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Avant de lire les notes que je fais sur les films que je vois et les bd que je lis, sachez que dans mes commentaires il m'arrive parfois de dévoiler les histoires et les intrigues. Ceci dit pour les comics, je n'en parle que quelques mois après leur publication, ce qui laisse le temps de les lire avant de lire mes chroniques.
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20 décembre 2018 4 20 /12 /décembre /2018 10:33

 

« L’expérience est un peigne que vous donne la vie quand vous êtes devenu chauve. »

 

Bernard Blier, expérimenté très tôt dans la vie.

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13 décembre 2018 4 13 /12 /décembre /2018 14:15

Je suis tombé sur ce roman de façon particulière. J’ai tout d’abord entendu parler du film Winter’s Bone qui a eu une presse assez élogieuse à sa sortie, et signait les débuts de la gloire de celle qui est aujourd’hui l’une des actrices hollywoodiennes les mieux payées, Jennifer Lawrence. Ce film de 2010 est l’adaptation du roman du même nom de Daniel Woodrell. Ce dernier, bien que s’étant fait connaître depuis le début des années 2000 pour quelques romans à succès m’était jusqu’alors resté inconnu…

Connaissant ma très forte tendance à ne plus lire un roman dont j’ai déjà vu l’adaptation cinématographique, et étant plutôt attiré par le point de départ de l’histoire, je me suis donc mis à la lecture du roman, m’interdisant la vision préalable du film.

 

Avant d’en dire plus, voici de quoi il s’agit. Un hiver de glace se passe dans la région des Ozarks. « Où ça ? » vous entends-je déjà demander ? C’est un coin paumé, une région montagneuse et oubliée, coincée à cheval entre l’Arkansas, le Missouri, l’Oklahoma et le Kansas. Bref, le trou du cul des USA. Ree Dolly, 16 ans, y survit tant bien que mal, avec à sa charge ses deux petits frères. Sa mère a tourné dingo et son père, Jessup, repris de justice en liberté conditionnelle, a disparu depuis quelques semaines. L’hiver est là, et un matin le shériff du comté débarque dans la bicoque des Dolly pour annoncer que Jessup avait hypothéqué la maison familiale pour payer sa caution. Et que si le bonhomme ne se présente pas à son procès tout proche, Ree et sa famille seront expulsés. La jeune fille décide alors de partir battre la campagne profonde à la recherche de son paternel, ce qui va s’avérer aussi compliqué que dangereux…

 

Outre le climat plus que rude du coin et les paysages de campagne américaine reculée, c’est surtout une plongée dans une Amérique profonde et rurale comme on a peu souvent l’occasion d’en voir (on peut en avoir un autre aperçu dans la série télé Outsiders que je recommande). Ici, le soleil de Californie et les gratte-ciels de New-York, c’est de la carte postale. Ici les hommes sont aussi rudes et âpres que le froid mordant de l’hiver. La pauvreté règne, le royaume de la démerde et de l’ignorance crasse c’est l’environnement dans lequel se débat du mieux qu’elle peut la jeune Ree. Et c’est peu de dire qu’elle ne peut pas compter sur grand monde dans sa quête. L’endroit est plutôt propice à la méfiance envers tous ceux qui l’approchent. Et justement, c’est parce qu’elle évolue dans un environnement aussi sombre, hostile et désespérant, que toute la force et la volonté qu’elle porte en elle la rendent par contraste extrêmement positive, lumineuse, solaire.

 

Avec elle, le lecteur croise une panoplie de personnages plus inquiétants et glauques les uns que les autres. On ne s’identifie pas forcément à la jeune Ree (en tout cas ce ne fut pas mon cas) mais on ne peut s’empêcher de s’inquiéter, d’avoir peur pour la jeune fille. Une jeune femme qui du haut de ses 16 petites années, donne une véritable leçon de courage, d’obstination et de volonté. Pourtant rien ne lui sera épargné, et je préfère vous prévenir, l’histoire se veut sombre et elle l’est jusque dans ses détails les plus sordides. C’est d’ailleurs, bien au-delà des températures extrêmes de l’hiver, ce qui est réellement glaçant dans ce roman : l’histoire est à la fois très glauque mais aussi d’un réalisme pétrifiant. Du genre à vous faire regarder cette si grande Amérique d’un tout autre œil à l’avenir…

 

Je ne vais pas m’étendre plus avant sur ce bouquin, de peur d’en dire trop et d’en gâcher le contenu à ceux qui voudraient s’aventurer dans sa lecture, mais je ne peux que le recommander à ceux qui n’ont pas peur de se confronter à la réalité d’une autre Amérique que celle qu’on nous donne à voir habituellement...

 

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11 décembre 2018 2 11 /12 /décembre /2018 13:34

La fatigue, plus le temps de rien faire : on connaît tous ça. Dès lors qu’on a des enfants, c’est même une règle imposée, le quotidien inévitable. Inclus dans le contrat de parent.

Et évidemment, on s’en est tous plaint un jour ou l’autre, moi le premier.

 

Alors quand je suis tombé sur ce texte, magnifique, de Robert Lamoureux, habituellement plutôt connu* pour ses sketches loufoques et ses blagues de comptoir, je me suis dit que c’était une bonne idée de le partager ici. J’en dis pas plus, le texte se suffit à lui-même.

Vous me dites, Monsieur, que j’ai mauvaise mine,
Qu’avec cette vie que je mène, je me ruine,
Que l'on ne gagne rien à trop se prodiguer,
Vous me dites enfin que je suis fatigué.
Oui je suis fatigué, Monsieur, mais je m’en flatte.
J'ai tout de fatigué, la voix, le cœur, la rate,
Je m’endors épuisé, je me réveille las,
Mais grâce à Dieu, Monsieur, je ne m’en soucie pas.
Ou quand je m’en soucie, je me ridiculise.
La fatigue souvent n’est qu’une vantardise.
On n’est jamais aussi fatigué qu’on le croit !
Et quand cela serait, n’en a-t-on pas le droit ? 

Je ne vous parle pas des tristes lassitudes,
Qu’on a lorsque le corps harassé d’habitude,
N'a plus pour se mouvoir que de pâles raisons…
Lorsqu’on a fait de soi son unique horizon…
Lorsque l’on n’a rien à perdre, à vaincre, ou à défendre…
Cette fatigue-là est mauvaise à entendre ;
Elle fait le front lourd, l’œil morne, le dos rond.
Et vous donne l’aspect d’un vivant moribond. 

