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  • : de la Pop Culture, un peu d'actualité, pastafarismes et autres petites choses...
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Avant de lire les notes que je fais sur les films que je vois et les bd que je lis, sachez que dans mes commentaires il m'arrive parfois de dévoiler les histoires et les intrigues. Ceci dit pour les comics, je n'en parle que quelques mois après leur publication, ce qui laisse le temps de les lire avant de lire mes chroniques.
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Série(s) en cours

 

7 mars 2013 4 07 /03 /mars /2013 08:17

On ne peut pas gagner à tous les coups. Avec Lady de Melvin Burgess, sous-titré Ma vie de chienne, j’avais été attiré par un pitch qui m’a surpris, une couverture rigolote et un quatrième de couv dont la dithyrambe laissait augurer des meilleures choses à coups de « roman jouissif et surprenant » et « allégorie […] sur la liberté, la responsabilité, la sexualité, sur l’existence en générale ». Je sais, se fier aveuglément au baratin de quatrième de couv est une erreur de débutant, je n’ai pas le droit de m’en servir comme d’une excuse à mon manque de discernement. Autre circonstance atténuante cependant : ce roman était classé sur l’étalage des romans mais pas parmi ses congénères directs. En effet, c’est bien plus tard que je me suis rendu compte que ce bouquin, bien qu’édité en poche chez Folio, était issu d’une traduction pour Gallimard Jeunesse. Honnêtement rien dans la présentation du livre ne laissait supposer que le public cible était plutôt adolescent, il fallait aller voir dans les mentions légales pour dénicher ce détail (qui n’en est pas vraiment un du reste), il est d’ailleurs fort possible que sa présence au sein de l’étal des romans « tous publics » était dû à ce manque d’identification extérieure. Bref, toujours est-il que je me suis retrouvé avec tout autre chose que ce que je croyais au départ…

Mais quelques mots pour préciser un peu de quoi ça cause. Tout commence avec Sandra, adolescente pas trop canalisée dont le comportement laisse à désirer. Sortir avec les copains, passer des nuits blanches et alcoolisées, coucher à droite à gauche et délaisser ses études : voilà les centres d’intérêts principaux de la gamine. Mais après une dispute dans la rue avec un clochard qu’elle insulte, la minette se retrouve métamorphosée en chienne ! De son nouveau nom Lady, elle va découvrir le monde du point de vue canin et quand son instinct prend les commandes elle va occuper son temps à faire ce que tous les chiens font : manger, dormir, errer et s’amuser comme bon lui semble. Pas tant de différences avec sa condition humaine finalement ! Mais quand son côté humain reprend le dessus, ses proches lui manquent…

Bon, c’est à l’instant, en écrivant ce résumé de l’intrigue que je me dis que, quand même, j’aurais dû voir que ça sentait le pâté (yes, j’ai réussi à la placer celle-là). Je devais être fatigué peut-être, je ne sais plus. Enfin bon, j’avais été intrigué par tout ça malgré tout, voilà.

En revanche, j’étais parfaitement éveillé au moment de ma lecture, et à l’arrivée la fameuse allégorie sur l’existence que nous vend la quatrième de couv, je ne l’ai point vue, ou plutôt si, écrite en gros caractères fluo « ATTENTION ALLÉGORIE SUR L’EXISTENCE ET LA CONDITION HUMAINE », mais pas la peine de chercher plus loin l’auteur ne nous en dira pas beaucoup plus. En gros voilà comment se concrétise le bouquin : au départ on suit une grande ado à qui on a envie de filer des claques en permanence. Mais attention quand je dis qu’on a envie de lui filer des claques, c’est un sentiment profond, limite qu’on y prendrait du plaisir tellement la pimbêche le mérite. On n’est donc clairement pas dans le cas d’un personnage détestable mais qui donne envie de suivre ses aventures, on est juste face à quelqu’un avec qui il n’y a ni identification, ni empathie possible. De l’insignifiant qui se prend pour le centre du monde quoi, sans même avoir l’excuse d’être drôle au second degré ou risible quand on prend un peu de recul, qui n’a même pas pour elle la capacité d’éveiller une curiosité un peu perverse à son égard, rien. Bref pas du tout ma définition d’un bon personnage puisqu’il ne donne aucune envie de mieux le connaître.

Cela dit et a posteriori, en sachant que cette histoire est à destination des adolescents, ça fait un peu s’interroger sur le type de personnage susceptible de les accrocher. J’imagine que Melvin Burgess connaît son affaire et sait quoi mettre en place pour capter et conserver l’attention de son public cible. Donc si c’est là ce qui fonctionne avec le public de cet âge, j’y vois des raisons de s’inquiéter. Ou alors je vire vieux con. Je n’exclus pas arbitrairement cette possibilité notez bien.

Mais je m’égare. Sandra donc devient bien vite Lady, un clebs errant dans le genre de ceux qui traînent avec les sans abris du coin. Je ne me rappelle plus trop bien de quelle race de chien il s’agissait, ni même si cela a été précisé à un quelconque moment dans le livre. Remarquez, on s’en tape un peu, mais je fais ce que je peux pour vous plonger tout entier dans l’histoire, bande d’ingrats. Ensuite que se passe-t-il, attendez que je me souvienne… oui bah elle découvre les plaisirs d’appartenir à la gente canine (non pas les chicots, mettez-y un minimum de bonne volonté voulez-vous ?). À savoir : courir à perdre haleine toute langue dehors, renifler les trucs les plus dégueulasses et y trouver des saveurs olfactives inattendues, bouffer goulûment tout ce qui ressemble de près ou de loin à une saucisse bien grasse, cultiver des envies profondes de meurtres sans raison particulière envers tout ce qui a quatre pattes et qui ronronne, lécher avec sollicitude toute main tendue qui procure caresse ou pitance, et enfin se servir de sa langue pour sa toilette intime (et là tout de suite ça en fait rêver certains). Passionnant. Ah ! et puis Lady découvre aussi les joies du coït avec de parfaits inconnus du moment qu’ils ont le poil lustré et qu’ils sentent fort. Comportement encore une fois pas si éloigné de celui qu’elle avait auparavant. Voilà, voilà… je crois que ça se veut choquant (et ça l’est peut-être pour certains lecteurs), moi j’y vois avant tout une grosse envie de provocation et surtout, malheureusement devrais-je dire, ça manque aussi cruellement de talent dans l’art de provoquer.

Ensuite quand même elle se dit que ce serait bien de revoir ses parents et de leur faire comprendre qui elle est, ce qui va amener quelques situations rocambolesques où elle aura l’occasion de s’habiller et d’articuler tant bien que mal quelques mots malgré sa toute nouvelle anatomie pas vraiment adaptée à ce type d’exercices. Non, je n’ai à aucun moment dit que c’était du « grand n’importe quoi », je ne suis pas du genre à débiner des œuvres littéraires aussi avant-gardistes.

Allez tout au plus dirais-je que c’est un peu osé comme mise en situation, et qu’il faut une certaine dose de courage pour s’aventurer à écrire ce genre de scènes. À défaut de sens commun.

Et puis bon, doucement mais sûrement, à coup de péripéties qui ne font pas avancer le schmilblick, on s’achemine vers la fin du bouquin, et du dénouement qui m’a un peu laissé coi. En gros (si vous tenez absolument à lire le livre arrêtez-vous là, je m’apprête à dévoiler la fin… ça y est ceux qui ne veulent pas savoir sont partis ?… dernier avertissement, allez ceux qui restent tant pis pour vous hein) à la fin elle reste une chienne (au sens propre) et s’en porte très bien comme ça. C’est vrai en y réfléchissant un peu, la condition humaine, c’est surfait. Je ne sais pas, et à vrai dire je ne veux pas savoir quel est le message du roman (il vaut toujours mieux vivre selon ses instincts ? les êtres humains ne sont jamais réellement libres ? de manière générale ça ne doit pas beaucoup donner envie de grandir aux gamins en tout cas) et quels enseignements les lecteurs adolescents vont en retirer (dans l’hypothèse peut-être un peu optimiste qu’ils en retiennent quelque chose), mais pour ma part ce roman m’a laissé dubitatif. Du haut de mon humble expérience qui commence maintenant, et à mon plus grand désespoir, à cumuler un nombre non négligeable d’années, je pensais naïvement savoir certaines petites choses sur la vie, avoir appris quelques leçons de l’existence, m’être fait un tableau d’ensemble pas trop faussé du monde et de ceux qui l’habitent. J’en suis un chouïa moins sûr après avoir lu Lady. Il y a visiblement des choses qui m’ont échappé. Si je devais trouver ne serait-ce qu’une qualité à ce roman, c’est qu’il m’a fait me poser des questions. Maigre consolation ? Peut-être pas tant que cela…


361 lady

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27 février 2013 3 27 /02 /février /2013 18:03

 

Tiens, voilà-t-y pas que je me suis fait tagué par l’ami Spooky dis donc ! Il s’agit de répondre à un mini-questionnaire qui s’intéresse aux lectures des blogueurs, puis de taguer soi-même d’autres blogueurs et ainsi de suite… Alors c’est parti pour le questionnaire !

