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Avant de lire les notes que je fais sur les films que je vois et les bd que je lis, sachez que dans mes commentaires il m'arrive parfois de dévoiler les histoires et les intrigues. Ceci dit pour les comics, je n'en parle que quelques mois après leur publication, ce qui laisse le temps de les lire avant de lire mes chroniques.
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13 février 2013 3 13 /02 /février /2013 20:02

Benoît Poelvoorde et Albert Dupontel, ce sont deux noms que j’associe instantanément aux deux oeuvres qui pour moi les ont rendus irrémédiablement cultes : C’est arrivé près de chez vous pour le premier, et Bernie pour le second. Certes ils ont fait des tas d’autres choses, de qualités diverses et variées, mais ils restent des icônes indétrônables de mon paysage cinématographique pour leurs rôles dans ces deux films-ci. Et pourtant depuis les vingt dernières années durant lesquelles ils ont hanté les salles de cinéma, ces deux gugusses n’avaient jamais eu l’occasion de se rencontrer sur un projet commun.

Alors forcément, quand l’annonce du Grand Soir les mettant en scène ensemble a été faite, j’ai sauté de joie. D’autant que ce ne sont pas les deux seuls noms qui attirent l’attention sur ce film : les réalisateurs ne sont pas non plus des manchots dans le monde de la comédie et du rire poil-à-gratter français : Benoît Delépine et Gustave Kervern, associés sur plusieurs longs métrages (Aaltra, Avida, Louise-Michel et Mammuth) et personnages incontournables du Groland de Jules-Édouard Moustic.

356 grand soir jeanpierre 86 not

Déjà, rien qu’avec cette brochette d’allumés, Le Grand Soir promettait beaucoup. Ajoutez-y le pitch : deux frères aux relations conflictuelles (Benoît auto-rebaptisé Not le « plus vieux punk à chien d’Europe » et Jean-Pierre, le petit vendeur de matelas qui vénère tout ce qui est aux normes) et tous deux complètement paumés au sein d’une société qu’ils n’acceptent pas et qui ne les accepte pas, partent ensemble en quête de liberté. Leur road trip en zone commerciale de banlieue va les amener à élaborer un projet ambitieux : il leur faut faire changer les mentalités. Ils veulent bousculer la société. Et pour cela ils voient grand, ils se donnent pour mission de déclencher la révolution, l’anarchie... le Grand Soir.

356 grand soir dead not

Ici, plus encore que dans leurs précédents films, Kervern et Delépine imposent leur style qui est un curieux mélange de poésie urbaine et d’âpreté du quotidien. Le décor qu’ils choisissent en dit déjà long : une immense zone commerciale bardée des enseignes les plus connues, mais qui pourtant bien souvent ressemble à un immense désert où divaguent Benoît et Jean-Pierre. La société de consommation et le monde ultra-normé des franchises sont les ennemis désignés, des ennemis tout-puissants, contre lesquels se battre signifie s’exclure et se marginaliser. Mais cela n’arrête pas Not, qui est un pur rebelle. Ce qui compte pour lui c’est 8.6 son clébard, la rectitude de sa crête et son approvisionnement en binouze et en yaourts. Jean-Pierre quant à lui est son opposé, mais le jour où sa femme le quitte, son patron le vire et qu’il se retrouve sans le moindre sou, il bascule. Les deux frangins se retrouvent et Not va prendre en main son frère, lui apprendre ce que c’est de vivre dans la rue, ce qu’est sa notion de la Liberté et le prix qu’il faut payer pour en jouir.

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Le film est bien entendu une comédie, mais il est bien plus que cela. Rire n’empêche pas de réfléchir. Comédie dramatique ce serait peut-être un peu exagéré comme terme, mais comédie sociale, voilà qui résume mieux l’esprit du long métrage. Pour autant on n’est pas dans une œuvre moralisatrice, son but n’est pas de dénoncer à longueur de pellicule. Mais les réalisateurs (qui sont également les scénaristes) nous placent face à une réalité dure, parfois cruelle, et terriblement ancrée dans une actualité de crise et un sentiment de « no future » pour reprendre une rengaine punk connue.