Mais se sentir plier sous le poids formidable
Des vies dont un beau jour on s’est fait responsable,
Savoir qu’on a des joies ou des pleurs dans ses mains,
Savoir qu’on est l’outil, qu’on est le lendemain,
Savoir qu’on est le chef, savoir qu’on est la source,
Aider une existence à continuer sa course,
Et pour cela se battre à s’en user le cœur…
Cette fatigue-là, Monsieur, c’est du bonheur. 

Et sûr qu’à chaque pas, à chaque assaut qu’on livre,
On va aider un être à vivre ou à survivre ;
Et sûr qu’on est le port et la route et le quai,
Où prendrait-on le droit d’être trop fatigué ?
Ceux qui font de leur vie une belle aventure,
Marquent chaque victoire, en creux, sur la figure,
Et quand le malheur vient y mettre un creux de plus
Parmi tant d’autres creux il passe inaperçu. 

La fatigue, Monsieur, c’est un prix toujours juste,
C’est le prix d’une journée d’efforts et de luttes.
C’est le prix d’un labeur, d’un mur ou d’un exploit,
Non pas le prix qu’on paie, mais celui qu’on reçoit.
C’est le prix d’un travail, d’une journée remplie,
C’est la preuve aussi qu’on marche avec la vie. 

Quand je rentre la nuit et que ma maison dort,
J’écoute mes sommeils, et là, je me sens fort ;
Je me sens tout gonflé de mon humble souffrance,
Et ma fatigue alors est une récompense. 

Et vous me conseillez d’aller me reposer !
Mais si j’acceptais là, ce que vous me proposez,
Si je m’abandonnais à votre douce intrigue…
Mais je mourrais, Monsieur, tristement, de fatigue.

 

* encore que, je vous l’accorde, pour tous ceux qui sont nés grosso-modo après la télévision couleur ce n’est pas l’humoriste le plus connu non plus ! N’empêche, je suis sûr que tout le monde, petits et grands, jeunes et moins jeunes connaissent au moins une de ses œuvres. Vous ne me croyez pas ? Et si je vous dis La Septième Compagnie ? Eh bien oui, c’était lui ! (il en a été le réalisateur et co-scénariste)

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4 décembre 2018 2 04 /12 /décembre /2018 11:08

Ce qui m’a tout de suite attiré dans ce livre, c’est le thème qu’il aborde : les enfants de Cléopâtre. Si la Reine d’Égypte est restée dans l’histoire et la mémoire collective, mémoire régulièrement alimentée par des films, livres, BD ou séries la mettant en scène, il n’en est pas de même de sa descendance. Elle a pourtant eu quatre enfants. L’aîné, Ptolémée-César dit Césarion, est le fruit de son union avec Jules César du temps de sa splendeur. Après la mort de l’empereur romain, celui qui a été l’un des plus fidèles généraux de César, Marc Antoine, va prendre sa suite en régnant sur l’Orient, qui lui est dévolu dans le cadre du Triumvirat. Cléopâtre et l’Imperator d’Orient entament alors une longue liaison dont naîtront trois enfants : les jumeaux Alexandre Hélios et Cléopâtre Séléné d’abord, puis Ptolémée Philadelphe.

 

C’est le destin de ces quatre enfants et tout particulièrement celui de Séléné qui sera la seule de la fratrie à survivre à l’affrontement qui va opposer son père Marc Antoine à Octave pour le pouvoir complet sur Rome et ses provinces, que nous conte Françoise Chandernagor dans Les enfants d’Alexandrie.

 

Ce qu’il faut savoir avant toute chose, c’est qu’il s’agit ici du premier tome d’une trilogie dont le personnage central est Séléné. Dans cette première partie donc, l’auteure évoque l’enfance de cette fratrie au sein des palais royaux d’Alexandrie, entourés des esclaves, eunuques, nourrices et pédagogues dévolus à leur éducation. Ces enfants sont des enfants rois, et en pleine Antiquité cela veut dire que malgré leur âge ils sont déjà souverains de différentes contrées, promis à des mariages arrangés avec d’autres familles royales de l’époque et soumis à de nombreuses contraintes et protocoles à suivre du fait de leur rang. Françoise Chandernagor dresse le portrait de ces enfants qui n’en sont pas vraiment, et nous plonge dans une époque, avec ses croyances et ses coutumes, qui n’a que très peu de choses en commun avec la nôtre. Ce premier tome se termine alors que Séléné n’a que dix ans, se concluant en même temps que sa vie égyptienne. Octave ayant triomphé contre les troupes de Marc Antoine, alors que ce dernier ainsi que Cléopâtre se sont donné la mort, Séléné va être ramenée, telle un trophée de guerre, par Octave à Rome où elle terminera son enfance (dans le second tome donc).

 

Françoise Chandernagor nous fait suivre aussi bien le quotidien des enfants que la vie de leurs illustres parents, si bien que dans ce premier tome de la trilogie, il n’y a pas réellement de personnage central, Séléné n’étant pas plus mise en avant du récit que les autres enfants ou leurs parents.

Ce qui est très intéressant c’est le mélange entre l’érudition du livre d’histoire et le romanesque de la vie des Ptolémée. Ce livre, qui est un roman, oscille sans cesse entre les deux. Son auteure le confesse d’ailleurs en postface, si son œuvre est extrêmement documentée et qu’elle a mis beaucoup de soin à respecter la réalité historique (du moins ce que l’on en connaît), il reste de très larges « zones blanches » qu’il lui a fallu combler, et c’est là qu’interviennent ses talents de romancière. Elle explique et défend ses choix et les libertés qu’elle a été obligée de prendre pour palier le manque de connaissances historiques dans certains domaines et pour quelques situations. Le roman et l’histoire se côtoient donc, mais de très belle et passionnante manière, pour offrir une version des faits à la fois plausible et réaliste mais aussi humaine et accessible.

 

Moins grand spectacle mais certainement bien plus proche de la réalité historique que ce qu’on a pu voir par exemple dans la sublime série Rome de HBO il y a quelques années (honteusement stoppée à sa seconde saison alors qu’elle promettait tant de belles choses encore à venir…), c’est pourtant bien avec en tête les visages des comédiens de la série que j’ai lu toute la partie concernant la relation entre Cléopâtre et Marc Antoine (Lyndsey Marshall et le génial James Purefoy respectivement dans ces rôles).

