« La connerie c’est comme le judo : il faut utiliser la force de l’adversaire. »
Jean Yanne, génie du self-défense.
Avant de lire les notes que je fais sur les films que je vois et les bd que je lis, sachez que dans mes commentaires il m'arrive parfois de dévoiler les histoires et les intrigues. Ceci dit pour les comics, je n'en parle que quelques mois après leur publication, ce qui laisse le temps de les lire avant de lire mes chroniques.
Bon surf !
Avis vite dits... en 2024 (1ère partie)
Avis vite dits... en 2023 (2ème partie)
Avis vite dits... en 2023 (1ère partie)
Avis vite dits... en 2022 (2ème partie)
Avis vite dits... en 2022 (1ère partie)
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Avis vite dits... en 2013 (2ème partie)
« La connerie c’est comme le judo : il faut utiliser la force de l’adversaire. »
Jean Yanne, génie du self-défense.
Attention, énorme coup de cœur !
Ma première rencontre musicale (croyais-je) avec Berry remonte à quelques temps déjà. J’écoutais France Inter, je ne sais plus trop quelle émission, quand y passe une magnifique reprise par une très jolie voix féminine de la non moins merveilleuse chanson de Bourvil La Tendresse. De suite, je suis conquis, et je note quand l’animateur précise qu’il s’agit de la chanteuse Berry. De retour chez moi, je cherche un peu, sur le net et je trouve ce que je veux : La Tendresse apparaît sur la version collector du premier album de Berry, nommé Mademoiselle. Pas évident à trouver d’ailleurs cette version, mais j’y parviens tout de même et j’écoute donc l’album : tiens il y a un ou deux airs que je reconnais ! La chanson Mademoiselle justement, mais aussi Le Bonheur ont eu toutes deux leur petit succès. Mais après une ou deux écoutes un peu distraites, je finis par revenir encore et encore sur La Tendresse, chanson que j’aime tout particulièrement et que du coup j’ai collé sur tout un tas de best-of de ma conception. Puis un disque en remplaçant un autre, l’album de Berry cède sa place dans mon lecteur à d’autres…
En fin d’année dernière, je vois que Berry vient de sortir son second album : Les Passagers. Et dans la foulée j’apprends qu’elle passe à Colmar en février pour la promotion de cet album. L’occasion faisant le larron je prends à la fois l’album et des places pour le concert. Pour découvrir l’album je fais ce que je fais souvent, je le laisse tourner sur mon ordi au boulot en musique de fond. Dès la première écoute, deux titres m’accrochent d’emblée l’oreille : Brune et Claquer dans les Doigts. Et en un rien de temps et sans crier gare, je réalise que toutes les chansons de l’album se sont imprégnées en moi, les airs, les mélodies et les paroles me trottent dans la tête. Agréablement surpris, je reprends le premier album que j’avais un peu délaissé et je l’alterne régulièrement avec le second pour me rendre compte qu’en fait, chez Berry il n’y a rien à jeter ! Une voix douce et agréable, sensuelle aussi, des accords mélodieux et des textes très beaux… D’ailleurs dans le second album, je me suis surpris à découvrir de très belles références à d’autres univers musicaux : Brune bien entendu qui est Gainsbourienne en diable, je dirais même presque Mélodie Nelsonienne en vérité ! Mais aussi Voir du Pays dont les accents de bossa-nova et les textes me font penser à mon si cher Bernard Lavilliers. Quant à Ce matin, j’y entends un peu de Barbara, des réminiscences de Françoise Hardy, un soupçon de William Sheller dans certaines orchestrations tout du long de l’album… et pour en revenir à l’album Mademoiselle, je redécouvre que les deux morceaux Les Heures Bleues et Chéri sont en fait des mises en musique de poèmes de Verlaine !

Bref, tout ça pour dire à quel point tout cela foisonne de belles choses, qu’il y a dans l’univers musical de Berry un subtil mélange d’originalité et de classicisme, que c’est riche, férocement mélodieux, et complètement immersif. Il plane au-dessus de ces deux albums un vrai parfum de nostalgie. Mais pas celle qui vous plombe et vous rend morne, non, celle qui vous fait passer de la tristesse au sourire le temps d’une pensée. Il y a des mots difficiles parfois, mais toujours une certaine légèreté dans la voix qui les prononce, et ce contraste est saisissant, et avec moi en tout cas ça marche parfaitement. Berry chuchote quelques mots, accompagnée d’une guitare ou d’un piano, et d’un coup d’un seul elle me chope et m’entraîne exactement où elle veut. Comme ça, avec la plus grande douceur, mais avec une force irrésistible. Alors oui, quand je disais « coup de cœur » en début d’article, je ne crois pas exagérer…
Mais avec tout ça je n’ai pas encore abordé le concert de Colmar !
D’abord quelques mots sur la première partie, assurée par une jeune femme du nom d’Anastasia. Toute seule avec ses deux guitares, Anastasia fait le show avec sa voix unique et sa musique perchée quelque part entre le jazz bluesy, le rock funky et le groove ensoleillé. C’est difficile à décrire mais ça marche bien ! quant aux textes, ils sont à la fois amusants, modernes, poétiques et colorés. À l’image de la chanteuse en fait ! on devine par moments des liens de parenté avec Camille ou Anaïs dans le genre de chansons qu’Anastasia propose, mais dans son style propre qu’on ne peut pas confondre avec un autre déjà existant, ce qui n’est pas si courant pour une jeune chanteuse. Elle possède de plus un brin de voix assez extraordinaire, lui permettant de jouer aussi bien dans les graves qu’avec les aigus (arf, je me prends pour un coach de The Voice maintenant !!). Bref, c’est frais, c’est bon, et ça fonctionne bien sur scène. Et pour ceux que cela intéresse, son premier album, Beau Parleur, sort à la vente en mars…
Quant au concert de Berry, j’ai tout d’abord été étonné. À vrai dire, après avoir beaucoup écouté ses disques ces derniers temps, je m’attendais inconsciemment à un concert un peu plus intimiste, plus minimaliste. Alors que pas du tout : Berry est arrivée sur scène avec cinq musiciens : deux guitaristes (tous deux excellents), un bassiste, un batteur et un clavier. Du coup l’orchestration était plus « fournie » que je ne pensais, et certains titres ont pris une ampleur différente de leur version studio. C’était par exemple le cas de Brune, morceau que j’apprécie déjà tout particulièrement mais qui sur scène était encore un peu plus boosté par l’orchestration et surtout par la partie guitare électrique, très réussie. Berry et ses musiciens ont interprété beaucoup de chansons, alors que paradoxalement j’ai trouvé le concert court, c’est certainement dû aux titres eux-mêmes qui ne sont pas forcément de très longue durée. Berry a évidemment repris les morceaux les plus attendus car les plus connus que sont Mademoiselle, Le Bonheur, Chéri et Demain (ces deux derniers titres étant vraiment excellents en live). Et du nouvel album je crois bien qu’elle a tout interprété. Appréciant chaque morceau je ne vais pas en faire le listing complet, mais je me dois quand même de citer les enthousiasmants Claquer dans les Doigts, Si C’est la Vie et Voir du Pays, la très belle Les Mouchoirs Blancs et la magnifique Ce Matin. Je n’ai malheureusement pour moi pas eu droit à la reprise de La Tendresse que j’aime tant, mais il y a une chanson parmi toutes qui m’a vraiment marqué, et qui est de loin l’une des plus touchantes que j’ai entendue ces dernières années : Plus Loin. Vrai moment d’émotion, émotion qui s’est aussi emparée de Berry qui a discrètement séché ses larmes à la fin du morceau avant d’enchaîner sur une autre chanson. Plus Loin est vraiment une chanson hors du commun, de celles qui vous prennent aux tripes par sa simplicité, sa force, sa douceur et ses mots (d’ailleurs sur l’album Mademoiselle, l’enchaînement des titres Plus Loin et Demain donne une profondeur et un contexte particuliers au second titre).
Mais ne vous y trompez pas, Berry n’est pas une nouvelle Mylène Farmer, larme à l’œil et tenues affriolantes. Elle est même plutôt son opposé (et c’est tant mieux !). C’est avec un merveilleux sourire aux lèvres qu’elle chante sur scène, qu’elle s’adresse au public ou qu’elle éclate de rire avec ses musiciens. Elle est heureuse de chanter et cela se voit, d’ailleurs elle fait tout pour partager son bonheur avec ceux qui l’écoutent. Et pour cela elle n’a pas besoin d’artifices, de chorégraphies bizarres ni de soutif apparent non plus, elle est juste belle et dégage un charme naturel qui, croyez-moi, suffit amplement.
