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Attention !

Avant de lire les notes que je fais sur les films que je vois et les bd que je lis, sachez que dans mes commentaires il m'arrive parfois de dévoiler les histoires et les intrigues. Ceci dit pour les comics, je n'en parle que quelques mois après leur publication, ce qui laisse le temps de les lire avant de lire mes chroniques.
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2 juillet 2018 1 02 /07 /juillet /2018 09:27

Ce roman, L’Attrape-Cœurs de Jerome David Salinger fait partie de ces œuvres cultes qui hantent la culture populaire et qui fait qu’on se trouve toujours un peu con de ne pas l’avoir lu alors que tout le monde autour de soi semble l’avoir fait.

Par chance, contrairement à des pavés littéraires tels Le Seigneur des Anneaux dont la qualité pourrait presque être mesurée au poids, le roman de Salinger est court, et donc bien plus facile et rapide à lire. C’est pourquoi je me suis donc décidé à combler l’une de mes nombreuses lacunes culturelles en me jetant à l’abordage de ce bouquin.

 

D’abord un mot rapide sur le sujet du livre. Dans L’Attrape-Cœurs on suit les pérégrinations d’un jeune homme, mi-rebelle mi-moralisateur, qui du haut de ses seize ans donne son avis sur à peu près tout ce qui l’entoure, et en particulier sur les sujets qui l’intéressent le plus, à savoir la littérature, la musique et les filles. Holden Caulfield vient de se faire renvoyer de son école. C’est donc clope au bec que le jeune homme va errer, seul à New-York, pendant trois jours avant de rentrer chez lui.

 

Voilà, je préfère faire court, le roman l’étant lui-même, pour ne pas trop en raconter. Parce que faut bien le dire, il ne s’y passe pas tant de choses que ça non plus dans ce roman, donc autant en laisser un peu à découvrir si vous comptez le lire prochainement. À vrai dire j’ai eu un peu de mal à me faire à ce personnage qui sort des sentiers battus. Qui est bourré de contradictions aussi. Avant tout je replace le livre dans son contexte d’origine : sorti en 1951 aux États-Unis et premier roman d’un auteur qui ne signera quasiment plus rien d’autre (en tout cas de notable) par la suite, L’Attrape-Cœurs va acquérir une aura d’œuvre culte auprès de la jeunesse car précisément il sera l’un des tout premiers à s’adresser à elle en adoptant le point de vue d’un adolescent moderne qui use d’un langage familier.

C’est peut-être là que le bât blesse, car de moderne il n’a plus rien du tout quand on le lit aujourd’hui. Que ce soit ses préoccupations, son langage (qui se veut transgressif, et qui l’était bel et bien à l’époque) ou son comportement, je crains que peu de mômes actuels du même âge ne se retrouvent en lui. Vu de notre XXIème siècle ultra-connecté, Holden Caulfield renvoie à une image surannée de l’Amérique d’après-guerre. Il a ce charme désuet d’une époque ou prononcer, et encore bien pire : écrire, un mot ordurier était le chantre de la rébellion. Aujourd’hui si un « fuck » ne vient pas, au minimum, ponctuer chaque fin de phrase, on passe pour un mec au langage châtié. Constatez par vous-même le gouffre qui s’est installé entre la notion de rebelle en 1951 et celle qu’on lui donne de nos jours (du reste, voilà de quoi réfléchir et disserter pendant quelques heures : c’est quoi être rebelle de nos jours ?).

Alors pour replonger dans une ambiance rétro (je n’ai pas dit ringarde notez bien) ce roman peut avoir un certain charme. Cela dit, dans ce domaine je lui préfère du coup un roman de Joe Fante, plus immersif et moins moralisateur à mon goût. Ou pour élargir les supports, je ne peux que conseiller la sublime série Mad Men, insurclassable en ce qui concerne l’ambiance rétro (dans Mad Men on est justement spectateurs des 60’s, décennie charnière durant laquelle l’art de vivre des 50’s disparaît peu à peu pour laisser place à celui des 70’s, rénovateur, libérateur et jouisseur).

 

Mais pour en revenir à la morale que j’évoquais plus haut, il me semble que malgré toute la réputation de rebelle qu’a Holden Caulfield dans l’imaginaire populaire, avant tout entretenue selon moi par une censure qui s’est acharnée pendant des années sur ce roman, il ne l’est en réalité pas tant que ça. Loin de là même. Certes je l’ai dit, dans son expression et par son langage, il sortait des rails de la bienséance, cela ne fait aucun doute. C’est très certainement ce qui lui a valu cette réputation sulfureuse. Mais dans les idées, c’est tout autre chose je trouve. Caulfield, par bien des aspects et à plusieurs moments, est plutôt à ranger parmi les conservateurs, les réactionnaires, ou à tout le moins les moralisateurs. L’exemple qui illustre le mieux cela, est je pense l’image qu’a le garçon des femmes. Que ce soit son amie d’enfance pour laquelle il a de tendres pensées, sa petite sœur Phoebe, ou encore la prostituée avec laquelle il monte dans sa chambre, à chaque fois il offre une image très rétrograde et conservatrice de la femme dans la société, et plus encore des rapports entre hommes et femmes. C’est pour moi en parfait décalage avec l’image de jeune pousse qui se rebelle contre l’ordre en place, et qu’on prête si volontiers au personnage. Se rebeller et faire la morale en même temps, voilà un grand écart singulier qui m’aura gêné pendant cette lecture...

Alors que JD Salinger avait si bien su capter les préoccupations et surtout les façons de s’exprimer des jeunes de son époque, dans les pensées de son personnage, ce sont surtout les pensées d’un homme adulte de son temps (Salinger avait 32 ans au moment de la parution de son roman) que l’on reconnaît.

 

Vous l’aurez compris, ce roman ne m’a pas fait l’effet attendu. Sans le considérer mauvais pour autant, j’ai été plutôt content qu’il ne soit pas trop long, ma lecture s’en est trouvé facilitée. Je peux comprendre sur un certain plan que ce livre ait pu fasciner, surtout quand on se replace dans le contexte de l’époque de sa parution. Qu’il ait gardé cette aura subversive par la suite, et encore aujourd’hui, m’étonne cependant. Il y a tant d’œuvres bien plus importantes (selon moi) et surtout bien plus subversives (toujours selon moi) qui ont paru au cours de ces cinquante dernières années que celle-ci me semble un peu usurper sa réputation.

 

Et pour finir, juste un petit mot pour démontrer une fois de plus que tout mène toujours d’une manière ou d’une autre aux comics… quel rapport entre JD Salinger et les comics me demandez-vous ? Eh bien figurez-vous que son fils se nomme Matt Salinger, et que Matt Salinger a été en 1990, la première incarnation au cinéma de Steve Rogers. Qui est Steve Rogers ? Ben Captain America bien évidemment !

 

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25 juin 2018 1 25 /06 /juin /2018 08:47

Histoire d’une romance…

 

Il y a quelque temps de cela, un soir en récupérant Tom au périscolaire, l’une des monitrices vient me voir pour me parler de la journée de Tom. C’est Julie, une petite brunette, la vingtaine à tout casser, toujours très souriante. Je crois bien que c’est sa première année. Julie donc, s’approche pendant que j’aide mon loulou à se chausser et que je vérifie la présence de son doudou ornitho* dans son sac. Elle m’aborde presque un peu gênée, l’air de pas trop savoir comment se lancer.