 

Sans avoir été complètement emballé par le texte de Chandernagor, ce fut pour moi une très agréable lecture, intéressante et instructive pour qui s’intéresse à cette période de l’Antiquité. Qui appelle à n’en pas douter à se plonger dans le second tome de la trilogie de La Reine oubliée.

 

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13 novembre 2018 2 13 /11 /novembre /2018 19:17

Le grand, le cultissime, la légende Stan « The Man » Lee nous a quitté hier. Ok, il allait tranquillement sur ses 96 ans, on peut dire qu’il a eu une vie plus que bien remplie, qu’il a connu le succès et la renommée et en a profité longtemps. C’est vrai, n’empêche que savoir qu’il n’est plus de ce monde, rend le monde un peu moins beau.

Toutes les bonnes histoires ont une fin il paraît. Bullshit. En vrai on a tous envie que les belles histoires ne s’arrêtent pas, comme celles que nous racontait papy Stan.

Et d'un simple claquement de doigts...

Autant adulé que parfois controversé, Stan Lee a eu son lot de réussites mais a également été au cœur de quelques polémiques. Le bonhomme avait ses fans mais aussi ses détracteurs. On lui a reproché de trop tirer la couverture à lui, en particuliers pour ce qui était de récolter les lauriers de créateur de l’univers super-héroïque Marvel. Ce qui a été vrai un temps il faut bien le dire. Mais là-dessus, Stan Lee s’est bien amendé en soulignant systématiquement ces 20 dernières années qu’il n’était « que » co-créateur, et en louant sans cesse le talent des dessinateurs avec lesquels il a co-créé tous ces personnages de papier devenus de vraies icônes mondiales, de Spiderman à Daredevil en passant par les Fantastic Four, les X-Men et évidemment, les Avengers. Il est évident que le succès de Marvel, et donc de son porte-drapeau Stan Lee, n’aurait certainement pas été le même sans l’apport considérable de ces maîtres du dessin et génies de créativité que furent entre autres Jack « The King » Kirby, Steve Ditko, Gene Colan ou John Romita Sr. Des noms que les fans de comics vénèrent bien entendu, et à juste titre. Mais le nom que le grand public aura retenu, c’est bien celui de Stan Lee.

Stan Lee : une patte reconnaissable entre toutes !

Stan Lee n’était pas que, ou en tout cas n’était plus depuis bien longtemps, ce profiteur tant décrié par certains. Stan Lee, de son vrai nom Stanley Martin Lieber, c’était avant tout un bosseur invétéré. Entré dans le monde de l’édition par la toute petite porte à l’âge de 16 ans, en tant qu’assistant dans la maison d’édition d’un cousin par alliance (en gros il était homme à tout faire : préparer le café, acheter les sandwich, faire le coursier, vider les poubelles), il n’a pour ainsi dire jamais fait de pause depuis. Il devient rédacteur en chef de Timely (l’ancêtre de Marvel Comics) à 20 ans alors que la période est aux vaches maigres dans l’édition de pulps et de comic books. Quand à la fin des années 1950, les super-héros connaissent un début de retour en grâce (depuis la fin de la seconde guerre mondiale, le genre était tombé presque à l’abandon) au travers de quelques publications DC Comics (avec la Justice League notamment), Stan Lee sent le vent tourner et décide de s’engouffrer dans le filon. Avec Jack Kirby il sort Fantastic Four #1 en 1961, et ce sera le début de la grande aventure Marvel. La grande idée de Lee c’est que les super-héros doivent être plus « proches » des lecteurs. Ils doivent avoir leurs failles, leurs défauts, ils doivent apparaître comme humains alors même que ce sont des « surhumains ». Ainsi Tony Stark, l’alter ego d’Iron-Man a un sérieux problème d’alcoolisme. Ben Grimm alias la Chose souffre de son physique de « monstre ». Peter Parker alias Spiderman* est un étudiant orphelin, pauvre, binoclard et souffre douleur de son lycée. Matt Murdock (Daredevil) est lui aussi orphelin et aveugle. Donald Blake, dans le corps duquel s’est réincarné Thor, boîte et marche à l’aide d’une canne, etc... Et cette formule révolutionnaire pour l’époque marche du tonnerre puisque très rapidement Marvel surpasse DC et devient l’éditeur le plus lu en matière de comics de super-héros.

Quand Stan Lee a mené Marvel au sommet...

Stan Lee c’est aussi celui qui a instauré la « méthode Marvel » de création : tous les dessinateurs travaillent ensemble au sein d’un studio, Stan Lee écrit la majorité des scénarios mais de manière assez sommaire, puis donne carte blanche aux dessinateurs pour développer les détails de l’histoire et découper les planches à leur guise, avant de reprendre les planches terminées et d’y accoler les dialogues qu’il écrit intégralement. C’est pourquoi de nombreux détails qui font toute la richesse de certains héros incombent souvent plus aux dessinateurs qu’à Stan Lee lui-même. C’est d’ailleurs de là que naîtront plus tard les polémiques sur la paternité de certains personnages et la renommée qu’en a tirée Stan, bien supérieure à celle de ses compères dessinateurs, et le sentiment d’une sorte d’injustice du point de vue de la reconnaissance des mérites de chacun. De là à dire qu’il était dépourvu de talent et profitait de celui des autres, honnêtement je trouve que c’est tomber dans l’exagération opposée. Il n’a évidemment pas créé seul tous ces héros, mais il est le dénominateur commun à toutes les créations Marvel des années 1960, et il aura à chaque fois laissé sa patte sur chacune d’entre elles. Et le moins qu’on puisse faire, c’est de reconnaître sa propension à s’entourer de dessinateurs très talentueux et qui plus est de tirer le meilleur de chacun d’eux !

