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Avant de lire les notes que je fais sur les films que je vois et les bd que je lis, sachez que dans mes commentaires il m'arrive parfois de dévoiler les histoires et les intrigues. Ceci dit pour les comics, je n'en parle que quelques mois après leur publication, ce qui laisse le temps de les lire avant de lire mes chroniques.
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27 janvier 2020 1 27 /01 /janvier /2020 08:00

Un humour décalé et corrosif. Une situation originale et un brin ironique. Des rebondissements et de l’inattendu. Voilà ce que ce roman de David Safier promettait. Voilà ce à quoi je m’attendais donc. Bon, j’ai été déçu.

 

Laissez-moi vous exposer d’abord de quoi parle ce roman, Maudit Karma de l’auteur allemand David Safier. C’est l’histoire de Kim Lange, une animatrice de télévision au sommet de sa gloire. Belle, intelligente et prête à tout pour sa carrière, elle succombe pourtant de manière inattendue et plutôt incongrue, peu après avoir remporté le prix de la meilleure animation d’une émission télévisée. Mais loin d’être la fin, ça n’est que le début de son histoire. Car à peine trépassée, la voilà présentée à Bouddha, qui lui apprend que durant son existence elle a accumulé une quantité importante de mauvais karma, et va devoir en répondre au cours de sa prochaine réincarnation. En effet, Kim reprend ses esprits dans le corps d’une fourmi, membre d’une fourmilière située justement… dans le jardin de son ancienne maison. Elle assiste ainsi à la vie d’Alex, son veuf de mari, et de Lilly, leur petite fille de cinq ans, se rendant bien compte à quel point elle les avait négligés jusqu’ici. Qu’à cela ne tienne, Kim est bien décidée à regagner du bon karma, afin de regrimper dans l’échelle des réincarnations et pouvoir ainsi se rapprocher de plus en plus de sa famille. Au cours de cette quête elle va rencontrer un acolyte improbable en la personne de Casanova. « Le » Casanova historique de Venise, grand séducteur devant l’éternel, lui-même réincarné inlassablement en fourmi depuis des siècles. Mais Kim ne compte pas se contenter de son sort, d’autant que Nina, son amie d’enfance, se rapproche de plus en plus d’Alex et risque bel et bien de prendre sa place au sein de sa famille...

 

Bon. Je sais, moi aussi j’étais un poil dubitatif devant ce pitch de départ. Mais, me suis-je dit, c’est parfois dans les moments les plus inattendus qu’on a les plus belles surprises. Pas cette fois-ci malheureusement.

 

Non pas que le livre soit foncièrement mauvais. Il ne m’est pas tombé des mains en cours de lecture, au contraire, j’ai même été agréablement surpris de ce point de vue : il se lit vite et facilement. C’est plutôt fluide, il n’y a pas trop de temps morts, et le style n’est pas déplaisant. Même l’humour n’est pas complètement à jeter, il y a des trucs réussis, j’avoue avoir souri l’une ou l’autre fois. Non, le problème se situe ailleurs à mon sens. C’est un sentiment diffus qui m’a accompagné pendant toute la durée de la lecture de ce roman. L’impression de cliché. C’est même plus subtil que cela : en fait j’ai eu l’impression qu’à tant vouloir sortir des sentiers battus, à tant vouloir paraître original, cela en devenait cliché. Pas tant dans les idées ou les situations couchées sur papier par l’auteur (effectivement plus d’une sort de l’ordinaire), mais dans ses intentions-mêmes. En effet, on ne s’attend évidemment pas à voir l’héroïne se réincarner en doryphore ou en cochon d’inde par exemple, cependant la finalité de tout cela est totalement attendue et tristement banale. Au point d’ailleurs que David Safier pousse d’un cran supplémentaire le bouchon dans le sens du too-much, avec un final happy-end complètement raté, qu’on voit venir de loin, et que j’ai pourtant trouvé en même temps totalement pas crédible du tout. Notez tout de même que j’avais accepté le principe des réincarnations et de Bouddha qui apparaît au début de chacune d’entre elles pour faire un petit speech, et donc que j’étais plutôt large d’esprit dans ma conception du « crédible ». C’est dire si la fin choisie par l’auteur m’a paru naze.

 

L’autre gros point noir, toujours selon moi, de ce roman, ce sont ses personnages. Je parlais de clichés plus haut, là on pourrait évoquer la caricature pour varier un peu le champ lexical de cet article. Alors oui certes, il faut se replacer dans le cadre d’un roman humoristique, léger et sans grande ambition (enfin là je préjuge peut-être des intentions de l’auteur, si ça se trouve le gars pensait livrer un ouvrage de fond et un outil de profonde réflexion, va savoir…), qui permet donc de ne pas trop approfondir les caractères des personnages. Mais quand même, de là à tout faire à la truelle, autant exercer ses talents en tant que maçon, plutôt qu’en tant qu’écrivain. Les dialogues, entre autres, m’ont vraiment semblé parfois très légers. Quant à la définition des caractères, comme je le disais plus tôt, on se croirait plus volontiers dans un article de presse féminine au rabais* que dans un roman digne de ce nom. Est-ce parce que l’auteur est un homme et que son personnage principal est une femme que c’est aussi simpliste et plus prévisible qu’une recette d’œuf au plat ? Ce serait sexiste comme explication (en temps normal un personnage et son auteur ne devraient pas être forcément du même sexe pour que le texte soit crédible), alors j’imagine que ça tient à d’autres facteurs que je n’ai pas su remarquer. Tiens, pour essayer de vous illustrer mon impression de lecture, il y a une formule que je trouve totalement appropriée : Kim, l’héroïne qui passe par différentes réincarnations tout au long du roman, est ce qu’on qualifierait du néologisme si horripilant et pourtant à la mode actuellement : une fille attachiante. Voyez ce que je veux dire ?

 

En fait, je crois que j’aurais dû commencer par ça, l’article aurait été plus vite écrit. Maudit Karma est l’histoire d’une fille attachiante qui se réincarne en fourmi. Tout est dit.

 

À moins donc, d’être vous-même une fille attachiante, je me permets de vous déconseiller la lecture de ce roman qui de toute manière a connu un immense succès populaire, et qui je pense ne souffrira pas de mes pauvres petites recommandations d’aller lire ailleurs...

*quitte à me faire traiter d’horrible machiste autant préciser ma pensée : c’est l’exemple qui m’est venu pour singulariser cette propension à se vautrer dans le cliché et le manque de subtilité des personnages...

 

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20 janvier 2020 1 20 /01 /janvier /2020 07:51

Comme j’ai déjà pu le dire ici ou là, j’aime bien de temps à autre me coltiner un « classique ». Je me dis que pour ma culture personnelle ça ne peut pas faire de mal, et ça me permet de soigner au passage mon complexe de petit lecteur de comics face à la « vraie culture ».

J’ai donc choisi pour ce faire Demande à la poussière de John Fante, œuvre phare d’un auteur souvent cité comme une référence incontournable par bon nombre d’auteurs contemporains (à commencer par Charles Bukowski himself qui a signé la préface de l’édition que j’ai lue). Comme j’avais déjà lu un roman de Fante (Mon chien Stupide) je n’étais donc pas totalement en territoire littéraire inconnu…

 

Avec Demande à la poussière, on replonge dans les années 1930 (le livre a été édité pour la première fois en 1939), et on suit les pérégrinations du personnage fétiche de John Fante, Arturo Bandini, dont il est de notoriété publique qu’il est l’alter ego de papier de l’auteur. Ce qui fait de ce roman un livre semi-autobiographique, et il est indéniable que l’on ressent la proximité de voix entre l’auteur et son héros. Le jeune Arturo est un passionné de littérature, il a ça dans le sang et s’il n’a qu’une seule certitude c’est celle-ci : il va devenir écrivain et faire fortune grâce à son talent littéraire. Il décide donc de quitter sa campagne paumée pour vivre le rêve américain à Los Angeles. Déjà les sirènes d’Hollywood commencent à se faire entendre et la ville où il fait beau toute l’année devient l’eldorado de tous ceux qui cherchent le succès, ou tout simplement la belle vie. Arturo, dont une nouvelle vient d’être publiée dans un magazine, sait qu’il n’a plus qu’à se frotter à la « vraie vie » pour réveiller cet auteur de talent qui sommeille en lui, ce n’est rien d’autre que son destin. Mais en attendant la gloire et les dollars qui coulent à flot, Arturo va d’abord être confronté à la misère, à la faim, à une certaine forme d’errance et surtout à une réalité qui n’est pas conforme à ce qu’il avait prévu. Passionné d’écriture mais également grand admirateur de belles femmes, c’est ainsi qu’il fera la rencontre de Camilla Lopez, une jeune, ravissante et fougueuse serveuse d’origine mexicaine. Leur relation est particulière et forte, pourtant Bandini hésite et tergiverse…

 

Bon alors, j’ai pas mal de choses à dire sur ce livre. D’abord le style : vous cherchez à être pris par une ambiance années 30 ? À être au plus près des personnages, aussi bien dans leurs pensées que dans la description du monde qui les entoure ? À vivre à travers le héros ses ambitions, mais aussi sa naïveté, sa maladresse, sa sincérité, ses désirs profonds, sa passion et ses contradictions ? Eh bien c’est exactement tout ce que vous trouverez en lisant ce roman. Il y a un léger décalage dû à la temporalité de l’histoire, mais on entre vite dans l’ambiance, dans l’époque, et finalement dans la peau du personnage tant on est en contact direct et intime avec ses pensées et son ressenti. C’est justement ce décalage persistant avec le héros qui m’avait gêné, et la proximité avec lui qui m’avait manquée à la lecture d’un livre plutôt proche dans son thème et son style, L’Attrape-Cœurs de J.D. Sallinger.