 

Elle commence donc par me dire que depuis la rentrée en septembre, Tom ne lui avait jamais accordé la moindre attention. Pourtant Tommy est du genre (trèèèèès) bavard et plutôt sociable. Mais parmi toutes les filles de l’accueil périscolaire, Julie était la seule à qui Tom n’adressait ostensiblement pas la parole. Pas un mot, même pas une mono-syllabe, nada. Aucun problème avec Virginie (déjà la préférée de Nathan en son temps) ou Marie par exemple, qui étaient devenues rapidement ses grandes copines. Mais pas Julie. Pendant tout le premier trimestre, il l’avait purement et simplement ignorée. Au point même que la pauvre Julie s’était demandée si elle était à l’origine de ce comportement, si elle avait fait quelque chose de mal sans s’en rendre compte.

 

Et puis me dit-elle, ce jour de janvier, Tom s’est approchée d’elle, ce qui l’a tout d’abord surprise. Et le plus naturellement du monde, il lui a dit « Julie, tu es belle ». Glace rompue instantanément. Que dis-je : glace vaporisée !** Julie et Tom sont donc devenus au cours de cette journée inséparables, et elle a pu se rendre compte par elle-même à quel point Tom est tout sauf muet.

Ça m’a fait sourire, parce que ça se sentait à sa façon de me le raconter, à quel point Julie était touchée par ce renversement de situation.

 

Depuis, tous les jours quand je cherche Tom au périscolaire, je le trouve en train de jouer, dessiner, se déguiser, raconter une histoire ou chanter, mais toujours en compagnie de Julie. Et ce n’est rien de le dire qu’elle l’a à la bonne. Quand il y a des petits bonbons ou des madeleines à distribuer aux enfants en guise de friandises, Tom a toujours droit à un peu de rab de la part de Julie… Comme il est un fan inconditionnel de super-héros et qu’avec elle, Tom peut tenir de longues discussions passionnées à leur sujet, elle lui trouve sans cesse sur internet de nouveaux coloriages de super-héros à faire, qu’elle lui réserve tout particulièrement. Et il a toujours un petit « salut ! » spécial à son égard au moment de partir et de dire aurevoir…

 

Amusé par la relation spéciale qui s’est tissée entre ces deux-là, j’en ai parlé avec Tom dans la voiture. Entre hommes. Je lui ai demandé si c’est vrai qu’il trouve Julie belle. Il m’a répondu « oui, mais elle est aussi drôle et intelligente ! ».

Il venait d’avoir 4 ans. Et il avait déjà tout compris aux nanas et à la manière de se les mettre dans la poche. Easy.

 

 

* un ornithorynque en peluche revenu d’Australie avec moi il y a un an…

** pour être scientifiquement exact, il conviendrait d’ailleurs de parler ici de sublimation !

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21 juin 2018 4 21 /06 /juin /2018 08:52

Le titre de ce roman est à lui seul tout un programme. Chez les Grecs. Vous voyez ce que je veux dire ? Oui ? Eh bien vous avez raison, c’est exactement ça. Et bien plus encore que vous ne l’imaginez.

 

Avec son second roman, Serge Le Vaillant*, producteur et ex-animateur de radio à France Inter, nous emmène dans le sillage de son anti-héros gouailleur. Je sais que ce qualificatif d’anti-héros est utilisé sans arrêt et servi à toutes les sauces, mais là, croyez-moi, on tient le champion du monde toutes catégories confondues, le loser ultime, l’aimant à cons et à emmerdes. Personne ne peut défier Michel Boulard (rien que son patronyme suffit déjà à distancer la majorité de ses concurrents) dans un concours de loose. Même le plus poissard des grands blonds avec une chaussure noire devra se rendre à l’évidence : à côté de lui, tout le monde peut se considérer comme bienheureux.

 

Alors voilà, on débute ce roman en faisant connaissance avec Michel. Cinquante balais et des brouettes, à la colle avec Josiane Poilbout, de quatorze ans sa cadette, comédienne en éternel devenir, artiste pleurnicheuse dans l’âme, et surtout casse-couille notoire. « Elle avait un beau cul mais guère de pulpe dans le citron ». Le constat est parfaitement fidèle à la réalité, Michel n’est pas né de la dernière pluie, il le sait bien. Mais voilà, il l’aime sa Josy. Comme un fou, comme un soldat… ou plutôt comme dans une chanson de Frédéric François, dont il a été fan dans sa jeunesse provinciale et qu’il n’a jamais renié depuis. Non, Michel n’a pas forcément toujours bon goût, surtout en matière musicale. Il a quand même connu une période où il s’est approché de son rêve, devenir une star du showbiz, après avoir connu quelques succès locaux en tant que Michael Winter. Il était monté sur Paris, tenter sa chance, se lancer dans le grand bain, caresser l’espoir... Il a été reçu.

Enfin bref, Michel Boulard, prolo sans grande ambition ni plus aucune illusion sur le monde, avait cru qu’une seconde chance dans la vie lui était offerte quand il avait rencontré Josiane. En plus elle voulait un enfant de lui. Jusqu’à cette fichue veille de Noël, quand elle lui a demandé de se déguiser en Père Noël pour amuser sa petite nièce Madison. Et comme la location du costume lui avait coûté bonbon, elle s’est mise en tête de la rentabiliser en allant visiter quelques autres familles de sa connaissance dans la soirée. C’est là que ça a dérapé. Mais bien comme il faut.

 

Je n’en dis pas plus parce que chaque page de ce roman est exceptionnelle. Et mieux vaut ne pas trop en savoir pour le savourer pleinement. C’est écrit avec une verve, une fluidité, une fraîcheur à faire pleurer tant c’est beau**. C’est simple, je crois qu’il n’y a pas une seule page qui ne m’ait pas donné envie de prendre des notes pour en faire une citation dans cet article. Bon attention quand même, c’est pas du Balzac ni du Proust, c’est du Michel Boulard. Oui parce que c’est lui qui écrit, en fait on lit ses mémoires, ou plus exactement son journal (il y raconte ce qui lui arrive tout en s’autorisant de larges flashbacks qui lui permettent de retracer toute sa vie), qu’il rédige pour deux raisons : d’abord parce qu’il aime bien écrire, ensuite parce que c’est ce qui l’aide à tenir le coup dans l’adversité.

 

Faut dire que l’adversité, ben elle est balèze. Il y a du monde qui se bouscule au portillon au départ de la course à celui qui réussira à le faire le plus chier ce pauvre Michel. Que ce soit son patron ou la bande de cons de compétition qui forme sa belle-famille, les concurrents rivalisent d’ingéniosité et de talent. Déjà tout petit, ses parents n’avaient pas été de ceux dont on peut rêver pour vivre une enfance heureuse. Mais faut être honnête, celle qui détient le pompon, ça reste cette connasse de Josiane. Parfois il se demande ce qui le retient de se barrer ou de lui en coller une : ah ben oui, c’est vrai, il l’aime. Profondément, passionnément. Il est prêt à tout lui passer tant il l’aime, et au fond de lui il le sait bien que ça fait de lui le plus grand con des deux.

