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Attention !

Avant de lire les notes que je fais sur les films que je vois et les bd que je lis, sachez que dans mes commentaires il m'arrive parfois de dévoiler les histoires et les intrigues. Ceci dit pour les comics, je n'en parle que quelques mois après leur publication, ce qui laisse le temps de les lire avant de lire mes chroniques.
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Série(s) en cours

28 mai 2018 1 28 /05 /mai /2018 08:28

On a tous un jour ou l’autre le bourdon. Je ne vous parle pas d’être juste de mauvais poil, mais bel et bien de broyer du noir. D’être démotivé, de se sentir impuissant, de se dire que « de toute façon c’est foutu ». On a tous connu ça. On connaît tous ça. Ça va, ça vient, ça se fait oublier puis ça réapparaît à la surface. On ne sait même pas exactement pourquoi, c’est juste comme ça. Moi ça me l’a fait lors des attentats de Charlie Hebdo par exemple. Ou quand j’ai appris que Leonard Cohen nous avait quitté. Parfois aussi ça peut juste s’avérer être une conjonction de micro-événements qui mis bout à bout réveillent ce sentiment de blues profond contre lequel on se sent désarmé.

 

Mais j’ai une arme fatale contre ça. Un truc contre lequel le pessimisme et l’abattement ne résistent pas une minute. Les enfants. Mes enfants, Tom et Nathan.

Petit patchwork hétéroclite de situations du quotidien, trois fois rien en réalité, mais qui me redonnent invariablement la banane…

 

Quand après le repas du soir, la brosse-à-dents dans la bouche, ils chantonnent Blues, booze and rock’n’roll de Manu Lanvin

 

Quand le soir après les devoirs on se cale tous les trois sur le canapé pour regarder un ou deux épisodes d’Ulysse 31 ou Capitaine Flam

Ulysse, Nono, Télémaque et Thémis

Quand ils se font un parcours du combattant chronométré style Koh-Lanta dans le jardin, à grand renfort d’escalade de balançoire et de toboggan…

 

Quand chaque dimanche après-midi on regarde un film en famille, tous ensemble agglutinés devant la télé...

 

Quand on lit ensemble un passage du Tournoi des Champions, le comics que j’ai lu des dizaines de fois enfant et qui passionne tout autant les miens 35 ans plus tard...

Le Tournoi des Champions, édition 2018

Quand Tom demande s'il peut tremper sa banane dans sa crème au chocolat en précisant que « ça doit être super bon ! » ...

 

Quand Nathan me demande dans la voiture après avoir écouté Highway to Hell d’AC/DC : « on peut le remettre s’il-te-plaît ? »…

 

Quand Tom, du haut de ses 4 ans prend un comics et raconte l’histoire à voix haute, en inventant les dialogues et les histoires en fonction des dessins qu’il voit en tournant les pages…

 

Quand Nathan me parle de mosasaure, de parasaurolophus, de dilophosaure, d’argentinosaure, de dunkleosteus, de quetzalcoatlus ou de liopleurodon…

C'est ça un liopleurodon !

Quand Tom me parle de Peter Quill, Dark Wolverine, Bucky, Blitzkrieg, Nova, Faucon Pèlerin, Iron Patriot, Sasquatch, Docteur Druid, Carnage, Sabra, Quicksilver, Mockingbird… et me pose plein de questions à leur sujet...

 

Quand Nathan se lève le week-end, et en attendant que le reste de la maisonnée se réveille, s’installe devant l’ordinateur et regarde une ou deux émissions de C’est pas sorcier sur youtube, passant de sujets en sujets, aussi divers que variés, tels que le traitement des eaux usées, les casques bleus de l’ONU, la formation de la grêle pendant les orages, les serpents, le rugby, les inondations à Venise, les méduses, le billard,…

 

Quand mes deux loulous débattent des forces et pouvoirs comparés de Kylo-Ren, K-2SO, des jawas ou des gardes rouges, ou encore des différents vaisseaux spatiaux de Starwars

 

Quand mes deux petits mélomanes me supplient après le repas de mettre un ou deux clips de Nathaniel Rateliff and the Night Sweats, si possible Hey Mama avec ses voitures qui défilent à l’écran, ou encore comme dirait Tommy « Au galop » (traduisez par Need never get old !), « mais si tu sais quand ils se déguisent en papys à la fin ! »…

Nathaniel Rateliff and the Night Sweats "déguisés en papys" ;-)

Quand Nathan est tellement concentré et absorbé par la BD qu’il est en train de lire qu’il ne la lâche pas et continue à lire tout en s’habillant ou en marchant…

 

Quand Tom se fait des doigts-framboises en empalant sur chaque doigt la plus grosse framboise possible, ce qui le rend hilare mais n’entame en rien l’appétit avec lequel il engloutira les fruits dans la foulée…

 

Quand Nathan revient tout fier avec sa seconde étoile à la fin de sa première saison de ski alors qu’il était inscrit chez les flocons, et que Tom qui a pour sa part ramené la médaille « Garoloup » demande à ce qu’on l’accroche sur son pyjama…

 

Quand avec mes deux fans de super-héros on passe en revue les vrais noms des personnages, à coup de « qui est Peter Parker ? », comment s’appelle Iron-Man ? » ou « qui est Natasha Romanoff ? » avant de passer à des plus difficiles comme « qui est Pietro Maximoff ? », « comment s’appelle Dents-de-Sabre ? » ou encore « qui est Walter Langkowski ? »…

Monsieur Walter Langkowski !

… dans ces moments et dans bien d’autres encore, le positif l’emporte haut la main sur tout le reste, l’avenir qui paraissait sombre s’éclaircit à tous les coups, et le bonheur se conjugue simplement, au présent.

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24 mai 2018 4 24 /05 /mai /2018 08:16

Non ceci n’est pas un article auto-biographique. :-)

 

Pour un premier roman, Steve Hely a fait fort, puisqu’il s’attaque ni plus ni moins à l’industrie de la littérature au shotgun, la démonte de A à Z, la décortique avec une froideur et un cynisme sans concession pour finalement s’en moquer ouvertement. Et là où il a fait encore plus fort, c’est que non seulement c’est plutôt bien vu dans l’ensemble et que ça tape pas mal juste, mais en plus à ce que j’ai cru comprendre ça s’est assez bien vendu son roman.

