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Avant de lire les notes que je fais sur les films que je vois et les bd que je lis, sachez que dans mes commentaires il m'arrive parfois de dévoiler les histoires et les intrigues. Ceci dit pour les comics, je n'en parle que quelques mois après leur publication, ce qui laisse le temps de les lire avant de lire mes chroniques.
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28 février 2019 4 28 /02 /février /2019 09:33

Premier roman d’une toute jeune auteure, Margaux Guyon avait 21 ans à la parution de son œuvre, ce Latex etc. traîne dans son sillage un parfum d’interdit, et a été clairement présenté à sa sortie comme le nouveau roman provocateur et sulfureux du moment.

Moi forcément, vous me connaissez, ça m’a de suite intrigué et j’ai voulu évidemment vérifier par moi-même si le bouillon était aussi savoureux que le fumet le laissait présager… Oui, aujourd’hui je fais dans la métaphore culinaire. Certainement parce que je viens de m’envoyer un pot-au-feu qui claque sa mère et que je ne vais pas tarder à aborder la phase de digestion. Bref, passons.

 

Bon, alors autant le dire de suite : l’enrobage est beau, mais la farce est un peu fade à l’arrivée, et je stoppe là avec mes analogies façon menu du jour. C’est toujours le problème quand on nous survend un truc, on s’expose fatalement à ce qu’un certain nombre de promesses ne soient pas tenues. Et c’est le cas ici. C’est dommage d’ailleurs, parce que c’est ce qu’on retient le plus, alors que l’ensemble possède aussi certaines qualités. S’il avait été présenté d’une façon un chouïa plus modeste, c’eut été à coup sûr un plus (pour le lecteur, pas pour les chiffres de vente on est bien d’accord).

 

Rentrons donc dans le vif du sujet et disséquons*.

Dans Latex etc. on suit les aventures d’une jeune fille, lycéenne de 17 ans, qui se prénomme Margaux et vit dans une petite ville de province, C*****, à côté d’Avignon. Intelligente et cultivée, elle s’ennuie à mourir, et pour tuer le temps elle lit de grands auteurs, fait la fête avec quelques amis, fume un chichon par-ci par-là, et baise. De fil en aiguille, elle va se mettre à se prostituer auprès de messieurs fortunés d’Avignon, gagner rapidement des sommes indécentes et tout claquer dans des marques de luxe. Jusqu’à ce qu’un événement vienne bousculer ses petites habitudes et lui faire relativiser sa condition un peu particulière…

 

Je n’en dis pas plus pour ne pas déflorer le (maigre) suspens, et je vais tâcher de ne pas dévoiler trop de l’histoire dans ma critique.

 

Commençons par le positif. C’est plutôt bien écrit. C’est pas du Balzac** mais c’est fluide, dans l’air du temps sans en faire trop, des phrases courtes et bien construites, bref le style sans être décoiffant est agréable à lire. Pour un premier roman et surtout pour une auteure d’à peine 21 ans, je trouve que c’est déjà suffisamment rare pour être mis en avant. On n’est pas dans un truc auto-édité qui claudique sur trois pattes, ni dans une bouillie façon fanfic du pauvre. Le texte a de la tenue et ça se remarque.

Autre source de satisfaction : la distanciation par rapport aux faits relatés. Il s’agit tout de même de choses pas super glamour, du genre même plutôt glauque à la base. On parle de prostitution, pas de pâte feuilletée ou de sauce béchamel. Ah merdum, pardon j’avais dit que j’arrêtais avec ça. Ce que je veux dire, c’est que ce qui est décrit dans le roman ne tient pas toujours de la plus grande légèreté, et comporte des implications assez graves pour les protagonistes. Et pourtant l’auteure parvient à ne pas verser dans le sensationnalisme, et se garde d’y coller un surplus d’émotions qu’il aurait pourtant été facile d’ajouter à peu de frais. Le ton reste froid (presque glacial par moment), analytique, posé, réfléchi. C’est une grande qualité à mes yeux que de ne pas chercher à jouer uniquement sur l’émotion dans ce genre de situations, et une qualité plus grande encore de ne pas y adjoindre des relents moralistes, accusateurs ou même simplement de se poser en juge. À mettre à son actif donc, preuve s’il en fallait qu’on peut avoir 21 ans et faire preuve de maturité intellectuelle.

 

Quoique, à propos de maturité intellectuelle, j’ai peut-être un contre-argumentaire qui tendrait à prouver le contraire. Et là du coup on passe dans la partie négative de ma critique. Si le texte sort indiscutablement du cadre habituel de ce qu’on peut s’attendre à lire sous la plume d’une auteure de 21 ans (oui, oui, j’assume pleinement mon préjugé sur les jeunes d’aujourd’hui, et je m’enfonce un peu plus encore en disant ceci, dans un rôle de vieux con que je ne me voyais pourtant pas endosser si tôt…), que ce soit sur la forme comme sur le fond, il reste cependant quelques traces assez évidentes de la jeunesse de Margaux Guyon. Et des traces qui à mes yeux font tâches.

 

Il y a tout d’abord le personnage principal de Margaux. L’héroïne porte le même prénom que l’auteure, et bien que le bouquin arbore le mot « roman » sur sa couverture, la promotion autour du livre laisse entendre qu’il s’agit d’une autofiction plus ou moins proche de la réalité et Margaux Guyon elle-même s’est fait un malin plaisir à sous-entendre que son récit est très largement inspiré par sa propre expérience et sa vie privée lors de différentes interviews qu’elle a données.

Dès lors la fameuse petite ville de C*****, faussement anonymisée de la sorte alors qu’il est fait « subtilement » allusion à la ville du melon, comment dire, ça fait un peu cachotterie de gamine non ? Elle ne veut pas dire le nom (au cas où on pourrait la reconnaître ?) mais fait tout pour qu’on sache quand même, ça fait un peu nunuche je trouve.

Mais bon, on va mettre ça sous le coup d’une quelconque coquetterie d’écrivain, soit, passons. Là où j’ai beaucoup plus de mal, c’est sur la personnalité de Margaux. Et quand je dis « Margaux », j’ai très envie de faire d’une pierre deux coups, et d’englober sous le même prénom unique l’auteure et son personnage, tant ce que j’ai pu percevoir de l’écrivain en interview la fait coller trait pour trait à son personnage de roman. Mais ne soyons pas mauvaise langue, je vais donc me contenter de développer mon argumentation par rapport au personnage du roman. Durant tout le récit on a une gamine (parce qu’à 17 ans je pense qu’il n’est pas injurieux de la qualifier de gamine, toute avancée intellectuellement qu’elle soit / se considère***) qui se décrit comme différente des autres. Et si elle ne le dit pas aussi abruptement dans le texte, c’est pourtant très clairement insinué à longueur de pages : Margaux est supérieure aux autres. À ses amis de son âge, aux membres de sa famille (tous affublés de tares, il est intéressant de remarquer que les descriptions se font bien plus sous un angle quasi-systématiquement négatif que positif), aux habitants de sa ville (c’est bien connu : les provinciaux sont petits, gris, ternes et terriblement ennuyeux. Il y en a même, eh ben c’est des beaufs dis-donc !!).

