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Avant de lire les notes que je fais sur les films que je vois et les bd que je lis, sachez que dans mes commentaires il m'arrive parfois de dévoiler les histoires et les intrigues. Ceci dit pour les comics, je n'en parle que quelques mois après leur publication, ce qui laisse le temps de les lire avant de lire mes chroniques.
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21 octobre 2019 1 21 /10 /octobre /2019 07:42

Plutôt adepte de l’humour à l’anglaise, celui qu’on trouve habituellement juché quelque part entre le burlesque et le politiquement incorrect, j’étais à la recherche d’un petit livre qui me ferait marrer, mais avec bon goût, comme savent si bien le faire certains auteurs britanniques.

Aussi quand j’ai entendu parler de la série des Wilt par Tom Sharpe, je me suis intéressé de plus près à ce que ça raconte en quatrième de couverture. Et puis ce sous-titre irrésistible « Comment se sortir d’une poupée gonflable et de beaucoup d’autres ennuis encore » aura fini de me convaincre de me lancer dans la lecture. Avec en ligne de mire la possibilité qu’une belle petite série de romans amusants s’offre à moi par la suite (il y a 5 tomes actuellement dans la série des Wilt).

 

Dans Wilt 1 on suit les aventures, ou plutôt les mésaventures, de Henry Wilt, 34 ans, qui enseigne la culture générale dans un lycée professionnel. Ses élèves sont de futurs bouchers, plâtriers ou mécanos. Autant dire qu’ils s’en tamponnent de la littérature et de tout ce que Wilt tente de leur inculquer. C’est simple, ses élèves le désespèrent au plus haut point. Professeur d’une matière considérée comme mineure (pour ne pas dire inutile), il n’est pas du tout considéré par sa hiérarchie qui lui refuse depuis 10 ans la moindre promotion, le maintenant encore et toujours dans un poste d’enseignant assistant. C’est simple, sa hiérarchie l’énerve au plus haut point. À la maison ce n’est pas mieux. Son épouse Eva lui reproche son attitude de loser, son manque d’ambition, sa bedaine de buveur de bière, sa tiédeur sexuelle et sa virilité en berne. En même temps il a des circonstances atténuantes le Wilt, sa mégère fait moyen envie, et c’est la façon polie de le dire. Oisive et influençable, Eva ne travaille pas mais vit ses hobbies avec une implication sans limite, tout du moins avant de passer à autre chose. C’est ainsi que de lubies en coups de têtes, elle imposera à Wilt sa passion pour la composition florale, le tantrisme ou le trampoline. Après sa rencontre avec un couple d’américains riches et très libérés dont la femme est autant féministe que nymphomane, Eva entraîne donc Wilt dans une soirée un peu particulière, au terme de laquelle Wilt va se retrouver, suite à un malencontreux quiproquo, en fâcheuse posture avec une poupée gonflable… C’est peu de le dire, sa femme l’insupporte au plus haut point. Alors Wilt décide de réagir, de passer à l’action. Chaque soir, pendant la promenade du chien il imagine pour passer le temps des stratagèmes pour se débarrasser de sa femme, mais cette fois il ne va pas en rester à de vaines rêveries. Mais il n’est pas fou le Wilt, il va d’abord s’entraîner à exécuter son plan « à blanc » pour s’assurer qu’il fonctionne. Tiens, avec cette poupée gonflable qui lui aura causé tant de tort, ce sera parfait ! Sauf que suite à un autre malencontreux quiproquo (oui, Wilt est aussi collectionneur de malencontreux quiproquos à ses heures), il va être accusé du meurtre de sa femme qui a mystérieusement disparu, alors qu’il n’a pourtant encore déversé ses intentions criminelles que sur cette infortunée poupée en plastique… Le statut de loser interstellaire d’Henry Wilt n’est pas près de disparaître de sitôt…

 

Je dois l’avouer, c’est plutôt le genre d’intrigue de départ qui me plaît de prime abord. C’est drôle, impertinent, et j’adore quand le sort s’acharne, quand c’est à la fois drôle et cruel, méchant et maladroit. Sauf que… sauf qu’à la lecture, j’ai trouvé ça beaucoup moins bien qu’en résumé. Et croyez bien que je suis le premier à trouver cela dommage. Il m’a manqué quelque chose, du rythme, de la personnalité, je ne sais pas exactement, mais il m’a manqué un ingrédient pour que la mayonnaise prenne comme il faut. Oh il y a bien des scènes qui m’ont fait rire, mais rien d’hilarant, rien d’irrésistible, rien d’exceptionnel. Or, malheureusement, pour je ne sais quelle raison, c’est à ça que je m’attendais. Alors j’ai été déçu tout du long. Ce roman m’a laissé sur ma faim.

 

Il y a certains points que j’ai notés et qui peuvent peut-être en partie expliquer cette sensation. D’abord le personnage de Wilt lui-même, qu’on peine à apprécier. Certes on comprend que sa vie n’est pas bien folichonne et on compatit sincèrement. Ses élèves, sa hiérarchie et sa femme me font le même effet qu’à lui : c’est juste insupportable des gens pareils. Mais force est de constater qu’il ne donne pas trop envie de le plaindre. Sa personnalité, ses schémas de pensée, tout tend à montrer qu’on a aussi à faire à beau blaireau. Et que finalement ce qui lui arrive colle bien avec ce qu’il est. D’ailleurs le fait de savoir qu’il a 34 ans donne un tout autre aspect au personnage que si le même bonhomme avait été quinqua par exemple. Parce que ses réactions et ses réflexions sont celles d’un homme bien plus âgé que 34 ans. Un vieux (dans le mauvais sens du terme) avant l’heure. Comme si Wilt avait été démodé et dépassé toute sa vie.

 

D’ailleurs d’une manière générale, j’ai trouvé le style de Tom Sharpe daté. Pas forcément désagréable, mais clairement marqué temporellement. Ce qui m’a éloigné aussi du récit. Le roman date de 1976, et cela se ressent fortement à la lecture j’ai trouvé. Du coup, la mécanique du livre paraît un peu prévisible aussi. Un peu comme ces gags des caméras cachées des années 60 ou 70 : c’est téléphoné, il n’y a pas vraiment d’inattendu, de réactions imprévisibles. Et donc pas de réelle surprise à la lecture. Ça ne suffit pas pour en faire une lecture désagréable, mais ça lui donne un aspect un peu trop plat, limite fade, là où on attendait un feu d’artifice. D’où ma déception.

 

Dernier point qui m’a tenu à distance de ce roman, c’est l’enchaînement des péripéties, qu’on pourra qualifier de burlesque, de fantaisiste. En soi, pas de problème, j’en ai déjà lu des histoires de ce style, où si l’on prend cinq minutes pour considérer le récit d’un œil réaliste on ne peut que se dire que ce n’est pas possible. Et pourtant, certains arrivent à faire passer la pilule malgré tout, ils trouvent la formule qui fait accepter sans trop sourciller ce qu’en temps normal on n’accepterait pas au nom de l’objectivité. C’est aussi un peu ce qui m’a manqué ici. Il y avait un petit parfum de « trop ». Trop gros, trop loufoque, trop délirant. Pas « beaucoup trop », mais « un peu trop » quand même. Et cette sensation m’a suivi durant toute ma lecture. Si bien que j’étais plutôt content d’arriver à la fin, trouvant que ça se tirait un peu trop en longueur, alors que d’habitude ce genre de bouquins, quand j’accroche, je suis plutôt triste d’en arriver trop rapidement à la fin parce qu’en gros gourmand que je suis, j’en veux « toujours un peu plus ».

 

Alors au final, je dois bien dire que j’ai été déçu par cette lecture, pas parce que le livre est mauvais, mais parce que j’en attendais beaucoup plus. Déception doublée par le fait de voir s’envoler la perspective de lecture d’une chouette série de romans… Je n’ai donc pas été plus convaincu que ça par l’humour de Tom Sharpe. Et pour finir comme j’ai commencé, en parlant de comédies britanniques et d’humour so british, je préfère vous diriger plutôt vers un bon David Lodge ou un Joseph Connolly.

 

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30 septembre 2019 1 30 /09 /septembre /2019 07:16

Je crois bien ne jamais m’être frotté à la littérature japonaise auparavant. J’ai débuté avec ce roman, Ecstasy de Ryû Murakami. Autant dire que j’ai démarré fort. Peut-être un chouïa trop fort même. Mais je n’y suis pas pour grand-chose dans le choix du livre ni de l’auteur. C’est mon ami Patrick qui me l’a mis dans les mains avec un laconique « tiens, faut que tu lises ça ». Quoiqu’en y réfléchissant bien, dans le cas présent je ne sais pas si on peut réellement parler d’ami. Quel ami offre un truc pareil ??* Parce que laissez-moi vous dire que ce Ecstasy, c’est tout sauf un livre comme les autres…

 

Alors je vais de ce pas essayer de vous planter le décor.

