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Avant de lire les notes que je fais sur les films que je vois et les bd que je lis, sachez que dans mes commentaires il m'arrive parfois de dévoiler les histoires et les intrigues. Ceci dit pour les comics, je n'en parle que quelques mois après leur publication, ce qui laisse le temps de les lire avant de lire mes chroniques.
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7 mars 2013 4 07 /03 /mars /2013 08:17

On ne peut pas gagner à tous les coups. Avec Lady de Melvin Burgess, sous-titré Ma vie de chienne, j’avais été attiré par un pitch qui m’a surpris, une couverture rigolote et un quatrième de couv dont la dithyrambe laissait augurer des meilleures choses à coups de « roman jouissif et surprenant » et « allégorie […] sur la liberté, la responsabilité, la sexualité, sur l’existence en générale ». Je sais, se fier aveuglément au baratin de quatrième de couv est une erreur de débutant, je n’ai pas le droit de m’en servir comme d’une excuse à mon manque de discernement. Autre circonstance atténuante cependant : ce roman était classé sur l’étalage des romans mais pas parmi ses congénères directs. En effet, c’est bien plus tard que je me suis rendu compte que ce bouquin, bien qu’édité en poche chez Folio, était issu d’une traduction pour Gallimard Jeunesse. Honnêtement rien dans la présentation du livre ne laissait supposer que le public cible était plutôt adolescent, il fallait aller voir dans les mentions légales pour dénicher ce détail (qui n’en est pas vraiment un du reste), il est d’ailleurs fort possible que sa présence au sein de l’étal des romans « tous publics » était dû à ce manque d’identification extérieure. Bref, toujours est-il que je me suis retrouvé avec tout autre chose que ce que je croyais au départ…

Mais quelques mots pour préciser un peu de quoi ça cause. Tout commence avec Sandra, adolescente pas trop canalisée dont le comportement laisse à désirer. Sortir avec les copains, passer des nuits blanches et alcoolisées, coucher à droite à gauche et délaisser ses études : voilà les centres d’intérêts principaux de la gamine. Mais après une dispute dans la rue avec un clochard qu’elle insulte, la minette se retrouve métamorphosée en chienne ! De son nouveau nom Lady, elle va découvrir le monde du point de vue canin et quand son instinct prend les commandes elle va occuper son temps à faire ce que tous les chiens font : manger, dormir, errer et s’amuser comme bon lui semble. Pas tant de différences avec sa condition humaine finalement ! Mais quand son côté humain reprend le dessus, ses proches lui manquent…

Bon, c’est à l’instant, en écrivant ce résumé de l’intrigue que je me dis que, quand même, j’aurais dû voir que ça sentait le pâté (yes, j’ai réussi à la placer celle-là). Je devais être fatigué peut-être, je ne sais plus. Enfin bon, j’avais été intrigué par tout ça malgré tout, voilà.

En revanche, j’étais parfaitement éveillé au moment de ma lecture, et à l’arrivée la fameuse allégorie sur l’existence que nous vend la quatrième de couv, je ne l’ai point vue, ou plutôt si, écrite en gros caractères fluo « ATTENTION ALLÉGORIE SUR L’EXISTENCE ET LA CONDITION HUMAINE », mais pas la peine de chercher plus loin l’auteur ne nous en dira pas beaucoup plus. En gros voilà comment se concrétise le bouquin : au départ on suit une grande ado à qui on a envie de filer des claques en permanence. Mais attention quand je dis qu’on a envie de lui filer des claques, c’est un sentiment profond, limite qu’on y prendrait du plaisir tellement la pimbêche le mérite. On n’est donc clairement pas dans le cas d’un personnage détestable mais qui donne envie de suivre ses aventures, on est juste face à quelqu’un avec qui il n’y a ni identification, ni empathie possible. De l’insignifiant qui se prend pour le centre du monde quoi, sans même avoir l’excuse d’être drôle au second degré ou risible quand on prend un peu de recul, qui n’a même pas pour elle la capacité d’éveiller une curiosité un peu perverse à son égard, rien. Bref pas du tout ma définition d’un bon personnage puisqu’il ne donne aucune envie de mieux le connaître.

