui aura fait couler beaucoup d’encre… D’abord bien avant sa sortie sur les écrans, l’éventualité de son existence puis son annonce avaient déjà fait causer. Parce que ce n’est rien moins qu’un préquel à Alien et avec Môssieur Ridley Scott aux commandes. Et une fois sorti, la polémique ne s’est pas atténuée bien au contraire, tant il y a eu de réactions et de jugements diamétralement opposés à son encontre.

Pour être franc, j’ai encore aujourd’hui, quatre mois après l’avoir vu, du mal à me positionner catégoriquement sur ce film. Je ne sais pas dire s’il s’agit d’un bon ou d’un mauvais film. À vrai dire, à mes yeux il valide très nettement certains critères qui pourraient le classer aussi bien dans l’une que dans l’autre catégorie. Je vais essayer de mettre un peu d’ordre dans mes idées et d’étayer tout ça.

Commençons par le commencement : de quoi ça cause ?

Nous sommes en 2089, soit 33 ans avant les événements se déroulant dans Alien premier du nom. Elizabeth Shaw (Noomi Rapace) et Charlie Holloway (Logan Marshall-Green), deux scientifiques / archéologues mettent en évidence un dessin présent dans de nombreuses fresques préhistoriques, aux quatre coins de la Terre. Tout porte à croire que dans les dessins rupestres se cache un message, ou plutôt une carte du ciel désignant une lointaine constellation. Persuadés qu’il s’agit d’une invitation à se rendre là-bas, les scientifiques pensent tenir une piste pour découvrir les origines de l’homme… C’est le richissime (et très vieux) Peter Weyland (Guy Pearce), à la tête de Weyland Industies, qui finance l’ambitieuse mission spatiale qui a pour but de se rendre sur la planète LV-233 aux confins de l’univers, à la rencontre de… nos créateurs ?

La très froide commandante de bord du vaisseau Prometheus, Meredith Vickers (Charlize Theron), est à la tête de l’expédition, secondée par le pilote Janek (Idris Elba). L’équipage est composé de plusieurs scientifiques aux diverses spécialités dont bien entendu les professeurs Shaw et Holloway, mais également Fifield (Sean Harris) un géologue punk et Milburn (Rafe Spall) le biologiste du groupe. Et pour veiller à tout ce petit monde pendant leur voyage en caisson cryogénique, il y a David (Michael Fassbender), un androïde à apparence humaine de dernière génération.

Quand ils arrivent à destination, les explorateurs ne vont pas tarder à découvrir non seulement des traces d’une vie passée, mais aussi d’une civilisation perdue, celle des « ingénieurs »… Ça n’est que le début de leurs ennuis car LV-233 n’est pas aussi accueillante qu’on pourrait le croire !

342 prometheus globe

Bien. Ceci étant posé, que penser exactement de ce film ?

Tout d’abord, la première chose qui m’a frappé dès les premières secondes du film, c’est la qualité de l’image, la beauté de chaque plan et le soin apporté à l’esthétique de tout ce que l’on voit apparaître à l’écran. Absolument fabuleux comme spectacle. D’autant plus que le film était projeté en 3D. Alors que je suis plutôt réfractaire* à cette technologie (pour tout dire aucun film jusqu’alors ne m’avait convaincu du bien fondé de la 3D), je m’en suis pris plein les mirettes et j’ai trouvé ça à couper le souffle. Une netteté incroyable, une profondeur vertigineuse, un rendu incomparable… sur le plan de la mise en scène, du cadrage, du découpage, de l’éclairage et de l’esthétique de manière générale, Ridley Scott a frappé un grand coup, histoire de rappeler qui c’est Raoul. On n’est pas une légende vivante du cinéma, on n’a pas été à l’origine de films-cultes pour rien. Visuellement, je crois que rarement j’avais été aussi impressionné par la maîtrise dont fait preuve Scott dans ce film. Première (et dernière ?) fois que la 3D me convainc dans un film. Rendu parfait à l’écran, et utilisation à bon escient des effets qu’elle permet.

Mais ça va encore bien au-delà de la simple qualité de l’image. Prometheus possède une chose pas si courante, le film a une vraie identité visuelle. C’est assez difficile à expliquer mais il règne dans ce film une véritable harmonie des images. Tout colle, tout sonne juste, tout est à sa place et forme un ensemble d’une cohérence remarquable. La perfection vient se loger dans les détails. Que ce soit pour les décors, pour le design, pour l’éclairage (somptueux), pour les extérieurs (tournés dans la région volcanique du mont Hekla en Islande), pour le bestiaire (ce n’est pas du Giger -royalties économisées ? rhooo je suis mauvaise langue- mais l’esprit est respecté) : Ridley Scott sait visiblement ce qu’il veut, et sait s’entourer des bons artisans pour y arriver. On frôle la perfection. Allez, le bémol, le seul de ce point de vue, c’est le personnage de Peter Weyland. Le type flirte avec les cent ans, ou dans ces eaux là. Pourquoi diable, s’obstiner à faire jouer un centenaire par un homme en pleine force de l’âge, en l’occurrence l’acteur australien Guy Pearce ? Avec le meilleur maquillage du monde, avec la meilleure volonté du monde, c’est se tirer une balle dans le pied d’entrée. C’est la seule faute de goût que je relèverai sur le plan visuel du film. Mais quand on sait l’importance du personnage, ce n’est pas un détail insignifiant à mes yeux.

Spoilerais-je une partie du film en parlant de l’importance de Weyland ? honnêtement je ne pense pas. Scott se spoile tout seul en plaçant Guy Pearce en troisième ou quatrième position en ordre d’importance de son casting. Du coup, on ne se demande pas bien longtemps qui est le passager clandestin, le mystère est éventé avant même la première moitié du film. Si par ce paragraphe je vous ai révélé le nom de celui qui se cache dans le vaisseau, que ceux qui n’ont pas encore vu le film ne m’en veuillent pas trop, vous vous rendrez compte de l’évidence dès que vous l’aurez vu. Boulette scénaristique ? allez, soyons cléments, parlons juste de maladresse, les boulettes c’est pour plus tard.

342 prometheus salle

Car après la forme, pour laquelle je ne peux cacher mon enthousiasme, arrive le fond, qui pour sa part m’aura laissé bien plus circonspect. Si la force de ce film est son visuel, pour le scénario c’est une autre affaire.

Scott a tenté de jouer un double jeu, stratégie théoriquement habile, mais pas concluante dans les faits. En gros, on nous a annoncé un préquel de Alien qui s’inscrit donc dans la continuité et la mythologie de son film de 1979, et dans le même temps, Scott a voulu livrer un film qu’on puisse regarder indépendamment de la tétralogie Alien. Un film qui complète la saga mais qui se tienne très bien tout seul aussi. C’est pourquoi par exemple le personnage de Ellen Ripley est laissé de côté et sans la moindre mention aussi emblématique fut-elle pour la saga Alien. C’est pourquoi également Scott fait l’impasse sur les face-huggers, les chestbusters et les xénomorphes (termes employés généralement pour décrire respectivement les versions larvaires -qui s’attachent à la face de l’hôte-, embryonnaires -qui se développent dans l’abdomen de l’hôte- et adultes des créatures hantant la saga Alien). Aucune des bestioles dont on a l’habitude n’apparaît dans Prometheus. Ce qui n’empêche pas que la planète LV-233 soit habitée par d’autres créatures pas plus fréquentables, et rappelant sans en être vraiment les face-huggers qui sortent des œufs dans le premier Alien. Ici on a à faire à une matière visqueuse noire, apparemment vivante, pouvant infecter un hôte à qui on l’injecte (à la façon d’un parasite), et donnant également naissance à des créatures mi-serpents mi-anguilles qui elles aussi s’infiltrent physiquement dans leurs victimes. À vrai dire cet aspect (comme de nombreux autres) n’est pas très clair dans le film. Là où on connaît parfaitement le cycle de reproduction et d’évolution des aliens des précédents films, on reste dans le flou avec ces bestioles-ci. D’ailleurs quand l’un des personnages meurt alors qu’il a été attaqué par un de ces serpents-anguilles, on le revoit quelques temps après sous forme de… zombie. Appelez ça comme vous voulez, moi ça m’a fait penser à un zombie. Un être mort, qui est animé d’une rage d’en découdre et au comportement basique, visiblement « habité » par une volonté extérieure (celle du parasite qui l’a infecté ?), muet et insensible à la douleur, pour moi c’est un zombie. Et là je ne peux pas m’empêcher de me dire que les scénaristes ont bêtement cédé à la tentation d’inclure dans leur script une créature morte-vivante puisque ces dernières sont fortement revenues à la mode (de 28 jours plus tard à Walking Dead, les films, BD et séries consacrés aux zombies ont été légion ces dix dernières années). Grosse faute de goût à mon avis pour un film rattaché à une mythologie pourtant déjà si riche. Et puis légèrement hors-sujet aussi, mais bon, c’est peut-être moi qui me bloque sur des détails.