 

1/ Un livre que j’ai particulièrement aimé


358 tag lecture en moins bien358 tag lecture pas mieux

J’ai envie de piocher dans mes lectures récentes et je citerais donc le dyptique En Moins Bien et Pas Mieux de Arnaud Le Guilcher. Le second étant encore plus jouissif que le premier roman qui pourtant m’avait déjà énormément plu. J’en reparle bientôt ici, et ici (un peu) plus tard...


 

2/ Un livre qui ne m’a pas plu


358 tag lecture symphonie temps qui passe

Je n’aime pas dénoncer et dire du mal, mais La Symphonie du Temps qui Passe de Mattia Signorini en a été une belle perte (de temps). J’en reparle dans quelques temps ici.

 

3/ Un livre qui est dans ma PAL (Pile-À-Lire)

358 tag lecture snuff

Alors un parmi la vingtaine qui trônent au PDL (Pied-Du-Lit) : Snuff de Chuck Palahniuk. J’en reparlerai donc dans très longtemps ici.

 

4/ Un livre qui est dans ma wishlist

358 tag lecture breche

Une histoire de voyage temporel qui m’intrigue : La Brèche de Christophe Lambert (non rien à voir avec le highlander qui traverse les siècles). J’en reparlerai peut-être ici un jour lointain, l’avenir le dira.

 

5/ Un livre auquel je tiens

358 tag lecture histoires planetes358 tag lecture histoires voyages

 

Ma collection de La Grande Anthologie de la Science Fiction que je lisais adolescent, aux éditions J’ai Lu. J’en parlerai peut-être ici un jour, ça pourrait faire un thème d’article générique assez intéressant. Comme si je n’avais pas déjà assez de mal à parler de trucs récents…

 

6/ Un livre que je voudrais vendre ou troquer

358_tag_lecture_lady.jpg

Ce n’est pas dans mes habitudes de faire ça. Mais s’il faut en citer un je dirais Lady de Melvin Burgess qui ne m’a pas plu du tout. Mais à moins de trouver une adolescente rebelle ou un adorateur pervers de clébards, ça serait salaud pour la personne qui le récupérerait. J’en reparle ici très bientôt.

 

7/ Un livre que je n’ai pas réussi à terminer
 

Je cumule trois défauts majeurs dans ce domaine : j’ai pour principe de finir ce que je commence, je suis buté comme un âne à ce sujet et je dois très certainement cultiver une tendance de masochiste qui s’ignore, toujours est-il que même quand un livre me tombe des mains je le ramasse. Je sais, pour moi qui me plains souvent du manque de temps, c’est un peu (très) con. Je plaide coupable Votre Honneur.

 

8/ Un livre dont je n’ai pas encore parlé sur le blog

358 tag lecture trois saisons rage

J’ai refait mes comptes, des romans que j’ai lus récemment (depuis moins de 2 ans) sans encore les avoir chroniqués ici, il y en a à l’heure actuelle exactement trente et un. Donc un parmi ces trente et un : Les Trois Saisons de la Rage de Victor Cohen Hadria, excellent bouquin au demeurant. J’en reparle d’ici quelques mois.

 

9/ Un livre que j’ai à lire en lecture commune
 

Je sais que c’est une idée intéressante et en vogue parmi les blogueurs « littéraires » mais je ne pratique pas les listes de lectures communes. D’abord parce que je ne me considère pas comme un « blogueur littéraire », et ensuite parce que je suis un affreux individualiste qui aime choisir lui-même ses lectures (et ses films, et ses bd, et ses albums musicaux, et ses t-shirts). Cela dit je me sers beaucoup de quelques blogueurs comme éclaireurs pour m’aider à découvrir de nouvelles choses, m’aiguiller sur des écrivains que je ne connais pas ou dégotter des œuvres aux côtés desquelles je serais passé sans forcément me retourner. Et bien choisir les blogs qu’on suit donne souvent d’excellents résultats puisque par ce biais j’ai fait de très belles découvertes et de bien jolies rencontres avec des personnages de papier qui m’étaient jusqu’alors totalement inconnus. Bref, je picore bien souvent des idées de lectures chez les autres…

Mais de là à suivre une liste de livres imposés avec qui plus est une contrainte de temps donnée, c’est pas came du tout.

 

10/ Les prochains blogueurs tagués
 

En dehors de Spooky je n’ai pas spécialement de liens avec d’autres blogueurs lecteurs donc ça va s’avérer difficile pour moi d’en taguer. Il y a bien Delphine qui est une grande lectrice mais son blog est consacré à la photo, je ne pense pas qu’un article comme celui-ci y aurait sa place. Mais elle peut si elle le désire, et cela s’applique évidemment à tous ceux qui passent dans le coin, répondre au questionnaire dans les commentaires par exemple !

 

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8 janvier 2013 2 08 /01 /janvier /2013 19:11

 

Quel merveilleux et formidable titre que ce Cent ans de solitude, vous ne trouvez pas ? Personnellement c’est la première chose qui a éveillé mon intérêt pour ce livre de Gabriel García Márquez. Bien entendu il y a son aura de livre culte qui a joué également. Ça et le nom de son auteur, écrivain colombien lauréat du prix Nobel de littérature en 1982, évidemment. Cela faisait largement assez de (très bonnes) raisons pour que je me lance dans la lecture de ce que d’aucuns qualifient d’un des plus grands romans du XX ème siècle.

Dans ce roman imposant, Gabriel García Márquez nous conte l’histoire d’un village imaginaire, Macondo, perdu quelque part en Amérique latine. Ce village est lié inextricablement à l’une de ses familles fondatrices, les Buendia. José Arcadio Buendia et son épouse Ursula y auront une longue, très longue descendance. Tous cependant seront soumis à une malédiction initialement héritée du patriarche José Arcadio, cent ans de solitude. L’auteur colombien nous fera découvrir un temps où la magie et l’alchimie font partie de la vie, revêtant un caractère tout à fait normal pour tout un chacun. Macondo va au fur et à mesure des années grandir et prospérer, jusqu’à un essor prodigieux avec la culture de la banane, avant de connaître la décadence, les catastrophes naturelles, la désolation. Le récit est extrêmement dense et mêle avec une grande finesse histoire et fantastique. En cent ans Macondo verra passer des gitans aux objets magiques, des arabes en tapis volants, des militaires portés par la révolution communiste, une épidémie d’insomnie et d’amnésie, un déluge de plusieurs années, les industriels américains de l’agriculture de masse, un élevage miraculeux de bétail, des fourmis rouges affamées, une chasse au trésor, des inventions aussi folles qu’ingénieuses, des fantômes têtus, un curé qui lévite, une jeune fille qui mange de la terre, et bien d’autres péripéties et personnages bizarres encore…

L’histoire de Macondo et le très compliqué arbre généalogique des Buendia seront pendant tout un siècle intimement liés.

Le premier mot qui me vient à l’esprit pour qualifier ce roman, c’est l’adjectif dense. Dense, l’œuvre de Gabriel García Márquez l’est assurément… il s’y passe une quantité de choses assez incroyables dans ce petit village qui deviendra au fil du temps une ville prospère avant de retomber lentement mais sûrement dans l’oubli. Pourtant, et j’ai presque honte de le dire tant la réputation de ce livre a un aspect intimidant pour un petit lecteur comme moi, pourtant disais-je, aucun de ces hauts-faits, si impressionnant soit-il, ne m’a franchement passionné. Par moment, et malgré les péripéties qui s’enchaînent, il m’est même arrivé de m’ennuyer et de trouver le temps bien long. J’ai cherché les raisons de ce manque d’intérêt pour ce roman fleuve, et j’en ai identifié au moins deux, à mon sens incontournables.