Quelques exemples pour illustrer ce que je dis ? Sans aucun problème, le texte en dispense à profusion...

Margaux sèche régulièrement les cours. Mais attention, elle le fait pour lire chez elle ! Et c’est pas pour se farder du Marc Levy ou du Musso de pacotille (à croire qu’une des pires crainte de Margaux Guyon soit qu’on la confonde avec une adolescente qui tiendrait un blog sur la bit-lit !!), elle, elle lit des œuvres publiées dans la Pléiade. À C***** les gens pensent petit et ne voient pas bien loin, alors qu’elle, elle a de l’ambition. Autour d’elle les gens s’habillent comme des sacs, sans aucun goût, et pire que tout, pour pas cher. Elle, elle s’habille en Diesel, en Darel, en Prada, met des Repetto. Ce roman est un véritable catalogue de marques hypes et classes, où le moindre t-shirt coûte bien évidemment un bras. Clair que vous ne verrez pas mentionné un nom du type Kiabi ou H&M… ça aurait à la limite pu, mais sous forme d’insulte alors. Et c’est un peu la même chose pour tout : quel que soit le domaine, Margaux ne connaît et ne reconnaît que le must, l’élite. Du moins ce qu’elle considère comme tel. Sûr qu’on peut toujours trouver plus snob en cherchant bien, n’empêche elle a déjà un sacré bon niveau en la matière la petite. Pour pousser encore plus avant la logique, Margaux n’est pas une « simple » prostituée, mais une call girl de luxe, aux tarifs exorbitants et à la clientèle triée sur le volet de la grande bourgeoisie d’Avignon. Et quand elle prend des vacances c’est à Courchevel bien entendu. Dès lors deux réactions me viennent instantanément. Enfin non trois, parce qu’en tout premier lieu, c’est l’envie de la secouer un peu qui me vient, mais bon c’est pas bien je sais. Ce que je me dis en lisant ça, c’est que Margaux a clairement besoin de s’exprimer et de se positionner en tant que personne. Mais qu’elle ne parvient à le faire qu’à travers l’image qu’elle se figure que des objets vont pouvoir donner d’elle. Et comme elle se voit supérieure, au minimum intellectuellement, et accessoirement financièrement aussi puisqu’elle est issue d’une famille aisée et que par-dessus cela elle va se mettre à palper grave en se prostituant, il faut que les objets qui l’entourent, et dans son esprit la définissent, soient des objets élitistes, de luxe. Idem pour ses goûts. Bref, le paraître avant l’être, ça crève les yeux tout du long du roman (et des interviews de l’auteure). Ça n’empêche pas l’intelligence et la culture on est bien d’accord, mais ça les minimise quand même méchamment… À mon sens du moins.

L’autre réflexion que je me fais à la lecture de ce fatras de références si précisément choisies pour l’image qu’elles renvoient, c’est son artificialité d’une part, mais aussi et surtout l’effet pervers qu’elles induisent. À force d’en user, parfois avec une condescendance affichée envers le « commun des mortels » qu’elle côtoie, pour se situer par rapport aux autres, pour se placer de fait au-dessus de la mêlée, pour prouver qu’elle vaut mieux et bien plus que son entourage, elle en arrive à l’effet inverse. C’est à ce point appuyé que c’en devient grossier. Presque vulgaire. Et que finalement, au lieu de faire figure de preuves de sa supériorité intellectuelle, ça ne fait que démontrer que la gamine a encore beaucoup, beaucoup de chemin à faire dans sa tête avant de devenir ce qu’elle croit déjà être. Confondre l’intelligence et la culture avec la condescendance et le mépris des petites gens, ça en dit long sur le stade de maturité réel de Margaux…

 

Bon pour le dire en un mot comme en cent, plus d’une fois j’ai eu envie de lui en coller une, histoire de lui remettre un peu les pieds sur terre à la fillette. Façon Poelvoorde dans Podium : « toi avec le poulpe sur la tête, mets-toi à genoux. Et dirige-toi vers la porte, ça t’apprendra l’humilité ». Désolé hein Margaux, on a la culture qu’on peut… et personnellement j’ai la modestie de reconnaître que la mienne ne cherche pas à se revendiquer de la Pléiade (bien que je n’aie rien contre).

 

C’est, je crois, à la fois ce qui signe le caractère et marque un positionnement fort du roman, mais qui éloigne aussi viscéralement du personnage sur un plan purement humain. Cette condescendance qui ne dit pas son nom. Ce complexe de supériorité qui s’ignore. On ne peut pas réellement se prendre de sympathie pour cette fille. Des aspects de sa personnalité sont intéressants et hors-normes, mais elle n’est jamais, à aucun moment, attachante. Son cynisme n’est pas drôle, il n’est que méchant, parfois même injustement, et c’est là sa limite. On ne sent pas de second degré derrière ses sentences, on a du mal à percevoir une quelconque douceur, une trace d’humanité, comme s’il s’était agit d’une faiblesse que Margaux eut voulu à tout prix gommer et effacer de son être. Et du coup l’effet recherché par l’auteure s’annule, pire s’inverse. Ses lectures, ses goûts, sa sensibilité artistique et esthétique devraient faire d’elle un personnage profond et riche, alors qu’en fait ce que j’ai ressenti c’est un grand vide, une insensibilité, et une superficialité criante.

 

Pour en revenir au sujet principal du livre, je dois dire que je l’ai trouvé à la fois intriguant et très révélateur quant à la personnalité profonde de Margaux, à savoir une gamine un peu gâtée et au-dessus du lot qui s’adonne à la prostitution par amusement et intérêt mais aussi je pense pour la sensation de transgression que ça lui apporte, et la réponse à cet impératif qui semble s’imposer à elle : se sentir différente (et meilleure au passage) des autres. Cela m’a immédiatement fait penser à un autre roman autobiographique qui aborde les mêmes thèmes, Escorte de Mélodie Nelson dont j’ai déjà parlé ici il y a longtemps. S’il y a de vraies différences (Escorte est beaucoup moins bien écrit et n’a pas de vraie qualité littéraire, et son personnage principal est bien plus sujette à la précarité avant de basculer dans la prostitution de luxe), il y a surtout beaucoup de points de convergence. Il est très intéressant de faire le parallèle entre les deux héroïnes de ces histoires. Elles sont toutes deux de férues lectrices et d’un niveau intellectuel certain. Elles envisagent le sexe de façon non seulement décomplexée mais surtout désacralisée, ce qui leur permet de se confronter à certaines réalités de la prostitution avec beaucoup de détachement. Et surtout elles sont très matérialistes toutes les deux, ne jurant que par les marques haut de gamme et ayant un concept particulier de l’élitisme comme leitmotiv. C’est tellement analogue d’un roman à l’autre que c’en est frappant. De là à en tirer certaines conclusions je ne sais pas si c’est suffisant, mais en tout cas c’est très largement remarquable. Enfin ce qui les lie également, c’est cette capacité à mixer gravité et légèreté sur un sujet qui d’habitude est traité uniquement sur un mode exclusivement grave et très sérieux.