Ça démarre à New-York. Miyashita y travaille pour une boîte de production vidéo japonaise, en tant que jeune assistant de production. Au détour d’une rue du Bowery, il rencontre un SDF, japonais lui aussi, qui l’aborde avec une énigmatique question « Sais-tu pourquoi Van Gogh s’est taillé une oreille ? ». Puis le vagabond lui donne un bout de papier avec un numéro de téléphone pour quand il sera de retour au Japon. S’il appelle ce numéro, on lui donnera de l’argent…

C’est ce que fait Miyashita une fois rentré à Tokyo. Mais l’interlocutrice à l’autre bout du fil n’est pas du tout ce à quoi il pouvait s’attendre. Il va faire la connaissance de la maîtresse SM ultime, Keiko à la beauté magnétique, qui va être son initiatrice dans un monde nouveau et insoupçonné pour lui jusqu’alors. Il va donc expérimenter d’une part l’univers sado-maso et d’autre part la drogue, à travers la cocaïne et l’ecstasy principalement. Il va rapidement être entraîné au centre d’un étrange trio SM, composé de Keiko mais aussi de Yazaki, le faux SDF richissime rencontré à New-York, et de Reiko** une actrice résidant à Paris et qui fut l’esclave sexuelle du couple Yazaki / Keiko.

 

Bon, bon, bon. Voilà, voilà, voilà.

Franchement, ça commençait plutôt pas mal. Intrigant et tout. Et puis on bascule rapidement dans le SM, et là… Attention quand je dis SM, c’est pas la version combinaison de cuir et fouet à deux balles et j’aime autant vous le dire tout de suite, ça n’a rien à voir avec le pseudo-SM à sa mémère de 50 nuances de gris. Ici on est au Japon messieurs-dames : le Marquis de Sade aurait certainement rendu son quatre heures fissa s’il avait dû tester ce SM-là ! C’est pas pour les fillettes. Les midinettes en mal de sensations n’ont qu’à bien se tenir, elles vont être servies. Au Japon on te file pas trois claques sur les couilles en t’obligeant à crier « pardon maîtresse ». Non, leur kif à eux, c’est plutôt l’humiliation profonde, la plus cérébrale possible d’ailleurs, et si possible à base d’excréments c’est quand même beaucoup mieux. Il y est question de soumission extrême, mais on va bien au-delà de la douleur physique. Tant que le masochiste ne connaît pas la honte suprême et la frustration sexuelle poussée à son paroxysme, tant qu’il ne se vautre pas dans la merde en en redemandant une double-ration pour la route, le sadique ne sera pas satisfait. Et même là, ça ne sera encore qu’un début…

 

Alors je le savais déjà mais là j’en ai eu la confirmation nette et sans bavure, le sado-masochisme ce n’est pas du tout pour moi. Je n’y trouve non seulement aucune source même de la plus petite excitation, mais je n’y vois pas le moindre début d’intérêt. Pourtant je ne me considère pas comme quelqu’un qu’on puisse facilement choquer (moi j’aurais vachement mieux réussi le test de Belmondo que Anconina passe dans Itinéraire d’un enfant gâté !!). Mais là on est au-delà de tout. C’est juste dégueu. Mais pas que. J’ai trouvé ça aussi très vain, profondément vain. Et là, si c’est à la fois dégueu mais aussi vain, je décroche. Je veux bien lire des trucs horribles, mais il faut que ça ait du sens, même caché, même un peu. Là, ce que j’ai ressenti, c’est surtout la volonté de choquer le bourgeois lecteur. L’envie de surenchérir dans la provocation. J’y ai vu beaucoup de démonstrations du « moi je sais raconter des trucs glauques et gerbants », mais au-delà de ça, beaucoup de vide aussi. Surtout du vide en fait.

 

Ce qui fait que l’effet crade recherché est obtenu dans un premier temps, mais au lieu d’exacerber la curiosité, au lieu de titiller l’envie de savoir, on comprend assez vite qu’il n’y a rien à découvrir derrière, et de fait, on se lasse très, très vite. Du coup c’est de l’indifférence que cela a éveillé chez moi. Je me suis ennuyé, mais d’une force !! La lecture d’ Ecstasy est devenue un calvaire pour moi. Mais pas parce que ce que j’y lisais était vomitif (ce qui était certainement le but recherché par l’auteur) mais parce que c’était long, répétitif, et que du coup ça ne me faisait plus rien d’autre que bâiller (et ça je doute que c’était voulu comme effet). Le calvaire c’était d’en terminer avec un récit qui n’en finissait pas de mener nulle part.

 

Alors il faut savoir que ce roman est le premier d’une trilogie définie par Murakami comme les « monologues sur le plaisir, la lassitude et la mort ». J’en resterai personnellement au premier volet donc. Je finis toujours un livre que je commence, mais je ne suis pas masochiste (décidément pas !) au point de me farder toute une trilogie dont le premier tome m’a été aussi lent et pénible à lire.

Je passe donc mon tour sur ce coup-là.

 

Si je termine en disant que ce roman ne fait pas partie de ceux que je conseille, vous aviez déjà compris ou bien ?

Cela dit, s’il y a des partisans des pratiques sado-maso un peu hardcore dans la salle, faites-vous plaisir, infligez-vous Ecstasy !

 

* bon, pour être parfaitement honnête, il m’en a filé deux des bouquins en même temps, celui-ci et Le Chuchoteur de Donato Carrisi, dont j’ai pensé le plus grand bien. Comme quoi, on ne peut pas gagner à tous les coups !

 

** ben oui, comme vous c’est ce que je me suis dit, Keiko et Reiko, il aurait pu choisir des prénoms un peu plus éloignés pour éviter les confusions aux lecteurs occidentaux. Nathalie par exemple.

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23 septembre 2019 1 23 /09 /septembre /2019 07:30

« Alors ça, je ne l’avais pas vu venir ! »

C’est en substance ce que je me suis dit quasiment tout du long de ce roman policier.

Et clairement quand on lit un polar, se faire surprendre c’est déjà un gage de qualité.

Je ne parle même pas de la fin, qui m’a laissé sans voix. Mais ne mettons pas la charrue avant les bœufs, commençons par le commencement : l’intrigue.

 

Cinq fillettes ont disparu. Quand la police retrouve les cinq bras gauches de ces enfants dans cinq petites fosses creusées dans un bois, le doute n’est plus permis, le lien est fait. La mise en scène macabre ne s’arrête cependant pas là. Car un sixième bras est retrouvé. Ce qui implique qu’une sixième victime est concernée. L’équipe de policiers qui travaille en relation directe avec le professeur Goran Gavila, un éminent criminologue, fait appel à une enquêtrice spécialisée dans les enlèvements d’enfants, Mila Vasquez, pour leur prêter main forte. Mila est une solitaire, et s’intégrer à une équipe déjà bien en place ne lui sera pas facile. Mais très vite l’enquête va l’emporter sur tout le reste : il y a tant à comprendre et à découvrir que chacun doit être à son meilleur niveau. D’autant plus que chaque nouvel indice, chaque nouvelle piste, démontre aux policiers qu’ils sont encore loin de la vérité.

 

Bon, comme résumé de départ on a déjà fait mieux. Je serais presque tenté de dire que simplement comme ça, ça ressemble à un thriller classique à tendance un peu gore. Enlèvements d’enfants, morceaux de cadavres découverts, enquête qui s’avère compliquée, équipe de policiers aux talents divers. On imagine la suite : indices, rebondissements, retournement de situation, résolution de l’enquête.

Sauf que non. Enfin oui, mais non quand même.

 

Réduire Le Chuchoteur de Donato Carrisi à un polar de plus, même malin, même bien ficelé, ce serait non seulement lui manquer de respect, mais aussi faire complètement fausse route.

Parce que oui c’est un polar, oui c’est une énigme à résoudre, mais non vous n’avez jamais lu ça nulle part, non vous ne pouvez pas comparer ça à une intrigue policière lambda, et surtout, surtout, Le Chuchoteur est un putain d’ovni !