Première raison, la construction du roman et ce qui y est relaté tient pour moi de la fable, du conte. Or, s’il y a bien un genre avec lequel j’ai beaucoup de mal à accrocher, c’est bien le conte à destination des adultes (encore que, je peux, histoire de mettre un coup de pied dans ce qui me sert de crédibilité, citer deux contre-exemples parfaits à ce que je viens d’énoncer comme règle : le comic-book Fables de Bill Willingham et le tout récent film L’Odyssée de Pi -dont je tâcherai de causer plus en détail ici un jour ou l’autre- de Ang Lee qui m’ont complètement séduit). Dans Cent ans de solitude, on présente certains faits pour le moins surnaturels comme normaux, usuels, banals. Bien entendu, j’ai conscience qu’il s’agit d’un effet de style voulu, puisqu’à côté de cela d’autres choses, liées cette fois au progrès technique et scientifique, telle que la fabrication de glace dans un pays suffocant de chaleur, sont quant à elles décrites et considérées comme relevant de la magie la plus folle et débridée, à peine croyable. Pour faire court, la lévitation par tapis volant ne pose de problème existentiel à personne, mais un réfrigérateur tient lieu d’hérésie. Et si je comprends bien le sens métaphorique et la pointe de poésie que l’auteur insuffle dans cette inversion de ce qui tient lieu de normalité, pour ma part je n’y adhère pas un seul instant.

Ça ne me touche pas comme ça le devrait, au contraire, ça a l’effet inverse, celui de m’irriter, voire de m’agacer quand c’est trop exagéré. Certainement est-ce dû à mon esprit trop étriqué je ne sais pas exactement, mais ça m’a posé bien des problèmes tout du long de ma lecture. Et pourtant, je ne suis pas du genre à refuser le fantastique et l’imaginaire, loin de là. Je suis le premier à croire aux pouvoirs extraordinaires des super-héros en collants, aux aventures rocambolesques des héros mythologiques, aux théories du complot dénoncées par Fox Mulder et aux invasions extraterrestres sur grand écran. Dès lors que le récit intègre une certaine dose de cohérence, de logique, d’explications même pseudo-scientifiques vaguement plausibles, j’achète. Je suis même plutôt bon client et pas trop regardant en règle générale. Je n’ai jamais fait mon chieur quand Bruce Banner se transforme en Hulk, gagne dans la métamorphose 1m50 et 300 kg, sans jamais qu’une seule fois son futal ne laisse s’échapper son titanesque membre verdâtre, fut-il slim size (je parle du futal). Dans ces moments, je me dis que décidément, les jeans Levi’s c’est de la bonne came et que leur pouvoir élastique est sans commune mesure, voilà tout. Et peut-être aussi qu’inconsciemment ça me va bien comme ça, préférant plutôt voir la paire de battoirs impressionnants du colosse de jade que son abominable paire de couilles gonflées aux radiations gamma. Je suis comme ça moi, arrangeant.

Mais avec Cent ans de solitude, désolé, je n’y suis pas arrivé, il me manquait le minimum vital de cohérence et de logique. Un exemple pour bien me faire comprendre. Parmi la multitude de personnages du roman, il y a une jeune femme nommée Remedios la Belle, qui fait partie de ceux que j’ai trouvés les plus attachants et intéressants. Cette jeune femme est un des personnages principaux de sa génération. Et un jour, alors qu’elle prenait banalement l’air dans le jardin, une bourrasque de vent l’a enlevée, élevée dans les airs, et emportée. Sans plus jamais qu’on ait la moindre nouvelle d’elle. Sans même que cela n’éveille quoi que ce soit d’autre qu’un « pas de bol » aux membres de sa famille. Personne ne la cherche, elle s’est juste envolée, et ça paraît normal à tout le monde. Merci, aurevoir. C’est de ça que je parle, c’est ce genre de truc qui m’a profondément agacé. Naïvement d’ailleurs, j’ai cru sur le moment qu’on allait en entendre à nouveau parler de ce personnage, qu’il ne pouvait pas finir aussi connement sottement, que cela appelait à une suite, aussi tirée par les cheveux qu’elle soit, mais une suite quoi. Eh bien non, c’en était terminé de Remedios la Belle, on passe à d’autres personnages. Ben j’accepte pas et ça me gâche ma lecture ce genre de choses.

Désolé, ce n’est même pas que je ne veux pas, je ne peux pas.

Des personnages du reste, l’auteur nous en présentera à foison, et j’aborde là la seconde raison de mon désamour pour ce roman. Un grand nombre de personnages, c’est somme toute normal, le roman s’étalant sur une centaine d’années, et plusieurs générations de Buendia. Comme le propos de Gabriel García Márquez, c’est le lien inextricable de la famille Buendia avec Macondo, la quasi-totalité des personnages principaux seront donc liés à et/ou issus de cette famille. Jusque là, d’accord. Mais faire s’empiler les générations successives et les descendances nombreuses n’a pas suffit à l’auteur, histoire d’épicer un peu la chose, il a décidé de ne retenir qu’un très petit nombre de prénoms pour ses personnages. Ainsi, chez les garçons on a deux prénoms principaux de génération en génération : José Arcadio et Auréliano. Tous les Buendia mâles s’appellent comme ça. Quand on sait par exemple qu’à lui seul le Colonel Auréliano aura dix-huit fils, tous identiquement prénommés Auréliano à leur tour, ça donne une petite idée du foutoir de l’imbroglio lié à la dénomination des personnages. Les filles pour leur part, auront un chouïa plus de choix. En effet, ça variera entre Ursula, Amaranta, et Remedios pour la plupart. Quelques autres (des originales à mon avis), pièces rapportées de la famille Buendia, oseront du Sophie, Pilar, Petra. Ainsi, pour différencier les personnages qui portent les mêmes prénoms, on a deux possibilités : se référer à leur génération et à leur qualificatif, car comme dans l’exemple de Remedios la Belle ou du Colonel Auréliano, l’auteur aura pris soin de joindre un adjectif au prénom, histoire d’identifier plus « clairement » les protagonistes. Mouais.

Vous trouvez que c’est compliqué ? ça n’est pourtant pas tout. Histoire d’embrouiller encore plus les choses, les Buendia ne sont pas seulement très prolifiques dans leur descendance, ils jouissent également pour la plupart d’une longévité exceptionnellement longue (pour ceux qui ne périront pas accidentellement du moins, remember Remedios-la-fille-du-vent). Si bien que les générations se succèdent et cohabitent. D’après mes calculs, la doyenne Ursula, qui traverse presque la totalité du roman, meurt (enfin !) à un âge qui doit se situer approximativement entre 110 et 140 ans. Encore un truc top-crédible comme j’aime, mais je ne vais pas revenir là-dessus. Et ce n’est qu’un exemple. D’autres comme son fils Auréliano ou sa (double*) belle-fille Pilar finiront aussi à des âges canoniques.

Donc je disais, les générations se succèdent, cohabitent. Et se mélangent, à l’occasion. Car oui, il est aussi question d’inceste dans Cent ans de solitude. Et même d’inceste un peu limite gérontophile (mais je ne juge pas hein, promis). Voilà, cette fois je pense que le portrait de la famille Buendia est assez complet. Le moins qu’on puisse dire, c’est que Dallas à côté, c’est de la roupie de sansonnet question généalogie. Même Santa Barbara c’est un truc d’amateurs. Et croyez moi, je m’y connais dans le domaine.

Ce qui a sauvé ma lecture et permis de ne pas trop perdre le fil, c’est que j’ai une bonne mémoire, mais même ainsi, sans prendre un bout de papier et noter scrupuleusement les noms et liens parentaux pour chaque personnage, bien malin qui pourra dire à coup sûr qui est qui exactement.

Bon, à ce stade de mon article, je me rends compte que ce que j’ai dit du roman de Gabriel García Márquez, semble pour l’instant assez négatif. Et pourtant je m’en voudrais de ne donner que cette image restrictive du roman. Car il est bien plus qu’une succession de personnages qui ont tous les mêmes noms et de péripéties abracadabrantesques. Qualifier ce livre de mauvais serait vraiment exagéré et ne pas lui rendre justice. Malgré ses défauts (rédhibitoires à mes yeux), je ne peux pas réduire Cent ans de solitude à cela. Tout d’abord, s’il y a bien une chose qu’on ne peut reprocher à son auteur, c’est de ne pas manquer d’imagination. Que le monde dans lequel il entraîne le lecteur ne m’ait pas touché est une chose, mais je ne peux pas objectivement nier sa grande richesse. Et la mise en mots également est pour le moins superbe. On n’a pas besoin d’aimer un livre pour apprécier les talents d’écrivain de son auteur. Gabriel García Márquez est indéniablement un grand auteur. Tout en le lisant, j’ai bien compris à quoi tenait le statut de roman culte de ce livre. Il y a une élégance dans le verbe, une articulation des idées et des concepts rare. Et puis la poésie et la métaphore ont élu domicile dans ce texte, cela aussi est indiscutable. Que je n’en sois pas friand n’engage que moi, mais je dois toutefois reconnaître que ce sont des qualités qui sautent aux yeux. Je n’y ai pas été sensible, et c’est malheureux, car j’ai eu l’impression très nette, déjà en pleine lecture, de passer à côté du livre et de rater consciemment le chef-d’œuvre tant vanté ici et là. Que voulez-vous, je ne suis tout simplement pas compatible avec ce livre, il faut se rendre à l’évidence.