 

Les mots que j’emploie dans cette critique peuvent paraître durs et cruels envers Margaux personnage/auteure, mais reflètent pourtant bien la réaction que la lecture de ce roman a entraînée chez moi. L’aspect positif c’est que pour susciter des réactions fortes, l’œuvre se situe forcément bien au-dessus du tout-venant littéraire, et c’est là une qualité que je lui concède volontiers.

Je tiens tout de même à pondérer et relativiser ma critique qui peut certainement sembler pencher davantage vers le négatif : malgré tout ce que je peux reprocher à ce roman, j’ai pourtant très envie de voir ce que Margaux Guyon, toute jeune et en devenir sur le plan de l’écriture, pourra produire comme textes ensuite. Je suis très curieux de lire autre chose d’elle, de voir si elle aura su atteindre cette fameuse maturité qui semble tant lui importer (et finalement lui échapper malgré tous ses efforts pour nous convaincre du contraire) dans ce premier roman. Une auteure qui donne envie de la suivre, n’est-ce pas là l’essentiel ?

 

* pas évident à placer celui-là. Je ne suis pas mécontent de moi sur ce coup.

** dit le mec qui n’en a jamais lu.

*** je vous laisse cocher le verbe qui conviendra le mieux selon vous.

***** ces étoiles ne sont pas de moi mais proviennent du texte original du roman.

 

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20 février 2019 3 20 /02 /février /2019 09:46

Ce roman a été édité dans le cadre d’une collection basée sur le thème du Vendredi 13. Comme son auteur, Jean-Bernard Pouy, a comme qui dirait un tout petit esprit de contradiction chevillé au corps, il a donc intitulé son histoire Samedi 14, histoire de bien donner le ton de son récit. Parce que l’esprit de contradiction, ou en tout cas la ferme volonté de ne pas se laisser imposer quoi que ce soit, c’est justement l’un des traits principaux du personnage central de son roman. Dont je vais de ce pas vous toucher deux mots.

 

Ce personnage donc, c’est Maurice Lenoir, un cinquantenaire paisible qui vit retiré dans une petite maison de la Creuse. Retraité avant l’âge, il vivote du RSA et des légumes qu’il fait pousser dans son jardin. Ses plaisirs sont simples : la nature, le calme, la lecture de l’œuvre de Raymond Queneau et de temps en temps l’apéro chez les petits vieux qui lui tiennent lieu de voisins. Sauf que Maurice ne s’appelle pas vraiment Maurice. Son vrai nom c’est Maxime Gerland, et dans sa jeunesse il a été un activiste de l’ultra-gauche, anarchiste convaincu, chef de file du collectif « Van Gogh », un groupe d’activistes qui avaient pour habitude de couper une oreille des puissants et autres dirigeants qu’ils capturaient avant de les relâcher. À l’époque, il était rien moins que fiché comme terroriste et recherché par toutes les polices de France et de Navarre. Mais il a tourné la page et s’est fondu dans le décor, la flicaille ne lui a jamais mis la main dessus et depuis il coule des jours tranquilles, retiré à la campagne, à peine dérangé par un lumbago chronique enquiquinant. Le seul hic, c’est que ses voisins, les Kowa avec qui il va partager un verre de guignolet régulièrement, sont les parents d’un certain Stanislas Favard, politicien ambitieux et droitier qui vient d’être nommé … ministre de l’intérieur*. Évidemment si Maurice avait su il n’aurait pas été pris au dépourvu, mais ce sinistre politicard avait pris le nom de jeune fille de sa mère pour faire plus français. À la nomination de Favard, voilà-t-y pas qu’un bataillon de CRS débarque dans le quartier pour assurer la protection rapprochée des voisins. Faut dire que le ministre n’est pas le plus apprécié, on cherche donc à protéger ses proches. Et ces cons de flics viennent lui chercher des poux dans la tête pour quelques plants de cannabis que Maurice cultive sur son lopin de terre. Parce que bon, les légumes c’est bien et c’est nourrissant, mais quand même quand on a été un anar gauchiste on garde quelques vieilles habitudes pour se détendre de façon naturelle et bio…

Sauf que là trop c’est trop, Maurice redevient Maxime, et malgré l’âge et le manque d’exercice, décide qu’il ne va pas se laisser emmerder plus longtemps, Et puis si dans la foulée il peut s’occuper du cas du ministre, c’est joindre l’utile à l’agréable. C’est donc parti pour une cavale à travers la France mais aussi l’Italie, ponctuée de rebondissements et de nostalgie pendant que les Renseignements Généraux, qui se sont enfin rendus compte de la véritable identité du voisin des Kowa, se lancent à sa recherche. Le patron de la DCRI qui connaît l’oiseau prévient sa hiérarchie que compte tenu de son âge « il ne va pas se relancer dans des actions violentes ou subversives mais va simplement tenter de nous emmerder un maximum ». Et il est loin d’imaginer à quel point Maxime a conservé son pouvoir de nuisance !!

 

Bon, déjà là, normalement, tous ceux qui aiment les histoires de vieux bandits sur le retour sont conquis. Les gauchistes et pro-anar et revendicatifs dans l’âme aussi. Les amoureux de polars bien écrits, itou. Quand en plus de cela je vous aurai dit que c’est écrit avec une truculence et un amour des mots, de l’argot et des expressions imagées qui font mouche, ça va attirer encore toute une tranche de lecteurs. Amoureux d’humour noir et de cynisme bien à la française, bienvenue, c’est ici que ça se passe ! Allez hop, des lecteurs en plus. Bon ça commence à faire du monde, et c’est tant mieux, parce que je vous le dis comme je le pense : Samedi 14 c’est vachement bien, c’est drôle, c’est impertinent, c’est racé, c’est rythmé, c’est original, c’est inattendu, c’est généreux, c’est malin.

 

Bref : lisez-le !!

 

* toute ressemblance avec un certain Nicolas S, est à mon humble avis absolument et parfaitement voulue.

 

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26 décembre 2018 3 26 /12 /décembre /2018 10:00

Avec La nuit des temps, je fais ma troisième incursion dans l’univers de René Barjavel. Mon premier essai avec L’Enchanteur avait été un flop, ma deuxième tentative avec Le voyageur imprudent s’était révélée plus positive sans pour autant éveiller un enthousiasme débridé de ma part (c’était en 2010 déjà...). C’est donc avec l’un de ses incontournables les plus plébiscités que j’ai enchaîné. Ah je sens que le suspense monte et devient intolérable. La horde en furie des lecteurs de mon blog (mais si mais si) qui a été tenue en haleine pendant ces huit dernières années sans avoir de réponse à cette question cruciale restée en suspens, n’en peut plus d’attendre.