En compagnie de John Romita Sr

Stan Lee c’était aussi, et je suis même tenté de dire avant tout, un communiquant de génie. Bien plus encore qu’un scénariste de talent ou qu’un formidable raconteur d’histoires. Pour être honnête, je vous mets au défi de lire ses premiers épisodes des X-Men, de Spiderman, de Thor ou des Fantastic Four et de ne pas trouver cela trop verbeux. Mais c’était le style qui marchait alors. Un style daté aujourd’hui. Stan Lee a tenu les rênes de Marvel pendant longtemps, et a écrit de très nombreuses séries de front pendant des années avant de petit à petit passer le flambeau (à son second Roy Thomas pour les Avengers par exemple), faute de temps. Parce que ce qui intéressait encore plus Stan que l’écriture, c’était la promotion de l’univers Marvel (et les mauvaises langues de rajouter « et de sa propre personne »). Stan Lee c’était un homme d’image, qui aimait se mettre en scène personnellement et promouvoir de toutes les façons possibles les super-héros de sa firme. Quand il quitte dans les années 1970 son poste de Rédacteur en Chef de Marvel, c’est pour en devenir l’image publique et l’ambassadeur numéro un dans les médias. Car avec 25 ans d’avance sur le succès des films de super-héros, Stan Lee pressent que c’est au cinéma et à la télévision que se trouve l’avenir de ses personnages.

Stan The Man, prêt à tout pour promouvoir les comics Marvel !!

Il aura du reste vu juste, puisque c’est aussi grâce aux films, à partir du succès du premier X-Men (en 2000), que la firme Marvel va lentement se redresser après des années 1990 catastrophiques (qui l’ont même menée jusqu’à la banqueroute et le rachat par une marque de jouets, Toy Biz) et qu’il va revenir sur le devant de la scène par un biais inattendu : celui de ses caméos au cinéma, au départ une private joke devenue une véritable institution puisqu’il apparaîtra dans chaque film tiré de l’univers Marvel à partir de 2000. Producteur exécutif de toutes les adaptations cinématographiques, invité de prestige sur tous les tapis rouges d’avant-première des films, Stan Lee va redevenir ce qu’il n’a finalement jamais cessé d’être : le symbole de Marvel, et une véritable icône de la Pop Culture.

Au milieu des héros...

Pour ma part, ce que je retiens de lui avec émotion, c’est d’abord et avant toute chose la fameuse mention « Stan Lee présente : » au début de chaque aventure que je lisais gamin dans mes Strange, Titans, Spidey et consorts… Cela faisait pourtant des années qu’il n’écrivait plus les histoires que j’y lisais, mais c’était pourtant son nom qui apparaissait partout, tel le gardien omniscient du temple Marvel…

 

Ce que je retiens aussi, bien que ce soit parfaitement anecdotique, ce sont toutes ses petites expressions maison qu’il collait dans ses comics. Depuis son fameux « Excelsior ! » à son « ‘Nuff Said ! », en passant par toutes ses touches humoristiques et les adjectifs extravagants dont il affublait ses collaborateurs qu’il présentait en première page de ses histoires.

Stan Lee : le sens de la formule

Mais c’est aussi sa bonhomie, son sourire malicieux, son extraordinaire capacité à raconter ses souvenirs de la grande époque de Marvel, ses petites anecdotes qui émaillaient toutes ses interviews et tous les documentaires dans lesquels il est apparu, sa stature de légende des comics, ses caméos rigolos dans les films… Stan Lee c’est tout ça et bien plus encore. De par sa longévité et son dynamisme sans faille, alors même qu’il n’avait plus rien produit de marquant dans le domaine depuis des décennies, il était et est resté jusqu’au bout, la figure tutélaire des comics de super-héros.

 

C’était devenu une habitude autant qu’un petit plaisir personnel pour moi de suivre régulièrement son compte twitter où il apparaissait parfois en vidéo pour y raconter de vieux souvenirs, et où étaient postés de temps en temps de vieux documents d’époques, des photos marrantes, des extraits de pubs incroyablement kitsch des années 70… encore un petit plaisir qui disparaît…

Sur tous les fronts !

Avec Stan Lee c’est une icône de la Pop Culture qui s’éteint, et un peu le grand-père qu’on aimait bien écouter raconter ses vieilles histoires qui s’en va. Thank you mister Stan Lee, pour avoir été à l’origine d’un univers qui m’aura offert tant de bons moments de lecture. Vous allez beaucoup manquer.

Bye Stan...

* Spiderman qui a d’ailleurs perdu ses deux papas cette année, puisque Steve Ditko, le tout premier dessinateur du tisseur et celui qui a créé son costume qui ne s’est jamais démodé depuis, est décédé lui aussi, le 29 juin 2018 à 90 ans.

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26 octobre 2018 5 26 /10 /octobre /2018 09:12

Une légende de la musique américaine pur jus a tiré sa révérence. Le roi du swamp rock, un des plus talentueux slow-hands au monde, le poète made in Louisiane, le bluesman à la voix grave... ce vieux crocodile de Tony Joe White est mort ce mercredi 24 octobre. Il avait 75 ans.

 

 

Le premier de ses albums que j’ai écouté en boucle fut Closer to the Truth (sorti en 1991) qui gardera toujours cette saveur particulière à mes oreilles, celle de la découverte d’un artiste rare. Depuis je suivais ses disques qu’il sortait avec une belle régularité. J’ai même eu la chance de le voir (enfin!) en concert en novembre 2016 au New Morning, j’y avais emmené avec moi Marie, ma petite sœur et mon ami Nono pour leur faire découvrir le guitariste du bayou.

 

Tony Joe White était un monument de mon univers musical, au même titre qu’un J.J. Cale ou qu’un Eric Clapton. Il me manque déjà.

 

Thanks Dude.

 

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2 juillet 2018 1 02 /07 /juillet /2018 09:27

Ce roman, L’Attrape-Cœurs de Jerome David Salinger fait partie de ces œuvres cultes qui hantent la culture populaire et qui fait qu’on se trouve toujours un peu con de ne pas l’avoir lu alors que tout le monde autour de soi semble l’avoir fait.

Par chance, contrairement à des pavés littéraires tels Le Seigneur des Anneaux dont la qualité pourrait presque être mesurée au poids, le roman de Salinger est court, et donc bien plus facile et rapide à lire. C’est pourquoi je me suis donc décidé à combler l’une de mes nombreuses lacunes culturelles en me jetant à l’abordage de ce bouquin.

 

D’abord un mot rapide sur le sujet du livre. Dans L’Attrape-Cœurs on suit les pérégrinations d’un jeune homme, mi-rebelle mi-moralisateur, qui du haut de ses seize ans donne son avis sur à peu près tout ce qui l’entoure, et en particulier sur les sujets qui l’intéressent le plus, à savoir la littérature, la musique et les filles. Holden Caulfield vient de se faire renvoyer de son école. C’est donc clope au bec que le jeune homme va errer, seul à New-York, pendant trois jours avant de rentrer chez lui.