Alors ce ne sera certainement pas moi qui vous déconseillerai la lecture de Cent ans de solitude. Je vous ai dit honnêtement ce que j’ai ressenti à sa lecture, mais je crois que c’est à chacun de se faire sa propre opinion à son sujet. Que ceux qui en auront la curiosité le lisent, et je pense pouvoir affirmer que vous saurez assez rapidement si vous êtes ou non, sensibles au texte. Ou si vous faites partie de ceux qui, visiblement comme moi, n’ont pas un « palais » littéraire assez développé pour savourer pleinement les milles facettes et subtilités de ce roman.


* Comment peut-on être la double-belle-fille de quelqu’un ? Ben en se tapant successivement ses deux fils pardi.


352 cent ans solitude

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5 octobre 2012 5 05 /10 /octobre /2012 19:23

L’auteure d’Escorte se nomme Mélodie Nelson. Comme vous l'aurez deviné, c’est un nom de plume emprunté à la discographie de Serge Gainsbourg. Mélodie Nelson est une jeune femme québécoise, qui raconte dans ce livre son expérience dans le monde de l’escorting. Une escorte ? c’est une variation un peu plus luxueuse de la prostituée classique. Elle n’officie pas dans les rues mal famées ni dans des arrières salles de bars louches, mais reçoit dans de luxueux appartements ou de beaux hôtels. Pour un tarif de 200 $ de l’heure, elle assouvit les fantasmes des clients prêts à y mettre le prix.

L’escorting, Mélodie y est venue assez simplement. La jeune femme avait 19 ans, était étudiante en lettres à l’université et mariée à Samuel, son premier petit ami. Pour s’en sortir financièrement, Mélodie accumule en plus de ses heures de cours un petit boulot d’appoint dans une librairie. Un job mal payé et pas forcément très enthousiasmant. Sexuellement libérée, sa relation de couple est assez libertine, son mari accepte qu’ils aient d’autres partenaires de temps à autres. Alors quand une de ses amies lui parle du boulot d’escorte, avec l’accord de Samuel elle se lance dans l’aventure.

C’est ainsi qu’intégrée au sein d’une agence, elle travaille plusieurs jours par semaine en tant qu’escort-girl, et se fait beaucoup d’argent assez rapidement.

Elle raconte au gré des différents chapitres ses rencontres. Ses collègues escortes avec lesquelles elle partage les appartements où elles reçoivent les clients. Ses employeurs et le chauffeur qui se charge de l’emmener et de la récupérer quand elle est en « déplacement » chez un client. Et bien entendu les hommes qu’elle rencontre, qui la paient et qu’elle fait jouir (ou pas). De toutes origines, de tous âges, de toutes catégories socio-professionnelles, de tous physiques.

Je ne savais pas réellement à quoi m’attendre en lisant ce bouquin. J’imaginais vaguement un truc un peu trash voire glauque, l’histoire clichée de la jeune fille pauvre forcée à se prostituer pour survivre et le vivant très mal. En réalité j’avais tout faux. On se rend compte en lisant le bouquin que Mélodie (qui officie sous le pseudo de Marissa) ne correspond pour commencer pas du tout au portrait d’une victime. Non seulement elle a choisi librement de se prostituer, mais en plus elle le vit relativement bien, et y trouve même une façon de s’épanouir. Si son intérêt principal est bien entendu de toucher beaucoup d’argent, ce n’est pas le seul gain qu’elle retire de son activité. Elle se retrouve avec beaucoup de temps à elle, temps qu’elle passe la plupart du temps à dépenser son argent du reste. Et puis elle prend aussi du plaisir à son activité. Du plaisir sexuel parfois, même si c’est loin d’être de manière systématique, mais surtout elle a visiblement du plaisir et de la fierté de donner du plaisir aux hommes. Son fantasme à elle, c’est d’être le fantasme des autres...

346 escorte melodie nelson

De ce point de vue, ce récit autobiographique est inattendu. Certes son activité n’aura pas que des conséquences positives pour elle, mais sur le long terme ce ne sera pas destructeur, bien au contraire même. Elle ira même jusqu’à y vivre une expérience à la Pretty Woman, rencontrant l’amour auprès d’un de ses clients réguliers pour la petite histoire : ils sont toujours en couple et ont eu une petite fille ensemble). On échappe dans cette histoire à toute la panoplie de violences, de drogues et d’abus qu’on associe généralement à la prostitution. Ce qui d’ailleurs nourrit aussi les critiques à l’égard de ce témoignage, car si on accepte l’idée qu’il ne soit pas édulcoré, est accusé surtout de montrer un aspect trop flatteur de cette profession taboue et qui ne reflèterait la réalité que d’une infime partie des travailleuses du sexe. Oser dire qu’une prostituée assume et se sente « bien » dans son activité choque, et cette affirmation passe pour être l’arbre qui cache la forêt dans ce milieu qu'on associe bien plus souvent à souffrances et problèmes.

Personnellement cela ne m’a pas choqué, en tout cas pas de ce point de vue. Mélodie Nelson relate son expérience, et ne cherche à aucun moment à présenter son cas comme une généralité. En tout cas je n’ai pas ressenti à la lecture de volonté en ce sens de sa part. Elle ne passe pas sous silence les problèmes liés à la prostitution, mais elle se limite à parler de ce qu’elle a vécu et expérimenté. Là-dessus je trouve qu’il n’y a rien de critiquable.

Pour autant j’en ai des critiques à formuler. D’un tout autre genre. Le principal étant que je me suis à plusieurs moments ennuyé à la lecture de ce bouquin pourtant pas bien épais.

Il faut préciser qu’au départ, Mélodie Nelson s’est faite connaître par son blog où justement elle relatait ses expériences. Devant le succès de ses écrits sur la toile, un éditeur l’a contactée pour lui offrir de publier son histoire sous forme d’un roman. Une partie du livre est donc directement inspirée du blog, ce qui s’en ressent grandement. Le style d’écriture reste très simple, il se veut ouvertement moderne et trash mais à l’arrivée je l’ai trouvé bien plat. Certes on a notre lot de crudité pour tout ce qui concerne le sexe et les descriptions de ses diverses prestations. Mais le ton employé... je ne sais pas, ça m’a paru fade, trop impersonnel, typé blog. En tout cas détaché ça c’est certain. Ce que j’en retiens, c’est qu’à l’évidence ce qui pour certains déchaîne les passions, elle, n’en fait pas une montagne. Le cul c’est du cul, point barre. Ça n’a rien de sacré, le sexe est une activité comme une autre pour elle, à ceci près que ça rapporte gros et que parfois ça lui donne du plaisir. Là dessus je n’ai d’ailleurs pas grand-chose à redire, et qu’on la partage ou non chacun est libre d’avoir sa conception de la chose.

A contrario, ce qui m’a plus marqué, c’est tout ce qui semble avoir beaucoup d’importance à ses yeux et qui m’apparaît d’une futilité navrante à moi. Les marques, les fringues, la junk food, le maquillage et le shopping. Je ne me suis pas amusé à compter le nombre de références qui émaillent le texte, mais ça m’a fait l’effet d’une indigestion. Si faire la liste de ce qu’on aime ou de ce qu’on s’achète peut, pourquoi pas, alimenter un blog à tendance fashion, ça ne fait pas un livre. Et ce n’est pas parce que dans sa liste de courses elle ajoute des préservatifs au goût pamplemousse acidulé et des piles pour son vibro que ça va la rendre intéressante. Ce côté hyper matérialiste tendance mode (ne nous leurrons pas, on en a tous un) m’a franchement saoûlé. Honnêtement, même comme matière à un « blog de fille » je trouverais ça d’une pauvreté désespérante, nourrissant tristement le cliché de l’écervelée de base qui raconte sa life. Oui sa « life », j’utilise le terme à dessein, le texte étant truffé de mots anglais et d’expressions québécoises. Évidemment cela s’explique par l’origine de l’auteure, mais ça ne passe pas franchement inaperçu, et malgré quelques explications spéciales pour les non-québécois, tout n’est pas toujours très clair à la première lecture.

Là où je reste dubitatif, c’est quand je lis les interviews et la présentation qui est faite de Mélodie Nelson. Devenue chroniqueuse pour la presse féminine au Canada, en plus de son occupation de blogueuse, elle avance souvent la littérature comme passion et se destine à écrire à présent que son premier bouquin a remporté un relatif succès. D’ailleurs pour rappel, avant de laisser tomber ses études pour l’escorting, elle était en fac de lettres. Mais voilà, dans ce que j’ai lu (que ce soit dans l'écriture ou les thèmes abordés), sans vouloir me montrer méchant ou méprisant, je n’ai pas trouvé grand-chose de très « littéraire ». Mais je m’avance peut-être en me permettant de douter du talent d’écrivain de cette jeune femme, l’avenir le dira.