Le seul bémol que j’aurai sur la prestation de Berry et de ses musiciens, tient en deux mots : trop court !! En effet, une petite heure et quart après le début de concert, elle nous laissait déjà repartir dans le froid et la nuit de Colmar… j’aurais aimé plus, mais ça c’est mon côté d’incorrigible gourmand qui reprend le dessus. Que voulez-vous, quand j’aime j’essaie toujours d’en profiter au maximum.
Alors pour vous en faire profiter un peu aussi, je vous propose quelques liens vers des chansons de Berry trouvées sur le net (rien qui soit tiré du concert à Colmar cependant). Berry c’est un vrai grand et beau talent de la scène musicale française, découvrez-la, écoutez-la et aimez-la.

Pour celles et ceux qui veulent découvrir ce que ça donne en live, voici une sélection de vidéo glanées sur youtube (merci aux posteurs !!) avec pour commencer un des titres phares du nouvel album : Si C'est La Vie
On continue avec la gaingsbourienne Brune :
Une version live de Plus Loin, de l'émotion pure :
Et on finit (parce qu'il faut bien finir, je pourrais continuer longtemps comme ça) avec une autre version live, de la très belle chanson Demain :
Tiens, voilà-t-y pas que je me suis fait tagué par l’ami Spooky dis donc ! Il s’agit de répondre à un mini-questionnaire qui s’intéresse aux lectures des blogueurs, puis de taguer soi-même d’autres blogueurs et ainsi de suite… Alors c’est parti pour le questionnaire !
1/ Un livre que j’ai particulièrement aimé


J’ai envie de piocher dans mes lectures récentes et je citerais donc le dyptique En Moins Bien et Pas Mieux de Arnaud Le Guilcher. Le second étant encore plus jouissif que le premier roman qui pourtant m’avait déjà énormément plu. J’en reparle bientôt ici, et ici (un peu) plus tard...
2/ Un livre qui ne m’a pas plu

Je n’aime pas dénoncer et dire du mal, mais La Symphonie du Temps qui Passe de Mattia Signorini en a été une belle perte (de temps). J’en reparle dans quelques temps ici.
3/ Un livre qui est dans ma PAL (Pile-À-Lire)

Alors un parmi la vingtaine qui trônent au PDL (Pied-Du-Lit) : Snuff de Chuck Palahniuk. J’en reparlerai donc dans très longtemps ici.
4/ Un livre qui est dans ma wishlist

Une histoire de voyage temporel qui m’intrigue : La Brèche de Christophe Lambert (non rien à voir avec le highlander qui traverse les siècles). J’en reparlerai peut-être ici un jour lointain, l’avenir le dira.
5/ Un livre auquel je tiens


Ma collection de La Grande Anthologie de la Science Fiction que je lisais adolescent, aux éditions J’ai Lu. J’en parlerai peut-être ici un jour, ça pourrait faire un thème d’article générique assez intéressant. Comme si je n’avais pas déjà assez de mal à parler de trucs récents…
6/ Un livre que je voudrais vendre ou troquer

Ce n’est pas dans mes habitudes de faire ça. Mais s’il faut en citer un je dirais Lady de Melvin Burgess qui ne m’a pas plu du tout. Mais à moins de trouver une adolescente rebelle ou un adorateur pervers de clébards, ça serait salaud pour la personne qui le récupérerait. J’en reparle ici très bientôt.
7/ Un livre que je n’ai pas réussi à terminer
Je cumule trois défauts majeurs dans ce domaine : j’ai pour principe de finir ce que je commence, je suis buté comme un âne à ce sujet et je dois très certainement cultiver une tendance de masochiste qui s’ignore, toujours est-il que même quand un livre me tombe des mains je le ramasse. Je sais, pour moi qui me plains souvent du manque de temps, c’est un peu (très) con. Je plaide coupable Votre Honneur.
8/ Un livre dont je n’ai pas encore parlé sur le blog

J’ai refait mes comptes, des romans que j’ai lus récemment (depuis moins de 2 ans) sans encore les avoir chroniqués ici, il y en a à l’heure actuelle exactement trente et un. Donc un parmi ces trente et un : Les Trois Saisons de la Rage de Victor Cohen Hadria, excellent bouquin au demeurant. J’en reparle d’ici quelques mois.
9/ Un livre que j’ai à lire en lecture commune
Je sais que c’est une idée intéressante et en vogue parmi les blogueurs « littéraires » mais je ne pratique pas les listes de lectures communes. D’abord parce que je ne me considère pas comme un « blogueur littéraire », et ensuite parce que je suis un affreux individualiste qui aime choisir lui-même ses lectures (et ses films, et ses bd, et ses albums musicaux, et ses t-shirts). Cela dit je me sers beaucoup de quelques blogueurs comme éclaireurs pour m’aider à découvrir de nouvelles choses, m’aiguiller sur des écrivains que je ne connais pas ou dégotter des œuvres aux côtés desquelles je serais passé sans forcément me retourner. Et bien choisir les blogs qu’on suit donne souvent d’excellents résultats puisque par ce biais j’ai fait de très belles découvertes et de bien jolies rencontres avec des personnages de papier qui m’étaient jusqu’alors totalement inconnus. Bref, je picore bien souvent des idées de lectures chez les autres…
Mais de là à suivre une liste de livres imposés avec qui plus est une contrainte de temps donnée, c’est pas came du tout.
10/ Les prochains blogueurs tagués
En dehors de Spooky je n’ai pas spécialement de liens avec d’autres blogueurs lecteurs donc ça va s’avérer difficile pour moi d’en taguer. Il y a bien Delphine qui est une grande lectrice mais son blog est consacré à la photo, je ne pense pas qu’un article comme celui-ci y aurait sa place. Mais elle peut si elle le désire, et cela s’applique évidemment à tous ceux qui passent dans le coin, répondre au questionnaire dans les commentaires par exemple !
Il y a quelques semaines j’ai découvert, en première partie du concert du groupe Ange à Sausheim, un certain Alex Bianchi, qui en quelques notes m’a instantanément et énormément plu. Et voilà que j’apprenais son passage au Roger’s Café ce vendredi 8 février… ni une ni deux, je me suis dit que c’était là une excellente occasion d’approfondir un peu le sujet.
Faut bien le dire, il n’y avait pas foule ce soir là au Roger’s Café. Le froid et la neige qui s’abattaient sur Belfort ont dû y être pour quelque chose à mon avis. Toujours est-il que le bar avait bien du mal à se remplir ce vendredi soir. À moins que les gens ne soient restés chez eux pour regarder les victoires de la musique à la télé ? Ça m’étonnerait un tantinet cela dit. Je crains d’ailleurs qu’il y ait eu même plus de monde à mater des gogols en maillots de bain faire de grands ploufs sur la chaîne concurrente. On a la télé qu’on mérite paraît-il… Bref, c’est donc devant un public restreint (mais convaincu !) que Alex Bianchi a entamé son concert un peu plus tard que prévu. Heureusement au fil des minutes qui passaient, les belfortains semblants sortir de chez eux comme les plus lève-tard des animaux nocturnes, la salle s’est peu à peu remplie malgré tout.
Sur scène il y avait donc deux types un peu bizarres, voire même carrément barrés, bourrés d’énergie et surtout de bonne humeur. Alex Bianchi à la guitare et au chant, et Marc-Antoine Schmitt, dit Monsieur Marco, à la contrebasse, à la basse et au chant aussi un peu. Ils ont été rejoints en cours de route par un batteur dont j’ai malheureusement oublié le nom (mes plus plates excuses à lui) et qui les accompagnait pour la première fois sur scène si j’ai bien tout compris.
Et malgré le fait qu’au début du concert il n’y avait pas affluence dans le bar, ces gaillards là ont su donner ce qu’ils étaient venus partager ce soir là : un très chouette moment de musique ! D’ailleurs, il suffit de les voir jouer pour se rendre compte qu’ils prennent leur pied sur une scène : Alex a un sourire qui lui colle au visage quasiment en permanence, quant à Marco il a l’air totalement habité derrière sa contrebasse (dit comme ça, ça n’a pas l’air d’être un instrument hyper-marrant et pourtant utilisé à la manière de Marco ça devient un truc juste énorme). Pour ce qui est de leurs titres, cela va du festif et joyeux comme Cool (un de mes préférés) au plus mélancolique comme Manon, en passant par le revendicatif (sans être prise de tête non plus) comme Indignons-nous. Mais toujours avec une petite pointe de blues, un soupçon de soul, et une voix chaude de rockeur. Alsacien aux racines italiennes, Alex chante parfois en italien (Per Tanto Tempo, très entraînant) mais la majorité de ses chansons sont en français. Cela dit, je l’ignorais mais ma sœur me l’a appris (elle est forte ma sœur), Marco et Alex font également partie du groupe Les Bredelers, et à ce titre sont aussi tout à fait capable d’en pousser une petite en alsacien. Mais bon, en terre franc-comtoise, ils s’en sont visiblement abstenus ! et je pense que le public local leur en saura gré pour ça.
