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Attention !

Avant de lire les notes que je fais sur les films que je vois et les bd que je lis, sachez que dans mes commentaires il m'arrive parfois de dévoiler les histoires et les intrigues. Ceci dit pour les comics, je n'en parle que quelques mois après leur publication, ce qui laisse le temps de les lire avant de lire mes chroniques.
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8 août 2013 4 08 /08 /août /2013 18:12

C'est en zappant sur son téléviseur que Steven Soderbergh est tombé un jour par hasard sur une émission d'Ultimate Fighting opposant des adversaires féminines. C'est là qu'il découvre la grande championne du moment : Gina Carano. Tombant instantanément sous le charme de la jeune femme (et très franchement, on peut le comprendre), il décide qu'elle sera l'héroïne d'un de ses films. Comme la vie est bien faite, il trouve là l'occasion de faire d'une pierre deux coups et de concrétiser une des envies qu'il a depuis longtemps : en grand fan de James Bonderies il rêve de réaliser un film d'espionnage. Il vient de trouver son espionne. Elle s'appelle Gina Carano, elle est sexy, elle est ultra-féminine et manie l'uppercut et le high-kick avec force et grâce.

370 Piegee mallory

Propulsée en tête d'affiche alors qu'elle n'a tenu jusqu'alors que de rares petits rôles plutôt anecdotiques, Soderbergh entoure son apprentie comédienne d'un casting haut de gamme du genre dont il a le secret. Car oui, l'un des avantages à s'appeler Steven Soderbergh, c'est de pouvoir réunir autour de soi un casting de luxe comme qui rigole. Gina Carano se retrouve donc à donner la réplique à rien moins que : Ewan McGregor, Michael Fassbender, Bill Paxton, Antonio Banderas, Michael Douglas et Channing Tatum. Et quand je dis « donner la réplique », cela peut inclure aussi « tataner la tronche ».

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Question scénario, c'est assez classique. Mallory Kane (Gina Carano) est un agent d'élite (c'est plus classe que de dire une barbouze) qui travaille pour l'organisation semi-clandestine de Kenneth (Ewan McGregor), accessoirement son ex-petit ami. Envoyée en Espagne, elle dirige une petite équipe de mercenaires qui a pour mission de délivrer un journaliste chinois retenu en otage. Lors de sa mission suivante, elle découvre qu'on cherche délibérément à l'éliminer tout en l'incriminant dans un meurtre qu'elle n'a évidemment pas commis. Elle va devoir se sortir de ce mauvais pas seule et découvrir qui l'y a entraînée...

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Bon, en gros, on nous fait le coup du super agent secret trahi qu'on cherche à éliminer, ce qui relève presque de la tarte à la crème quand on parle de film d'espionnage. Mais sur ce canevas ultra-rebattu et assez prévisible, Soderbergh parvient toutefois à tisser un récit intéressant. D'abord par son choix de narration destructurée à base de flashbacks qui dévoilent peu à peu l'affaire. Ensuite par le choix de ses personnages, tous très charismatiques (citons un Michael Fassbender en Paul, agent britannique d'une classe folle mais aussi capable d'une grande sauvagerie). Et puis par la froideur et du récit, des héros peu bavards, quelques mouvements de caméra et un montage pas dénués d'intérêt, un fond musical qui passe quelquefois au premier plan sonore ce qui donne un cachet original à certaines scènes, notamment d'action ou de poursuite, qui resteraient sans cela dans un registre très classique. Bref, le réalisateur livre un bel objet filmique avec une histoire simple mais au classicisme revisité. On n'échappera pas au jeu d'éclairage et de couleurs qui viennent souligner les différentes ambiances, une des marques de fabrique de Soderbergh (qu'il avait poussée jusqu'à l'exagération dans Traffic), chose que personnellement je n'apprécie que moyennement, je trouve ça un peu too much comme effets visuels.

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L'intérêt principal reste le casting sur lequel s'appuie le film, son interprète principale en tête, et les scènes de baston où justement elle passe de la sensualité à la débauche d'énergie et de violence pure (une fille aussi sexy qui tape aussi dur, et qui ramasse aussi de sacrées volées, ça fait de l'effet, surtout quand on sait qu'elle a fait ça aussi pour de vrai dans des combats de MMA !). Sorti de là on a des personnages un peu caricaturaux et faits sur mesure pour leurs interprètes : Channing Tatum en gros bourrin pas très fute-fute, Ewan McGregor en tête à claques détestable tout droit sorti d'un camp scout si l'on en juge uniquement par la coupe de cheveux, Michael Douglas au profil de requin qui incarne à lui seul l'ensemble des magouilleurs officiels de l'administration fédérale, Michael Fassbender en parfait tueur à gages james-bondien, classe et magnétique, à la fois physique et cérébral et un Antonio Banderas latino jusqu'au bout des castagnettes.

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Pour l'exercice de style, pour l'interprétation, pour Michael Fassbender et surtout pour Gina Carano je conseille ce petit film sans grande prétention et qui est un peu passé inaperçu à sa sortie, mais qui reste plutôt bien fichu.

370 Piegee aff

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3 août 2013 6 03 /08 /août /2013 09:01

C'est le jour de mes 38 ans que Asaf Avidan est venu donner un concert à deux pas de chez moi, au Casino de Bâle. Je ne suis pas encore mégalo au point de croire qu'il s'est arrangé pour que les dates coïncident, mais je le remercie quand même au cas où, c'était sympa de sa part !

Pour être tout à fait honnête, je ne le connaissais quasiment pas avant ce soir-là. De nom un peu, d'oreilles pas bien et de visu carrément pas. Je ne suis pas toujours parfaitement à la page, je le confesse. D'autant que Asaf Avidan est quand même si j'ai bien tout compris à son sujet, un des artistes les plus en vogue en ce moment. Entre certains titres repris pour des campagnes de pub et déjà 4 albums au compteur, le gaillard ne m'a visiblement pas attendu pour se faire connaître. Il a bien fait cela-dit, je suis parfois un peu long à la détente.

Avant cette soirée du 14 avril donc, je n'avais eu que de rares et distantes rencontres avec son œuvre musicale. J'en avais vaguement entendu parler sans chercher à en savoir plus de mon côté, on me l'avait chaudement recommandé à plusieurs reprises, et j'avais pu l'écouter quelques fois, mais à ma décharge, dans des conditions pas au top. En réalité les deux ou trois fois où j'ai pu écouter un de ses CD, c'était en voiture, ce qui pour découvrir sa musique n'est pas l'idéal je peux le confirmer. En effet, entre sa voix hyper aiguë et ses rythmes parfois un peu syncopés, le peu que j'arrivais à distinguer et qui surnageait par-dessus le bruit du moteur ressemblait plus à une succession de petits cris stridents que je n'avais pas trouvés des plus agréables. D'ailleurs pour vraiment confesser mon erreur jusqu'au bout, je n'avais pas réussi à vraiment identifier le chanteur et ses morceaux avant le concert, puisque même lorsque je l'entendais à la radio par exemple, j'étais à chaque fois persuadé jusqu'à ce qu'on me précise (à chaque fois nécessairement aussi) « mais non c'est Asaf Avidan », d'entendre une nouvelle chanteuse que je ne connaissais pas encore.

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Autant dire que je n'étais pas totalement convaincu en allant le voir. Et notre rencontre en live aurait pu très mal se passer d'ailleurs si je n'avais pas eu à ma disposition des bouchons d'oreilles ce soir-là. Faut dire que sur ce sujet, les suisses sont exemplaires : là où en France je vois rarement de mise à disposition de ces bouchons d'oreilles lors de concerts, et quand c'est le cas toujours à des prix prohibitifs, en Suisse c'est systématique : ils sont en libre-service à l'entrée de chaque concert. On ne badine pas avec la santé auditive en Suisse. On ne badine pas avec grand-chose du reste, en Suisse.

Bref, il m'a fallu à peu près 2 secondes 3 dixièmes pour dégainer et enfiler les-dits bouchons après le premier son échappé de la sono ce soir au Casino de Bâle. Sûr que sur ce coup-là ma dextérité aurait mis minable n'importe quel Usain Bolt, Bip-Bip et le Coyote ou Speedy Gonzales venu. Parce que bon sang, j'ai rarement entendu concert aussi tonitruant que celui-ci. Je ne parviens d'ailleurs pas à comprendre par quel miracle celles et ceux qui n'étaient pas équipés de bouchons ont pu survivre, et encore moins ressortir autrement que sourds au dernier degré.