Alors voilà, pour résumer un peu tout cela, je dirais que Escorte n’est pas un mauvais livre, sur certains points il est même intéressant, mais il souffre malgré tout de plusieurs défauts. Mais malgré ces défauts je ne peux  pas complètement le déconseiller ne serait-ce que pour le regard très particulier qu'a eu l’auteure sur le monde de l’escorting. Mais si le bouquin vaut le coup, c’est plus pour la description de certaines situations que sur une quelconque réflexion plus profonde liée au sujet. Tout au moins peut-on se rendre compte qu’une escorte ne répond pas fatalement à l’idée préconçue de la pauvre fille victime de sa condition. Qu’on peut faire le commerce de son corps sans que l’esprit ne sombre forcément dans la débauche ou une quelconque dépendance. Et surtout qu’une prostituée est avant tout une femme et pas une bête curieuse, avec ses préoccupations de femme, sa vie de femme, ses envies de femmes. Pas plus passionnante qu’une autre, pas moins non plus.

Quant à Mélodie Nelson elle-même (enfin son personnage de papier) que dire ? Fashion victime et libertine décomplexée (oh le bel euphémisme) d’accord, mais on n’en saura pas beaucoup plus. C’est en fait surtout là-dessus que j’ai été un peu déçu : elle aura réussi à mixer du sexe cru et des préoccupations futiles. Et le cocktail n’est pas aussi détonant qu’on aurait pu croire.

 

346 escorte

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15 septembre 2012 6 15 /09 /septembre /2012 09:58

De Kenneth Cook, j’avais lu deux recueils de nouvelles, Le Koala tueur et La Vengeance du Wombat, qui sont remplies de petites histoires tirées de faits réels et pleines d’humour. Son roman principal, Cinq matins de trop, est pour sa part à l’opposé de tout cela. Même si on retrouve des traces d’humour il est noir, dans ce roman le rire est jaune et cruel. Rien à voir donc avec les pitreries des recueils de nouvelles. Ici on parle de déchéance, de descente aux enfers, de fatalité.

L’histoire démarre à Tiboonda en plein désert australien. Tiboonda c’est simple, c’est le trou du cul du monde mais en pire. Il n’y a rien d’intéressant. Personne d’intéressant. Rien à faire. Et une putain de chaleur qui ne vous lâche jamais la grappe. Les deux occupations principales sont : survivre et transpirer. C’est à Tiboonda donc, que John Grant, un tout jeune instituteur est muté pour deux ans. Sa première année scolaire sur place vient de se terminer, et John a six semaines devant lui pour se changer les idées. Ses maigres économies et son salaire du mois lui permettent de repartir pour Sidney y passer quelques semaines au bord de l’océan tant rêvé. Le train l’emmène donc jusqu’à sa première étape, Bundanyabba, la capitale du trou du cul du monde. Même environnement horrible, à l’échelle juste supérieure. De là il repartira vers Sidney et la promesse d’un réconfort amplement mérité après une année de privations et d’efforts en plein outback australien. Mais c’est compter sans la malchance. L’enchaînement sera rapide et fatal. Boire une bière ou deux avec les autochtones plutôt accueillants tant que tu partages une chopine avec eux, manger un bout dans une gargote locale et jouer à pile ou face pour tuer le temps. Il suffira d’une soirée un peu alcoolisée, d’un léger manque de discernement et John va mettre le doigt dans un engrenage qui va le broyer aussi implacablement et sûrement que le soleil lui a tanné la peau une année durant.

Ce roman ressemble à un cauchemar éveillé. On sent tout ce qui va arriver, on sent que ça ne va pas être bon du tout, on sait qu’il suffirait de pas grand chose pour s’en sortir, qu’un petit effort suffirait à se réveiller, et pourtant rien n’y fait, la spirale de la déchéance vous entraîne avec le personnage principal. On ressent à travers lui toute une gamme de sentiments, avec en premier lieu de l’injustice, de la frustration, une immense impuissance face aux événements et pour finir une résignation forcée. Tout s’enchaîne très vite, tout se ligue contre John, et il lui aura suffit d’une petite faiblesse au départ pour ne plus arriver à se relever et prendre pleine face merde sur merde.

Le roman est court et se lit vite, le style est percutant et Cook sait mettre en mots des ambiances poisseuses et un environnement hostile. L’alcool, le jeu, la violence (vous avez déjà chassé le kangourou dans l’outback ? expérience peu ragoûtante je vous préviens de suite) seront les trois facteurs d’autodestruction d’un jeune instituteur qui n’avait pourtant rien demandé d’autre que des vacances au bord de la mer. Bundanyabba en a décidé autrement pour son plus grand malheur...

Pour moi qui idéalise l’Australie et la vois comme une terre de toutes les merveilles, ce roman a remis quelques pendules à leurs places, selon l’expression hallydaysque consacrée. L’outback décrit par Kenneth Cook est loin, très loin de donner ne serait-ce que l’envie de s’en approcher à moins d’une centaine de kilomètres. Que ce soit l’environnement, le climat ou ses habitants, tout pousse à fuir au plus vite.

Impossible de nier à ce bouquin une force et une efficacité imparables. Pour autant je n’irai pas à crier au livre culte ce dont il est pourtant régulièrement qualifié. Il me manque une certaine implication plus forte, un attachement plus profond au personnage principal qui m’est resté un peu étranger je l’avoue. Peut-être une certaine apathie de sa part, un manque de réaction, une naïveté qu’en tant que lecteur on ne peut pas partager tant on voit cela d’un oeil spectateur. C’est certainement pour cela que ce roman ne m’a pas pris aux tripes comme il aurait pu le faire. Cela n’empêche pas qu’on a à faire à un livre très fort, très bien écrit et qui avance vite et bien. Il lui aura donc juste manqué une certaine dimension plus humaine pour être réellement marquant.

À lire pour ceux qui aiment qu’un personnage soit totalement à la merci du monde où il évolue, ceux qui aiment les enchaînements implacables de situations qui mènent à la catastrophe inévitable, ceux qui apprécient les récits où la fatalité l’emporte (ce qui est mon cas je le précise). À éviter pour ceux qui ne supportent pas la chasse sanguinaire aux kangourous, les orgies de bière et les pays où la poussière vous colle au visage comme vos vêtements pleins de sueur à la peau.

341 cinq matins de trop

 

 

 

 

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7 septembre 2012 5 07 /09 /septembre /2012 06:14

Depuis maintenant bientôt quatre années que j’ai décidé de me remettre « sérieusement » à lire des romans, je tiens une moyenne de seize bouquins par an (en dehors de la BD bien évidemment). Je n’en suis pas mécontent et je bataille pour conserver voire améliorer sensiblement cette moyenne. Et donc au cours de ce petit parcours littéraire je suis tombé sur certains auteurs qui sont devenus pour moi, des valeurs sûres. Des types dont la plume me touche d’une manière ou d’une autre, à chaque coup. Laurent Chalumeau en fait partie, c’est même certainement celui dont je me suis le plus délecté ces dernières années à lire les pages. J’ai déjà eu l’occasion d’en faire parler ici, en chroniquant Un Mec Sympa, Fuck et Le Siffleur. C’était donc sans la moindre hésitation que je me suis lancé dans son dernier opus en date : Bonus. Sans hésitation au début de ma lecture, et sans regret à l’arrivée.

Dans Bonus, Laurent Chalumeau nous replonge dans ce qui est devenu sa spécialité : le roman noir aux accents du sud et à l’humour omniprésent. Encore une fois cela se passe en Côte d’Azur, encore une fois on a affaire à des gens ordinaires et quelques loufiats, et encore une fois il s’agit de savoir qui va arnaquer le mieux les autres au cours d’une intrigue à rebondissements savoureux…

Plus que dans ses précédents romans encore, l’auteur intègre à son histoire un grand nombre de personnages, tous très travaillés, hauts en couleurs et rendus avec un naturel déconcertant. Dans Bonus on croisera donc en vrac : un ancien PDG d’une chaîne de supermarchés accusé de malversations et de délit d’initié, une avocate stagiaire fille d’un prof à la retraite amoureux d’une clandestine sans-papier, une juge d’instruction intransigeante et le policier black chargé de sa protection rapprochée, un cordiste spécialiste des explosif, une esthéticienne qui rêve de devenir la nouvelle Cindy Sander, un ex-taulard gay qui rêve de se faire un pactole dans un dernier coup avec un minimum de risques, et quelques autres encore…

Toute l’histoire tourne autour du grand patron déchu, dont les millions illicites qui dorment dans différents paradis fiscaux attisent bien des convoitises… qui donc sera l’arnaqueur le plus doué, celui qui réussira à s’en sortir avec tout ce pognon bien mal acquis ? les différents fils de l’intrigue vont s’emberlificoter jusqu’à un dénouement plutôt inattendu.

