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Avant de lire les notes que je fais sur les films que je vois et les bd que je lis, sachez que dans mes commentaires il m'arrive parfois de dévoiler les histoires et les intrigues. Ceci dit pour les comics, je n'en parle que quelques mois après leur publication, ce qui laisse le temps de les lire avant de lire mes chroniques.
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2 décembre 2013 1 02 /12 /décembre /2013 07:10

Titre assez accrocheur bien qu'un brin inquiétant, et qui cache un film difficile à ranger dans une case tant il aborde des thèmes et des genres très différents. En effet, Jusqu'à ce que la fin du monde nous sépare est un titre à prendre au premier degré, car le film débute environ trois semaines avant la fin annoncée du monde. Il n'y a rien à y faire c'est une fatalité à laquelle personne ne pourra échapper (à moins de se supprimer avant la date fatidique), le monde va disparaître quand l'astéroïde Matilda entrera en collision avec la Terre. L'impact sera destructeur et l'humanité n'y survivra pas. La dernière tentative pour empêcher cette collision a échoué, Dodge (Steve Carell) et Linda (Nancy Carell, eh oui la femme de Steve !), un couple comme tant d'autres, entendent la triste nouvelle alors qu'ils sont en voiture. Linda sort du véhicule et disparait. Dodge ne la reverra plus. Abasourdi et incapable de réagir, Dodge continue à se rendre à son boulot chaque matin, il est assureur. Autant dire qu'il est devenu totalement inutile. De retour d'une soirée « fin du monde » chez des amis, où tout le monde s'adonne à l'alcool et au sexe pour oublier le funeste sort qui les attend, Dodge repense à Olivia, le grand amour de sa vie. C'est aussi à ce moment qu'il rencontre Penny (Keira Knightley), sa voisine avec laquelle il va se lier subitement d'amitié. La question est comment occuper ces trois dernières semaines avant la fin du monde ? Dodge et Penny vont tenter d'y répondre ensemble...

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Quand je disais que le film est difficile à répertorier dans un genre c'est parce qu'il pioche dans toute une série de registres différents pour finir par composer une oeuvre assez inclassable. Déjà le contexte de fin du monde et de disparition annoncée de l'humanité entière rappelle directement certaines situations de départ de scénario de SF et d'anticipation, voire de film catastrophe. Ensuite le héros principal est incarné par Steve Carell, l'incontournable Michael Scott de The Office durant sept saisons, un acteur fortement marqué par la comédie, genre dans lequel il excelle. Difficile à prendre au sérieux à 100% donc, et certaines répliques ou situations du film lorgnent ouvertement vers la comédie et l'humour. Autre sujet présent tout au long du film : l'amour. Ce film est très clairement romantique, aucun doute là-dessus. On y parle d'amour délaissé, de rupture difficile, d'amour de jeunesse et d'amour impossible : combo imparable pour tout âme un tantinet fleur-bleue. Enfin le dernier aspect, et non le moindre, que le film aborde frontalement, c'est un questionnement d'un ordre plus philosophique. La fin du monde est à nos portes, que faisons-nous ? Qu'est-ce qui a encore de l'importance quand tout est promis à disparaître ? Est-ce à ce moment-là que l'on découvre qui l'on est vraiment ou que l'on se permet d'être enfin qui l'on a toujours voulu être ? On profite des derniers instants ? On devient fou ? On perd toute inhibition ? On retourne à la sauvagerie ? On se suicide ? On vit dans l'angoisse ? On reste soi-même ou au contraire on change du tout au tout ? Autant de questions et de réponses possibles qu'esquisse plus ou moins sérieusement le film.

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Dis comme ça, avouez que c'est plutôt un beau programme, qui se permet de ratisser large, et qui a le potentiel de contenter beaucoup de personnes. Sauf que... sauf que le film n'est pas exactement ce que théoriquement en se basant sur les thèmes que je viens d'énoncer, il pourrait être. Le premier reproche que je ferais, et certainement le plus important à mes yeux, c'est un certain manque de réalisme. Tout ce qui vit à la surface de la planète va se retrouver réduit en cendres dans pas longtemps, et cela en émeut un certain nombre c'est vrai, mais dans ce film on a quand même une majorité de personnes qui le prennent bien, et je dirais même avec un calme que leur envieraient le Mahatma Gandhi et le Dalaï-lama en personne. Certes on voit quelques petites émeutes et soulèvement de foules, des gens qui cassent des vitrines et foutent le feu à des bagnoles mais très peu finalement sur l'ensemble du film. La plupart se sont résignés et fêtent leurs derniers jours en picolant, baisant et bouffant comme jamais ils ne se l'étaient permis (imaginez un peu : quand tout s'arrête dans trois semaines, plus rien à foutre du sida, du régime hyper-protéiné ou du retrait de permis !). Mais ça reste bon enfant, on s'amuse, on profite de façon positive. Pour dire, il reste même des gens qui bossent encore comme dans ce resto où le personnel continue à vous servir gratuitement par exemple. Et que dire de la femme de ménage de Dodge qui persiste à venir nettoyer tous les lundis ?

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Il y a bien quelques survivalistes qui se préparent aussi à vivre enfin leur plus grand fantasme, à savoir s'enfermer dans leur bunker avec de quoi bouffer des gâteaux secs et du pâté lyophilisé pendant des années, un jeu de fléchettes et la Holy Bible pour uniques occupations, mais là encore ça reste très gentillet tout ça. Très peu réaliste, et pour cause. Je pense que si le scénariste du film avait voulu s'engager sur la voie du réalisme, le film aurait été beaucoup plus sombre et déprimant qu'il ne l'est. Et du coup il y aurait eu beaucoup moins de place (et de cohérence) pour les autres thèmes développés : l'histoire d'amour en premier lieu, le rapport de Dodge avec son père (Martin Sheen) ensuite, et bien évidemment le film aurait tout perdu de sa légèreté et de son humour un peu flegmatique. En ce sens, la perte de réalisme du film se justifie car elle permet au reste d'exister (et que justement il s'agit bien plus d'une histoire d'amour que d'une histoire de fin du monde), n'empêche que moi, cela m'a quand même grandement gêné, et m'a tenu à distance de l'histoire.


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Autre chose qui a parasité mon visionnage du film, et pas qu'un peu : l'héroïne principale, à savoir Keira Knightley. Dire que j'ai eu beaucoup de mal à la supporter tient de l'euphémisme. Cette nana m'a donné envie de lui coller des baffes à longueur de temps. Aussi bien Penny pour ce qu'est son personnage que Keira pour sa façon hallucinée de la jouer. J'ai beau chercher, je dois revenir à la toute première fois où je l'ai vue pour citer un film dans lequel elle joue que j'ai aimé et où je l'ai appréciée elle. C'était The Jacket avec Adrien Brody, film datant de 2005 mine de rien ! Pas un chef d'oeuvre mais un petit film malin et plaisant. Et j'y avais trouvée Keira Knightley très belle. Depuis elle ne cesse de m'énerver de plus en plus (allez, je lui accorde une bonne prestation dans A Dangerous Method de David Cronenberg, film très moyen mais belles interprétations), et plus le temps passe plus elle se squelettise, ce qui lui fait perdre tout son charme à mes yeux. Une chose est sûre, autant la prestation de Steve Carell m'a convaincu dans Jusqu'à ce que la fin du monde nous sépare, autant celle de Keira Knightley m'aura agacé. Ce qui est gênant vu la place de son personnage dans l'histoire.

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Quant à la fin, elle pourra déplaire à certains, pour moi elle a ceci pour elle qu'elle est cohérente et logique (donc parfaitement prévisible) si l'on prend l'ensemble du film en considération. Je n'ai été donc ni surpris ni déçu par cette fin.

Que m'est-il donc resté de ce film ? J'avoue être sorti du cinéma un peu perplexe. Pas mauvais en soi, assez original il faut bien le dire, plutôt décalé aussi. Des choses que j'ai aimées, d'autres pas du tout. Un beau brassage de thèmes, un ton assez moderne mais un peu fouillis. J'ai trouvé le mélange de genres intéressant, mais le résultat pas forcément à la hauteur de mes attentes. En fait, c'est un vrai « film à mais ». Pour chaque chose qui nous plaît on peut citer quelque chose qu'on n'a pas aimé. Bref, c'était pas mal, mais...

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28 novembre 2013 4 28 /11 /novembre /2013 19:44

Voici un petit livre pas commun dans son genre. Il s'agit d'un livre de témoignage, celui de Philippe Vigand, atteint du locked-in syndrom, aussi connu sous le nom de syndrome de l'enfermement. Il y a quelques années de cela, un très beau film, Le scaphandre et le papillon retraçait déjà la vie et le drame vécu par Jean-Dominique Bauby atteint du même handicap et dont on avait adapté le livre au titre éponyme. Cependant, si la comparaison s'avère inévitable par le simple fait que le thème traité est le même, on est loin, très loin même d'un copier-coller de l'oeuvre de Jean-Dominique Bauby.