Parmi leurs chansons, je citerais également mais sans être exhaustif La Nonchalance, Silence ! on pense… (qui est aussi le titre de leur album), Petit Soiffard, Chut !, l’excellent Si Dieu était une Femme, et puis petit plaisir personnel, leur reprise de Est-ce ainsi que les Hommes Vivent ? de Léo Ferré (reprise aussi en son temps par Bernard Lavilliers). Rien que de très bons morceaux, aux rythmes enthousiasmants et toujours servis par la voix rocailleuse à souhait de Alex Bianchi.
Je suis souvent éberlué par la somme de talent qu’on peut voir ainsi dans un petit concert qui ne paie pas de mine, au fond d’un café concert, alors que les ondes sont si souvent squattées par d’autres qui en ont bien moins sous la pédale. Concrètement j’ai du mal à m’expliquer comment un duo comme celui-ci n’est pas plus connu. Comment une telle voix n’a pas été repérée et ne passe pas régulièrement à la radio. Ça me dépasse. Alors oui, bien sûr, Alex n’a pas le physique d’un M Pokora (pour faire une comparaison entre strasbourgeois en plus), mais bordel, lui il a du talent à revendre. Il compose, parfois il écrit, il joue et il chante. Et il le fait infiniment mieux que tant de ces blaireaux dont le seul talent artistique qu’ils sont capables d’exposer est celui de leur tatoueur ou de leur coiffeur.
Parfois ce genre de chose me laisse non seulement pantois, mais aussi déprimé.
Alors j’écoute chanter Alex Bianchi, et la pêche revient. Ce type n’a pas qu’un talent musical : il possède aussi celui de partager sa bonne humeur. Ses chansons vous filent la banane, et pour ça moi je dis : Oh Merci Alex Bianchi ! Oh Merci Monsieur Marco !
Je vous invite chaudement à visiter son site, à écouter ses chansons (découvrez-le sur youtube par exemple, mais surtout essayez son album !), à aller le voir en concert. Enfin, je ne vous oblige pas hein, mais si vous aimez la bonne musique…
Je vous propose en direct de youtube, une version live de Cool super sympa :
Benoît Poelvoorde et Albert Dupontel, ce sont deux noms que j’associe instantanément aux deux oeuvres qui pour moi les ont rendus irrémédiablement cultes : C’est arrivé près de chez vous pour le premier, et Bernie pour le second. Certes ils ont fait des tas d’autres choses, de qualités diverses et variées, mais ils restent des icônes indétrônables de mon paysage cinématographique pour leurs rôles dans ces deux films-ci. Et pourtant depuis les vingt dernières années durant lesquelles ils ont hanté les salles de cinéma, ces deux gugusses n’avaient jamais eu l’occasion de se rencontrer sur un projet commun.
Alors forcément, quand l’annonce du Grand Soir les mettant en scène ensemble a été faite, j’ai sauté de joie. D’autant que ce ne sont pas les deux seuls noms qui attirent l’attention sur ce film : les réalisateurs ne sont pas non plus des manchots dans le monde de la comédie et du rire poil-à-gratter français : Benoît Delépine et Gustave Kervern, associés sur plusieurs longs métrages (Aaltra, Avida, Louise-Michel et Mammuth) et personnages incontournables du Groland de Jules-Édouard Moustic.
Déjà, rien qu’avec cette brochette d’allumés, Le Grand Soir promettait beaucoup. Ajoutez-y le pitch : deux frères aux relations conflictuelles (Benoît auto-rebaptisé Not le « plus vieux punk à chien d’Europe » et Jean-Pierre, le petit vendeur de matelas qui vénère tout ce qui est aux normes) et tous deux complètement paumés au sein d’une société qu’ils n’acceptent pas et qui ne les accepte pas, partent ensemble en quête de liberté. Leur road trip en zone commerciale de banlieue va les amener à élaborer un projet ambitieux : il leur faut faire changer les mentalités. Ils veulent bousculer la société. Et pour cela ils voient grand, ils se donnent pour mission de déclencher la révolution, l’anarchie... le Grand Soir.
Ici, plus encore que dans leurs précédents films, Kervern et Delépine imposent leur style qui est un curieux mélange de poésie urbaine et d’âpreté du quotidien. Le décor qu’ils choisissent en dit déjà long : une immense zone commerciale bardée des enseignes les plus connues, mais qui pourtant bien souvent ressemble à un immense désert où divaguent Benoît et Jean-Pierre. La société de consommation et le monde ultra-normé des franchises sont les ennemis désignés, des ennemis tout-puissants, contre lesquels se battre signifie s’exclure et se marginaliser. Mais cela n’arrête pas Not, qui est un pur rebelle. Ce qui compte pour lui c’est 8.6 son clébard, la rectitude de sa crête et son approvisionnement en binouze et en yaourts. Jean-Pierre quant à lui est son opposé, mais le jour où sa femme le quitte, son patron le vire et qu’il se retrouve sans le moindre sou, il bascule. Les deux frangins se retrouvent et Not va prendre en main son frère, lui apprendre ce que c’est de vivre dans la rue, ce qu’est sa notion de la Liberté et le prix qu’il faut payer pour en jouir.
Le film est bien entendu une comédie, mais il est bien plus que cela. Rire n’empêche pas de réfléchir. Comédie dramatique ce serait peut-être un peu exagéré comme terme, mais comédie sociale, voilà qui résume mieux l’esprit du long métrage. Pour autant on n’est pas dans une œuvre moralisatrice, son but n’est pas de dénoncer à longueur de pellicule. Mais les réalisateurs (qui sont également les scénaristes) nous placent face à une réalité dure, parfois cruelle, et terriblement ancrée dans une actualité de crise et un sentiment de « no future » pour reprendre une rengaine punk connue.
Heureusement, pour contre-balancer cette grisaille et ce pessimisme ambiant, il reste une arme fabuleuse et qu’ils manient en grands maîtres : l’humour. Avant toute chose, c’est dans les personnages tous plus décalés les uns que les autres qu’on le retrouve. Not et Jean-Pierre cela va de soi, sont, à l’image de leurs interprètes, deux sacrés numéros, des tarés à la masse, des cinglés de première. Forcément on se marre avec eux. Ce qui ne les empêche d’ailleurs pas de garder une profonde sincérité et une humanité touchante. Mais il y a aussi tous ceux qui les entourent, à commencer par leurs parents : le père (Areski Belkacem) à qui il faut parler lentement parce qu’il a subi un AVC l’été dernier et la mère (Brigitte Fontaine) complètement cintrée et lunaire, les deux tiennent la gérance d’une Pataterie où ils passent le plus clair de leur temps à éplucher des pommes-de-terre. Il y a aussi les habituels complices du duo Delépine / Kervern qui font de petites apparitions mais qui valent leur pesant de cacahouètes : Bouli Lanners en vigile du centre commercial, qui a une scène de dialogue mémorable avec le père des deux allumés à crêtes, on aperçoit en clin d’œil Yolande Moreau et on fait la rencontre d’un devin pas comme les autres : Gérard Depardieu qui lit l’avenir avec force détails dans l’eau-de-vie.
Mais l’humour est aussi là dans les dialogues qui viennent désamorcer les situations parfois critiques. J’ai adoré ce passage où Jean-Pierre, qui s’est fait virer de son boulot et de son couple, veut récupérer quelques économies à la banque et que le guichetier lui explique que sa femme a vidé leur compte à la Halle aux chaussures, au Grenier des cheveux ( !) et en abonnement à des séances de musculation du périnée ( !!). Avant d’ajouter en aparté et sur un ton de confidence : « de vous à moi, il ne faut jamais faire de compte-commun, l’amour doit garder une part de mystère ». C’est noir, c’est cruel, mais c’est à mourir de rire. Enfin selon moi en tout cas…
Il est clair que Le Grand Soir est avant toute chose une mise en avant du pouvoir comique et des personnalités hors-normes de ses deux comédiens principaux. La démonstration de leur talent n’est certes plus à faire, mais il n’en reste pas moins qu’ils bouffent l’écran chacun à leur manière et à chacune de leurs scènes. Mais ce film ne tient pas qu’à ses acteurs vedettes. Ce que j’ai vraiment apprécié dans le film du duo grolandais, c’est ce mélange subtil de réalité et de délire, de poésie et de pragmatisme, de tendresse et de dureté. Un peu comme si les réalisateurs nous offraient une fenêtre qui donne sur nos vies, sur la crise actuelle et ceux qu’elle laisse sur le carreau, mais une fenêtre sur la vitre de laquelle ils n’auraient pas pu s’empêcher de dessiner un clown enfantin à la gouache. On rit parfois de bon cœur, parfois jaune. On se moque parfois, et parfois on a pitié. Les personnages sont tout en exagération, mais ne font par cette particularité que répondre en écho à la société d’aujourd’hui.