Eh bien mes amis, mes lecteurs, ma horde en furie, aujourd’hui vous allez être délivrés de cette cruelle incertitude. Ça valait le coup d’attendre non ?

 

Mais d’abord… voyons voir de quoi ça cause.

Antarctique. Des chercheurs français font une découverte incroyable. À près de 1000 mètres sous la glace qui recouvre le continent, un signal est détecté par les appareils sondeurs. Pourtant à cette profondeur, quoi que ce soit, cela date d’environ 900 000 ans… Dès lors pour percer le mystère (et la couche conséquente de glace qui les sépare du signal), une mission internationale inédite est mise en place, qui voit toutes les nations coopérer. Arrivé à la source du signal, on découvre l’incroyable, l’impensable : des vestiges d’une civilisation ancienne et très avancée scientifiquement. Et parmi ces vestiges, deux corps, un homme et une femme, sont placés en animation suspendue, prêts à être sortis de leur léthargie. Les scientifiques décident alors de réveiller la femme…

 

… et je vais m’arrêter là pour le résumé, histoire de ne pas tout dévoiler à qui voudrait le découvrir de lui-même en se lançant dans la lecture de ce roman.

 

Alors évidemment, là on tape en plein thème SF, exactement du genre de ceux que j’affectionne (comme c’était déjà le cas pour Le voyageur imprudent). Mais l’auteur déborde très largement de ce qu’on pourrait considérer être les frontières du genre. En effet, les trois angles principaux sous lesquels le récit est abordé sont très différents et complémentaires. Tout d’abord il y a le présent, la collaboration entre scientifiques du monde entier, l’exploration, les questionnements qui sont soulevés, les problèmes techniques et leurs résolutions, la découverte et ses répercussions. Là on est en plein récit SF, et j’aime beaucoup. Mais il y a aussi le passé, puisque par flashbacks interposés, Barjavel nous raconte comment cette civilisation si ancienne et avancée en est arrivée à disparaître. Cette partie lorgne un peu vers le conte, la légende, le mythe. Et puis il y a la partie intimiste, celle qui met en avant les sentiments des protagonistes et en particulier de deux d’entre eux, les principaux : le Docteur Simon, l’un des dirigeants français de l’expédition polaire, et Elea, la femme en animation suspendue qui va être réveillée par les scientifiques qui l’ont trouvée sous la glace. Et là pour le coup on est en plein roman à l’eau de rose, grand-amour et passion dévorante en sont les principaux ingrédients. J’avoue que cette partie m’a un peu plus posé de problèmes que les deux autres…

 

J’ai ressenti des sentiments contradictoires et ambivalents à la lecture de ce roman. Autant j’ai été dès le départ intrigué par l’histoire, j’ai voulu tout du long de ma lecture en savoir plus, autant certains aspects du récit m’ont fait tiquer, voire m’ont déstabilisé. Tout d’abord, ce livre a été écrit en 1968, et il est terriblement ancré dans cette période. Même sans connaître sa date de parution, on pourrait deviner aisément de quand il date. La confrontation entre bloc de l’Est et Occident, ce parfum de guerre froide omniprésent, l’arme solaire développée par le Gondawa et l’Enisoraï qui rappelle furieusement la peur de l’arme nucléaire née dans les années 50, les manifestations d’étudiants pour la paix qui ne sont pas sans lien avec les revendications pacifistes contre la guerre du Vietnam et le mouvement de Mai 68 en France… Barjavel a clairement introduit dans son roman beaucoup d’éléments d’actualité de la fin des années 60. Forcément quand on le lit aujourd’hui, on ne peut s’empêcher d’y voir ces références un peu datées. Et le décalage avec la situation géopolitique d’aujourd’hui. Si rapprochement on devait faire, ce serait ironiquement plutôt entre notre actualité et les faits relatés dans le lointain passé imaginaire d’il y a 900 000 ans…

En soi cet ancrage dans les années 60 n’est pas bien grave, cela dit il entame tout de même l’idée de modernisme du roman. Ce qui est toujours un peu dommage quand il s’agit de SF qui ne se veut pas ouvertement uchronique…

 

La partie du récit consacrée à ce qui se passe il y a 900 000 ans est à la fois intéressante et frustrante. Intéressante car l’idée est bonne et l’envie d’en savoir plus immense, mais frustrante car elle aurait mérité bien plus de développement, de détails, de complexité. Le roman est d’une taille moyenne, ce qui fait que Barjavel ne rentre pas trop dans de tels détails. Ce sont pourtant justement ce type de détails qui sont d’une importance cruciale pour dépasser le stade du conte et rendre le récit réel, crédible, vrai. Durant toute la partie dédiée aux gondas et aux enisors, je n’ai pas pu me détacher de cette impression que l’auteur nous racontait une légende plutôt que des faits historiques. Et ça m’a retenu, et clairement freiné dans l’envie pourtant réelle que j’avais de pleinement entrer dans le récit.

 

Et ce n’est pas la partie sentimentale qui m’en aura convaincu, bien au contraire. C’est certainement à mes yeux la partie la plus faible du roman. L’histoire d’amour impossible entre Elea et Païkan qui se veut un peu artificielle dans son déroulement et son dénouement, penche très ostensiblement vers les histoires d’amours maudits à la Roméo et Juliette ou Tristan et Yseult. Autant le dire de suite, ça n’est pas ma tasse de thé. C’est simple, moi si vous voulez me prendre par les sentiments, vous me parlez de Marv qui se retrouve accusé du meurtre de Goldie dans Sin City – The Hard Goodbye, et là je pourrais bien lâcher une petite larme pour cette brute de Marv qui se sacrifie pour trouver le véritable coupable. Mais Roméo et Juliette, comment dire… un peu trop premier degré, un peu trop gentillet et naïf, enfin bref non quoi. Du coup l’effet Elea & Païkan c’est un peu la même chose pour moi, ça tient plutôt du repoussoir. Quant à l’amour contrarié de Simon et Elea on est un peu dans le même genre de limonade, à ceci prêt que là on se situe plus dans l’hypocrisie que dans la naïveté. Elea est la femme parfaite, des pieds à la tête elle est la quintessence de la féminité. En gros c’est Natascha McElhone. Ou Monica Bellucci si vous kiffez l’accent italien. Et le père Simon il en tombe follement amoureux au premier regard, alors même qu’elle est encore toute pétrifiée dans son sarcophage d’hélium solide. Mais amoureux à un point que vous n’imaginez pas. Sauf que tu ne tombes pas amoureux d’une poupée de cire momifiée aux mensurations parfaites. Non, désolé. Tu peux la trouver belle à crever, oui, mais dans ce cas-là, avec un tout petit peu de bonne foi, tu vas dire que tu la désires plus que tout, que tu vendrais un rein et te crèverais un œil pour l’avoir dans ton lit et lui faire des trucs interdits aux moins de 18 ans, mais t’es gentil tu nous serines pas avec l’amour. L’amour je veux bien, mais plus tard quand tu la connaîtras un peu, au moins après avoir échangé quelques mots quoi (eh ben oui, imagine la nana over-sexy mais qui sort niaiserie sur niaiserie en parlant avec une voix de canard*, t’auras l’air bien con avec ton amour fou du coup). Là tout de suite sur le moment, c’est les hormones qui parlent, pas le coeur. Soyons honnêtes. Nan mais sans déconner…

Entendons-nous bien : je ne jette pas la pierre à Simon, du tout. Mais qu’il ne nous prenne pas pour des jambons, c’est tout.