 

Je ne sais pas ce que j’ai le plus aimé dans ce roman. Les personnages sont d’abord très intéressants. Pas forcément attachant au sens premier du terme, mais presque aussi intrigants pour certains que les mystères qu’ils essaient de mettre à jour. Que ce soit Mila ou Goran, ils traînent avec eux des fêlures et des secrets que le lecteur découvre au fur et à mesure de l’histoire, qui enrichissent leurs personnalités et renforcent la sensation qu’on a tout au long de la lecture, à savoir que rien n’est tel qu’on le croit, que tout n’est qu’apparences et que la vérité se cache derrière bien des voiles plus ou moins opaques…

L’enquête quant à elle est fascinante, car on suit pas à pas les méthodes des enquêteurs, on découvre, on déduit, on se triture les méninges à essayer d’imaginer des solutions, on comprend en même temps qu’eux. Les révélations se succèdent, les rebondissements aussi, le tout avec un beau rythme qui plus est… Pourtant le lecteur a un point de vue légèrement différent de celui des policiers, puisque le récit de l’enquête est régulièrement entrecoupé par de courts intermèdes qui prennent deux formes alternativement, pour l’une celle de rapports d’un agent pénitentiaire au sujet d’un détenu, et l’autre qu’on devine être les pensées d’une jeune fille kidnappée. On a donc connaissance de choses que les enquêteurs ignorent. Et malgré tout, on se sent aussi perdu et démuni qu’eux !

Et puis au chapitre de ce que j’ai beaucoup apprécié également, c’est tout simplement le style : simple, direct, efficace. Pas de temps morts, pas de remplissage. Tout a son importance, et on s’en rend rapidement compte, aussi le lecteur reste en constante implication et sa concentration reste totale pendant tout le roman. Pourtant le bouquin est tout de même plutôt épais, ce n’est pas lu en deux heures, autant vous prévenir de suite. Bref, si on cumule : une histoire très intrigante + des personnages intéressants + une écriture fluide, je crois qu’on peut dire sans risquer de se tromper qu’on est en présence d’un vrai page turner de première classe.

 

Mais là où ce roman est bluffant, c’est quand on parvient à la fin, et qu’enfin on comprend. Moi j’ai été soufflé, même choqué, de comprendre la vérité. Parce que pour reprendre mon introduction : « je ne l’avais pas vue venir celle-là ». Mais surtout, ce qui m’a durablement marqué, presque fasciné si ça n’était pas aussi traumatisant, c’est de savoir que Donato Carrisi, en bon romancier doublé d’un juriste de formation spécialisé en criminologie et sciences du comportement, s’est appuyé sur des cas et des faits réels. Et il m’a ainsi fait découvrir une nouvelle facette du mal à l’état pur, que je ne soupçonnais même pas. Mais qui pourtant, existe bien. Dans la réalité. Pas que dans les livres.

 

Si je vous disais que le final de ce roman m’a glacé le sang, je serais encore loin du compte.

Tant et si bien d’ailleurs, que malgré l’effet bœuf* qu’a eu ce bouquin sur moi quand je l’ai lu, je n’ai pas encore cherché à lire autre chose de cet écrivain italien (Le Chuchoteur est pourtant le premier volet -qui se suffit cependant à lui-même- d’une trilogie qui se concentre sur les enquêtes du personnage de Mila Vasquez). Il m’a fait si grosse impression que je ne vois pas comment il pourrait égaler ou faire mieux avec une autre histoire…

 

Alors simplement, merci à mon ami Patrick de m’avoir mis ce livre entre les mains. Grand moment de lecture !

* et mine de rien, j’ai placé deux fois le mot bœuf dans cet article, sans pour autant qu’on y parle à aucun moment agriculture ni élevage bovin.

 

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16 septembre 2019 1 16 /09 /septembre /2019 07:14

Avec Le Crépuscule d’une idole, j’ai (enfin) lu mon premier livre de Michel Onfray. J’aurai mis le temps ! Je dois dire pour ma défense que ça impressionne un peu de s’attaquer à un auteur pareil. Le bonhomme sort quand même pavé sur pavé sans discontinuer depuis des années. Et certes, les thèmes abordés par lui m’attirent souvent, mais l’épaisseur de ses ouvrages a tendance à dissuader les meilleures volontés (enfin les miennes…). Imaginez, le temps de lire un de ses bouquins je pourrais m’en enfiler deux ou trois de taille plus raisonnable, ce qui m’a fait souvent passer mon tour. Mais pas cette fois. J’avais envie d’en savoir plus, à la fois sur cet auteur tant apprécié d’une part que décrié de l’autre, mais aussi sur celui qui est le sujet de son livre, à savoir Sigmund Freud.

 

Eh bien, j’ai été servi !

 

Sur tous les plans…

D’abord j’ai découvert la plume de Michel Onfray, dont je ne connaissais jusqu’alors que les talents d’orateur. Je l’ai trouvé précis, méticuleux, clair, extrêmement bon pédagogue, direct, carré et obstiné. Onfray ne fait pas dans la demi-mesure. Il a lu, pour ne pas dire disséqué, tout ce que Freud a pu écrire au cours de sa vie. Et je ne parle pas que de ses publications officielles sur la psychanalyse, mais de vraiment tout ce qui a pu un jour ou l’autre sortir du bout de sa plume. Comme ses travaux d’avant sa « découverte » de la psychanalyse, ou sa correspondance privée qui a pu être retrouvée et compilée. Et ça n’est pas tout, la méthodologie d’Onfray prend également en compte l’aspect chronologique : non seulement il va tout lire, mais tout lire dans l’ordre chronologique ! Avec un stylo à la main bien entendu, pour prendre des notes et ne rien oublier. Et croyez-moi, ce type n’oublie jamais rien, c’est une vraie machine en plus d’être un bourreau de travail. Mais cette méthode, qui doit nécessiter une discipline d’enfer, s’avère payante à bien des degrés. Onfray approche ainsi au plus près la personnalité de Freud (à travers ce qu’il laisse transparaître dans ses écrits, mais aussi à travers ce que l’on connaît de sa biographie et de ce que ceux qui l’ont connu en ont dit), et pointe aussi bien les qualités que les défauts du père des psychanalystes. Les contradictions également, et on s’en aperçoit au fur et à mesure de la lecture et de l’analyse fine des textes, qu’il y en a pléthore. Sans parler de ce qu’on pourrait gentiment qualifier d’élucubrations pour ne pas parler de délires purs et simples, car Freud, auto-proclamé docteur des esprits, aurait bien mérité lui-même une petite remise en questions sur ce plan-là… Mais j’y reviendrai un peu plus tard.

 

Ensuite j’ai appris, par l’intermédiaire de ce diable d’Onfray, une somme incroyable de choses sur la personne publique mais aussi privée de Freud. Je crois qu’on a tous en tête une image d’Épinal concernant le personnage : un vieil homme à l’allure austère, petites lunettes rondes sur le nez, découvreur d’un monde quasi-inexploré avant lui (mais sur ce point on se rend compte avec Onfray que c’est loin d’être aussi simple que cela) qu’il nommera l’inconscient, et père de rien moins qu’une discipline entière et nouvelle de la médecine, qu’il nommera psychanalyse et dont il définira lui-même les limites et les règles qui la régissent. L’image dont je parle, inclut le fait que Freud et ce qu’il dit « va de soi » et ne souffre d’aucune remise en questions, que sa parole vaut décret et que dans le domaine de la psychanalyse, il est le maître incontesté et absolu. C’est d’ailleurs quelque chose d’intégré, et j’allais même utiliser le terme d’inconscient pour le qualifier, comme une vérité sans équivoque.

Et pourtant, en s’attaquant à la montagne de renseignements et de connaissances qu’on a sur Freud, Onfray décrit un personnage finalement assez loin de cette fameuse image parfaite qu’on a souvent de lui. Mieux même, il démonte morceau après morceau, tout ce qui a été monté de toutes pièces autour de Freud, pour en faire une légende vivante en son temps, légende dont l’aura a longtemps perduré du reste. Freud apparaît sous l’analyse contradictoire d’Onfray sous un jour nouveau, et le moins qu’on puisse dire c’est que la légende en prend un coup. La statue à l’effigie de l’idole savante se voit déboulonnée sans la moindre hésitation, méthodiquement, preuve à l’appui de chaque constat que fait Onfray.