342 prometheus david drone

Tiens, puisque j’en étais à parler du zigue qui se fait lobotomiser et devient une marionnette aux commandes de… de on ne sait pas trop quoi d’ailleurs, je reviens cinq minutes sur les circonstances de cette attaque. Je rappelle que les gus en question sont des spécialistes dans leurs domaines***. Et donc le spécialiste en biologie et bestioles en tout genre, Milburn si je me souviens bien, qui est mort de trouille dans les grottes dans lesquelles il crapahute avec son pote Fifield, quand il se retrouve face à ce serpent-anguille qui se dresse devant lui d’un air pas commode (dans la position du cobra prêt à attaquer pour vous situer) que fait-il ce con-là ? Il lui cause comme à un toutou à sa mèmère à coup de « petit petit petit » et de « viens là mon joli ». À noter qu’à deux pas de cet endroit gisent des cadavres de ceux que Shaw a surnommés les ingénieurs par dizaines, visiblement pas morts de vieillesse. Tout ça c’est du détail pour notre expert biologiste qui a juste envie de faire mumuse avec une bestiole extraterrestre au comportement ostensiblement agressif. À se demander si à l’entretien d’embauche du garçon il n’y a pas eu confusion des termes entre expert en biologie et fan d’Alain Bougrain-Dubourg. Évidemment le mec se fait trucider par l’animal de façon bien gore en plus. Mais là très franchement, il faut le dire : il l’avait bien mérité.

342 prometheus bestiole

Tiens bis, toujours à propos de ces deux gugusses que sont le biologiste et le géologue, je me permets encore de revenir un cran en arrière sur les circonstances de leur mésaventure. Les deux gars se font attaquer par des bestioles dans une des salles du dôme que les explorateurs ont visité après leur atterrissage sur LV-233. Bien. Ils sont seuls à cet endroit et à ce moment parce qu’ils ont décidé tous les deux de se barrer du dôme sentant bien que ça puait l’embrouille ce foutoir là. Les autres (Shaw, Holloway, David et compagnie) avaient décidé de continuer l’exploration, laissant rentrer les deux pétochards au vaisseau. Sauf que ces blaireaux se sont paumés dans les couloirs du dôme. Notez bien que ceux qui avaient continué l’exploration sont ensuite rentrés tranquillos à la navette (enfin fissa quand même parce qu’il y a eu entre temps une méga tempête de sable dehors), sans éprouver la moindre difficulté à se repérer alors qu’il cavalaient pour pas se faire piéger par la tempête. Sachant que parmi les deux perdus on a le géologue de service dont le taf était, excusez du peu, d’établir un plan en 3D**** des lieux, vous remarquerez la cohérence et la plausibilité des faits. Tout cela vous paraîtra du détail peut-être, mais pour moi c’est typiquement le genre de trucs qui casse le reste et gâche la fête. J’adore la science-fiction, je ne demande qu’à croire aux extraterrestres, aux fantômes ou à la téléportation, mais pour ça il faut que tout ce qu’il y a autour, tous les détails de l’histoire soient logiques. Or, et c’est bien dommage, ce film est truffé de ces détails qui clochent et qui accumulés me gênent terriblement.

342 prometheus fifield

Vous voulez d’autres exemples ? Lors de la première exploration du dôme, il n’y a, je crois me souvenir, que des scientifiques chevronnés qui s’aventurent dans les galeries. Ils arrivent dans une salle qui, de façon plus magique que réellement scientifique vu les explications mormoilneuses avancées, possède une atmosphère théoriquement respirable pour l’homme. Ni une ni deux, ils décident tous de gicler les casques de leurs combinaisons. Professionnels jusqu’aux bouts des ongles les gars. On passera sous silence les risques du genre exposition à des germes extraterrestres et saloperies diverses qu’un organisme humain ne pourrait peut-être pas supporter. Et on a déjà oublié le gars qui trente secondes plus tôt précisait, va savoir pourquoi il s’est donné tout ce mal d’ailleurs, qu’il faisait une température du genre –25°C dans le dôme. Dans le genre pas crédible et pas logique, les scénaristes ont vraiment accumulé les bourdes.

Allez hop, un autre exemple pioché un peu plus tard dans le film. Shaw se retrouve avec une bestiole qui grandit dans son bide façon gestation-minute et qui promet de lui laisser un beau trou comme souvenir quand elle va en sortir. Il est donc plus qu’urgent de sortir l’intrus avant qu’il ne s’en charge lui-même. Shaw saute dans le médilab perso (je dis médilab mais j’ai oublié le nom de l’appareil : il s’agit d’une cabine automatisée dans laquelle un patient peut être pris en charge médicalement et chirurgicalement par la machine) de Vickers, ce qui est une très bonne idée faut le reconnaître. Pas de bol, le médilab en question, une machine qui vaut des millions et qui existe en très peu d’exemplaires tant elle est sophistiquée et chère… ne sait opérer que les hommes. Du coup, exit l’option césarienne. Sans déconner, le truc est à la pointe de ce qui se fait de mieux en 2089, mais c’est seulement pour les hommes ? Et c’est l’appareil perso de la CommandantE Vickers ?! Ok, d’accord, si vous le dites. Mais là où c’est fort, c’est que la machine, toute perfectionnée qu’elle est, reste très conne : quand Shaw demande une césarienne c’est un refus très machiste auquel elle est confrontée. Mais sans se démonter, Shaw se fait passer pour un homme et lui demande juste une extraction d’un objet de son bide, là la machine ne trouve rien à redire et lui extrait manu-militari la bestiole qui lui ronge les intestins. Ben voyons. Le top de ce qui se fait le mieux médicalement on vous dit. Suffit de lui raconter des bobards et elle vous opère, sans se rendre compte que Shaw n’a pas tout à fait l’anatomie masculine qu’elle dit avoir. Et puis c’est fait à la façon boucherie hein, découpage au laser très bien, sortie de l’animal à la pince comme dans une attraction de foire foraine où on essaie d’attraper des nounours et des montres à gagner, déjà c’est moins classe, et fermeture à la va-vite à l’aide de quelques bonnes grosses agrafes pour refermer le trou d’une trentaine de centimètres ouvert juste avant. En même temps l’appareil avait prévenu : c’est un truc pour hommes, pas pour chochottes. Mais bon, vous conviendrez que si visuellement ça fait une chouette scène, bien gore et bien éprouvante à voir avec du sang et tout ce qu’il faut pour avoir mal à la place de Shaw, c’est quand même pas bien crédible tout ça quand on prend juste dix secondes le temps d’y réfléchir. J’en finis avec ce passage d’anthologie : une fois que Shaw est débarrassée de son passager clandestin et agrafée à l’arrache, elle n’a pas un instant à perdre, et la fin du film se fera pour elle au pas de charge : course à pied, sauts en tous genre, bagarre… pour une opérée dans l’heure précédente, la petite Elizabeth tient une pêche d’enfer. Mais ça aussi, c’est certainement du détail et puis ça passe : de temps en temps elle fait une grimace, on sent bien qu’elle a mal quand même un peu hein. Hum.

342 prometheus shaw

Allez je finis avec une dernière chose qui m’a fait marrer : le coup du vaisseau alien qui se fracasse au sol pile au-dessus de Shaw et Vickers qui sont à pieds dehors. Le vaisseau en question est réellement immense, en forme de donut géant, rond donc, et il tombe sur la tranche, se mettant évidemment à rouler. Pas de bol : dans la direction des deux bonnes femmes qui par un malheureux concours de circonstances se trouvent sur sa trajectoire. Elles courent donc pour lui échapper. Dans la même direction, faut-il le préciser. Et puis arrive le moment critique où Shaw trébuche et se retrouve à terre, le vaisseau géant roulant vers elle. Et là, hop, un roulé-boulé sur le côté et la voilà sortie d’affaire. Mais bien sûr. L’autre, trop conne (le cliché de la blonde ressurgirait-il ?) n’ayant pas la présence d’esprit de changer de direction voire de juste faire un pas de côté n’a que ce qu’elle mérite : elle finit en crêpe.