 

On pourrait dire de ce livre que c’est une longue descente aux enfers pour son personnage principal. À ceci près que deux choses :

1. c’est tellement bien écrit que c’est d’une drôlerie irrésistible, ce qui, on l’admettra aisément, est plutôt inattendu comme ton pour une descente aux enfers « classique »,

et 2. on ne peut pas vraiment parler de descente, puisqu’on comprendra au fur et à mesure de ce roman / journal / confession que pour Michel ce n’est qu’une longue et ininterrompue suite d’événements juste aussi merdiques les uns que les autres. L’enfer, pour ainsi dire, il n’y est pas descendu, il y est plutôt né et y a vécu toute sa vie.

 

Enfin… peut-être pas vraiment toute sa vie. Il y a eu un moment, une parenthèse enchantée et une lumière étincelante au milieu de son existence faite de grisaille et de couleuvres à avaler tout rond. Un moment dans sa vie certes, mais qui ne le quittera plus jamais.

C’est je crois d’ailleurs, sans vouloir en dévoiler la teneur, ce qui est vraiment le plus réussi dans ce bouquin, que par ailleurs je trouve génial du début à la fin. Ce mélange d’humour dévastateur, de regard froid et sans concession sur l’existence, de déveine improbable et d’une profonde nostalgie, est la marque d’un amour sans équivalent, d’une profondeur d’âme incroyable, d’une douleur et d’une douceur indécelable d’un simple coup d’œil.

 

Évidemment ce roman est d’une drôlerie incroyable, du genre à vous faire vous bidonner en douce à chaque page, quitte à passer pour un imbécile heureux aux yeux de ceux qui sont assis à côté de vous et ne savent pas pourquoi vous êtes tout seul comme un con à votre table de café, hilare. Mais ne vous y trompez pas, l’humour sans borne que déploie le narrateur (et à travers lui bien sûr l’auteur) est juste indispensable. Sans cet humour, vous ne pourriez pas lire le quart du dixième de cette histoire sans aller vous pendre. Et puis il a une seconde utilité nécessité : il rend l’ensemble encore plus féroce. Car l’humour ici est autant une arme défensive qu’un adoucisseur de saloperies. Et il n’y a rien de pire, ou rien de mieux c’est selon, que de parvenir à faire rire avec des choses horribles. Quand je dis que l’humour est féroce, ce n’est pas tant par lui-même qu’il revêt cette particularité, c’est parce qu’il révèle la vie sous son vrai jour. Implacable. Imparable. Injuste.

 

D’ailleurs c’est à noter, le narrateur le dit très clairement : il est athée jusqu’au bout des ongles, les bondieuseries et autres croyances de grenouilles de bénitier, le font au mieux chier, au pire gerber. « Notre père qui es aux cieux, sois le vraiment, bordel de merde ! […] Dieu qui permettrait des guerres en son nom, les enfants handicapés et malades, les gosses crevant de misère et qui m’en voudrait beaucoup d’avoir maté, avec concupiscence, l’épouse du voisin ou parce que je ne porterais pas la coiffe bigouden. Foutaises. »

Car c’est bien le minimum quand on s’en prend plein la tronche à ce point-là. De ne pas croire en Dieu. Parce que si Dieu existe, alors ce serait un sacré enfoiré de vicelard sadique pour imaginer et réserver une telle avalanche de merde à un pauvre type qui n’en demandait pas tant. Pire encore, si Michel avait été bouddhiste : il aurait alors su sans la moindre ombre d’un doute qu’il avait dû être une ordure de première classe dans une vie antérieure pour mériter tout ce qui lui arrive.

Non vraiment, il valait mieux être athée pour Michel je crois. D’autant qu’au moins, hormis ses goûts musicaux, ça prouve que le bonhomme est posé, et doté d’un solide bon sens.

 

« J’ai trop idéalisé ce que je croyais être la plus grande merveille de l’univers connu : une bonne femme.

J’ai pourtant des goûts simples. Je ne sais rien de plus émouvant qu’une dame, les cheveux en vrac et mouillés, qui observe sa métamorphose au salon de coiffure. Une demoiselle qui bronze bottomless sous les regards fuyants de vacanciers hypocrites. N’importe quelle forme de fesses dans des jeans. La tendresse de la chair à l’intérieur d’un poignet. L’arche des cuisses, en ombre chinoise, sous une blouse blanche. Les cernes et le piercing de la petite caissière gothique à Super U. Le décolleté abyssal de la bourgeoise qui prenait ses commissions dans le caddie. Les pieds nus sur le tableau de bord de la voiture qui me double. Le duvet doré sur les mollets. Le bourrelet par-dessus la ceinture. Une femme nue qui se maquille. La variété infinie des grains de peau. Les tétons qui pointent leur relief sous un vêtement. Le sourire de la veuve retraitée qui se fait courtiser encore. La queue de souris glissée dans la raie. Le bouton d’acné sur l’épaule. Les cratères de cellulite et les dents du bonheur. Si une femme m’avait permis de l’aimer, il n’y aurait eu qu’elle dans ma perspective et pour le temps que le hasard m’accorde. Pour elle, j’aurais été contemplatif et actif à sa mesure. Mettant en berne mes phantasmes égoïstes pour mieux être à l’écoute de ses désirs sans négliger ses besoins. J’aurais été le meilleur amant, du verbe aimer et du monde, sans chercher à le faire savoir. Je suis Michel Boulard. Vieux célibataire à la ramasse. Régulièrement enculé sans jamais avoir pratiqué la sodomie, même quand certaines demoiselles le réclamaient. »

 

Il ne se raconte pas d’histoire le Michel. Il sait qui il est, il a conscience de sa condition. Et pourtant il continue, il s’obstine à voir du positif, même en transparence sur un fond si gris et morne. Il pense que c’est encore possible de s’en sortir, d’améliorer un peu son sort. Lucide mais résistant. Je crois que c’est pour cela que j’ai tant aimé ce personnage qui n’a pourtant pas grand-chose de glamour en lui (si ce n’est son talent pour mettre en prose ses mésaventures). Parce qu’il se dégage de ce personnage de papier une profonde humanité, des valeurs parfois un peu vieillottes, une culture datée mais touchante, des sentiments bruts de décoffrage mais sincères et authentiques.