 

Ensuite le personnage. Bandini est pétri de contradictions, et c’est ce qui le rend profondément humain. Il nous paraît tour à tour gentil, imbuvable, doux, prétentieux, naïf, ambitieux, plein d’assurance, fragile, maladroit, cruel… C’est dans sa relation à Camilla surtout qu’on comprend à quel point le jeune homme, en pleine construction de soi qu’il est, a du mal à faire coïncider celui qu’il voudrait être et celui qu’il est. Complexé par son origine italienne qui fait de lui un « sous-citoyen » américain, il veut s’extraire de cette condition en brillant dans le monde intellectuel. Il rêve d’ascension sociale, de devenir un « bon américain » modèle. Mais Camilla se situe encore plus bas que lui dans l’échelle sociale, elle est mexicaine ! Et pauvre… qui plus est une pauvre qui n’a même pas l’ambition de s’en sortir en devenant riche et célèbre comme lui rêve de l’être. Comment concilier le fait de vouloir devenir un grand écrivain et aimer une femme qui sait à peine lire ? Pourtant on ne commande pas à ses sentiments, et l’attirance, vaille que vaille, est bien là…

 

Pour finir, ce qui m’a beaucoup intéressé également, et qui semble être un thème récurrent pour ne pas dire obsessionnel chez Fante, c’est ce rapport à l’écriture, viscéral. L’amour des mots, cette capacité hors norme d’observer puis de décrire en quelques mots parfaitement choisis ce qu’il voit, cette façon d’écrire simple et directe mais pas du tout donnée à n’importe qui… Ce rapport aux mots, ce rapport au statut d’écrivain mais aussi au succès et à l’aura intellectuelle qu’apporte ce métier, tout cela est vraiment subtilement abordé, on sent l’écrivain (l’auteur comme son personnage) complètement habité par sa passion. Oui Bandini veut réussir, mais il ne veut pas réussir n’importe comment, ce sera par son talent d’écrivain ou rien d’autre. Il n’y a pas que la réussite qui compte pour lui, le chemin emprunté pour réussir, voilà qui est bien plus important…

 

Vous l’aurez compris, ma seconde incursion dans l’univers de John Fante s’est vue couronnée de succès, et si ce que je vous en ai brièvement dit vous a intéressé, alors n’hésitez pas et plongez-vous dans Demande à la poussière* !

* et quel titre de grande classe aussi !!!

 

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16 janvier 2020 4 16 /01 /janvier /2020 07:54

 

La période se prête à l’exercice, aussi vais-je me lancer dans un modeste bilan de l’année 2019 passée. L’occasion de faire un petit point sur ce qui mérite d’être retenu selon moi.

 

Je vais faire ça par domaine, histoire de ne pas partir dans tous les sens n’importe comment. En revanche j’ai dû me contraindre à ne garder que 5 sélections par thème, sinon je partais une fois de plus pour des articles à rallonge dont j’ai le secret et qui m’assureraient de décourager même mes plus opiniâtres lecteurs avant la fin. Déjà comme ça, ça va être long… Parce que mine de rien, pour les séries ou les albums musicaux, me limiter à seulement 5 items a été une véritable gageure, et ne s’est pas fait sans douleur. Il a fallu que je taille dans le vif, et que j’élimine des œuvres ou des artistes pourtant essentiels à mes yeux…

 

Bon allez, commençons doucement par les films que j’ai pu voir en 2019. Je dis « commencer doucement » car cette année je suis très peu allé au cinéma (par rapport à mes habitudes passées) et que finalement je n’ai pas vu tant de choses à ce point indispensables que cela. Donc la sélection a été moins compliquée à faire…

Movies

Tout d’abord l’un des films les plus intrigants et inattendus qui avaient été annoncés pour 2019 : Le Joker. Intrigant parce qu’a priori déconnecté du reste de l’univers cinématographique du DCverse, inattendu parce que mettant dans le rôle titre un acteur-phénomène : Joaquin Phoenix. Le résultat est bluffant, scotchant, ébouriffant.

Joker, le couronnement du roi Arthur !

Ensuite l’autre film, peut-être le plus attendu de tous par moi cette année, Avengers : Endgame qui apporte une conclusion à l’ensemble des films Marvel depuis le premier opus d’Iron Man et qui forment une continuité et un univers partagé comme jamais cela n’avait existé sur grand écran auparavant. Un film qui m’a dérouté au premier abord, que j’ai trouvé plein de bonnes idées comme de défauts, mais qui gagne en qualité à mes yeux à chaque fois que je le revois (et avec la passion de mes gamins pour les super-héros, je le revois régulièrement !!).

Vengeurs, rassemblement !

À propos de super-héros, le film que j’ai le plus apprécié cette année (je ne considère pas Joker comme un film de super-héros, je le précise) c’est le film d’animation Spider-Man : New Generation. En partie inspiré du story-arc « Spiderverse » des comics récents du tisseur, ce dessin-animé a tout pour lui : scénario malin, humour qui fait mouche, originalité, rythme parfait, bande son moderne et parfaitement adaptée… Bref, un animé qui a une vraie identité propre et qui sort très largement du lot.

Weeeeesh les gars...

D’ailleurs en parlant de dessin-animé à forte personnalité, l’autre gros morceau de l’année c’est Toy Story 4 : un must absolu pour les amateurs de films d’animations qui peuvent plaire autant aux petits qu’aux grands enfants (qu’on reste tous un peu dans l’âme, n’est-ce pas ?). C’est d’une classe folle, d’une intelligence et d’un recul sur soi rares, c’est drôle et triste à la fois, c’est beau, c’est la maîtrise à l’état pur.

Un dernier tour de piste pour Woody et ses amis ?

Et puis je n’ai pas pu bouder mon plaisir de voir la fin de la trilogie entamée en 2000 par M. Night Shyamalan avec Incassable : Glass qui vient clore son histoire de super-héros du monde réel, après que Split soit venu avec brio remettre une pièce dans la machine du réalisateur en 2016. Loin d’être un film parfait, Shyamalan parvient toutefois à en faire quelque chose d’abouti, de boucler la boucle sans se foirer dans la dernière ligne droite. Il n’a plus le feu sacré qu’il a eu dans Incassable, mais ça reste très largement au-dessus du tout-venant hollywoodien actuel.

David Dunn, Elijah Price et Kevin Crumb, ou quand les super-pouvoirs définissent leur propriétaire...

Lectures

Et sans transition aucune, après le cinéma je vous propose de parler un peu littérature. Cette année j’ai épinglé une vingtaine de bouquins à mon tableau, ce qui est un chiffre un peu en-deçà de ma moyenne habituelle. Pour une raison principale : il y a eu quelques « poids lourds » dans le tas ! Et pas des moindres, d’ailleurs commençons par l’un d’entre eux…

Le « Gros morceau » de l’année : Jérusalem d’Alan Moore est un pavé qui demande à la fois de la persévérance mais aussi de l’investissement de la part du lecteur. Pas ce que j’appellerais une lecture facile. En revanche, il s’agit bel et bien d’une lecture passionnante ! Impossible de faire un résumé ici, qui plus est en un simple petit paragraphe, tant l’œuvre est monumentale, tentaculaire et labyrinthique. Dans ce roman de 1280 pages, Alan Moore fait de sa ville natale, Northampton, le personnage principal d’une fresque impressionnante qui nous entraînera de l’an 810 jusqu’à la fin des temps, en aller-retours incessants entre passé, présent et futur… Chaque chapitre est une pièce d’un gigantesque puzzle que compose lentement et sous nos yeux le fabuleux raconteur d’histoires qu’est Moore. Voyage immobile, ce livre-somme est une expérience unique de lecture. Vous passerez par tous les genres, tous les temps, toutes les émotions. Alan Moore n’est pas facile à suivre dans ses délires, et il n’est pas du style à vous faciliter la tâche outre-mesure : lire du Alan Moore ça se mérite, mais quand on s’accroche et qu’on relève le défi, quelle récompense, quelle volupté, quel plaisir !!

J’y consacrerai un article plus détaillé et aussi complet que possible (et croyez-moi il y en a à dire sur ce bouquin!!), mais il n’est pas prévu pour tout de suite...

Alan Moore, l'auteur de Jérusalem

Chez Pierre Raufast aussi on va se retrouver en face d’une histoire où les destins s’entremêlent et où chaque détail compte, bien que l’écrivain joue de manière bien plus ramassée et brève avec ses personnages, très loin de l’œuvre protéiforme de Moore. Dans La Baleine Thébaïde, on retrouve avec plaisir l’univers de Pierre Raufast qui s’amuse lui aussi à créer une œuvre dans laquelle tous ses romans sont interconnectés sans que la lecture des précédents ne soit indispensable à la bonne compréhension de chaque nouveau livre, la superposition des titres amenant cependant une dimension de plaisir supplémentaire au lecteur qui se rend régulièrement compte des clins d’œil de l’auteur dont sont truffés, quasi subliminalement, ses romans. Blindé d’humour, mais aussi de sensibilité, Raufast sait mélanger pour le plus grand plaisir du lecteur comédie et gravité, sciences et fantaisie, le tout à travers une imagination débordante de créativité. Difficile de résumer le roman sans entrer dans les détails, sachez qu’il y sera entre autres question de la tristement solitaire baleine 52 (faites une recherche sur le net à son sujet : cette énigmatique baleine a bel et bien existé) autour de laquelle l’auteur va broder une intrigue aux multiples implications qui mènera le lecteur à travers le monde entier…

L’article où j’y reviens plus en détails est d’ores-et-déjà bouclé, en revanche il risque de vous falloir attendre un poil avant sa publication (tant d’autres livres à chroniquer auparavant…).

Pierre Raufast, l'auteur de La Baleine Thébaïde

Si Pierre Raufast nous fait voir du pays, Olivier Bonnard quant à lui nous propose de voyager dans le temps avec son roman Collector. Il y est question de collectionneurs de jouets à la recherche du Graal, une série de jouets légendaires, trois robots des années 1980, qui, lorsqu’on les assemble, auraient le curieux pouvoir de vous faire voyager dans le temps… C’est l’occasion de se replonger en même temps que le héros du roman dans le monde des dessins animés et jouets de notre enfance, de raviver des souvenirs qu’on a tous plus ou moins enfouis en nous, le temps d’une séquence nostalgie qui forcément nous parle d’autant mieux qu’on est de la génération de ceux qui sont nés dans les années 1970 et ont grandi avec la télévision allumée en permanence sur les émissions jeunesse animées par Dorothée, les aventures de Capitaine Flam ou d’Ulysse 31… Autant dire que moi je me suis retrouvé dans absolument tout ce que racontait Olivier Bonnard au cours de son roman !!! C’est un retour en enfance mais avec l’esprit d’un adulte qui a sanctuarisé ces années comme étant peut-être les plus belles car les plus insouciantes de sa vie. Insouciantes vraiment ? Pas si sûr que ça… À lire pour tous les nostalgiques de l’enfance et du temps heureux mais passé…

Bien entendu j’en ferai un article plus complet dans quelque temps (mois ? années ? allez savoir !).