Ce qu'il faut dire avant toute autre chose, c'est que ce livre n'est pas un drame. Par bien des aspects il penche même plutôt, toute proportion gardée, vers la comédie. Évidemment, on n'est pas face à de la bonne grosse poilade bien grasse, mais plutôt devant un livre plein de douceur, de sagesse masquée qui ne veut pas dire son nom, de bonne humeur communicative et de positivisme saupoudré d'humour bien senti.

Alors certes, le contexte et l'état de santé de Philippe Vigand ne prêtent pas a priori à sourire, et pourtant quand on le lit on est frappé par son détachement, par son esprit vif et je dirais presque … farceur ! Bien entendu l'auteur ne se voile pas la face et ne cache pas certaines parties des plus déplaisantes qui découlent de son état physique, mais s'il y a bien une chose qui lui est étrangère c'est l'apitoiement. Pas une seule seconde il ne glisse sur ce terrain-là, pourtant la pente s'y prêtait, difficile de le nier. Il fait même beaucoup plus fort que de ne pas s'apitoyer, il se paye le luxe de dédramatiser, de relativiser, d'en rire voire même de positiver parfois. Toute autre personne que lui, entendez par là n'importe qui qui ne soit pas atteint du locked-in syndrom, n'oserait chuchoter que la moitié de cela, se verrait prendre une volée de bois vert. Comment oser relativiser un locked-in syndrom ? La réponse est simple : en le subissant et en étant Philippe Vigand.

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Quand je parlais plus haut de « sagesse masquée » c'est bien de cela qu'il s'agit à mes yeux. Pas une seule fois dans son livre, l'auteur ne se pose comme donneur de leçons, grand manitou qui a les réponses à tout ou détenteur de la vérité sur ce fichu handicap. Il n'impose pas sa façon de voir les choses, il en parle juste avec une franchise et une simplicité étonnantes et désarmantes. Et toujours, toujours, même dans les moments les plus difficiles avec une part d'humour qui m'a laissé sur le cul. Quel pire cauchemar que d'être enfermé dans un corps qui ne répond plus à aucune de ses volontés, qui n'est plus qu'une enveloppe physique inerte et intégralement dépendante des autres ? Philippe Vigand démontre dans son texte qu'il ne s'en est pas laissé conter par son corps, qu'il a décidé que ce serait son esprit qui prendrait le dessus, envers et contre toute cette fatalité écrasante. Bien évidemment conscient de ses limites à nulle autre pareilles, il est aussi pleinement conscient de sa liberté de penser, de raisonner et de s'exprimer à sa façon. Et il n'hésite pas à en user. Il communique par battements de paupières et cela ne l'empêche pas de faire de l'humour corrosif, trouver à son goût une jolie femme qui passe ou ironiser sur sa capacité à rester impassible en jouant au poker.

J'ai passé un excellent moment en lisant Légume vert de Philippe Vigand. Le thème n'est pas facile, je dirais même qu'il est difficilement abordable sans au départ une certaine dose de gêne et d'embarras de la part du lecteur. Face à un homme parfaitement incapable du moindre geste et de la moindre parole, une personne valide aura forcément tendance à projeter en lui ses propres sentiments, ses propres peurs et surtout sa gêne, au risque d'oublier que l'homme immobile en question n'est ni sourd ni insensible, et encore moins diminué mentalement. Quand on lit Philippe Vigand on prend conscience de ceci, on prend de plein fouet la force d'un caractère et d'une personnalité hors-normes bien qu'enfermées dans un corps fragile et sans défense. Philippe Vigand relativise souvent au cours de son livre, et ce faisant il permet à ses lecteurs de découvrir l'homme qu'il est malgré la barrière du corps qui semble parfois infranchissable alors qu'elle n'est en réalité qu'impressionnante.

Un regard décapant sur le locked-in syndrom, des anecdotes tantôt drôles tantôt poignantes mais toujours savoureuses, voici ce que vous découvrirez en lisant Légume vert de Philippe Vigand. Lecture que je recommande à tous.

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1 septembre 2013 7 01 /09 /septembre /2013 19:40

Il y a un an l'été dernier, l'événement c'était The Dark Knight Rises, opus final de la trilogie de Christopher Nolan consacrée au plus sombre des super-héros : Batman. Attendu comme le chef d'oeuvre ultime par beaucoup, précédé par des teasers et bandes annonces plus alléchants les uns que les autres, le moins qu'on puisse dire c'est que ce film concentrait en son endroit les espoirs les plus fous des geeks les plus acharnés tout comme du grand public qui avait été convaincu et enthousiasmé par le second volet de la trilogie, l'unanimement applaudi The Dark Knight.

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Pour ma part, je pense que c'est justement ce second film, qui a servi de formidable rampe de lancement à The Dark Knight Rises, qui est aussi ce qui l'aura le plus desservi à l'arrivée. Par le simple jeu des comparaisons d'une part, et par celui plus insidieux d'une trop grande attente qui aura prêté le flanc d'autant plus largement à un sentiment de déception devant ce qui était censé être l'apogée ultime de la trilogie.

Car très loin d'être un mauvais film, The Dark Knight Rises est clairement un cran en-dessous de son prédécesseur, The Dark Knight. Et ce cran d'écart a créé de grosses déceptions (en partie injustifiées dans leur ampleur, en partie justifiée sur le fond). Essayons d'y voir un peu plus clair et de décrypter au moins sommairement ce qui a pu mener à cette sortie sinon ratée du moins contrastée du Caped Crusader.

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Le film commence huit années après la fin du précédent. Après les manigances machiavéliques du Joker et surtout après l'épisode tragique qui a entraîné la mort du procureur adulé Harvey Dent, Batman est devenu l'homme à abattre, l'ennemi numéro un à Gotham City. Suite à ces événements, la police s'est renforcée et la criminalité a spectaculairement chuté, rendant Gotham plus sûre qu'elle ne l'avait jamais été. Le super-héros masqué a cessé d'apparaître depuis longtemps, et son alter-ego Bruce Wayne (Christian Bale) a sombré dans la misanthropie et la déchéance aussi bien physique que psychologique. Vivant comme un ermite au sein de son manoir, coupé du monde de son plein gré, Bruce Wayne n'est plus que l'ombre de lui-même. Pourtant la conjonction de plusieurs petites choses vont pousser Batman à reprendre ses activités. D'abord c'est la séduisante voleuse Selina Kyle (Anne Hathaway) qui va piquer au vif le milliardaire en lui subtilisant quelques bijoux mais surtout des données qui vont permettre à ses commanditaires de mettre la main sur les Industries Wayne et de ruiner son propriétaire. Ensuite c'est l'entrée en jeu de Bane (Tom Hardy), terroriste masqué aux méthodes extrêmes qui vient semer le trouble à Gotham. Ce dernier est qui plus est, selon les informations que parvient à glaner Batman, l'héritier direct de Ra's Al Ghul (Liam Neeson), ex-mentor de Bruce Wayne devenu son ennemi juré (cf le premier film de la trilogie Batman Begins). Enfin, un jeune policier, John Blake (Joseph Gordon-Levitt) aussi exemplaire que performant et motivé à faire régner la justice, et qui a percé à jour la double-identité du super-héros à la retraite, le pousse à revenir dans le jeu tant il croit en la justesse de ses actions passées. Revenu sur le devant de la scène, Batman va vite s'apercevoir que toute cette histoire va bien plus loin qu'il ne l'imaginait et s'apparente plus à une immense machination dans laquelle il tient un des rôles principaux...