 

« Fais du bien à ton voisin, il te crèvera un oeil. J'ignore encore pourquoi, sinon je me soignerais, mais j'attire les cons et les emmerdements depuis toujours. Les derniers en date valent leur pesant de paupiettes et doivent être évacués sinon je vais tourner vraiment cinglé.
Mon identité varie selon les circonstances. Mon père m'appelait Michou, ma mère Mimi ou Mimiche. Pour quelques voisins, je suis Michel. Pour d'autres Monsieur Boulard. Cher ami quand le banquier me sert la main, jeune homme auprès de cet insolite de Norbert-Boucherie de Confiance quand j'entre dans sa boutique. Connard, enculé, pour certains automobilistes. Mon patron me disait : Hé !… Quand j'étais ado, j'étais surnommé Boule, Bouboule par les copains. Lorsque j'essayais de faire le chanteur, j'avais pris Michaël Winter comme pseudo. Au régiment, j'étais bleu-bite, soldat puis caporal Boulard. De plus en plus souvent, on m'appelle l'ancien. Pour les femmes que j'ai connues : mon chéri, abruti, mon amour, gros con, darling, canard, salaud en pleurant ou Michel en hurlant et inversement. Te v'là ! quand je débarquais au Bar des Amis. J'ai été, tour à tour, mon enfant, matricule, cher abonné, élève, chef, le soussigné, mon fils, mon gendre, espèce de crétin, trou du cul, cher client, frère. C'était toujours moi, puisque je me suis reconnu.
 »

 

D’aucuns pourraient le trouver parfois naïf, d’autre fois un peu con (dans le sens « trop bon trop con »), parfois encore misogyne ou vieux con quand il se laisse aller dans une petite saillie sur les moukères qui l’auront fait chier toute sa vie ou qu’il nous sert son opinion sur la jeunesse d’aujourd’hui et les lobotomisés de facebook. Mais en réalité, Michel est un bon gars. Imparfait certes, mais un bon gars. Moi-même par moment je lui aurais volontiers envoyé une baffe pour qu’il ouvre les yeux et arrête de se laisser mener par le bout du nez « J’estimais pourtant avoir passé l’âge de me mettre au garde-à-vous devant une paire de nichons. Une fois encore, mon bon cœur m’a perdu. »

Michel c’est un peu le Jef de la chanson de Brel, avec qui on a envie de boire un peu de vin de Moselle pour lui remonter le moral parce qu’une trois quarts putain lui a claqué dans les mains. Un type honnête et simple qui fait comme il peut avec ce qu’il a. Un mec qui combat sa tristesse, sa solitude et les cons qui se liguent contre lui. Et qui admet parfois en faire partie. Un gars avec qui je pourrais sans problème être pote.

 

Comble de malheur pour Michel Boulard, aujourd’hui il est devenu difficile de trouver Chez les Grecs à la vente. Mais en fouillant un peu vous le trouverez en occase à droite à gauche. Jetez-vous dessus, faut lire ça, c’est du tout bon. Moi il m’a fait rire aux larmes, et serré le cœur à un moment du roman où le tragique l’emporte sur le sourire. C’est rempli de gros mots c’est vrai. C’est un peu trash parfois, c’est vrai aussi. Mais c’est surtout d’une infinie tendresse.

* Son premier roman, Sauf ma Mère, est déjà une perle dont j’avais parlé ici il y a longtemps et qui mérite largement son lot d’éloges***.

** Après, accordons-nous pour considérer que la notion de « beau » peut varier d’une personne à l’autre hein.

*** J’ai volontairement évité de relire l’article que j’y avais consacré voici déjà 6 ans, pour écrire celui-ci sans être influencé par ce que j’avais déjà pu dire de cet auteur. Et maintenant que j’ai relu mon ancien article, je suis agréablement surpris de constater que la plupart de ce que j’ai écrit sur Sauf ma Mère sont des qualités qu’on retrouve avec autant de force dans Chez les Grecs. J’avais oublié que le personnage du premier roman partageait le patronyme de Boulard avec celui du présent roman, je remarque aussi que sa femme se prénomme Jocelyne, la parenté avec la Josiane de Michel est assez évidente également… Visiblement, Serge Le Vaillant n’en avait pas encore tout à fait fini avec ses personnages féminins, ou plus certainement, avec celles qui les lui ont inspirées...

 

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19 juin 2018 2 19 /06 /juin /2018 13:54

Hier débutaient les épreuves du Baccalauréat 2018, avec comme le veut la tradition l’épreuve de philosophie.

Bon franchement, c’était pas compliqué. La preuve, je vous propose les corrigés ; il m’a fallu à peine une dizaine de minutes pour répondre à toutes les questions des différents sujets. Je trouve que le niveau général baisse, pas vous ? ;-)

 

 

Série S

 

Le désir est-il la marque de notre imperfection ?

 

Non, c’est la marque de notre incomplétion.

 

 

Éprouver l’injustice, est-ce nécessaire pour savoir ce qui est juste ?

 

Non, c’est nécessaire pour savoir ce qu’est le ressentiment.

 

 

Série L

 

La culture nous rend-elle plus humain ?

 

Oui, assurément, à condition de comprendre ce qu’elle dévoile de l’Homme.

 

 

Peut-on renoncer à la vérité ?

 

Évidemment, il suffit de choisir Une vérité. Cela s’appelle les certitudes, les œillères, la religion.

 

 

Série ES

 

Toute vérité est-elle définitive ?

 

Oui, jusqu’à preuve du contraire.

 

 

Peut-on être insensible à l’art ?

 

Oui c’est très facile, il suffit d’écouter Maître Gim’s et de regarder les Ch’tis vs les Marseillais.

 

 

Série Techno

 

Qu’est-ce qui peut faire obstacle à mon bonheur ?

 

Le bonheur d’un plus fort que moi.

 

 

Quel besoin avons-nous de chercher la vérité ?

 

Parce qu’on croit naïvement que trouver une réponse nous dispensera de continuer à nous poser des questions.

 

 

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18 juin 2018 1 18 /06 /juin /2018 08:31

 

« Je suis jaloux : Bill Goldman a remporté deux oscars. Moi, aucun. Mais je suis sûr que Bill Goldman est jaloux du fait que j’ai couché avec Sharon Stone. »

 

Joe Eszterhas, scénariste de Basic Instinct, envié par une génération entière d’hommes.

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14 juin 2018 4 14 /06 /juin /2018 08:22

J’aime les hommes en collants.

Je parle des super-héros, hein.

Alors forcément, ce livre était fait pour moi.

 

On est en 2005. Les super-héros sont passés de mode. La plupart d’entre eux ont disparu ou se sont peopolisés (argh, quel mot dégueulasse à écrire, d’ailleurs mon correcteur orthographique se rebiffe !), et leurs corps vieillissants ne sont plus ce qu’ils étaient. Finie la toute puissance. Robin a été retrouvé mort il y a quelques temps, et voici que Reed Richards (alias Mr Fantastic) et Raven Darkholme (alias Mystique) reçoivent à leur tour des lettres de menaces leur prédisant un funeste destin. C’est l’inspecteur Dennis La Villa qui est chargé de l’enquête tandis que son frère Bruce La Villa, journaliste, investigue de son côté.

Qui peut bien en vouloir à ces anciennes gloires dépassées depuis bien longtemps ?

 

Voilà pour le pitch en version raccourcie. Le roman quant à lui dépasse allègrement les 500 pages, vous en aurez donc pour un peu plus long à lire que ce court résumé.

Alors évidemment pour commencer on ne peut pas s’empêcher de penser à la situation de départ d’un monument des comics, si ce n’est l’œuvre qui à elle seule leur a offert gravité et respectabilité, l’immense Watchmen d’Alan Moore et Dave Gibbons. Des super-héros à la retraite (un peu moins défraîchis dans Watchmen quand même) et quelqu’un qui les dessoude un à un. Et l’aspect super-héros vieillissants, ça aussi ça a déjà été maintes fois traité, et de bien belle manière dans par exemple le Batman : Dark Knight de Frank Miller ou le Kingdom Come de Mark Waid et Alex Ross. Rien de follement original donc pour quiconque s’intéresse un tant soit peu aux comics super-héroïques.