 

C’est justement ce qui fait la force de frappe incroyable du philosophe, sa méthode dont je parlais plus haut. Il est tellement scrupuleux du moindre détail (mais pas du genre détail insignifiant ou détourné de son sens premier, Onfray là-dessus ne peut pas être accusé de mauvaise foi ou de tordre la réalité dans le sens qui l’arrange), il a une telle puissance d’analyse qui lui permet de mettre bout à bout des déclarations de Freud parfois complètement contradictoires ou fluctuantes selon le temps et la situation, que ses arguments en sont incontournables et se voient très difficilement contredits. J’ai par ailleurs eu l’occasion de voir un petit film qui reprend une conférence durant laquelle Onfray vient parler de son livre à une assemblée qui ne lui est pas totalement acquise et pour cause, de nombreux psychanalystes (et affiliés) sont dans la salle et le prennent à partie, l’accusant de noircir (et certains l’accusent même d’exagérer voire d’inventer des choses) volontairement le portrait de Freud. Et c’est assez édifiant de constater qui perd ses nerfs et qui garde son calme dans l’assemblée… comme de constater que les arguments des défenseurs de Freud ne tiennent pas la route longtemps, du moins dès lors qu’on les met en parallèle avec ce que Freud lui-même a pu dire, faire et écrire au cours de sa vie, et qui est dûment daté et avéré. Devant les arguments et les faits énoncés par Onfray, les contre-arguments volent rapidement en éclats, et très vite la frustration laisse place à l’énervement puis à l’emportement de ceux qui se voient mis en défaut par le philosophe. Quand on sait qu’il s’agit de personnes qui œuvrent dans la psychanalyse et tout ce qui gravite autour de ce domaine, les voir perdre leur calme et vaciller aussi fortement et rapidement dans la colère (et donc dans la perte de contrôle de leurs esprits…) a quelque chose d’à la fois surprenant mais aussi de profondément révélateur…

 

Alors certes, on peut concéder à ceux qui prennent la défense de Freud que Michel Onfray n’y va pas avec le dos de la cuillère, et qu’on sent que ce dernier enfonce le père Freud sans prendre de gants, maniant aussi bien la logique que l’ironie voire le sarcasme bien senti.

 

Mais si reproche on peut entendre, il s’agit ici d’un reproche sur la forme, et encore, valable seulement sur certains passages, de loin pas sur l’ensemble du livre. Onfray est virulent, mais force est de reconnaître que les choses qu’il révèle et met au grand jour ne méritent guère de clémence. Le portrait qu’il fait de Freud est en ce sens sans détour : clairement il le décrit comme un personnage très arriviste et avide de pouvoir et de reconnaissance. Ce qu’il veut par-dessus tout c’est d’être reconnu et admiré. Ce qu’il a d’ailleurs beaucoup de mal à obtenir au début de sa carrière scientifique, du moins avant de se diriger vers l’étude de l’esprit puis de créer sa propre discipline avec la psychanalyse. Onfray démontre l’égocentrisme, la vanité et l’aspect irrationnel de Freud. Je dis bien « démontre » et pas « dénonce », la différence réside dans le fait que tout ce que le créateur de l’université populaire de Caen avance il l’étaie par des faits, des références, des écrits et des choses vérifiables par tout un chacun. Et je dis bien aussi « irrationnel » même si ce terme est peut-être le dernier qu’on imaginerait pour décrire Freud, tant on en a l’image d’un scientifique et d’un docteur dans le sens le plus strict du terme. Pourtant, une fois encore, Onfray ne se limite pas à donner son avis, loin de là, il énumère presque à l’envi des exemples confondants qui démontrent toute l’irrationalité de certaines affirmations de Freud. Son rapport avec la sexualité, avec sa propre mère et sa fille, mais aussi avec ses thèmes de prédilections que sont les croyances ancestrales et la mythologie par exemple, et qu’il n’a aucune vergogne à plaquer sur l’ensemble des hommes et des femmes pour rédiger ses règles d’interprétation des rêves : tout cela peut se vérifier exemples à l’appui, et s’avère rien moins qu’édifiant. Penser que d’obscures liens avec une mythologie ancienne, ou que des jeux de traductions insensés avec des langues mortes comme le grec ancien peuvent permettre non seulement de comprendre des rêves mais en plus de bâtir des règles universelles pour les interpréter tient plus du délire qu’autre chose. Et n’a plus grand-chose à voir avec l’esprit scientifique dont il se targue pourtant avec force. D’ailleurs sa tendance (très lourde) à établir des règles universelles à partir d’un seul exemple est à elle seule déjà bien suffisante à se convaincre que la méthode de Freud n’est pas très scientifique…

 

Quant aux obsessions dont le bon Sigmund accuse ses patients de souffrir, on se rend compte par l’analyse et la lecture objective des exemples qu’il donne lui-même, que bien souvent il ne s’agit ni plus ni moins que d’un transfert de ses propres obsessions et névroses sur ses patients. On passera sur le cynisme absolu de Freud pour tout ce qui concerne ses honoraires et le prix de ses diagnostics. Il explique d’ailleurs sans sourciller, si ma mémoire est bonne, que même s’il lui arrive parfois de ne pas écouter ce que ses patients lui racontent, voire même si parfois il pique un petit roupillon pendant une séance un peu ennuyeuse, cela continue à leur être bénéfique, et que même somnolent il participe à la guérison du patient (à ce niveau-là de foutage de gueule, j’aurais plutôt envie d’écrire client et même pigeon que patient, mais bon…) et que non ça n’est pas donné à tout le monde de parvenir à cela, et que donc non bien entendu que non, ça n’est pas du charlatanisme, c’est juste que ça se joue à un niveau supérieur tel que nous ne pouvons pas le comprendre, nous autres pauvres ignares et incultes dans le domaine que nous sommes… Mais lui sait, heureusement. Et ça, ça vaut cher, donc il nous faut le payer en conséquence pour bénéficier d’une telle expertise…

 

Alors oui, évidemment, on comprend mieux quand on le lit, pourquoi Onfray n’y va pas de main morte pour dénoncer ce qui lui paraît indéfendable dans la personnalité de Freud, et par extension dans ce qu’il a laissé pour héritage dans la discipline qu’il a créée de toutes pièces, la psychanalyse. Mais en le lisant bien, on comprend également que le philosophe ne rejette pas tout en bloc, et qu’il ne dit pas comme on l’a accusé de le prétendre que la psychanalyse ne sert à rien et à personne d’autre qu’aux psychanalystes eux-mêmes. C’est là un faux procès qu’on lui a fait, et qui à mon avis a été surtout mis en avant pour éviter de répondre sur le fond aux faits qu’il énonce, ainsi qu’à la logique et au bon sens qu’il utilise pour dénoncer tout ce qui ne lui plaît pas et lui semble inexact dans la légende qui entoure ce personnage haut en couleurs qu’est Sigmund Freud.

 

En tout cas, bien que dense et chargée en informations, j’ai trouvé cette lecture passionnante et très éclairante sur un personnage historique dont j’ai réalisé que je ne connaissais à la base pas grand-chose d’autres qu’un condensé d’idées reçues, assez fausses qui plus est. Et j’ai également pu constater à quel point Michel Onfray ne perd rien de sa force d’explication et de démonstration à l’écrit. Moi qui le trouvais déjà passionnant à écouter, de par son pouvoir de pédagogie, de précision et de vulgarisation (sans pour autant tomber dans la simplification à l’extrême), j’ai retrouvé toutes ces qualités que j’aime tant à travers sa plume. Et je sais d’ores-et-déjà que je lirai d’autres bouquins de lui. Me reste juste à trouver le temps (et le courage) de m’y mettre ! (mais une fois lancé c’est tout bon!)

 

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9 septembre 2019 1 09 /09 /septembre /2019 07:07

Avec Snuff, on touche à l’évidence. Quoi de plus évident qu’un bouquin qui relate le plus grand gang-bang du monde, écrit par Chuck Palahniuk ? L’écrivain sulfureux, que dis-je, la rock-star de la littérature qui situe son histoire dans le milieu du porno, c’est du cousu main faut bien l’avouer.

Mais ce livre s’appelle Snuff, pas Porn ! Ce qui veut dire qu’il va aussi y être question de mort, et même de mort en direct, filmée par des caméras…

 

La situation de départ est on ne peut plus légère : Cassie Wright, actrice de porno en fin de carrière, décide de faire ses adieux au métier et de finir en beauté. Sur un record du monde, et pas des plus simples à battre : elle veut être celle qui explosera le record de partenaires dans ce qui sera le plus grand gang-bang1 du monde. Elle prévoit donc de se donner à 600 hommes (avec un temps imparti d’une minute par groupe de 3 zozos2 ça fait déjà du taff mine de rien) en une nuit, devant les caméras qui immortaliseront la performance. Et là paf ! Direct dans le Guinness Book des Records. Annabel Chong et Jasmin St Claire n’auront plus qu’à aller se rhabiller, ces petites joueuses3.

Au cours de son roman, Chuck Palahniuk nous invite donc à faire connaissance de quatre personnages, trois des hommes volontaires pour participer au record et Sheila, la régisseuse, l’assistante de production du show et aussi un peu la nounou des 600 gugusses qui attendent patiemment leur tour d’honorer la belle. Ils ont chacun un numéro stabiloté sur le biceps, et on fera donc plus ample connaissance avec les n° 72, 137 et 600. Le numéro 600, celui qui mettra le coup de bite final au record, c’est rien moins que Branch Bacardi, une star vieillissante du porno qui ne se résout pas à raccrocher l’autobronzant et le tube de vaseline. Le numéro 137 est un ancien acteur de télévision, dont la carrière est partie à vau l’eau quand son homosexualité refoulée a été exposée au grand jour dans une vidéo peu équivoque. Mais il est bien déterminé à montrer qu’il n’est pas ce qu’on croit, et pour bien prouver sa virilité se bourre de viagra en attendant son tour. Quant au numéro 72, c’est une jeune homme encore puceau, qui voue un culte à Cassie Wright, s’est entraîné avec grand sérieux sur la poupée gonflable à son effigie avant de venir, et à même pensé à lui apporter un bouquet de fleurs pour ce grand soir qui va enfin marquer leur rencontre.