J’arrête là avec la multitude d’exemples qui plombent le scénario d’incohérences, de trous, de maladresses et de conneries pas défendables. Je passerai donc sous silence l’ADN des ingénieurs qui correspond, graphique à l’appui, exactement à celui de l’Homme (sauf qu’ils sont albinos, font 3 mètres de haut et sont barraqués comme c’est pas permis). Je passerai sous silence également la scientifique renommée (Shaw donc) qui affiche face à la théorie de l’évolution que tente de lui opposer le biologiste au début du film un argument choc pour défendre l’idée que nous ayons pu être créés par des aliens : « j’ai décidé d’y croire ». Je n’évoquerai pas David qui fait des expériences, comme ça pour déconner, en faisant ingurgiter la substance noire bizarre à Holloway sans lui dire, pour voir ce que ça va donner.

342 prometheus ingenieur

Parce qu’à côté de ça, il y a des trucs pas si mal, faut le reconnaître. La volonté de Ridley Scott de ne pas marcher sur ses propres plates-bandes en livrant un énième Alien est louable. Il préfère partir sur l’idée de développer un concept ô combien intriguant qui avait pourtant marqué le premier film mais n’avait plus jamais été abordé depuis : celui du space-jockey (le personnage géant pétrifié et au ventre explosé que Ripley découvre sur LV-426 dans Alien). Et puis au gré des pérégrinations pas toujours très convaincantes des personnages, on se surprend à se poser comme eux des questions intéressantes sur le sens de l’existence et les origines (sens et origine seraient-ils liés d’ailleurs ?) de la vie mais surtout de l’Homme. Bon, on est loin de la thèse en philo hein, tout cela reste largement survolé, mais il y a une recherche de sens derrière tout cela malgré tout.

Du côté des acteurs il y a aussi du bon et du moins bon : Noomi Rapace a la hargne et l’énergie désespérée d’une Ellen Ripley, elle est en cela une très correcte successeure***** de Sigourney Weaver. Celui qui d’un avis assez général tient la dragée haute à ses petits camarades est l’excellent Michael Fassbender dans le rôle de l’androïde David. En effet ce dernier est, encore une fois allais-je dire, proche de la perfection dans son interprétation. Guy Pearce n’est pas aidé par son maquillage donc je passerai sur sa prestation. En revanche la toujours sublime Charlize Theron a hérité ici d’un rôle d’une inutilité assez confondante. Si elle n’avait pas été là, c’était pareil. Idem pour Idris Elba, et quand on sait tout son potentiel charismatique on peut regretter l’usage minimal qui a été fait de son personnage dans Prometheus.

342 prometheus vickers janek

Et puis il faut laisser à Scott un talent assez extraordinaire. Je l’avoue un peu confus, malgré la tonne de défauts dont fait preuve le scénario, j’étais pris dans le déroulement de l’intrigue, j’avais envie de savoir, j’étais tenu en haleine, j’ai marché dans certains effets même les plus téléphonés. Bref, sur le plan cinématographique pur, ce diable de Scott m’a eu. Je suis resté attentif jusqu’au bout, passant outre les parties qui m’auraient énervé en temps normal et m’auraient fait sortir de l’histoire si cela avait été un autre film. Scott est parvenu à me maintenir impliqué dans son film malgré son scénario plus que critiquable. Si ce n’est pas du talent…

Imaginez ce qu’il aurait pu faire avec une vraie bonne histoire à raconter. J’espère simplement que la suite déjà prévue sera un peu mieux écrite. Oui la suite, car en lieu et place du préquel annoncé il y a eu une petite entourloupe là aussi ; la fin de Prometheus ne permet pas de faire un lien direct avec le début de la saga Alien : aucune trace des Aliens pour l’instant, planète différente, et il y a des survivants à la fin de Prometheus qui laissent une porte largement ouverte vers une suite (une nouvelle trilogie ?)…



 

 

* Réfractaire c’est la façon polie de dire les choses. Ma pensée exacte serait plutôt Cofféènne** au sujet de la 3D au cinéma. Car oui, va falloir m’expliquer deux-trois trucs. D’abord je sais pas vous, mais moi -avant Prometheus- je n’ai jamais vu d’effet 3D dans un film qui rende l’image plus « belle » ou meilleure. Entendez par là que les films en 3D perdent systématiquement de la netteté je trouve. Que ce soit en bordure ou quand l’action est rapide, pour moi ce que je retiens avant tout de l’image, ce n’est pas qu’elle est en 3D, mais surtout qu’elle est floue. Bon, alors qu’on nous a vendu et vanté, avec raison, les bienfaits de la HD et la précision du numérique, on va maintenant te les gâcher avec une 3D baveuse, faudrait savoir. Résultat : on voit très nettement (merci la HD) des images floues (merci la 3D). Tout ça pour te fourguer la place de ciné encore 1 ou 2 euros plus cher. J’appelle ça du foutage de gueule.

** « mais c’est de la merde » pour être très précis.

*** À ce sujet, on va peut-être encore dire que je chipote, mais on a quelque chose comme une petite vingtaine de passagers sur le Prometheus, et finalement on ne fera connaissance qu’avec une petite dizaine d’entre eux, et encore superficiellement pour une partie. Là aussi ça fait une vraie et grosse différence de traitement avec Alien premier du nom, où chaque personnage (du coup ils étaient moins nombreux) était caractérisé, et où de fait leurs disparitions prenaient de l’importance. Ici il y a des gars qu’on ne verra jamais, ou juste pour se faire trucider. Ils étaient spécialistes de quelque chose, ou pas, peut-être juste toubibs, militaires ou simple passants va savoir, en tout cas chair à canon ça c’est sûr. Ben j’ai trouvé ça dommage, et un peu révélateur scénaristiquement parlant d’un certain « on s’en fout, c’est du détail et ça fait du spectacle en plus ».

**** Une des très chouettes idées du film ceci dit : les drônes qui arpentent les galeries et font un relevé 3D au laser sont visuellement géniaux à voir !

***** Successeur est un adjectif originellement masculin, mais sa mise au féminin est parfois acceptée : on va dire qu’ici c’est accepté alors !

342 prometheus aff

 

 

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15 septembre 2012 6 15 /09 /septembre /2012 09:58

De Kenneth Cook, j’avais lu deux recueils de nouvelles, Le Koala tueur et La Vengeance du Wombat, qui sont remplies de petites histoires tirées de faits réels et pleines d’humour. Son roman principal, Cinq matins de trop, est pour sa part à l’opposé de tout cela. Même si on retrouve des traces d’humour il est noir, dans ce roman le rire est jaune et cruel. Rien à voir donc avec les pitreries des recueils de nouvelles. Ici on parle de déchéance, de descente aux enfers, de fatalité.

L’histoire démarre à Tiboonda en plein désert australien. Tiboonda c’est simple, c’est le trou du cul du monde mais en pire. Il n’y a rien d’intéressant. Personne d’intéressant. Rien à faire. Et une putain de chaleur qui ne vous lâche jamais la grappe. Les deux occupations principales sont : survivre et transpirer. C’est à Tiboonda donc, que John Grant, un tout jeune instituteur est muté pour deux ans. Sa première année scolaire sur place vient de se terminer, et John a six semaines devant lui pour se changer les idées. Ses maigres économies et son salaire du mois lui permettent de repartir pour Sidney y passer quelques semaines au bord de l’océan tant rêvé. Le train l’emmène donc jusqu’à sa première étape, Bundanyabba, la capitale du trou du cul du monde. Même environnement horrible, à l’échelle juste supérieure. De là il repartira vers Sidney et la promesse d’un réconfort amplement mérité après une année de privations et d’efforts en plein outback australien. Mais c’est compter sans la malchance. L’enchaînement sera rapide et fatal. Boire une bière ou deux avec les autochtones plutôt accueillants tant que tu partages une chopine avec eux, manger un bout dans une gargote locale et jouer à pile ou face pour tuer le temps. Il suffira d’une soirée un peu alcoolisée, d’un léger manque de discernement et John va mettre le doigt dans un engrenage qui va le broyer aussi implacablement et sûrement que le soleil lui a tanné la peau une année durant.