Olivier Bonnard, l'auteur de Collector

Un retour dans les années 1980, en 1987 plus exactement, c’est également ce que propose Jason Rekulak dans son roman La Forteresse Impossible. Le jeune Billy vit dans une petite ville paumée du New Jersey, et avec ses potes il a deux passions : les jeux vidéos sur ordinateurs ou dans les salles d’arcades, et ce continent jusqu’ici inconnu pour eux : le corps des filles… C’est pourquoi une nouvelle va faire l’effet d’une bombe pour eux : Vanna White, l’animatrice ultra sexy de La Roue de la Fortune vient de poser nue pour le magazine Playboy. C’est dès lors une évidence pour eux : il leur faut se procurer un exemplaire du magazine pour adultes ! Plus facile à dire qu’à faire en ce temps où internet n’existe pas encore et où dans l’Amérique puritaine de Reagan, vendre un ouvrage érotique à des gamins est totalement inconcevable. Qu’à cela ne tienne, les compères ont un plan… Ici encore, la carte est à la nostalgie pour tous ceux qui, comme moi, ont vécu cette période au même âge que les héros de l’histoire. C’est à la fois référencé (on y parle beaucoup de jeux vidéos et de codes informatiques balbutiants, et je me revoyais sur mon Amstrad CPC 6128 en lisant l’histoire de Billy), drôle, tendre, rythmé, et on ne peut que se sentir en empathie avec le héros un brin poissard et incompris (comme tous les adolescents n’est-ce pas?).

J’en reparlerai plus en détail dans ce blog, pour ceux qui sauront être trèèèèès patients...

Jason Rekulak, l'auteur La Forteresse Impossible

Les balbutiements de l’informatique accessible à tous, je les ai vécus étant gamin, les miens quant à eux vivent baignés dans un univers digital et numérique envahissant, depuis leur naissance. C’est ce dont nous parle le scientifique Michel Desmurget dans son livre choc, La Fabrique du Crétin Digital, qui dénonce tous les méfaits des écrans sur nos têtes blondes, ici et maintenant. Et le moins qu’on puisse dire c’est que pour le coup, ça ne prête pas du tout à rire. C’est même plutôt affligeant, voire dramatique dès lors qu’on se plonge dans la liste quasi infinie des influences négatives des dérives du tout numérique sur la santé de nos enfants. Plus qu’un constat très inquiétant, études ultra documentées à l’appui, ce livre est un cri d’alerte à tous les parents et à tous les dirigeants qui sont censés faire au mieux pour les nouvelles et futures générations. Une lecture qui bouscule, qui déprime mais qui s’avère indispensable si on a un tant soit peu le sens des responsabilités et qu’on refuse de faire de nos enfants des crétins digitaux, au sens strict du terme. Un bouquin qui met des mots clairs et précis sur les craintes que ces dérives m’ont toujours instinctivement inspirées, les légitimant complètement au passage. À lire pour soi et pour nos enfants, avant de pouvoir faire valoir notre droit à choisir de céder ou non à la modernisation via le « tout écran » à marche forcée. Juste pour ne plus pouvoir dire « on ne savait pas ».

J’en ai parlé ici il y a peu de temps.

Michel Desmurget, l'auteur de La Fabrique du Crétin Digital

Voilà ma sélection de l’année pour ce qui est du grand écran et de la littérature, la suite au prochain épisode… Et si vous avez des conseils ou coups de cœur à partager, n’hésitez pas à m’en parler en commentaire !

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13 janvier 2020 1 13 /01 /janvier /2020 08:40

Ce roman est le second de la franchise The Walking Dead, par ailleurs bien connue des fans de comics et de séries télévisées. Faisant suite à L’ascension du Gouverneur, dont j’avais dit le bien que j’en pensais ici, au départ de La route de Woodbury on commence par faire la connaissance d’un nouveau groupe de survivants. Exercice délicat pour le duo d’auteurs (Robert Kirkman qui est le créateur du comics d’origine et Jay Bonansinga, auteur de roman qui lui est associé sur cette version de l’univers de The Walking Dead), en effet il leur faut nous faire découvrir de tous nouveaux personnages jusqu’alors jamais vu dans les matériaux d’origine. Il y a donc une première partie de ce roman qui est consacrée à cela et c’est normal : il faut poser les personnages, les définir un minimum, nous faire entrer en empathie avec eux si on veut pouvoir s’inquiéter de ce qui va leur arriver. On découvre donc Lilly Caul, une jeune femme un peu introvertie et peu sûre d’elle. Elle suit comme son ombre le colosse afro-américain Josh, un peu parce qu’elle se sent en sécurité avec lui, un peu parce qu’elle a des sentiments pour lui, elle ne sait plus trop, mais quelque chose de fort les lie ces deux-là. Il y a aussi Bob, un ancien infirmier vétéran d’Afghanistan, alcoolique notoire, paumé mais avec un bon fond, pour lequel Lily a une grande tendresse. Et puis Megan, l’amie nymphomane de Lily, et son boyfriend du moment Scott. Ces cinq-là vont être confrontés à la survie en territoire zombie, et comme on peut s’y attendre, les choses ne vont pas se passer au mieux. Ils vont donc partir sur les routes à la recherche d’un refuge.

Ce lieu providentiel va se présenter à eux quand ils tombent sur la communauté de survivants de la petite ville de Woodbury. Une ville et une communauté dirigées par un homme, Philip Blake, que tout le monde appelle, entre crainte et admiration, le Gouverneur. Il va falloir que le petit groupe de Lily et Josh parvienne à s’intégrer à Woodbury qui a tout du havre de paix tant recherché. Tout ? Pas si sûr, car le Gouverneur semble cacher des choses et a des idées bien à lui quant à la manière de gérer la communauté de survivants…

 

Voilà grosso-modo ce dont parle ce roman. On a donc d’une part des nouveaux personnages, et puis quelques vieilles connaissances avec le Gouverneur et Martinez (son bras droit, en charge de la sécurité du camp en quelque sorte), des personnages phares de l’univers de The Walking Dead. Le mix se fait plutôt bien il faut dire, une fois familiarisé avec les nouveaux, le retour en territoire connu avec les habitants de Woodbury se fait tout naturellement. C’est un peu comme de voir les « scènes coupées » en bonus d’un dvd, on découvre l’arrière du décor qu’on croit connaître quand on est lecteur des comics ou fan de la série. C’est plutôt pas mal, car on se sent en terrain connu et pourtant on se fait parfois gentiment balader quand même par les auteurs (voir à ce sujet la fin du tome précédent).

 

Le style n’a rien de révolutionnaire, le roman se lit vite et agréablement, sans grosses figures de style ni originalité, mais comme on colle à l’ambiance Walking Dead, on n’en demande pas plus.

 

Après, ce genre bien spécial de survival dans un monde infesté de zombies a les défauts de ses qualités : très codifié, dès lors qu’on en a un peu l’habitude, on voit venir certaines choses de loin. Souvent on parie sur qui va mourir et qui va survivre, et souvent on voit juste. Histoire que les ficelles du drame se nouent comme il faut pour le meilleur résultat. On sent bien que Lily est le personnage le plus développé, et donc aussi celui que les auteurs ne vont pas sacrifier, car ils prévoient de la faire évoluer. Et pour qu’elle évolue, il faudra élaguer parmi ses proches… je dis ça, je ne dis rien, mais c’est quand même assez limpide dès le départ. Mais comme je le disais, c’est presque le genre qui veut ça. On ne peut pas vraiment reprocher cela aux auteurs. Limite on est complice du truc.

 

En tout cas le roman réussit son pari d’introduire de nouveaux personnages qui donnent envie de les suivre, de plus en plus au fur et à mesure de la lecture d’ailleurs, et propose qui plus est un nouveau personnage féminin principal, ce qui n’est pas si souvent le cas. On se doute bien que ce roman n’est qu’une transition vers quelque chose qui se prépare et qui ne va pas être de tout repos pour les protagonistes, mais en soi il se tient déjà bien et permet de passer un agréable moment de lecture.

 

Après un premier opus réussi et même surprenant à plus d’un égard, ce second volet confirme que la qualité est là et que la série de romans tirés de The Walking Dead n’est pas forcément le parent pauvre de l’univers post-apocalyptique zombie de Kirkman.

 

Évidemment si les zombies vous gonflent et que vous n’aimez pas The Walking Dead à la base, inutile de vous attarder sur ce roman, il ne changera rien à votre jugement. Pour les autres, c’est un chouette complément à l’univers développé en comics et à la télévision.

 

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23 décembre 2019 1 23 /12 /décembre /2019 18:37

La lecture de ce livre, La fabrique du crétin digital de Michel Desmurget, m’a à ce point effaré, estomaqué, désespéré, tourneboulé, secoué, que j’ai dû faire une entorse à mes habitudes de publication d’articles.

J’ai un petit côté psychorigide sur ce point. Sur mon blog, j’essaie de mettre en ligne assez régulièrement (dans l’idéal une fois par semaine, parfois - comme très prochainement la fréquence s’avère un peu plus espacée) des chroniques au sujet des bouquins que je lis. Et j’ai pris le pli de publier mes articles dans l’ordre de mes lectures. Vu le retard de publication que j’ai accumulé, c’est ce qui explique qu’actuellement je parle hebdomadairement de livres que j’ai lus il y a déjà 4-5 ans ; à ce rythme mon retard se comble lentement. Cela a pour principales conséquences que je ne suis pas du tout en phase avec l’actualité littéraire du moment, et que ce dont je parle n’a souvent rien à voir avec ce que je suis en train de lire.

 

Mais avec La fabrique du crétin digital que je viens de lire en novembre dernier, je ne me sens pas d’attendre si longtemps pour en parler ici. Non seulement le sujet est passionnant, les enjeux d’une importance folle, mais ce que Michel Desmurget nous y explique mérite d’être répété et diffusé au plus grand nombre et ne peut se permettre d’être relégué à plus tard, comme dirait maître Yoda : urgence il y a ! Et puis ce thème me tient tout particulièrement à cœur, c’est pourquoi j’ai donc décidé d’insérer cette chronique en estropiant ma ligne éditoriale chronologique (rien que ça !!).