Mais bon, les autres on s'en fout hein, l'essentiel c'est que moi j'étais équipé !

Cela étant dit, ce concert a été pour moi une vraie et belle surprise. D'abord parce que je n'en attendais honnêtement pas grand-chose, ensuite parce que j'y suis allé sans quasiment rien connaître de ce que j'allais entendre, et que malgré cela j'ai été très largement conquis par ce que j'ai vu et entendu. Une fois n'est pas coutume, je ne vais pas truffer un de mes articles musicaux de titres de chansons et d'albums parce qu'aujourd'hui encore, je suis totalement incapable d'en citer de tête. Vous échappez donc à une liste de titres interminable. Mais ce que je peux dire c'est que c'était bien. Vachement bien. Très loin de l'image sonore déformée que j'en avais eu jusqu'alors. Très loin de ce que à quoi je m'attendais en me basant sur la tonalité de sa voix.

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Bien que ne connaissant presque rien du tout, je ne me suis pas ennuyé une seule seconde, j'ai apprécié chaque morceau que j'ai entendu, et j'ai tout spécialement été séduit par la performance scénique du bonhomme. Asaf Avidan est visiblement un type très loquace et foncièrement sympathique. Doté d'une tchatche pas commune et d'un bon sens de l'humour, le moins qu'on puisse dire c'est qu'il n'est pas du genre à se contenter de chanter ses chansons et basta. Il communique beaucoup avec son public et instaure un réel échange, qui semble aussi sincère que décontracté et spontané, ce qui n'est pas si courant que cela. Il introduit ses chansons, les explique ou les remet dans un contexte dans un anglais parfaitement compréhensible et même un français tout à fait honorable. On utilise souvent l'expression de spectacle-vivant pour désigner les concerts et les prestations live, mais avec Asaf Avidan on en a toute la définition !

Musicalement j'ai beaucoup aimé les changements de style, la variété instrumentale et cette spécificité qui m'avait jusqu'alors un peu tenu à distance du chanteur, je veux parler de sa voix très aiguë, m'est apparue dans le contexte complètement adéquate à l'univers sonore de l'artiste. Sa voix, au même titre que celle de Patricia Barber dont je parlais il y a peu, est un instrument à part entière et il s'en sert comme tel. Et le voir en direct chanter pendant deux heures m'a définitivement ôté le lien naturel que j'en faisais avec une voix féminine !

Cependant je confesse une dernière chose. J'ai aimé ce concert, j'ai changé positivement d'avis sur la musique d'Asaf Avidan, mais pourtant je ne me suis pas encore mis à l'écouter sur CD. Ce qui explique d'ailleurs aussi que je sois toujours aussi ignare en ce qui concerne les titres de ses chansons et de ses albums... Ce n'est pas un choix conscient de ma part, je pense que j'y viendrai certainement tôt ou tard, mais pour l'instant à mes yeux, Asaf Avidan est avant tout un artiste de live, que je n'hésiterais pas une seconde à aller revoir.

Et juste pour se replonger dans l'ambiance, voici une vidéo dénichée sur Youtube de sa chanson Reckoning Song lors son premier passage à Bâle il y a deux ans :


 
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30 juillet 2013 2 30 /07 /juillet /2013 18:02

Voici un livre-coup de cœur. Un petit bouquin qui se lit vite, trop vite tant on aimerait prolonger un peu l'immersion en compagnie des personnages qu'on découvre tout du long.

Plutôt difficile à résumer car complètement foutraque, je vais tenter d'en parler un peu quand même en tâchant de ne pas trop en dévoiler cependant. Un des intérêts du livre c'est justement de découvrir au fur et à mesure les aventures de ces personnages décalés et complètement déjantés.
 

C'est l'histoire d'un frenchy expatrié aux USA, qui a la fibre littéraire mais qui bosse dans une blanchisserie pour survivre. C'est le personnage principal, mais on ne saura jamais son nom... Loser confirmé mais attachant, amateur de bibine, traîne-savate sympathique mais un peu pathétique, il rencontre un jour Emma. Elle est sublime, il en tombe amoureux fou. Ils se marient. Il l'emmène pour leur voyage de noces à Sandpiper, une petite station balnéaire pourrave sur la côte, connue pour son immense dune de sable « qui chante » quand le vent se lève, et pour JFK, le pélican irascible et mascotte du club de vacances. Mais on est un loser ou on ne l'est pas : après seulement quelques heures de mariage, Emma se fait la malle, laissant notre héros seul, malheureux comme les pierres, et sans autre explications que celles qu'il s'acharne à déloger au fond des binouzes qu'il partage avec ses potes de beuverie. Mais être abandonné par l'amour de sa vie n'est que le début de la fin : le sort va s'acharner. Un touriste allemand, dont la femme vient de se barrer avec un surfer du coin, fond littéralement un câble et se met à tourner en rond au pied de la dune, chaque jour, encore et encore. Au point d'en devenir une attraction locale attirant curieux et journalistes en une foule de plus en plus nombreuse. Par un concours de circonstances malheureux, notre anti-héros va se voir propulser à la tête du camping de la petite station balnéaire qu'il va renommer « Emma revient » comme un ultime cri de désespoir, secondé par une belle équipe de bras cassés, à devoir gérer une situation de plus en plus abracadabrantesque et qui part de plus en plus en vrille.
 

L'intérêt premier de ce livre n'est pas à mon sens l'histoire. Pour moi il est double : le style de l'auteur, Arnaud Le Guilcher, et les personnages qu'il met en scène. D'ailleurs ces deux facettes du livre sont complètement liées : si les personnages qui hantent ce bouquin sont à ce point truculents et géniaux à suivre, c'est justement par le style enlevé, bourré d'argot et de gouaille, par la narration à la première personne, par un vocabulaire et des expressions très imagées, et surtout un humour très noir et un cynisme ambiant presque pesant.
 

Tiens, pour vous donner une idée, voici un passage où le héros se décrit physiquement :
 

"Ma mère était belle. Mon père avait raté le coche, j'aurais pu être beau. Pas beau et intelligent. Non, faut pas charrier, mais au moins présentable... Le jour de la giclée fatidique, il a dû penser à une vieille tante moustachue, et pan, un spermatozoïde blindé de gènes de thon a conquis le saint Graal. Bilan des courses : ma gueule. Merci du cadeau."
 

Ce qui m'a embarqué directement dans cette histoire iconoclaste aux péripéties et aux situations plus invraisemblables les unes que les autres, c'est avant tout le ton de l'auteur (qu'on amalgame d'ailleurs au héros, par le jeu de la narration à la première personne et le fait que jamais il n'est nommé dans le roman). On aborde frontalement des situations et des faits souvent dramatiques, des réflexions qui en disent long sur la profondeur des blessures de ceux qui les endurent, il y a en permanence une tristesse, une mélancolie et le poids de cette fatalité implacable qui pèse sur les épaules du héros. Mais tout cela est dit et écrit avec des mots bien spécifiques, férocement poétiques dans leur manière d'être bruts de décoffrage. L'humour est omniprésent, d'une noirceur assez terrible mais qui lui donne une force décuplée, irrésistible. Le cynisme s'incruste page après page, donnant une saveur amère au récit, mais avec ce petit arrière-goût de reviens-y auquel on ne peut pas dire non et qui peut très vite si l'on n'y prend garde (mais en a-t-on franchement envie ?) devenir source d'accoutumance...
 

Alors c'est vrai qu'on pourra reprocher aux situations d'êtres parfois un chouïa exagérées, à l'auteur de trop se laisser aller dans son délire, peut-être que certains lecteurs s'en trouveront tenus un peu à l'écart, mis à distance d'un récit qu'on pourrait juger trop excentrique par moment... mais en contre-partie (et je soupçonne l'auteur de l'avoir fait délibérément) il y a une telle humanité dans les personnages, que tout cela se compense assez harmonieusement. La légèreté et l'humour (corrosif) des situations d'une part, le poids des âmes et des sentiments d'autre part, le tout donne un roman original, drôle, profond et léger à la fois.
 

Pour moi Arnaud le Guilcher a été une vraie belle rencontre avec un écrivain de talent au style prononcé et immédiatement reconnaissable. Un peu comme si Renaud se mettait à écrire des romans, vous voyez un peu le genre ? Et dans cette façon de mettre en scène des personnages très actuels, aussi déjantés que totalement losers, je mettrais bien cet auteur aux côtés d'un Serge Le Vaillant ou d'un Laurent Chalumeau dont j'ai déjà pu vous parler ici...
 