Ce roman ressemble à un cauchemar éveillé. On sent tout ce qui va arriver, on sent que ça ne va pas être bon du tout, on sait qu’il suffirait de pas grand chose pour s’en sortir, qu’un petit effort suffirait à se réveiller, et pourtant rien n’y fait, la spirale de la déchéance vous entraîne avec le personnage principal. On ressent à travers lui toute une gamme de sentiments, avec en premier lieu de l’injustice, de la frustration, une immense impuissance face aux événements et pour finir une résignation forcée. Tout s’enchaîne très vite, tout se ligue contre John, et il lui aura suffit d’une petite faiblesse au départ pour ne plus arriver à se relever et prendre pleine face merde sur merde.

Le roman est court et se lit vite, le style est percutant et Cook sait mettre en mots des ambiances poisseuses et un environnement hostile. L’alcool, le jeu, la violence (vous avez déjà chassé le kangourou dans l’outback ? expérience peu ragoûtante je vous préviens de suite) seront les trois facteurs d’autodestruction d’un jeune instituteur qui n’avait pourtant rien demandé d’autre que des vacances au bord de la mer. Bundanyabba en a décidé autrement pour son plus grand malheur...

Pour moi qui idéalise l’Australie et la vois comme une terre de toutes les merveilles, ce roman a remis quelques pendules à leurs places, selon l’expression hallydaysque consacrée. L’outback décrit par Kenneth Cook est loin, très loin de donner ne serait-ce que l’envie de s’en approcher à moins d’une centaine de kilomètres. Que ce soit l’environnement, le climat ou ses habitants, tout pousse à fuir au plus vite.

Impossible de nier à ce bouquin une force et une efficacité imparables. Pour autant je n’irai pas à crier au livre culte ce dont il est pourtant régulièrement qualifié. Il me manque une certaine implication plus forte, un attachement plus profond au personnage principal qui m’est resté un peu étranger je l’avoue. Peut-être une certaine apathie de sa part, un manque de réaction, une naïveté qu’en tant que lecteur on ne peut pas partager tant on voit cela d’un oeil spectateur. C’est certainement pour cela que ce roman ne m’a pas pris aux tripes comme il aurait pu le faire. Cela n’empêche pas qu’on a à faire à un livre très fort, très bien écrit et qui avance vite et bien. Il lui aura donc juste manqué une certaine dimension plus humaine pour être réellement marquant.

À lire pour ceux qui aiment qu’un personnage soit totalement à la merci du monde où il évolue, ceux qui aiment les enchaînements implacables de situations qui mènent à la catastrophe inévitable, ceux qui apprécient les récits où la fatalité l’emporte (ce qui est mon cas je le précise). À éviter pour ceux qui ne supportent pas la chasse sanguinaire aux kangourous, les orgies de bière et les pays où la poussière vous colle au visage comme vos vêtements pleins de sueur à la peau.

341 cinq matins de trop

 

 

 

 

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12 septembre 2012 3 12 /09 /septembre /2012 20:01

Encore une ! Ce début d’année 2012 aura été riche en sortie de comédies françaises en tous genres. J’en ai chroniquées quelques unes dernièrement, voici donc Dépression et des potes de Arnaud Lemort qui affiche un casting ma foi bien engageant, piochant dans la jeune garde de l’humour français.

Du célèbre duo télévisuel Omar et Fred, Omar a déjà triomphé en tant que vedette du phénomène de l’année dernière : Intouchables. Restait donc à Fred à se placer en tête d’affiche d’un film et à voler lui aussi de ses propres ailes. Loin de rencontrer le même succès que le film de son compère, Dépression et des potes n’est pourtant pas un mauvais film et possède même quelques qualités bien sympathiques.

340 depression et des potes boite

Trentenaire bien ancré dans le monde moderne, Franck (Fred Testot) a tout pour être heureux. Un boulot sympa, Talla (Gyselle Soares) sa jolie fiancée brésilienne et toute la vie devant lui… et pourtant quelque chose ne va pas, il déprime. À un tel point qu’il en devient insupportable, et que la pétillante Talla décide de le quitter. Le médecin de Franck est catégorique : il est en dépression. Décidant de renouer avec sa bande de potes qu’il n’a plus vus depuis plusieurs mois, il leur annonce la nouvelle. Benoît (Arié Elmaleh), William (Jonathan Lambert) et Romain (Ary Abittan) décident de ne pas le laisser tomber et de lui venir en aide. Mais ils s’aperçoivent bien vite qu’ils sont chacun à leur façon, en proie à la dépression eux aussi. C’est tous ensemble qu’ils vont essayer de remonter la pente…

340 depression et des potes prison

Le titre ne ment pas, on a affaire à un vrai film de potes. C’est un sous-genre assez courant pour une comédie française. Un peu moins délirant et extravagant qu’un La Vérité si je mens ! (quoique les personnages de Romain et de sa famille jouent un peu dans ce registre), avec des accents moins dramatiques et un chouïa moins réalistes que ce qu’on peut trouver dans Les Petits Mouchoirs, Dépression et des potes propose quelque chose d’intermédiaire. Des passages iconoclastes (pour la plupart centrés autour du personnage de William dans la peau duquel Jonathan Lambert fait mouche) mêlés de moments plus sérieux propices aux remises en questions des personnages (c’est en particulier le cas de Benoît par exemple), le tout mâtiné quand même dans une bonne dose de bonne humeur. Parce que de façon générale, si la dépression est le sujet principal du film, elle est traitée sur un ton léger et on reste tout du long dans le registre de la comédie. Pas de détours vers le drame et les larmes comme dans le film de Guillaume Canet. Le propos est plutôt de parler d’un mal un peu surfait, un mal de vivre qu’on se crée presque tout seul, fait de routine et d’indécision, de laisser aller et de facilité. Un mal qu’il faut savoir avant tout relativiser, l’humour restant un outil formidable pour y arriver.

340 depression et des potes sortie prison

Pour ma part en tout cas, je retiens surtout de ce film son côté divertissant, le discours de fond sur la dépression passant vraiment en arrière plan. C’est vrai, certaines situations, certains personnages et les questions qu’ils se posent peuvent nous amener à un peu plus de réflexion, mais le film n’est pas trop développé en ce sens. Libre à chacun d’extrapoler sur son propre cas, moi j’ai préféré m’en tenir à la partie comédie qui est plutôt pas mal réussie. En majeure partie grâce au casting qui est plutôt bien choisi. Jonathan Lambert, Arié Elmaleh et Fred Testot en tête. J’ai moins accroché à Ary Abittan, la faute certainement à son personnage beaucoup moins attachant (à mon sens) et un peu trop caricatural. En revanche j’ai adoré le personnage de sa fiancée aveugle Laura (Laurence Arné, que je trouve à la fois très belle et très drôle, ce qui n’est pas si commun comme cocktail. D’ailleurs elle explose de talent dans la récente série de Canal+ WorkinGirls que je vous recommande !), plein de second degré et qui permet au film de placer quelques vannes un peu borderline sur les aveugles qui m’ont bien fait marrer. Autre caméo que j’ai beaucoup apprécié : Joseph Malerba dans le rôle du collègue de travail de Franck, sosie français de Vic Mackey dans la série Braquo se retrouve ici en pleine détresse capillaire et en rupture complète avec son image de gros dur. C’est très con, mais ça aussi ça m’a fait marrer.

340 depression et des potes laura romain franck

Sur la forme on a quelque chose de plutôt classique, une comédie qui fonctionne plus sur l’affect qu’on peut avoir pour les personnages que sur les rebondissements ou la surprise. En effet, on ne peut pas dire que le film déborde d’originalité, on ne sera jamais surpris, le déroulement de l’histoire se fait en suivant un chemin relativement balisé. Je crois même que je ne spoilerais rien en dévoilant la fin (mais bon, comme je suis un garçon bien élevé je ne le ferai quand même pas), à mon avis son dénouement n’est finalement qu’assez anecdotique. J’ai surtout pris plaisir au jeu des acteurs et à l’ambiance générale qui ne se prend pas trop la tête. Une comédie française qui n’a rien d’exceptionnel mais qui se laisse bien regarder au final. Dépression et des potes n’a rien de ce qui a fait de Intouchables un méga succès, mais il n’est pas à jeter aux orties pour autant, si vous avez l’occasion de le voir, jetez-y un œil.