 

Dans Comment je suis devenu un écrivain célèbre, le personnage principal se nomme Pete Tarslaw et n’est pas très loin de ce qu’on pourrait qualifier d’un raté. Tout du moins est-ce en creux ce que lui-même semble penser. Le garçon vivote en rédigeant pour le compte d’étudiants fortunés des lettres de motivation pour entrer dans de grandes et prestigieuses écoles. Pas reluisant, mais un boulot alimentaire comme un autre. Côté vie perso le tableau n’est pas plus enthousiasmant : après une rupture qui lui reste encore en travers de la gorge, Pete vit en colocation avec un type assez bizarre, plus proche du geek socialement inadapté que de l’humain. Mais tout se détraque quand Pete reçoit l’invitation au mariage de Polly, son ex. Pete se rebelle. Il ira, mais en tant que personnage riche et adulé, l’idéal serait que Polly se prosterne à ses pieds en le suppliant de bien vouloir la reprendre. Pour arriver à ses fins Pete a un plan. Il va devenir un écrivain célèbre. Il les a vus à la télévision tous ces gratte-papiers qui vendent par millions d’exemplaires leurs romans : pas besoin de talent pour faire aussi bien que ces imposteurs de la littérature, il suffit d’offrir aux gens ce qu’ils veulent lire ! Pete va donc décortiquer les listes de best-sellers pour comprendre ce qui plaît, ce qui marche, tel le premier enquêteur marketing ou publicitaire véreux venu. Le roman de Pete, Cendres dans la tornade répondra parfaitement à la recette qu’il va lui-même concocter en se basant sur ce que les autres font… tant et si bien que … et si ça marchait en fin de compte ?

 

Évidemment on nage en pleine parodie dans ce roman, son auteur caricature un brin (ou alors outrancièrement ? À vous de vous faire une idée !) le monde littéraire et la culture de masse. C’est plutôt drôle (les critiques allant parfois jusqu’à en dire que c’est hilarant, je n’irai pas aussi loin), c’est enlevé, c’est gonflé, c’est original. Mais ce qui m’a plus particulièrement plu c’est la causticité du ton, le cynisme et l’amoralité du personnage. À ce sujet, j’ai trouvé osé et courageux de la part de l’auteur de prendre comme héros un type pas vraiment attirant, qu’on n’arrive pas vraiment à apprécier et pour lequel la morale importe peu. En un mot comme en cent, on n’a pas envie de l’aimer ce type, même si on a parfois le même avis que lui sur ce qui nous entoure et la même envie que lui de tout envoyer balader et de profiter du système comme d’autres peuvent le faire.

 

Ce que j’ai aimé c’est que le manichéisme n’est pas de mise : absolument tout le monde dans l’univers littéraire s’en prend pour son grade : écrivains, lecteurs, éditeurs. Il y a même une petite saillie sur les critiques qui remet les pendules à leur place (comme dirait Johnny) : « le plus abject ordre de pourceaux qui ait jamais foulé la face de la terre ». Non pas que je me prenne pour ce que je ne suis pas, mais je me le tiens pour dit malgré tout !

 

À l’heure du formatage culturel, de la pensée prémâchée, du tout commercial et des publicitaires rois du pétrole, le roman de Steve Hely se pose là et dénonce un peu tout cela en vrac. Au vitriol. Et c’est plutôt salutaire d’ailleurs, signe de bonne santé mentale. Dommage cependant que la fin vienne un peu contredire l’ensemble, car, à moins que j’ai mal saisi la volonté de l’auteur, il semblerait que la morale finisse tout de même par triompher dans la conclusion du récit.

 

Cela dit, Comment je suis devenu un écrivain célèbre, s’il n’est pas le roman-phénomène vanté en quatrième de couverture, reste un très sympathique divertissement qui sort des sentiers battus, qui bouscule le lecteur dans sa zone de confort et le prend même directement à partie. Évidemment si vous êtes allergique au cynisme, je ne peux que vous déconseiller de lire ce bouquin, mais si vous ne craignez pas de voir ce que vous aimez potentiellement écorché au passage, ce roman s’avérera être une très intéressante lecture.

 

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20 mai 2018 7 20 /05 /mai /2018 14:05

 

« Un bout de téton n’a jamais fait de mal à personne. »

 

James Coburn, un acteur de légende et un type bien.

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17 mai 2018 4 17 /05 /mai /2018 08:29

Très gros succès littéraire de l’année 2011 en France, Le vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire est aussi le premier roman de son auteur, le suédois Jonas Jonasson.

 

Avec ce roman, on peut dire qu’on est face à un OLNI, un Objet Littéraire Non Identifié, tant ce livre suscite de surprises et de réactions en tous genres (à en croire les nombreux avis que j’ai pu lire, la plupart du temps les lecteurs succombent à son charme ou le rejettent purement et simplement).

Moi qui ne m’attendais pas à grand-chose mais qui avais cependant été très intrigué à la fois par le titre accrocheur et par la couverture pour le moins extravagante, j’avoue faire partie de ceux qui ont été surpris, et même très agréablement surpris. Alors soyons honnête : je crois vraiment qu’il faut être dans un état d’esprit particulier pour bien apprécier ce bouquin. L’esprit ouvert. Ouvert à la facétie, au loufoque, à l’incroyable, au second degré, au cynisme un peu aussi… Ceci dit, il ne suffit pas d’être ouvert, encore faut-il que ce qu’on nous donne à lire soit bien raconté. Et là pour le coup, j’ai trouvé que Jonas Jonasson a su plus que parfaitement mener sa barque. Pour un premier roman, chapeau bas ! Parce que manier l’improbable c’est ultra-casse-gueule : mal ficelé il n’y a pas mieux pour vous sortir d’un récit et vous flinguer une histoire. Pourtant si on fait la somme des aventures burlesques du héros centenaire de ce roman, on doit bien avouer que c’est complètement saugrenu et totalement abracadabrantesque, et pourtant on accroche bien et on suit même l’histoire avec une certaine gourmandise non feinte. Preuve que du côté de celui qui tient la plume, il y a un talent indéniable.