 

Donc voilà, grosso-modo, ce que j’ai envie de vous dire sur La nuit des temps de Barjavel.

J’ai peut-être pris un peu de temps pour vous expliquer ce qui m’a gêné dans cette histoire mais ne vous méprenez pas, j’ai plutôt trouvé l’histoire intéressante dans son ensemble. Mais encore une fois, Aïe caramba, je n’ai pas été complètement convaincu par le talent de Barjavel. Et si je me remémore mes deux précédentes tentatives, je me demande si peut-être, par hasard, je ne serais pas un poil trop vieux ? Pas pour le lire, mais pour le découvrir. Et que du coup la magie opère moins, que je vois autant les aspects positifs que ceux négatifs dans son écriture. Si vous avez un avis là-dessus, n’hésitez pas à l’exprimer !!

* et là je paie des frites à celui ou celle qui me dira d’où sort cette référence nasillarde, en plus d’obtenir toute mon estime éternelle. Bon ma frangine a le droit de répondre si personne ne se manifeste sous 3 jours, parce que elle, je suis sûr qu’elle sait**.

 

** normal, c’est ma frangine.

 

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13 décembre 2018 4 13 /12 /décembre /2018 14:15

Je suis tombé sur ce roman de façon particulière. J’ai tout d’abord entendu parler du film Winter’s Bone qui a eu une presse assez élogieuse à sa sortie, et signait les débuts de la gloire de celle qui est aujourd’hui l’une des actrices hollywoodiennes les mieux payées, Jennifer Lawrence. Ce film de 2010 est l’adaptation du roman du même nom de Daniel Woodrell. Ce dernier, bien que s’étant fait connaître depuis le début des années 2000 pour quelques romans à succès m’était jusqu’alors resté inconnu…

Connaissant ma très forte tendance à ne plus lire un roman dont j’ai déjà vu l’adaptation cinématographique, et étant plutôt attiré par le point de départ de l’histoire, je me suis donc mis à la lecture du roman, m’interdisant la vision préalable du film.

 

Avant d’en dire plus, voici de quoi il s’agit. Un hiver de glace se passe dans la région des Ozarks. « Où ça ? » vous entends-je déjà demander ? C’est un coin paumé, une région montagneuse et oubliée, coincée à cheval entre l’Arkansas, le Missouri, l’Oklahoma et le Kansas. Bref, le trou du cul des USA. Ree Dolly, 16 ans, y survit tant bien que mal, avec à sa charge ses deux petits frères. Sa mère a tourné dingo et son père, Jessup, repris de justice en liberté conditionnelle, a disparu depuis quelques semaines. L’hiver est là, et un matin le shériff du comté débarque dans la bicoque des Dolly pour annoncer que Jessup avait hypothéqué la maison familiale pour payer sa caution. Et que si le bonhomme ne se présente pas à son procès tout proche, Ree et sa famille seront expulsés. La jeune fille décide alors de partir battre la campagne profonde à la recherche de son paternel, ce qui va s’avérer aussi compliqué que dangereux…

 

Outre le climat plus que rude du coin et les paysages de campagne américaine reculée, c’est surtout une plongée dans une Amérique profonde et rurale comme on a peu souvent l’occasion d’en voir (on peut en avoir un autre aperçu dans la série télé Outsiders que je recommande). Ici, le soleil de Californie et les gratte-ciels de New-York, c’est de la carte postale. Ici les hommes sont aussi rudes et âpres que le froid mordant de l’hiver. La pauvreté règne, le royaume de la démerde et de l’ignorance crasse c’est l’environnement dans lequel se débat du mieux qu’elle peut la jeune Ree. Et c’est peu de dire qu’elle ne peut pas compter sur grand monde dans sa quête. L’endroit est plutôt propice à la méfiance envers tous ceux qui l’approchent. Et justement, c’est parce qu’elle évolue dans un environnement aussi sombre, hostile et désespérant, que toute la force et la volonté qu’elle porte en elle la rendent par contraste extrêmement positive, lumineuse, solaire.

 

Avec elle, le lecteur croise une panoplie de personnages plus inquiétants et glauques les uns que les autres. On ne s’identifie pas forcément à la jeune Ree (en tout cas ce ne fut pas mon cas) mais on ne peut s’empêcher de s’inquiéter, d’avoir peur pour la jeune fille. Une jeune femme qui du haut de ses 16 petites années, donne une véritable leçon de courage, d’obstination et de volonté. Pourtant rien ne lui sera épargné, et je préfère vous prévenir, l’histoire se veut sombre et elle l’est jusque dans ses détails les plus sordides. C’est d’ailleurs, bien au-delà des températures extrêmes de l’hiver, ce qui est réellement glaçant dans ce roman : l’histoire est à la fois très glauque mais aussi d’un réalisme pétrifiant. Du genre à vous faire regarder cette si grande Amérique d’un tout autre œil à l’avenir…

 

Je ne vais pas m’étendre plus avant sur ce bouquin, de peur d’en dire trop et d’en gâcher le contenu à ceux qui voudraient s’aventurer dans sa lecture, mais je ne peux que le recommander à ceux qui n’ont pas peur de se confronter à la réalité d’une autre Amérique que celle qu’on nous donne à voir habituellement...

 

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4 décembre 2018 2 04 /12 /décembre /2018 11:08

Ce qui m’a tout de suite attiré dans ce livre, c’est le thème qu’il aborde : les enfants de Cléopâtre. Si la Reine d’Égypte est restée dans l’histoire et la mémoire collective, mémoire régulièrement alimentée par des films, livres, BD ou séries la mettant en scène, il n’en est pas de même de sa descendance. Elle a pourtant eu quatre enfants. L’aîné, Ptolémée-César dit Césarion, est le fruit de son union avec Jules César du temps de sa splendeur. Après la mort de l’empereur romain, celui qui a été l’un des plus fidèles généraux de César, Marc Antoine, va prendre sa suite en régnant sur l’Orient, qui lui est dévolu dans le cadre du Triumvirat. Cléopâtre et l’Imperator d’Orient entament alors une longue liaison dont naîtront trois enfants : les jumeaux Alexandre Hélios et Cléopâtre Séléné d’abord, puis Ptolémée Philadelphe.