 

Voilà pour le point de départ. Dit comme ça, ça balance entre le trash et le pas très passionnant. Bien entendu c’est sans compter sur le talent de Palahniuk qui va nous réserver quelques surprises, révélations et même tenez-vous bien, une petite dose de suspense ! Car en apprenant à connaître ces quelques personnages un peu déglingués, on va également vite comprendre qu’ils ne sont pas uniquement ce qu’ils paraissent être. On va même commencer à percevoir quelques liens insoupçonnés entre eux.

Et je vous rappelle aussi que quelqu’un va mourir… Meurtre ? Accident ? Suicide ? Héhéhé, ne comptez bien entendu pas sur moi pour vous le révéler ici...

 

Alors que les choses soient claires, aussi bien pour ceux qui chercheraient spécifiquement cela que pour ceux que ça pourrait retenir de lire Snuff, on est bel et bien dans le milieu du porno, mais ce récit n’est pas pornographique. Inutile d’y rechercher des scènes de sexe explicite façon gros plan sur le gland avant l’éjac faciale. Palahniuk décentre l’action non pas sur la scène des ébats de la star un peu défraîchie et multi-pénétrée, mais dans les coulisses de l’événement. Sur ce qui se passe en backstage, dans la « salle d’attente » ou se massent les candidats donneurs d’orgasmes. Alors certes, le langage est cru, et on parle ouvertement de sexualité dans tout ce qu’elle peut avoir de cash et parfois d’extrême, mais ça n’est pas que ça.

 

Avant tout, Palahniuk s’est fait plaisir dans les dialogues, domaine dans lequel il excelle. Et en ce faisant plaisir, évidemment, il fait plaisir au lecteur aussi. C’est au travers de ces dialogues ciselés, que l’auteur dessine petit à petit des personnages plus complexes qu’on ne pourrait le croire. Ce faisant d’ailleurs, j’irais même jusqu’à dire que l’écrivain se permet d’humaniser le milieu du porno et sort de l’image d’Épinal qu’on peut s’en faire. Ce sont avant tout à des hommes et des femmes qu’on a à faire, pas à des machines qui auraient pour seule fonction de copuler. Mais quand même, on est dans du Palahniuk, donc ne vous attendez surtout pas à du tout propre tout net, nulle trace d’angélisme dans ce récit. Au contraire, ce qui ressort le plus des portraits que dépeint le grand Chuck, c’est la détresse émotionnelle et sentimentale dans laquelle nagent ses héros, et le moins qu’on puisse dire d’eux c’est qu’ils se tirent un peu la bourre dans la course au plus pathétique…

 

Et comme c’est du Palahniuk, au pathétique s’ajoute l’humour. Car c’est rythmé, léger et plutôt drôle à lire sur la forme, même si sur le fond ce qui est en jeu n’est pas forcément très gai.

« Des Jaunes, des Blacks, des latinos. Un mec en chaise roulante. De quoi satisfaire toutes les niches du marché. […] Certains n’ont jamais rien enfilé d’autre que leur poing et ne connaissent Cassie que par les vidéos. Pour eux, c’est de l’ordre de la fidélité. Du nuptial. Pour ces mecs-là, avec leurs petits cadeaux, c’est un peu comme une lune de miel. Ils vont pouvoir consommer. »

 

Cet humour trash, on le retrouve pleinement grâce à une traduction au poil de Claro (qui excusez du peu, est aussi celui qui vient tout récemment de signer la traduction du dernier pavé de Alan Moore, Jerusalem). L’énumération de quelques titres de films de boules inventés pour l’occasion est savoureuse et permet de se marrer de manière certes un peu lourdingue mais on s’en fout parce que ça fait du bien par les temps qui courent. Et puis mine de rien, certains jeux de mots et références sont quand même bien trouvés4, et plus finauds qu’il n’y paraît. Je rends hommage donc au talent de Claro !

 

Toutefois, pour être parfaitement honnête, moi qui ai vu plusieurs fois le film Fight Club sans jamais avoir ouvert une seule fois le roman d’origine (shame on me !!), je vais tout de même me permettre de comparer Snuff avec l’œuvre qui demeure la plus connue de Palahniuk. Je sais, ça ne se fait pas et je suis mal placé, mais tant pis, je le fais quand même. Il est assez évident qu’avec Snuff, on ne navigue pas dans les mêmes eaux que Fight Club. C’est beaucoup plus léger, et bien moins ambitieux, je crois que c’est indéniable. L’intrigue peut paraître bien plus mince et les personnages bien moins développés. Mais ne vous y trompez pas pour autant, l’intrigue s’avère plus maligne que prévu, et les personnages recèlent malgré tout quelques surprises. Il y a entre autre un twist sur la fin, que personnellement je n’avais pas vu venir et que j’ai donc trouvé tout à fait réussi. Pas renversant comme a pu l’être la découverte de la véritable identité de Tyler Durden, mais suffisamment bien fichu pour surprendre. Je pense que Snuff, s’il ne paye pas de mine comme ça à première vue, en a plus sous le capot qu’on peut le croire.

 

Alors si le langage avec 0 % d’édulcorant ne vous fait pas peur, si parler de cul, de bites et de DP5 ouvertement ne vous met pas plus mal à l’aise que ça7, que vous aimez le style direct et un peu provocateur de Palahniuk et que vous avez deux ou trois heures devant vous, ce livre est fait pour vous. Maintenant soyons objectifs, Snuff n’est pas non plus un incontournable du genre, juste une agréable lecture, décomplexée et sans grandes ambitions littéraires.

Je le déconseille cependant aux électeurs ou simples sympathisants de Christine Boutin. Ne risquez pas l’AVC pour si peu, ce serait ballot.

1 un big-gang-bang en quelque sorte. L’Origine du Monde, l’origine de l’univers, tout ça tout ça...

2 ou zizis, comme vous préférez.

3 je vous laisse le soin de faire vos propres recherches si vous souhaitez approfondir plus avant ces références hautement cul-turelles.

4 Moby Nique, Ma Suceuse bien-aimée, Quatre garçons dans le cul, Tant qu’il y aura des zobs, etc...

5 double-péné6

6 non, rien à voir avec les pâtes.

7 bref si vous n’êtes pas coincé du luc !

 

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24 juillet 2019 3 24 /07 /juillet /2019 12:50

Et un bouquin sur les zombies de plus, un !

Oui mais pas n’importe lequel. Celui-ci a un auteur français pour commencer, et pas n’importe qui : Pit Agarmen. Qui ça ? Ah oui pardon, prenez Pit Agarmen, secouez-le bien, mélangez un poil et démoulez, vous obtiendrez son vrai nom d’auteur : Martin Page. Tiens c’est intéressant ça, un écrivain de littérature blanche qui se lance dans une histoire de zombies ? Je demande à voir…

 

Et j’ai vu. Enfin lu. Oui c’est important de préciser, car on pourrait se contenter de le voir aussi, étant donné qu’il en existe une adaptation au cinéma sortie en 2018 et qui, me semble-t-il, a connu un petit succès d’estime auprès des amateurs du genre (perso je ne l’ai pas encore vu ce film).

 

Donc j’ai lu. Et c’est pas mal du tout.

 

On suit dans ce roman Antoine Verney, un jeune auteur de romans à l’eau de rose, assez asocial comme garçon, qui a toujours été à la marge de la société. Au cours d’une soirée bobo parisienne, Antoine décide de cuver son vin à l’écart de la fête qui bat son plein dans un appartement de Pigalle. Quand il se réveille le lendemain tout a changé. Les zombies ont envahi le quartier, la ville, le monde. Antoine va se terrer dans cet appartement et apprendre à survivre avec les moyens du bord. Finalement, pour un solitaire dans l’âme comme lui, le défi paraît presque enthousiasmant ! Le tout, c’est de tenir sur la durée…

 

Bon, je fais volontairement court pour le résumé, car le roman lui-même est court d’une part, et que par ailleurs le canevas de départ est finalement assez classique. Comme souvent dans les histoires de zombies, ce qui compte ce ne sont pas les zombies, mais la survie de ceux qui restent vivants. C’est justement l’approche de ce nouveau quotidien, les contraintes que cette nouvelle vie va imposer au héros mais aussi une certaine forme de liberté que la situation va lui apporter, qui sont intéressants à suivre. L’écriture est directe, sans fioritures, incisive. Les chapitres sont courts et la lecture s’en trouve rapide. On sent d’ailleurs, même sans connaître l’identité réelle de l’auteur (comme c’était mon cas à la lecture) qu’on a à faire à un récit et un style qui ne suivent pas les règles, situés quelque part à mi-chemin entre littérature de genre et littérature blanche. Je dois dire que ce n’était pas désagréable du tout à lire, et changeait plaisamment de ce qu’on a l’habitude de lire (ou voir) quand il s’agit d’une histoire de zombies.