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J'ai tenté ici de faire un résumé le plus concis possible du début du film, c'est déjà assez touffu et il manque pourtant encore pas mal d'intrigues et de personnages secondaires pour être vraiment complet. Il y a la relation entre Bruce et Alfred (Michael Caine) qui se délite, les questionnements existentiels du commissaire Gordon (Gary Oldman) qui entretient le mensonge autour de la mort de Dent et l'implication véritable de Batman pour préserver les conséquences positives que ce drame a eu sur l'état de la pègre à Gotham, l'implication de la riche et belle Miranda Tate (Marion Cotillard) dans les projets des Industries Wayne pour créer une source d'énergie plus propre et plus sûre, la position de directeur des Industries Wayne qu'a prise Lucius Fox (Morgan Freeman), l'obsession du chef de la police Peter Foley (Matthew Modine) à mettre la main sur Batman plutôt que se consacrer à arrêter Bane et ses hommes de main... etc, etc... Bref, la somme des intrigues et sous-intrigues, ainsi que le développement de chacun des protagonistes de premier et second plan font de ce film une œuvre dense et très riche. Peut-être trop. Pourtant Christopher Nolan démontre avec brio toute sa maîtrise de la narration, puisqu'à aucun moment on n'est perdu dans son histoire, il parvient toujours à raccrocher entre elles les pièces du puzzle géant qu'il façonne sur l'ensemble de sa trilogie, et ceci malgré toute la complexité dont fait preuve son scénario global. Quand on sait que Batman est aussi et avant tout considéré comme un blockbuster, et donc un film censé attirer le grand public et ratisser le plus large possible, il faut lui accorder cela : Nolan ne se sera pas laissé aller à la facilité pour autant. Il ne prend pas les spectateurs pour des imbéciles tout juste bon à grignoter du pop-corn devant quelques scènes d'action bien ficelées. Et contre toute attente, ses films fonctionnent auprès du public malgré cela (remember Inception), preuve que le bonhomme sait y faire.

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Mais peut-être que sur The Dark Knight Rises, Nolan aura atteint les limites de ce genre d'exercice. Le film est long sans ennuyer pour autant, mais on ne peut s'empêcher par moment de se dire qu'il y a trop de choses dedans. Qu'en voulant bien faire, en voulant être parfait et exhaustif, Nolan en aura en fin de compte un peu trop fait.

Outre sa complexité narrative et quelques digressions qui font dévier son film du chemin tout tracé qu'est censé emprunter tout gros film d'action qui se respecte, il y a un point bien précis qui est à inscrire à mon avis dans la liste de ce qui aura été source de déception (même relative). Je veux parler du méchant principal, Bane. Alors que dans les différentes bandes annonces il s'annonçait comme le méchant ultime, l'adversaire le plus coriace et le plus impressionnant de Batman, dans les faits il en est loin. Dans un comic book comme dans un film d'action, on dit souvent qu'une histoire est bonne si son vilain est bon. Plus le héros aura fort à faire pour vaincre son adversaire, plus l'histoire sera intéressante. Que seraient les X-Men sans Magnéto ? Que seraient Luke Skywalker et Han Solo sans Dark Vador ? Que seraient Kyle Reese et Sarah Connor sans le Terminator ? Et dans la trilogie Batman de Christopher Nolan, le contraste est encore plus saisissant je trouve. En effet, autant j'apprécie ces films, autant j'admire Christian Bale pour pas mal de ses films, autant je trouve le personnage de Bruce Wayne / Batman fade dans les films de Nolan.

374 dark knight rises selinaJ'ai toujours trouvé que c'est tout ce qui gravite autour de Batman / Wayne qui donne de l'intérêt aux films. Les personnages secondaires comme Alfred ou Lucius Fox par exemple. Les gadgets hi-techs comme la batmobile. Et bien évidemment les méchants, avec en tête de tous l'incroyable Joker interprété par Heath Ledger dans le second film. C'est selon moi la performance unique de Ledger dans le rôle du Joker qui a fait le succès immense (et mérité) de The Dark Knight. Et c'est justement en s'imposant comme « méchant parfait » que le Joker a ruiné toute possibilité aux suivants de marquer durablement. Forcément une comparaison a lieu dans l'esprit des gens, et forcément le Joker incarné par Ledger arrive bon premier, loin devant les autres. Du coup Bane reste sur le carreau. Il faut dire aussi à la décharge de Tom Hardy que ce masque qui lui cache tout le bas du visage et cette voix déformée perchée quelque part entre celle d'un Dark Vador qui n'aurait pas encore mué et d'une voix off sortie d'un doublage de manga ne l'aident pas. Comment imposer un jeu d'acteur dans ces conditions ? C'était vraiment l'handicaper dès le départ. Et ce n'est ni son crâne rasé ni sa carrure de bœuf qui apportera la finesse d'interprétation qu'a su trouver Ledger en son temps (qui jouait lui aussi un personnage ultra-caricatural pourtant !). En voyant Bane, j'ai eu plus d'une fois l'impression d'un personnage lourdaud, presque bovin, qui chercherait à se donner des airs shakespeariens. Et ça m'a déçu.

Dès lors on se retrouve avec un film opposant un héros un peu terne (Bale) à un méchant un peu monolithique (Hardy), ce qui tout de même n'est pas la meilleure recette quand on cherche à captiver l'attention et à faire monter la tension dramatique.

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J'ai un peu l'air de charger la barque, je m'en rends bien compte, en parlant de The Dark Knignt Rises. Ce n'est cependant pas mon intention, car sur bien des points, j'ai apprécié ce film. D'abord parce qu'il complète les deux précédents et forme avec eux une œuvre complète et plutôt cohérente. Je pense du reste que l'un des objectifs principaux de Nolan était de dresser un portrait complet de Bruce Wayne en suivant son évolution dans le temps. Depuis ses origines dans le premier volet, en passant par son apogée de héros puis son sacrifice dans le second, pour finir par une renaissance et la dernière chevauchée avant son chant du cygne. Car ce troisième film est bel et bien une fin. Nolan met un terme à son Batman, boucle la boucle, donne sa conclusion. Si Batman doit revenir (et à coup sûr ce sera un jour le cas), ce sera un autre Batman, d'un autre réalisateur qui devra reprendre le personnage à la base et le réinventer.

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Ensuite il y a du point de vue de la réalisation de belles choses dans ce film. Des changements d'ambiances et de rythme maîtrisés, d'excellents dialogues (entre Alfred et Wayne par exemple), bien entendu de somptueux effets spéciaux, des scènes d'actions plutôt réussies (la scène du début où un avion se fait aborder en plein vol, ou celle du stade de football américain qui s'écroule sur lui-même en plein match, c'est vraiment du grand spectacle !), une gestion sonore impeccable (mise à part cette voix désincarnée de Bane) et tout l'environnement de Gotham qui reste très convaincant. Au chapitre des personnages secondaires, si je passe sur le cas de l'ultime scène de Marion Cotillard qui a fait son petit buzz sur le net, je note deux bonnes surprises. La première c'est Anne Hathaway dans le rôle de Catwoman (bien que ce nom ne soit jamais prononcé dans le film). Je n'aurais pas parié un kopeck sur elle avant de la voir. Parce que je la trouve trop superficielle, qu'elle a une connotation disneyienne bien trop marquée pour moi, et parce que Michelle Pfeiffer qui l'a précédée dans ce rôle est insurpassable. Et pourtant, comme Ledger qui s'était nettement et astucieusement démarqué de la version Nicholson du Joker, Hathaway a su inventer un nouveau personnage avec son interprétation de Selina Kyle. Sans aller jusqu'à crier au génie, elle joue juste, elle s'efface derrière son personnage, et elle séduit juste ce qu'il faut. L'autre bonne surprise ça a été Joseph Gordon-Levitt dans un rôle certes assez sobre, mais qui créera la surprise sur la toute fin (et qui restera vraisemblablement sans suite). Étonnamment il aura su insuffler à son personnage ce qui aura peut-être manqué à celui de Christian Bale : du calme et de l'assurance.

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En conclusion (parce que je m'étale, je m'étale, mais on n'a pas que ça à faire !), je dirais que The Dark Knight Rises est un bon film, souffrant malheureusement de la comparaison avec l'opus précédent. Il prend cependant son plein intérêt dans le cadre du visionnage de la trilogie complète de Christopher Nolan et gagne à coup sûr à être revu dans ces conditions.

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29 août 2013 4 29 /08 /août /2013 19:05

Il y a un an, je me prenais un uppercut musical en allant voir pour la première fois Bruce Springsteen en concert à Bercy. Évidemment quand j'ai su qu'il repassait en tournée en France, en posant ses valises au Stade de France cette fois-ci, je n'ai pas su résister à la tentation. Il fallait que je réitère l'expérience. C'est ainsi que le 29 juin 2013 je me suis retrouvé en même temps que quelques dizaines de milliers d'autres personnes de goût dans l'enceinte du stade de Saint Denis.

Que dire que je n'ai pas déjà dit l'année dernière ? Bien entendu, l'effet de surprise n'était plus le même, à peu de choses près je savais à quoi m'attendre cette fois-ci. Le plaisir quant à lui était bien là, identique à la dernière fois, et le Boss fidèle à lui-même a fait le show pour le plus grand bonheur de ses fans. Énergie, générosité et bonne humeur, dans la plus grande tradition springsteenienne.