Comme à chaque fois, la force de Chalumeau est dans les mots, dans la gouaille, dans les dialogues, bien plus encore que dans les situations et les coups de théâtre pourtant bien menés eux-aussi. Si j’aime le lire c’est parce que je sais à l’avance que je vais me marrer, parce que je sais à l’avance que je vais y croire, et parce que malgré tout ce que je sais à l’avance, je sais aussi que je serai surpris ! Comme à chaque fois le verbe utilisé est truculent, l’humour est noir, grinçant et vire parfois au cynisme mais garde toujours un fond de gentillesse et de bienveillance. On sent que l’auteur les aime bien ses personnages, même les plus indéfendables, et il parvient à nous les faire tous aimer aussi. Ce qui n’est pas un maigre exploit vu certains énergumènes. En ce qui me concerne j’ai eu une petite préférence pour le trio de magouilleurs composé de l’esthéticienne, son mari et son frère, qui m’ont vraiment fait rire que ce soit dans les situations rocambolesques, les caractères bien trempés ou les dialogues aux petits oignons dont les a gratifiés Laurent Chalumeau. Quelque chose me dit que sur ces trois là il s’est un peu plus lâché, d’ici qu’ils remportent sa préférence à lui aussi je n’en serais pas du tout étonné…

À chaque fois que je parle d’un roman de Laurent Chalumeau j’ai un peu l’impression de me répéter, et pour cause : à chaque fois j’en dis du bien parce que c’est toujours de la bonne came, c’est toujours extrêmement bien écrit et ça emporte à tous les coups la palme pour ce qui est de me divertir. Je suis toujours heureux d’entamer un nouvel ouvrage de cet auteur, et toujours un peu triste en tournant la dernière page de devoir quitter des personnages aussi attachants et drôles que les siens. Je ne dérogerai donc pas à mon habitude en vous recommandant très chaudement Bonus de Laurent Chalumeau. Allez-y, lisez et marrez-vous.


339 bonus

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29 août 2012 3 29 /08 /août /2012 19:14

 

Voici un roman pour le moins original. Enfin non, original n’est pas l’adjectif le mieux approprié, je dirais plutôt singulier. Sur de nombreux points, à commencer par son origine.

Titrer un livre Le Livre sans nom c’est déjà assez judicieux. Quand en plus il est écrit par un auteur qui se nomme Anonyme cela épice la chose. Et quand le titre du roman est aussi le titre d’un ouvrage autour duquel toute l’histoire tourne, ça devient très malin.

Diffusé au départ sur internet, le script va vite éveiller l’intérêt d’un éditeur britannique qui aura la bonne idée de le publier. Très bonne inspiration même, puisque l’ouvrage va rapidement cartonner et devenir un best-seller dans de nombreux pays. Depuis d’ailleurs, ce Livre sans nom aura connu déjà trois suites, toujours sous couvert d’anonymat pour son auteur. Un Anonyme qui attise les curiosités du reste, sur le net les passions se déchaînent et les hypothèses vont bon train : de David Bowie au Prince Charles (va comprendre Charles !), on aura collé la paternité de cette tétralogie à bien des personnalités. Celui venant en tête des paris étant ni plus ni moins que le pape du cinéma de genre, Quentin Tarantino himself. Et il faut bien l’avouer, si concordances on devait chercher avec d’autres œuvres du même acabit, c’est bien du style de Quentin Tarantino qu’on se rapprocherait le plus.

Jugez plutôt. L’action prend place de nos jours à Santa Mondega, ville d’Amérique du Sud où règnent la pègre et la corruption, ambiance western. Sa réputation est telle qu’elle est reconnue comme la ville la plus dangereuse au monde. Un homme encapuchonné entre dans un bar, le Tapioca. Il commande un bourbon et la tuerie commence. Le seul rescapé du bar, sera Sanchez le patron. Dans toute la ville, il fera pas moins de 300 victimes ce jour-là. La légende du Bourbon Kid est née. Cinq ans plus tard, Santa Mondega est le lieu de convergence de plusieurs personnages hauts en couleurs, tous à la recherche d’une pierre précieuse au pouvoir immense, l’œil-de-la-lune. Il y a tout d’abord Kyle et Peto, deux jeunes moines à mi-chemin entre moines shaolin et chevaliers Jedi, experts en arts martiaux mais qui quittent pour la première fois l’île de leur monastère et découvrent la civilisation. Il y a le chasseur de primes Jefe qui ramène la pierre à son patron El Santino, parrain de la mafia locale et soupçonné d’être le diable en personne. Il y a Elvis, tueur à gages et sosie du King. Il y a Marcus la Fouine, voleur de son état, Dante et Kacy, les Bonnie and Clyde des bacs à sables, Rodeo Rex l’invincible, lutteur façon Undertaker et tueur à gages du Tout-Puissant comme il aime à se surnommer. Il y a Jessica, rare survivante de la folie meurtrière du Bourbon Kid, qui a survécu à la fusillade malgré les 32 balles qu’elle a prises et qui l’ont plongée dans un profond coma de cinq années et dont elle sort enfin, mais devenue amnésique. Et il y a aussi Miles Jensen, enquêteur spécialisé dans les affaires paranormales en duo avec Somers le parano, flic le plus détesté et solitaire de la ville, que leurs investigations vont mener à un mystérieux Livre sans nom qui serait en lien avec le Bourbon Kid.

Ajoutez par-dessus : des vampires, des arts martiaux, du gore, des filles pas farouches, une cadillac jaune, une diseuse de bonne aventure, une éclipse totale de soleil, un tournoi de baston sur un ring, des flingues à gogo et un breuvage pas trop conseillé en guise de bienvenue au Tapioca. Mélangez. Secouez bien même parce que c’est un sacré gloubi-boulga mine de rien. Vous obtenez : le Livre sans nom.

 

Pas étonnant que ce bouquin soit attribué à Tarantino. Un tel mélange de genre y fait inévitablement penser. Western, intrigue policière, fantastique, action, surnaturel, gore, épouvante… sans compter que le tout est enrobé d’une dose d’humour salvatrice, une telle collision de genres ne pouvant pas se faire sans provoquer des scènes comiques. Et puis évidemment c’est référencé à l’extrême, au point que tout paraît ultra-cliché mais rappelle inévitablement des classiques de la pop culture : Jessica fait penser à Uma Thurman dans Kill Bill, Jensen n’est rien d’autre qu’un Fox Mulder black, le Bourbon Kid aurait les traits de Clint Eastwood en Homme sans nom que ça m’étonnerait pas une seconde, les moines karatékas lorgnent du côté du petit scarabée de Kung Fu, les vampires ont l’air tout droit sortis d’Une Nuit en Enfer de Robert Rodriguez (et avec Quentin Tarantino, comme par hasard), le livre maudit rappelle furieusement la K7 vidéo de Ring, etc, etc, etc…

Autre élément fort : les dialogues qui jonchent le récit sont un mélange de cynisme, de testostérone et de second degré bienvenu.

Le roman est saucissonné en 65 chapitres plutôt courts selon un schéma astucieux : chaque chapitre concerne un personnage en particulier et se termine sur une note de suspense dont on ne saura la suite que deux ou trois chapitres plus tard, quand le personnage sera à nouveau au centre d’un chapitre. Le paroxysme étant les rencontres entre personnages phares bien entendu.

 

Bref, tout cela est plutôt bien foutu faut l’admettre. Ça peut paraître fourre-tout comme roman, et pour tout dire, ça l’est ! Mais on ne s’y perd pas pour autant. C’est maîtrisé, c’est vif, et c’est surtout une narration hyper cinématographique dans les descriptions et le déroulement des actions. On frôle cependant à plus d’une reprise l’indigestion. En ce qui me concerne, les vampires étaient à la limite de faire basculer le livre dans le « définitivement trop c’est trop ». Mais on continue pourtant à lire, la mécanique d’écriture étant parfaitement rôdée pour parvenir à garder l’attention du lecteur malgré l’entrechoquement de concepts et de genres. Cela dit, je n’ai pas réussi à me sentir passionné par ce qui se passait. J’avais envie de connaître la suite, mais je n’étais pas happé dans le livre. Je crois que l’amoncellement de références, la volonté d’en donner toujours plus et la manière très pro dont c’est fait, qui donne presque parfois l’impression de voir l’écrivain au détour d’un paragraphe regarder le lecteur dans les yeux le temps de lui adresser un bon gros clin d’œil avant de recommencer à écrire, ont fait que j’ai gardé mes distances avec le roman. C’est à mes yeux un exercice de style intéressant et remarquablement bien mené, mais il lui manque … je ne sais pas, je dirais une âme. La référence pour la référence, la figure de style pour la figure de style, l’esbroufe pour l’esbroufe, sur plus de 400 pages ça finit par lasser un peu, même quand c’est bien fait.