Cela dit et a posteriori, en sachant que cette histoire est à destination des adolescents, ça fait un peu s’interroger sur le type de personnage susceptible de les accrocher. J’imagine que Melvin Burgess connaît son affaire et sait quoi mettre en place pour capter et conserver l’attention de son public cible. Donc si c’est là ce qui fonctionne avec le public de cet âge, j’y vois des raisons de s’inquiéter. Ou alors je vire vieux con. Je n’exclus pas arbitrairement cette possibilité notez bien.

Mais je m’égare. Sandra donc devient bien vite Lady, un clebs errant dans le genre de ceux qui traînent avec les sans abris du coin. Je ne me rappelle plus trop bien de quelle race de chien il s’agissait, ni même si cela a été précisé à un quelconque moment dans le livre. Remarquez, on s’en tape un peu, mais je fais ce que je peux pour vous plonger tout entier dans l’histoire, bande d’ingrats. Ensuite que se passe-t-il, attendez que je me souvienne… oui bah elle découvre les plaisirs d’appartenir à la gente canine (non pas les chicots, mettez-y un minimum de bonne volonté voulez-vous ?). À savoir : courir à perdre haleine toute langue dehors, renifler les trucs les plus dégueulasses et y trouver des saveurs olfactives inattendues, bouffer goulûment tout ce qui ressemble de près ou de loin à une saucisse bien grasse, cultiver des envies profondes de meurtres sans raison particulière envers tout ce qui a quatre pattes et qui ronronne, lécher avec sollicitude toute main tendue qui procure caresse ou pitance, et enfin se servir de sa langue pour sa toilette intime (et là tout de suite ça en fait rêver certains). Passionnant. Ah ! et puis Lady découvre aussi les joies du coït avec de parfaits inconnus du moment qu’ils ont le poil lustré et qu’ils sentent fort. Comportement encore une fois pas si éloigné de celui qu’elle avait auparavant. Voilà, voilà… je crois que ça se veut choquant (et ça l’est peut-être pour certains lecteurs), moi j’y vois avant tout une grosse envie de provocation et surtout, malheureusement devrais-je dire, ça manque aussi cruellement de talent dans l’art de provoquer.

Ensuite quand même elle se dit que ce serait bien de revoir ses parents et de leur faire comprendre qui elle est, ce qui va amener quelques situations rocambolesques où elle aura l’occasion de s’habiller et d’articuler tant bien que mal quelques mots malgré sa toute nouvelle anatomie pas vraiment adaptée à ce type d’exercices. Non, je n’ai à aucun moment dit que c’était du « grand n’importe quoi », je ne suis pas du genre à débiner des œuvres littéraires aussi avant-gardistes.

Allez tout au plus dirais-je que c’est un peu osé comme mise en situation, et qu’il faut une certaine dose de courage pour s’aventurer à écrire ce genre de scènes. À défaut de sens commun.

Et puis bon, doucement mais sûrement, à coup de péripéties qui ne font pas avancer le schmilblick, on s’achemine vers la fin du bouquin, et du dénouement qui m’a un peu laissé coi. En gros (si vous tenez absolument à lire le livre arrêtez-vous là, je m’apprête à dévoiler la fin… ça y est ceux qui ne veulent pas savoir sont partis ?… dernier avertissement, allez ceux qui restent tant pis pour vous hein) à la fin elle reste une chienne (au sens propre) et s’en porte très bien comme ça. C’est vrai en y réfléchissant un peu, la condition humaine, c’est surfait. Je ne sais pas, et à vrai dire je ne veux pas savoir quel est le message du roman (il vaut toujours mieux vivre selon ses instincts ? les êtres humains ne sont jamais réellement libres ? de manière générale ça ne doit pas beaucoup donner envie de grandir aux gamins en tout cas) et quels enseignements les lecteurs adolescents vont en retirer (dans l’hypothèse peut-être un peu optimiste qu’ils en retiennent quelque chose), mais pour ma part ce roman m’a laissé dubitatif. Du haut de mon humble expérience qui commence maintenant, et à mon plus grand désespoir, à cumuler un nombre non négligeable d’années, je pensais naïvement savoir certaines petites choses sur la vie, avoir appris quelques leçons de l’existence, m’être fait un tableau d’ensemble pas trop faussé du monde et de ceux qui l’habitent. J’en suis un chouïa moins sûr après avoir lu Lady. Il y a visiblement des choses qui m’ont échappé. Si je devais trouver ne serait-ce qu’une qualité à ce roman, c’est qu’il m’a fait me poser des questions. Maigre consolation ? Peut-être pas tant que cela…


361 lady

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