 

Mais avant d’en dire plus, je vais tenter de résumer de quoi il s’agit. Le vieux du titre, c’est Allan Karlsson. Dans sa maison de retraite où il s’ennuie ferme, il s’apprête à fêter son centième anniversaire. Et si les genoux coincent pas mal à cet âge-là, l’esprit, lui, reste vif. D’ailleurs Allan l’a décidé, il est hors de question de rester une seconde de plus parmi ses colocataires séniles. La seule solution qui s’offre à lui c’est la fugue ! Chaussé de ses plus belles charentaises il saute par la fenêtre de sa chambre. Par chance elle est au rez-de-chaussée. Direction la gare, aussi vite que ses jambes le lui permettent, avant qu’on ne s’aperçoive de sa disparition… Sur place, par un concours de circonstances (le premier d’une longue série), Allan se retrouve avec une valise qui n’est pas la sienne, remplie de billets de banque. Billets qui appartiennent aux Never Again, un gang local dont les membres ne sont pas du tout enclins à tirer un trait sur leur butin. Pendant ce temps, à la maison de retraite on finit par s’apercevoir de l’absence du centenaire, et la police est chargée de l’affaire, on n’exclut pas un possible kidnapping ! Commence alors une course-poursuite à travers tout le pays (en charentaises donc) où l’on suivra tour-à-tour Allan, les gangsters qui veulent récupérer leurs biftons et la police suédoise. Et c’est ainsi au gré des rencontres d’Allan qu’on en apprendra plus sur son passé, lui l’enfant du XXème siècle qui aura eu une vie trépidante et connu tous les grands événements historiques d’un siècle riche et mouvementé…

 

Vous vous en doutez rien qu’à en lire le résumé, il y a beaucoup à dire sur cette histoire invraisemblable. D’abord, bravo à l’auteur d’avoir choisi pour héros un centenaire ! C’est non seulement original, mais aussi sacrément gonflé, car dès le départ il se met un handicap du point de vue de la narration : rares seront les potentiels lecteurs qui pourront s’identifier ou même se sentir proche d’un tel personnage ! Et pourtant ça marche. Il faut dire que le papy Allan on le voit à quasiment tous les âges, au travers des différents flashbacks auxquels recourt Jonas Jonasson. On n’a donc pas à faire « qu’à » un centenaire au cours du récit. C’est même plutôt malin, car cet artifice permet à l’auteur de sauter de période en période, et de relier ainsi son héros à tout un tas d’événements majeurs du XXème siècle. Et quel siècle : du point de vue géopolitique, sociétal ou scientifique, il aura connu de bien nombreux bouleversements. Auxquels Allan aura souvent pris part, quand ce n’est pas carrément lui qui en fut à l’origine…

 

C’est donc ainsi qu’au gré de l’imagination (pour le moins débordante) de l’auteur, Allan va croiser les plus grands de l’histoire récente. Staline, Truman, Mao, Churchill, Nixon, Kim Jong-Il, Franco, de Gaulle, Einstein (enfin le frère un peu spécial du célèbre physicien tireur de langue)… j’en passe et en oublie.

Et à chaque fois Allan va les côtoyer de près. La plupart du temps il les tutoie même, c’est dire. Pourtant qui a déjà entendu parler de ce petit suédois anonyme ? Personne, et au fur et à mesure de ses pérégrinations dans l’Histoire (celle avec un H majuscule) on comprend cependant quel a été son rôle. C’est d’ailleurs un point intéressant du récit, car si Allan a connu tous ces grands noms de l’Histoire, outre les circonstances improbables qui ont rendu possible cet exploit, il le doit à certaines particularités de sa personnalité hors-normes. D’origine modeste, sans éducation mais loin d’être idiot pour autant, Allan est athée mais aussi apolitique. La religion et la politique ne l’intéressent tout simplement pas. Relation de cause à effet ou non, de manière générale, le pouvoir ne l’attire pas du tout non plus. D’ailleurs après un séjour en hôpital psychiatrique, il deviendra insensible à un autre sujet : le sexe. Et c’est justement cette combinaison : pas de politique, pas de religion et pas d’attirance pour le pouvoir ni le sexe, qui va lui permettre d’approcher tous ces monuments de l’histoire et surtout de se sortir de bien des rencontres qui tournent mal. Enfin pour tout dire, j’ai omis de citer une autre de ses particularités qui l’aide à sociabiliser avec tout le monde : il aime bien manger et s’en jeter une petite derrière la cravate. Et il est bien connu qu’on fraternise plus facilement autour d’une bonne boutanche…

 

Le personnage d’Allan, que ce soit dans sa personnalité ou par sa capacité à traverser l’Histoire n’a pas été sans me rappeler un autre héros incontournable, Forrest Gump. Comme lui c’est un « vrai gentil », un mec qui ne pense jamais à mal, qui n’a pas forcément un avis sur tout et qui ne juge pas, qui agit simplement en fonction des événements, sans forcément beaucoup réfléchir à tout ce qui se passe et sans intellectualiser à outrance. En fait avec Allan comme avec Forrest, la vie est finalement très simple. Allan n’est pas aussi simplet que l’est Forrest, mais c’est bien là tout ce qui les différencie sur le fond.

 

Alors comme je le disais en début d’article, il faut avoir une certaine propension à accepter l’improbable pour ne pas bloquer sur la série de péripéties qui vont rythmer la vie incroyable du héros. Mais dès lors qu’on accepte cela, dès lors qu’on sait faire preuve d’un minimum de lâcher-prise le récit nous emporte loin, vite et fort ! L’humour est ici omniprésent, et on ne peut pas s’empêcher de se marrer régulièrement face aux différents personnages hauts en couleurs qu’on croise (et il y en a un sacré paquet, je n’en citerais qu’une pour que vous compreniez bien que l’auteur suédois n’a aucune limite : Sonja l’éléphante qui vit dans la grange d’une ferme suédoise…), aux rebondissements incessants comme aux aller-retours entre le passé et le présent, et au cynisme de certaines situations (à replacer dans leur contexte historique)… La fessée au jeune Kim Jong Un, gamin intenable et capricieux, m’a à ce titre beaucoup fait rire !