 

J’ai beau travailler dans le milieu informatique, avoir grandi en regardant quotidiennement la télévision, avoir suivi en mon temps l’évolution technologique des divertissements depuis l’Amstrad CPC 6128 de ma jeunesse jusqu’aux jeux sur tablette, en passant par la Game Boy monochrome, la Super Nes, la Playstation ou encore les jeux PC en réseau, je ne me suis jamais considéré comme un geek pur et dur. Tout cela a fait partie de ma culture et je ne renie pas le temps passé sur ces supports, mais ça n’a jamais été central pour moi. La lecture, la musique, la BD et le cinéma ont toujours eu bien plus d’importance à mes yeux, et ont toujours aussi monopolisé la majeure partie de mon temps de loisir.

 

Et plus le temps a passé, plus j’ai vieilli, plus je me suis éloigné naturellement du tout digital, exception faite du minimum requis par mon boulot. Je suis par exemple depuis toujours réticent aux smartphones, et j’ai tenu bon très longtemps sans une de ces petites bestioles dans ma poche. Et honnêtement, quiconque voit ce qui me tient lieu actuellement de téléphone portable, un Acer Liquid mini E310 de seconde main, ne pourra m’accuser d’être un esclave de la technologie de pointe. J’ai bien passé quelques soirées, collé à une tablette à faire des jeux à la con, mais ça doit faire déjà plusieurs années qu’elle prend inutilement la poussière sur une étagère chez moi. Même la télévision, je ne l’allume que pour regarder ce que j’ai choisi et quand je l’ai décidé : une série la plupart du temps, un film de temps en temps, de moins en moins de diffusions en direct mais sur un support, physique ou dématérialisé, que j’apporte moi-même. J’essaie de mon mieux de reléguer le zapping aux habitudes passées et révolues. Idem pour mon utilisation d’internet : je surfe oui, je consacre d’ailleurs aussi du temps à tenir ce blog, mais je n’en fais pas un « passe-temps » sans réel but ni limitation dans le temps. Et de plus en plus souvent, quand il m’arrive de prendre conscience que ce que je suis en train de lire ou regarder sur internet est sans grand intérêt, je ne zappe pas de vidéo youtube en vidéo youtube : j’éteins en me disant que j’ai certainement mieux à faire de mon temps en l’employant à autre chose. À lire par exemple, le million de livres et BD que j’ai en attente de lecture chez moi. Car de plus en plus fréquemment j’ai cette sensation qu’internet me vampirise beaucoup trop de temps, et souvent pour par grand-chose à en retenir d’important à l’arrivée. Bref, je me détache de plus en plus du virtuel, et je ne m’en porte pas plus mal, au contraire.

 

Ce qui ne veut pas dire que je ne passe pas beaucoup de temps devant un écran. Au boulot déjà, nécessité fait loi. En divertissement ensuite : je suis un gros consommateur de séries télé, je regarde une moyenne de deux épisodes de séries chaque soir, parfois plus. Mais c’est moi qui décide de mon programme, je garde le contrôle, je décide de ce que je regarde, quand, quelle quantité et quelle fréquence. Et je ne sacrifie jamais une sortie ou l’occasion de voir des gens pour m’isoler devant une série. Je me plais (m'illusionne ??) à croire que je garde une certaine autonomie et liberté face aux écrans de tous types…

 

Cette méfiance envers le tout-écran s’est grandement développée en moi depuis ces dernières années. Et pour en avoir eu quelques échos négatifs ici ou là, j’ai toujours pensé que l’omniprésence des écrans (que ce soit par l’intermédiaire des smartphones, tablettes, télévisions, consoles de jeux) pouvait être malsaine, pour tout un chacun mais surtout pour les enfants. Malsains, voire même carrément néfastes. J’avoue d’ailleurs que cela tenait plus de l’intuition, disons même presque de l’a priori, plutôt que de certitudes basées sur des faits concrets et scientifiquement vérifiés.

 

Cependant cet a priori ne reposait pas sur rien non plus. Si je me suis forgé cette opinion négative, c’est d’abord par l’observation de ce qui m’entoure, et par ma propre pratique des outils numériques. Quand on passe plus de temps que de raison sur des forums internet, ou sur des jeux en ligne par exemple, comme ça a pu être mon cas il y a quelques années, qu’on en arrive à ne plus avoir assez de temps pour d’autres choses qu’on fait habituellement, voire qu’on commence à rogner sur son temps de sommeil (qui pourtant chez moi est déjà réduit à son strict minimum), c’est que quelque chose cloche. C’est le signe d’une exagération, d’un déséquilibre.

 

J’ai eu une période par exemple où sur ma tablette je participais à un jeu de connaissances générales en ligne, sanctionné par un classement national des joueurs où j’étais parvenu à monter très haut. Mais pour se maintenir à ce haut niveau, il fallait y consacrer de plus en plus de temps, j’en étais arrivé à un point où je me disais « ah ben non, j’ai mis tant de temps à arriver là, je ne peux pas me permettre de le laisser de côté ne serait-ce qu’un jour, sinon je perdrai ma place au classement si durement acquise ». Résultat, je dormais moins, je ne lisais plus : plus le temps. Je profitais du moindre instant libre pour y jouer. Et puis au bout de quelques semaines je me suis demandé à quoi ça rimait ? Qu’est-ce que ça m’apportait vraiment, et surtout quel en était le coût réel pour moi ? Et je me suis rendu compte du temps que j’y consacrais, un temps bien trop long et totalement déraisonnable qui m’interdisait de plus en plus de choses à côté. J’ai donc décidé d’arrêter purement et simplement. Un peu compliqué au départ car le côté addictif de la chose avait déjà fait son effet sur moi, l’envie d’y retourner était bien présente. Et puis ça m’a passé, et j’ai consacré du temps à faire d’autres choses que j’aime, et après très peu de temps au final je me suis senti libéré. Oui, libéré, carrément ! Je parle pourtant d’un bête jeu en ligne de rien du tout, mais c’est bien l’effet que ça m’a fait ! Quelques années auparavant j’avais ressenti la même chose en me tenant à l’écart de forums internet que je visitais bien trop assidûment, ce qui avait fini par avoir le même type d’effets négatifs sur ma vie quotidienne. Voilà pour ce qui concerne ma propre expérience.

 

Mais il y a aussi ce que j’ai pu observer autour de moi depuis quelques années déjà. À midi au resto, ou en terrasse pour boire un verre ou siroter un café, je suis régulièrement surpris de ce que je vois. Un très grand nombre de gens mangent avec leur smartphone comme interlocuteur principal. Qu’il y ait quelqu’un d’assis en face d’eux ou non, qu’ils soient avec un groupe entier ou tout seul, peu importe : les yeux et l’attention sont principalement rivés sur leurs téléphones. Au point de ne pas se parler du tout s’ils sont à plusieurs, ou de ne même pas regarder le serveur quand il s’affaire à vous apporter votre plat ou à vous débarrasser votre table. Qu’il s’agisse de couples d’amoureux, de groupes de potes ou de repas en famille, de jeunes blanc-becs ou de vieux croûtons, le téléphone s’invite, s’impose et devient le centre d’intérêt principal. Moi qui suis souvent seul à table, je passe pour un dinosaure, ou un hurluberlu, avec mon bouquin en main. Vous savez ce truc en papier, si dépassé, ringard au dernier degré. Tout cela se passe aujourd’hui en France. Vous savez, le pays de la gastronomie, où il paraît qu’on aime passer un temps fou à table à échanger autour d’un bon repas.

 

Mais là je parle d’adultes, majeurs et vaccinés. Là où c’est encore plus marquant, c’est avec les mômes. Vous avez déjà observé des gamins qui ne connaissent plus rien d’autre que leur téléphone ou leur tablette pour passer leur temps ? À quel point ils sont absorbés par leurs engins électroniques ? Qu’ils n’en supportent même plus de ne plus avoir de batterie ou de se trouver dans un endroit sans réseau plus de cinq minutes d’affilée ? Et souvent, plus ils sont jeunes, moins ils supportent cette frustration tant l’addiction aux écrans est devenue grande, envahissante, plus importante que tout le reste. J’ai en mémoire l’image d’un petit garçon de 3 ou 4 ans qui était maintenu au calme à table par le téléphone maternel sur lequel il s’affairait à je ne sais quel jeu coloré et bruyant, et qui tout à coup, a balancé avec rage l’appareil par terre en hurlant sans pouvoir se clamer. La batterie avait rendu l’âme. Il en a coûté un téléphone à ses parents. Et je pense aussi les services d’un pédopsychiatre pendant de longues années à venir. Ou de cet autre petit garçon de même pas dix ans, complètement drogué à sa tablette et qui sans elle ne tenait pas une seconde en place, devenant totalement ingérable et proprement insupportable, ruinant la santé et la patience de toute personne normalement constituée se trouvant à moins de dix mètres de lui… Il m’en vient plein des exemples comme ça, des situations dont j’ai été le témoin. Je crois qu’on en a tous croisé des enfants qui ressemblent plus ou moins à cette description. Et qu’on en rencontre de plus en plus.

 

C’était donc là-dessus entre autres, que je m’étais forgé la conviction que les écrans consommés de manière déraisonnable, pouvaient devenir très vite, très nocifs, d’autant plus que l’utilisateur s’avère par ailleurs jeune.

 

C’est aussi pour cela que depuis que je suis moi-même devenu parent, j’ai toujours prêté attention à l’usage des outils numériques de mes enfants. Ils n’ont pas de tablette, pas de console de jeux, et évidemment pas de smartphone. J’ai du reste passé la consigne ferme et définitive à la famille : pas de cadeau empoisonné de ce type pour Noël ou à l’occasion d’un anniversaire. Je sais que là-dessus j’ai pu passer pour un intransigeant mal-léché, voire un intolérant anti-numérique primaire. Que certains pensent peut-être que mes enfants sont bien malchanceux de devoir se plier à ces règles, et qu’ils doivent être bien malheureux à vivre ainsi dans leur bagne coupé du réseau 4G. Attention, je ne suis pas non plus complètement fermé et rigide : ils ont accès à l’ordinateur familial et la télévision du salon. Mais pas n’importe comment, pas n’importe quand. À certaines heures et pour y regarder un certain type de contenu. Et si possible, pas seuls, en la compagnie d’un adulte. Mais ce qui pour moi semble du bon sens le plus évident, apparaît pour d’autres comme de la tyrannie parentale, presque de la maltraitance à enfants… J’ai toujours, cependant, pensé être dans le vrai, plus qu’une intuition : une conviction naturelle.