Le Grand Soir est un grand film. Jetez-y un œil, il mérite vraiment d’être vu.
Un mot d'explication à cet article tout spécialement dédié à mon petit loulou.
Voici quelques temps, alors qu'il barbotait dans son bain tout en jouant, j'étais tranquillement installé devant mon écran d'ordinateur, de l'autre côté de la porte de la salle de bain. Et voilà que mon petit baigneur se met à papoter tout seul. Je tends l'oreille, et je suis tout surpris de l'entendre commencer « Maître Corbeau, sur un arbre perché, tenait en son bec un fromage... ». Mais il ne s'arrête pas et continue, récitant toute la fable de La Fontaine du début à la fin, quasiment sans faire d'erreur ! J'étais scotché, car moi je n'aurais pas été capable d'en aligner la moitié de tête ! Je savais que sa maîtresse leur récitait cette fable à l'école (et en première année de maternelle, j'en connais qui qualifieraient cela d'élitisme), mais j'étais bien loin de m'imaginer qu'il l'avait mémorisée mot pour mot... Allez apprendre et retenez un tel texte sans même savoir lire pour voir...
J'avoue bien volontiers que je n'étais pas peu fier d'entendre mon loulou de trois ans articuler parfaitement, alors qu'il ne doit certainement pas piper le moindre mot :
« Sans mentir, si votre ramage
Se rapporte à votre plumage,
Vous êtes le Phénix des hôtes de ces bois. »
Depuis, après avoir révisé un peu mes classiques, nous récitons cette fable régulièrement lui et moi. Comme ça, juste pour le plaisir. Et je suis à chaque fois émerveillé par mon petit garçon, je n'arrive pas à me lasser de l'entendre.
Alors de temps en temps, pour rigoler tous les deux, je fais exprès de commencer en disant « Maître Renard, sur un arbre perché... » ce qui ne manque jamais de le faire réagir et d'argumenter que ça n'est pas possible, qu'un renard ne peut pas monter en haut d'un arbre. Et coïncidence, alors que je me promenais sur le site de photos de mon ami Marc, je tombe en arrêt sur une série de clichés où il a immortalisé, un renard se prélassant, confortablement installé dans les branches d'un arbre ! Bien entendu je n'ai pas pu résister à l'envie d'en tirer un petit article, et je me suis amusé à détourner la fable pour l'adapter à cette histoire.
« Maître Renard, sur un arbre perché… »
A ces mots Maître Nathan s’exclama :
« Mais non papa tu t’es encore trompé
Un renard aux arbres ne grimpe pas
Il ne vole pas, il n’a pas d’ailes ! »
Tata, entendant ces mots, reprit quant à elle :
« Bien sûr que non, voyons papa,
Nathan a raison, ça n’va pas ! »
Pourtant papa ne s’arrêta pas là, et dit :
« Es-tu sûr qu’il ne peut pas, moi je crois que si … »
Et Nathan et Tata de dire :
« N’importe quoi ce papa, il nous fait bien rire ! »
Mais grâce à l’ami Marc, un drôle de photographe
Papa illustra sa farce
Car Marc avait surpris et photographié
Un renard paresseux sur une branche affalé !
Nathan, comprit à les voir
Que c’est bien son papa qu’il devait toujours croire !!




Encore un grand merci à Marc qui m'a autorisé à utiliser ses photos pour illustrer ces quelques mots, je vous engage d'ailleurs à cliquer sur les photos pour les voir dans un format plus grand, et n'hésitez pas non plus à aller visiter son site, vous y trouverez de très belles choses...
Il y a une quinzaine de jours, Fred Blondin avait quelques dates de concert dans l’Est de la France, dont une à Belfort, au Roger’s Café. D’ailleurs je l’y avais déjà vu cet automne et en avais un peu causé ici. Forcément, Belfort c’est juste à côté de chez moi, je ne pouvais pas ne pas y aller.
Difficile de commenter son concert sans me répéter par rapport à ce que j’ai déjà pu vous raconter au sujet de Fred dans mes deux billets précédents (pour ses concerts au Barouf et sur la péniche du Chansonnier). Il y a toujours cette même générosité et cette même envie de partager sa musique, qui font de Fred Blondin un type pas comme les autres. Un artiste pas comme les autres. Cette fois encore ça s’est vu et ressenti tout du long de sa prestation. Il se marre, il s’amuse et il reste accessible. Qu’il soit sur scène ou accoudé au bar pour boire un verre (ou deux, ou douze), c’est juste un mec simple et sympa. Faut le voir quand il se fait des solos à la gratte électrique sur certains titres. Fred est quelque part dans son monde, dans une bulle faite seulement de son et d’accords. Il a l’air de vraiment s’éclater avec son instrument, ce type vit sa musique et c’est aussi chouette à voir qu’à écouter.
Fidèle à son habitude, Fred a enchaîné les morceaux, je ne vais donc pas me lancer dans une longue énumération de titres… mais je ne peux pas m’empêcher de dire que c’est toujours génial d’entendre mes titres préférés, au rang desquels Perso, Mordre la Poussière, Le Mal par le Mal ou encore Des Gens que l’on aimerait Revoir. Merdum, me voilà qui énumère quand même… Bon j’arrête. Je rajoute juste un commentaire tout spécial pour son interprétation d’un autre de ses morceaux que j’adore : sa reprise de La Belle Vie de Sacha Distel qui est vraiment excellente. Voilà c’est dit, j’arrête là. (ci-dessous une petite vidéo prise lors du concert du 26 octobre 2012)
Et puis comme une bonne nouvelle peut en cacher une autre (ah, on me souffle à l’oreillette que je m’emmêle les pinceaux avec un proverbe ferroviaire), Fred nous a confirmé qu’il enregistrerait son tout nouveau double-album à la fin de ce mois (donc ça devrait pas tarder si c’est pas déjà en cours), ce qui laisse imaginer qu’on aura bientôt droit à une fournée de nouvelles chansons dans pas longtemps (ou de déjà entendues par le biais de SoundCloud.com où Fred met parfois en ligne de nouveaux titres pour les gens qui le suivent sur le net). Je n’en sais pas plus sur le contenu, mais j’espère qu’il y aura des morceaux comme Bonne Journée et La Belle Vie* dont je parlais plus haut…
Fred nous a aussi confié qu’il partait bientôt chanter au soleil, pieds dans l’eau et chemise à fleurs (sur ce dernier point j’allais dire : comme d’hab !), mais je ne suis pas certain d’avoir bien saisi tous les détails puisqu’il a été un moment aussi question de Brême. Très belle ville au demeurant, mais pas très connue pour ses plages de sable fin. Il y a bien une période de l’année, on va dire une quinzaine de jours en juillet, durant lesquels la glace polaire se retire et libère les rivages de la Mer du Nord, mais ça me paraît léger quand même comme climat tropical. Quelque chose a dû m’échapper. Ou alors c’est ma tendance à capter des bribes de conversations à droite à gauche et à les relier dans un ordre plus ou moins aléatoire. C’est pas exclu.
Comme d’habitude, ça a été également l’occasion de retrouver d’autres blondingues (en plus de ma petite sœur qui ne s’est pas faite prier pour m’accompagner), en l’occurrence Stéphane et Laetitia D. et leur indéfectible bonne humeur, Janick et sa fidèle caméra (encore un immense merci pour les dvd des deux concerts de septembre que j’ai visionné dans la foulée) et l’ami Francky que je revois toujours avec plaisir. Je profite de ces quelques mots pour leur passer un amical salut ! On se reverra à coup sûr au prochain passage de Fred dans le coin…
PS : merci à ma soeurette pour son appareil qui prend de chouettes photos en toutes circonstances et à Stéphane D pour sa science innée du cadrage (et des chiens de traineau).
* deux chansons pour lesquelles Fred a déjà un second fan en plus de moi quoi qu’il arrive : mon petit loulou Nathan qui du haut de ses trois ans fredonne déjà les paroles avec son père. Ah, ma frangine aussi qu’elle me dit. Bon ben trois fans déjà alors !
Amis fans de baston sur pellicule, amateurs de coups de tatanes savamment dosés, de bourre-pifs en tous genres, d’arts martiaux filmés au ralenti et de coups de lattes en retournés acrobatiques, bien le bonjour. Vous êtes au bon endroit au bon moment. Car aujourd’hui je vais vous parler de The Raid, film indonésien qui sera à mon avis le nouveau jalon du film de baston pour la décennie à venir.