 

Bref, Le vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire est à lire avec une certaine légèreté, et si vous savez vous laisser emporter malgré l’énormité de certaines situations vous serez très largement récompensé par un vrai bon moment de divertissement littéraire. Ah une dernière chose : le bouquin a eu un tel succès qu’il a déjà connu une adaptation cinématographique. Je n’ai pas vu le film, mais le simple fait de me remémorer le roman me donne envie de tenter d’y jeter un œil pour voir si je serai autant amusé à l’écran qu’à travers le papier...

 

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14 mai 2018 1 14 /05 /mai /2018 10:55

Attention coup de cœur !

Il est des livres comme ça, qui vous prennent sans prévenir. On ne les avait même pas vus venir pour tout dire. Et paf ! Surprise totale, plaisir intense. On en reste un peu sur le cul, et il nous faut un peu de temps pour s’en remettre. Quand c’est aussi bon que ça, qu’est-ce que c’est puissant l’inattendu !

 

C’est ce qui s’est passé pour moi et ce roman. Honnêtement, je ne saurais même plus dire exactement comment j’en suis venu à le lire. Le titre certainement, la quatrième de couverture peut-être également, avaient dû m’attirer, je n’en ai plus le souvenir exact. Ce que je sais c’est que j’y suis allé un peu à l’aveugle, et que je ne m’attendais pas à grand-chose, et c’est justement grâce à cela que j’ai été cueilli par ce livre.

 

L’auteur, Victor Cohen Hadria, nous plonge dans la seconde partie du XIXème siècle, en pleine campagne normande. Dans la première partie du roman, on suit un échange épistolaire entre deux médecins, le médecin de campagne du village normand de Rapilly Jean-Baptiste Le Cœur et le médecin-major Charles Rochambaud, parti à la guerre avec l’armée de Napoléon III pour la campagne d’Italie, confronté aux forces autrichiennes. En réalité le docteur Rochambaud écrit pour le compte du jeune soldat normand Brutus Délicieux, illettré, et le docteur Le Cœur en fait de même pour sa fiancée restée au pays, la jeune Louise. Dans la seconde partie du roman, la plus volumineuse également, on lit le carnet quotidien que tient le docteur Le Cœur. Il y relate ses journées, les malades qu’il visite, des plus riches (nobles et bourgeois) aux plus pauvres (paysans et prostituées). On y lit toutes les difficultés qu’il rencontre pour imposer la science et la médecine dans ce monde rural des années 1860 où la religion mais aussi les superstitions de toutes sortes rythment encore un quotidien âpre et difficile. D’ailleurs ses relations avec le curé et le sorcier-rebouteux du coin sont très intéressantes et montrent comment la médecine est alors considérée. Et puis Le Cœur, tout médecin humaniste qu’il est, n’en reste pas moins un homme, et son veuvage commence à lui peser. Son carnet sera donc aussi l’occasion pour lui de retranscrire ses aventures sentimentales et sexuelles ponctuées de nombreuses conquêtes à travers la campagne normande qu’il sillonne à cheval.

 

Les trois saisons de la rage a donc plusieurs facettes. Bien entendu il y a une plongée dans l’histoire relativement récente de nos campagnes (on ne remonte qu’à peu près de 150 ans dans le temps) qui s’avère en tous points vraiment intéressante. Il y a un portrait de médecin de campagne humaniste et qui se bat contre les croyances de toutes sortes, depuis celles véhiculées par la religion omniprésente jusqu’à celles plus traditionnelles qui consistent à croire par exemple que la saleté protège de la maladie et des infections. Il y a une approche plus psychologique mais aussi sociétale, où l’on peut mesurer comment le désir, la jalousie, le pouvoir et le sexe ont toujours été au cœur des relations humaines, fussent-elles corsetées par la morale et la rigueur religieuse. Et il y a une vision encore balbutiante de la médecine moderne, avec les recherches du docteur sur la rage, le tout début des vaccins, l’idée naissante que l’hygiène et la propreté sont primordiales pour la santé, et de manière plus générale un regard à la fois humain et scientifique sur la condition humaine. D’ailleurs je n’ai pas pu m’empêcher de faire un parallèle entre certaines réflexions du docteur Le Cœur et celles du docteur Bruno Sachs dans le roman La Maladie de Sachs de Martin Winckler que j’avais déjà tant aimé lire. C’est le même esprit, à plus d’un siècle d’écart, qui anime ces deux médecins de campagne de la littérature française.

 

J’ai été conquis par cette lecture, malgré un thème et un contexte qui a priori ne m’auraient pas attiré plus que cela. Il faut dire aussi que Victor Cohen Hadria sait rendre ses personnages vrais et attachants. Il sait aussi, et de quelle manière, manier une langue belle et fluide. C’est à la fois bien écrit, agréable à lire et beau à « entendre »… vous savez cette petite voix intérieure, au fond de vous, quand vous lisez un bouquin ? Eh bien qu’est-ce qu’elle sonne bien quand elle se promène sur les phrases de ce livre… C’est à la fois classique et moderne, drôle (car il y a de l’humour en plus de tout le reste qui émaille ce récit) et intelligent, réaliste et humaniste, touchant et passionnant.

Un dernier mot, sur la fin du roman. Brusque, inattendue, marquante, que j’ai eu tout d’abord un peu de mal à accepter tant elle survient beaucoup trop rapidement à mon goût (et pourtant le roman en édition originale frôle les 500 pages…). Et pourtant elle conclut avec force une histoire riche. Je me suis rendu compte par la suite, en y repensant à froid, que bien que marquante elle ne prend pas le pas sur le reste du livre : c’est tout le roman qui reste en mémoire pas sa seule fin, ce qui est bien la preuve que l’œuvre est pleine et complète, du début à la fin.

 

J’ai réellement adoré ce roman, et je ne peux que vous conseiller de vous ruer dessus. N’ayez pas peur du nombre de pages, du nombre de personnages, du contexte austère ou de sa construction peut-être un peu déstabilisante au premier abord. Ce livre est une pépite.

 

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11 mai 2018 5 11 /05 /mai /2018 07:37

Ce livre m’a accroché l’œil parce que j’ai trouvé sa couverture vraiment très belle. Et puis le titre poétique et prometteur a fini de me convaincre de tenter l’aventure. J’ai donc testé cette symphonie italienne écrite par un Mattia Signorini dont le nom ne me disait rien du tout.

Cela m’arrive régulièrement de choisir un bouquin sur de tous petits détails de ce type, une couverture attirante, un titre malin et évocateur.