 

340 depression et des potes aff

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7 septembre 2012 5 07 /09 /septembre /2012 06:14

Depuis maintenant bientôt quatre années que j’ai décidé de me remettre « sérieusement » à lire des romans, je tiens une moyenne de seize bouquins par an (en dehors de la BD bien évidemment). Je n’en suis pas mécontent et je bataille pour conserver voire améliorer sensiblement cette moyenne. Et donc au cours de ce petit parcours littéraire je suis tombé sur certains auteurs qui sont devenus pour moi, des valeurs sûres. Des types dont la plume me touche d’une manière ou d’une autre, à chaque coup. Laurent Chalumeau en fait partie, c’est même certainement celui dont je me suis le plus délecté ces dernières années à lire les pages. J’ai déjà eu l’occasion d’en faire parler ici, en chroniquant Un Mec Sympa, Fuck et Le Siffleur. C’était donc sans la moindre hésitation que je me suis lancé dans son dernier opus en date : Bonus. Sans hésitation au début de ma lecture, et sans regret à l’arrivée.

Dans Bonus, Laurent Chalumeau nous replonge dans ce qui est devenu sa spécialité : le roman noir aux accents du sud et à l’humour omniprésent. Encore une fois cela se passe en Côte d’Azur, encore une fois on a affaire à des gens ordinaires et quelques loufiats, et encore une fois il s’agit de savoir qui va arnaquer le mieux les autres au cours d’une intrigue à rebondissements savoureux…

Plus que dans ses précédents romans encore, l’auteur intègre à son histoire un grand nombre de personnages, tous très travaillés, hauts en couleurs et rendus avec un naturel déconcertant. Dans Bonus on croisera donc en vrac : un ancien PDG d’une chaîne de supermarchés accusé de malversations et de délit d’initié, une avocate stagiaire fille d’un prof à la retraite amoureux d’une clandestine sans-papier, une juge d’instruction intransigeante et le policier black chargé de sa protection rapprochée, un cordiste spécialiste des explosif, une esthéticienne qui rêve de devenir la nouvelle Cindy Sander, un ex-taulard gay qui rêve de se faire un pactole dans un dernier coup avec un minimum de risques, et quelques autres encore…

Toute l’histoire tourne autour du grand patron déchu, dont les millions illicites qui dorment dans différents paradis fiscaux attisent bien des convoitises… qui donc sera l’arnaqueur le plus doué, celui qui réussira à s’en sortir avec tout ce pognon bien mal acquis ? les différents fils de l’intrigue vont s’emberlificoter jusqu’à un dénouement plutôt inattendu.

Comme à chaque fois, la force de Chalumeau est dans les mots, dans la gouaille, dans les dialogues, bien plus encore que dans les situations et les coups de théâtre pourtant bien menés eux-aussi. Si j’aime le lire c’est parce que je sais à l’avance que je vais me marrer, parce que je sais à l’avance que je vais y croire, et parce que malgré tout ce que je sais à l’avance, je sais aussi que je serai surpris ! Comme à chaque fois le verbe utilisé est truculent, l’humour est noir, grinçant et vire parfois au cynisme mais garde toujours un fond de gentillesse et de bienveillance. On sent que l’auteur les aime bien ses personnages, même les plus indéfendables, et il parvient à nous les faire tous aimer aussi. Ce qui n’est pas un maigre exploit vu certains énergumènes. En ce qui me concerne j’ai eu une petite préférence pour le trio de magouilleurs composé de l’esthéticienne, son mari et son frère, qui m’ont vraiment fait rire que ce soit dans les situations rocambolesques, les caractères bien trempés ou les dialogues aux petits oignons dont les a gratifiés Laurent Chalumeau. Quelque chose me dit que sur ces trois là il s’est un peu plus lâché, d’ici qu’ils remportent sa préférence à lui aussi je n’en serais pas du tout étonné…

À chaque fois que je parle d’un roman de Laurent Chalumeau j’ai un peu l’impression de me répéter, et pour cause : à chaque fois j’en dis du bien parce que c’est toujours de la bonne came, c’est toujours extrêmement bien écrit et ça emporte à tous les coups la palme pour ce qui est de me divertir. Je suis toujours heureux d’entamer un nouvel ouvrage de cet auteur, et toujours un peu triste en tournant la dernière page de devoir quitter des personnages aussi attachants et drôles que les siens. Je ne dérogerai donc pas à mon habitude en vous recommandant très chaudement Bonus de Laurent Chalumeau. Allez-y, lisez et marrez-vous.


339 bonus

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5 septembre 2012 3 05 /09 /septembre /2012 19:58

Dimanche 2 septembre, le groupe Coldplay a donné un concert au Stade de France. Et quel concert ! plein comme un œuf, le stade de Saint-Denis affichait complet pour la venue des anglais. Dès le départ le ton est donné : le chanteur et leader Chris Martin annonce que le concert est filmé (pour un futur dvd live ?) et qu’ils ont bien l’intention de faire de ce moment un moment unique (oui bon ok il l’a dit d’une manière à peine plus imagée « our best fuckin’ concert »).

 

Et il faut bien l’avouer, les britanniques ont mis les petits plats dans les grands. Le spectacle était grandiose : la mise en scène, l’énergie transmise par le groupe et l’enchaînement des morceaux auront assuré la réussite du pari de Coldplay, celui d’enflammer le stade.

À l’entrée du concert chaque spectateur s’est vu remettre deux bracelets de couleur. Ces derniers étant sertis de diodes rouges, bleues, vertes, blanches, jaunes… et commandées à distance pour s’allumer ou clignoter au rythme de la musique. Très chouette idée, et quand 80 000 paires de bracelets s’illuminent dans le stade cela donne un spectacle assez impressionnant ! Mais ce n’est pas tout : grands écrans, jeux de lumières, pluies de confettis multicolores, ballons de baudruches géants lâchés dans la foule, feux d’artifices… visuellement Coldplay a mis le paquet et le rendu est génial, donnant une ambiance très festive au concert. Musicalement, évidemment allais-je dire, le groupe déroule du gros et bon son. Principalement axé sur leur dernier album Mylo Xyloto, d’autres morceaux plus anciens et qui ont fait le succès des anglais s’intercalent et sont repris en chœur par le public. Petite surprise supplémentaire : la chanteuse Rihanna est venue en personne pour chanter son duo avec le groupe Princess of China. Pour le plus grand bonheur de Chris Martin, qui plein d’enthousiasme, propose de profiter de la présence de la chanteuse pour reprendre dans la foulée une seconde fois la chanson (par pur plaisir sincère ou pour un problème de captation sur le premier passage allez savoir, mais on en a pris une double ration avec plaisir quoi qu’il en soit). Rihanna reviendra en fin de concert pour interpréter une de ses chansons, Umbrella, dans une version épurée seulement accompagnée de Chris Martin au piano.

338 coldplay rihanna

Proche de son public, Chris Martin ne s’économise pas une seconde. Le gaillard parcourt la scène (très large) en tous sens, le fait de chanter ne l’empêchant pas une seconde de courir comme un dératé et de sauter partout. Il tient une forme olympique le garçon. L’avancée centrale de la scène principale l’emmène à plusieurs reprises loin au cœur du public, et le groupe fera même une échappée belle sur une plate-forme à l’autre extrémité du stade, manière de contenter pendant trois ou quatre titres aussi ceux qui sont loin de la scène, vraiment sympa.

On sent une sincérité, un enthousiasme, une envie de faire plaisir et de s’amuser parmi chacun des membres du groupe. Et le moins qu’on puisse dire c’est qu’en retour le public a répondu présent. Dans l’opération séduction, Coldplay s’en sort avec les honneurs, les spectateurs sont conquis, la fièvre a pris le stade. Coldplay est de ces groupes qui créent un vrai sentiment de communion avec leur public. Ce n’est pas que du show, il y a une dimension supplémentaire, celle qui donne l’impression au public, dans toute sa diversité, de partager le temps d’un concert un univers commun, à la manière d’une virgule positive, trop courte mais intensément forte.