 

Voilà, je préfère faire court, le roman l’étant lui-même, pour ne pas trop en raconter. Parce que faut bien le dire, il ne s’y passe pas tant de choses que ça non plus dans ce roman, donc autant en laisser un peu à découvrir si vous comptez le lire prochainement. À vrai dire j’ai eu un peu de mal à me faire à ce personnage qui sort des sentiers battus. Qui est bourré de contradictions aussi. Avant tout je replace le livre dans son contexte d’origine : sorti en 1951 aux États-Unis et premier roman d’un auteur qui ne signera quasiment plus rien d’autre (en tout cas de notable) par la suite, L’Attrape-Cœurs va acquérir une aura d’œuvre culte auprès de la jeunesse car précisément il sera l’un des tout premiers à s’adresser à elle en adoptant le point de vue d’un adolescent moderne qui use d’un langage familier.

C’est peut-être là que le bât blesse, car de moderne il n’a plus rien du tout quand on le lit aujourd’hui. Que ce soit ses préoccupations, son langage (qui se veut transgressif, et qui l’était bel et bien à l’époque) ou son comportement, je crains que peu de mômes actuels du même âge ne se retrouvent en lui. Vu de notre XXIème siècle ultra-connecté, Holden Caulfield renvoie à une image surannée de l’Amérique d’après-guerre. Il a ce charme désuet d’une époque ou prononcer, et encore bien pire : écrire, un mot ordurier était le chantre de la rébellion. Aujourd’hui si un « fuck » ne vient pas, au minimum, ponctuer chaque fin de phrase, on passe pour un mec au langage châtié. Constatez par vous-même le gouffre qui s’est installé entre la notion de rebelle en 1951 et celle qu’on lui donne de nos jours (du reste, voilà de quoi réfléchir et disserter pendant quelques heures : c’est quoi être rebelle de nos jours ?).

Alors pour replonger dans une ambiance rétro (je n’ai pas dit ringarde notez bien) ce roman peut avoir un certain charme. Cela dit, dans ce domaine je lui préfère du coup un roman de Joe Fante, plus immersif et moins moralisateur à mon goût. Ou pour élargir les supports, je ne peux que conseiller la sublime série Mad Men, insurclassable en ce qui concerne l’ambiance rétro (dans Mad Men on est justement spectateurs des 60’s, décennie charnière durant laquelle l’art de vivre des 50’s disparaît peu à peu pour laisser place à celui des 70’s, rénovateur, libérateur et jouisseur).

 

Mais pour en revenir à la morale que j’évoquais plus haut, il me semble que malgré toute la réputation de rebelle qu’a Holden Caulfield dans l’imaginaire populaire, avant tout entretenue selon moi par une censure qui s’est acharnée pendant des années sur ce roman, il ne l’est en réalité pas tant que ça. Loin de là même. Certes je l’ai dit, dans son expression et par son langage, il sortait des rails de la bienséance, cela ne fait aucun doute. C’est très certainement ce qui lui a valu cette réputation sulfureuse. Mais dans les idées, c’est tout autre chose je trouve. Caulfield, par bien des aspects et à plusieurs moments, est plutôt à ranger parmi les conservateurs, les réactionnaires, ou à tout le moins les moralisateurs. L’exemple qui illustre le mieux cela, est je pense l’image qu’a le garçon des femmes. Que ce soit son amie d’enfance pour laquelle il a de tendres pensées, sa petite sœur Phoebe, ou encore la prostituée avec laquelle il monte dans sa chambre, à chaque fois il offre une image très rétrograde et conservatrice de la femme dans la société, et plus encore des rapports entre hommes et femmes. C’est pour moi en parfait décalage avec l’image de jeune pousse qui se rebelle contre l’ordre en place, et qu’on prête si volontiers au personnage. Se rebeller et faire la morale en même temps, voilà un grand écart singulier qui m’aura gêné pendant cette lecture...

Alors que JD Salinger avait si bien su capter les préoccupations et surtout les façons de s’exprimer des jeunes de son époque, dans les pensées de son personnage, ce sont surtout les pensées d’un homme adulte de son temps (Salinger avait 32 ans au moment de la parution de son roman) que l’on reconnaît.

 

Vous l’aurez compris, ce roman ne m’a pas fait l’effet attendu. Sans le considérer mauvais pour autant, j’ai été plutôt content qu’il ne soit pas trop long, ma lecture s’en est trouvé facilitée. Je peux comprendre sur un certain plan que ce livre ait pu fasciner, surtout quand on se replace dans le contexte de l’époque de sa parution. Qu’il ait gardé cette aura subversive par la suite, et encore aujourd’hui, m’étonne cependant. Il y a tant d’œuvres bien plus importantes (selon moi) et surtout bien plus subversives (toujours selon moi) qui ont paru au cours de ces cinquante dernières années que celle-ci me semble un peu usurper sa réputation.

 

Et pour finir, juste un petit mot pour démontrer une fois de plus que tout mène toujours d’une manière ou d’une autre aux comics… quel rapport entre JD Salinger et les comics me demandez-vous ? Eh bien figurez-vous que son fils se nomme Matt Salinger, et que Matt Salinger a été en 1990, la première incarnation au cinéma de Steve Rogers. Qui est Steve Rogers ? Ben Captain America bien évidemment !

 

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25 juin 2018 1 25 /06 /juin /2018 08:47

Histoire d’une romance…

 

Il y a quelque temps de cela, un soir en récupérant Tom au périscolaire, l’une des monitrices vient me voir pour me parler de la journée de Tom. C’est Julie, une petite brunette, la vingtaine à tout casser, toujours très souriante. Je crois bien que c’est sa première année. Julie donc, s’approche pendant que j’aide mon loulou à se chausser et que je vérifie la présence de son doudou ornitho* dans son sac. Elle m’aborde presque un peu gênée, l’air de pas trop savoir comment se lancer.