Eh bien on ne peut pas gagner à tous les coups.

En l’occurrence pas cette fois-ci.

 

L’auteur nous raconte l’histoire de Green Talbot, né dans une petite bourgade anglaise du doux nom de Tranquillity, où personne ne vient, d’où personne ne part et où les problèmes n’existent pour ainsi dire pas. Sauf que lorsqu’on est aussi curieux de tout que notre jeune héros, on en a vite fait le tour et forcément arrive un moment où on s’ennuie ferme. Quand ses parents décèdent, le jeune garçon décide de tailler la route, de partir à l’aventure et de parcourir le monde. Au cours de son périple il va traverser de nombreux pays, un océan et deux continents, voyager à bord d’une montgolfière, traverser les grands bouleversements du XXème siècle dont la seconde guerre mondiale, faire de très nombreuses rencontres plus originales les unes que les autres, découvrir l’amour… et finir par devenir un homme.

 

C’est donc typiquement ce qu’on peut nommer un parcours initiatique que nous offre à suivre Mattia Signorini. Soit, ça peut s’avérer très intéressant. Mais voilà, tout cela nous est présenté sous une forme bien particulière, celle du conte. Presque de la fable. Et là moi je coince sévère. En fait le conte est un genre avec lequel j’ai vraiment énormément de mal à composer. Parce que la plupart du temps, ce qu’on me raconte, les différents composants de la narration et de la trame dans son ensemble, me gardent à une certaine distance du récit. Or, quand je ne parviens pas à m’immerger dans un récit, que ce soit par l’identification à un personnage ou tout simplement par l’empathie que peut provoquer un héros ou une situation donnée, ce qui s’y passe me laisse froid, spectateur extérieur, quasiment indifférent. Après forcément pour déclencher des réactions et éveiller des émotions, j’aime autant te dire que c’est mal barré dans ce genre de contexte de lecture. Et du coup je décroche et je m’ennuie. C’est ce qui m’a tenu à distance d’un récit comme Cent ans de solitude de Gabriel García Márquez, pourtant unanimement reconnu comme un chef-d’œuvre de la littérature. C’est ce qui a failli me couper l’envie de finir Le Zoo de Mengele de Gert Nygårdshaug, bien qu’en ce qui le concerne j’ai bien fait de m’accrocher (et on en reparlera ici… un jour !).

 

Et c’est très exactement ce qui m’est arrivé ici. Je me suis ennuyé tout du long, mais d’une force ! Pourtant la galerie de personnages est assez fournie, les événements retracés plutôt divers et variés, les références assez claires. Et le roman en lui-même est très court, à peine 182 pages. Malgré tout la lecture s’est avérée fastidieuse, longue et sans aucun intérêt à mes yeux. Difficile de tenir éveillé, obligé de réprimer bâillement sur bâillement. Alors oui, Green Talbot va faire un tas de choses incroyables en un rien de temps. Il cause même avec les oiseaux. Et puis la poiscaille le trouve si sympathique ce garçon qu’elle lui a même appris à respirer sous l’eau. Mais … Ghnnnwaaaah … ben voilà, ça me reprend, rien que d’en parler, je bâille.

 

Bref vous l’avez compris, je ne vais pas m’acharner plus que ça sur ce roman qui si j’ai bien compris avait pourtant emporté un certain succès lors de la rentrée littéraire 2010. Ce qui est bien la preuve que pas mal de gens l’ont trouvé à leur goût malgré tout le mal que j’ai pu en penser (les gens n’ont aucun goût, n’est-il pas ?).

 

Gagnons donc du temps, laissons cette symphonie là où elle est.

 

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7 mai 2018 1 07 /05 /mai /2018 16:52

Samedi soir à Montbéliard, à l’Atelier des môles, Manu Lanvin and the Devil Blues sont venus mettre le feu. Faut dire qu’avant qu’ils arrivent il faisait déjà une chaleur d’enfer, mais alors après le passage du « Diable » sur scène, c’était carrément la fournaise !

 

Pour moi ce soir-là, c’était découverte intégrale. Je dois confesser que je n’avais jamais entendu parler de Manu Lanvin* and the Devil Blues. Le tuyau venait de Philippe (un routier-siffleur accessoirement mélomane qui a plutôt bon goût question musique puisque c’est déjà par son intermédiaire qu’on avait découvert les fabuleux Mountain Men) qui avait rencardé ma frangine sur le concert de Montbéliard. Et Marie, non contente de m’avoir déjà offert un super concert à Paris il y a quelques jours de ça, nous avait donc pris deux billets en mode découverte.

 

Évidemment en infatigables bourlingueurs des scènes de l’Est, Corinne (une double-mamie qui n'en a pas l'air) et Philippe ont été de la partie aussi, d’autant qu’eux connaissaient déjà. Et je les comprends : un concert de Manu Lanvin & the Devil Blues non seulement ça marque, mais on en redemande.

 

Moi sur ce coup-là, je me suis laissé totalement faire. Les premiers sons que j’ai entendus de ce groupe ont été les premières notes qu’ils ont envoyées ce soir sur scène ! J’y suis allé en aveugle (en sachant quand même vu les références annoncées que ça risquait fortement de me plaire) et j’ai donc tout découvert en direct.

 

Le Diable est dans la place...

Aussi je ne vais parler ici des morceaux qui ont été joués, ne les connaissant encore pas suffisamment pour ça**, mais ce que je peux en dire c’est que malgré ce qu’on m’en avait dit je ne m’attendais pas à ce que j’ai vu (et entendu). Comment décrire ce concert ? c’était un concentré d’énergie pure, un shoot d’adrénaline pour quiconque aime le blues et le rock, un festival de guitare électrique, du bon gros son qui emplit tout l’espace, de la dynamite en chansons quoi !