 

Et la lecture de La fabrique du crétin digital m’a conforté dans mon opinion, le livre m’a même ouvert les yeux sur des choses que je ne soupçonnais pas du tout, et qui me font dire que la gravité de la situation que je supposais sans pouvoir la prouver était encore bien plus profonde que ce que je l’imaginais.

 

Enfin donc, j’en arrive au livre à proprement parler, désolé pour cette très longue introduction.

 

D’abord l’auteur : Michel Desmurget est docteur en neurosciences et directeur de recherche à l’Inserm (Institut National de la Santé et de la Recherche Médicale). Pas un blaireau de base, et encore moins un expert généraliste qui donne son avis sur tout (et au final n’a de véritable expertise sur rien) comme on en voit polluer les plateaux d’émissions à la BFM TV. Le bonhomme l’ouvre quand il s’agit de son domaine de compétences parce qu’il maîtrise son sujet, la ferme quand le sujet n’est pas de son ressort, et a l’honnêteté de le dire quand il ne sait pas répondre à une question précise. Rien que ça déjà, ça donne une bonne idée du sérieux du gars, de son éthique et de la crédibilité qu’on peut accorder à sa parole de scientifique. Non seulement c’est éminemment respectable, mais moi quand un type comme ça parle, je me tais et j’écoute, et j’essaie de comprendre ce qu’on me dit.

 

Le livre de Michel Desmurget aborde la consommation numérique actuelle (sous toutes ses formes) par les jeunes générations et dresse un bilan clair, net, précis et surtout abondamment et rigoureusement documenté sur les conséquences connues et avérées des outils numériques et de leur utilisation sur le développement mental, intellectuel, physique et psychologique des plus jeunes.

 

Il plante d’abord le décor en tordant le cou de certaines idées préconçues sur les apports supposément bénéfiques (pour ne pas dire révolutionnaires) des écrans de toutes sortes sur les aptitudes de nos enfants. Pour ce faire, il n’hésite pas à entrer dans le dur quand il dénonce des paroles « d’experts » qui se veulent rassurants, quitte à en égratigner certains au passage (il ne fait pas dans la bête dénonciation et évite de citer des noms directement dans son bouquin, mais chacune de ses affirmations est systématiquement renvoyée à des sources clairement identifiées et vérifiables, qui elles permettent aux plus curieux de trouver sans peine les noms des personnes dont la probité ou la parole est mise en cause). Dans la première partie de son livre, il démonte d’ailleurs sans vergogne et avec une précision impeccable les quelques rares études allant à contre-courant de la multitude d’études existantes qui démontrent toutes la nocivité de l’excès d’écrans pour nos gamins. Il le fait méthodiquement, avec la rigueur toute scientifique qui le caractérise, et ne laisse absolument rien au hasard : avec Michel Desmurget il n’y a pas de zone d’ombre qui persiste, rien ne reste flou, il entre dans le détail et explique tout, jusqu’aux aspects les plus techniques parfois, mais nécessaires à la fois pour bien tout comprendre de ce qui est dit, et pour être ainsi convaincu de l’éthique, la probité et la valeur de l’analyse qu’il fait et des conclusions qu’il en tire. J’avoue, par moment on entre à ce point dans des détails que cela peut paraître fastidieux au premier abord : il n’en est pourtant rien, car si le sujet vous intéresse, alors chaque détail a son importance et mérite d’être précisé pour être correctement compris par un lectorat non-spécialiste des matières scientifiques exposées.

 

Michel Desmurget se montre ainsi impitoyable avec ceux qui désinforment (scientifiques, pseudo-experts, intellectuels ou journalistes), volontairement ou non, le grand public sur l’impact réel des écrans et de leur usage sur nos enfants. Il fait parfois dans l’ironie, se laisse aller au cynisme envers ceux qui par leurs déclarations fausses ou trompeuses le méritent vraiment, et ne prend pas de gants pour dénoncer lorsqu’ils existent, les conflits d’intérêts (il y a des choses assez révoltantes par exemple sur certains propos de certains membres du CSA au sujet des publicités qui visent, principalement à la télévision, les enfants, propos mis en parallèle avec les liens parfois très resserrés de ces mêmes personnes avec les milieux industriels et commerciaux des produits sujets des dites publicités autorisées). Il y a dans ce bouquin quelques révélations qui à mes yeux devraient être considérées comme de véritables scandales sanitaires et sociétaux, dignes des pires arnaques légalisées.

 

Après avoir mis en pièces sans la moindre pitié et sans laisser le moindre doute possible à ce sujet toutes les études boiteuses et affirmations fumeuses qui laissent croire que le tout numérique est plus que bénéfique pour les enfants, Michel Desmurget aborde dans la seconde partie de son livre la réalité des faits. Il nous plonge dans la multitude d’études qui existent, et pour certaines qui concernent par exemple la télévision et dont les conclusions sont connues et reconnues par le corpus scientifique depuis des décennies, et qui toutes, en dehors des rares exceptions qu’il a traitées en première partie, démontrent sans l’ombre d’un doute l’effet délétère des écrans sur le développement des enfants.

 

Il décrit tout d’abord l’usage réel et quantifié du temps consacré par nos enfants aux activités numériques : c’est proprement vertigineux. Il pourfend l’idée selon laquelle tout cela est inéluctable et va de soi avec « la marche du temps et du progrès » en expliquant quelles règles simples peuvent s’avérer très efficaces pour préserver les enfants des ravages du tout numérique au quotidien.

 

Le scientifique aborde alors point par point tous les effets négatifs connus, reconnus et démontrés des écrans sur nos têtes blondes, et le moins qu’on puisse dire c’est que tout y passe au menu des conséquences néfastes : le développement cognitif tout d’abord est grandement impacté et altéré par la profusion d’écrans, c’est très clair et sans appel, toutes les études le démontrent catégoriquement. Et l’effet est d’autant plus grave qu’il se voit multiplié par le fait que tout le temps consacré aux activités numériques augmente les dégâts cognitifs à long terme mais qu’il faut en plus de cela y ajouter que c’est autant de temps qui devrait en temps normal être consacré aux activités propres à un développement sain et correct du cerveau de l’enfant et qui est définitivement perdu. Car c’est au cours de sa jeunesse que le cerveau connaît une plasticité optimale, celle qui justement est primordiale pour son développement et lui permet de se former par l’apprentissage, plasticité qui se réduit avec l’âge. Il en va pour le cerveau comme pour bien des choses : le temps perdu ne se rattrape jamais.

 

Évidemment, les conséquences scolaires sont elles aussi investiguées. Là encore les chiffres parlent et ne mentent pas : plus il y a d’écrans dits récréatifs plus les résultats scolaires diminuent. Quant aux écrans à usages scolaires, c’est la désillusion la plus totale : plus on les utilise au détriment des méthodes classiques pour l’apprentissage, plus les résultats baissent. Michel Desmurget entre ainsi dans le lard des politiques éducatives supposément modernes et progressistes : l’intérêt de dématérialiser l’enseignement réside avant tout dans un aspect financier, les résultats scolaires eux ne s’en trouvent absolument pas améliorés, bien au contraire. Un écran, une tablette, aussi performants soient-ils, ne pourront jamais être aussi efficaces pour un élève ou un étudiant, qu’un véritable enseignant en face de soi. En revanche, une politique qui se veut imposer l’usage d’une tablette par exemple, s’avérera bien moins coûteuse à terme que l’investissement dans l’enseignement humain direct. On pourra alors remplacer l’enseignant bien formé et coûteux, par un ersatz d’enseignant, juste bon à passer des programmes tout faits sur un outil numérique. Bien entendu, cela se veut moins cher sauf pour ceux qui paient la véritable note de l’opération : les enfants et les étudiants.

 

Mais d’une manière plus générale et pour sortir du seul contexte scolaire, les effets délétères ne s’arrêtent malheureusement pas là. Le directeur de recherche à l’Inserm le montre en s’intéressant à ce qu’il nomme les « trois piliers les plus essentiels du développement de l’enfant ». En premier lieu les interactions humaines, Plus l’enfant passe de temps devant un écran, moins il le passe face à d’autres personnes. Or c’est dans l’interaction humaine que l’humain se développe avec le plus d’efficacité et de rapidité. L’écran en comparaison n’apporte quasiment rien comme « nourriture cérébrale », et au mieux de manière très très dégradée. En second lieu, c’est le langage qui s’avère gravement impacté. Les écrans altèrent le volume et la qualité des échanges verbaux précoces, ainsi que l’accès au monde de l’écrit. On apprend infiniment plus et plus vite dans la « vraie vie » que par les contenus dits « éducatifs » sur support numérique. Le développement du langage est ainsi un des premiers à être touché. Le troisième point concerne la capacité de concentration. Contrairement à ce qui a pu être dit, les jeux vidéos qui nécessitent que le joueur soit attentif et réactif au moindre signal visuel ou sonore par exemple, agissent à l’inverse de ce qu’il faudrait pour développer le pouvoir de concentration. On entraîne alors son cerveau à percevoir la moindre sollicitation exogène, à être continuellement en alerte prêt à réagir à la moindre distraction, usant même son énergie à épier le moindre signal potentiel. C’est ce qu’on appelle une attention distribuée, ouverte à toutes les effervescences du monde qui nous entoure. Ce qui est l’exact contraire de la concentration, qui elle est la conséquence d’une attention focalisée, maintenue et imperméable aux pensées parasites et signaux extérieurs de toutes sortes. C’est bien entendu cette concentration focalisée qui est indispensable à un bon apprentissage efficace sur la durée, alors que c’est l’attention distribuée qui est développée par l’usage des écrans. Le cerveau humain n’est pas conçu pour ce genre de sur-sollicitations, il en souffre et se construit mal. En ce sens c’est l’un des effets les plus graves sur le cerveau des écrans : le multitasking est tout simplement dévastateur.

 

Viennent pour finir des considérations plus en rapport direct avec la santé de l’enfant. La consommation d’écran a des conséquences directes et très négatives sur le sommeil, sur l’aspect quantitatif comme sur l’aspect qualitatif du sommeil. Or le sommeil est un des piliers de la bonne santé et du bon développement du corps et de l’esprit. La sédentarité est elle aussi l’une des principales conséquences de la consommation d’écrans, avec ses effets secondaires sur l’organisme, aussi bien pour sa construction physique (l’exercice physique construit, la position assise prolongée induite par les écrans détruit!) que pour le fonctionnement émotionnel (la proportion de schémas mentaux dépressifs voire suicidaires augmente drastiquement avec le temps d’écrans ingurgité chez les jeunes générations). Il en va d’ailleurs de même pour les contenus dits « à risques » (qu’ils soient à caractères sexuels, tabagiques, alcooliques, alimentaires ou violents) : plus l’esprit est jeune et en formation, plus leurs effets sont nocifs et quantitativement mesurables.