338 coldplay chris martin

Bien entendu chacun a ses préférences et ses titres favoris, mais il est indéniable que des sommets ont été atteints quand ont retenti les titres phares que sont Viva la Vida et Paradise. Cette dernière d’ailleurs a été reprise une seconde fois en fin de concert, pour un enregistrement destiné à une émission caritative américaine pour la recherche sur le cancer. Vous me direz, deux titres doublés dans un concert ça fait beaucoup c’est vrai, mais quand la qualité est là (et elle était là) en n’en veut qu’à moitié aux artistes. Certes j’aurais préféré entendre un Strawberry Swing plutôt que deux fois de suite Princess of China, mais ce type de reproche s’apparenterait un peu à du caprice d’enfant gâté tant le concert a été excellent. Je m’abstiendrai donc. Et puisqu’on parle de nos goûts personnels, je me permets d’ajouter que le final sur Every Teardrops is a Waterfall m’a ravi.

338 coldplay stade de france

En conclusion, je dirais que Coldplay au Stade de France a été un très grand moment, un poil trop court à mon goût (au total cela n’a pas dû dépasser les 1h45 de spectacle, encore loin des performances springsteeniennes) mais vraiment intense et d’une qualité bluffante. Au niveau musical, Coldplay n’a rien à envier à qui que ce soit, niveau spectacle je crois que ce concert se rapproche de très prêt (pour vous faire une idée) de ce que U2 avait proposé lors de son historique 360° Tour. Il ne reste plus pour Chris Martin qu’à s’inspirer de l’endurance du Boss et ce sera parfait à tout point de vue. L’énergie et le talent, il les a incontestablement !

Et pour finir, quelques vidéos de qualités diverses glanées ça et là...
Avec tout d'abord Viva la Vida :



Paradise :


et enfin Every Teardrops is a Waterfall en guise de final :


(merci aux posteurs de vidéos)


 

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30 août 2012 4 30 /08 /août /2012 07:20

La super production des Studios Marvel, Avengers, a été la première des trois principales sorties super-héroïques au cinéma cette année (les deux autres étant Amazing Spider-Man et Batman : The Dark Knight Rises, qui seront bientôt chroniqués ici… euh enfin, un jour… ou l’autre…).

Des trois, c’était celle que j’attendais le plus impatiemment. Pas tellement pour l’excitation de voir enfin les Vengeurs sur grand écran, pour avoir vu les films consacrés à chacun des personnages individuellement, la question du « qu’est-ce que ça va donner à l’écran » ne se posait plus vraiment. Non, c’était plutôt de la curiosité qui m’animait en allant le voir. Car pour la première fois on allait voir sur grand écran ce concept pourtant déjà ancien et qui est un des fondements de l’esprit Marvel : l’univers partagé. En tant que lecteur assidu de comics depuis mon plus jeune âge il n’y a rien de bien nouveau pour moi là-dedans, mais sous ma casquette d’amateur de cinéma c’est assez inédit.


337 avengers iron man

Le projet Avengers a été initié il y a six ans déjà, avec la sortie du premier film consacré à Iron-Man. Iron-Man était également la première production 100% Marvel Studios, contrairement aux licences X-Men et Spider-Man, produites par la Fox et Sony. Quand Marvel décide de se doter de son propre studio de production pour les adaptations cinématographique de ses comics, elle s’ouvre par la même occasion l’opportunité de développer un univers partagé comme dans ses publications. Pour les non-initiés, un univers partagé c’est l’idée d’interconnecter plusieurs personnages très différents et qui se suffisent à eux-mêmes au sein d’un même univers cohérent, et doté d’une continuité temporelle. C’est ainsi que dans un comic de la Marvel, les X-men pourront de temps en temps s’engluer dans la toile de Spider-Man au détour d’un building de New-York, se castagner avec Hulk ou discuter le bout de gras autour d’une bière avec les Quatre Fantastiques et Iron-Man. Et le concept de « continuité » assure le fait que tout ce qui se passe dans n’importe quel comic Marvel est intégré dans « l’historique » de l’univers partagé, perdure et peut être utilisé ou influer dans n’importe quel autre comic Marvel, quel que soit le héros principal du titre. Un peu comme si Tintin débarquait pour enquêter au sein de la rédaction Dupuis pour découvrir qui de Gaston Lagaffe et Achille Talon a donné de la pâtée frelatée au chien de Boule et Bill. Je ne sais pas si l’exemple est bien choisi mais vous voyez certainement ce que je veux dire. Mais si, mais si.


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C’est donc pour la première fois que des héros distincts vont se rencontrer et s’unir au cinéma. Introduits dans leurs propres films, Iron-Man (Robert Downey Jr), Captain America (Chris Evans), Hulk (Mark Ruffalo) et Thor (Chris Hemsworth) vont former une équipe de super-héros, les Avengers. À leur origine on retrouve Nick Fury (Samuel Lee Jackson), à la tête de l’organisation internationale du SHIELD, qui les a recrutés pour former une équipe à même de tenir tête aux plus grands dangers à l’échelle de la planète. Et du danger il va y en avoir, puisque Loki (Tom Hiddleston), le demi-frère de Thor chassé d’Asgard a réussi à s’emparer du cube cosmique (artefact qu’on avait déjà croisé entre les mains de Crâne Rouge dans Captain America : the First Avenger), et allié à une civilisation extraterrestre il a comme projet de conquérir la Terre, ni plus ni moins. Dans l’équipe des Avengers, on retrouve également deux éléments directement issus des rangs du SHIELD puisqu’il s’agit des bras droits de Nick Fury : la très belle et très fatale Veuve Noire (Scarlett Johansson) ainsi que l’archer d’élite Œil-de-Faucon (Jeremy Renner). Mais l’équipe des Avengers, aussi puissante qu’elle soit sur le papier est surtout composée d’individualités qui vont devoir apprendre à travailler en groupe, ce qui ne se fera pas sans peine.

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Bon, on le voit au résumé, le scénario n’a rien d’original. On a des méchants très méchants et très forts, et des gentils qui vont se prendre une danse et devoir s’unir pour venir à bout des méchants. Forcément les gentils vont d’abord se friter un peu entre eux histoire de montrer qui a la plus grosse et se vanner façon cours d’école, mais quand il faudra redevenir sérieux ils feront ce qu’il faut pour contrer les envahisseurs extraterrestres. Sur le fond, rien que de très classique et très lisse en somme. L’intérêt du film n’est pas là. Il se loge dans les interstices : les relations entre les personnages (et le casting de stars qui les interprètent), la gestion de l’équipe, le ton du récit constamment saupoudré d’humour et de second degré. Et puis le film fait très fort là où on l’attendait : dans le grand spectacle. Faut l’avouer, ça envoie du bois, ça explose à tout va, ça pète et ça déménage bien comme il faut. Effets spéciaux à gogo et d’excellente facture (soit dit en passant à propos de facture : le budget s’élève quand même à quelque chose comme 220 millions de $), on ne s’ennuie pas une seconde et on en prend donc plein les yeux pendant deux heures vingt. Comme je le disais : du grand spectacle. Mais pas du grand spectacle con-con ou sans âme comme ce que donne à voir un Transformers par exemple (m’en fous je balance les noms des mauvais élèves). Il y a de l’humain derrière et ça se sent.

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Dans la mise en scène grâce à un Joss Whedon qui parvient à mettre sa patte juste ce qu’il faut pour ne pas que ça soit une empreinte trop ostentatoire comme dans ses très marquées et reconnaissables œuvres précédentes (Buffy contre les Vampires ou Firefly par exemple). C’était l’une de mes craintes d’ailleurs, qu’on sente trop l’influence particulière du réalisateur qui a un style bien à lui. Crainte évaporée par Whedon qui a su gérer avec respect le matériau d’origine, tout en y insufflant une part de son originalité.