 

Pour ce qui est de la situation, on ne peut pas s’empêcher de penser à Robert Neville, le héros de Je suis une légende, le roman culte de Richard Matheson. Ajoutez-y une pincée de Robinson Crusoé teinté du héros de Seul au monde (le film avec Tom Hanks), et évidemment pour l’ambiance un arrière goût de 28 jours plus tard ou de manière plus lointaine The Walking Dead, remettez par-dessus tout ça une bonne dose de jugeote et de réflexion sur soi-même et sur le monde, et vous obtiendrez donc La nuit a dévoré le monde. On a fait pire comme références.

 

Si le ton n’est pas aussi noir et désespéré que dans La Route par exemple, le héros (qui finalement est loin d’être un héros dans le sens « être exceptionnel » du terme) a quand même à faire à quelques pensées bien sombres et pessimistes au cours du récit. Et on sentira également derrière tout ça, au-delà de la pure introspection du personnage, quelques pics et réflexions à connotations écologiques poindre le bout de leurs idées (Martin Page est un auteur engagé écologiquement, végane et animaliste entre autres).

 

Pour résumer, je dirais que ce roman qui se lit très vite (car il est court mais aussi parce qu’il est écrit avec talent et donne envie page après page de découvrir la suite) devrait parvenir à plaire aux deux types de lecteurs : ceux qui apprécient les histoires de zombies comme ceux qui n’en raffolent pas ! Ce qui n’est pas une mince réussite à mon sens. Sans être un livre inoubliable, il permettra à chacun de passer un très bon moment de lecture, je recommande donc !

 

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8 juillet 2019 1 08 /07 /juillet /2019 07:07

Attention classique.

L’auteur, Michael Moorcock, est un grand nom de la littérature de genre du XXème siècle. Il est surtout et très largement connu pour sa série de romans mettant en scène Elric, un de ses personnages cultes. Sauf que c’est de la fantasy pure et dure, genre qui ne m’a jamais attiré, et que je n’ai donc pas lu. Mais Moorcock n’a pas fait que ça, loin s’en faut, et il s’est aussi laissé aller à écrire de la SF et du Fantastique sans grand gars balèze qui manie l’épée comme un cure-dent.

 

Il y a donc de cela trop d’années pour que je me le remémore sans me mettre à pleurer à chaudes larmes sur tout ce temps qui a filé à la vitesse de la lumière depuis lors, j’avais lu Voici l’homme de Michael Moorcock, mais dans sa version courte, dans le format nouvelle. C’était dans un compilation de textes de SF dont le thème commun était le voyage à travers le temps. Thème classique mais que j’adore. Ce qui me fascine au-delà de tout, c’est de voir comment les auteurs jouent avec le principe de paradoxe temporel quasiment inévitable dans ce type de récit (un peu moins systématique quand il s’agit de voyage vers le futur, comme dans la fameuse Machine à explorer le temps de H.G. Wells ou encore Le Voyageur imprudent de René Barjavel). Cherry on the cake, le voyage temporel dont il est question ici, va voir comme destination le Moyen-Orient du début de notre ère, au moment où un certain Jésus va se faire tristement connaître en finissant sur une croix devenue le symbole d’une des plus influentes sectes religions des 2000 dernières années… S’il est bien une période et un sujet qui m’intéressent tout particulièrement ce sont ceux-ci, et une histoire qui mette en parallèle les récits religieux et les croyances avec les réalités historiques ne pouvait que m’attirer encore plus.

Combo gagnant donc, du moins pour le fond, avec Voici l’homme, dont je vais quand même vous parler un peu de l’histoire avant de vous dire tout le bien que j’en ai pensé et pourquoi vous devez le lire (ou le relire) si ce n’est déjà fait…

 

Londres, années 60. Karl Glogauer a une vie compliquée. Entendez par là pas très passionnante, et assez triste, pour ne pas dire misérable. D’origine juive, élevé en milieu chrétien, nanti d’une mère tyrannique qui lui aura laissé de belles séquelles, il est du genre paumé dépressif, sentimentalement à la ramasse, sexuellement névrosé et se cherchant entre relations hétéro insipides et homosexualité refoulée. Passionné par Jung mais psychiatre raté, il n’est pas croyant mais est fasciné par le symbole de la croix. Quand l’occasion lui est présentée de servir de cobaye pour une expérience de voyage dans le temps par un inventeur génial et fou de ses connaissances, Karl accepte et choisit sa destination : la Galilée en l’an 28 de notre ère. L’objectif de Karl est de rechercher Jésus et d’assister à sa crucifixion, histoire de savoir une bonne fois pour toutes si ce qui est raconté dans la Bible est vrai ou non. Contre toute attente, le voyage dans le temps va fonctionner, à ceci près que son chronoscape vient se crasher en plein désert palestinien et est définitivement hors d’usage. Karl n’a pas les connaissances scientifiques nécessaires à sa remise en état… Le héros va aller de surprise en surprise, puisqu’il va rencontrer celui qu’il ne tardera pas à identifier comme Jean le Baptiste, chef de la secte des esséniens qui cherchent à soustraire le pays du joug des Romains. Mais quand il lui pose la question au sujet de Jésus le Nazaréen, la réponse de Jean le Baptiste est inattendue : « c’est qui ? » lui répond-il en substance ! La quête de Karl s’annonce plus compliquée qu’il ne l’avait imaginée...

 

J’ai commencé ce papier en qualifiant ce récit de classique, ce qu’il est assurément je pense. Aussi y a-t-il de fortes chances que vous ayez déjà lu ou entendu parler de cette histoire, y compris de son développement et de sa fin. Et bien qu’il soit plus aisé de parler de Voici l’homme et de sa grande richesse thématique en en dévoilant la conclusion, je vais tout de même essayer de ne pas tout raconter ici, pour celles et ceux qui ne connaîtraient pas et voudraient se lancer dans la lecture du roman.

 

Bien que le roman de Moorcock soit par certains aspects ostensiblement ancré dans les années 60 (la remise en cause de l’ordre religieux, les prémisses de la libération sexuelle, le culte autour de Jung) il n’en reste pas moins terriblement moderne à mes yeux sur bien des points.

Par son écriture directe et cash (pour ne pas dire brutale), par le coup de poker qui consiste à mettre en scène en personnage principal un héros qui n’en est pas un du tout, et qu’on aurait plutôt tendance naturellement à ne pas aimer tant il sort du cadre et qu’il semble faible et pitoyable, et par l’audace qui habite l’auteur quand il décide de revisiter et de donner une autre version d’une période charnière de l’Histoire, celle qui va voir la naissance du Christianisme. À sa sortie, ce roman écrit en 1968 a choqué. Il a été ouvertement qualifié de blasphémateur. Évidemment, pour moi qui considère le droit de blasphémer comme un des plus importants garants de la liberté d’expression et de conscience, c’est une motivation supplémentaire à lire ce livre et à le faire connaître plus qu’il ne l’est déjà. Il a choqué car il a donné une autre version des personnages du Nouveau Testament. Même si on n’a pas été très assidu au catéchisme, on a tous en tête les grandes lignes de ce que racontent les Évangiles, la personnalité et la vie de Jésus sont pour ainsi dire présentes telles des images d’Épinal dans la conscience populaire.

 

Or Michael Moorcock va un peu bousculer tout ça. Pardon, dynamiter tout ça. Et ce faisant, il touche directement au sacré, à ce qu’on ne remet pas en cause parce que ce serait mal, parce qu’on nous a toujours dit que ça s’est passé comme ça et qu’on n’a même pas cherché à y réfléchir et à remettre quoi que ce soit en question. La définition même du blasphème : la remise en question du dogme.