Je termine en vous touchant un mot de la toute fin du roman, le dernier paragraphe si ce n'est même carrément la dernière phrase, reprenant du reste le titre du livre, qui clôt ce roman sur une note d'une profonde beauté, quelques mots qui relativisent tout le reste du bouquin, et qui m'ont cueilli là comme une préadolescente devant le dernier épisode de Twilight, me bouleversant d'une manière je dois bien le dire assez honteuse, me prenant par surprise quand je ne m'y attendais plus. Me donnant une gigantesque envie d'en savoir plus, d'en lire plus, de faire de ce type dont je venais de lire les mésaventures un pote à moi. Et par chance, j'ai pu prendre un peu de rab quelques mois plus tard, avec la suite de En moins bien intitulée Pas mieux (on en reparle ici bientôt), et qui je peux d'ores et déjà le dire, m'a mis une plus grosse claque encore que le premier roman.

Mais ça, c'est une autre histoire...

368 en moins bien

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27 juillet 2013 6 27 /07 /juillet /2013 06:53

S'il est une question qui se rapporte à The Amazing Spider-Man, la nouvelle version cinéma des aventures de mon homme-araignée préféré, c'est : « Pourquoi ? ».

Je lis les aventures du tisseur depuis un bail maintenant. Il est entré dans ma vie de lecteur et de petit garçon alors que je devais avoir quelque chose comme huit ou neuf ans. Un bail je vous dis. Et depuis il ne m'a plus quitté (au contraire il a même rameuté pas mal de ses potes en moule-burnes colorés). Au tournant des années 2000, quand Sam Raimi a transposé mon héros de papier sur grand écran j'avais été aux anges. Le temps d'une trilogie (qui a tellement parlé à mon âme de gamin lecteur de comics que j'ai même été capable de défendre le troisième opus au-delà de toute objectivité), j'avais rencontré Peter Parker pour de vrai, il avait pris vie devant mes yeux et m'avait complètement séduit tant j'y retrouvais ce qui avait bercé ma jeunesse.

Aussi avais-je été bien triste d'apprendre que le quatrième volet de la série de films mis en scène par Sam Raimi avait été abandonné. Déjà, un premier « pourquoi ?» venait poindre sur mes lèvres. La trilogie avait ramassé tant d'argent et remporté un tel succès que j'avais du mal à comprendre ce qui pouvait pousser les producteurs à ne pas faire fructifier la poule aux œufs d'or rouge et bleue.

367 amazing spider-man plafond

Le deuxième « pourquoi ? » n'a pas tardé à arriver quand l'annonce d'un reboot a été officialisée. Une franchise de trois films dont le plus ancien n'a même pas dix ans, et on voudrait déjà procéder à un reboot ?! Pour ceux qui ne le sauraient pas, un reboot c'est une autre façon de dire « on efface tout et on recommence ». Autrement dit, on oublie les trois films de Raimi et on reprend tout du début avec une nouvelle équipe artistique. Ce qui veut dire qu'on repasse par la case « narration des origines » par exemple. Pour moi c'était purement incompréhensible. Raconter à nouveau un truc qui l'a déjà été il n'y a même pas dix ans (et plutôt bien qui plus est), ça s'appelle se répéter inutilement. Voire même être carrément contre-productif. Parce que c'est quand même risqué de refaire à peu de chose près le même film qui raconte les mêmes choses qu'il y a quelques temps, alors que tant de personnes ont vu la première version. Ça n'est pas la meilleure façon d'attiser la curiosité des spectateurs selon moi... parce que quand même, là on est à deux doigts du foutage de gueule ouvertement assumé.

Mais bon, je ne suis pas un garçon aussi contrariant qu'on pourrait bien le croire, aussi leur laissais-je encore le bénéfice du doute. En me disant : les mecs de la prod ne sont pas complètement fous et il s'agit de grosses sommes en jeu, ils ne s'amuseraient pas à faire n'importe quoi juste pour le plaisir quand même.

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Et puis j'ai vu le film. Et là, fort logiquement, s'est donc imposé à moi le troisième « pourquoi ? ». Parce que si je m'étais interdis de juger trop sévèrement par avance ce film, après l'avoir vu ben, je pouvais me l'autoriser. Or, qu'ai-je vu exactement ? Je ne vais pas faire la liste exhaustive des ressemblances et différences entre le premier film de Sam Raimi et le film de Marc Webb (un type au nom prédestiné soit dit en passant). Je ne vais pas non plus faire le résumé du film ici, même si c'est d'habitude ce que je fais pour causer d'un film. Or justement, j'aurais l'impression d'encore en rajouter une couche dans la répétition, je m'abstiendrai donc. Qu'ai-je vu exactement disais-je donc... et bien pour résumer mon impression voici : à mes yeux tout ce qui est repris ou très proche de la version de 2002 est moins bien fait que dans l'original. Et tout ce qui est différent et nouveau par rapport à l'ancienne version, m'a semblé ne rien apporter de décisivement meilleur, ou plutôt devrais-je dire n'a pas été suffisamment pertinent et efficace. C'est un peu raide dit comme ça, et pourtant c'est bien ce que j'ai ressenti en voyant le film. Ce qui étrangement ne veut pas dire que je considère ce Amazing Spider-Man comme un mauvais film, loin de là, il est même dans une bonne moyenne dans la catégorie « films de super-héros ». Mais il passe après la trilogie de Raimi, et donc ne peut pas échapper à la comparaison, qui n'est pas forcément flatteuse à son endroit. C'est du reste le plus gros défaut du film, je le confesse. Si je n'avais pas vu mieux peu de temps avant, certainement aurais-je été plus enthousiasmé par cette version.

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Cependant la vision du film m'aura toutefois apporté quelques débuts de réponses à mes « pourquoi ? ». Clairement, ce film a été produit pour attirer un public plus jeune que celui d'il y a dix ans. Andrew Garfield qui incarne Peter Parker, ou Emma Stone qui interprète le rôle de Gwen Stacy sont en effet carrément plus djeun's, plus glam, plus in, plus dans la vibe, plus tout-ce-que-vous-voulez-qui se-dit-aujourd'hui-pour-signifier-que-les-ados-les-kiffent-foutrement-mieux-avec-ces-gueules-là que leurs prédécesseurs, de dangereux trentenaires qu'on nous faisait passer pour des lycéens. C'est vrai, Tobey Maguire a beau avoir une tronche de gamin attardé, il a quand même 38 balais le pépère (oh bordel, mon âge...). Et Kirsten Dunst, toute craquante qu'elle est (si si, revoyez la scène du baiser à l'envers en t-shirt mouillé) est trentenaire elle aussi... et comme elle a commencé le cinéma étant gamine on a l'impression de la voir sur les écrans depuis une éternité que voulez-vous... Cela étant dit, je tiens à préciser que même s'il ne les fait pas, mais alors pas du tout, Andrew Garfield fête lui aussi cette année ses trente printemps hein … donc la logique du rajeunissement du casting à tout prix a ses propres limites visiblement.

Bref, The Amazing Spider-Man a rajeuni l'image des héros principaux, et par ce fait semble avoir gagné le pari de plaire aux plus jeunes. Pourtant côté histoire, un des arguments avancés pour ce reboot a été de dire qu'on chercherait à être plus fidèle à la version papier du héros. Souvenez-vous en 2002, certains ont pu s'émouvoir de ne pas entendre parler de Gwen Stacy (le premier grand -et tragique- amour de Peter Parker) mais directement de voir entrer en scène Mary-Jane Watson, la seconde (par ordre chronologique) amoureuse symbolique dans la vie de Peter. C'était passé sous couvert d'adaptation cinéma, et il n'était pas totalement faux de considérer Gwen Stacy comme un « vieux » personnage disparu depuis longtemps (elle meurt -désolé si je spoile quelqu'un qui voudrait se mettre aujourd'hui à lire l'intégrale de Spider-Man hein, mais vous ne devez pas être bien nombreux quand même- au début des années 70 dans les comics), qui ne parlerait que très peu aux spectateurs alors que Mary-Jane était le personnage féminin principal de la BD depuis près de 30 ans au moment de la sortie du film. Histoire de coller à l'actualité du comics, il n'était pas déraisonnable de sauter Gwen (oups) pour se rendre directement à l'essentiel (une rousse que tu tiens vaut mieux que deux blondes que tu auras) avec MJ (ce n'est que mon avis)(sur MJ)(et sur les rousses).