Parmi mes innombrables défauts, j’ai le mauvais goût d’aimer aussi les films où l’on échange plus de mandales que de lignes de dialogue. Les drames c’est bien, le romantisme pourquoi pas, et la philosophie introspective je ne suis pas contre, mais que voulez-vous, de temps en temps une bonne explication de texte entre musculeux qui se mettent des baffes, ça me délasse. Et je ne suis pas sectaire dans le domaine. Aussi loin que mes souvenirs remontent, j’étais déjà client du duo Terence Hill / Bud Spencer et des tonitruantes gifles que distribuait ce dernier à tout va dans les années 70-80, des enseignements shaolin du petit scarabée de la série Kung Fu, des claquements d’articulations et du cri qui tue de Bruce Lee, sans oublier des séances d’entraînement sur quartiers de bœufs congelés de Rocky. Fan de la première heure du belgeophone Jean-Claude Van Damme dans la peau de Frank Dux au kumité de Hong-Kong, j’ai des souvenirs émus du Steven Seagle svelte et gominé (sa passion pour la charcuterie bio l’ayant depuis rattrapé) de Nico ou Justice Sauvage, j’ai l’image gravée dans ma mémoire du bras herculéen d’un Schwarzy au sommet de sa forme portant son tronc d’arbre comme qui rigole au début du cultissime Commando, et je ne peux m’empêcher d’écraser une larme sur la symbolique de ce grand gaillard de Dolph Lundgren en spetsnaz abandonné mais secouru par un petit bushman dans ce film méconnu qu’est Le Scorpion Rouge. Et que dire de la démonstration de combat au corps-à-corps de Martin Riggs à la fin du premier Arme Fatale ? Que du bonheur pour moi.
Avec les années qui passent, forcément on se dit qu’on a déjà tout vu, et on est moins facilement impressionnable que quand on est adolescent. Mais de temps en temps, un type se dégage du lot et on ne peut pas s’empêcher de se dire : « ouch, celui-là il dépote ». Plus récemment (on va dire ces 15 dernières années), ça a été le cas pour des gugusses comme Jason Statham (son récent Safe prouve toute sa valeur de comédien de film d’action), Scott Adkins (dont la tronche le classe plus souvent parmi les méchants que les gentils, voire Expendables 2 par exemple) ou encore le méconnu Michael Jay White au physique et à la technique impressionnants (s’il est coupable d’interpréter Spawn dans l’adaptation du comic, il démontre toute sa classe dans des petits budgets à titres improbables comme Un seul deviendra invincible 2 ou Never Back Down 2).
Mais pour ce qui est de grandes claques récentes (je parle au figuré pour le coup)(arf, je fais des jeux de mots parfois moi, dingue), au cours des années 2000 je n’en ai eu que deux : les deux films thaïlandais Ong Bak et L’Honneur du Dragon. Toutes les deux infligées par le même petit bonhomme d’un mètre soixante huit mais monté sur ressorts : Tony Jaa. Ses performances physiques et athlétiques sur ces deux films sont pour moi ce qui s’est fait de mieux dans le genre depuis longtemps. Pour vous en convaincre, jetez un œil sur la course poursuite à pieds de Ong Bak et surtout sur la montée des marches d’un hôtel de luxe dans L’Honneur du Dragon filmée en un seul plan-séquence où l’on voit Tony Jaa gravir étage après étage tout en se défaisant des assaillants qui déferlent sur lui : du grand art, époustouflant. Pour moi, Tony Jaa, spécialiste du muay thai, est l’artiste martial qui a marqué de façon indélébile le film de baston dans les années 2000.
Pour les années 2010, j’ai déjà trouvé celui qui a pris le relais. Il s’appelle Iko Uwais, il est indonésien, il pratique le silat (art martial indonésien) et son air juvénile et son regard d’ange sont en parfait décalage avec son extrême habileté au combat rapproché. Je l’avais vu dans son film précédent, Merantau, déjà réalisé par le gallois expatrié en Indonésie Gareth Evans. Si certaines scènes mettaient alors bien en avant son talent de combattant, ce film ne m’avait pas convaincu pleinement, ni dans sa réalisation ni dans son interprétation. À mon sens, Merantau laissait entrevoir un certain potentiel, mais l’ensemble restait encore trop inabouti, bourré de défauts de jeunesse. Mais le duo Evans / Uwais s’est reformé pour accoucher de The Raid, et cette fois la chrysalide a laissé place au papillon… la progression depuis Merantau est à tout point de vue énorme !
La réputation de The Raid a précédé son arrivée dans les salles, aussi je m’attendais à être déçu, tant j’avais entendu de commentaires dithyrambiques à son sujet. Plus l’espérance entretenue est grande, plus la déception peut s’avérer profonde. Et si c'est malheureusement très souvent le cas… et bien ce film aura fait mentir cette règle !
Je vous résume en quelques mots le scénario prétexte au film. Une unité spéciale de policiers de Jakarta décide de prendre d'assaut un immeuble qui sert de forteresse à la pègre locale. Problème : le bâtiment est une véritable citadelle réputée imprenable, fait une quinzaine d'étages et est infesté par une horde armée de gangsters, hommes de mains et voyous en tous genres. Le plan est simple : s'introduire discrètement dans la tour, sécuriser étage après étage en mettant hors d'état de nuire ses habitants, et monter ainsi jusqu'au dernier étage pour y épingler, Tama (Ray Sahetapy) le Boss de la pègre qui y règne en maître absolu. L'escouade est menée par l'officier Jaka (Joe Taslim, un champion de judo indonésien dans son tout premier rôle au cinéma), et compte en son sein le jeune policier Rama (Iku Uwais). Mais le plan de départ va vite déraper car Tama flanqué de ses deux lieutenants Andi (Donny Alamsyah) et Mad Dog (Yayan Ruhian), prévenu par un indic, attendait ses assaillants de pied ferme. Dès lors le piège se referme sur les policiers qui vont devoir lutter pour leurs vies...
Le film est une suite quasi-ininterrompue de combats de toutes sortes. Gunfights, combats à l'arme blanche et à mains nues : la moindre séquence du film est une ôde à l'action et à la baston. Machette, couteau, hache, flingue, tout est bon pour rétamer son adversaire. Le film déborde d'énergie, est mené tambour battant et ne laisse pas un moment de répit, ni aux personnages ni aux spectateurs. Le personnage principal Rama enchaîne d'ailleurs à ce point les combats et séquences d'action qu'on se demande à quoi il carbure et si par hasard ses os ne seraient pas recouverts d'adamantium comme un certain nabot poilu et griffu venu du Canada. Car s'il distribue les coups, il en prend pas mal aussi, et pour être honnête un centième de se qu'il se ramasse aurait dû suffire à le laisser sur le carreau ce petit bonhomme.

Mais peu importe, tant le niveau des combattants est excellent, les chorégraphies aux petits oignons et les techniques employées impressionnantes. À ce titre, le combat homérique (et qui semble ne jamais finir !) qui oppose Rama, Andi et Mad Dog est un pur chef d'oeuvre. De l'énergie en barre, de l'adrénaline à haute dose et un rythme effréné du début à la fin de ce règlement de comptes qui ferait passer n'importe quel ultimate fighter pour un aimable plaisantin. Alors que chaque coup porté devrait mettre KO un boeuf, ces trois lascars se mettent sur la gueule sans discontinuer pendant un temps qui paraît infini. Et si Iku Uwais est impressionnant de rapidité et de précision dans ses gestes, son vis-à-vis Mad Dog interprété par le tout petit Yayan Ruhian est juste incroyable de rage, de violence et de technique pure alliée à un sadisme et une arrogance qu'on s'imagine à peine exagérées. Le genre de péquin qui ne paie pas de mine du haut de son mètre soixante et de ses cinquante kilos tout mouillé, mais qui bouffe le foie d'un Hulk Hogan pour son petit déj. Et encore, une main dans le dos.
Pendant les une heure et quarante minutes que dure ce film, on est au paradis du coup de latte. Quelques effets bien sanguinolents par ci, quelques passages un peu gores par là. Mais toujours une énergie, une violence et une technique à couper le souffle. Les artistes martiaux et chorégraphes sont bien évidemment les premiers à féliciter pour ce spectacle incroyable. Mais il y en a un autre qui mérite les louanges, c'est le réalisateur Gareth Evans, car ce n'est pas si souvent qu'on peut admirer des combats aussi parfaitement filmés, aussi parfaitement lisibles, et avec un impact maximum sur le spectateur. Qui en redemande d'ailleurs (enfin moi oui).