 

Ce n’est pas forcément évident d’être embarqué à ce point dans un concert dont on ne connaît ni le chanteur ni les chansons, et pourtant, impossible de résister à l’ambiance survoltée que Manu Lanvin et ses musiciens font déferler depuis la scène et dans la salle. D’ailleurs Manu Lanvin n’hésite pas à descendre jouer directement au milieu des gens plusieurs fois pendant le concert, armé de sa gratte magique. Et tant pis s’il n’a pas de micro les gens le suivent et chantent avec lui. Le gars ne lésine pas et on sent qu’il donne tout ce qu’il a à chaque chanson. Il te balance morceau après morceau quasiment sans pause, avec une énergie folle et un enthousiasme carrément communicatif. C’est d’ailleurs amusant de le voir trempé jusqu’aux os de sueur envoyer riff après riff et bouffer littéralement le micro, alors que son acolyte Nicolas Bellanger reste d’un stoïcisme à toute épreuve à la basse ! Calme et droit mais pro jusqu’au bout le bassiste ! Quant au batteur, là aussi grosse claque : Jimmy Montout*** casse la baraque (et une ou deux baguettes en passant aussi) et complète avec charisme ce trio qui fout le feu à la scène. Parce qu’ils ne sont peut-être que trois, mais qu’est-ce qu’ils envoient ! Ils compensent très largement la quantité par la qualité !

Le visuel du l'album Blues, booze & rock'n'roll

Le visuel de l'album Blues, booze & rock'n'roll

C’est peut-être parce que je suis en train de lire l’autobiographie du Boss en ce moment et les chapitres où il raconte ses concerts du début dans des petites salles chauffées à blanc comme celle de samedi, où il donnait absolument tout ce qu’il avait comme il continue à le faire des dizaines d’années plus tard devant des stades entiers, mais la ressemblance dans le style et dans l’engagement m’ont sauté aux yeux comme une pure évidence. J’ai vu samedi soir chez Manu Lanvin la même soif, le même besoin, la même envie, le même impératif du type qui vit à travers sa musique, les mêmes qu’on voit et ressent chez Springsteen. Je n’ai pas pu m’empêcher de faire le parallèle.

 

Bref, je pensais que ça me plairait, mais c’est au-delà de ça. Je ne comprendrais jamais comment c’est possible que des mecs avec un tel talent brut qui déborde de partout ne soient pas plus connus. Sûr que ça ne va pas tarder pour eux !

En fait c’est une expérience hors-normes, et je ne peux que vous conseiller d’aller voir Manu Lanvin & the Devil Blues sur scène. Si vous aimez le rock, le blues et la guitare, vous allez forcément les aimer.

Que dis-je ? Les adorer !

 

* oui, oui, il s’agit bien d’un des fils de Gérard.

** quoique, il y a une reprise ou deux que tout le monde connaît, comme Gloria de Van Morrison, mais aussi du Clapton ou du Hendrix...

*** dans le genre à fond dans son truc il ne fait pas semblant non plus : il y a des morceaux où je l’ai à peine vu ouvrir les yeux, et croyez-moi, ça n’était pas parce qu’il roupillait, du tout !

De gauche à droite : mézigue, Corinne, Manu Lanvin, Philippe & Marie

Allez pour la peine je vous mets un petit lien trouvé sur youtube pour écouter Blues, Booze & Rock’n’Roll, un morceau qui déménage !

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3 mai 2018 4 03 /05 /mai /2018 18:23

« C'était un gentil soldat qu'ils ont mis en prison et qui s'est sauvé. »

 

Mamama, 90 ans, qui résume à la perfection Rambo : First Blood.

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30 avril 2018 1 30 /04 /avril /2018 10:19

Il y a des gens complètement barrés dans leur tête. Il y en a même un sacré paquet en fait. Parmi ces gens il y en a parfois l’un ou l’autre qui débordent de talent. Et c’est énervant, parce que ceux-là sont capables de produire des œuvres qui cumulent tout ce qui fait qu’on ne peut qu’aimer. Je pense que le génie est une forme avancée de folie. Et Warren Ellis est un génie. Ou un fou. À vous de choisir ce qui le décrit le mieux.

 

Pour les non-adeptes de comics je fais les présentations rapidement. Car Warren Ellis vient du monde des comics. C’en est même un des scénaristes actuels les plus marquants. Le britannique est très prolixe et touche-à-tout. S’il a bossé sur des séries des Big Two (Marvel & DC) et pas des moindres (Batman, JLA, Iron Man, Ultimate Fantastic Four, etc.), c’est néanmoins pour des labels moins mainstreams qu’il aura pondu ses meilleurs scénarios. Que ce soit avec les aventures du journaliste-punk de Transmetropolitan (chez DC-Vertigo), la refonte de Stormwatch puis les débuts de The Authority (chez Wildstorm), un run court mais intéressant sur Hellblazer (chez DC-Vertigo) ou la sublime série Planetary (chez Wildstorm), Warren Ellis a des idées à revendre et un style de narration qui n’appartient qu’à lui. Certains diront « rentre dedans », d’autres diront plutôt « trash ». Moi je le trouve avant tout percutant et j’adore son humour, souvent noir, parfois cynique. Mais surtout j’aime l’intelligence avec laquelle il mène ses histoires. Sa culture pop, ses références. Et c’est tout ça qu’on retrouve dans son premier roman, Artères souterraines. Sauf que pour la première fois, ses mots ne sont plus appuyés par les illustrations d’un dessinateur. Mais bien loin de perdre en force, Ellis démontre que son talent d’écrivain et de narrateur il ne le doit qu’à lui seul. Et que ses mots savent produire un effet bœuf, avec ou sans dessins comme support visuel.

 

Alors de quoi ça parle ? Eh bien Ellis nous propose de suivre les pérégrinations d’un parfait loser, le détective privé Mike McGill, qui navigue d’affaires nazes en enquêtes pourries, dans la dèche totale et sans la moindre lueur d’espoir d’en sortir un jour. Il se définit lui-même comme un « aimant à merde ». Ça situe le bonhomme. Tout va changer quand débarque dans sa vie de paumé, rien moins qu’un haut responsable de la sécurité de la Maison Blanche. Il a pour le détective une mission qui sort des sentiers battus : retrouver une version inédite et secrète de la Constitution des États-Unis, écrite à la main par les Pères Fondateurs. Perdue dans les années 50 et passée de mains en mains depuis (et pas des plus recommandables), ce livre serait le seul à pouvoir remettre le pays dans le droit chemin, lui redonner sa grandeur et sa morale. McGill se fiche pas mal du truc, mais pas du demi million qu’on lui offre en récompense s’il réussit. La quête commence alors, et sera l’occasion de se plonger dans ce que l’Amérique propose de pire en termes de perversités et de déviances en tous genres…

 

Bon dit comme ça, ça fait un peu scénar de série B sous acide saupoudrée de quelques clichés bien sentis. Alors qu’en fait, s’il y a bien une chose que je peux vous assurer la main sur le cœur / la bible / les couilles (gardez la proposition qui a le plus de sens et de… valeur à vos yeux), c’est que vous n’avez jamais rien lu de pareil. Pas même d’approchant. L’univers de Warren Ellis est pour le moins unique, et n’importe quel lecteur, pour peu qu’il soit équipé d’un brin de jugeote et d’un minimum de bonne foi, pourra en attester.