 

Alors je ne regrette pas ma lecture, je pense même que je lirai au moins le second volet pour voir dans quelle direction part l’auteur, mais je ne peux pas dire que ce livre est la révolution littéraire que vantent de nombreuses critiques très positives que j’ai pu en lire sur le net. C’est trop poseur par moment, trop explicitement artificiel pour cela. Ce qui du reste, en fait un excellent divertissement pop et pas con, c’est le moins qu’on puisse lui concéder.


335 livre sans nom

 

 

 

 

 

 

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25 mai 2012 5 25 /05 /mai /2012 07:34

Ce qui m’a poussé à lire ce livre, c’est le nom de son auteur : Mike Carey. S’il n’est pas spécialement connu comme écrivain, il l’est en revanche comme scénariste de comic books. Et ce n’est pas le plus mauvais d’entre eux, loin s’en faut. Parmi ses oeuvres phares il faut avant tout citer une tripoté d’épisodes de la série Hellblazer (qui met en scène le personnage de John Constantine) pour le compte de DC / Vertigo. Il a également adapté au format BD le roman Neverwhere de Neil Gaiman. Pour Marvel il s’est frotté à différents personnages dont les X-Men et la version Ultimate des Quatre Fantastiques. Actuellement c’est avec la très chouette série The Unwritten (toujours chez Vertigo) qu’il tient le haut du pavé. Mike Carey a un style bien à lui, alliant intelligence, originalité et humour dans un cocktail assez détonant. J’ai donc voulu voir ce que ça donnait dans un autre format, celui du roman.

Dans Cercle Vicieux, le héros principal se nomme Félix Castor. Le bonhomme est exorciste (bien qu’il puisse communiquer avec les morts il n’en porte pas pour autant la soutane, loin de là) et détective privé. Il exerce ses talents à Londres, à une époque où le surnaturel a éclaté au grand jour. Les fantômes et autres morts-vivants sont devenus monnaie courante et à ce titre les législateurs anglais planchent sur une loi qui doit donner un statut juridique à tous ces êtres post-mortem qui partagent le quotidien des humains. Castor pour sa part utilise ses dons pour résoudre énigmes et enquêtes tantôt en free-lance, tantôt comme soutien aux forces de l’ordre. Quand un couple en deuil vient lui confier une enquête un peu spéciale, il ne peut s’empêcher de l’accepter : des parents lui demandent de retrouver leur fille kidnappée. Ou plutôt de retrouver le fantôme de leur fille, qui a été enlevé, par un confrère exorciste qui plus est. L’affaire n’étant pas banale, Castor va mettre sur le coup son meilleur indic, Nicky, un zombie geek, paranoïaque et plein de ressources, ainsi que son associée Juliet, un succube au charme dévastateur. Et comme rien n’est jamais simple dans la vie de Félix Castor, il doit également gérer le cas de Rafi son meilleur ami qui est interné depuis qu’un démon de la pire espèce ait possédé son corps.

L’enquête va bientôt le mener sur les traces d’une secte d’adorateurs de Satan, dans les pattes de Garous peu avenants et surtout ... droit dans de gros problèmes.

Bon alors quoi dire de ce roman ?
D’abord j’ai appris qu’il s’intègre dans un genre de littérature dont je ne connaissais pas le nom jusqu’ici : l’Urban Fantasy. En gros on prend les codes d’un genre ultra-codé, le polar urbain, qu’on plonge dans un environnement qui emprunte peu ou prou à cet autre genre qu’est le fantastique. Ça peut paraître un peu lourd dit comme ça, voire foutraque même, et pourtant quand c’est bien mené ça donne un mélange assez intéressant. Et justement donc, Mike Carey prouve qu’il sait aussi bien mener sa barque en tant qu’écrivain qu’en tant que scénariste de comics. Il crée dans ce bouquin un univers très particulier, assez sombre, qu’il fouille et bâtit consciencieusement le rendant cohérent et contre toute attente crédible. La force de Carey réside avant tout dans ses personnages. Il sait les rendre intéressants et attachants. Qu’il s’agisse de Castor ou des seconds rôles comme Nicky le zombie et Juliet le succube. D’ailleurs le personnage de Félix Castor n’est pas sans rappeler le John Constantine qu’il a maintes et maintes fois mis en scène dans Hellblazer. Le gars revenu de tout, qui ne s’étonne plus de rien et qui prend tout d’un air faussement détaché, avec un humour piquant et une pointe de cynisme... tout cela en fait un détective alliant classicisme et modernité. On l’apprécie d’autant plus que la narration se fait à la première personne et qu’on « vit » toute l’histoire à travers son regard particulier sur le monde. L’autre point fort de Mike Carey c’est son sens des dialogues et les répliques cinglantes qui fusent, soulignant ainsi un peu plus l’humour souvent noir de Castor.
L’intrigue quant à elle, sans être exceptionnellement géniale, sait se montrer suffisamment  tortueuse pour ne pas décrocher le lecteur avant la fin. Si Carey sait gérer avec brio tous les éléments fantastiques qui émaillent son récit, il prouve aussi qu’il se débrouille pas mal du tout dans le registre plus spécifique du polar.

À savoir cependant sur ce roman, c’est qu’il s’agit du deuxième tome d’une série de romans ayant pour héros Félix Castor. L’éditeur français Bragelonne a sciemment décidé de laisser tomber le premier tome et de commencer directement la traduction par le second tome de cette série. À la lecture il n’y paraît rien, on a tout ce qu’il faut dans ce tome pour bien appréhender l’univers et les personnages.
En ce qui me concerne l’expérience de ce Cercle Vicieux s’est révélée positive, et je ne serai pas contre une autre dose des aventures de cet exorciste détective privé (un second tome –le troisième dans la langue de Shakespeare, suivez un peu quoi- existe, toujours chez Bragelonne, et si l’occasion se présente je le lirai avec plaisir).

327 cercle vicieux

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16 mai 2012 3 16 /05 /mai /2012 07:37

Voici quelques temps déjà, j’avais beaucoup aimé les deux livres de Bill Bryson que j’avais pu lire : American Rigolos et Nos Voisins du Dessous* qui narraient les aventures domestiques de l’auteur et sa découverte rocambolesque de ces deux grands pays iconiques que sont les Etats-Unis et l’Australie. Si bien que je n’ai pas hésité à me lancer dans ce gros ouvrage à l’ambition démesurée mais assumée dès son titre, quand j’ai su que c’est Bill Bryson qui assurait le rôle de conteur.

Et pour répondre à la question qu’on peut légitimement se poser à la vue du titre, OUI, Bryson nous dit tout sur tout, ou presque.

Dans ce formidable ouvrage de vulgarisation, l’auteur aborde à peu près l’ensemble du champ des connaissances actuelles, mais revient aussi sur un aspect extrêmement intéressant : l’Histoire des Sciences. Il va donc au gré de ses pérégrinations dans l’Histoire, aborder différentes disciplines scientifiques, allant de la chimie à la physique quantique, en passant par l’astronomie, la géologie, la zoologie, la paléontologie, la botanique, la biologie, l’anthropologie, j’en passe et des meilleures… Oh oui, je sais qu’énuméré comme ça, ça a tout l’air rébarbatif, mais détrompez-vous, c’est tout simplement passionnant.

Comme il faut bien se donner un fil rouge, Bryson suit comme trame principale l’écoulement du temps, tout simplement. Depuis le présumé Big-Bang jusqu’à nos jours, il va donc passer en revue la chaîne ininterrompue de l’évolution de notre univers, de notre système solaire, de notre planète et de la vie qu’elle abrite, nous compris. Ça cause atomes, mur de Planck, tectonique des plaques, origines des espèces, chaînon manquant de l’évolution du singe jusqu’à l’homme, inventeurs géniaux et fous méconnus qui ont peuplé l’histoire mondiale des découvertes scientifiques. Tout y passe sans que jamais, jamais, on ne se sente ni dépassé ni lassé par ce qu’on nous raconte dans ce bouquin.
Mine d’informations, ce livre n’est pas qu’un inventaire de connaissances théoriques, de lois mathématiques compliquées, d’explications de phénomènes physiques, loin de là, c’est beaucoup, beaucoup plus que nous propose Bill Bryson.