 

Alors heureusement, Michel Desmurget ne s’arrête pas là. Il aurait pu se contenter de dresser ce constat absolument sombre et déprimant, mais il a voulu terminer son ouvrage sur un ton plus positif et moins catastrophique qu’il ne l’a entamé.

Il engage à ne pas se résigner, à ne pas croire que tout cela est inéluctable. Il rappelle qu’on garde le choix, en tant que parents, de livrer nos enfants à moins d’outils numériques et à les confronter à plus d’humain. Qu’il ne faut pas céder à la peur entretenue par l’idée qu’un enfant maintenu du mieux possible hors du champ du tout numérique va être malheureux et se trouver isolé socialement des autres. Il pousse même le raisonnement à ce sujet : à ce jour, aucune étude n’a indiqué qu’une privation d’écrans récréatifs puisse avoir des conséquences négatives sur le développement d’un enfant ni sur son intégration émotionnelle et sociale au monde (et ce n’est pas parce qu’aucune étude ne s’est intéressée au sujet !). En revanche il existe de nombreuses études qui démontrent l’impact préjudiciable sur bien des plans, y-compris sur des symptômes dépressifs et anxieux de ces outils sur nos enfants. Ça permet d’inverser la charge et de faire réfléchir les parents qui culpabiliseraient à ce sujet n’est-ce pas ?

 

Michel Desmurget tente de promouvoir l’action éducative des parents en contre-feu. En énumérant de grandes règles à appliquer sur l’usage des écrans par les enfants (il ne s’agit donc pas de tout interdire doctement sans autre forme de procès). Par exemple : pas d’écran dans la chambre, pas de contenu inadapté, pas d’écran le matin avant l’école ni le soir avant de dormir, pas de multitasking mais une chose à la fois ! Plus compliqué à tenir cependant : pas d’écran avant 6 ans, pas plus d’une heure par jour après 6 ans.

Certaines peuvent paraître contraignantes, mais comme le souligne le scientifique : moins d’écrans c’est plus de vie ! Il faut impérativement proposer d’autres activités pour compenser l’arrêt des écrans : parler, échanger, dormir (!!), faire du sport, jouer, faire de la musique, dessiner, danser, chanter, pratiquer toutes formes d’arts, et surtout, surtout : lire.

J’ai été étonné, mais très agréablement surpris, à la lecture d’études avancées par l’auteur, qui concernent justement l’utilisation du temps par les enfants et adolescents qui se trouvent dans l’impossibilité de se coller devant un écran : ils finissent, et ce dans un délai bien plus court que je n’aurais cru, par s’occuper de façon « naturelle » et spontanée avec ce qu’ils trouvent dans leur environnement direct : on retombe alors sur la liste d’activités énumérées plus haut. Et chose inattendue : même ceux qui déclarent ne pas aimer lire, se mettent tous seuls à lire pour s’occuper !! Ça peut paraître peu de chose, mais moi ça m’a réjoui d’apprendre cela.

 

J’aurais aimé que le livre s’étende aussi sur les effets des écrans chez l’adulte, ne serait-ce qu’en point de comparaison avec les impacts sur les plus jeunes. Il aborde le sujet de très loin, en expliquant que les effets sur un cerveau en construction sont nombreux et particulièrement délétères en raison de l’hyper-plasticité de l’organe dans sa prime jeunesse. Cette plasticité diminue fortement (sans disparaître pour autant) chez l’adulte, d’où des effets bien moins graves à égale exposition. Mais le livre est cependant suffisamment dense et complet en se contentant de traiter le sujet des enfants, vous pouvez me croire ! Je retiendrais cependant une formule qui m'a marqué et qui résume à elle seule beaucoup de choses : plus nos smartphones sont intelligents (et font les choses à notre place), plus nous devenons bêtes. À méditer...

 

Les conclusions de Michel Desmurget sont intéressantes et donnent de l’espoir. Mais il faut aussi mesurer tout cela à l’aune de la vie réelle, en dehors des livres. J’ai pu m’en rendre compte il y a peu. Il se trouve que par coïncidence, le sujet des écrans pour les enfants a été abordé il y a quelques jours au cours d’une petite discussion informelle avec des gens de mon entourage.

Une maman de trois enfants de 8, 11 et 15 ans, disait que l’école de son benjamin avait lancé un challenge « une semaine sans écran ». Son fils de 8 ans n’a pas supporté et n’a pas tenu une seule matinée entière. Le commentaire de la maman m’a stupéfié : « c’est une idée complètement idiote, l’école ferait mieux de se soucier de ce qui se passe entre ses murs que chez les enfants, et de toute manière une semaine sans écran c’est juste impossible à faire ». Je précise alors un peu le portrait pour mieux appréhender la chose : milieu socio-culturel « profession intermédiaire », peu ou prou mon âge, mariée, végétarienne convaincue, de caractère elle est plutôt douce et gentille, avec une légère tendance à se plaindre mais rien de bien méchant, plutôt sympathique, diplomate, intelligente, mesurée et agréable au demeurant. En revanche, ses enfants ont tous des smartphones, le plus petit en est à son troisième (forcément, il n’en prend pas autant soin qu’un plus grand, ça casse donc plus vite), elle-même ne quitte quasiment jamais le sien des mains. Ses enfants, comme quasiment tous les enfants, ne parlent que de consoles de jeux, les deux garçons -les plus jeunes- jouent quotidiennement à Fortnite. Points de détails, mais qui moi me font tiquer quand on me tient un discours convaincu sur les bienfaits d’être végétarien et de préserver notre planète : elle fume comme un pompier et vient d'acheter un diesel.

 

Je n’en tire aucune conclusion hâtive, et je ne me permets pas de juger (tant qu’on ne me juge pas), mais je ne peux m’empêcher de me demander si un gamin risque plus à passer sa vie sur des écrans dès son plus jeune âge ou à ingérer un morceau de viande de temps en temps ? En tout cas c’est le type de témoignage qui permet de mettre les choses en perspective je trouve.

 

Une chose est certaine cependant et ne souffre d’aucune contestation sérieuse : moins d’écran pour les enfants, c’est à terme moins de problèmes d’attention, de langage, d’impulsivité, de mémoire, d’agressivité, de sommeil, de réussite scolaire. Liste non-exhaustive.

 

Quant à moi je conclus enfin ce très, trop, long article (et j’aurais eu pourtant encore des tas de choses à dire et à développer !!) en vous conseillant très vivement la lecture de La fabrique du crétin digital de Michel Desmurget. N’ayez crainte : ce n’est pas un ouvrage accusateur à l’encontre des parents, c’est un livre qui informe, qui décortique et qui aide à comprendre. Desmurget ne juge personne d’autre que ceux qui font passer de fausses informations.

 

Un très court extrait pour finir : « La morale de l’histoire, la voilà. Livrez vos enfants aux écrans, les fabricants d’écrans continueront de livrer leurs enfants aux livres. »

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9 décembre 2019 1 09 /12 /décembre /2019 08:08

Pas banal.

C’est la première idée qui me vient pour vous parler de Tous mes vœux de Philippe Sebbagh.

Pas banal, et à plus d’un titre.

Bon, par où commencer ? Sachez d’abord que ce bouquin est le premier édité au format papier par Bookly, qui fonctionne sur le concept du crowdfunding. Rendez-vous compte : c’est grâce à 43 investisseurs, 43 personnes sur internet qui ont cru au talent de Philippe Sebbagh, que ce livre a vu le jour. Eh bien, ça en valait vraiment la peine, croyez-moi. Ça vaut ce que ça vaut, mais à sa sortie fin 2012, Tous mes vœux s’est classé parmi les meilleures ventes de livres sur Amazon. Oui je sais, acheter des livres sur Amazon, à la base c’est pas bien, faut défendre et faire vivre nos libraires. N’empêche, ça laisse songeur pour un livre quasiment auto-édité.

 

Pas banal aussi par son contenu. Une histoire d’amour. Oui, mais une histoire d’amour vraiment pas banale. Amour pour une femme, pour une amie, mais bien au-delà, déclaration d’amour à la vie de la part de son auteur. Vous me connaissez, le romantisme n’est pas la qualité que je recherche en premier lieu dans ce que je lis, ou regarde, ou écoute. Pourtant, avec ce livre, c’est cette qualité-là qui m’a conquis. Parce que c’est une belle histoire, avec de beaux sentiments, et bien racontée qui plus est.

 

Pas banal dans sa forme non plus. Pas très épais, ce roman ressemble presque à une pièce de théâtre. C’est extrêmement fluide, rapide, majoritairement fait de dialogues (j’écris cela de mémoire, j’ai quand même lu ce livre il y a 4 ou 5 ans déjà). C’est donc vif, vivant, dynamique. Inattendu aussi, déroutant parfois. Surprenant, dans le bon sens du terme.

 

Pas banal car… roulement de tambour : car c’est original ! Bonjour la lapalissade n’est-ce pas ? Et pourtant, moi j’ai été scotché par l’idée qui sert de fil rouge à cette histoire. Si simple, mais si bien vue. L’originalité, pas besoin de la chercher dans l’extravagance, parfois elle est juste là, devant soi, et elle apparaît de manière flagrante dès lors qu’on accepte d’ouvrir ses yeux. C’est un peu l’effet que m’a fait la lecture de ce petit livre. Si simple, si évident, et pourtant j’ai si rarement vu pareil roman.

 

Mais, ça me fait penser que je ne vous ai même pas encore dit de quoi ça cause !