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Heureusement, pour contre-balancer cette grisaille et ce pessimisme ambiant, il reste une arme fabuleuse et qu’ils manient en grands maîtres : l’humour. Avant toute chose, c’est dans les personnages tous plus décalés les uns que les autres qu’on le retrouve. Not et Jean-Pierre cela va de soi, sont, à l’image de leurs interprètes, deux sacrés numéros, des tarés à la masse, des cinglés de première. Forcément on se marre avec eux. Ce qui ne les empêche d’ailleurs pas de garder une profonde sincérité et une humanité touchante. Mais il y a aussi tous ceux qui les entourent, à commencer par leurs parents : le père (Areski Belkacem) à qui il faut parler lentement parce qu’il a subi un AVC l’été dernier et la mère (Brigitte Fontaine) complètement cintrée et lunaire, les deux tiennent la gérance d’une Pataterie où ils passent le plus clair de leur temps à éplucher des pommes-de-terre. Il y a aussi les habituels complices du duo Delépine / Kervern qui font de petites apparitions mais qui valent leur pesant de cacahouètes : Bouli Lanners en vigile du centre commercial, qui a une scène de dialogue mémorable avec le père des deux allumés à crêtes, on aperçoit en clin d’œil Yolande Moreau et on fait la rencontre d’un devin pas comme les autres : Gérard Depardieu qui lit l’avenir avec force détails dans l’eau-de-vie.

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Mais l’humour est aussi là dans les dialogues qui viennent désamorcer les situations parfois critiques. J’ai adoré ce passage où Jean-Pierre, qui s’est fait virer de son boulot et de son couple, veut récupérer quelques économies à la banque et que le guichetier lui explique que sa femme a vidé leur compte à la Halle aux chaussures, au Grenier des cheveux ( !) et en abonnement à des séances de musculation du périnée ( !!). Avant d’ajouter en aparté et sur un ton de confidence : « de vous à moi, il ne faut jamais faire de compte-commun, l’amour doit garder une part de mystère ». C’est noir, c’est cruel, mais c’est à mourir de rire. Enfin selon moi en tout cas…

356 grand soir not dead pataterie

Il est clair que Le Grand Soir est avant toute chose une mise en avant du pouvoir comique et des personnalités hors-normes de ses deux comédiens principaux. La démonstration de leur talent n’est certes plus à faire, mais il n’en reste pas moins qu’ils bouffent l’écran chacun à leur manière et à chacune de leurs scènes. Mais ce film ne tient pas qu’à ses acteurs vedettes. Ce que j’ai vraiment apprécié dans le film du duo grolandais, c’est ce mélange subtil de réalité et de délire, de poésie et de pragmatisme, de tendresse et de dureté. Un peu comme si les réalisateurs nous offraient une fenêtre qui donne sur nos vies, sur la crise actuelle et ceux qu’elle laisse sur le carreau, mais une fenêtre sur la vitre de laquelle ils n’auraient pas pu s’empêcher de dessiner un clown enfantin à la gouache. On rit parfois de bon cœur, parfois jaune. On se moque parfois, et parfois on a pitié. Les personnages sont tout en exagération, mais ne font par cette particularité que répondre en écho à la société d’aujourd’hui.

Le Grand Soir est un grand film. Jetez-y un œil, il mérite vraiment d’être vu.


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commentaires

pierig 14/02/2013 09:55


C'est noté :)

Stéph 14/02/2013 19:40



Je crois me souvenir que ton compatriote Benoît P. n'a pas forcément tes faveurs, mais avec moi que veux-tu, il fait souvent mouche



Spooky 14/02/2013 09:53


C'est pas forcément ma came, ce genre de film, mais ta critique donne envie... :)

Stéph 14/02/2013 19:38



Moi j'ai adoré, mais j'ai lu beaucoup de critiques mitigées voire frileuses...