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Avant de lire les notes que je fais sur les films que je vois et les bd que je lis, sachez que dans mes commentaires il m'arrive parfois de dévoiler les histoires et les intrigues. Ceci dit pour les comics, je n'en parle que quelques mois après leur publication, ce qui laisse le temps de les lire avant de lire mes chroniques.
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28 octobre 2019 1 28 /10 /octobre /2019 07:30

Que ce soit par sa couverture que je trouve particulièrement hideuse, par son titre en forme d’oxymore lourdingue, ou par sa quatrième de couverture qui annonce une avalanche de thèmes SF et Fantastiques agglomérés les uns aux autres sans autre forme de procès (il énumère pêle-mêle un premier contact avec une intelligence extraterrestre, mais aussi un homme-machine, une femme aux personnalités multiples, un vaisseau spatial mystérieux et un commandant de bord vampire !!!), le moins qu’on puisse dire c’est que Vision aveugle de Peter Watts ne paie pas de mine au premier abord.

 

Et pourtant, il en a sous le capot.

 

Tout d’abord, précisons que le titre, tout maladroit qu’il semble, n’est rien d’autre que la traduction française d’un phénomène scientifique (Blindsight en anglais) qui désigne la perception visuelle résiduelle et inconsciente de patients dont les aires corticales visuelles ont été endommagées au point de les rendre cliniquement aveugles. Bref, le titre a beau être moche, il n’est pas là par hasard, il a un réel sens scientifique et annonce la tonalité du livre sur le fond. Oui, il va y être question de sciences, et oui il va aussi y être question de perceptions…

 

Ensuite, cette quatrième de couverture qui ressemble plus à un gros fourre-tout SF qu’autre chose, ne rend pas hommage au contenu du livre. Il parvient en quelques mots non seulement à être réducteur (car il y a encore bien d’autres thèmes non énumérés qui sont abordés dans Vision aveugle) mais aussi à paraître confus et fouillis : sacré paradoxe !

Je vous l’affirme cependant ici : oui c’est très dense et très riche, et non ce n’est pas le gros bordel, c’est même plutôt limpide et parfaitement maîtrisé. Tout colle, tout s’emboîte, un vrai Rubik’s Cube littéraire. Aucune crainte à avoir donc de ce point de vue là.

 

En revanche, j’aime autant vous prévenir d’emblée : ça n’a rien de la petite bluette inoffensive. Il y a un vampire, mais on n’est pas dans Twilight hein. Non, du tout même, avec Vision aveugle on nage en pleine hard-science. Et pas du genre à prendre le lecteur pour un imbécile (au contraire même : parfois faut s’accrocher pour ne pas être dépassé par les concepts et les idées scientifiques développées…). D’ailleurs même le concept de vampire est traité d’un point de vue purement scientifique (et à ce titre c’est fait de façon originale, innovante et convaincante : ce n’est pas rien sur un thème archi-utilisé par ailleurs !).

 

Mais je réalise que je n’ai pas encore expliqué clairement de quoi ça cause ! Alors je vais tenter de faire clair et concis, mais je ne garantis pas le résultat…

 

On est en 2087. L’humanité a beaucoup évolué, la science fait partie du quotidien. Le post-humanisme est une réalité : les humains sont très majoritairement « augmentés ». La Terre vient d’être intégralement « scannée » par une myriade d’engins, tels des lucioles mécaniques, qui semblent avoir transmis les informations quelque part aux abords de la ceinture de Kuiper, où un artefact, a priori d’origine extraterrestre, a été repéré. Le vaisseau d’exploration Thésée est envoyé afin d’établir un contact avec cette entité étrange et qui échappe à toute analyse… À bord du Thésée, un équipage restreint mais ultra-spécialisé. Il y a Siri Keeton (le personnage principal du roman) un observateur hors-pair qui a acquis une capacité d’observation, d’analyse et de synthèse extraordinaire après avoir subi l’ablation d’une partie de son encéphale, opération qui l’aura aussi dépourvu d’empathie et de la possibilité de ressentir des émotions. Il y a Isaac Szpindel, un biologiste multi-connecté à toute une série de machines et de drones qui sont autant de membres supplémentaires rattachés à son corps bio-mécanique. Il y a Susan James la linguiste qui est une femme hébergeant quatre personnalités différentes, se complétant les unes les autres pour un maximum d’efficacité. Il y a Amanda Bates la militaire au tempérament pacifique mais au lourd passif, présente pour assurer la sécurité de tous. Et enfin il y a Jukka Sarasti, le commandant de bord et accessoirement vampire. Oui un vampire, ou plus exactement un Homo Vampiris, puisque les avancées de la génétique ont permis de mettre à jour l’existence de cette ancienne branche disparue de l’humanité, et de la recréer en laboratoire. Sarasti est doté des capacités hors-norme de son espèce : un intellect supérieur et un physique de chasseur, mais aussi des pulsions criminelles à l’égard des humains qu’il voit comme du bétail tout au plus…

Lorsque le Thésée arrive à destination, le « premier contact » va avoir lieu, et réserver quelques surprises. L’entité extraterrestre se présentera d’elle-même sous le nom de Rorschach, et s’avérera déconcertante à plus d’un titre…

 

Voilà, voilà… rien que là, déjà on est tenté de dire qu’il y a du grain à moudre. Pourtant on est encore loin du compte, car Peter Watts va très loin dans son roman, et aborde de manière à la fois intelligente et très intéressante une multitude de sujets, souvent à connotation scientifique d’ailleurs, qui balaieront des thèmes tels que la biologie, la psychologie, le langage, la communication, la perception, la conscience, la technologie, la neurologie, la génétique, l’astrophysique, etc...

Et comme souvent quand on pousse une réflexion scientifique un peu au-delà de ses limites concrètes, on touche inévitablement à la philosophie. Ce que Peter Watts ne se prive absolument pas de faire, son roman étant également un questionnement sur ce que nous sommes, en tant qu’individus et en tant qu’espèce. On abordera ainsi des théories et des concepts passionnants, dont toute une série de réflexions autour de la conscience. Est-elle indissociable de l’intelligence ? Lui est-elle indispensable ? Ou est-ce un accident de l’évolution, voire même un frein à l’évolution ?

 

Alors, ça peut aussi faire un peu peur tout cet étalage de théories scientifiques et de concepts parfois un peu abstraits, et je ne vous cache pas qu’il vaut mieux être concentré en lisant ce bouquin. Si c’est pour le lire sur la plage d’un œil distrait par les bikinis qui vous entourent, ça risque d’être ardu. Mais avec un peu de bonne volonté et loin de la mer ça devrait le faire.

De la SF pure et dure donc, mais attention pas dans la veine space-opera hein. Inutile de chercher la queue d’un wookie ou l’ombre d’un petit gris (d’ailleurs j’ai beaucoup apprécié que l’auteur sorte ainsi des sentiers battus du type humanoïdes à grosse-tête ou insectoïdes géants comme incarnation d’une vie extraterrestre, c’est innovant !). Bref, si tout ce que je viens de vous raconter ne vous a ni barbé, ni fait fuir, alors pas d’hésitation : je conseille cette lecture !

 

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