Avec un concert qui débute à 19h30 en fin juin l'effet est un peu bizarre puisqu'il fait encore grand jour, mais les prestations de Springsteen durent tellement longtemps qu'on a eu une bonne moitié de concert de nuit malgré tout ! D'ailleurs pour ceux qui étaient là dès l'ouverture des portes, le Boss avait réservé une petite surprise puisqu'il est venu seul sur scène interpréter en acoustique trois morceaux en guise de mise en bouche. Quand je parlais de générosité plus haut...

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Mais dès que le concert a commencé « pour de bon », Springsteen et la quinzaine de musiciens du E Street Band ont livré un spectacle comme ils savent faire. En communion totale avec son public (et quel public ! Je conseille vivement de voir à ce sujet l'excellentissime documentaire Springsteen & I dont je parlais il y a peu ici) le Boss n'a pas failli à sa réputation de showman. Je l'ai déjà dit il y a un an mais je me répète tant cela sort des sentiers battus : ce type a beau être une super star mondiale du rock, il garde une relation exceptionnelle de complicité avec son public. Springsteen sur scène, ce n'est pas seulement un gars qui va donner tout ce qu'il a pendant trois ou quatre heures de spectacle (et rien que ça, c'est déjà pas courant), mais c'est aussi un type qui va au contact direct avec les gens qui sont venus le voir, il serre des mains, il se couche sur les premiers rangs, se laisse enlasser par ses fans, les fait monter sur scène, danse avec eux, leur donne la possibilité de choisir certains des morceaux qu'il va interpréter... bref il a une telle proximité avec son public, et cela se fait avec une telle sympathie et une telle simplicité que chacun de ses concerts est une véritable fête. Loin du star-system, loin du comportement hautain de ceux qui ont laissé le succès leur monter à la tête. Je ne vais pas balancer la liste de celles et ceux pour qui l'amour du public a laissé place à leurs caprices de stars, mais si on compare une Madonna qui donne 45 minutes de concert à l'Olympia avant de partir comme une voleuse (et vu le prix des entrées, le qualificatif est assez bien choisi) et un Springsteen qui sue plusieurs litres et ne ménage pas sa peine pour son public pendant quatre à cinq fois plus de temps, ben comment dire... il n'y a pas photo !

Au Stade de France donc, le Boss a fait le show. Après déjà une dizaine de morceaux, il annonce (et en français please) que pour Paris il va faire quelque chose d'un peu spécial : interpréter en intégralité et dans l'ordre l'album culte Born in the USA, ce qu'il s'empresse de faire, et qui donnera l'occasion d'entendre entre autres Glory Days ou Dancing in the Dark, ainsi que l'hymne ultra-connu Born in the USA qui emporte cela va de soi un succès immense auprès du public. Puis après cette mini-intégrale, les musiciens embraient avec des classiques comme Born to run ou American land, des morceaux tirés de Wrecking Ball le dernier album en date, ou de The Rising, mythique album de 2002, ou encore des titres plus folks comme le génial Pay me my money down. Tout en enchaînant les titres sans relâche, Bruce joue avec les gens : il fait monter sur scène un spectateur venu spécialement pour danser avec Soozie Tyrell, la violoniste du E Street Band, puis c'est une brune qui danse avec Bruce, une jeune fille qui chante avec lui Waiting on a sunny day, une blonde qui se voit confier une guitare pour jouer quelques accords avec le Boss... à coup sûr des moments intenses que ces chanceux n'oublieront pas de sitôt !

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Après un tout petit peu plus de trois heures de show, ce qui est une durée presque courte pour une prestation springsteenienne, le E Street Band tire sa révérence et sort de scène sous les vivats de la foule. Bien entendu le Boss ne résistera pas à l'envie de rallonger encore un peu la soirée et viendra interpréter en solo avec sa guitare un Thunder Road qui clôturera le concert.

Bref, tout ça pour vous dire que cette soirée était un grand moment de musique. Et je me permets de conclure cet article de la même manière que celui que j'avais écrit il y a un an après avoir vu Bruce Springsteen à Bercy : vous n'avez pas vu de concert de rock avant d'avoir vu un concert du Boss. On peut en parler longtemps et dire tout ce qu'on voudra à ce sujet, ça reste avant tout une expérience à vivre.

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Et quelques vidéos trouvées sur youtube (merci aux posteurs !) avec pour commencer la montée sur scènes de deux fans pendant Dancing in the Dark :

 

Le Boss qui fait lui-même sa première partie, avec ici Growing up :

 

 

Puis I'm Going Down :

 

 

 

Et pour finir Born in the USA :

 

 
 

(Merci à ma frangine pour ses photos !!)

 

 

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12 août 2013 1 12 /08 /août /2013 18:11

Il m'est arrivé une chose inhabituelle ce 18 juin en me rendant à Bercy pour y voir Leonard Cohen, lors de sa tournée 2013. Je me suis demandé si c'était bien raisonnable. Je me suis demandé si de le voir très régulièrement (six fois en six ans cela reste une belle moyenne) ne risquait pas de créer une forme de lassitude, de briser la magie de le voir en live. Et j'ai douté d'autant plus lorsqu'en prenant place dans la salle je constatai que la scène se trouvait un peu loin cette fois, et qu'un couple de géants nordiques venaient de s'asseoir pile devant moi... Oui j'ai eu un doute, j'avoue.

Puis les musiciens sont arrivés, toujours l'équipe somptueuse qui accompagne le maître ces derniers mois sur le Old Ideas World Tour. Roscoe Beck, Neil Larsen, Raphael Gayol, Mitch Watkins, la somptueuse Sharon Robinson, les talentueuses Webb Sisters, l'incroyable Javier Mas, j'espère ne pas en oublier...

Et c'est Leonard Cohen (79 ans en septembre) qui s'est présenté. Ovation du public. Musique. Voix. Dance me to the end of love. Magique. The Future. Intense. Bird on the wire. Écoute religieuse. Everybody knows. Communion totale. C'était parti, les titres allaient s'enchaîner et moi décoller, planer et virevolter dans un autre monde pendant les trois heures du concert.

Comment avais-je seulement pu avoir le moindre doute, je me le demande encore.

372 leonard cohen bercy aff

Oui c'est vrai, j'étais placé un peu plus loin que les fois précédentes, oui c'est vrai j'aurais préféré avoir un couple de nains de la Moria devant moi, mais bon sang ce genre de chose est relégué au niveau du détail insignifiant en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire. Quand Leonard Cohen chante, c'est bête à dire hein, mais le temps de ses chansons, eh bien la vie change. Le monde extérieur s'estompe, on écoute, on le regarde, on chante un peu aussi, et on est juste bien, quelque part sur un nuage.

Les titres se suivent, les tubes passent sans qu'on ne puisse toucher terre une seule seconde... Who by fire, The Darkness, Democracy, Tower of song, Heart with no companion, Waiting for the miracle, Lover lover lover, I'm your man, So long Marianne, First we take Manhattan, Famous blue raincoat, The Partisan, If it be your will... et encore là, je ne cite que celles qui sont les plus chères à mon cœur et déclenchent une vibration particulière en moi...

372 leonard cohen bercy veronique-bucchini

Monsieur Leonard Cohen va fêter ses 79 ans très bientôt, et il incarne le talent et la classe, si tant est que cela soit possible, encore un peu plus chaque fois que je le vois. Sa musique devient intemporelle, le son de sa voix reste gravée dans l'air, sa générosité et sa gentillesse enveloppent le bonhomme d'une aura à nulle autre pareille. Ce type me scotche à chaque fois. Et quand on pense avoir pris une claque définitive, la fois suivante c'est encore plus fort.

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Non vraiment, je ne sais pas ce qui m'a pris de douter : un concert de Leonard Cohen est à chaque fois un moment unique d'une intensité rare, à chaque fois un cadeau inestimable qu'il ne faut négliger pour rien au monde. C'est à chaque fois un petit moment de bonheur pur, une parenthèse de magie. Évidemment aucun regret de l'avoir revu, et déjà une folle envie de le revoir.

 

Ça tombe bien, mon billet pour son concert de Zurich le 24 août est pris depuis bien longtemps...

See you soon mister Cohen.


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Et pour prolonger un peu le plaisir, quelques vidéos glânées sur Youtube (merci aux posteurs), avec pour commencer Lover, Lover, Lover :

 

 On continue avec l'excellente I'm Your Man :


 
Et pour finir petit -pardon- énorme plaisir perso avec Everybody Knows :


 

 

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10 août 2013 6 10 /08 /août /2013 06:20

Bon pour un livre, comme titre ça se pose là, n'est-ce-pas ? Impossible de passer à côté sans que l'oeil ne s'y accroche. À vrai dire c'est même un chouïa trompeur quant au contenu. Le titre complet est en fait Le Festival de la couille et autres histoires vraies, alors qu'en VO le bouquin se nomme Stranger than fiction que je trouve bien plus approprié et révélateur de ce qu'il contient. Le Festival de la couille (en VO Testy festy) n'est en réalité que le titre du premier texte, car ce livre est un recueil. Non pas de nouvelles mais plutôt de textes à caractère journalistique. Car Chuck Palahniuk n'est pas seulement romancier, il a aussi été journaliste.