 

Pour être honnête, ça n’est pas l’aspect « enquête policière » qui m’a le plus plu ni convaincu dans ce roman. On a vu plus haletant et mieux ficelé ailleurs. Non ce qui m’a plus intéressé c’est la plongée dans la psychologie des personnages ici concernés par l’enquête. À savoir Mr Fantastic, Mystique et Batman (puis dans un dernier chapitre, plus bref, Superman).

Ne vous attendez pas un seul instant à lire du comics en roman, on est loin du compte. Si une telle expérience vous tente, je vous orienterais plutôt vers Un jour, je serai invincible de Austin Grossman. Non avec La vie sexuelle des super-héros, l’auteur italien Marco Mancassola propose une véritable œuvre romanesque dont finalement seuls les protagonistes sont empruntés au monde des comics, mais replacés dans notre univers, dans la vie de tous les jours, avec les préoccupations de tout un chacun. D’ailleurs la caractérisation de certains personnages ne respecte pas forcément la version dessinée des héros d’origine. On est là quelque part à mi-chemin entre l’adaptation et le détournement. Bien entendu les personnages sont suffisamment reconnaissables pour qu’on les situe sans peine au premier coup d’œil, mais ils n’en restent pas moins des êtres que l’auteur s’approprie pour les modeler à sa façon et nous en offrir sa vision déformée. Les fans inconditionnels, les aficionados purs et durs des super-héros des comics y trouveront bon nombre d’incohérences, de manques à la continuité voire même de trahisons dans l’esprit des personnages. Moi ça ne m’a pas dérangé outre mesure, il faut juste savoir ce qu’on lit et ne pas confondre les différents univers et les règles qui les régissent. On peut bien entendu garder des préférences pour un univers en particulier sans être intégriste pour autant et accepter ainsi de voir ce qu’on aime et connaît par cœur détourné, modifié, retraduit différemment. Et ensuite seulement se permettre de jauger. J’ai lu pas mal de critiques très dures et qui descendent le roman en flèche pour des raisons qui me semblent être complètement à côté de la plaque. Parce que par exemple dans la partie consacrée à Reed Richards il est fait mention de Sue Storm-Richards (alias l’Invisible) et de Ben Grimm (alias la Chose) mais jamais de Johnny Storm (alias la Torche) alors qu’il est le quatrième membre des fameux Quatre Fantastiques. Que des héros de DC côtoient des personnages Marvel en a gêné certains. Que Superman se serve d’une canne pour marcher n’est pas passé non plus. Que Mystique dise ne pas croire au destin a offusqué certains fans, alors que dans les comics sa plus proche amie est une médium aveugle du nom de Destinée… Bref j’ai lu pas mal de critiques de ce type qui à mon sens n’ont pas lieu d’être. Pas dans le contexte de ce roman. Je les aurais comprises dans le contexte des comics qui sont soumis à des règles de cohérence et de continuité qui leur sont propres, mais pas dans le cas du roman de Marco Mancassola où l’on est justement libéré de ce type de contingences souvent lourdes. Reproches puérils et totalement hors-sujets à mon avis.

 

Si des reproches il y a à faire, ils seront plutôt à chercher du côté de ce qui fait fonctionner ou non un roman en tant que tel. Par exemple j’ai trouvé qu’il y a un certain déséquilibre entre les différents chapitres du roman qui ne se justifie pas réellement narrativement parlant. J’ai aimé le chapitre consacré à Mr Fantastic car je l’ai trouvé intéressant, mais il est selon moi trop long (à moins que ce soit en clin d’œil à sa capacité de s’étirer à l’infini ?), en regard surtout des chapitres consacrés aux autres personnages. L’enquête quant à elle, j’en ai déjà touché un mot, laisse un peu sur sa faim le lecteur. Ça manque de liant, ça manque de finalité, ça manque de suspense digne de ce nom.

On ne l'appelle pas Mister Fantastic pour rien non plus...

Quant aux frasques sexuelles, sans être dans un roman érotique on a droit à quelques pratiques qu’on nous décrit bien en détails. En même temps c’est quand même annoncé clairement dans le titre, on ne va donc pas faire la vierge effarouchée. D’autant que beaucoup n’auront certainement pas été seulement attirés par le « Super-Héros » du titre hein. Le choix des personnages s’avérera donc un judicieux mixe entre notoriété des héros (nul besoin de présenter Superman ou Batman aux lecteurs, ils sont devenus des icônes suffisamment populaires pour que cela ne soit plus nécessaire) et capacités physiques qui se prêtent justement bien à quelques perversités sexuelles. Vous vous doutez bien que Mr Fantastic qui peut allonger et distendre la moindre parcelle de son corps est un sacré bon client pour les fantaisies sexuelles de l’auteur. Et que dire de Mystique qui est à elle seule une incroyable machine à fantasmes : coucher avec elle c’est coucher avec virtuellement n’importe qui au monde, puisqu’elle pourra aussi bien prendre l’apparence de George Clooney, Natascha McElhone, Marilyn Monroe ou Passe-Partout… Quant à Batounet, avec tout l’encre qui a déjà coulé pour analyser en long, en large et en travers ses relations avec les différents jeunes garçons qui se sont succédé sous le costume de Robin, il était évidemment un choix de première pour illustrer les travers sexuels des encapés. Bon de là à en faire un grand adepte du fist-fucking, j’avoue que je ne m’y attendais pas, mais Marco Mancassola s’est visiblement fait plaisir à détourner l’image du Dark Knight dans son cas précis.

M’enfin bon, l’un dans l’autre (si j’ose dire), pas de quoi être outrancièrement choqué non plus. Parce que sinon je vous déconseille fortement des ouvrages comme The Boys de Garth Ennis et Darrick Robertson ou encore Sticky Pants des frenchy Tony Emeriau et Xav, vous pourriez ne pas vous en remettre du tout. (moi au contraire j’ai adoré, je recommande chaudement ces ouvrages à tous ceux qui ne fuient pas à l’énoncé des termes bites, nichons et couilles)(vous l’aurez sans doute remarqué, je travaille d’arrache-pied à mon recensement gougueule en utilisant quelques termes bien choisis)

Batman, un type obsédé par la justice, mais pas que.

Finalement à bien y repenser, La vie sexuelle des super-héros ne m’aura pas tant laissé le souvenir d’un roman trop excessivement porté sur la chose, ni d’ailleurs d’une formidable enquête au suspense insoutenable. S’il m’est resté en mémoire c’est plutôt par la description d’un monde désenchanté, la déchéance d’ancienne gloires, la mélancolie d’un temps plus heureux, plus naïf mais définitivement révolu. Il plane sur le roman une certaine tristesse qui ne dit pas son nom.

En cela il est l’illustration qu’aussi bien les héros de papier pour enfants que les lecteurs que nous fûmes et restons, personne n’échappe à la patine du temps. Que l’évolution est synonyme de changement, et que grandir c’est aussi laisser une part de soi derrière nous...

 

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11 juin 2018 1 11 /06 /juin /2018 11:56

J’ai adoré.

 

Comment ça c’est un peu court comme chronique d’un film ? Pourtant, ça se résume à ça au bout du compte. Bon, ok, je vais tâcher de développer un peu alors. Mais je vous préviens : j’ai adoré.