 

C’est le destin de ces quatre enfants et tout particulièrement celui de Séléné qui sera la seule de la fratrie à survivre à l’affrontement qui va opposer son père Marc Antoine à Octave pour le pouvoir complet sur Rome et ses provinces, que nous conte Françoise Chandernagor dans Les enfants d’Alexandrie.

 

Ce qu’il faut savoir avant toute chose, c’est qu’il s’agit ici du premier tome d’une trilogie dont le personnage central est Séléné. Dans cette première partie donc, l’auteure évoque l’enfance de cette fratrie au sein des palais royaux d’Alexandrie, entourés des esclaves, eunuques, nourrices et pédagogues dévolus à leur éducation. Ces enfants sont des enfants rois, et en pleine Antiquité cela veut dire que malgré leur âge ils sont déjà souverains de différentes contrées, promis à des mariages arrangés avec d’autres familles royales de l’époque et soumis à de nombreuses contraintes et protocoles à suivre du fait de leur rang. Françoise Chandernagor dresse le portrait de ces enfants qui n’en sont pas vraiment, et nous plonge dans une époque, avec ses croyances et ses coutumes, qui n’a que très peu de choses en commun avec la nôtre. Ce premier tome se termine alors que Séléné n’a que dix ans, se concluant en même temps que sa vie égyptienne. Octave ayant triomphé contre les troupes de Marc Antoine, alors que ce dernier ainsi que Cléopâtre se sont donné la mort, Séléné va être ramenée, telle un trophée de guerre, par Octave à Rome où elle terminera son enfance (dans le second tome donc).

 

Françoise Chandernagor nous fait suivre aussi bien le quotidien des enfants que la vie de leurs illustres parents, si bien que dans ce premier tome de la trilogie, il n’y a pas réellement de personnage central, Séléné n’étant pas plus mise en avant du récit que les autres enfants ou leurs parents.

Ce qui est très intéressant c’est le mélange entre l’érudition du livre d’histoire et le romanesque de la vie des Ptolémée. Ce livre, qui est un roman, oscille sans cesse entre les deux. Son auteure le confesse d’ailleurs en postface, si son œuvre est extrêmement documentée et qu’elle a mis beaucoup de soin à respecter la réalité historique (du moins ce que l’on en connaît), il reste de très larges « zones blanches » qu’il lui a fallu combler, et c’est là qu’interviennent ses talents de romancière. Elle explique et défend ses choix et les libertés qu’elle a été obligée de prendre pour palier le manque de connaissances historiques dans certains domaines et pour quelques situations. Le roman et l’histoire se côtoient donc, mais de très belle et passionnante manière, pour offrir une version des faits à la fois plausible et réaliste mais aussi humaine et accessible.

 

Moins grand spectacle mais certainement bien plus proche de la réalité historique que ce qu’on a pu voir par exemple dans la sublime série Rome de HBO il y a quelques années (honteusement stoppée à sa seconde saison alors qu’elle promettait tant de belles choses encore à venir…), c’est pourtant bien avec en tête les visages des comédiens de la série que j’ai lu toute la partie concernant la relation entre Cléopâtre et Marc Antoine (Lyndsey Marshall et le génial James Purefoy respectivement dans ces rôles).

 

Sans avoir été complètement emballé par le texte de Chandernagor, ce fut pour moi une très agréable lecture, intéressante et instructive pour qui s’intéresse à cette période de l’Antiquité. Qui appelle à n’en pas douter à se plonger dans le second tome de la trilogie de La Reine oubliée.

 

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2 juillet 2018 1 02 /07 /juillet /2018 09:27

Ce roman, L’Attrape-Cœurs de Jerome David Salinger fait partie de ces œuvres cultes qui hantent la culture populaire et qui fait qu’on se trouve toujours un peu con de ne pas l’avoir lu alors que tout le monde autour de soi semble l’avoir fait.

Par chance, contrairement à des pavés littéraires tels Le Seigneur des Anneaux dont la qualité pourrait presque être mesurée au poids, le roman de Salinger est court, et donc bien plus facile et rapide à lire. C’est pourquoi je me suis donc décidé à combler l’une de mes nombreuses lacunes culturelles en me jetant à l’abordage de ce bouquin.

 

D’abord un mot rapide sur le sujet du livre. Dans L’Attrape-Cœurs on suit les pérégrinations d’un jeune homme, mi-rebelle mi-moralisateur, qui du haut de ses seize ans donne son avis sur à peu près tout ce qui l’entoure, et en particulier sur les sujets qui l’intéressent le plus, à savoir la littérature, la musique et les filles. Holden Caulfield vient de se faire renvoyer de son école. C’est donc clope au bec que le jeune homme va errer, seul à New-York, pendant trois jours avant de rentrer chez lui.

 

Voilà, je préfère faire court, le roman l’étant lui-même, pour ne pas trop en raconter. Parce que faut bien le dire, il ne s’y passe pas tant de choses que ça non plus dans ce roman, donc autant en laisser un peu à découvrir si vous comptez le lire prochainement. À vrai dire j’ai eu un peu de mal à me faire à ce personnage qui sort des sentiers battus. Qui est bourré de contradictions aussi. Avant tout je replace le livre dans son contexte d’origine : sorti en 1951 aux États-Unis et premier roman d’un auteur qui ne signera quasiment plus rien d’autre (en tout cas de notable) par la suite, L’Attrape-Cœurs va acquérir une aura d’œuvre culte auprès de la jeunesse car précisément il sera l’un des tout premiers à s’adresser à elle en adoptant le point de vue d’un adolescent moderne qui use d’un langage familier.

C’est peut-être là que le bât blesse, car de moderne il n’a plus rien du tout quand on le lit aujourd’hui. Que ce soit ses préoccupations, son langage (qui se veut transgressif, et qui l’était bel et bien à l’époque) ou son comportement, je crains que peu de mômes actuels du même âge ne se retrouvent en lui. Vu de notre XXIème siècle ultra-connecté, Holden Caulfield renvoie à une image surannée de l’Amérique d’après-guerre. Il a ce charme désuet d’une époque ou prononcer, et encore bien pire : écrire, un mot ordurier était le chantre de la rébellion. Aujourd’hui si un « fuck » ne vient pas, au minimum, ponctuer chaque fin de phrase, on passe pour un mec au langage châtié. Constatez par vous-même le gouffre qui s’est installé entre la notion de rebelle en 1951 et celle qu’on lui donne de nos jours (du reste, voilà de quoi réfléchir et disserter pendant quelques heures : c’est quoi être rebelle de nos jours ?).