 

Elle commence donc par me dire que depuis la rentrée en septembre, Tom ne lui avait jamais accordé la moindre attention. Pourtant Tommy est du genre (trèèèèès) bavard et plutôt sociable. Mais parmi toutes les filles de l’accueil périscolaire, Julie était la seule à qui Tom n’adressait ostensiblement pas la parole. Pas un mot, même pas une mono-syllabe, nada. Aucun problème avec Virginie (déjà la préférée de Nathan en son temps) ou Marie par exemple, qui étaient devenues rapidement ses grandes copines. Mais pas Julie. Pendant tout le premier trimestre, il l’avait purement et simplement ignorée. Au point même que la pauvre Julie s’était demandée si elle était à l’origine de ce comportement, si elle avait fait quelque chose de mal sans s’en rendre compte.

 

Et puis me dit-elle, ce jour de janvier, Tom s’est approchée d’elle, ce qui l’a tout d’abord surprise. Et le plus naturellement du monde, il lui a dit « Julie, tu es belle ». Glace rompue instantanément. Que dis-je : glace vaporisée !** Julie et Tom sont donc devenus au cours de cette journée inséparables, et elle a pu se rendre compte par elle-même à quel point Tom est tout sauf muet.

Ça m’a fait sourire, parce que ça se sentait à sa façon de me le raconter, à quel point Julie était touchée par ce renversement de situation.

 

Depuis, tous les jours quand je cherche Tom au périscolaire, je le trouve en train de jouer, dessiner, se déguiser, raconter une histoire ou chanter, mais toujours en compagnie de Julie. Et ce n’est rien de le dire qu’elle l’a à la bonne. Quand il y a des petits bonbons ou des madeleines à distribuer aux enfants en guise de friandises, Tom a toujours droit à un peu de rab de la part de Julie… Comme il est un fan inconditionnel de super-héros et qu’avec elle, Tom peut tenir de longues discussions passionnées à leur sujet, elle lui trouve sans cesse sur internet de nouveaux coloriages de super-héros à faire, qu’elle lui réserve tout particulièrement. Et il a toujours un petit « salut ! » spécial à son égard au moment de partir et de dire aurevoir…

 

Amusé par la relation spéciale qui s’est tissée entre ces deux-là, j’en ai parlé avec Tom dans la voiture. Entre hommes. Je lui ai demandé si c’est vrai qu’il trouve Julie belle. Il m’a répondu « oui, mais elle est aussi drôle et intelligente ! ».

Il venait d’avoir 4 ans. Et il avait déjà tout compris aux nanas et à la manière de se les mettre dans la poche. Easy.

 

 

* un ornithorynque en peluche revenu d’Australie avec moi il y a un an…

** pour être scientifiquement exact, il conviendrait d’ailleurs de parler ici de sublimation !

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21 juin 2018 4 21 /06 /juin /2018 08:52

Le titre de ce roman est à lui seul tout un programme. Chez les Grecs. Vous voyez ce que je veux dire ? Oui ? Eh bien vous avez raison, c’est exactement ça. Et bien plus encore que vous ne l’imaginez.

 

Avec son second roman, Serge Le Vaillant*, producteur et ex-animateur de radio à France Inter, nous emmène dans le sillage de son anti-héros gouailleur. Je sais que ce qualificatif d’anti-héros est utilisé sans arrêt et servi à toutes les sauces, mais là, croyez-moi, on tient le champion du monde toutes catégories confondues, le loser ultime, l’aimant à cons et à emmerdes. Personne ne peut défier Michel Boulard (rien que son patronyme suffit déjà à distancer la majorité de ses concurrents) dans un concours de loose. Même le plus poissard des grands blonds avec une chaussure noire devra se rendre à l’évidence : à côté de lui, tout le monde peut se considérer comme bienheureux.

 

Alors voilà, on débute ce roman en faisant connaissance avec Michel. Cinquante balais et des brouettes, à la colle avec Josiane Poilbout, de quatorze ans sa cadette, comédienne en éternel devenir, artiste pleurnicheuse dans l’âme, et surtout casse-couille notoire. « Elle avait un beau cul mais guère de pulpe dans le citron ». Le constat est parfaitement fidèle à la réalité, Michel n’est pas né de la dernière pluie, il le sait bien. Mais voilà, il l’aime sa Josy. Comme un fou, comme un soldat… ou plutôt comme dans une chanson de Frédéric François, dont il a été fan dans sa jeunesse provinciale et qu’il n’a jamais renié depuis. Non, Michel n’a pas forcément toujours bon goût, surtout en matière musicale. Il a quand même connu une période où il s’est approché de son rêve, devenir une star du showbiz, après avoir connu quelques succès locaux en tant que Michael Winter. Il était monté sur Paris, tenter sa chance, se lancer dans le grand bain, caresser l’espoir... Il a été reçu.

Enfin bref, Michel Boulard, prolo sans grande ambition ni plus aucune illusion sur le monde, avait cru qu’une seconde chance dans la vie lui était offerte quand il avait rencontré Josiane. En plus elle voulait un enfant de lui. Jusqu’à cette fichue veille de Noël, quand elle lui a demandé de se déguiser en Père Noël pour amuser sa petite nièce Madison. Et comme la location du costume lui avait coûté bonbon, elle s’est mise en tête de la rentabiliser en allant visiter quelques autres familles de sa connaissance dans la soirée. C’est là que ça a dérapé. Mais bien comme il faut.

 

Je n’en dis pas plus parce que chaque page de ce roman est exceptionnelle. Et mieux vaut ne pas trop en savoir pour le savourer pleinement. C’est écrit avec une verve, une fluidité, une fraîcheur à faire pleurer tant c’est beau**. C’est simple, je crois qu’il n’y a pas une seule page qui ne m’ait pas donné envie de prendre des notes pour en faire une citation dans cet article. Bon attention quand même, c’est pas du Balzac ni du Proust, c’est du Michel Boulard. Oui parce que c’est lui qui écrit, en fait on lit ses mémoires, ou plus exactement son journal (il y raconte ce qui lui arrive tout en s’autorisant de larges flashbacks qui lui permettent de retracer toute sa vie), qu’il rédige pour deux raisons : d’abord parce qu’il aime bien écrire, ensuite parce que c’est ce qui l’aide à tenir le coup dans l’adversité.