On retrouve donc dans ce recueil une vingtaine de textes répartis en trois parties. Dans la première partie nommée Ensemble, Palahniuk s'intéresse à certains points très précis, certaines caractéristiques improbables et qui relient les gens entre eux, en des réseaux parfois restreints mais révélateurs d'une vraie identité forte. Ainsi on trouvera ce reportage sur un festival du Montana où tout le monde se retrouve en une gigantesque fête orgiaque campagnarde qui semble n'avoir aucune limite d'ordre moral, tout en dégustant des testicules de taureaux au barbecue. On entrera dans l'univers très spécial des adeptes de lutte gréco-romaine qui pour seule récompense à une vie d'ascète ultra-exigeante ont droit à de belles oreilles en choux-fleurs et parfois un demi quart d'heure de gloire avant une vie complète dans l'indifférence et le dénuement le plus total. On plongera dans une compétition un peu particulière au cours de laquelle s'affrontent en une apocalypse mécanique, tels des gladiateurs mad-maxiens, des agriculteurs juchés sur des moissonneuses-batteuses de combat, les champs se transformant en arène antique jusqu'à ce qu'il ne reste plus qu'une machine agricole en état de rouler... On découvrira que pour vivre la vie de château certains passionnés sacrifieront tout afin de construire de leur propre main une réplique de citadelle moyenâgeuse perdue quelque part dans l'Amérique profonde. On verra que les États-Unis croulent sous le nombre d'apprentis romanciers et de d'écrivains en herbe qui n'aspirent qu'à faire fortune en vendant un scénario au studio hollywoodiens, mais que pour y parvenir ils doivent au préalable payer de leur poche pour avoir le droit d'exposer leurs œuvres aux potentiels acheteurs...

Dans une seconde partie titrée Portraits, Chuck Palahniuk interviewe quelques personnes, connues ou anonymes, pour en dresser un portrait tout en nuance. On croisera ainsi le chanteur-brailleur Marilyn Manson, l'actrice-chanteuse Juliette Lewis, les écrivains Amy Hempel et Andrew Sullivan ou encore la secouriste Michelle Keating et Brian Walker alias Rocket Guy.

Enfin dans la dernière partie, Seul, Palahniuk se met lui-même en scène, narrant quelques expériences personnelles sur un ton tantôt drôle quand il narre les conditions très spéciales dans lesquelles il a été vendre son script de Fight Club à Hollywood, tantôt mélancolique quand il se souvient de son boulot d'accompagnateur pour personnes en fin de vie, tantôt poignant quand il raconte ce jour où il est allé reconnaître le corps de son père à la morgue.

Ce livre est le premier que je lis de cet auteur, que je ne connaissais jusqu'alors que de nom, et bien entendu dont j'ai vue (et adorée) l'adaptation au cinéma de son roman le plus célèbre Fight Club. M'est avis que pour le découvrir, ce bouquin n'est peut-être pas le meilleur choix. Ne serait-ce que parce qu'il n'est certainement pas le plus représentatif de son œuvre et pour cause : c'est son premier texte non-fictionnel paru en français. Mais je me doute bien cependant que le style de l'écrivain est là quant à lui, et ne doit pas beaucoup varier de ce que j'ai lu. Ne sachant absolument pas à quoi je m'attaquais en entamant ce livre (c'est ce qui arrive quand on ne se fie qu'au titre, ce qui m'arrive assez souvent), j'ai été un tantinet déçu en m'apercevant qu'il ne s'agissait pas d'une fiction mais plus de reportages un peu à la manière d'un Strip-tease sur papier (je fais référence évidemment à l'excellente série belge de documentaires télévisés qui prennent la forme de portraits et de tranches de vies à la fois touchants, bruts de décoffrage et sans concession). Et pour tout dire, certains aspects et détails très techniques de la vie d'un constructeur de château-fort en toc ou d'un lutteur amateur ne m'ont pas toujours passionné... Mais s'il est une chose qui ressort de ce livre, c'est l'humanité avec laquelle Palahniuk observe ses contemporains, y-compris les plus étranges. Il ne pose pas de jugement, il essaie de rendre au plus proche de la réalité ce qu'il voit et ce qu'ils vivent. Il décrit des univers insoupçonnés avec précision et dans le respect des passionnés qu'il rencontre. Libre à chacun de décider si tel ou tel siphonné du bocal mérite notre attention de lecteur ou non.

Ce qui est certain, c'est que le monde réel, comme l'indique le titre original, dépasse parfois bien largement en étrangeté les fictions les plus folles. Et que pour peupler ses romans de personnages loufoques et déjantés, Chuck Palahniuk démontre qu'il suffit de savoir regarder autour de soi et de piocher dans ce que l'on voit.

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8 août 2013 4 08 /08 /août /2013 18:12

C'est en zappant sur son téléviseur que Steven Soderbergh est tombé un jour par hasard sur une émission d'Ultimate Fighting opposant des adversaires féminines. C'est là qu'il découvre la grande championne du moment : Gina Carano. Tombant instantanément sous le charme de la jeune femme (et très franchement, on peut le comprendre), il décide qu'elle sera l'héroïne d'un de ses films. Comme la vie est bien faite, il trouve là l'occasion de faire d'une pierre deux coups et de concrétiser une des envies qu'il a depuis longtemps : en grand fan de James Bonderies il rêve de réaliser un film d'espionnage. Il vient de trouver son espionne. Elle s'appelle Gina Carano, elle est sexy, elle est ultra-féminine et manie l'uppercut et le high-kick avec force et grâce.

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Propulsée en tête d'affiche alors qu'elle n'a tenu jusqu'alors que de rares petits rôles plutôt anecdotiques, Soderbergh entoure son apprentie comédienne d'un casting haut de gamme du genre dont il a le secret. Car oui, l'un des avantages à s'appeler Steven Soderbergh, c'est de pouvoir réunir autour de soi un casting de luxe comme qui rigole. Gina Carano se retrouve donc à donner la réplique à rien moins que : Ewan McGregor, Michael Fassbender, Bill Paxton, Antonio Banderas, Michael Douglas et Channing Tatum. Et quand je dis « donner la réplique », cela peut inclure aussi « tataner la tronche ».

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Question scénario, c'est assez classique. Mallory Kane (Gina Carano) est un agent d'élite (c'est plus classe que de dire une barbouze) qui travaille pour l'organisation semi-clandestine de Kenneth (Ewan McGregor), accessoirement son ex-petit ami. Envoyée en Espagne, elle dirige une petite équipe de mercenaires qui a pour mission de délivrer un journaliste chinois retenu en otage. Lors de sa mission suivante, elle découvre qu'on cherche délibérément à l'éliminer tout en l'incriminant dans un meurtre qu'elle n'a évidemment pas commis. Elle va devoir se sortir de ce mauvais pas seule et découvrir qui l'y a entraînée...

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Bon, en gros, on nous fait le coup du super agent secret trahi qu'on cherche à éliminer, ce qui relève presque de la tarte à la crème quand on parle de film d'espionnage. Mais sur ce canevas ultra-rebattu et assez prévisible, Soderbergh parvient toutefois à tisser un récit intéressant. D'abord par son choix de narration destructurée à base de flashbacks qui dévoilent peu à peu l'affaire. Ensuite par le choix de ses personnages, tous très charismatiques (citons un Michael Fassbender en Paul, agent britannique d'une classe folle mais aussi capable d'une grande sauvagerie). Et puis par la froideur et du récit, des héros peu bavards, quelques mouvements de caméra et un montage pas dénués d'intérêt, un fond musical qui passe quelquefois au premier plan sonore ce qui donne un cachet original à certaines scènes, notamment d'action ou de poursuite, qui resteraient sans cela dans un registre très classique. Bref, le réalisateur livre un bel objet filmique avec une histoire simple mais au classicisme revisité. On n'échappera pas au jeu d'éclairage et de couleurs qui viennent souligner les différentes ambiances, une des marques de fabrique de Soderbergh (qu'il avait poussée jusqu'à l'exagération dans Traffic), chose que personnellement je n'apprécie que moyennement, je trouve ça un peu too much comme effets visuels.