 

C’est rocambolesque, saugrenu, énorme parfois, c’est choquant, trash et potache souvent, mais c’est toujours inattendu et drôle à faire peur. Un bon scénariste ne fait pas systématiquement un bon écrivain, mais dans le cas de Warren Ellis on a touché le jackpot : ceux qui le connaissent par ses comics ne pourront qu’aimer sa prose, et ceux qui le découvrent par ce roman n’auront plus aucune excuse digne de ce nom pour ne pas se mettre à lire des comics, à commencer par les siens bien entendu (et puis vous pourrez doucement et sans douleur glisser vers quelques-uns de ses pairs tels Garth Ennis ou Alan Moore).

En outre, son expérience dans la bande dessinée lui confère un avantage certain et qui saute aux yeux du lecteur dès les premières pages : le gus sait écrire des dialogues. Entre l’art de la punchline et le sens de la répartie, Warren Ellis se pose là.

Une autre de ses bonnes habitudes de scénariste de premier plan qu’il aura parfaitement su transposer au média roman, c’est sa maîtrise du rythme. Pour ça pas de lézard, on ne s’ennuie pas une seconde à la lecture de ce bouquin. Pas de ventre-mou, pas de perte de vitesse, la mécanique est parfaitement huilée et ça roule tout seul.

Et enfin pour rassurer un peu ceux qui, peut-être, seraient méfiants et craindraient un trop plein de violence gratuite, de vulgarité crasse et de déviances sexuelles assumées (paraîtrait que dans ce livre des types s’enfileraient des autruches !?!), sachez que le britannique fou qui a écrit ces pages n’est pas uniquement capable d’aligner des gros mots, de la barbaque et quelques bouts de fesses. Le gars a une plume, une vraie. Et pas besoin de le prier pour qu’il s’en serve. Ne soyez donc pas étonnés de trouver au sein même de ce roman qui pourtant ne fait rien pour qu’on s’y attende, d’authentiques morceaux de poésie et de sensibilité. Oui messieurs-dames ! Vous ne me croyez pas ? Lisez Artères souterraines sans attendre, vous m’en direz des nouvelles.

 

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25 avril 2018 3 25 /04 /avril /2018 11:12

Que voilà un roman qui a fait couler pas mal d’encre en son temps (sa parution initiale date de 2011). Tout d’abord parce qu’il s’agit d’un roman de Tonino Benacquista, un auteur qui compte dans la littérature moderne française et qui a déjà connu de beaux succès populaires et critiques ces dernières années. Que cela soit pour ses romans (pour ma part j’ai vraiment adoré Quelqu’un d’autre et Saga, et je n’ai pas encore lu ce qui semble être son œuvre la plus plébiscitée : Malavita) ou pour ses scénarios de cinéma (Sur mes lèvres ou De battre mon cœur s’est arrêté parmi les plus célèbres d’une longue liste de films), et un peu plus modestement pour ses scénarios de bandes dessinées, Tonino Benacquista est connu et reconnu comme un écrivain de talent.

 

Mais il a aussi fait parler de lui de par son sujet. Et ce dernier connaît dans l’actualité d’aujourd’hui des résonances intéressantes, avec les différentes polémiques au centre desquelles un certain féminisme revendicatif revient sur le devant de la scène : par l’affaire Weinstein qui a donné lieu à une libération de la voix des femmes victimes d’abus et de violences sexuelles (et le fameux #balancetonporc -d’une classe folle- qui est devenu le nouveau buzz sur les réseaux sociaux), par le cafouillage entre féministes pro et anti voile islamique, par le concept assez récent de charge mentale (pris un peu en otage par les revendications féministes alors que sur le papier il peut concerner absolument tout le monde quel que soit le sexe) ou par le débat houleux et pour certains aspects délirant autour de l’écriture inclusive.

 

Si je dis que le thème du roman est en plein dans l’actualité, ce n’est pas tant parce qu’il parle de féminisme, mais plutôt par un curieux effet miroir (qui semblerait aujourd’hui presque anachronique) car Benacquista nous parle dans Homo Erectus des hommes et de leur condition (et donc forcément de leurs relations avec les femmes).

 

Rapidement le pitch du bouquin : à Paris, chaque jeudi, se tient dans un endroit secret qui change semaine après semaine, des réunions d’hommes qui tour à tour peuvent venir s’ils le désirent s’exprimer devant l’assemblée et y parler d’eux, et de leurs rapports avec les femmes, quels qu’ils soient. La règle est simple : chacun peut dire ce qu’il a sur le cœur, personne ne pose de question, personne ne fait de commentaire, et surtout le plus important : personne ne juge. Trois participants se retrouvent cependant en dehors des réunions pour discuter entre eux de leurs expériences.

Il y a Philippe, l’écrivain-philosophe qui connaît une certaine notoriété depuis qu’il a écrit un livre à succès. Depuis il a perdu l’amour de sa femme Juliette et s’est mis en couple avec une magnifique et très en vue top-model de la moitié de son âge. Il y a Denis, serveur chef de rang dans une grande brasserie, qui a toujours eu énormément de succès avec les femmes mais qui n’attire plus personne depuis quelque temps au point de croire à un complot féminin pour réduire à néant sa virilité ! Et puis il y a Yves, modeste ouvrier vitrier parisien, qui a quitté sa femme après qu’elle lui ait avoué une incartade avec un strip-teaseur. Depuis il est fermement décidé à ne plus laisser les sentiments s’insinuer dans ses rapports aux femmes, est devenu un fervent adepte des prostituées et s’est fixé comme but de découvrir tous les types de corps féminins qui puissent exister…

 

En fait j’ai trouvé le point de départ de ce roman vraiment original et intrigant, et l’idée même de montrer l’aspect habituellement caché des hommes (les sentiments ne seraient-ils pas exclusivement réservés aux femmes si l’ont en croit certaines ?), cassant l’image du mec testostéroné et de sa virilité, exposant les faiblesses, les fragilités et les doutes, à la fois subversive et intéressante. Enfin intéressante à la condition qu’on ne tombe pas dans le larmoyant ou l’accusation facile, écueil que Benacquista évite avec brio. Ajoutez par-dessus cela le talent de conteur et de modeleur de personnages de l’auteur, et vous obtenez un chouette bouquin, à la fois intelligent et sensible sans jamais être moralisateur et définitif dans son propos.