 

Faut dire que l’adversité, ben elle est balèze. Il y a du monde qui se bouscule au portillon au départ de la course à celui qui réussira à le faire le plus chier ce pauvre Michel. Que ce soit son patron ou la bande de cons de compétition qui forme sa belle-famille, les concurrents rivalisent d’ingéniosité et de talent. Déjà tout petit, ses parents n’avaient pas été de ceux dont on peut rêver pour vivre une enfance heureuse. Mais faut être honnête, celle qui détient le pompon, ça reste cette connasse de Josiane. Parfois il se demande ce qui le retient de se barrer ou de lui en coller une : ah ben oui, c’est vrai, il l’aime. Profondément, passionnément. Il est prêt à tout lui passer tant il l’aime, et au fond de lui il le sait bien que ça fait de lui le plus grand con des deux.

 

On pourrait dire de ce livre que c’est une longue descente aux enfers pour son personnage principal. À ceci près que deux choses :

1. c’est tellement bien écrit que c’est d’une drôlerie irrésistible, ce qui, on l’admettra aisément, est plutôt inattendu comme ton pour une descente aux enfers « classique »,

et 2. on ne peut pas vraiment parler de descente, puisqu’on comprendra au fur et à mesure de ce roman / journal / confession que pour Michel ce n’est qu’une longue et ininterrompue suite d’événements juste aussi merdiques les uns que les autres. L’enfer, pour ainsi dire, il n’y est pas descendu, il y est plutôt né et y a vécu toute sa vie.

 

Enfin… peut-être pas vraiment toute sa vie. Il y a eu un moment, une parenthèse enchantée et une lumière étincelante au milieu de son existence faite de grisaille et de couleuvres à avaler tout rond. Un moment dans sa vie certes, mais qui ne le quittera plus jamais.

C’est je crois d’ailleurs, sans vouloir en dévoiler la teneur, ce qui est vraiment le plus réussi dans ce bouquin, que par ailleurs je trouve génial du début à la fin. Ce mélange d’humour dévastateur, de regard froid et sans concession sur l’existence, de déveine improbable et d’une profonde nostalgie, est la marque d’un amour sans équivalent, d’une profondeur d’âme incroyable, d’une douleur et d’une douceur indécelable d’un simple coup d’œil.

 

Évidemment ce roman est d’une drôlerie incroyable, du genre à vous faire vous bidonner en douce à chaque page, quitte à passer pour un imbécile heureux aux yeux de ceux qui sont assis à côté de vous et ne savent pas pourquoi vous êtes tout seul comme un con à votre table de café, hilare. Mais ne vous y trompez pas, l’humour sans borne que déploie le narrateur (et à travers lui bien sûr l’auteur) est juste indispensable. Sans cet humour, vous ne pourriez pas lire le quart du dixième de cette histoire sans aller vous pendre. Et puis il a une seconde utilité nécessité : il rend l’ensemble encore plus féroce. Car l’humour ici est autant une arme défensive qu’un adoucisseur de saloperies. Et il n’y a rien de pire, ou rien de mieux c’est selon, que de parvenir à faire rire avec des choses horribles. Quand je dis que l’humour est féroce, ce n’est pas tant par lui-même qu’il revêt cette particularité, c’est parce qu’il révèle la vie sous son vrai jour. Implacable. Imparable. Injuste.

 

D’ailleurs c’est à noter, le narrateur le dit très clairement : il est athée jusqu’au bout des ongles, les bondieuseries et autres croyances de grenouilles de bénitier, le font au mieux chier, au pire gerber. « Notre père qui es aux cieux, sois le vraiment, bordel de merde ! […] Dieu qui permettrait des guerres en son nom, les enfants handicapés et malades, les gosses crevant de misère et qui m’en voudrait beaucoup d’avoir maté, avec concupiscence, l’épouse du voisin ou parce que je ne porterais pas la coiffe bigouden. Foutaises. »

Car c’est bien le minimum quand on s’en prend plein la tronche à ce point-là. De ne pas croire en Dieu. Parce que si Dieu existe, alors ce serait un sacré enfoiré de vicelard sadique pour imaginer et réserver une telle avalanche de merde à un pauvre type qui n’en demandait pas tant. Pire encore, si Michel avait été bouddhiste : il aurait alors su sans la moindre ombre d’un doute qu’il avait dû être une ordure de première classe dans une vie antérieure pour mériter tout ce qui lui arrive.

Non vraiment, il valait mieux être athée pour Michel je crois. D’autant qu’au moins, hormis ses goûts musicaux, ça prouve que le bonhomme est posé, et doté d’un solide bon sens.

 

« J’ai trop idéalisé ce que je croyais être la plus grande merveille de l’univers connu : une bonne femme.

J’ai pourtant des goûts simples. Je ne sais rien de plus émouvant qu’une dame, les cheveux en vrac et mouillés, qui observe sa métamorphose au salon de coiffure. Une demoiselle qui bronze bottomless sous les regards fuyants de vacanciers hypocrites. N’importe quelle forme de fesses dans des jeans. La tendresse de la chair à l’intérieur d’un poignet. L’arche des cuisses, en ombre chinoise, sous une blouse blanche. Les cernes et le piercing de la petite caissière gothique à Super U. Le décolleté abyssal de la bourgeoise qui prenait ses commissions dans le caddie. Les pieds nus sur le tableau de bord de la voiture qui me double. Le duvet doré sur les mollets. Le bourrelet par-dessus la ceinture. Une femme nue qui se maquille. La variété infinie des grains de peau. Les tétons qui pointent leur relief sous un vêtement. Le sourire de la veuve retraitée qui se fait courtiser encore. La queue de souris glissée dans la raie. Le bouton d’acné sur l’épaule. Les cratères de cellulite et les dents du bonheur. Si une femme m’avait permis de l’aimer, il n’y aurait eu qu’elle dans ma perspective et pour le temps que le hasard m’accorde. Pour elle, j’aurais été contemplatif et actif à sa mesure. Mettant en berne mes phantasmes égoïstes pour mieux être à l’écoute de ses désirs sans négliger ses besoins. J’aurais été le meilleur amant, du verbe aimer et du monde, sans chercher à le faire savoir. Je suis Michel Boulard. Vieux célibataire à la ramasse. Régulièrement enculé sans jamais avoir pratiqué la sodomie, même quand certaines demoiselles le réclamaient. »

 

Il ne se raconte pas d’histoire le Michel. Il sait qui il est, il a conscience de sa condition. Et pourtant il continue, il s’obstine à voir du positif, même en transparence sur un fond si gris et morne. Il pense que c’est encore possible de s’en sortir, d’améliorer un peu son sort. Lucide mais résistant. Je crois que c’est pour cela que j’ai tant aimé ce personnage qui n’a pourtant pas grand-chose de glamour en lui (si ce n’est son talent pour mettre en prose ses mésaventures). Parce qu’il se dégage de ce personnage de papier une profonde humanité, des valeurs parfois un peu vieillottes, une culture datée mais touchante, des sentiments bruts de décoffrage mais sincères et authentiques.