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L'intérêt principal reste le casting sur lequel s'appuie le film, son interprète principale en tête, et les scènes de baston où justement elle passe de la sensualité à la débauche d'énergie et de violence pure (une fille aussi sexy qui tape aussi dur, et qui ramasse aussi de sacrées volées, ça fait de l'effet, surtout quand on sait qu'elle a fait ça aussi pour de vrai dans des combats de MMA !). Sorti de là on a des personnages un peu caricaturaux et faits sur mesure pour leurs interprètes : Channing Tatum en gros bourrin pas très fute-fute, Ewan McGregor en tête à claques détestable tout droit sorti d'un camp scout si l'on en juge uniquement par la coupe de cheveux, Michael Douglas au profil de requin qui incarne à lui seul l'ensemble des magouilleurs officiels de l'administration fédérale, Michael Fassbender en parfait tueur à gages james-bondien, classe et magnétique, à la fois physique et cérébral et un Antonio Banderas latino jusqu'au bout des castagnettes.

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Pour l'exercice de style, pour l'interprétation, pour Michael Fassbender et surtout pour Gina Carano je conseille ce petit film sans grande prétention et qui est un peu passé inaperçu à sa sortie, mais qui reste plutôt bien fichu.

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3 août 2013 6 03 /08 /août /2013 09:01

C'est le jour de mes 38 ans que Asaf Avidan est venu donner un concert à deux pas de chez moi, au Casino de Bâle. Je ne suis pas encore mégalo au point de croire qu'il s'est arrangé pour que les dates coïncident, mais je le remercie quand même au cas où, c'était sympa de sa part !

Pour être tout à fait honnête, je ne le connaissais quasiment pas avant ce soir-là. De nom un peu, d'oreilles pas bien et de visu carrément pas. Je ne suis pas toujours parfaitement à la page, je le confesse. D'autant que Asaf Avidan est quand même si j'ai bien tout compris à son sujet, un des artistes les plus en vogue en ce moment. Entre certains titres repris pour des campagnes de pub et déjà 4 albums au compteur, le gaillard ne m'a visiblement pas attendu pour se faire connaître. Il a bien fait cela-dit, je suis parfois un peu long à la détente.

Avant cette soirée du 14 avril donc, je n'avais eu que de rares et distantes rencontres avec son œuvre musicale. J'en avais vaguement entendu parler sans chercher à en savoir plus de mon côté, on me l'avait chaudement recommandé à plusieurs reprises, et j'avais pu l'écouter quelques fois, mais à ma décharge, dans des conditions pas au top. En réalité les deux ou trois fois où j'ai pu écouter un de ses CD, c'était en voiture, ce qui pour découvrir sa musique n'est pas l'idéal je peux le confirmer. En effet, entre sa voix hyper aiguë et ses rythmes parfois un peu syncopés, le peu que j'arrivais à distinguer et qui surnageait par-dessus le bruit du moteur ressemblait plus à une succession de petits cris stridents que je n'avais pas trouvés des plus agréables. D'ailleurs pour vraiment confesser mon erreur jusqu'au bout, je n'avais pas réussi à vraiment identifier le chanteur et ses morceaux avant le concert, puisque même lorsque je l'entendais à la radio par exemple, j'étais à chaque fois persuadé jusqu'à ce qu'on me précise (à chaque fois nécessairement aussi) « mais non c'est Asaf Avidan », d'entendre une nouvelle chanteuse que je ne connaissais pas encore.

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Autant dire que je n'étais pas totalement convaincu en allant le voir. Et notre rencontre en live aurait pu très mal se passer d'ailleurs si je n'avais pas eu à ma disposition des bouchons d'oreilles ce soir-là. Faut dire que sur ce sujet, les suisses sont exemplaires : là où en France je vois rarement de mise à disposition de ces bouchons d'oreilles lors de concerts, et quand c'est le cas toujours à des prix prohibitifs, en Suisse c'est systématique : ils sont en libre-service à l'entrée de chaque concert. On ne badine pas avec la santé auditive en Suisse. On ne badine pas avec grand-chose du reste, en Suisse.

Bref, il m'a fallu à peu près 2 secondes 3 dixièmes pour dégainer et enfiler les-dits bouchons après le premier son échappé de la sono ce soir au Casino de Bâle. Sûr que sur ce coup-là ma dextérité aurait mis minable n'importe quel Usain Bolt, Bip-Bip et le Coyote ou Speedy Gonzales venu. Parce que bon sang, j'ai rarement entendu concert aussi tonitruant que celui-ci. Je ne parviens d'ailleurs pas à comprendre par quel miracle celles et ceux qui n'étaient pas équipés de bouchons ont pu survivre, et encore moins ressortir autrement que sourds au dernier degré.

Mais bon, les autres on s'en fout hein, l'essentiel c'est que moi j'étais équipé !

Cela étant dit, ce concert a été pour moi une vraie et belle surprise. D'abord parce que je n'en attendais honnêtement pas grand-chose, ensuite parce que j'y suis allé sans quasiment rien connaître de ce que j'allais entendre, et que malgré cela j'ai été très largement conquis par ce que j'ai vu et entendu. Une fois n'est pas coutume, je ne vais pas truffer un de mes articles musicaux de titres de chansons et d'albums parce qu'aujourd'hui encore, je suis totalement incapable d'en citer de tête. Vous échappez donc à une liste de titres interminable. Mais ce que je peux dire c'est que c'était bien. Vachement bien. Très loin de l'image sonore déformée que j'en avais eu jusqu'alors. Très loin de ce que à quoi je m'attendais en me basant sur la tonalité de sa voix.

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Bien que ne connaissant presque rien du tout, je ne me suis pas ennuyé une seule seconde, j'ai apprécié chaque morceau que j'ai entendu, et j'ai tout spécialement été séduit par la performance scénique du bonhomme. Asaf Avidan est visiblement un type très loquace et foncièrement sympathique. Doté d'une tchatche pas commune et d'un bon sens de l'humour, le moins qu'on puisse dire c'est qu'il n'est pas du genre à se contenter de chanter ses chansons et basta. Il communique beaucoup avec son public et instaure un réel échange, qui semble aussi sincère que décontracté et spontané, ce qui n'est pas si courant que cela. Il introduit ses chansons, les explique ou les remet dans un contexte dans un anglais parfaitement compréhensible et même un français tout à fait honorable. On utilise souvent l'expression de spectacle-vivant pour désigner les concerts et les prestations live, mais avec Asaf Avidan on en a toute la définition !

Musicalement j'ai beaucoup aimé les changements de style, la variété instrumentale et cette spécificité qui m'avait jusqu'alors un peu tenu à distance du chanteur, je veux parler de sa voix très aiguë, m'est apparue dans le contexte complètement adéquate à l'univers sonore de l'artiste. Sa voix, au même titre que celle de Patricia Barber dont je parlais il y a peu, est un instrument à part entière et il s'en sert comme tel. Et le voir en direct chanter pendant deux heures m'a définitivement ôté le lien naturel que j'en faisais avec une voix féminine !

Cependant je confesse une dernière chose. J'ai aimé ce concert, j'ai changé positivement d'avis sur la musique d'Asaf Avidan, mais pourtant je ne me suis pas encore mis à l'écouter sur CD. Ce qui explique d'ailleurs aussi que je sois toujours aussi ignare en ce qui concerne les titres de ses chansons et de ses albums... Ce n'est pas un choix conscient de ma part, je pense que j'y viendrai certainement tôt ou tard, mais pour l'instant à mes yeux, Asaf Avidan est avant tout un artiste de live, que je n'hésiterais pas une seconde à aller revoir.

Et juste pour se replonger dans l'ambiance, voici une vidéo dénichée sur Youtube de sa chanson Reckoning Song lors son premier passage à Bâle il y a deux ans :


 
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30 juillet 2013 2 30 /07 /juillet /2013 18:02

Voici un livre-coup de cœur. Un petit bouquin qui se lit vite, trop vite tant on aimerait prolonger un peu l'immersion en compagnie des personnages qu'on découvre tout du long.

Plutôt difficile à résumer car complètement foutraque, je vais tenter d'en parler un peu quand même en tâchant de ne pas trop en dévoiler cependant. Un des intérêts du livre c'est justement de découvrir au fur et à mesure les aventures de ces personnages décalés et complètement déjantés.
 