Alors pour replonger dans une ambiance rétro (je n’ai pas dit ringarde notez bien) ce roman peut avoir un certain charme. Cela dit, dans ce domaine je lui préfère du coup un roman de Joe Fante, plus immersif et moins moralisateur à mon goût. Ou pour élargir les supports, je ne peux que conseiller la sublime série Mad Men, insurclassable en ce qui concerne l’ambiance rétro (dans Mad Men on est justement spectateurs des 60’s, décennie charnière durant laquelle l’art de vivre des 50’s disparaît peu à peu pour laisser place à celui des 70’s, rénovateur, libérateur et jouisseur).

 

Mais pour en revenir à la morale que j’évoquais plus haut, il me semble que malgré toute la réputation de rebelle qu’a Holden Caulfield dans l’imaginaire populaire, avant tout entretenue selon moi par une censure qui s’est acharnée pendant des années sur ce roman, il ne l’est en réalité pas tant que ça. Loin de là même. Certes je l’ai dit, dans son expression et par son langage, il sortait des rails de la bienséance, cela ne fait aucun doute. C’est très certainement ce qui lui a valu cette réputation sulfureuse. Mais dans les idées, c’est tout autre chose je trouve. Caulfield, par bien des aspects et à plusieurs moments, est plutôt à ranger parmi les conservateurs, les réactionnaires, ou à tout le moins les moralisateurs. L’exemple qui illustre le mieux cela, est je pense l’image qu’a le garçon des femmes. Que ce soit son amie d’enfance pour laquelle il a de tendres pensées, sa petite sœur Phoebe, ou encore la prostituée avec laquelle il monte dans sa chambre, à chaque fois il offre une image très rétrograde et conservatrice de la femme dans la société, et plus encore des rapports entre hommes et femmes. C’est pour moi en parfait décalage avec l’image de jeune pousse qui se rebelle contre l’ordre en place, et qu’on prête si volontiers au personnage. Se rebeller et faire la morale en même temps, voilà un grand écart singulier qui m’aura gêné pendant cette lecture...

Alors que JD Salinger avait si bien su capter les préoccupations et surtout les façons de s’exprimer des jeunes de son époque, dans les pensées de son personnage, ce sont surtout les pensées d’un homme adulte de son temps (Salinger avait 32 ans au moment de la parution de son roman) que l’on reconnaît.

 

Vous l’aurez compris, ce roman ne m’a pas fait l’effet attendu. Sans le considérer mauvais pour autant, j’ai été plutôt content qu’il ne soit pas trop long, ma lecture s’en est trouvé facilitée. Je peux comprendre sur un certain plan que ce livre ait pu fasciner, surtout quand on se replace dans le contexte de l’époque de sa parution. Qu’il ait gardé cette aura subversive par la suite, et encore aujourd’hui, m’étonne cependant. Il y a tant d’œuvres bien plus importantes (selon moi) et surtout bien plus subversives (toujours selon moi) qui ont paru au cours de ces cinquante dernières années que celle-ci me semble un peu usurper sa réputation.

 

Et pour finir, juste un petit mot pour démontrer une fois de plus que tout mène toujours d’une manière ou d’une autre aux comics… quel rapport entre JD Salinger et les comics me demandez-vous ? Eh bien figurez-vous que son fils se nomme Matt Salinger, et que Matt Salinger a été en 1990, la première incarnation au cinéma de Steve Rogers. Qui est Steve Rogers ? Ben Captain America bien évidemment !

 

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21 juin 2018 4 21 /06 /juin /2018 08:52

Le titre de ce roman est à lui seul tout un programme. Chez les Grecs. Vous voyez ce que je veux dire ? Oui ? Eh bien vous avez raison, c’est exactement ça. Et bien plus encore que vous ne l’imaginez.

 

Avec son second roman, Serge Le Vaillant*, producteur et ex-animateur de radio à France Inter, nous emmène dans le sillage de son anti-héros gouailleur. Je sais que ce qualificatif d’anti-héros est utilisé sans arrêt et servi à toutes les sauces, mais là, croyez-moi, on tient le champion du monde toutes catégories confondues, le loser ultime, l’aimant à cons et à emmerdes. Personne ne peut défier Michel Boulard (rien que son patronyme suffit déjà à distancer la majorité de ses concurrents) dans un concours de loose. Même le plus poissard des grands blonds avec une chaussure noire devra se rendre à l’évidence : à côté de lui, tout le monde peut se considérer comme bienheureux.

 

Alors voilà, on débute ce roman en faisant connaissance avec Michel. Cinquante balais et des brouettes, à la colle avec Josiane Poilbout, de quatorze ans sa cadette, comédienne en éternel devenir, artiste pleurnicheuse dans l’âme, et surtout casse-couille notoire. « Elle avait un beau cul mais guère de pulpe dans le citron ». Le constat est parfaitement fidèle à la réalité, Michel n’est pas né de la dernière pluie, il le sait bien. Mais voilà, il l’aime sa Josy. Comme un fou, comme un soldat… ou plutôt comme dans une chanson de Frédéric François, dont il a été fan dans sa jeunesse provinciale et qu’il n’a jamais renié depuis. Non, Michel n’a pas forcément toujours bon goût, surtout en matière musicale. Il a quand même connu une période où il s’est approché de son rêve, devenir une star du showbiz, après avoir connu quelques succès locaux en tant que Michael Winter. Il était monté sur Paris, tenter sa chance, se lancer dans le grand bain, caresser l’espoir... Il a été reçu.

Enfin bref, Michel Boulard, prolo sans grande ambition ni plus aucune illusion sur le monde, avait cru qu’une seconde chance dans la vie lui était offerte quand il avait rencontré Josiane. En plus elle voulait un enfant de lui. Jusqu’à cette fichue veille de Noël, quand elle lui a demandé de se déguiser en Père Noël pour amuser sa petite nièce Madison. Et comme la location du costume lui avait coûté bonbon, elle s’est mise en tête de la rentabiliser en allant visiter quelques autres familles de sa connaissance dans la soirée. C’est là que ça a dérapé. Mais bien comme il faut.

 

Je n’en dis pas plus parce que chaque page de ce roman est exceptionnelle. Et mieux vaut ne pas trop en savoir pour le savourer pleinement. C’est écrit avec une verve, une fluidité, une fraîcheur à faire pleurer tant c’est beau**. C’est simple, je crois qu’il n’y a pas une seule page qui ne m’ait pas donné envie de prendre des notes pour en faire une citation dans cet article. Bon attention quand même, c’est pas du Balzac ni du Proust, c’est du Michel Boulard. Oui parce que c’est lui qui écrit, en fait on lit ses mémoires, ou plus exactement son journal (il y raconte ce qui lui arrive tout en s’autorisant de larges flashbacks qui lui permettent de retracer toute sa vie), qu’il rédige pour deux raisons : d’abord parce qu’il aime bien écrire, ensuite parce que c’est ce qui l’aide à tenir le coup dans l’adversité.