Ben vous verrez c’est pas très compliqué. Philippe veut écrire, mais vivre de sa plume ça n’est pas évident. Elle est jeune, belle, et se lance dans le journalisme. Philippe est amoureux d’elle. Mais cette femme c’est aussi sa meilleure amie : problème. Un jour, Philippe sauve un homme d’un accident de la circulation. Héros ordinaire. Mais cet homme n’est pas n’importe qui, et pour le remercier il lui propose d’exaucer dix de ses vœux, si tant est qu’ils soient humainement réalisables et réalistes. Tel le premier Aladin venu, je suis certain que vous sauriez quoi demander à la place de Philippe. Et je suis persuadé aussi que vous ne vous attendrez pas à ce qu’il va demander, lui…

 

Alors là, vous allez me dire « mais attends, on nage en pleine comédie sentimentale ou je rêve ? ». Oui, c’est carrément ça. Pourtant j’ai trouvé ce bouquin si décalé, à la fois tendre sans être mièvre, plein d’humour et de finesse, et si peu en rapport avec ce qu’on range habituellement sous l’étiquette « comédie romantique », que je me suis dit « Au diable ma réputation d’amateur de super-héros et de belles poitrines, faut que je vous en parle ! ».

 

Alors voilà, c’est fait.

Tous mes vœux de Philippe Sebbagh c’est vachement bien, lisez-le.

 

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2 décembre 2019 1 02 /12 /décembre /2019 08:34

Votre attention amateurs de page-turners, ce livre est fait pour vous. Vous fonctionnez au suspense haletant ? Au rythme effréné des révélations et rebondissements ? Au jeu du chat et de la souris des intrigues malignes et des fausses pistes disséminées ici et là ? Aux mystères mâtinés d’Histoire, de politique mais aussi de Science et de découvertes ? Aux récits qui vous mènent à travers le monde et sautent d’un continent à l’autre ? Alors ne cherchez pas plus loin : c’est exactement tout ce que vous trouverez dans Les Larmes d’Aral de Jérôme Delafosse. Tout cela et bien d’autres choses encore…

 

Le roman plante son action en automne 1994, en Irlande, en plein contexte du conflit nord-irlandais. Sinead McKeown, grand reporter de guerre, échappe à un attentat à la bombe qui visait son domicile. Mais elle y perd son mari, lui-même journaliste, ainsi que l’enfant qu’elle porte. Ses liens passés avec l’IRA la mettent sur la sellette et la police dirige ses soupçons vers elle. Sinead devient à la fois fugitive et enquêtrice, bien décidée à découvrir les véritables responsables.

Au même moment à Paris, Raphaël Zeck, flic de la Brigade Criminelle, se voit confier l’enquête sur le cas d’un homme dont le corps quasi-nu a été repêché dans la Seine, marqué d’étranges plaies nécrosées. L’homme, visiblement désorienté et terrorisé avait été pris en chasse par une patrouille nocturne de la BAC avant de se jeter dans le fleuve. L’affaire se complique quand les policiers qui ont manipulé le cadavre ressentent de graves malaises. En remontant la piste on découvre que l’homme mystérieux était en possession d’une mallette contenant du Césium 137, hautement dangereuse car mortellement radioactive…

À ce stade Sinead et Raphaël ne le savent pas encore, mais leurs enquêtes vont bientôt se croiser…

 

Je disais en introduction que ce bouquin est un véritable page-turner et c’est vrai : quand on s’embarque dans sa lecture on a du mal à le lâcher. Ce qui en soi est déjà très bon signe vous en conviendrez.

Mais allons un peu plus loin et essayons de comprendre ce qui fait l’attrait de ce livre. Je crois que l’explication tient avant tout à la personnalité de son auteur, dont les qualités se retrouvent directement dans son ouvrage. L’auteur est Jérôme Delafosse. Journaliste de son état, il est l’un des « Nouveaux Explorateurs », l’émission de Canal + qui a connu une belle renommée au cours de sa diffusion entre 2006 et 2014. Et le parallèle se fait vite avec Les Larmes d’Aral : le roman est en effet érudit et visiblement très documenté, que ce soit du point de vue géopolitique, historique ou scientifique, ce qu’on doit à coup sûr à l’habitude du journaliste de travailler en amont et en profondeur ses sujets. De même, le livre de Jérôme Delafosse nous fait voyager et voir du pays, au plus près de la réalité du terrain, des habitants, des contextes politico-historiques. Exactement ce que fait l’auteur lors de ses reportages en immersion pour son émission télévisée. Et puis cette capacité à vous faire tourner les pages sans même que vous vous en rendiez compte, plongé que vous êtes dans l’histoire, révèle bien entendu un vrai talent de conteur, ce qu’on peut là encore vérifier sur chacun de ses reportages télévisés. Le bonhomme sait nous entraîner avec lui dans le monde qu’il nous expose.

Il n’est donc pas du tout étonnant de retrouver toutes ces qualités dans son roman. Et d’expliquer ainsi l’attractivité de cette histoire dès lors qu’on y met un pied…

 

Et puis il y a ce suspense, ce mystère maîtrisé de bout en bout et qui ne dévoile sa vérité qu’en toute fin du roman, qui vous ballade bien tout du long et vous attrape bien comme il faut dans sa conclusion.

 

Pour toutes ces raisons, et surtout pour le plaisir que vous prendrez à sa lecture, je vous conseille vivement ce thriller français de haute volée. Sous ses aspects de polar saupoudré de complotisme et d’éléments hétéroclites invraisemblables, qui ressemble dis comme ça à une recette toute faite de best-seller qu’on aurait déjà pu voir mille fois par ailleurs, je suis certain que Les Larmes d’Aral saura vous surprendre et vous mener là où vous ne vous y attendiez pas !

 

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25 novembre 2019 1 25 /11 /novembre /2019 08:44

Ce livre est la retranscription par écrit de morceaux choisis de l’émission du même nom qui est diffusée sur France Inter (tous les samedis matins de 11h à midi).

Son auteur est aussi l’animateur de l’émission radiophonique, Jean-Claude Ameisen, médecin, immunologiste et chercheur en biologie, il dirige le Centre d’études du vivant à l’institut des humanités de l’université Paris Diderot. Il a également été président du Comité consultatif national d’éthique.

Autant dire que le bonhomme est une pointure dans son domaine.

 

Mais ses talents ne se limitent pas aux sciences. Car Jean-Claude Ameisen est un conteur né. Sa voix si particulière, et son phrasé reconnaissable entre mille, lui apportent une aura supplémentaire. Non seulement il a accès à la connaissance, mais il sait la partager avec ses auditeurs. Mieux que ça : il sait la rendre accessible et séduisante, ce qui en matière de science parfois très pointue, n’est pas chose si aisée.

C’est simple, quand je l’écoute à la radio, ce type n’a pas son pareil pour capter mon attention, quel que soit le sujet dont il parle d’ailleurs.

 

Un des secrets qui rend son émission si attractive à mon sens, c’est le subtil mélange des genres qu’il y pratique. Évidemment il y est question de science, mais cela ne se limite pas à ça. On aborde quasi-systématiquement d’autres sujets tels que la philosophie, les arts, la littérature, la poésie. Et dans la bouche de Jean-Claude Ameisen tout semble inextricablement lié. L’un ne va pas sans les autres. Aussi a-t-on le sentiment d’une réflexion pleine, qui ne laisse aucun aspect de côté. Et j’aime aussi tout particulièrement son recours très régulier aux questions. Il explique avec brio ce que l’on sait, il décrit souvent des expériences et recherches très récentes, ce qui permet de comprendre où en sont les scientifiques dans l’avancée de leurs connaissances. Mais aussi et surtout, cela permet de mieux se rendre compte des limites de la connaissance. De la somme des choses qui nous échappent encore. Car si l’on en sait peu, on comprend cependant vite que chaque réponse amène dix autres questions. Et ça c’est formidablement bien exprimé. C’est la grandeur de la science à mes yeux : sa capacité à poser toujours d’autres questions, chercher à repousser encore et encore ses propres limites tout en ayant conscience d’elles. La force de la science c’est de savoir dire « je ne sais pas, mais je cherche à savoir ». C’est très justement cette spécificité qu’on a là et qui donne toute sa force à cette émission.

 

Et on retrouve parfaitement tout cela à la lecture de ce premier tome de Sur les épaules de Darwin. Pour peu qu’on soit auditeur de l’émission radio, quand on lit les différents chapitres, c’est la voix de Jean-Claude Ameisen qu’on entend résonner dans nos esprits avec une clarté impressionnante ! Il faut dire que la retranscription est vraiment fidèle à la version orale, l’auteur va jusqu’à respecter les répétitions et les silences* si chers au conteur et qui donnent toute sa personnalité au ton qu’il emploie.

 

Quant aux thèmes abordés, ils tournent principalement autour du temps, comme le sous-titre du livre l’indique. Qu’est-ce que le présent ? Existe-t-il ? Nos perceptions nous permettent-elles seulement de l’appréhender correctement ? La distance implique le décalage temporel… vivons-nous entre un éternel passé perçu et l’anticipation vaine d’un futur toujours fuyant  ?

 

Mais la temporalité n’est pas la seule question déclinée dans cet ouvrage : il y a aussi des passages absolument passionnants sur les oiseaux par exemple.

 

Pour conclure vous l’aurez sans doute compris, je conseille chaleureusement la lecture de ce livre, et j’ai envie de conseiller également très vivement l’écoute de l’émission radio du même nom. L’un comme l’autre sont passionnants.

* si, si, même les silences ! :-)

 

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18 novembre 2019 1 18 /11 /novembre /2019 08:30

Les livres de SF se suivent mais ne se ressemblent pas. Il y a peu de temps je vous causais de Vision aveugle, véritable concentré de hard-science et de concepts bien perchés. Avec La Nef des fous de Richard Paul Russo, on navigue dans de toutes autres eaux. Pourtant il y a des similarités dans l’histoire, en particulier le premier contact entre les humains et ce qui semble être un vaisseau d’origine extraterrestre… Mais avant d’en dire plus, voici de quoi on parle dans La Nef des fous

 

L’infini de l’espace. Un vaisseau gigantesque, l’Argonos erre sans réel but. En son sein, il abrite toute une société d’humains. Ils voyagent depuis longtemps, très longtemps, trop longtemps. Des générations et des générations. Plus personne ne sait quand le voyage a débuté, ni d’où ils sont partis (de la Terre ?). Les archives ont été détruites, la mémoire commune s’est effacée progressivement depuis. À bord, la vie est organisée sur une société à plusieurs niveaux. En haut de l’échelle les dirigeants, navigateurs et politiciens, riches et privilégiés. Et en bas, les soutiers, les manutentionnaires, les mécanos, les ouvriers de tous types qui œuvrent à l’entretien de l’immense vaisseau pourtant clairement sur le déclin… Chapeautant l’ensemble, il y a le clergé, avec l’Évêque à sa tête, qui est en perpétuelle lutte d’influence avec les officiers de navigation pour la mainmise sur le vaisseau. Le personnage principal du roman est Bartolomeo Aguilera, orphelin et mal-formé de naissance, contraint de vivre engoncé dans un exo-squelette. De basse origine mais doté d’un intellect supérieur, il est devenu le conseiller du Capitaine Nikos Costa.