Car Bryson est avant tout un conteur hors-paire doublé d’un journaliste consciencieux. Ce qui rend son bouquin génialement construit. D’abord il a l’avantage de n’avoir pas de formation scientifique (il était journaliste économique pendant longtemps avant de devenir romancier), ce qui le place au même niveau que son lecteur lambda. Il se pose donc les mêmes questions que le quidam moyen, et sait utiliser en guise de réponses des mots simples avec un véritable talent pédagogique. Ce type n’enseigne pas, il raconte, et cela fait toute la différence…
Ce qui fait son originalité et sa grande force, c’est la capacité qu’il a de mêler étroitement l’Histoire aux petites histoires, l’information à l’anecdote. Cela donne un récit vivant, et un style d’écriture intelligemment perméable à l’humour et au second degré. Bill Bryson prouve avec ce livre qu’on s’instruit bien mieux en s’amusant.

C’est ainsi que j’ai appris entre mille choses, avec un grand étonnement, un léger dégoût et beaucoup d’amusement, qu’une étude très sérieuse a estimé qu’un oreiller de six ans est composé pour un dixième de son poids de peau morte, d’acariens vivants, d’acariens morts et de crottes d’acariens. On vous laisse imaginer pour ce qui concerne un matelas. Et encore, comme aime à le souligner Bryson, « au moins ce sont vos acariens », repensez-y quand vous irez dormir à l’hôtel… Voilà typiquement le genre d’anecdote amusante qui émaillent le livre, celle-ci étant insérée au sein d’un chapitre traitant entre autre de taxinomie, de la diversité des êtres vivants et du dénombrement des espèces. De la même manière vous en apprendrez autant sur la vie et la personnalité de grands esprits scientifiques tels Einstein, Newton et beaucoup d’autres, que sur leurs découvertes. C’est drôle, toujours authentique, intéressant, parfois bizarre et inquiétant, mais ça a surtout pour effet principal d’humaniser la science qu’on pourrait avoir tendance à considérer comme difficile d’accès de prime abord.

Avec un prof comme Bill Bryson, la Science devient un plaisir, ni plus ni moins. Lecture vivement conseillée !


* il est également fait mention de Une Histoire de tout, ou presque… dans un autre livre que j’ai lu précédemment : Instructions pour sauver le monde de Rosa Montero.

324 histoire de tout ou presque

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9 mai 2012 3 09 /05 /mai /2012 07:56

Voilà très longtemps que j’avais envie de lire du Pierre Pelot. D’abord parce que le bonhomme a une bibliographie longue comme le bras et qu’il me donnait l’image d’un touche-à-tout intéressant. Et puis bon, c’est un auteur vosgien donc quasiment un voisin quoi. C’est vrai, à force de lorgner sur les stars américaines et les auteurs à succès internationaux, on en oublie parfois que localement les gens aussi ont des trucs à dire.
Donc, quand je suis tombé au gré de mes pérégrinations dans une librairie sur ce roman au titre complètement farfelu (qui m’a piqué d’emblée en plein dans un de mes organes sensibles : la curiosité), à la couverture affublée d’une jeune fille gironde en équilibre plus qu'instable entre féminité et vulgarité et que j’ai vu de qui était signée l’œuvre je me suis dit banco ! L’occasion de découvrir cet auteur venait de s’offrir à moi, inattendue et intrigante, donc irrésistible.


Mais qu’est-ce qui se cache derrière ce titre somme toute déconcertant ? Laissez-moi éclaircir vos lanternes…

L’action se situe en plein cœur des Vosges, dans un petit village au fond d’une vallée. Les Gravier y étaient l’élite des notables locaux, du temps de la gloire de la filature qu’ils possédaient. Mais l’industrie textile a disparu des Vosges, et depuis lors, les anciens patrons se retrouvent à la tête d’un site industriel en ruines, et d’une immense propriété au sein d’un parc avec petit étang et chapelle privée… D’ailleurs le patriarche n’a pas survécu à son usine, et ne subsiste de la famille qu’un trio qui rivalise de bizarreries : Maman Jojo, le fils aîné Babar, qu’on hésite à classer entre génie méconnu et autiste obèse à tendance schizophrène-paranoïaque (le garçon bricole dans son coin un engin qu’il a baptisé Madame Wells, et qui n’est rien moins qu’une machine à voyager dans le temps), et Marie, dit Marie-McDo, jolie fille au caractère de chien et aux mœurs légères. Cette dernière n’hésite pas à monnayer ses charmes pour trois fois rien ou contre quelques sandwichs de fast-food ce qui lui vaut son surnom et la haine sourde de son frère. Mais à sa réputation de fille facile s’ajoute depuis peu une nouvelle rumeur : Marie ferait des miracles. Elle aurait même ressuscité un chat mort… Il n’en faut pas plus pour qu’une bande d’illuminés ésotériques menés par un leader charismatique nommé Manuel Emmanuel en fassent la réincarnation divine de Marie-Madeleine, la sainte prostituée biblique, ce qui commence à faire parler et à attirer de plus en plus de monde dans le petit village vosgien.
À tous ces étrangers vient s’ajouter un homme, Abel, attiré lui aussi par la légende naissante autour de Marie-McDo mais qui ne goûte en rien les concepts religieux d’un Manuel Emmanuel bien parti pour fonder une nouvelle secte à la gloire de la jeune fille. Abel est bien décidé à s’introduire discrètement chez les Gravier, le plus grand mystère entourant ses intentions…

Bon ben c’est plutôt intéressant tout ça non ? D’autant que dans le même récit, Pierre Pelot réussit à entremêler une secte naissante, une prostituée faiseuse de miracles, des extra-terrestres belliqueux, un génie frappadingue, une machine à voyager dans le temps sans oublier l’Ange étrange du titre… ce qui vous l’avouerez pourrait faire beaucoup voire trop si l’auteur n’avait pas la bouteille suffisante pour ficeler son affaire. Et force est d’avouer que Pierre Pelot maîtrise son art de raconteur d’histoire. C’est plutôt bien écrit dans l’ensemble, quelques longueurs s’immiscent toutefois dans les descriptions et les sentiments des personnages. Pourtant chez moi, la mayonnaise n’a pas pris, j’en ai été le premier désolé du reste. Je suis plutôt preneur de tout ce genre de concepts un peu casse-gueule, qui plus est lorsqu’ils sont combinés au sein d’un joyeux foutoir, mais voilà, dans le cas présent il m’a manqué quelque chose, difficile de définir quoi exactement. Le bouquin est pourtant loin d’être mauvais, mais c’est plutôt une somme de petites choses qui ont petit à petit douché mon enthousiasme. L’auteur fait en sorte que toute son histoire se tienne, mais j’ai trouvé la ficelle principale du livre un peu grosse à avaler. Tellement que, la voyant venir de loin, je me disais à moi-même que ce n’était pas possible que ce soit cela, qu’il devait y avoir un piège quelque part. Évidemment je vais soigneusement éviter de dévoiler le nœud de l’intrigue au cas où vous voudriez vous lancer dans la lecture de ce roman, mais sa résolution ne m’a pas convaincu. J’avais comme un goût de « tout ça pour ça ? » à la fin du bouquin. Un peu de déception et de frustration donc. Pourtant la narration et la mise en place sont bonnes, j’ai beaucoup aimé le coup d’accélérateur de la dernière partie et j’ai ainsi découvert que Pelot s’en sort très bien pour décrire des scènes d’action et faire monter la tension chez son lecteur. J’ai trouvé les flashbacks dont le récit est parsemé plutôt bien amenés et très intéressants, bien que par moments j’avais l’impression que l’action présente était du coup trop mise au ralenti et reléguée en second plan. Certains personnages sont réellement très réussis, mes préférés étant sans conteste le leader religieux auto-proclamé Manuel Emmanuel, et le frangin cintré qui bricole sa Madame Wells dans la chapelle.

Mais ces bons côtés n’auront pas suffit à me convaincre, l’histoire ne m’a pas embarqué comme j’aime que ça soit le cas, je suis constamment resté détaché du récit. La faute en particulier à Abel, l’un des principaux personnages et qui représente la clé de l’énigme, avec lequel je n’ai pas accroché un seul instant. Manque d’intérêt, manque de crédibilité et totale absence d’empathie pour le personnage. La faute aussi à une fin qui m’a laissé franchement sur ma faim. L’épilogue quant à lui est à mon sens complètement raté, à côté de la plaque, simpliste, invraisemblable et incohérent.
Bref si je devais résumer mon sentiment en quelques mots, je dirais que les idées de départ étaient franchement bonnes et originales, mais qu’elles ont débouché sur une déception à la hauteur des attentes qu’elles avaient éveillées chez moi. Le récit, plutôt bon au demeurant, aura pourtant manqué du souffle nécessaire pour me passionner sur la longueur. Pour mon entrée en matière au sein de l’œuvre de Pierre Pelot la lecture de L’Ange étrange et Marie-McDo s’est avérée décevante et c’est bien dommage.

321 ange etrange marie mcdo

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