367 amazing spider-man gwen parapluie

Tout ça pour dire que j'aime les rousses que l'on pouvait se dire qu'au moins avec ce nouveau film on aurait quelque chose de plus proche des vraies origines du comics. Sauf que non, désolé, mais non. Dans l'esprit, j'ai trouvé l'adaptation de Raimi, malgré ses infidélités capillo-chromatiques, bien plus proche du comic que celle de Webb. Certes oui, on a voulu donner un coup de jeune, remettre dans un contexte plus actuel et moderne l'histoire de Peter Parker, mais moi ça m'a gêné aux entournures. L'histoire reliant les parents de Peter au docteur Connors par exemple, je l'ai trouvée très médiocre. L'idée de faire de Gwen l'assistante d'un pur génie scientifique (Connors donc) qui tient ce boulot comme un petit boulot d'appoint après le lycée, alors même qu'elle accède par ce biais à des recherches ultra-pointues et ultra sécurisées, m'a semblé un peu... comment dire cela... exagéré ? Capillo-tracté ? (oui, j'aime les mots composés commençant par capillo) portnaouaquesque ? (oui, parfois j'aime aussi inventer des mots improbables que pourtant vous comprenez)

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Mais pour en revenir à l'idée de fidélité au matériau d'origine (à savoir le comics créé en 1963 par Stan Lee et Steve Ditko), la principale chose qui m'a déplu, fortement déplu, carrément mis en colère limite que j'étais fielleux et chagrin (et là je ne parle même pas des 14 euros -14!!- qu'a coûté la place de cinéma en 3D salle Imax !!) en sortant de la projection, c'est que ce Peter Parker-là réussit en à peine plus de deux heures de film à dévoiler son identité à un nombre impressionnant de personnes ! Tout lecteur du monte-en-l'air sait que l'une des choses les plus importantes dans son existence de super-héros est et restera toujours (malgré une tentative hasardeuse durant l'épisode Civil War pour ceux à qui ça parle) de préserver son identité secrète, nom de Dieu de bordel de chiottes. Désolé je m'emporte. Combien de mésaventures tragiques, combien d'humiliations publiques, combien d'injustices déchirantes, de bons plans ratés, de gonzesses sacrifiées Peter a-t-il dû subir au cours de sa longue carrière de super-héros pour ne pas dévoiler qu'il se cachait sous le masque de l'Araignée ? (oui j'aime utiliser les vieux noms fancisés et abandonnés qu'on donnait avant à Spider-Man) C'est un des ressorts dramatiques du comic bon sang ! C'est un des traits de caractère et une des spécificités absolues de ce personnage merde zut alors ! Désolé, je m'emporte à nouveau. Fielleux et chagrin vous disais-je.

Non mais c'est vrai quoi. Spider-Man, même en version djeuns avec une coupe à la con façon Vivelle Dop qui le rend tellement plus cute aux yeux des gamines acnéiques, se doit, et c'est un impératif impérieux (oui, j'aime les pléonasmes par redondance), de préserver son anonymat. Sinon, ce n'est pas Spider-Man, c'est quelqu'un d'autre. Je ne sais pas, mais ce genre de « détail », ça aurait pu être utile d'en toucher un mot aux scénaristes. Je dis ça, je dis rien.

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Bon, je bavasse, je bavasse, mais concrètement j'ai presque oublié de vous dire que le méchant principal, le Lézard interprété par Rhys Ifans dans sa version humaine et par des images de synthèse un peu bof-bof dans sa version reptilienne est plutôt pas mal dans une des deux versions. Vous laisse deviner laquelle. Que les effets spéciaux liés plus spécifiquement à Spider-Man sont assez réussis même s'il faut être honnête, on ne s'en relèvera pas la nuit. Encore une fois, je n'ai pas été scotché comme il y a dix ans en découvrant le Spider-Man de Raimi virevolter au bout d'un fil. Mais ça c'est certainement parce qu'avec tous ces effets spéciaux de dingos on devient des enfants gâtés et qu'on ne sait plus apprécier ce qu'on a. Que Emma Stone est certes mignonne, mais qu'elle est blonde et ne porte pas de t-shirt mouillé (je veux dire dans le film, dans sa vie privée j'en sais rien). Et que c'est cool de voir de plus en plus souvent Irrfan Khan (le Docteur Ratha dans le film) au cinéma dans des grosses productions parce que c'est un chouette acteur. Allez stop, j'arrête là.

De toute manière, le film a marché, c'est un fait. Les gens sont retournés voir une histoire qu'ils avaient déjà vue, et en mieux, à peine quelques années auparavant. Je m'inclus dans la liste des moutons qu'on tond hein, pas de problème. Au point que des suites sont prévues pour les années à venir. Trois suites aux dernières nouvelles. Mais bon, là-dessus je ne m'avancerai pas trop, même le succès ne garantit plus un avenir pérenne de nos jours. Demandez à Sam Raimi tiens.


367 amazing spider-man aff

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26 juillet 2013 5 26 /07 /juillet /2013 09:47

 

Le 26 mars passait à Belfort une grande dame du jazz : Patricia Barber et son quartet. En tournée pour la sortie de son dernier album Smash, pour moi c'était l'occasion idéale de réaliser un de mes vieux rêves en allant la voir en live.

Je resitue rapidement Patricia Barber et mon histoire perso avec elle. Car oui, j'ai eu une histoire perso avec elle messieurs-dames. Une histoire purement artistico-musicale mais quand même, du genre qui marque. J'ai découvert Patricia Barber en 1998, par l'intermédiaire de mon ami Rémy. En ces temps reculés, nous partagions lui et moi nos découvertes et coups de cœur artistiques et n'hésitions pas à partir vaillamment à la découverte de nouveautés en tous genres. Alors que je lui faisais découvrir quelques comics parmi les plus cultes de ma collection, qu'on se refilait nos meilleurs dvd (une technologie qui en était à ses tous débuts ! Ça nous rajeunit pas tout ça), qu'on faisait quelques belles découvertes au cinéma (à quelle nostalgie en repensant à The Big Lebowski, le Sixième Sens ou encore Matrix vus ensemble …) et qu'on s'échangeait des romans qui nous avaient marqués, du côté musical on se retrouvait sur des valeurs sûres comme Eric Clapton. Pour ma part je l'ai remis à jour sur mon maître Leonard Cohen et lui m'a fait découvrir deux artistes en particulier : Tony Joe White (un autre de mes fantasmes de concert) et Patricia Barber (ça y est j'ai raccroché les wagons).

366 Patricia Barber Smash

Arpentant les lieux branchés et interlopes de Mulhouse, nous avions pris nos habitudes dans certains magasins de Hi-Fi haut-de-gamme qui nous permettaient régulièrement d'emporter nos propres disques pour les écouter sur leur matériel en démonstration. Et quand je dis haut-de-gamme je ne plaisante pas. Il y avait des installations de plusieurs dizaines de milliers d'euros à vous laisser baba. Et c'est là, avec à mes pieds des amplis et pré-amplis à ampoules de toute beauté, des enceintes plus grandes et plus larges que moi, que j'ai entendu pour la première fois s'élever la voix limpide de Patricia Barber. Je m'en souviens comme si c'était hier alors que ça date du millénaire passé. Un frisson incommensurable et un vrai uppercut musical : Too Rich For My Blood sur du matos qui vaut plusieurs fois mon salaire annuel. Une claque monumentale.

C'était décidé : si je n'aurais certainement jamais un tel équipement chez moi, j'irais au moins la voir chanter pour de vrai ! Je venais de l'entendre pour la première fois et je savais qu'elle était sur ma liste des choses à voir absolument avant de mourir. Depuis lors, j'en avais fait un fantasme et je rêvais d'aller un soir voir Patricia Barber donner un concert au fond d'un club de jazz de New-York.

Aussi, quand j'ai appris qu'elle passait à Belfort pas loin de chez moi, j'ai marqué un temps d'arrêt, le temps d'une hésitation. Et puis bien vite je décidai de remiser à plus tard la partie « au fond d'un club de jazz de New-York » pour prendre ce qu'il y avait à prendre : « voir Patricia Barber en concert », et bien m'en a pris. Ce qui ne veut pas dire que j'ai tiré un trait sur la partie remisée à plus tard, notez bien.