The Raid est sans l'ombre du moindre doute le nouveau mètre étalon du film de baston pour les années 2010. Va falloir s'accrocher pour faire aussi bien et impressionnant. Parce qu'avec un pareil niveau, les indonésiens de The Raid vont faire de l'ombre à pas mal de monde.
Quel merveilleux et formidable titre que ce Cent ans de solitude, vous ne trouvez pas ? Personnellement c’est la première chose qui a éveillé mon intérêt pour ce livre de Gabriel García Márquez. Bien entendu il y a son aura de livre culte qui a joué également. Ça et le nom de son auteur, écrivain colombien lauréat du prix Nobel de littérature en 1982, évidemment. Cela faisait largement assez de (très bonnes) raisons pour que je me lance dans la lecture de ce que d’aucuns qualifient d’un des plus grands romans du XX ème siècle.
Dans ce roman imposant, Gabriel García Márquez nous conte l’histoire d’un village imaginaire, Macondo, perdu quelque part en Amérique latine. Ce village est lié inextricablement à l’une de ses familles fondatrices, les Buendia. José Arcadio Buendia et son épouse Ursula y auront une longue, très longue descendance. Tous cependant seront soumis à une malédiction initialement héritée du patriarche José Arcadio, cent ans de solitude. L’auteur colombien nous fera découvrir un temps où la magie et l’alchimie font partie de la vie, revêtant un caractère tout à fait normal pour tout un chacun. Macondo va au fur et à mesure des années grandir et prospérer, jusqu’à un essor prodigieux avec la culture de la banane, avant de connaître la décadence, les catastrophes naturelles, la désolation. Le récit est extrêmement dense et mêle avec une grande finesse histoire et fantastique. En cent ans Macondo verra passer des gitans aux objets magiques, des arabes en tapis volants, des militaires portés par la révolution communiste, une épidémie d’insomnie et d’amnésie, un déluge de plusieurs années, les industriels américains de l’agriculture de masse, un élevage miraculeux de bétail, des fourmis rouges affamées, une chasse au trésor, des inventions aussi folles qu’ingénieuses, des fantômes têtus, un curé qui lévite, une jeune fille qui mange de la terre, et bien d’autres péripéties et personnages bizarres encore…
L’histoire de Macondo et le très compliqué arbre généalogique des Buendia seront pendant tout un siècle intimement liés.
Le premier mot qui me vient à l’esprit pour qualifier ce roman, c’est l’adjectif dense. Dense, l’œuvre de Gabriel García Márquez l’est assurément… il s’y passe une quantité de choses assez incroyables dans ce petit village qui deviendra au fil du temps une ville prospère avant de retomber lentement mais sûrement dans l’oubli. Pourtant, et j’ai presque honte de le dire tant la réputation de ce livre a un aspect intimidant pour un petit lecteur comme moi, pourtant disais-je, aucun de ces hauts-faits, si impressionnant soit-il, ne m’a franchement passionné. Par moment, et malgré les péripéties qui s’enchaînent, il m’est même arrivé de m’ennuyer et de trouver le temps bien long. J’ai cherché les raisons de ce manque d’intérêt pour ce roman fleuve, et j’en ai identifié au moins deux, à mon sens incontournables.
Première raison, la construction du roman et ce qui y est relaté tient pour moi de la fable, du conte. Or, s’il y a bien un genre avec lequel j’ai beaucoup de mal à accrocher, c’est bien le conte à destination des adultes (encore que, je peux, histoire de mettre un coup de pied dans ce qui me sert de crédibilité, citer deux contre-exemples parfaits à ce que je viens d’énoncer comme règle : le comic-book Fables de Bill Willingham et le tout récent film L’Odyssée de Pi -dont je tâcherai de causer plus en détail ici un jour ou l’autre- de Ang Lee qui m’ont complètement séduit). Dans Cent ans de solitude, on présente certains faits pour le moins surnaturels comme normaux, usuels, banals. Bien entendu, j’ai conscience qu’il s’agit d’un effet de style voulu, puisqu’à côté de cela d’autres choses, liées cette fois au progrès technique et scientifique, telle que la fabrication de glace dans un pays suffocant de chaleur, sont quant à elles décrites et considérées comme relevant de la magie la plus folle et débridée, à peine croyable. Pour faire court, la lévitation par tapis volant ne pose de problème existentiel à personne, mais un réfrigérateur tient lieu d’hérésie. Et si je comprends bien le sens métaphorique et la pointe de poésie que l’auteur insuffle dans cette inversion de ce qui tient lieu de normalité, pour ma part je n’y adhère pas un seul instant.
Ça ne me touche pas comme ça le devrait, au contraire, ça a l’effet inverse, celui de m’irriter, voire de m’agacer quand c’est trop exagéré. Certainement est-ce dû à mon esprit trop étriqué je ne sais pas exactement, mais ça m’a posé bien des problèmes tout du long de ma lecture. Et pourtant, je ne suis pas du genre à refuser le fantastique et l’imaginaire, loin de là. Je suis le premier à croire aux pouvoirs extraordinaires des super-héros en collants, aux aventures rocambolesques des héros mythologiques, aux théories du complot dénoncées par Fox Mulder et aux invasions extraterrestres sur grand écran. Dès lors que le récit intègre une certaine dose de cohérence, de logique, d’explications même pseudo-scientifiques vaguement plausibles, j’achète. Je suis même plutôt bon client et pas trop regardant en règle générale. Je n’ai jamais fait mon chieur quand Bruce Banner se transforme en Hulk, gagne dans la métamorphose 1m50 et 300 kg, sans jamais qu’une seule fois son futal ne laisse s’échapper son titanesque membre verdâtre, fut-il slim size (je parle du futal). Dans ces moments, je me dis que décidément, les jeans Levi’s c’est de la bonne came et que leur pouvoir élastique est sans commune mesure, voilà tout. Et peut-être aussi qu’inconsciemment ça me va bien comme ça, préférant plutôt voir la paire de battoirs impressionnants du colosse de jade que son abominable paire de couilles gonflées aux radiations gamma. Je suis comme ça moi, arrangeant.
Mais avec Cent ans de solitude, désolé, je n’y suis pas arrivé, il me manquait le minimum vital de cohérence et de logique. Un exemple pour bien me faire comprendre. Parmi la multitude de personnages du roman, il y a une jeune femme nommée Remedios la Belle, qui fait partie de ceux que j’ai trouvés les plus attachants et intéressants. Cette jeune femme est un des personnages principaux de sa génération. Et un jour, alors qu’elle prenait banalement l’air dans le jardin, une bourrasque de vent l’a enlevée, élevée dans les airs, et emportée. Sans plus jamais qu’on ait la moindre nouvelle d’elle. Sans même que cela n’éveille quoi que ce soit d’autre qu’un « pas de bol » aux membres de sa famille. Personne ne la cherche, elle s’est juste envolée, et ça paraît normal à tout le monde. Merci, aurevoir. C’est de ça que je parle, c’est ce genre de truc qui m’a profondément agacé. Naïvement d’ailleurs, j’ai cru sur le moment qu’on allait en entendre à nouveau parler de ce personnage, qu’il ne pouvait pas finir aussi connement sottement, que cela appelait à une suite, aussi tirée par les cheveux qu’elle soit, mais une suite quoi. Eh bien non, c’en était terminé de Remedios la Belle, on passe à d’autres personnages. Ben j’accepte pas et ça me gâche ma lecture ce genre de choses.
Désolé, ce n’est même pas que je ne veux pas, je ne peux pas.
Des personnages du reste, l’auteur nous en présentera à foison, et j’aborde là la seconde raison de mon désamour pour ce roman. Un grand nombre de personnages, c’est somme toute normal, le roman s’étalant sur une centaine d’années, et plusieurs générations de Buendia. Comme le propos de Gabriel García Márquez, c’est le lien inextricable de la famille Buendia avec Macondo, la quasi-totalité des personnages principaux seront donc liés à et/ou issus de cette famille. Jusque là, d’accord. Mais faire s’empiler les générations successives et les descendances nombreuses n’a pas suffit à l’auteur, histoire d’épicer un peu la chose, il a décidé de ne retenir qu’un très petit nombre de prénoms pour ses personnages. Ainsi, chez les garçons on a deux prénoms principaux de génération en génération : José Arcadio et Auréliano. Tous les Buendia mâles s’appellent comme ça. Quand on sait par exemple qu’à lui seul le Colonel Auréliano aura dix-huit fils, tous identiquement prénommés Auréliano à leur tour, ça donne une petite idée du foutoir de l’imbroglio lié à la dénomination des personnages. Les filles pour leur part, auront un chouïa plus de choix. En effet, ça variera entre Ursula, Amaranta, et Remedios pour la plupart. Quelques autres (des originales à mon avis), pièces rapportées de la famille Buendia, oseront du Sophie, Pilar, Petra. Ainsi, pour différencier les personnages qui portent les mêmes prénoms, on a deux possibilités : se référer à leur génération et à leur qualificatif, car comme dans l’exemple de Remedios la Belle ou du Colonel Auréliano, l’auteur aura pris soin de joindre un adjectif au prénom, histoire d’identifier plus « clairement » les protagonistes. Mouais.