Karl Glogauer va, au cours de son aventure, rencontrer plusieurs personnages bibliques, mais ils ne seront pas tous fidèles à l’image classique qu’on a d’eux. Sans vouloir trop en dévoiler, mais pour vous donner une idée plus précise de la relecture proposée par Moorcock, sachez par exemple que Karl va rencontrer Marie*. Mais que la Marie qu’il croise sera plutôt du genre Marie-couche-toi-là que Vierge Marie…

De la même façon, l’écrivain aborde le sujet des miracles (qui parsèment l’existence du Christ) et en donner une interprétation toute personnelle, à base de science et de psychologie, vus avec l’œil d’un homme du XXème siècle. Encore des remises en cause, encore du blasphème…

 

Mais attention cependant, si ce roman est certes provocateur à l’endroit des bigots les plus recroquevillés sur les textes sacrés, s’il foisonne d’humour (parfois noir) dans son approche des personnages bibliques, il n’en reste pas moins un formidable fourmillement d’idées, et possède une vraie profondeur aussi bien sur le plan historique et philosophique que dans la psychologie des personnages et la mise en abyme de l’individu face à l’Histoire. D’ailleurs le seul point de ce récit qui se révèle être de la SF à l’état pur reste le concept de départ, celui du voyage dans le temps. Une fois celui-ci effectué, on est dans un tout autre genre et si je devais le qualifier je parlerais plutôt de sciences humaines que de Science-Fiction.

 

Voici l’homme, ou Ecce Homo pour citer Ponce Pilate** dans le texte (sacré, ça va sans dire), est de ces livres qui font aimer la littérature de genre, qui font réfléchir en se divertissant, qui sous couvert d’humour et de provocation se veulent avant tout malins et plus profonds qu’ils n’en ont l’air.

 

Et comme si le texte ne suffisait pas, la couverture de l’édition L’Atalante qui reprend la toile de Salvatore Dali, Corpus hypercubus, devrait finir de vous convaincre de vous y plonger.

* me reviennent de façon subliminale ces quelques mots, à dire avec la voix de Pierre Bellemare : « Joseph j’ai du retard, je crois bien que tu m’as bombé la galette »…

** « fils de … fils de pute ! » De manière toute aussi subliminale que précédemment.

 

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17 juin 2019 1 17 /06 /juin /2019 07:58

Alors pour ce livre, c’est très clairement le bandeau rouge de la couverture qui m’a convaincu en une seule formule de me lancer dans sa lecture. « La Vierge m’est apparue le 1er avril 2008. La date était mal choisie. »

Voilà typiquement le genre d’humour sobre, référencé, tout en retenue et pourtant bien balancé qui m’attire et que j’aime.

Et pour le coup je n’ai pas été déçu, puisque cet humour-là, Antoine Sénanque le maîtrise à la perfection. Mais j’y reviendrai, d’abord le pitch.

 

C’est donc un 1er avril que Pierre Mourange, vétérinaire de 51 ans, veuf depuis dix ans, a une apparition de la Vierge. Il est catholique certes, mais pas du tout pratiquant, et encore moins enclin aux bondieuseries. Pourtant c’est arrivé. À lui. C’est un fait, Pierre, plutôt incrédule de nature, ne se pose pourtant pas trop de question sur la véracité de ce qu’il a vu. Non, ce qu’il se demande, c’est « pourquoi moi ? ». Car Marie ne lui a rien dit, elle s’est contentée de lui apparaître... Il s’en ouvre à son frère cardiologue et sa belle-sœur écolo, à son médecin qui persiste à l’appeler « monsieur Morange », à ses amis Tû Minh vétérinaire lui aussi et Félix bistrotier qui ont tous deux l’art et la manière d’asséner leurs pensées avec franchise et sans filtre. Les avis divergent et Pierre reste dans le flou. C’est donc auprès du père Baugin qu’il va chercher de l’aide. À son contact il va également rencontrer Mariette, paroissienne atteinte d’une maladie dégénérative qui pratique une médecine artisanale à l’ancienne et surtout possède un moral à toute épreuve. Pressé de consulter un psychiatre par son frère, c’est dans son cabinet qu’il fera la connaissance de la jeune Mathilde, anorexique de 17 ans avec laquelle il va sympathiser. Enfin, il demande son avis à son père, un vieil historien de 91 ans dans une maison de retraite, qui attend la mort avec lucidité…

 

Voilà, je préfère en rester là et ne pas trop en dévoiler. Salut Marie* est un roman assez court (environ 240 pages) et pourtant Antoine Sénanque y insuffle beaucoup de choses ! De nombreux personnages, tous intéressants et attachants, de nombreux thèmes abordés (le deuil, la mort, la maladie, la solitude, la croyance, la religion, l’amour, l’amitié, le bonheur,…), des situations quelques peu burlesques par moment, le tout saupoudré d’un humour qui fait mouche.

Cet humour donc est particulier, il a une touche tellement personnelle qu’on le reconnaîtrait entre mille… C’est, si je devais le définir, un humour triste ! Non pas entièrement noir, pas plus vraiment cynique, mais décalé dans sa façon de venir se poser sur des événements graves et plutôt sombres au premier degré. C’est un humour empreint de mélancolie. Un peu comme ces fous rires qui peuvent vous emporter dans des moments complètement inappropriés, une réaction involontaire et fermement opposée à la tristesse qui l’engendre… En ce sens cet humour est fin, précis, j’ai envie de dire « classe »… ce qui ne l’empêche pas de viser juste et d’être puissant. On le sent de manière diffuse dans les dialogues, les caractères des personnages, les traits de réflexion inattendus. Cela apaise la lecture qui sinon pourrait se trouver parfois plombée par trop de lourdeur dans l’ambiance et dans les faits relatés. L’humour dans Salut Marie est salvateur et assume un double-rôle : celui de faire rire bien entendu, mais aussi et j’allais dire surtout, de plaquer au récit une forme de douceur mélancolique du meilleur effet.

 

La douceur, c’est très certainement la seconde spécificité que je retiendrai de ce texte. Comme je le disais plus haut, des thèmes parmi les plus durs sont abordés, cependant le ton qui est utilisé pour ce faire est marqué du sceau de la douceur, et c’est à la fois étonnant car inattendu mais aussi vraiment bienvenu. Désamorcer la douleur par la douceur, encore une fois j’ai envie de dire que c’est « classe ». Et surtout ça n’est pas donné à tout le monde d’y parvenir. Antoine Sénanque fait plus qu’y parvenir, il en fait tout simplement le trait caractéristique de son écriture. Chose d’autant plus appréciable que la douceur n’empêche à aucun moment les mots d’être dits avec force, le sens souligné avec puissance, et les situations décrites sans être dénaturées de leur violence ou de leur âpreté.

Beau tour de force d’écriture…

 

Enfin j’ai envie également de parler des personnages, qui parfois en quelques mots, en de courtes et simples phrases descriptives, sont brossés sans être caricaturaux. Une caractérisation très efficace et qui fait quasi instantanément aimer les personnages, aussi bizarres ou originaux puissent-ils être. Dans ce roman, celui qui m’aura le plus plu, étonné et fait rire est indiscutablement l’ami véto de Pierre, Tû Minh. Peu loquace, quand il parle ce n’est pas pour rien dire, il est doté d’un humour pince sans rire et d’une vision de la vie très originale. Dans le milieu vétérinaire, « son traitement par l’acupuncture de l’agitation nocturne du hamster fait autorité ». Et il développe une thèse sur les tendances suicidaires chez les animaux, en particuliers chez les moucherons. Bref, typiquement le genre de perso qui me botte !

 

Et puis pour finir, même s’il ne s’agit que de thèmes abordés par petites touches ci-et-là au cours du roman, j’ai beaucoup aimé et été touché par ce que le héros dit de sa relation débordante d’amour et d’affection avec sa grand-mère d’une part et à sa relation un peu plus sensible et compliquée avec son père. Mais c’est parce que le sujet de la filiation me parle tout particulièrement.

 

Alors en conclusion voici ce que je retiens et ai envie de partager sur Salut Marie d’Antoine Sénanque : c’est drôle, c’est léger et profond à la fois, c’est sensible, c’est concis et fluide, ça se lit avec gourmandise et on est presque déçu d’en arriver déjà à la fin aussi rapidement. Quant à moi ma sentence est claire : je lirai sans aucun doute d’autres textes de cet écrivain.

* selon l’édition vous trouverez ce roman aussi sous le titre Salut Marie ! Avec le « ! » qui change tout !!

 

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10 juin 2019 1 10 /06 /juin /2019 09:11

Après Le Koala Tueur et La Vengeance du Wombat, voici le troisième opus du triptyque de Kenneth Cook consacré à ses rencontres aussi malencontreuses que loufoques avec tout ce que l’Australie peut dispenser de représentants bizarres, animaux comme humains.

 

Comme les précédents tomes, L’Ivresse du Kangourou est un recueil de nouvelles (dans le cas présent quatorze récits différents) qui ont le point commun de narrer les mésaventures de Kenneth Cook à chaque fois parachuté dans un coin perdu de l’Australie.

Vous aurez ainsi l’occasion de croiser au fil des histoires un kangourou qui a pris goût à la bière, et qui connaît des réveils de gueule de bois plutôt mouvementés, une autruche qui voit d’un très mauvais œil qu’on lui subtilise son œuf et qui se lance dans une chasse à l’homme pour le récupérer, un pilote phobique qui voit son cockpit envahi de lézards à collerette, un rat mangeur d’homme bien décidé à rester maître chez lui, un champion de bras de fer fan de blagues carambar, un restaurant panoramique sans fenêtre, un voleur de voiture un peu distrait, un chien sauvage furibard et un chat sauvage encore plus monstrueux, etc, etc, etc.