366 patricia barber quartet

Bon, maintenant que je vous ai bien saoulés avec mon histoire de vieux combattants qui n'intéresse que moi (et peut-être Rémy s'il lit encore ce blog), permettez-moi de vous toucher quelques mots de Patricia Barber. Moins connue que des stars comme Norah Jones, Lisa Ekdahl ou encore Diana Krall, elle n'en reste pas moins une des figures féminines majeures du jazz depuis les années 90. Pianiste géniale, elle a une voix absolument terrible. D'ailleurs c'est à mon humble avis son talent principal, tant elle ne se contente pas de chanter mais fait de son organe vocal un instrument à part entière. D'ailleurs pour illustrer mes dires, lors de son concert de Belfort il a fallu attendre pas loin d'une demi-heure pour entendre les premiers mots chantés, alors qu'elle donnait de la voix depuis le début, toute en sons, en onomatopées, en fredonnements musicaux...

Patricia Barber est une grande artiste (et pas qu'en taille), mais elle reste d'une simplicité désarmante. Elle arrive sur scène, se déchausse et s'installe pieds nus à son piano avant d'entamer son concert. Entre sourires, jokes, et moments de profonde concentration, elle est toute entière dans son art, dans sa musique, dans son univers. Un univers fait d'accords mais aussi de silences, de mots et de respirations, de notes et de vibrations. Accompagnée d'un bassiste, d'un batteur et d'un guitariste (respectivement : Larry Kohut, John Deitemeyer et John Kregor), c'est à un spectacle complet et vivant qu'elle convie ses spectateurs, presque en toute intimité, juste pour un moment de partage de quelque chose de beau.

366 patricia barber quartet2

Écouter Patricia Barber c'est une expérience à part, c'est se déconnecter de la réalité pour plonger dans un monde tout entier fait de sons et de mélodies, où s'entremêlent instruments et voix pour ne faire plus qu'un. Je sais que le jazz ne plaît pas forcément à tout le monde, mais elle vaut la peine de prendre le temps de s'y essayer au moins un peu, au moins une fois. Je ne vous garantis pas que vous aimerez, mais je vous garantis que ça ne vous laissera pas de marbre.

Petite séquence nostalgie pour moi, je vous mets ici un lien pour écouter la sublime Too Rich For My Blood... bien entendu c'est la qualité de son de youtube sur un fond d'image fixe, mais n'empêche ça me dresse les poils quand même !


 
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23 juillet 2013 2 23 /07 /juillet /2013 15:12

 

Hier soir, le lundi 22 juillet passait en séance unique le film documentaire Springsteen & I, produit par Ridley Scott (qui a encore de bonnes idées de temps en temps). Séance unique pour ce film, mais à travers le monde entier, dans quelques 50 pays et 2000 cinémas participants à l'événement, dont une cinquantaine en France. J'étais dans l'un deux. Et quelle bonne idée ce fut là.

Réalisé par Baillie Walsh, ce documentaire ne raconte pas la vie privée du Boss, n'est pas une longue interview de la star, ne se veut pas une rétrospective exhaustive de sa carrière et encore moins un catalogue de chansons et d'albums. Bien entendu on voit des tonnes d'images d'archives, certaines récentes d'autres très anciennes, des documents publics comme privés, des extraits de nombreux concerts que ce soit dans de petites salles ou dans des stades immenses. Mais le concept du film n'est pas celui-là. Springsteen & I, c'est le Boss vu par ses fans. Des dizaines de témoignages, d'histoires, de tranches de vies, où les fans racontent leur lien avec Bruce. La façon dont sa musique imprègne leur vie, ce qu'il représente à leurs yeux, comment ils vivent leur relation avec cette star internationale du rock. Et si dit comme cela on pourrait craindre de se retrouver face à une accumulation de groupies décervelées qui hurlent leur amour inconditionnel, il n'en est finalement rien. Oui, il y a bien quelques témoignages de gentils doux-dingues qui vivent un peu leur vie par procuration à travers le phénomène Springsteen, mais ce qui l'emporte avant tout dans cette avalanche de confidences d'amateurs du Boss, c'est une formidable émotion, une énergie incroyable, un humour omniprésent, et un « spirit » commun assez enthousiasmant, convaincant et fichtrement séduisant. Ce qui revient très souvent dans les témoignages, c'est cette sensation d'être au centre des chansons de Bruce. Que le Boss s'adresse à nous et rien qu'à nous et nous parle de nous et rien que de nous, en tant qu'êtres humains et à tous les niveaux.

365 Springsteen and i aff2

Oui, clairement c'est une sensation de communion intime qu'on a devant le lien qui unit Bruce Springsteen et ses fans. Je crois sincèrement que ce film de fans peut vraiment plaire à n'importe qui, même si vous ne connaissez rien à la vie et l'oeuvre de Bruce Springsteen, tant il déborde de fraîcheur, de générosité et d'énergie. Mais je pense que pour quiconque aura déjà vu un concert du bonhomme, ce film et ce qui s'y dit prendront encore une profondeur supplémentaire. Avec cette impression que l'on comprend mieux ce qui est parfois difficilement descriptible et qui pourtant transpire de tous ces témoignages. En écoutant l'une ou l'autre de ces personnes on se dira inévitablement à un moment ou à un autre « je comprends exactement ce qu'il cherche à exprimer, j'ai vécu ou ressenti la même chose ». Certains m'ont fait sourire, d'autres m'ont fait réfléchir, d'autres encore m'ont ému ou franchement fait rire. Tous ont éveillé quelque chose chez moi. Et ça c'est très fort. Alors oui, on peut toujours se parer d'une bonne couche de cynisme et trouver ici ou là matière à se moquer, c'est d'autant plus facile quand on parle de passion, qui plus est de la passion des autres. Car ces gens se dévoilent, de manière assez impudique même parfois. Mais moi, qui pourtant suis un adepte assumé de l'ironie et du cynisme, j'y ai surtout trouvé de quoi m'enthousiasmer. De voir tous ces gens se livrer et afficher leur amour du Boss, ça m'a donné la banane. J'ai trouvé ce moment totalement inattendu et d'autant plus rafraîchissant de naturel et de sincérité.

365 springsteen and i boss1

Pour ce qui est du film dans sa construction on a d'abord toute une série de témoignages entrecoupés d'extraits de chansons et de concerts qui se rapportent à des anecdotes bien précises, quelques personnages récurrents que l'on revoit plusieurs fois au cours du métrage (j'ai beaucoup aimé Jon qui raconte son expérience de gamin de neuf ans, le faux Elvis et son épouse, l'humour flegmatique de David ou encore l'ouvrier anglais qui raconte son périple à New-York), une tripotée d'images d'archives, pour finir par un extrait inédit de six morceaux issus d'un concert à Londres en 2012. Et à l'image des concerts de Bruce qui semblent ne jamais finir, il y a encore après cela un épilogue où l'on retrouve certains fans cette fois-ci en compagnie du Boss qui les rencontre après avoir vus leurs témoignages dans le documentaire. Tout cela passe bien et très vite malgré une durée plus que raisonnable du long-métrage, mais si je devais émettre un léger bémol il concernerait l'extrait assez long du concert de Londres. Bizarrement je ne l'ai pas du tout trouvé représentatif d'un concert de Springsteen. Visiblement tourné pendant un festival de rock, l'organisation ne devait pas être celle du Boss qui habituellement est au contact direct avec ses spectateurs, les touchant, les embrassant, les faisant monter sur scène régulièrement, parfois même se faisant porter à bout de bras dans la fosse (remember Bercy 2012 !!). Sur ce concert de Londres il y a un immense vide entre la scène et les barrières maintenant les spectateurs au loin, comme un cordon sanitaire coupant un peu l'échange entre Bruce et son public. J'ai trouvé ce choix de concert dommage, même si je comprends qu'avec le caméo de l'ex-Beatles Paul McCartney il y avait également un petit plus pas négligeable.

Mais bon, l'essentiel n'est pas là. Ce que je retiens du film, c'est avant tout que Bruce Springsteen est un type assez exceptionnel, et qu'il a en conséquence des fans assez exceptionnels eux-aussi. Je ne saurai trop vous conseiller de voir ce film, que vous soyez vous-mêmes fan du Boss ou non peu importe. L'énergie qui se dégage de Springsteen & I se suffit à elle-même.