 

Ding-Ding, grande nouvelle : je suis fan de super-héros. Pour être plus précis, je suis un fan de l’univers Marvel. Parce que j’ai grandi avec. Leur concurrent direct, DC Comics, ne m’a jamais autant attiré, ni jamais autant plu à la lecture. Ce n’est pas un choix délibéré à la base. Gamin je lisais Strange, Titans, Spidey et consorts, tous estampillés Marvel. Parce que c’est ce qui se trouvait le plus facilement chez mon marchand de journaux et sortait avec la meilleure régularité aussi. Si bien que j’ai grandi avec les héros Marvel et que j’en lis depuis environ 8-9 ans. Pardon, depuis mes 8-9ans, ce qui fait, allez arrondissons, 35 ans de lecture. Sachant que la plupart des comics Marvel ont une périodicité de parution mensuelle, et que j’ai lu à peu près toutes1 les sorties en VF à partir du moment où je suis tombé dedans, ça fait pas mal de pages à l’arrivée. Faudrait que je m’amuse à faire le calcul un jour tiens.

Tiens ? une araignée dans l'espace !

Donc les X-Men, l’Araignée, les Vengeurs, les 4 Fantastiques, Daredevil, Serval, Hulk, Captain Marvel2 et encore tant d’autres, j’ai littéralement grandi avec eux. Et ils ont grandi avec moi aussi, puisque j’ai vu les personnages et les séries évoluer, muter, se transformer, prendre de l’ampleur ou parfois disparaître, jusqu’à devenir aujourd’hui la source d’icônes de la culture de masse par l’intermédiaire du succès des adaptations cinématographiques. Maintenant tout le monde connaît Captain America et Iron Man. Même les Gardiens de la Galaxie sont des stars, alors qu’à la base ce sont d’obscurs troisièmes couteaux de l’univers Marvel papier. Parfois j’ai envie de dire « hey, j’étais là avant, moi ! » à tous ceux qui s’improvisent spécialistes en super-héros parce qu’ils ont vus tous les films Marvel dans l’ordre. Avant c’était plus intime, plus méconnu, plus méprisé aussi d’ailleurs3, mais en même temps plus confortable, plus underground, plus libre comme univers auquel s’intéresser… Dire qu’aujourd’hui avec Avengers : Infinity War, tout le monde sait qui est Thanos, en tant que fan qui a découvert tout ça dans les années 80, je n’en reviens pas.

 

Chhhhhuuuuttt moi aussi je me suis évadé d'un comic book, ne le dites à personne...

Bon je vais doucement ranger ma panoplie de vieux con bougon parce que sinon vous allez croire que je suis du genre à radoter à grands coups de « c’était mieux avant ».

 

Or ce n’est pas le cas. Au contraire je ne boude pas mon plaisir de voir mes héros de papier, ceux qui ont bercé mon enfance, mon adolescence, et ont accompagné toute ma carrière de lecteur de comics, prendre vie sous mes yeux, « pour de vrai » dans des films qui ne sont même pas des dessins animés !! Quand j’ai vu la première fois Logan sortir ses griffes et se bastonner dans un ring (rappelez-vous le premier film X-Men), j’en ai eu des frissons4. Et ce n’est pas une façon de parler, mais bel et bien une réaction physique primaire qui a parcouru tout mon corps. Quand j’ai découvert Spiderman s’élancer au bout de sa toile dans le premier film de Sam Raimi, j’étais comme un môme : émerveillé, excité comme une puce, un grand sourire scotché sur le visage. Et avec Avengers : Infinity War, j’ai eu la même sensation, du genre qui va chercher dans les profondeurs, une réaction presque enfantine, en voyant l’impressionnant Thanos à l’écran. Pas quand il apparaît, pas quand il se bastonne avec tout ce qui porte un costume de super-héros dans l’univers cinématique Marvel, mais à la toute fin du film, un des derniers plans, où il sort de sa cabane, s’assied à terre, contemple le paysage et sourit. Pas d’un sourire de conquérant, ni d’un sourire sardonique de méchant fier de sa vilenie, non, mais d’un sourire de soulagement, de contentement et de contemplation. Un sourire sincère de celui qui a accompli une tâche difficile pour la bonne cause. J’ai vu cette scène toute simple à l’écran, et j’ai revu toutes ces cases de BD où Thanos combat tous les super-héros de la Terre, passe pour un fou furieux, un amoureux de la mort et de la destruction5, et qu’il soit vainqueur ou vaincu, reste toujours profondément seul et incompris. J’ai vu tout ça défiler dans cette scène, j’ai vu l’âme du personnage de papier6 qui a hanté tant de mes comics, mise à nu à l’écran. Et ça m’a fait un effet bœuf.

Des vignettes de BD me reviennent en tête...

C’est pour ça que j’ai adoré ce film. Pas seulement aimé, comme la plupart des autres films de super-héros que je vois régulièrement. Vraiment adoré.

Pour ça et pour plein d’autres choses : des images à couper le souffle, des combats homériques, des scènes d’une majesté incroyable, une profusion de personnages, des émotions qui balaient tout le spectre depuis le plaisir pur jusqu’au désespoir le plus noir, des petites doses d’humour, des idées sympas et novatrices, un rythme haletant, des enjeux puissants. Mais l'immense réussite du film tient avant tout dans le personnage de Thanos qui enterre, et de loin, tous les autres super-vilains qu'on a déjà pu voir un jour à l'écran (et ridiculise encore un peu plus si c'est possible, le Steppenwolf tout minable de la récente JLA).

Et puis également parce que j’ai partagé ça avec mon fils Nathan au cinéma. J’ai des souvenirs très clairs et très forts de films qui m’ont marqué à vie et que j’ai vus au ciné au même âge que lui (E.T. ou les premiers Indiana Jones par exemple !!!), et je me dis que peut-être celui-ci laissera chez lui une trace semblable, durable. Et me dire que ce sera un peu associé à moi en même temps, ça me fait plaisir.

La bataille du Wakanda vue par le Faucon

Alors voilà, j’avoue que c’est un peu léger comme critique de film, parce qu’en fin de compte j’ai très peu parlé du film et beaucoup de moi.

Mais ce n’est pas grave, j’avais surtout envie de causer de ce que ça a éveillé en moi plutôt que de commenter l’histoire, le scénario, les acteurs, les réalisateurs, les effets spéciaux, la musique et que sais-je encore… pour tout ça, vous qui irez le voir vous ferez votre propre opinion, vous êtes grands maintenant ! ;-)

1 « à peu près » j’ai dit hein, je suis cependant encore très loin de prétendre à l’exhaustivité.