 

Mais quand je disais en introduction que ce livre a fait couler pas mal d’encre, c’est parce que pour préparer ma chronique j’ai un peu farfouillé sur le net, cherchant comment avait été accueilli le roman. Et là quelle ne fut pas ma surprise ! J’y ai trouvé tous types de commentaires, positifs et négatifs cela va de soi. Mais parmi les négatifs, quelle violence ! Beaucoup de dédain pour le sujet, de moqueries, de préjugés. Que la personne l’ait lu ou non d’ailleurs, ce qui est encore plus troublant. Et pour parfaire mon étonnement, parmi les avis négatifs j’ai noté une très forte proportion de femmes. Certes vous me direz que la majorité des lecteurs sont des lectrices, d’autant plus pour ce genre de littérature, mais quand même la proportion est telle que ça m’a choqué. Et ce qui m’a encore plus estomaqué, c’est le contenu des critiques : des clichés sur les hommes, des phrases du type « ces pauvres chéris qui veulent qu’on s’apitoie sur leur sort » ou « bureau des pleurs et catalogue de fantasmes masculins »… Très peu d’arguments sur les idées développées dans le roman, rien sur le style de l’écrivain : uniquement des récriminations sur le thème du livre. Vraiment, trouver cela sur bon nombre de sites et blogs dits « littéraires », donc provenant de personnes sensément réfléchies et ouvertes d’esprit (en tout cas je croyais -naïvement ?-que la lecture intensive menait à ces qualités intérieures là), pour la plupart des femmes qui justement fustigent ce type de comportements et de commentaires sexistes lorsqu’ils portent sur la condition féminine… ça m’a un peu déboussolé. Énervé également. Mais désespéré surtout, car ils montrent toute l’incompréhension et les murs qui s’érigent entre hommes et femmes, et démontrent que les femmes font elles aussi dans ce domaine d’excellents maçons (désolé mesdames, il n’y a pas de forme féminine du mot pour le coup, ce qui est je vous l’accorde profondément injuste !!)…

 

Ces critiques négatives et plutôt virulentes m’ont d’autant plus surpris que justement il m’a semblé que le roman évite avec beaucoup de justesse tout ce dont il est pour (et par) certaines condamné. Je n’ai pas trouvé de sexisme, d’agressivité gratuite, de reproches genrés faits aux femmes dans ce texte. Une lecture superficielle pourrait laisser croire que les femmes tiennent le mauvais rôle dans cette histoire, et pourtant non seulement c’est loin d’être le cas si on va plus dans les détails, mais de plus je suis absolument persuadé que ça n’était en rien l’objectif de l’auteur. L’immense majorité des reproches que j’ai pu lire à son sujet me paraissent en réalité n’être rien d’autre que des projections des pensées (ou plutôt des limitations de leurs pensées) des commentateurs sur l’œuvre ou l’intention de l’auteur. Ce qui est au choix et selon votre humeur du jour soit banalement triste, soit affreusement affligeant…

Je ne crois pas que Benacquista ait cherché à définir des gentils et des méchantes, bien au contraire. Il a surtout montré les différences et les failles de chacun (et chacune, suis-je obligé de le préciser ?), et tout ce que cela peut provoquer comme difficultés relationnelles. Non les femmes n’ont pas le mauvais rôle : que dire de cette inconnue qui entre dans la vie de Denis par exemple, et qui -sans vouloir déflorer l’intrigue- aura un effet des plus positifs sur ce type au comportement et aux réflexions de dépressif profond ? Non les hommes n’ont pas le beau rôle : il n’y a qu’à lire les différents témoignages de ceux qui s’expriment lors de ces réunions secrètes pour s’en convaincre.

 

Réunions secrètes qui m’ont d’ailleurs énormément plu, dans leur déroulement comme dans leur concept. L’analogie vient toute seule avec les réunions d’alcooliques anonymes (ou de n’importe quels accros à des substances diverses et dangereuses pour la santé), elle saute même aux yeux. En poussant l’analogie, les femmes seraient-elles donc nocives pour la santé (mentale) des hommes ? Les hommes malgré les grands airs qu’ils cherchent à se donner pour sauver la face ne seraient-ils que de vulgaires toxicos complètement soumis au sujet de leur addiction : les femmes ? Si vous lisez ce roman vous vous ferez votre propre opinion, vous en avez d’ailleurs certainement une sur le sujet même sans avoir lu le bouquin. La mienne est que ce livre démontre avec brio, intelligence, bienveillance et tendresse tout ce qui sépare les hommes des femmes, l’incompréhension qui peut exister entre eux et elles (coucou l’écriture inclusive, j’ai bon là?) (ou aurais-je dû écrire juste « entre elles »?), et en même temps tout ce qui les rapproche : ce fichu besoin de se sentir aimé, désiré, adoré, sublimé, respecté, caressé par elles et eux (barrez sans retenue le terme qui pourrait vous choquer ou vous mettre en rogne, pour moi ils conviennent tous !).

 

Sans en faire un chef-d’œuvre absolu, et encore moins un étendard revendicatif (de quoi d’abord ?), j’ai plutôt aimé lire ce roman, il m’a fait tantôt sourire tantôt réfléchir, il ne m’a rien imposé en termes de conclusion ni de morale, et si je ne peux pas le ranger aux côtés de mes livres de chevet je ne peux cependant que le conseiller à la lecture.

En renvoyant les plus extrêmes des sexistes de tous genres dos-à-dos. Ce qui ne doit du reste pas être facile pour aller se faire foutre je l’admets, mais qu’ils se démerdent entre eux.

 

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