365 Springsteen and i aff

 

 

(et pour le plaisir, le trailer officiel du film :)

 

 


 
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22 juillet 2013 1 22 /07 /juillet /2013 12:56

 

Non mais ça fait déjà quatre mois ?! Quatre mois que je n'ai pas posté de nouvel article ici ! Bon certes je continue en douce à mettre à jour ce que je lis, vois et écoute dans les petits modules prévus à cet effet (mais si regardez bien dans les marges du blog …), je donne même des avis rapides en quelques mots pour ce qui concerne les films et séries que je vois (il suffit de cliquer sur les affiches des films...), mais côté articles proprement dit ça a été le désert dans le coin...

Non pas que je n'en avais pas envie, mais croyez-le ou non, c'est avant tout un manque de temps qui m'a fait délaisser ces pages. Trop de boulot, trop de trucs à faire, et des circonstances telles que lorsque j'aurais eu un peu de temps devant moi pour rédiger un article c'est cette fichue inspiration qui pointait aux abonnés absents. En attendant j'ai continué vaille que vaille à beaucoup lire et à me goinfrer d'un tas de gourmandises télévisuelles et cinématographiques, me disant que j'arriverais bien un jour ou l'autre à causer plus en détail de tout ça ici. Mouais. Ben vu le retard accumulé va falloir se sortir les doigts hein.

Heureusement me voici avec deux semaines de vacances devant moi et une météo proche de la canicule, ce qui pour moi est synonyme de « rester tranquille à l'intérieur et pas bouger ». Ce qui revient à dire : tout le temps d'écrire. Reste plus qu'à se forcer un peu pour faire redémarrer l'inspiration (paraît que c'est comme un muscle : ça s'entraîne et ça s'entretient par l'exercice régulier). Je prévois quelques courbatures du cerveau et des phalanges pour les jours à venir. Mais on va tâcher de s'appliquer.

Take care guys, I'm back in business.

 

 

 

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22 mars 2013 5 22 /03 /mars /2013 07:53

Ce vendredi 8 mars avait lieu à la Filature de Mulhouse, haut-lieu culturel de la Cité du Bollwerk, un concert pas comme les autres. À l’occasion des fêtes de Carnaval, l’Orchestre Symphonique de Mulhouse a donné une représentation qui sort des habitudes pour plusieurs raisons. D’abord les musiciens étaient déguisés et arboraient ainsi divers costumes de Carnaval, j’y reviendrai. Mais aussi, le thème de la soirée étant l’Espace, le programme interprété par l’OSM s’est partagé en deux parties : une première partie consacrée à la suite symphonique Les Planètes de Gustav Holst, composée de sept mouvements dédiés à autant de planètes du système solaire et à leurs caractérisations mythologiques (Mars, celui qui apporte la guerre ; Vénus, celle qui apporte la paix ; Mercure, le messager ailé ; Neptune, le mystique, etc…), puis une seconde partie plus « récréative » puisque c’est dans les musiques de films qu’elle a pioché ses morceaux.

363 space carnaval filature mulhouse planetes nasa-jpl

Je l’avoue bien volontiers, je ne suis pas un grand connaisseur de musique dite classique. Je n’y suis pas pour autant hermétique ni allergique. Évidemment je suis capable de reconnaître certaines compositions de Mozart, j’aime particulièrement la Neuvième Symphonie de Beethoven pour son Hymne à la Joie (John McClane est passé par là !!) et le charme envoûtant du Boléro de Maurice Ravel fonctionne à merveille sur moi, mais j’en reste à peu de choses près là quant à mes connaissances dans ce domaine. C’est dire si ça ne vole pas haut. D’ailleurs pour être parfaitement honnête, le nom de Gustav Holst m’était totalement inconnu avant cette soirée-là, et ce n’est qu’en me renseignant un minimum avant d’écrire cet article que j’ai découvert qui il était et de quoi est composée son œuvre.

363 space carnaval filature mulhouse 2001 odyssee

Cela dit, si je ne suis pas un grand mélomane j’ai d’autres vices, dont celui du cinéma. Et qui dit cinéma, dit musiques de films. Et là, sans être un spécialiste, je suis un tout petit peu plus aguerri. À mes yeux, John Williams est certainement l’un des plus grands dans ce domaine. Et si je confesse ne pas avoir de disque de musique classique dans ma cdthèque, des BOF (Bandes Originales de Films) j’en ai un certain nombre, et pas seulement celles qui se contentent d’aligner des tubes pops connus. Alan Silvestri, Danny Elfman, Hans Zimmer, Michael Kamen, Jerry Goldsmith, ou l’inévitable Ennio Morricone sont plutôt bien représentés dans mes rayonnages. Combien de fois n’ai-je pas écouté la musique originale du film Mad Max 3 Au-delà du Dôme du Tonnerre ? Oh bien sûr on pense immédiatement au génialissime tube We Don’t Need Another Hero de Tina Turner, mais j’adore surtout toute la partie mi-symphonique mi-moderne qu’a composée Maurice Jarre, où le compositeur mêle les élans d’un tonitruant saxophone à la majestuosité d’un orchestre symphonique*. Dans un registre proche, je suis très friand des mélanges orchestre symphonique / guitares électriques qu’on peut trouver dans certaines orchestrations de William Sheller ou lors de certains concerts particuliers de Sting par exemple.

363 space carnaval filature mulhouse john williams

Bref, la musique de film, ça me parle, et j’y suis très sensible.

C’est pourquoi j’ai été très surpris de retrouver des similitudes très nettes entre certains passages de Mars, celui qui apporte la guerre de Gustav Holst et certains passages des compositions de John Williams pour Star Wars ! Au point d’ailleurs que j’ai d’abord cru que c’était du John Williams ! Et effectivement, concordances il y a entre l’œuvre de Holst et celle de Williams qui s’est inspiré de lui à plusieurs reprises (et il n’est pas le seul). Ça a donc été une expérience inédite pour moi que d’assister à un concert symphonique, et j’avoue que ça m’a bien plu. Et si j’ai découvert à cette occasion les morceaux de Holst, j’étais comme un poisson dans l’eau dès que l’orchestre a abordé la seconde partie consacrée aux musiques de films. Avec tout d’abord un enthousiasmant Ainsi parlait Zarathustra de Strauss tout droit sorti de 2001, l’Odyssée de l’Espace. C’est déjà un morceau qui en impose sur disque, mais alors interprété par un orchestre symphonique ça envoie !! Les timballes et autres percussions donnent une puissance assez phénoménale à l’ensemble. J’y ai aussi retrouvé le grand John Williams dans une de ses partitions pour l’univers Star Wars (pas le thème principal mais une variation plus douce de la seconde trilogie : Anakin’s Theme). Ainsi qu’avec le thème principal de Rencontres du 3ème Type qui est de ceux qui m’ont le plus marqué (rappelez-vous du film de Spielberg qui égrène ses cinq notes tout du long de l’histoire et dans un final grandiose de son et de lumières). Puis il y a eu du James Horner avec le thème du film Cocoon, un peu moins connu mais très beau lui aussi. Ainsi que du David Arnold avec le thème aux accents très militaires et guerriers de Independance Day. Mais mon gros plaisir de la soirée ça a été sans conteste le superbe thème de Superman (version 1978), toujours et encore de l’immense John Williams. C’était juste énorme !

363 space carnaval filature mulhouse superman

D’ailleurs, il y avait un Superman dans l’orchestre, si je me rappelle bien il jouait du cor aux côtés d’un Charlot et d’une Bat-Girl très estivale… Et oui, souvenez-vous, je disais en début d’article que pour cette soirée les musiciens étaient costumés ! C’est ainsi qu’on a pu croiser ce soir-là sur scène, sous la baguette d’un chef d’orchestre astronaute, un Albator à la grosse caisse, un cow-boy nonchalant au tuba, des Blues Brothers qui se partageaient trombones et bassons, un pape très Ben Sixteen avec une Sœur Marie-Thérèse aux flûtes et hautbois, une Catwoman toute de cuir vêtue au violoncelle au milieu de clowns et autres princesses, une fée à l’orgue, une sorcière et un mousquetaire violonistes, des petits rats de l’opéra plutôt baraqués aux percussions, un mexicain au xylophone, deux harpistes tout droit sorties d’un conte de fées, un maître Jedi et un homme-grenouille à la clarinette, des ouvriers de chantier aux contrebasses, j’en passe et j’en oublie à coup sûr. Un déguisement m’aura cependant fait m’interroger un temps. Le costume d’une des altos me rappelait furieusement un personnage de comics : la Pro de Garth Ennis et Amanda Conner (avis aux connaisseurs…) !! Jupe très courte, décolleté plongeant et cagoule violette, sincèrement je ne vois pas à quel autre personnage cette tenue pouvait faire référence. Ce qui est quand même étonnant, je dois le dire, puisqu’en dehors d’elle-même, j’ai dû être le seul à savoir en quoi elle était déguisée !! (et que ce choix reste un peu inattendu au sein d’un orchestre symphonique)(mais elle a bien fait cela dit hein, je salue l’initiative !)(mademoiselle, sachez que je vous ai comprise !!).