 

Sans vouloir trop me répéter par rapport aux deux recueils précédents, sachez que la recette reste la même pour ce troisième et dernier volume. Toujours le narrateur malchanceux et un peu loser, toujours des situations improbables (mais qu’il jure pourtant véridiques) et toujours beaucoup d’humour et d’auto-dérision dans le ton du récit.

 

C’est drôle, c’est parfois complètement WTFesque, c’est rythmé et c’est léger. Ça se lit bien et vite, cependant peut-être faut-il veiller à ne pas s’enquiller l’une après l’autre toutes les histoires, et d’autant moins les trois recueils les uns après les autres, histoire d’éviter le phénomène de répétition qui pourrait apparaître à la longue, et conserver ainsi la fraîcheur de chaque histoire. Pour qu’un trop plein ne mène pas à l’indigestion, le mieux est donc d’échelonner sa lecture en plusieurs petites pastilles dans le temps, cela augmentera d’autant le pouvoir comique des nouvelles, et aura certainement beaucoup plus d’effet sur le lecteur qu’une lecture en un bloc.

 

Comme ce troisième volet reste exactement dans la même veine que les deux précédents que j’avais déjà trouvés plutôt réussis, je ne peux que le conseiller également. Ça fait du bien de temps en temps de lire des choses légères, déjantées et un peu foutraques comme celles-ci. Ça déride, ça lave le cerveau de ses mauvaises pensées. Il y a une petite part de moquerie envers le narrateur il ne faut pas s’en cacher, mais comme ce dernier est tout à fait complice et consentant on peut aisément déculpabiliser à ce sujet.

 

Et si une fois qu’on s’est bien délassé les zygomatiques on veut repasser à du plus sombre tout en restant dans la zone de l’outback australien, on pourra toujours s’aventurer dans un autre roman, beaucoup plus noir celui-là, du même auteur, en lisant Cinq matins de trop.

 

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3 juin 2019 1 03 /06 /juin /2019 07:38

Régulièrement je suis ce que fait David Lodge, et ponctuellement je me laisse tenter par l’un ou l’autre de ses livres. S’il a fait sa spécialité des romans à tendance sociéto-romantico-sexuel qui se déroulent dans le monde des étudiants et du professorat, le dernier que j’avais lu, La vie en sourdine, l’avait vu s’attarder un peu plus sur la vie des « seniors », l’effet du vieillissement sur les relations sociales qu’on entretient, les déboires subis quand notre corps un peu fatigué se dérobe et nous joue des tours, et j’avais beaucoup apprécié cette lecture. David Lodge a ensuite enchaîné avec une biographie de l’écrivain américain Henry James que le succès a fui de son vivant mais qui est devenu une référence incontournable après sa mort. Je n’avais pas suivi l’auteur avec ce virage dans l’univers de la biographie, je dois dire aussi que l’objet de cet ouvrage ne m’avait pas inspiré du tout (certainement du fait de mes graves lacunes en littérature classique). Et puis est arrivée cette seconde biographie, celle d’un auteur que je connais mieux (si ce n’est pour avoir lu tous ses nombreux romans, au moins par la renommée, ses œuvres les plus connues et les thèmes précurseurs qu’il a su aborder en son temps et qui ont durablement marqué la littérature de Science-Fiction dont j’ai pu être friand), à savoir Herbert George Wells.

 

Alors Un homme de tempérament n’est pas à proprement parler une biographie au sens le plus strict du terme. C’est plutôt un roman biographique, puisque si l’œuvre est extrêmement bien documentée et détaillée, Lodge se permet aussi des parties plus fictionnelles, qui se veulent certes respectueuses des faits réels et de tout ce que Lodge a pu collecter et apprendre sur HG Wells, mais qui restent néanmoins sortis de l’imagination de l’écrivain. Ce qui personnellement ne m’a en rien dérangé puisqu’au contraire j’y ai surtout vu l’avantage de rendre le roman plus vivant, de l’animer en faisant de HG Wells presque un vrai personnage de roman. Le faire bouger, gesticuler, parler et penser tout haut dépasse le cadre de la pure biographie factuelle et donne un peu de latitude à l’auteur, mais surtout permet de se sentir encore plus proche de HG Wells qu’on apprend à connaître à travers ses actes, ses écrits, mais aussi ses pensées, ses convictions, ses désirs, ses passions et son éloquence.

 

C’est un réel plaisir de découvrir l’auteur d’œuvres très connues telles que La machine à explorer le temps, L’île du docteur Moreau, La guerre des mondes ou encore L’homme invisible. Écrivain très prolifique, il a publié plus d’une centaine de livres, entre romans, essais, documentaires journalistiques, ouvrages de vulgarisation ou réflexions politiques.

Issu d’un milieu pauvre, c’est le talent inné de HG Wells pour les mots, aussi bien écrits que prononcés en discours, qui va le faire grimper l’échelle sociale, faire de lui un écrivain reconnu et à succès dès ses premiers romans, le rendre à la fois très populaire et le mettre aussi très largement à l’abri du besoin.

Herbert George Wells en 1920, photo de George C. Beresford

Comme on le découvre dans le livre de Lodge, on apprend qu’il était passionné par de nombreux thèmes, la science aussi bien que la politique étaient pour lui d’intenses sources de réflexion. Et parmi toutes ses passions, l’une d’elles a été un des fils conducteurs principaux de toute son existence : les femmes. Amoureux inconditionnel de la gente féminine, il dit de lui-même « Je n’ai jamais été capable de refuser les avances d’une femme, ce n’est tout simplement pas dans ma nature. » Et des avances il en aura énormément puisque malgré une santé fragile durant son enfance et un physique d’adulte pas des plus flatteurs (c’était un homme corpulent, de petite taille et moustachu, pas le Brad Pitt de l’époque), c’est avant tout son charisme, son éloquence et son talent immense d’écrivain qui va le voir attirer à lui les femmes comme un aimant attire la ferraille. Des jeunes vierges comme des femmes plus mûres.

 

Pour HG Wells le sexe est récréatif, il en a besoin pour se délasser (on dirait pour se déstresser et lâcher prise aujourd’hui !) et il le pratique comme chacune de ses autres passions : il fait dans la démesure. Boulimique de travail, c’est un écrivain ultra-prolifique. On découvre ainsi par exemple dans le livre certaines de ses correspondances avec des amis ou des adversaires et on peut ainsi mesurer la force de son écriture, son intense réflexion sur le monde qui l’entoure et sa facilité à rendre limpide ses pensées aux autres. Avec les femmes il agit de même : il est insatiable, infatigable, déraisonnable. Il aime le sexe et n’en fait pas une affaire d’état, au contraire même il écrit beaucoup à ce sujet et prône ouvertement la liberté sexuelle, le libertinage et les relations polyamoureuses. Une honnêteté intellectuelle qui ne lui vaut pas que des amis dans la haute société qu’il côtoie.

 

Passionné des relations homme-femme, il l’est tout autant (et cela répond à une certaine logique finalement) de politique. Il imagine et rêve de sociétés utopistes et libertaires, il ne renie pas ses origines et ses idées sont plutôt de gauche, il aime les femmes et se veut défenseur des droits de celles-ci, bien qu’au début de XXème siècle certaines idées qui se veulent féministes et avant-gardistes restent teintées de patriarcat et feraient hurler de rage nos actuelles chiennes de garde.

 

Grâce à David Lodge j’ai découvert et suis entré dans l’intimité de ce personnage hors-normes que fut HG Wells. Ce roman biographique est dense et fait plus de 700 pages, ce qui fait de lui ce qu’on peut appeler vulgairement un sacré pavé. Mais pas de panique, le bouquin est comme son personnage, absolument passionnant. Si bien qu’on lit sans lassitude du début à la fin, et que sous nos yeux se dessine un HG Wells alliant à la fois un classicisme et une modernité insoupçonnée, un personnage touchant et attachant, bourré de talent et de qualités, mais pas pour autant exempt de défauts et d’exagérations. Ajoutez à cette extraordinaire matière brute tout le talent d’écrivain de David Lodge, ses traits d’humour et la classe so british de sa plume, et vous obtenez un excellent livre, plaisant à lire et surprenant (car HG Wells l’a été, surprenant). Vous le refermerez en ayant passé un très bon moment et avec le sentiment d’avoir appris beaucoup de choses sur HG Wells, l’un des pères de la Science-Fiction en littérature. Nous divertir et nous cultiver, que demander de plus à un livre ?

 

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