De l’humain également dans les personnages. Que ce soit dans le combat de coq entre Tony Starck et le fils d’Odin, le combat intérieur d’un Bruce Banner ou le combat pour la survie durant lequel Hulk envoie une bonne baffe au passage à un Thor poseur, chaque personnage vit, impose sa personnalité et trouve sa place dans un collectif au sein duquel on pouvait légitimement craindre de voir des disparités de traitements entre les uns et les autres. Alors certes le personnage phare reste à mes yeux Tony Stark / Iron-Man parce que c’est certainement lui qui possède le plus d’emphase, de charme et de répartie, aussi bien sur le papier que dans le jeu, Robert Downey Jr oblige. Pour autant les autres ne sont pas en reste et chacun a sa part de gloire. Seul Thor est un chouïa en-dessous, je ne saurai dire avec certitude si cela tient du personnage ou de l’interprète, mais clairement il m’intéresse moins. Alors que j’avais plutôt peur de me désintéresser du cas Hulk, ce dernier aura été une très bonne surprise à l’arrivée. Outre la beigne à Casque d’Or, il se permet de rabattre son claquet de façon expéditive au frangin du scandinave, à savoir Loki qui se la pète un peu trop à un moment, ceci ayant la fâcheuse conséquence (pour lui) d’un peu trop échauffer les oreilles du titan vert. Grosse marade car plutôt inattendu. Et Ruffalo imprime son empreinte avec classe. Moi qui avait beaucoup aimé la précédente interprétation de Banner par Edward Norton, je dois avouer avoir été séduit par celle de Mark Ruffalo.

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Au chapitre des bonnes surprises je citerais également Clint Barton / Œil-de-Faucon qui tire bien son épingle du jeu, ce qui n’était pas gagné à l’avance. Privé de son costume violet des comics, il se rapproche beaucoup plus de la version Ultimate (la gamme Ultimate est une relecture des personnages Marvel mis au goût du jour et purgés de plusieurs dizaines d’années de continuité accumulées depuis leur création). Et puis les acrobaties aussi sexy que mortelles de la miss Johansson en Veuve Noire n’ont pas été pour me déplaire non plus.

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Bien évidemment Avengers n’est pas exempt de défauts. La nuance est mince entre simplicité et simplisme, et par sa linéarité le scénario, qu’on pourra grossièrement résumer à un « gentils contre méchants », navigue parfois entre ces deux eaux. Sans parler de certaines incohérences mineures, il a également son lot de petites, voire grosses facilités. Limite un peu agaçantes même faut dire. Autant j’ai apprécié l’Agent Coulson (un des lieutenants de Nick Fury) qu’on a pu voir dans quasiment tous les films Marvel précédents en lien avec les Avengers, autant son rôle ici m’a un peu exaspéré. Sans déflorer l’intrigue (il y a des gens ici qui n’ont pas encore vu Avengers ??), son histoire de cartes de collection de Captain America m’a tout d’abord fait sourire avant de me paraître comme vraiment ridicule quand on voit quelle est sa finalité et pourquoi le scénariste l’a introduite dans le déroulement du film. Là ce n’est plus une ficelle scénaristique dont on parle, mais d’une corde d’amarrage pour tankers géants. Dans le genre énorme on fait difficilement mieux. Mais bon, ça fait partie des couleuvres qu’il faut avaler, des ratés qu’il faut accepter pour pouvoir bien apprécier en parallèle le reste d’un film qui se veut avant tout comme un immense objet de distraction et de plaisir. On en prend plein les mirettes et on se marre bien aussi, le tout couplé (pour les amateurs de comics s’entend) avec le plaisir toujours renouvelé de voir en chair et en os des super-héros trop longtemps cantonnés aux deux dimensions statiques du papier.

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Alors j’avoue que je suis très vite passé outre les reproches qu’on peut faire à Avengers pour en retenir principalement la source de plaisir que le film représente et le gigantesque réservoir d’action spectaculaire qu’il déverse à l’écran.

 

Et puis comme à l’accoutumée pour les films estampillés Marvel Studios, je suis consciencieusement resté à ma place jusqu’au bout du (très long) générique de fin pour y voir la traditionnelle petite séquence d’après générique. Y entrapercevoir la silhouette du cultissime Thanos a éveillé en moi une grosse impatience de le voir à l’affiche du second volume d’Avengers (qui est annoncé pour 2015 si je ne m’abuse).

Loin d’être un film parfait, Avengers aura pourtant tenu son statut et rempli son rôle à la perfection : c’est un très chouette film de super-héros, décomplexé, plein d’action et d’humour. L’attente avait été longue et volontairement bien entretenue par Marvel, et malgré cela le film a réussi à ne pas être décevant, tous les blockbusters ne peuvent pas en dire autant.

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30 août 2012 4 30 /08 /août /2012 06:20

Un film sur la radio, déjà j’ai trouvé l’idée bonne et assez originale. Qui plus est avec Manu Payet en tête d’affiche, qui m’avait fait pleurer de rire dans Les Infidèles quelques semaines auparavant… je me suis donc laissé tenter. Et puis je ne rechigne pas à aller voir de temps en temps un film français en salles, histoire de contre-balancer avec les blockbusters et autres hollywooderies que je m’enfile régulièrement.


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Dans Radiostars, on suit l’équipe d’une émission matinale à succès. Sur Blast FM, une radio de d’jeuns façon NRJ et consorts, l’émission du matin, le Breakfast-Club, cartonne. Elle est co-animée par plusieurs gugusses : le chef de meute Arnold (Clovis Cornillac), le blagueur Alex (Manu Payet) et le vieux beau qui n’assume pas son âge Cyril (Pascal Demolon). Dans leur sillage il y a leurs assistants : le toujours fringuant Smiters (Benjamin Lavernhe) et le survolté Jérémie (Côme Levin).

De retour de New-York, le jeune Ben (Douglas Attal), qui a échoué dans son projet de percer en stand-up outre-atlantique et s’est fait lourder par sa girl-friend en prime, rencontre Alex. Ce dernier accroche à son humour et le fait engager dans l’équipe du Breakfast-Club comme écrivain. Il va devoir écrire aux stars du micro des vannes et des mini-sketchs pour booster l’audience. Malheureusement pour lui, il arrive juste avant que les indices d’audience rendent un verdict sans appel : la matinale de Blast FM n’est plus numéro un, les chiffres sont en chute libre, la formule ne fait plus mouche. Le patron de la station annule tous les congés d’été de ses stars et les envoie au turbin avec une mission : tout l’été ils sillonneront les routes de France pour faire leur émission en direct et reconquérir leurs parts de marché. La porte leur est promise en cas d’échec. Pour Arnold et ses potes, parisiens indécrottables et arrogants au possible, c’est la pire des nouvelles. Devoir se taper les bouseux de province et du rab de taf alors qu’ils ont l’habitude d’être traités en stars auxquelles tout est dû, ça ne passe pas sans grincements de dents. Mais ils n’ont pas le choix : c’est dans leur bus aménagé qu’ils passeront donc un été qui les verra renaître de leurs cendres ou finir encore plus lamentablement. Le talent d’écriture et la fraîcheur de Ben vont être mis à profit pour relever le défi…


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Mouais, bon. J’avoue que je m’attendais à un peu mieux. Ça n’est pas non plus catastrophique, mais j’espérais rire un peu plus que ça n’a été le cas. Le film de Romain Levy alterne le moyen et le très bon par moments. Commençons par le très bon : Manu Payet. Bien que le rôle principal soit celui tenu par Douglas Attal, c’est bien le personnage de Manu Payet qui retient le plus l’attention, surtout quand le scénario lui lâche la bride et le laisse donner sa mesure. Payet est vraiment drôle, et c’est surtout lui qui fait rire. Les conseils de drague, la séquence de boîte de nuit avec la blondasse antisémite, sont des moments où on se marre vraiment.

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Le personnage de Cyril n’est pas mal non plus, moins drôle mais assez attachant, on rit plus souvent de qu’avec lui. Autre grosse réussite, le personnage secondaire de Daniel(e), chauffeur du bus et autour de qui va tourner une question tout le long du film quant à son sexe. Homme ou femme ? On pousse d’ailleurs le vice et l’interrogation jusque dans le générique de fin qui indique que le rôle est tenu par un intriguant J. Plumecocq-Mech… Les membres de l’équipe auront beau user de divers stratagèmes pour découvrir l’identité sexuelle du chauffeur, bien malin qui pourra se prononcer à la fin du film. Daniel(e) est vraiment une chouette trouvaille, un mix de Jacques Dutronc et de Françoise Hardy dans un même corps (et non, ça ne donne pas un Thomas Dutronc, désolé). Mais bon, ça ne fait pas tout un film non plus. À côté de ça il y a justement la partie bien plus moyenne du film : le personnage principal auquel on n’accroche pas vraiment et dont on se soucie finalement bien peu du sort, le personnage d’Arnold, totalement antipathique (je sais bien que c’est fait exprès…) et caricatural à l’extrême jusque dans son revirement final, et une trame générale dans la même veine c’est-à-dire très prévisible.