Vous trouvez que c’est compliqué ? ça n’est pourtant pas tout. Histoire d’embrouiller encore plus les choses, les Buendia ne sont pas seulement très prolifiques dans leur descendance, ils jouissent également pour la plupart d’une longévité exceptionnellement longue (pour ceux qui ne périront pas accidentellement du moins, remember Remedios-la-fille-du-vent). Si bien que les générations se succèdent et cohabitent. D’après mes calculs, la doyenne Ursula, qui traverse presque la totalité du roman, meurt (enfin !) à un âge qui doit se situer approximativement entre 110 et 140 ans. Encore un truc top-crédible comme j’aime, mais je ne vais pas revenir là-dessus. Et ce n’est qu’un exemple. D’autres comme son fils Auréliano ou sa (double*) belle-fille Pilar finiront aussi à des âges canoniques.
Donc je disais, les générations se succèdent, cohabitent. Et se mélangent, à l’occasion. Car oui, il est aussi question d’inceste dans Cent ans de solitude. Et même d’inceste un peu limite gérontophile (mais je ne juge pas hein, promis). Voilà, cette fois je pense que le portrait de la famille Buendia est assez complet. Le moins qu’on puisse dire, c’est que Dallas à côté, c’est de la roupie de sansonnet question généalogie. Même Santa Barbara c’est un truc d’amateurs. Et croyez moi, je m’y connais dans le domaine.
Ce qui a sauvé ma lecture et permis de ne pas trop perdre le fil, c’est que j’ai une bonne mémoire, mais même ainsi, sans prendre un bout de papier et noter scrupuleusement les noms et liens parentaux pour chaque personnage, bien malin qui pourra dire à coup sûr qui est qui exactement.
Bon, à ce stade de mon article, je me rends compte que ce que j’ai dit du roman de Gabriel García Márquez, semble pour l’instant assez négatif. Et pourtant je m’en voudrais de ne donner que cette image restrictive du roman. Car il est bien plus qu’une succession de personnages qui ont tous les mêmes noms et de péripéties abracadabrantesques. Qualifier ce livre de mauvais serait vraiment exagéré et ne pas lui rendre justice. Malgré ses défauts (rédhibitoires à mes yeux), je ne peux pas réduire Cent ans de solitude à cela. Tout d’abord, s’il y a bien une chose qu’on ne peut reprocher à son auteur, c’est de ne pas manquer d’imagination. Que le monde dans lequel il entraîne le lecteur ne m’ait pas touché est une chose, mais je ne peux pas objectivement nier sa grande richesse. Et la mise en mots également est pour le moins superbe. On n’a pas besoin d’aimer un livre pour apprécier les talents d’écrivain de son auteur. Gabriel García Márquez est indéniablement un grand auteur. Tout en le lisant, j’ai bien compris à quoi tenait le statut de roman culte de ce livre. Il y a une élégance dans le verbe, une articulation des idées et des concepts rare. Et puis la poésie et la métaphore ont élu domicile dans ce texte, cela aussi est indiscutable. Que je n’en sois pas friand n’engage que moi, mais je dois toutefois reconnaître que ce sont des qualités qui sautent aux yeux. Je n’y ai pas été sensible, et c’est malheureux, car j’ai eu l’impression très nette, déjà en pleine lecture, de passer à côté du livre et de rater consciemment le chef-d’œuvre tant vanté ici et là. Que voulez-vous, je ne suis tout simplement pas compatible avec ce livre, il faut se rendre à l’évidence.
Alors ce ne sera certainement pas moi qui vous déconseillerai la lecture de Cent ans de solitude. Je vous ai dit honnêtement ce que j’ai ressenti à sa lecture, mais je crois que c’est à chacun de se faire sa propre opinion à son sujet. Que ceux qui en auront la curiosité le lisent, et je pense pouvoir affirmer que vous saurez assez rapidement si vous êtes ou non, sensibles au texte. Ou si vous faites partie de ceux qui, visiblement comme moi, n’ont pas un « palais » littéraire assez développé pour savourer pleinement les milles facettes et subtilités de ce roman.
* Comment peut-on être la double-belle-fille de quelqu’un ? Ben en se tapant successivement ses deux fils pardi.
En dehors de quelques zozos dans mon genre, c'est-à-dire un peu bizarres sur les bords, je crains que peu d'entre vous connaissent Ange. C'est triste pour vous, c'est triste pour eux, mais ma foi c'est comme ça. Quand on ne passe pas à la radio et à la télé, on a beau être sur la scène française du rock depuis plusieurs décennies, il n'y a qu'une petite partie du grand public qui a connaissance de votre existence.
Alors laissez-moi faire les présentations et vous parler un peu de ce formidable groupe français.
Mes lecteurs de blog, Ange. Ange, mes lecteurs de blog. Bon, ça c'est fait.
Le groupe Ange est originaire du Territoire de Belfort. Et il est né en 1970. Autrement dit, le groupe est plus vieux que moi. Bien qu'il s'inscrive dans la grande famille du rock, on ne peut pas dire que son style de musique soit aussi aisément définissable. Au cours des années 70, en peu de temps ils sont devenus une référence, l'emblème d'un genre nouveau, et si on peut se situer par rapport à eux, eux-mêmes restent incomparables. Rock progressif, pop-folk, délires musicaux et chansons à textes : c'est en substance le mélange de genres dont ils ont nourri leur style. Ils ont un temps été classés aux côtés de groupes tels que Magma par exemple, si cela peut éclairer votre lanterne, bien que moi j'ai du mal à les ranger dans quelle que case que ce soit. Si l'on devait citer un album référence parmi leur vingtaine d'albums studios (hors live, compilations et spéciaux) sortis en plus de quarante ans d'existence, je pense que Émile Jacotey, bien que déjà ancien (il date de 1975, très bonne année soit dit en passant), serait un bon choix, ayant eu les faveurs des critiques et un certain succès public à l'époque de sa sortie. Et si le groupe compte un répertoire impressionnant, des titres comme Ôde à Émile, Vu d'un Chien ou Les Fils de Mandrin seraient assez représentatifs de leur style décalé. Leur reprise de Ces Gens-Là de Jacques Brel reste elle aussi un monument du genre.
Comme de nombreux groupes musicaux, surtout avec une telle longévité, la composition de Ange a souvent changé. Au départ il y avait l'axe principal, les frères Décamps, avec Francis aux claviers et Christian au chant, ce qui n'empêche pas ce dernier de gratter la guitare ou pianoter de temps en temps. Dès le départ, Christian Décamps, en tant que voix du groupe et co-compositeur (la grande majorité des titres historiques ont été composés par Francis, certains par Brézovar, Jelsch a participé également), incarne l'âme du groupe, le moteur de Ange, et prend naturellement le rôle de leader. La composition du groupe fluctuant d'années en années, entre départs et retours des membres des origines que sont en plus des deux frères le fabuleux guitariste Jean-Michel Brézovar, le talentueux bassiste Daniel Haas et l'énergique batteur Gérard Jelsch, d'autres artistes se joindront pour quelques mois ou quelques années au groupe, le noyau dur restant les deux frangins Décamps.
Ma rencontre avec les rockeurs francs-comtois se fera en toute fin des années 1980, en 1989-90 très exactement. En 1989, le maire de la ville de Belfort leur passe une commande un peu spéciale : la cité au Lion veut une oeuvre musicale destinée à fêter dignement le bicentenaire de la Révolution Française. Christian Décamps et ses compères ne se feront pas prier, et accoucheront d'un opéra-rock déjanté, Sève qui peut, dont le conteur de l'histoire est un chêne, Quercus Robur, pédonculé du Val du Rosemont, qui voit monter sous ses branches la fièvre des hommes qui débouchera sur la Révolution Française. Moi, du haut de mes quatorze ans, je découvre cet album bizarre dans lequel un arbre me parle des hommes d'il y a deux cents ans mais qui ne sont pas si différents de ceux d'aujourd'hui... je tombe dessus totalement par hasard. Faut dire qu'à cette époque, mon ami Nico et moi sommes inséparables, et son frangin de plusieurs années notre aîné écoute des trucs d'un autre monde dans la chambre d'à côté. On avait beau s'éclater avec les premiers films de Jean-Claude Van Damme, écouter en boucle la BO de Top Gun et de Dirty Dancing (je n'ai pour seule défense que mon jeune âge à opposer à vos moqueries. Et puis qui n'a jamais été fan de Dirty Dancing n'a jamais été jeune, d'abord)(prout !), et se faire des plans ultra-précis pour se partager les gonzesses que chacun draguerait à la sortie de l'église (si, si), le frangin avait un atout de taille : des enceintes deux ou trois fois plus puissantes que celles de mon ami. Impossible donc de ne pas entendre ce qu'il écoutait. C'est ainsi qu'en bon fan de Ange, il m'a passé sans le savoir le virus. Je me suis discrètement renseigné pour savoir de quoi il s'agissait sans me faire envoyer balader (pour lui nous devions voguer entre le statut de parasites inconsistants et celui de moustiques vaguement désagréables). Armé des noms du groupe et de l'album, j'ai dégoté le disque en magasin. Dès lors mon sort était scellé : Ange m'accompagnerait désormais à jamais.