2 vous aurez remarqué que j’utilise volontairement les noms de l’époque, aujourd’hui, vu l’ampleur mondiale du phénomène, les noms anglais sont la norme et on parlera donc uniquement de Spiderman, des Avengers, de Wolverine voire même des Fantastic Four

3 non seulement la BD avait déjà plutôt mauvaise image (huhuhu jeux de mots) par rapport à la littérature, mais les comics étaient dévalorisés par rapport à la BD franco-belge (les mangas ont connu le même sort lors de leur émergence par chez nous). Remarquez, je commence à constater actuellement que ce sont les films de super-héros qui acquièrent une réputation de films sans intérêt et sans profondeur, et qu’ils sont de plus en plus souvent brocardés comme du sous-cinéma par les gardiens auto-proclamés du « vrai cinéma ». L’histoire change de médium, mais a tendance à bégayer…

4 la seule autre fois où j’ai ressenti ça au cinéma, ça a été la première fois que j’ai vu Jurassic Park sur grand écran. Vous savez, la scène où le professeur Grant voit pour la première fois un brachiosaure et qu’il en est si éberlué qu’il doit s’asseoir par terre, l’émotion lui faisant perdre l’usage de ses jambes : j’étais pareil que lui, sauf que j’étais déjà assis moi. Croyez-le ou pas, mais j’ai eu les larmes qui me sont montées à ce moment-là du film, je n’en revenais pas de ce que je voyais : des dinosaures, des vrais dinosaures devant moi sur l’écran, comme j’en avais rêvés toute mon enfance (car je lisais beaucoup de comics, mais j’avais aussi une collection non-négligeable de livres sur la préhistoire, que je connaissais tous par cœur pour les avoir lus et relus un nombre incalculable de fois). Le choc que m’a procuré ce film a été si brutal, que j’ai été obligé de le revoir quasiment dans la foulée, pour être sûr de n’avoir pas rêvé. Et je porte toujours cette scène culte dans mon cœur de cinéphile / grand enfant / gamin fan de dinosaure. C’est pareil pour l’apparition de Wolverine à l’écran.

5 il est d’ailleurs réellement « amoureux de la mort ».

6 car oui je vous assure que les personnages de papier ont une âme !

L'affiche du film : il y a du people !

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7 juin 2018 4 07 /06 /juin /2018 08:21

Qui a à ce jour échappé à la mode des zombies ? On les voit partout, du cinéma à la télévision, du roman à la bande dessinée. Qui n’a jamais entendu parler de la série The Walking Dead (que ce soit l’œuvre originale en BD ou son adaptation télévisuelle) ?

Pour ma part je n’ai jamais été un grand fan des zombies, pour tout dire les classiques du genre, à savoir les zomblards de feu papy Romero, m’ont toujours profondément ennuyé. En revanche, quand à partir de la fin des années 90 le mythe est un peu revenu au goût du jour, et surtout à partir du moment où il s’est vu revisité par des auteurs qui n’étaient alors qu’à leurs débuts mais qui allaient rapidement devenir des stars dans leurs domaines respectifs (je pense notamment à Robert Kirkman dans les comics avec sa série The Walking Dead et à Zack Snyder avec son premier film L’Armée des morts – remake du Zombie de Romero d’ailleurs), j’ai commencé à être plus réceptif. Et grand bien m’en a pris !

 

J’ai donc été emporté par la vague, que dis-je la déferlante The Walking Dead en Bande Dessinée, dont chacun des tomes a été pendant des années de parution l’occasion de maintes et maintes claques en pleine tronche tant c’est de la bonne came. Un peu moins ces 2-3 dernières années (ou alors est-ce moi qui commence à changer de perception va savoir), on va dire pour ceux qui connaissent, que l’après-Negan marque pour moi une certaine perte de vitesse dans l’intrigue du comic-book. J’ai bien entendu également suivi l’adaptation en série télé par la chaîne AMC, et là je serai un peu plus critique que pour le comics. La série The Walking Dead est capable du meilleur comme du pire, et si certains épisodes ont su se révéler tout bonnement excellents, il y a eu aussi de sacrées purges, et ce qui prouve de manière flagrante l’inconstance de ce show TV, jamais une de ses saisons n’aura été très bonne du début à la fin, il y a toujours eu du déchet en cours de route. Et là je ne parle même pas de la saison en cours de diffusion (la saison 8) qui elle réussit l’exploit inverse : pour l’instant elle est très mauvaise et n’a pas encore proposé un seul épisode qui sorte du lot pour éventuellement la sauver de la nullité totale…

 

Tout cela pour en arriver au roman The Walking Dead : L’ascension du Gouverneur !!

Oui je sais, l’intro aura été longue…

On peut légitimement avoir un a priori sur la chose, qui consisterait à dire que le roman en plus de tout le reste, c’est juste histoire de surfer sur la vague de la mode en cours, de rallonger la sauce à pas cher, et surtout de faire du pognon là où c’est facile d’en faire. A priori que je partageais avant la lecture, gardant une certaine méfiance vis-à-vis de ce produit dérivé. Et en fait je crois que j’ai bien fait d’avoir cet a priori, parce que du coup j’ai été très agréablement surpris par la qualité du bouquin.

Pour mettre en prose ce qu’il a l’habitude de distiller sous forme de scénario de BD, Robert Kirkman s’est associé à Jay Bonansinga, un écrivain qui a déjà à son actif plusieurs romans de genre. Là encore, j’avais quelques doutes avant lecture : un bouquin écrit à quatre mains risque de manquer de personnalité, ou de ne pas retrouver le ton si propre à The Walking Dead. Alors que dans les faits il n’en est rien. On est bel et bien dans la continuité de l’univers Walking Dead, même ambiance, même style dans la manière de gérer le suspense et de mettre en place cet inconfort permanent qui fonctionne si bien dans les comics.

 

Comme son nom l’indique, The Walking Dead : l’ascension du Gouverneur propose de nous raconter la genèse de ce personnage si emblématique du comic-book (et un peu moins emblématique il faut bien le dire dans la série télé). Pour cela, on est plongé au début de l’infestation zombiesque, le monde commence à chavirer, le danger se répand un peu partout. Bref, la survie débute. Et c’est personnellement ce que moi je préfère dans ce type de récit, finalement peu importe la menace en cours, peu importe la nature du danger, ce qui me plaît c’est de voir les personnages s’adapter et se mettre en mode survie. De Mad Max à The Revenant en passant par Le Fléau de Stephen King, l’essentiel pour moi réside dans la façon qu’ont les survivants de s’en sortir. Dans ce roman on retrouve donc Philip Blake avant qu’il ne prenne le surnom de Gouverneur, qui est à la tête d’un petit groupe composé de son frère Brian, sa petite fille Penny et de deux de ses amis, Bobby et Nick. Bien décidé à survivre dans ce nouveau monde dont ils ne maîtrisent et ne comprennent pas encore toutes les règles, ils vont se lancer dans un road trip qui les mènera jusqu’à la petite communauté de Woodbury. Tout l’intérêt du livre est non pas tant dans la cavale et les différentes (més)aventures du groupe de fuyards, mais bien plus dans l’évolution des personnages et le chemin psychologique qui va transformer un homme normal en celui qu’on découvrira ensuite dans The Walking Dead sous les traits d’un parfait tyran qui s’impose par la force, le Gouverneur.

 

Fluide et facile à lire, le livre est bien écrit. Il peut même tout à fait être lu sans qu’on n’y connaisse rien à The Walking Dead. Évidemment, avoir le background de l’histoire, connaître l’avenir de celui dont on suit la destinée dans ce roman est un plus, car justement on a certaines certitudes liées au savoir qu’on a (ou qu’on croit avoir) quant au futur des personnages, et que ces certitudes sont peu à peu démontées, de façon assez maligne, par les auteurs. Bref, bien qu’on connaisse la destination finale, on est tout de même surpris par l’itinéraire pris pour y arriver ! C’est certainement le vrai tour de force auquel sont parvenus les auteurs : surprendre les lecteurs qui connaissent déjà Philip Blake. Il y a de ce point de vue une surprise en fin de récit, à laquelle je ne m’attendais pas et qui colle pourtant parfaitement bien avec ce que sera ensuite le Gouverneur. Cette dimension de l’histoire passe forcément inaperçue pour ceux qui découvrent le roman sans avoir lu la BD ou vu la série auparavant, mais rien qui puisse pour autant entacher la lecture ou être source d’une éventuelle incompréhension.