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À l’arrivée on se retrouve un peu le cul entre deux chaises. On sent bien que l’idée était bonne et quelques traits de génie laissent entrevoir tout le potentiel comique de départ qu’avait le film, mais il y a en contre-partie des passages trop anodins pour vraiment entretenir l’intérêt sur la longueur. On peut résumer le problème que connaît ce film par le moment où les présentateurs lancent à leur écrivain-blagueur : « vas-y, fais nous marrer, sors nous une vanne ». La commande de départ biaise le résultat, et pour cause : on ne rit jamais plus que lorsqu’on ne s’y attend pas, le film confirme cette règle. Pas foncièrement mauvais, c’est une comédie avec de belles pépites à l’intérieur dont je dirais en résumé : pas mal, mais peut mieux faire.


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29 août 2012 3 29 /08 /août /2012 19:14

 

Voici un roman pour le moins original. Enfin non, original n’est pas l’adjectif le mieux approprié, je dirais plutôt singulier. Sur de nombreux points, à commencer par son origine.

Titrer un livre Le Livre sans nom c’est déjà assez judicieux. Quand en plus il est écrit par un auteur qui se nomme Anonyme cela épice la chose. Et quand le titre du roman est aussi le titre d’un ouvrage autour duquel toute l’histoire tourne, ça devient très malin.

Diffusé au départ sur internet, le script va vite éveiller l’intérêt d’un éditeur britannique qui aura la bonne idée de le publier. Très bonne inspiration même, puisque l’ouvrage va rapidement cartonner et devenir un best-seller dans de nombreux pays. Depuis d’ailleurs, ce Livre sans nom aura connu déjà trois suites, toujours sous couvert d’anonymat pour son auteur. Un Anonyme qui attise les curiosités du reste, sur le net les passions se déchaînent et les hypothèses vont bon train : de David Bowie au Prince Charles (va comprendre Charles !), on aura collé la paternité de cette tétralogie à bien des personnalités. Celui venant en tête des paris étant ni plus ni moins que le pape du cinéma de genre, Quentin Tarantino himself. Et il faut bien l’avouer, si concordances on devait chercher avec d’autres œuvres du même acabit, c’est bien du style de Quentin Tarantino qu’on se rapprocherait le plus.

Jugez plutôt. L’action prend place de nos jours à Santa Mondega, ville d’Amérique du Sud où règnent la pègre et la corruption, ambiance western. Sa réputation est telle qu’elle est reconnue comme la ville la plus dangereuse au monde. Un homme encapuchonné entre dans un bar, le Tapioca. Il commande un bourbon et la tuerie commence. Le seul rescapé du bar, sera Sanchez le patron. Dans toute la ville, il fera pas moins de 300 victimes ce jour-là. La légende du Bourbon Kid est née. Cinq ans plus tard, Santa Mondega est le lieu de convergence de plusieurs personnages hauts en couleurs, tous à la recherche d’une pierre précieuse au pouvoir immense, l’œil-de-la-lune. Il y a tout d’abord Kyle et Peto, deux jeunes moines à mi-chemin entre moines shaolin et chevaliers Jedi, experts en arts martiaux mais qui quittent pour la première fois l’île de leur monastère et découvrent la civilisation. Il y a le chasseur de primes Jefe qui ramène la pierre à son patron El Santino, parrain de la mafia locale et soupçonné d’être le diable en personne. Il y a Elvis, tueur à gages et sosie du King. Il y a Marcus la Fouine, voleur de son état, Dante et Kacy, les Bonnie and Clyde des bacs à sables, Rodeo Rex l’invincible, lutteur façon Undertaker et tueur à gages du Tout-Puissant comme il aime à se surnommer. Il y a Jessica, rare survivante de la folie meurtrière du Bourbon Kid, qui a survécu à la fusillade malgré les 32 balles qu’elle a prises et qui l’ont plongée dans un profond coma de cinq années et dont elle sort enfin, mais devenue amnésique. Et il y a aussi Miles Jensen, enquêteur spécialisé dans les affaires paranormales en duo avec Somers le parano, flic le plus détesté et solitaire de la ville, que leurs investigations vont mener à un mystérieux Livre sans nom qui serait en lien avec le Bourbon Kid.

Ajoutez par-dessus : des vampires, des arts martiaux, du gore, des filles pas farouches, une cadillac jaune, une diseuse de bonne aventure, une éclipse totale de soleil, un tournoi de baston sur un ring, des flingues à gogo et un breuvage pas trop conseillé en guise de bienvenue au Tapioca. Mélangez. Secouez bien même parce que c’est un sacré gloubi-boulga mine de rien. Vous obtenez : le Livre sans nom.

 

Pas étonnant que ce bouquin soit attribué à Tarantino. Un tel mélange de genre y fait inévitablement penser. Western, intrigue policière, fantastique, action, surnaturel, gore, épouvante… sans compter que le tout est enrobé d’une dose d’humour salvatrice, une telle collision de genres ne pouvant pas se faire sans provoquer des scènes comiques. Et puis évidemment c’est référencé à l’extrême, au point que tout paraît ultra-cliché mais rappelle inévitablement des classiques de la pop culture : Jessica fait penser à Uma Thurman dans Kill Bill, Jensen n’est rien d’autre qu’un Fox Mulder black, le Bourbon Kid aurait les traits de Clint Eastwood en Homme sans nom que ça m’étonnerait pas une seconde, les moines karatékas lorgnent du côté du petit scarabée de Kung Fu, les vampires ont l’air tout droit sortis d’Une Nuit en Enfer de Robert Rodriguez (et avec Quentin Tarantino, comme par hasard), le livre maudit rappelle furieusement la K7 vidéo de Ring, etc, etc, etc…

Autre élément fort : les dialogues qui jonchent le récit sont un mélange de cynisme, de testostérone et de second degré bienvenu.

Le roman est saucissonné en 65 chapitres plutôt courts selon un schéma astucieux : chaque chapitre concerne un personnage en particulier et se termine sur une note de suspense dont on ne saura la suite que deux ou trois chapitres plus tard, quand le personnage sera à nouveau au centre d’un chapitre. Le paroxysme étant les rencontres entre personnages phares bien entendu.

 

Bref, tout cela est plutôt bien foutu faut l’admettre. Ça peut paraître fourre-tout comme roman, et pour tout dire, ça l’est ! Mais on ne s’y perd pas pour autant. C’est maîtrisé, c’est vif, et c’est surtout une narration hyper cinématographique dans les descriptions et le déroulement des actions. On frôle cependant à plus d’une reprise l’indigestion. En ce qui me concerne, les vampires étaient à la limite de faire basculer le livre dans le « définitivement trop c’est trop ». Mais on continue pourtant à lire, la mécanique d’écriture étant parfaitement rôdée pour parvenir à garder l’attention du lecteur malgré l’entrechoquement de concepts et de genres. Cela dit, je n’ai pas réussi à me sentir passionné par ce qui se passait. J’avais envie de connaître la suite, mais je n’étais pas happé dans le livre. Je crois que l’amoncellement de références, la volonté d’en donner toujours plus et la manière très pro dont c’est fait, qui donne presque parfois l’impression de voir l’écrivain au détour d’un paragraphe regarder le lecteur dans les yeux le temps de lui adresser un bon gros clin d’œil avant de recommencer à écrire, ont fait que j’ai gardé mes distances avec le roman. C’est à mes yeux un exercice de style intéressant et remarquablement bien mené, mais il lui manque … je ne sais pas, je dirais une âme. La référence pour la référence, la figure de style pour la figure de style, l’esbroufe pour l’esbroufe, sur plus de 400 pages ça finit par lasser un peu, même quand c’est bien fait.

 

Alors je ne regrette pas ma lecture, je pense même que je lirai au moins le second volet pour voir dans quelle direction part l’auteur, mais je ne peux pas dire que ce livre est la révolution littéraire que vantent de nombreuses critiques très positives que j’ai pu en lire sur le net. C’est trop poseur par moment, trop explicitement artificiel pour cela. Ce qui du reste, en fait un excellent divertissement pop et pas con, c’est le moins qu’on puisse lui concéder.


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