C'est au début des années 1990 que le groupe dans sa formation d'origine se reforme, signant un bel album, Les Larmes du Dalaï-Lama, avec dans la foulée une tournée d'adieu. Tournée d'adieu du groupe d'origine, s'entend. 1995 : lors de cette tournée, Ange s'arrête à Mulhouse. Ce sera le premier concert de ma vie. Et ce sera un moment inoubliable.
Les vieux de la vieille s'arrêtent quasiment tous et prennent leur retraite de la scène musicale, ou voguent vers d'autres aventures en solitaires, tel Francis. Seul persiste Christian Décamps. Et comme il aime à le dire, un Ange est éternel... Si bien que le groupe renaît de ses cendres peu de temps après. Pour recruter de nouveaux musiciens, Christian n'a pas à chercher très loin. À ce moment et depuis quelques temps déjà, il est à la base d'un second groupe, je me risquerais presque à le qualifier de groupe spin-off, en analogie avec ce qui existe au cinéma, en BD ou à la télévision. Ce groupe c'est Christian Décamps & Fils, au sein duquel on retrouve Christian et une bande de petits jeunes de la nouvelle génération, au sein desquels le fiston du leader, Tristan Décamps. Comme les Nouveaux Mutants qui sont formés et promis à devenir les prochains X-Men chez Marvel (en tant que fan de comics et de Ange, je me permets ce parallèle qui ne parlera pas à grand monde j'en suis bien conscient), les membres de Christian Décamps & Fils ont été formés par le maître et héritent tout naturellement de la place de leurs aînés quand ceux-ci décident de raccrocher leurs instruments.
Le nouvel Ange est né. Tristan remplace Francis aux claviers, Hassan Hajdi succède à Brézovar à la gratte électrique et Thierry Sidhoum prend la relève de Daniel Haas. La batterie passe aux mains d'Hervé Rouyer qui était déjà à ce poste au sein de Christian Décamps & Fils. L'actuel batteur, Benoît Cazzulini, à la personnalité un peu moins marquée que certains de ses prédécesseurs, tient tout de même les baguettes de Ange depuis presque 10 ans, et de bien belle manière.
Et le pari de relancer Ange de fond en comble est un pari réussi : les albums se succèdent, et clairement un nouveau souffle s'empare du groupe. On reste dans le style musical de Ange, qui, s'il évolue avec le temps, conserve son identité propre. Les jeunes apportent du neuf mais s'inscrivent dans l'histoire du groupe : les nouveaux morceaux sont excellents, et ils savent jouer les succès de leurs prédécesseurs en se les appropriant avec respect. Deux albums références (à mes yeux hein, je ne suis pas détenteur du bon goût universel, ça se saurait) sortent de cette nouvelle mouture de Ange : La Voiture à Eau en 1999 et ? (c'est bien le titre de l'album : un point d'interrogation) en 2006, qui sont en tous points de vue exemplaires. Bon an mal an, le groupe avance vers ses 40 années d'existence, qu'il fêtera dignement en 2010. Reliés à l'association Un pied dans la marge, qui édite tout particulièrement le trimestriel Plouc Magazine (histoire de souligner un peu plus ce qui a toujours été une des caractéristiques principales et marque de fabrique de Ange : leur ancrage provincial en opposition au parisianisme de la musique en vogue et qu'on entend dans les médias), Ange fait mieux que survivre. Le groupe a une solide base de fans (aussi appelés les Imbibés pour les intimes) et parvient à sortir des albums studios très régulièrement, assortis de disques live et de disques bonus réservés aux membres de l'association.
Les rôles au sein de la formation évoluent eux aussi : de leader et chef d'orchestre, Christian se fait moins omniprésent : les albums se succèdent et chacun s'essaie par exemple au chant. Tristan assez régulièrement, puis même Hassan et Thierry prennent de l'assurance et se lancent. À noter d'ailleurs, le passage dans le groupe de Caroline Crozat qui sera le pendant vocal féminin de Christian pendant plusieurs années. Aujourd'hui, le groupe accuse ses 42 ans d'existence, et n'aura jamais connu de période aussi longue avec la même formation de base (Christian, Tristan, Hassan et Thierry) qui est à la barre depuis 17 ans déjà.
Ce sont ces gaillards là qui ont signé cette année l'album Moyen-Âge, encore un très bon opus, aux résonances très rock (merci les riffs de guitares de Hassan Hajdi) et à l'énergie toujours palpable. Ne les ayant pas vus sur scène depuis 2006, en dehors d'un spectacle en one-man-show de Christian Décamps en 2008, je n'ai pas pu résister une seconde à aller les voir lors de leur étape à Sausheim pour leur tournée Moyen-Âgeuse. Je ne m'étais pas rendu compte à quel point cela faisait longtemps que je ne les avais pas vus. Le temps file mes bons amis, le temps file... Pour la petite histoire, la dernière fois que j'ai applaudi le talent de guitariste de Hassan (alias le norvégien du groupe, dixit Christian), ce dernier avait un crâne rasé, Bruce Willis-style. Quelle ne fut pas ma surprise en le voyant à Sausheim, arborant une tignasse qui rendrait Yannick Noah en personne vert de jalousie ! Notez bien que lui non plus ne m'a pas reconnu. J'ai pris 5 ans dans les dents et je porte la barbe à présent. Et puis il ne me connaît pas, c'est vrai, omettais-je ce détail ?
Le concert a tenu toutes ses promesses. Christian toujours prêt à faire le spectacle, chanteur, trublion, musicien, poète, comédien, conteur... et les autres en pleine forme, se donnant sans retenue dans tous les registres. Un enthousiasme de chaque instant et une énergie communicative. Ange a cette particularité qui n'appartient qu'à eux : ils font de la musique un art complet, transcendant. Être un membre de Ange, ce n'est pas seulement être un excellent musicien ou un show-man hors du commun, c'est être un artiste complet, entier et d'une sincérité absolue. Ces types-là ne vivent pas de leur musique, ils vivent leur musique. Sans jamais tricher une seule seconde. Et c'est ce qui fait toute leur singularité.
La représentation de ce soir de novembre à Sausheim a été un parfait mélange entre titres nouveaux issus du dernier album (dont les excellents Tueuse à Gages, Un Goût de Pain Perdu ou encore Les Mots simples, j'ai malheureusement attendu en vain Le Cri du Samouraï qui n'a pas retenti cette nuit-là) et titres plus anciens des succès passés du groupe (Aujourd'hui c'est la Fête chez l'Apprenti Sorcier, Le Ballon de Billy, Harmonie, Au-delà du Délire, ...).
J'ai retrouvé cette magie, cette communion, cette poésie et cette énergie pure qui se dégagent toujours de la musique de Ange. Elle ne m'a jamais quitté, mais en live, cet univers si spécial prend une envergure encore supérieure. Si j'étais un d'jeun dans la vaïbe, je dirais que j'ai kiffé ma race. Mais j'ai bientôt 38 ans et, comme dirait un philosophe bien connu des services de police de Los Angeles, j'ai passé l'âge de ces conneries. Alors je me suis contenté de prendre mon pied et d'adorer chaque seconde de cette soirée avec Ange.
Bon sang les gars, vous m'avez manqué, je ne m'étais pas rendu compte à quel point. See you soon.
PS : emporté par mon élan et le plaisir de vous parler de Ange, j'ai failli omettre de vous toucher un mot sur la première partie de leur concert ! C'est un duo, Alex Bianchi et Monsieur Marco qui s'en sont chargés, et ce fut une très chouette découverte ! Des morceaux entraînants et festifs, une énergie et un enthousiasme à revendre, et la voix chaude et rocailleuse à souhait de Alex Bianchi m'ont plus que largement convaincu. Je leur souhaite une aussi longue et féconde carrière que celle de Ange !

Les photos sont respectivement de Denis Mousty (groupe 2012), Aragondange (groupe 1975), et de Vincent Gable (tous les portraits)








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