C'est l'histoire d'un frenchy expatrié aux USA, qui a la fibre littéraire mais qui bosse dans une blanchisserie pour survivre. C'est le personnage principal, mais on ne saura jamais son nom... Loser confirmé mais attachant, amateur de bibine, traîne-savate sympathique mais un peu pathétique, il rencontre un jour Emma. Elle est sublime, il en tombe amoureux fou. Ils se marient. Il l'emmène pour leur voyage de noces à Sandpiper, une petite station balnéaire pourrave sur la côte, connue pour son immense dune de sable « qui chante » quand le vent se lève, et pour JFK, le pélican irascible et mascotte du club de vacances. Mais on est un loser ou on ne l'est pas : après seulement quelques heures de mariage, Emma se fait la malle, laissant notre héros seul, malheureux comme les pierres, et sans autre explications que celles qu'il s'acharne à déloger au fond des binouzes qu'il partage avec ses potes de beuverie. Mais être abandonné par l'amour de sa vie n'est que le début de la fin : le sort va s'acharner. Un touriste allemand, dont la femme vient de se barrer avec un surfer du coin, fond littéralement un câble et se met à tourner en rond au pied de la dune, chaque jour, encore et encore. Au point d'en devenir une attraction locale attirant curieux et journalistes en une foule de plus en plus nombreuse. Par un concours de circonstances malheureux, notre anti-héros va se voir propulser à la tête du camping de la petite station balnéaire qu'il va renommer « Emma revient » comme un ultime cri de désespoir, secondé par une belle équipe de bras cassés, à devoir gérer une situation de plus en plus abracadabrantesque et qui part de plus en plus en vrille.
 

L'intérêt premier de ce livre n'est pas à mon sens l'histoire. Pour moi il est double : le style de l'auteur, Arnaud Le Guilcher, et les personnages qu'il met en scène. D'ailleurs ces deux facettes du livre sont complètement liées : si les personnages qui hantent ce bouquin sont à ce point truculents et géniaux à suivre, c'est justement par le style enlevé, bourré d'argot et de gouaille, par la narration à la première personne, par un vocabulaire et des expressions très imagées, et surtout un humour très noir et un cynisme ambiant presque pesant.
 

Tiens, pour vous donner une idée, voici un passage où le héros se décrit physiquement :
 

"Ma mère était belle. Mon père avait raté le coche, j'aurais pu être beau. Pas beau et intelligent. Non, faut pas charrier, mais au moins présentable... Le jour de la giclée fatidique, il a dû penser à une vieille tante moustachue, et pan, un spermatozoïde blindé de gènes de thon a conquis le saint Graal. Bilan des courses : ma gueule. Merci du cadeau."
 

Ce qui m'a embarqué directement dans cette histoire iconoclaste aux péripéties et aux situations plus invraisemblables les unes que les autres, c'est avant tout le ton de l'auteur (qu'on amalgame d'ailleurs au héros, par le jeu de la narration à la première personne et le fait que jamais il n'est nommé dans le roman). On aborde frontalement des situations et des faits souvent dramatiques, des réflexions qui en disent long sur la profondeur des blessures de ceux qui les endurent, il y a en permanence une tristesse, une mélancolie et le poids de cette fatalité implacable qui pèse sur les épaules du héros. Mais tout cela est dit et écrit avec des mots bien spécifiques, férocement poétiques dans leur manière d'être bruts de décoffrage. L'humour est omniprésent, d'une noirceur assez terrible mais qui lui donne une force décuplée, irrésistible. Le cynisme s'incruste page après page, donnant une saveur amère au récit, mais avec ce petit arrière-goût de reviens-y auquel on ne peut pas dire non et qui peut très vite si l'on n'y prend garde (mais en a-t-on franchement envie ?) devenir source d'accoutumance...
 

Alors c'est vrai qu'on pourra reprocher aux situations d'êtres parfois un chouïa exagérées, à l'auteur de trop se laisser aller dans son délire, peut-être que certains lecteurs s'en trouveront tenus un peu à l'écart, mis à distance d'un récit qu'on pourrait juger trop excentrique par moment... mais en contre-partie (et je soupçonne l'auteur de l'avoir fait délibérément) il y a une telle humanité dans les personnages, que tout cela se compense assez harmonieusement. La légèreté et l'humour (corrosif) des situations d'une part, le poids des âmes et des sentiments d'autre part, le tout donne un roman original, drôle, profond et léger à la fois.
 

Pour moi Arnaud le Guilcher a été une vraie belle rencontre avec un écrivain de talent au style prononcé et immédiatement reconnaissable. Un peu comme si Renaud se mettait à écrire des romans, vous voyez un peu le genre ? Et dans cette façon de mettre en scène des personnages très actuels, aussi déjantés que totalement losers, je mettrais bien cet auteur aux côtés d'un Serge Le Vaillant ou d'un Laurent Chalumeau dont j'ai déjà pu vous parler ici...
 

Je termine en vous touchant un mot de la toute fin du roman, le dernier paragraphe si ce n'est même carrément la dernière phrase, reprenant du reste le titre du livre, qui clôt ce roman sur une note d'une profonde beauté, quelques mots qui relativisent tout le reste du bouquin, et qui m'ont cueilli là comme une préadolescente devant le dernier épisode de Twilight, me bouleversant d'une manière je dois bien le dire assez honteuse, me prenant par surprise quand je ne m'y attendais plus. Me donnant une gigantesque envie d'en savoir plus, d'en lire plus, de faire de ce type dont je venais de lire les mésaventures un pote à moi. Et par chance, j'ai pu prendre un peu de rab quelques mois plus tard, avec la suite de En moins bien intitulée Pas mieux (on en reparle ici bientôt), et qui je peux d'ores et déjà le dire, m'a mis une plus grosse claque encore que le premier roman.

Mais ça, c'est une autre histoire...

368 en moins bien

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27 juillet 2013 6 27 /07 /juillet /2013 06:53

S'il est une question qui se rapporte à The Amazing Spider-Man, la nouvelle version cinéma des aventures de mon homme-araignée préféré, c'est : « Pourquoi ? ».

Je lis les aventures du tisseur depuis un bail maintenant. Il est entré dans ma vie de lecteur et de petit garçon alors que je devais avoir quelque chose comme huit ou neuf ans. Un bail je vous dis. Et depuis il ne m'a plus quitté (au contraire il a même rameuté pas mal de ses potes en moule-burnes colorés). Au tournant des années 2000, quand Sam Raimi a transposé mon héros de papier sur grand écran j'avais été aux anges. Le temps d'une trilogie (qui a tellement parlé à mon âme de gamin lecteur de comics que j'ai même été capable de défendre le troisième opus au-delà de toute objectivité), j'avais rencontré Peter Parker pour de vrai, il avait pris vie devant mes yeux et m'avait complètement séduit tant j'y retrouvais ce qui avait bercé ma jeunesse.

Aussi avais-je été bien triste d'apprendre que le quatrième volet de la série de films mis en scène par Sam Raimi avait été abandonné. Déjà, un premier « pourquoi ?» venait poindre sur mes lèvres. La trilogie avait ramassé tant d'argent et remporté un tel succès que j'avais du mal à comprendre ce qui pouvait pousser les producteurs à ne pas faire fructifier la poule aux œufs d'or rouge et bleue.

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Le deuxième « pourquoi ? » n'a pas tardé à arriver quand l'annonce d'un reboot a été officialisée. Une franchise de trois films dont le plus ancien n'a même pas dix ans, et on voudrait déjà procéder à un reboot ?! Pour ceux qui ne le sauraient pas, un reboot c'est une autre façon de dire « on efface tout et on recommence ». Autrement dit, on oublie les trois films de Raimi et on reprend tout du début avec une nouvelle équipe artistique. Ce qui veut dire qu'on repasse par la case « narration des origines » par exemple. Pour moi c'était purement incompréhensible. Raconter à nouveau un truc qui l'a déjà été il n'y a même pas dix ans (et plutôt bien qui plus est), ça s'appelle se répéter inutilement. Voire même être carrément contre-productif. Parce que c'est quand même risqué de refaire à peu de chose près le même film qui raconte les mêmes choses qu'il y a quelques temps, alors que tant de personnes ont vu la première version. Ça n'est pas la meilleure façon d'attiser la curiosité des spectateurs selon moi... parce que quand même, là on est à deux doigts du foutage de gueule ouvertement assumé.

Mais bon, je ne suis pas un garçon aussi contrariant qu'on pourrait bien le croire, aussi leur laissais-je encore le bénéfice du doute. En me disant : les mecs de la prod ne sont pas complètement fous et il s'agit de grosses sommes en jeu, ils ne s'amuseraient pas à faire n'importe quoi juste pour le plaisir quand même.