363 space carnaval filature mulhouse la pro

Bref, pour une première fois, j’ai adoré cette soirée de concert classique. J’espère bien pouvoir assister à la prochaine édition consacrée à des musiques de films, et je remercie mon ami Éric d’avoir pensé à moi pour partager ce bon plan !

Et pour faire saliver dans les chaumières, je vous propose les vidéos de deux morceaux  dirigés par le Maître John Williams en personne, d'abord le thème de Rencontre du Troisème Type :


 

Ensuite le thème de Superman :


 




 

 

* À ce propos, on a peu l’habitude de voir des saxophones dans un orchestre symphonique. Cet instrument a pourtant été inventé au début des années 1840 (par Adolphe Sax) qui le destinait aux orchestres symphoniques et aux fanfares militaires. C’est finalement au XXème siècle qu’il a connu un succès immense en devenant l’instrument emblématique du Jazz, puis en se répandant largement au sein des orchestres de musiques modernes comme le Rock, le Rythm’n’Blues, la Soul, la Pop, …)


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20 mars 2013 3 20 /03 /mars /2013 20:25

Ce mardi 19 mars au soir, le Roger’s Café à Belfort était The place to be !

Et pour cause, le sympathique Café-concert de la cité du Lion accueillait sur sa scène un groupe de légende : The Commitments !!

The Commitments, c’est le groupe dont Alan Parker raconte les frasques dans son film éponyme de 1991. Une bande de jeunes irlandais désoeuvrés de Dublin qui décident de devenir les rois de la Soul au pays de U2 ! Ce film avait marqué toute une génération (dont je fais partie) en grande partie pour sa bande son qui est une suite ininterrompue de reprises de tubes de la musique Soul, allant de Aretha Franklin à Otis Redding en passant par Al Green ou Wilson Pickett.

362 the commitments rogers cafe groupe film

Mais The Stars from the Commitments c’est aussi un groupe de musiciens qui a survécu au film ! et depuis les années 90, ils ont continué à se produire en concerts en interprétant tous les morceaux qu’on peut entendre dans le film (à ce sujet je ne saurais que trop vous conseiller les deux albums qui forment la Bande Originale du Film, c’est de la bombe du début à la fin). Pour être honnête, je dois dire que jusqu’à peu je ne savais pas que ce groupe existait encore et continuait d'évoluer sur scène. Ce n’est pourtant pas faute d’aimer le film d’origine ! Je l’ai déjà vu un bon nombre de fois et ne m’en lasse toujours pas, les cd de la bande son du film tournent régulièrement dans mon lecteur, et j’avais tellement adoré le personnage du chanteur Deco Cuff que j’avais suivi la carrière (peu prolifique malheureusement) de son interprète Andrew Strong (qui a signé dans la foulée du film un album titré Strong tout à fait réjouissant). Mais que The Commitments en tant que vrai groupe avait perduré, je ne l’ai su qu'il y a peu de temps.

C’est d’ailleurs un peu déçu que j’ai appris que du groupe tel que représenté dans le film il ne subsistait plus que deux membres d’origine, à savoir le bassiste Kenneth McCluskey (Derek « meatman » Scully dans le film) et le premier batteur Dick Massey (Billy « l’animal » Mooney dans le film). Point d’Andrew Strong à la voix d’or ni de Johnny Murphy (Joey « les lèvres » Fagan) à la trompette sacrée.

Mais !…

… il aura suffit du premier morceau en live hier soir au Roger’s Café pour complètement me rassurer. The Commitments dans leur composition actuelle, c’est de la pure bombe, et sincèrement ils n’ont pas grand chose à envier à leurs prédécesseurs sur grand écran.

362 the commitments rogers cafe groupe1

Pourtant je doutais vraiment qu’on puisse remplacer Andrew Strong au chant sans que la puissance des morceaux n’en pâtisse, et son absence était pour moi un grand regret… avant de voir les Commitments sur scène avec leur formidable chanteur Myles Hyland. Ce petit bonhomme (qui par moment et sous certains angles avait des faux-airs de Jean-Luc Mélenchon sous acide)(mais certainement que la vodka qui était dans mon verre et les vapeurs de bière ambiantes n’ont pas dû être totalement étrangères à ce rapprochement facial douteux) n’est pas surnommé « Soul Man » pour rien par ses collègues. Parce qu’il n’a peut-être pas le coffre d’un Andrew Strong, mais croyez-moi il envoie du bois quand même, et côté énergie et enthousiasme il se pose là ! Quel punch, quelle envie, quel plaisir il prend sur scène le bestiau ! Et c’est loin d’être le seul à assurer un max… mine de rien, d’entrée de jeu les Commitments ont déjà réalisé un exploit : celui de tenir à 9, instruments compris, sur la minuscule scène du Roger’s Café. Allez je les cite : Myles Hyland au chant donc, Ken McCluskey à la guitare (contrairement au film où il était bassiste), Dick Massey à la batterie, Abe Hampton aux claviers, Andreas Nolan à la basse, Sandra Jane Hyland et Antoinette Dunleavy aux chœurs et au chant, ainsi qu’un saxophoniste et un trompettiste dont j’ai malheureusement oublié les noms.

Mais la promiscuité n’était visiblement pas un problème pour les rois de la soul, bien au contraire même, puisque durant tout le concert Myles Hyland se rapprochait au plus près des spectateurs en chantant quasiment dans la foule des premiers rangs, les surplombant à peine des quelques centimètres de hauteur de la scène. Ils ont enchaîné les titres sans temps mort, succès après succès, tube après tube, devant un public conquis d’avance et massé dans tout le bar. Du gros son il y en a eu, et du bon ! Bon je ne vais pas faire la liste complète des titres, mais quand même je ne peux pas ne pas en donner au moins quelques uns, les plus emblématiques et entraînants selon moi : Mr Pitiful, Mustang Sally, In The Midnight Hour, Chain of Fools, Destination Anywhere, la génialissime Treat Her Right, Hard to Handle, Land of a Thousand Dances, Fa-Fa-Fa-Fa-Fa, The Dark End of the Street et la monumentale Try a Little Tenderness pour ne citer que ceux-là.

362 the commitments rogers cafe affiche

Vraiment au poil le programme qu'ils nous avaient concocté. D'ailleurs je pense qu'ils ont été récompensé par l'ambiance au sein du public, je crois bien que personne n'est sorti du Roger's Café ce soir là sans avoir la banane (car oui, dans ma génération ça se dit encore, avoir la banane !). Et à ce sujet (pas la banane, la sortie) c'est certainement une des premières fois que je sors d'un concert où les mecs du groupe qui viennent de jouer à fond pendant deux heures attendent à la sortie, serrent la pince des gens qui s'en vont et les remercient d'être venus !! Merde les gars, c'est à nous de vous dire merci pour ce moment de pure musique et de communion soul ! Ces mecs là jouent à travers le monde entier et restent quand même des types extras, gentils et totalement accessibles.

Alors hier j'étais à Belfort. Un mardi soir. Au Roger's Café. Et pourtant j'ai cru pendant deux petites heures être un vendredi soir dans un pub de Dublin, dans une scène du film d'Alan Parker. Ai-je besoin d'ajouter que c'était une soirée géniale ?