Quand l’Argonos capte un signal probablement d’origine humaine sur une planète proche, baptisée Antioche par l’Évêque, décision est prise de se rendre sur place. Ce que l’équipe d’exploration découvre est inattendu : il s’agissait bien d’une colonie humaine, mais cette dernière a été clairement massacrée. Une boucherie. Par qui, pourquoi ? Mystère. Le capitaine décide de quitter Antioche, mais la rébellion gronde dans le bas-peuple : un grand nombre de gens veulent s’installer sur cette planète et enfin se soustraire à leur vie cloisonnée à bord du vaisseau. Bientôt un autre mystère se présente : un vaisseau est détecté dans les alentours d’Antioche, cependant il reste silencieux et ne donne aucun signe de vie à son bord. Tout semble laisser croire qu’il est d’origine extraterrestre…

 

D’entrée de jeu, le monde créé par Richard Paul Russo s’avère intéressant. Pas tant dans son principe de base qui est somme toute plutôt classique (une société composée de castes, la caste supérieure profitant de la classe inférieure, on n’est pas loin d’une vision de la société à la Mélenchon), ni dans ses personnages assez caricaturaux (le capitaine et surtout l’Évêque sont quand même bien basiques et monolithiques, seul Bartolomeo tire son épingle du jeu, de par son apparence et son statut à part). Mais l’ensemble est plutôt cohérent et malgré le décorum SF, on est surtout plongé dans un portrait de société, des relations entre groupes d’humains, et de lutte de pouvoir. Et l’autre thème qui est ici clairement développé et investigué par l’auteur, c’est la confrontation à l’inconnu, l’étrange, et l’étranger. Même si la conclusion un peu bateau « on est tous l’étranger d’un autre » semble poindre le bout de son nez dans ce récit, tout n’est pas forcément aussi simple qu’on peut le croire.

 

J’ai apprécié le personnage principal, assez torturé dans son genre, loin d’être idiot mais indécis face à l’inconnu, et pas toujours sûr d’être à sa place dans cette société si particulière de l’Argonos. J’ai trouvé la description du pouvoir religieux en place un peu caricatural, bien que plutôt proche de la façon dont je m’imagine ce type d’institution de manière générale (ce qui ne prouve rien d’autre sinon que j’ai moi-même des idées caricaturales parfois). C’est en fait surtout l’ambiance que l’auteur instaure dans son livre qui m’a plu et m’a tenu en haleine, bien plus finalement que ce qui s’y passe réellement. Ce qui, à froid, m’amène à en dire que si j’ai plutôt apprécié ma lecture, ce roman n’est pas pour autant à classer parmi les indispensables dans son genre. D’ailleurs pour ceux qui n’aiment pas ne pas avoir le fin mot de l’histoire sur absolument tous les aspects du récit, ce roman risque même de s’avérer être une petite déception, car il n’explique finalement pas grand-chose, et laisse pas mal de pistes ouvertes. Le lecteur se trouve ainsi libre d’imaginer ce qui lui plaira le mieux. Liberté qui n’est pas toujours appréciée par tout le monde, alors autant prévenir avant…

 

Un roman de SF qui brille donc surtout par l’ambiance du récit. Si vous avez l’âme d’un explorateur des tréfonds de l’espace, lancez-vous !

 

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28 octobre 2019 1 28 /10 /octobre /2019 07:30

Que ce soit par sa couverture que je trouve particulièrement hideuse, par son titre en forme d’oxymore lourdingue, ou par sa quatrième de couverture qui annonce une avalanche de thèmes SF et Fantastiques agglomérés les uns aux autres sans autre forme de procès (il énumère pêle-mêle un premier contact avec une intelligence extraterrestre, mais aussi un homme-machine, une femme aux personnalités multiples, un vaisseau spatial mystérieux et un commandant de bord vampire !!!), le moins qu’on puisse dire c’est que Vision aveugle de Peter Watts ne paie pas de mine au premier abord.

 

Et pourtant, il en a sous le capot.

 

Tout d’abord, précisons que le titre, tout maladroit qu’il semble, n’est rien d’autre que la traduction française d’un phénomène scientifique (Blindsight en anglais) qui désigne la perception visuelle résiduelle et inconsciente de patients dont les aires corticales visuelles ont été endommagées au point de les rendre cliniquement aveugles. Bref, le titre a beau être moche, il n’est pas là par hasard, il a un réel sens scientifique et annonce la tonalité du livre sur le fond. Oui, il va y être question de sciences, et oui il va aussi y être question de perceptions…

 

Ensuite, cette quatrième de couverture qui ressemble plus à un gros fourre-tout SF qu’autre chose, ne rend pas hommage au contenu du livre. Il parvient en quelques mots non seulement à être réducteur (car il y a encore bien d’autres thèmes non énumérés qui sont abordés dans Vision aveugle) mais aussi à paraître confus et fouillis : sacré paradoxe !

Je vous l’affirme cependant ici : oui c’est très dense et très riche, et non ce n’est pas le gros bordel, c’est même plutôt limpide et parfaitement maîtrisé. Tout colle, tout s’emboîte, un vrai Rubik’s Cube littéraire. Aucune crainte à avoir donc de ce point de vue là.

 

En revanche, j’aime autant vous prévenir d’emblée : ça n’a rien de la petite bluette inoffensive. Il y a un vampire, mais on n’est pas dans Twilight hein. Non, du tout même, avec Vision aveugle on nage en pleine hard-science. Et pas du genre à prendre le lecteur pour un imbécile (au contraire même : parfois faut s’accrocher pour ne pas être dépassé par les concepts et les idées scientifiques développées…). D’ailleurs même le concept de vampire est traité d’un point de vue purement scientifique (et à ce titre c’est fait de façon originale, innovante et convaincante : ce n’est pas rien sur un thème archi-utilisé par ailleurs !).

 

Mais je réalise que je n’ai pas encore expliqué clairement de quoi ça cause ! Alors je vais tenter de faire clair et concis, mais je ne garantis pas le résultat…

 

On est en 2087. L’humanité a beaucoup évolué, la science fait partie du quotidien. Le post-humanisme est une réalité : les humains sont très majoritairement « augmentés ». La Terre vient d’être intégralement « scannée » par une myriade d’engins, tels des lucioles mécaniques, qui semblent avoir transmis les informations quelque part aux abords de la ceinture de Kuiper, où un artefact, a priori d’origine extraterrestre, a été repéré. Le vaisseau d’exploration Thésée est envoyé afin d’établir un contact avec cette entité étrange et qui échappe à toute analyse… À bord du Thésée, un équipage restreint mais ultra-spécialisé. Il y a Siri Keeton (le personnage principal du roman) un observateur hors-pair qui a acquis une capacité d’observation, d’analyse et de synthèse extraordinaire après avoir subi l’ablation d’une partie de son encéphale, opération qui l’aura aussi dépourvu d’empathie et de la possibilité de ressentir des émotions. Il y a Isaac Szpindel, un biologiste multi-connecté à toute une série de machines et de drones qui sont autant de membres supplémentaires rattachés à son corps bio-mécanique. Il y a Susan James la linguiste qui est une femme hébergeant quatre personnalités différentes, se complétant les unes les autres pour un maximum d’efficacité. Il y a Amanda Bates la militaire au tempérament pacifique mais au lourd passif, présente pour assurer la sécurité de tous. Et enfin il y a Jukka Sarasti, le commandant de bord et accessoirement vampire. Oui un vampire, ou plus exactement un Homo Vampiris, puisque les avancées de la génétique ont permis de mettre à jour l’existence de cette ancienne branche disparue de l’humanité, et de la recréer en laboratoire. Sarasti est doté des capacités hors-norme de son espèce : un intellect supérieur et un physique de chasseur, mais aussi des pulsions criminelles à l’égard des humains qu’il voit comme du bétail tout au plus…

Lorsque le Thésée arrive à destination, le « premier contact » va avoir lieu, et réserver quelques surprises. L’entité extraterrestre se présentera d’elle-même sous le nom de Rorschach, et s’avérera déconcertante à plus d’un titre…

 

Voilà, voilà… rien que là, déjà on est tenté de dire qu’il y a du grain à moudre. Pourtant on est encore loin du compte, car Peter Watts va très loin dans son roman, et aborde de manière à la fois intelligente et très intéressante une multitude de sujets, souvent à connotation scientifique d’ailleurs, qui balaieront des thèmes tels que la biologie, la psychologie, le langage, la communication, la perception, la conscience, la technologie, la neurologie, la génétique, l’astrophysique, etc...

Et comme souvent quand on pousse une réflexion scientifique un peu au-delà de ses limites concrètes, on touche inévitablement à la philosophie. Ce que Peter Watts ne se prive absolument pas de faire, son roman étant également un questionnement sur ce que nous sommes, en tant qu’individus et en tant qu’espèce. On abordera ainsi des théories et des concepts passionnants, dont toute une série de réflexions autour de la conscience. Est-elle indissociable de l’intelligence ? Lui est-elle indispensable ? Ou est-ce un accident de l’évolution, voire même un frein à l’évolution ?

 

Alors, ça peut aussi faire un peu peur tout cet étalage de théories scientifiques et de concepts parfois un peu abstraits, et je ne vous cache pas qu’il vaut mieux être concentré en lisant ce bouquin. Si c’est pour le lire sur la plage d’un œil distrait par les bikinis qui vous entourent, ça risque d’être ardu. Mais avec un peu de bonne volonté et loin de la mer ça devrait le faire.

De la SF pure et dure donc, mais attention pas dans la veine space-opera hein. Inutile de chercher la queue d’un wookie ou l’ombre d’un petit gris (d’ailleurs j’ai beaucoup apprécié que l’auteur sorte ainsi des sentiers battus du type humanoïdes à grosse-tête ou insectoïdes géants comme incarnation d’une vie extraterrestre, c’est innovant !). Bref, si tout ce que je viens de vous raconter ne vous a ni barbé, ni fait fuir, alors pas d’hésitation : je conseille cette lecture !

 

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