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Et puis j'ai vu le film. Et là, fort logiquement, s'est donc imposé à moi le troisième « pourquoi ? ». Parce que si je m'étais interdis de juger trop sévèrement par avance ce film, après l'avoir vu ben, je pouvais me l'autoriser. Or, qu'ai-je vu exactement ? Je ne vais pas faire la liste exhaustive des ressemblances et différences entre le premier film de Sam Raimi et le film de Marc Webb (un type au nom prédestiné soit dit en passant). Je ne vais pas non plus faire le résumé du film ici, même si c'est d'habitude ce que je fais pour causer d'un film. Or justement, j'aurais l'impression d'encore en rajouter une couche dans la répétition, je m'abstiendrai donc. Qu'ai-je vu exactement disais-je donc... et bien pour résumer mon impression voici : à mes yeux tout ce qui est repris ou très proche de la version de 2002 est moins bien fait que dans l'original. Et tout ce qui est différent et nouveau par rapport à l'ancienne version, m'a semblé ne rien apporter de décisivement meilleur, ou plutôt devrais-je dire n'a pas été suffisamment pertinent et efficace. C'est un peu raide dit comme ça, et pourtant c'est bien ce que j'ai ressenti en voyant le film. Ce qui étrangement ne veut pas dire que je considère ce Amazing Spider-Man comme un mauvais film, loin de là, il est même dans une bonne moyenne dans la catégorie « films de super-héros ». Mais il passe après la trilogie de Raimi, et donc ne peut pas échapper à la comparaison, qui n'est pas forcément flatteuse à son endroit. C'est du reste le plus gros défaut du film, je le confesse. Si je n'avais pas vu mieux peu de temps avant, certainement aurais-je été plus enthousiasmé par cette version.

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Cependant la vision du film m'aura toutefois apporté quelques débuts de réponses à mes « pourquoi ? ». Clairement, ce film a été produit pour attirer un public plus jeune que celui d'il y a dix ans. Andrew Garfield qui incarne Peter Parker, ou Emma Stone qui interprète le rôle de Gwen Stacy sont en effet carrément plus djeun's, plus glam, plus in, plus dans la vibe, plus tout-ce-que-vous-voulez-qui se-dit-aujourd'hui-pour-signifier-que-les-ados-les-kiffent-foutrement-mieux-avec-ces-gueules-là que leurs prédécesseurs, de dangereux trentenaires qu'on nous faisait passer pour des lycéens. C'est vrai, Tobey Maguire a beau avoir une tronche de gamin attardé, il a quand même 38 balais le pépère (oh bordel, mon âge...). Et Kirsten Dunst, toute craquante qu'elle est (si si, revoyez la scène du baiser à l'envers en t-shirt mouillé) est trentenaire elle aussi... et comme elle a commencé le cinéma étant gamine on a l'impression de la voir sur les écrans depuis une éternité que voulez-vous... Cela étant dit, je tiens à préciser que même s'il ne les fait pas, mais alors pas du tout, Andrew Garfield fête lui aussi cette année ses trente printemps hein … donc la logique du rajeunissement du casting à tout prix a ses propres limites visiblement.

Bref, The Amazing Spider-Man a rajeuni l'image des héros principaux, et par ce fait semble avoir gagné le pari de plaire aux plus jeunes. Pourtant côté histoire, un des arguments avancés pour ce reboot a été de dire qu'on chercherait à être plus fidèle à la version papier du héros. Souvenez-vous en 2002, certains ont pu s'émouvoir de ne pas entendre parler de Gwen Stacy (le premier grand -et tragique- amour de Peter Parker) mais directement de voir entrer en scène Mary-Jane Watson, la seconde (par ordre chronologique) amoureuse symbolique dans la vie de Peter. C'était passé sous couvert d'adaptation cinéma, et il n'était pas totalement faux de considérer Gwen Stacy comme un « vieux » personnage disparu depuis longtemps (elle meurt -désolé si je spoile quelqu'un qui voudrait se mettre aujourd'hui à lire l'intégrale de Spider-Man hein, mais vous ne devez pas être bien nombreux quand même- au début des années 70 dans les comics), qui ne parlerait que très peu aux spectateurs alors que Mary-Jane était le personnage féminin principal de la BD depuis près de 30 ans au moment de la sortie du film. Histoire de coller à l'actualité du comics, il n'était pas déraisonnable de sauter Gwen (oups) pour se rendre directement à l'essentiel (une rousse que tu tiens vaut mieux que deux blondes que tu auras) avec MJ (ce n'est que mon avis)(sur MJ)(et sur les rousses).

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Tout ça pour dire que j'aime les rousses que l'on pouvait se dire qu'au moins avec ce nouveau film on aurait quelque chose de plus proche des vraies origines du comics. Sauf que non, désolé, mais non. Dans l'esprit, j'ai trouvé l'adaptation de Raimi, malgré ses infidélités capillo-chromatiques, bien plus proche du comic que celle de Webb. Certes oui, on a voulu donner un coup de jeune, remettre dans un contexte plus actuel et moderne l'histoire de Peter Parker, mais moi ça m'a gêné aux entournures. L'histoire reliant les parents de Peter au docteur Connors par exemple, je l'ai trouvée très médiocre. L'idée de faire de Gwen l'assistante d'un pur génie scientifique (Connors donc) qui tient ce boulot comme un petit boulot d'appoint après le lycée, alors même qu'elle accède par ce biais à des recherches ultra-pointues et ultra sécurisées, m'a semblé un peu... comment dire cela... exagéré ? Capillo-tracté ? (oui, j'aime les mots composés commençant par capillo) portnaouaquesque ? (oui, parfois j'aime aussi inventer des mots improbables que pourtant vous comprenez)

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Mais pour en revenir à l'idée de fidélité au matériau d'origine (à savoir le comics créé en 1963 par Stan Lee et Steve Ditko), la principale chose qui m'a déplu, fortement déplu, carrément mis en colère limite que j'étais fielleux et chagrin (et là je ne parle même pas des 14 euros -14!!- qu'a coûté la place de cinéma en 3D salle Imax !!) en sortant de la projection, c'est que ce Peter Parker-là réussit en à peine plus de deux heures de film à dévoiler son identité à un nombre impressionnant de personnes ! Tout lecteur du monte-en-l'air sait que l'une des choses les plus importantes dans son existence de super-héros est et restera toujours (malgré une tentative hasardeuse durant l'épisode Civil War pour ceux à qui ça parle) de préserver son identité secrète, nom de Dieu de bordel de chiottes. Désolé je m'emporte. Combien de mésaventures tragiques, combien d'humiliations publiques, combien d'injustices déchirantes, de bons plans ratés, de gonzesses sacrifiées Peter a-t-il dû subir au cours de sa longue carrière de super-héros pour ne pas dévoiler qu'il se cachait sous le masque de l'Araignée ? (oui j'aime utiliser les vieux noms fancisés et abandonnés qu'on donnait avant à Spider-Man) C'est un des ressorts dramatiques du comic bon sang ! C'est un des traits de caractère et une des spécificités absolues de ce personnage merde zut alors ! Désolé, je m'emporte à nouveau. Fielleux et chagrin vous disais-je.

Non mais c'est vrai quoi. Spider-Man, même en version djeuns avec une coupe à la con façon Vivelle Dop qui le rend tellement plus cute aux yeux des gamines acnéiques, se doit, et c'est un impératif impérieux (oui, j'aime les pléonasmes par redondance), de préserver son anonymat. Sinon, ce n'est pas Spider-Man, c'est quelqu'un d'autre. Je ne sais pas, mais ce genre de « détail », ça aurait pu être utile d'en toucher un mot aux scénaristes. Je dis ça, je dis rien.

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Bon, je bavasse, je bavasse, mais concrètement j'ai presque oublié de vous dire que le méchant principal, le Lézard interprété par Rhys Ifans dans sa version humaine et par des images de synthèse un peu bof-bof dans sa version reptilienne est plutôt pas mal dans une des deux versions. Vous laisse deviner laquelle. Que les effets spéciaux liés plus spécifiquement à Spider-Man sont assez réussis même s'il faut être honnête, on ne s'en relèvera pas la nuit. Encore une fois, je n'ai pas été scotché comme il y a dix ans en découvrant le Spider-Man de Raimi virevolter au bout d'un fil. Mais ça c'est certainement parce qu'avec tous ces effets spéciaux de dingos on devient des enfants gâtés et qu'on ne sait plus apprécier ce qu'on a. Que Emma Stone est certes mignonne, mais qu'elle est blonde et ne porte pas de t-shirt mouillé (je veux dire dans le film, dans sa vie privée j'en sais rien). Et que c'est cool de voir de plus en plus souvent Irrfan Khan (le Docteur Ratha dans le film) au cinéma dans des grosses productions parce que c'est un chouette acteur. Allez stop, j'arrête là.

De toute manière, le film a marché, c'est un fait. Les gens sont retournés voir une histoire qu'ils avaient déjà vue, et en mieux, à peine quelques années auparavant. Je m'inclus dans la liste des moutons qu'on tond hein, pas de problème. Au point que des suites sont prévues pour les années à venir. Trois suites aux dernières nouvelles. Mais bon, là-dessus je ne m'avancerai pas trop, même le succès ne garantit plus un avenir pérenne de nos jours. Demandez à Sam Raimi tiens.


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