Et pour vous faire une idée, voici un lien vers un clip promo des Stars from the Commitments :

 


 

Edit du 21/03/13 : le patron du Roger's Café a posté sur Youtube un extrait de la soirée d'hier, et pas n'importe lequel, Try a Little Tenderness, dont je me permets d'ajouter le lien ici :


 
Edit du 27/03/13 : ma frangine, toujours à l'affût n'a pas laisser échapper une seconde vidéo de la soirée du 19 dont voici le lien, c'est Treat Her Right et c'est du tout bon :



 
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7 mars 2013 4 07 /03 /mars /2013 08:17

On ne peut pas gagner à tous les coups. Avec Lady de Melvin Burgess, sous-titré Ma vie de chienne, j’avais été attiré par un pitch qui m’a surpris, une couverture rigolote et un quatrième de couv dont la dithyrambe laissait augurer des meilleures choses à coups de « roman jouissif et surprenant » et « allégorie […] sur la liberté, la responsabilité, la sexualité, sur l’existence en générale ». Je sais, se fier aveuglément au baratin de quatrième de couv est une erreur de débutant, je n’ai pas le droit de m’en servir comme d’une excuse à mon manque de discernement. Autre circonstance atténuante cependant : ce roman était classé sur l’étalage des romans mais pas parmi ses congénères directs. En effet, c’est bien plus tard que je me suis rendu compte que ce bouquin, bien qu’édité en poche chez Folio, était issu d’une traduction pour Gallimard Jeunesse. Honnêtement rien dans la présentation du livre ne laissait supposer que le public cible était plutôt adolescent, il fallait aller voir dans les mentions légales pour dénicher ce détail (qui n’en est pas vraiment un du reste), il est d’ailleurs fort possible que sa présence au sein de l’étal des romans « tous publics » était dû à ce manque d’identification extérieure. Bref, toujours est-il que je me suis retrouvé avec tout autre chose que ce que je croyais au départ…

Mais quelques mots pour préciser un peu de quoi ça cause. Tout commence avec Sandra, adolescente pas trop canalisée dont le comportement laisse à désirer. Sortir avec les copains, passer des nuits blanches et alcoolisées, coucher à droite à gauche et délaisser ses études : voilà les centres d’intérêts principaux de la gamine. Mais après une dispute dans la rue avec un clochard qu’elle insulte, la minette se retrouve métamorphosée en chienne ! De son nouveau nom Lady, elle va découvrir le monde du point de vue canin et quand son instinct prend les commandes elle va occuper son temps à faire ce que tous les chiens font : manger, dormir, errer et s’amuser comme bon lui semble. Pas tant de différences avec sa condition humaine finalement ! Mais quand son côté humain reprend le dessus, ses proches lui manquent…

Bon, c’est à l’instant, en écrivant ce résumé de l’intrigue que je me dis que, quand même, j’aurais dû voir que ça sentait le pâté (yes, j’ai réussi à la placer celle-là). Je devais être fatigué peut-être, je ne sais plus. Enfin bon, j’avais été intrigué par tout ça malgré tout, voilà.

En revanche, j’étais parfaitement éveillé au moment de ma lecture, et à l’arrivée la fameuse allégorie sur l’existence que nous vend la quatrième de couv, je ne l’ai point vue, ou plutôt si, écrite en gros caractères fluo « ATTENTION ALLÉGORIE SUR L’EXISTENCE ET LA CONDITION HUMAINE », mais pas la peine de chercher plus loin l’auteur ne nous en dira pas beaucoup plus. En gros voilà comment se concrétise le bouquin : au départ on suit une grande ado à qui on a envie de filer des claques en permanence. Mais attention quand je dis qu’on a envie de lui filer des claques, c’est un sentiment profond, limite qu’on y prendrait du plaisir tellement la pimbêche le mérite. On n’est donc clairement pas dans le cas d’un personnage détestable mais qui donne envie de suivre ses aventures, on est juste face à quelqu’un avec qui il n’y a ni identification, ni empathie possible. De l’insignifiant qui se prend pour le centre du monde quoi, sans même avoir l’excuse d’être drôle au second degré ou risible quand on prend un peu de recul, qui n’a même pas pour elle la capacité d’éveiller une curiosité un peu perverse à son égard, rien. Bref pas du tout ma définition d’un bon personnage puisqu’il ne donne aucune envie de mieux le connaître.

Cela dit et a posteriori, en sachant que cette histoire est à destination des adolescents, ça fait un peu s’interroger sur le type de personnage susceptible de les accrocher. J’imagine que Melvin Burgess connaît son affaire et sait quoi mettre en place pour capter et conserver l’attention de son public cible. Donc si c’est là ce qui fonctionne avec le public de cet âge, j’y vois des raisons de s’inquiéter. Ou alors je vire vieux con. Je n’exclus pas arbitrairement cette possibilité notez bien.

Mais je m’égare. Sandra donc devient bien vite Lady, un clebs errant dans le genre de ceux qui traînent avec les sans abris du coin. Je ne me rappelle plus trop bien de quelle race de chien il s’agissait, ni même si cela a été précisé à un quelconque moment dans le livre. Remarquez, on s’en tape un peu, mais je fais ce que je peux pour vous plonger tout entier dans l’histoire, bande d’ingrats. Ensuite que se passe-t-il, attendez que je me souvienne… oui bah elle découvre les plaisirs d’appartenir à la gente canine (non pas les chicots, mettez-y un minimum de bonne volonté voulez-vous ?). À savoir : courir à perdre haleine toute langue dehors, renifler les trucs les plus dégueulasses et y trouver des saveurs olfactives inattendues, bouffer goulûment tout ce qui ressemble de près ou de loin à une saucisse bien grasse, cultiver des envies profondes de meurtres sans raison particulière envers tout ce qui a quatre pattes et qui ronronne, lécher avec sollicitude toute main tendue qui procure caresse ou pitance, et enfin se servir de sa langue pour sa toilette intime (et là tout de suite ça en fait rêver certains). Passionnant. Ah ! et puis Lady découvre aussi les joies du coït avec de parfaits inconnus du moment qu’ils ont le poil lustré et qu’ils sentent fort. Comportement encore une fois pas si éloigné de celui qu’elle avait auparavant. Voilà, voilà… je crois que ça se veut choquant (et ça l’est peut-être pour certains lecteurs), moi j’y vois avant tout une grosse envie de provocation et surtout, malheureusement devrais-je dire, ça manque aussi cruellement de talent dans l’art de provoquer.

Ensuite quand même elle se dit que ce serait bien de revoir ses parents et de leur faire comprendre qui elle est, ce qui va amener quelques situations rocambolesques où elle aura l’occasion de s’habiller et d’articuler tant bien que mal quelques mots malgré sa toute nouvelle anatomie pas vraiment adaptée à ce type d’exercices. Non, je n’ai à aucun moment dit que c’était du « grand n’importe quoi », je ne suis pas du genre à débiner des œuvres littéraires aussi avant-gardistes.

Allez tout au plus dirais-je que c’est un peu osé comme mise en situation, et qu’il faut une certaine dose de courage pour s’aventurer à écrire ce genre de scènes. À défaut de sens commun.

Et puis bon, doucement mais sûrement, à coup de péripéties qui ne font pas avancer le schmilblick, on s’achemine vers la fin du bouquin, et du dénouement qui m’a un peu laissé coi. En gros (si vous tenez absolument à lire le livre arrêtez-vous là, je m’apprête à dévoiler la fin… ça y est ceux qui ne veulent pas savoir sont partis ?… dernier avertissement, allez ceux qui restent tant pis pour vous hein) à la fin elle reste une chienne (au sens propre) et s’en porte très bien comme ça. C’est vrai en y réfléchissant un peu, la condition humaine, c’est surfait. Je ne sais pas, et à vrai dire je ne veux pas savoir quel est le message du roman (il vaut toujours mieux vivre selon ses instincts ? les êtres humains ne sont jamais réellement libres ? de manière générale ça ne doit pas beaucoup donner envie de grandir aux gamins en tout cas) et quels enseignements les lecteurs adolescents vont en retirer (dans l’hypothèse peut-être un peu optimiste qu’ils en retiennent quelque chose), mais pour ma part ce roman m’a laissé dubitatif. Du haut de mon humble expérience qui commence maintenant, et à mon plus grand désespoir, à cumuler un nombre non négligeable d’années, je pensais naïvement savoir certaines petites choses sur la vie, avoir appris quelques leçons de l’existence, m’être fait un tableau d’ensemble pas trop faussé du monde et de ceux qui l’habitent. J’en suis un chouïa moins sûr après avoir lu Lady. Il y a visiblement des choses qui m’ont échappé. Si je devais trouver ne serait-ce qu’une qualité à ce roman, c’est qu’il m’a fait me poser des questions. Maigre consolation ? Peut-être pas tant que cela…


361 lady

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