 

« Fais du bien à ton voisin, il te crèvera un oeil. J'ignore encore pourquoi, sinon je me soignerais, mais j'attire les cons et les emmerdements depuis toujours. Les derniers en date valent leur pesant de paupiettes et doivent être évacués sinon je vais tourner vraiment cinglé.
Mon identité varie selon les circonstances. Mon père m'appelait Michou, ma mère Mimi ou Mimiche. Pour quelques voisins, je suis Michel. Pour d'autres Monsieur Boulard. Cher ami quand le banquier me sert la main, jeune homme auprès de cet insolite de Norbert-Boucherie de Confiance quand j'entre dans sa boutique. Connard, enculé, pour certains automobilistes. Mon patron me disait : Hé !… Quand j'étais ado, j'étais surnommé Boule, Bouboule par les copains. Lorsque j'essayais de faire le chanteur, j'avais pris Michaël Winter comme pseudo. Au régiment, j'étais bleu-bite, soldat puis caporal Boulard. De plus en plus souvent, on m'appelle l'ancien. Pour les femmes que j'ai connues : mon chéri, abruti, mon amour, gros con, darling, canard, salaud en pleurant ou Michel en hurlant et inversement. Te v'là ! quand je débarquais au Bar des Amis. J'ai été, tour à tour, mon enfant, matricule, cher abonné, élève, chef, le soussigné, mon fils, mon gendre, espèce de crétin, trou du cul, cher client, frère. C'était toujours moi, puisque je me suis reconnu.
 »

 

D’aucuns pourraient le trouver parfois naïf, d’autre fois un peu con (dans le sens « trop bon trop con »), parfois encore misogyne ou vieux con quand il se laisse aller dans une petite saillie sur les moukères qui l’auront fait chier toute sa vie ou qu’il nous sert son opinion sur la jeunesse d’aujourd’hui et les lobotomisés de facebook. Mais en réalité, Michel est un bon gars. Imparfait certes, mais un bon gars. Moi-même par moment je lui aurais volontiers envoyé une baffe pour qu’il ouvre les yeux et arrête de se laisser mener par le bout du nez « J’estimais pourtant avoir passé l’âge de me mettre au garde-à-vous devant une paire de nichons. Une fois encore, mon bon cœur m’a perdu. »

Michel c’est un peu le Jef de la chanson de Brel, avec qui on a envie de boire un peu de vin de Moselle pour lui remonter le moral parce qu’une trois quarts putain lui a claqué dans les mains. Un type honnête et simple qui fait comme il peut avec ce qu’il a. Un mec qui combat sa tristesse, sa solitude et les cons qui se liguent contre lui. Et qui admet parfois en faire partie. Un gars avec qui je pourrais sans problème être pote.

 

Comble de malheur pour Michel Boulard, aujourd’hui il est devenu difficile de trouver Chez les Grecs à la vente. Mais en fouillant un peu vous le trouverez en occase à droite à gauche. Jetez-vous dessus, faut lire ça, c’est du tout bon. Moi il m’a fait rire aux larmes, et serré le cœur à un moment du roman où le tragique l’emporte sur le sourire. C’est rempli de gros mots c’est vrai. C’est un peu trash parfois, c’est vrai aussi. Mais c’est surtout d’une infinie tendresse.

* Son premier roman, Sauf ma Mère, est déjà une perle dont j’avais parlé ici il y a longtemps et qui mérite largement son lot d’éloges***.

** Après, accordons-nous pour considérer que la notion de « beau » peut varier d’une personne à l’autre hein.

*** J’ai volontairement évité de relire l’article que j’y avais consacré voici déjà 6 ans, pour écrire celui-ci sans être influencé par ce que j’avais déjà pu dire de cet auteur. Et maintenant que j’ai relu mon ancien article, je suis agréablement surpris de constater que la plupart de ce que j’ai écrit sur Sauf ma Mère sont des qualités qu’on retrouve avec autant de force dans Chez les Grecs. J’avais oublié que le personnage du premier roman partageait le patronyme de Boulard avec celui du présent roman, je remarque aussi que sa femme se prénomme Jocelyne, la parenté avec la Josiane de Michel est assez évidente également… Visiblement, Serge Le Vaillant n’en avait pas encore tout à fait fini avec ses personnages féminins, ou plus certainement, avec celles qui les lui ont inspirées...

 

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19 juin 2018 2 19 /06 /juin /2018 13:54

Hier débutaient les épreuves du Baccalauréat 2018, avec comme le veut la tradition l’épreuve de philosophie.

Bon franchement, c’était pas compliqué. La preuve, je vous propose les corrigés ; il m’a fallu à peine une dizaine de minutes pour répondre à toutes les questions des différents sujets. Je trouve que le niveau général baisse, pas vous ? ;-)

 

 

Série S

 

Le désir est-il la marque de notre imperfection ?

 

Non, c’est la marque de notre incomplétion.

 

 

Éprouver l’injustice, est-ce nécessaire pour savoir ce qui est juste ?

 

Non, c’est nécessaire pour savoir ce qu’est le ressentiment.

 

 

Série L

 

La culture nous rend-elle plus humain ?

 

Oui, assurément, à condition de comprendre ce qu’elle dévoile de l’Homme.

 

 

Peut-on renoncer à la vérité ?

 

Évidemment, il suffit de choisir Une vérité. Cela s’appelle les certitudes, les œillères, la religion.

 

 

Série ES

 

Toute vérité est-elle définitive ?

 

Oui, jusqu’à preuve du contraire.

 

 

Peut-on être insensible à l’art ?

 

Oui c’est très facile, il suffit d’écouter Maître Gim’s et de regarder les Ch’tis vs les Marseillais.

 

 

Série Techno

 

Qu’est-ce qui peut faire obstacle à mon bonheur ?

 

Le bonheur d’un plus fort que moi.

 

 

Quel besoin avons-nous de chercher la vérité ?

 

Parce qu’on croit naïvement que trouver une réponse nous dispensera de continuer à nous poser des questions.

 

 

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