 

Que vous soyez donc addict à The Walking Dead ou totalement béotien en la matière, à moins d’avoir une aversion pour les histoires de zombies ou les survivals typés « fin du monde », la lecture de ce roman pourra s’avérer très divertissante, voire éclairante pour ceux qui souhaitent en savoir plus sur le Gouverneur de The Walking Dead.

 

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4 juin 2018 1 04 /06 /juin /2018 08:25

Il y a des chiffres comme ça qui impressionnent. Ou même qui font peur !

Pour moi par exemple, c’est le cas du chiffre 100.

 

L’autre jour je me lave les mains, dans la salle de bain chez ma mère. Au sol sous le radiateur, j’avise du coin de l’œil le pèse-personne.

Typiquement le genre d’instrument que je n’ai pas chez moi. Je me dis « tiens, si je me pesais pour voir ? ». Et là boum ! 100,4 kg qui s’affichent sur l’écran numérique. Ça m’a fait comme un petit choc.

 

Bon, je ne vais pas dire que je n’avais pas remarqué que je m’élargissais un tantinet ces derniers temps. D’ailleurs il y a quelques mois j’avais déjà été assez attristé de constater que la barre des 90 kilos était assez largement dépassée. Mais de là à tutoyer le quintal, j’aurais pas cru.

 

Va peut-être falloir que j’essaie de faire quelque chose pour stopper l’inflation. Voire même songer sérieusement à dégraisser le mammouth pour reprendre une formule allègrienne.

 

Pffff….

Oh my God...

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31 mai 2018 4 31 /05 /mai /2018 08:14

Ce livre m’a pris par surprise et complètement retourné.

 

N’ayant rien lu à son sujet, le titre et la quatrième de couverture m’ont fait croire qu’il s’agissait d’un roman sur la difficulté d’être parent et sur les relations père-fils. Étant depuis toujours (et encore plus depuis que je suis père) sensible à ce sujet, je l’ai donc pris sans chercher à en savoir plus avant de le lire. Et en effet, c’est en partie le thème du livre. Mais ce Tu Verras de Nicolas Fargues c’est plus, bien, bien plus que cela.

 

Le narrateur est le père de Clément, pré-ado de 12ans avec lequel les relations commencent doucement à se compliquer maintenant qu’il est au collège et qu’il a des fréquentations que son père réprouve. Le père est un quadra sans grande envergure, fonctionnaire, divorcé, il élève tant bien que mal son fils dont il a la garde. Bourré de principes et de certitudes, il essaie d’inculquer à son fils une certaine culture, une certaine éducation, pas toujours facile quand on se heurte aux goûts et aux envies d’un gamin de son temps. Alors souvent il y a conflit. Et il n’est pas rare que le père ponctue ses leçons de morales ou ses conseils par un « Tu verras, quand tu seras grand tu comprendras, tu verras. » comme argument ultime. Sauf que Clément, à 12 ans, meurt dans un accident de métro. Et que son père se retrouve alors seul, infiniment seul, à repenser au passé, à essayer de comprendre ce qui est arrivé.

 

Ce livre est d’une tristesse insondable, infinie. Il est touchant, bouleversant, dérangeant, inconfortable mais pourtant très beau et, qualité immense au vu du sujet abordé, jamais larmoyant. Pas de pathos, pas de mièvrerie. Bien au contraire. La plume de Nicolas Fargues est d’une sincérité incroyable, le regard qu’il porte sur son personnage est sans la moindre concession, d’une franchise qui peut même gêner, voire faire peur. Le deuil que traverse ce père vous prend aux tripes mais aussi au cerveau, il vous emmène avec lui dans ses interrogations, ses doutes, ses remises en causes et ne vous lâche pas une seule seconde. Avec le deuil vient le temps du grand ménage. Son ex-femme, son actuelle compagne, son propre père : tous y passent. Il n’y a plus de filtre, plus de retenue. Surtout plus d’envie de faire le moindre effort quand l’essentiel s’est envolé. Avec le deuil vient le moment où le père repense à tout ce temps passé avec son fils, les bons comme les mauvais moments. Cela valait-il la peine d’entrer en conflit avec lui pour ses tenues vestimentaires qu’il trouvait ridicules ? De se moquer de lui parce qu’il se mettait à écouter ces rappeurs débiles qui chantent des niaiseries tout en se pavanant en marcel moulant ? Est-ce qu’il n’aurait pas mieux valu profiter de ce temps pour juste être heureux avec son fils et mieux apprendre à connaître cet être en devenir ?

 

Par moment, certaines réflexions que se fait le père sont vraiment violentes à lire et à entendre. Pourtant elles retranscrivent une réalité qu’on ne peut nier. C’est ce qui fait toute leur violence du reste. On ne peut s’empêcher, en tant que parent, de se retrouver dans les mots de Nicolas Fargues, c’est proprement inévitable. L’auteur vise si juste, ses mots tapent tellement là où c’est vrai et donc là où ça fait mal, qu’on n’y échappe pas. C’est toute la force de ce roman, il ne peut pas vous laisser indifférent, c’est juste impossible. Même sans être parent, je pense que le livre parvient à toucher en profondeur ce qu’on a de plus humain (et qui n’est pas forcément agréable ou beau à voir).

 

Et ce futur du titre qui vient se fracasser sur le passé qui s’impose au père à chaque fois qu’il pense à son fils, c’est à la fois d’une sensibilité extrême et d’une puissance terrassante. Non Clément ne verra pas tout ce que son père lui promettait qu’il comprendrait plus tard.

 

Pris au dépourvu par le thème, pris à la gorge par l’histoire et les sentiments de ce père à la dérive, bluffé par la plume d’une concision et d’une classe folle de l’auteur, j’ai été encore plus surpris d’apprendre que ce roman n’est en rien auto-biographique. L’auteur a su se mettre dans la peau d’un type qui vit une telle tragédie d’une manière que je n’aurais pas cru possible. Car écrire sur ce thème-là est déjà bien casse-gueule si on y a été réellement confronté, mais alors parvenir à se substituer au personnage et imaginer tout ce qu’on peut ressentir avec ce degré d’authenticité… c’est pour le moins la marque d’un talent plus que remarquable.

 

Si une chose peut éventuellement être reprochée à ce roman, ce serait sa fin. Nicolas Fargues ouvre une porte inattendue (et de façon un peu abrupte) vers une conclusion qui reste ouverte pour le personnage du père. Personnellement cette fin ne m’a pas dérangé, l’intérêt principal de ce livre ne résidant pas là à mon sens.

 

Une chose est certaine, j’ai été complètement surpris et conquis par cet auteur dont je n’avais jamais rien lu auparavant, et ce roman, court mais d’une densité et d’une force rares, m’a convaincu de son talent et donné l’envie d’aller voir parmi ses précédentes œuvres si je peux y trouver mon bonheur.

 

 

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