 

Faut dire que l’adversité, ben elle est balèze. Il y a du monde qui se bouscule au portillon au départ de la course à celui qui réussira à le faire le plus chier ce pauvre Michel. Que ce soit son patron ou la bande de cons de compétition qui forme sa belle-famille, les concurrents rivalisent d’ingéniosité et de talent. Déjà tout petit, ses parents n’avaient pas été de ceux dont on peut rêver pour vivre une enfance heureuse. Mais faut être honnête, celle qui détient le pompon, ça reste cette connasse de Josiane. Parfois il se demande ce qui le retient de se barrer ou de lui en coller une : ah ben oui, c’est vrai, il l’aime. Profondément, passionnément. Il est prêt à tout lui passer tant il l’aime, et au fond de lui il le sait bien que ça fait de lui le plus grand con des deux.

 

On pourrait dire de ce livre que c’est une longue descente aux enfers pour son personnage principal. À ceci près que deux choses :

1. c’est tellement bien écrit que c’est d’une drôlerie irrésistible, ce qui, on l’admettra aisément, est plutôt inattendu comme ton pour une descente aux enfers « classique »,

et 2. on ne peut pas vraiment parler de descente, puisqu’on comprendra au fur et à mesure de ce roman / journal / confession que pour Michel ce n’est qu’une longue et ininterrompue suite d’événements juste aussi merdiques les uns que les autres. L’enfer, pour ainsi dire, il n’y est pas descendu, il y est plutôt né et y a vécu toute sa vie.

 

Enfin… peut-être pas vraiment toute sa vie. Il y a eu un moment, une parenthèse enchantée et une lumière étincelante au milieu de son existence faite de grisaille et de couleuvres à avaler tout rond. Un moment dans sa vie certes, mais qui ne le quittera plus jamais.

C’est je crois d’ailleurs, sans vouloir en dévoiler la teneur, ce qui est vraiment le plus réussi dans ce bouquin, que par ailleurs je trouve génial du début à la fin. Ce mélange d’humour dévastateur, de regard froid et sans concession sur l’existence, de déveine improbable et d’une profonde nostalgie, est la marque d’un amour sans équivalent, d’une profondeur d’âme incroyable, d’une douleur et d’une douceur indécelable d’un simple coup d’œil.

 

Évidemment ce roman est d’une drôlerie incroyable, du genre à vous faire vous bidonner en douce à chaque page, quitte à passer pour un imbécile heureux aux yeux de ceux qui sont assis à côté de vous et ne savent pas pourquoi vous êtes tout seul comme un con à votre table de café, hilare. Mais ne vous y trompez pas, l’humour sans borne que déploie le narrateur (et à travers lui bien sûr l’auteur) est juste indispensable. Sans cet humour, vous ne pourriez pas lire le quart du dixième de cette histoire sans aller vous pendre. Et puis il a une seconde utilité nécessité : il rend l’ensemble encore plus féroce. Car l’humour ici est autant une arme défensive qu’un adoucisseur de saloperies. Et il n’y a rien de pire, ou rien de mieux c’est selon, que de parvenir à faire rire avec des choses horribles. Quand je dis que l’humour est féroce, ce n’est pas tant par lui-même qu’il revêt cette particularité, c’est parce qu’il révèle la vie sous son vrai jour. Implacable. Imparable. Injuste.

 

D’ailleurs c’est à noter, le narrateur le dit très clairement : il est athée jusqu’au bout des ongles, les bondieuseries et autres croyances de grenouilles de bénitier, le font au mieux chier, au pire gerber. « Notre père qui es aux cieux, sois le vraiment, bordel de merde ! […] Dieu qui permettrait des guerres en son nom, les enfants handicapés et malades, les gosses crevant de misère et qui m’en voudrait beaucoup d’avoir maté, avec concupiscence, l’épouse du voisin ou parce que je ne porterais pas la coiffe bigouden. Foutaises. »

Car c’est bien le minimum quand on s’en prend plein la tronche à ce point-là. De ne pas croire en Dieu. Parce que si Dieu existe, alors ce serait un sacré enfoiré de vicelard sadique pour imaginer et réserver une telle avalanche de merde à un pauvre type qui n’en demandait pas tant. Pire encore, si Michel avait été bouddhiste : il aurait alors su sans la moindre ombre d’un doute qu’il avait dû être une ordure de première classe dans une vie antérieure pour mériter tout ce qui lui arrive.

Non vraiment, il valait mieux être athée pour Michel je crois. D’autant qu’au moins, hormis ses goûts musicaux, ça prouve que le bonhomme est posé, et doté d’un solide bon sens.

 

« J’ai trop idéalisé ce que je croyais être la plus grande merveille de l’univers connu : une bonne femme.

J’ai pourtant des goûts simples. Je ne sais rien de plus émouvant qu’une dame, les cheveux en vrac et mouillés, qui observe sa métamorphose au salon de coiffure. Une demoiselle qui bronze bottomless sous les regards fuyants de vacanciers hypocrites. N’importe quelle forme de fesses dans des jeans. La tendresse de la chair à l’intérieur d’un poignet. L’arche des cuisses, en ombre chinoise, sous une blouse blanche. Les cernes et le piercing de la petite caissière gothique à Super U. Le décolleté abyssal de la bourgeoise qui prenait ses commissions dans le caddie. Les pieds nus sur le tableau de bord de la voiture qui me double. Le duvet doré sur les mollets. Le bourrelet par-dessus la ceinture. Une femme nue qui se maquille. La variété infinie des grains de peau. Les tétons qui pointent leur relief sous un vêtement. Le sourire de la veuve retraitée qui se fait courtiser encore. La queue de souris glissée dans la raie. Le bouton d’acné sur l’épaule. Les cratères de cellulite et les dents du bonheur. Si une femme m’avait permis de l’aimer, il n’y aurait eu qu’elle dans ma perspective et pour le temps que le hasard m’accorde. Pour elle, j’aurais été contemplatif et actif à sa mesure. Mettant en berne mes phantasmes égoïstes pour mieux être à l’écoute de ses désirs sans négliger ses besoins. J’aurais été le meilleur amant, du verbe aimer et du monde, sans chercher à le faire savoir. Je suis Michel Boulard. Vieux célibataire à la ramasse. Régulièrement enculé sans jamais avoir pratiqué la sodomie, même quand certaines demoiselles le réclamaient. »

 

Il ne se raconte pas d’histoire le Michel. Il sait qui il est, il a conscience de sa condition. Et pourtant il continue, il s’obstine à voir du positif, même en transparence sur un fond si gris et morne. Il pense que c’est encore possible de s’en sortir, d’améliorer un peu son sort. Lucide mais résistant. Je crois que c’est pour cela que j’ai tant aimé ce personnage qui n’a pourtant pas grand-chose de glamour en lui (si ce n’est son talent pour mettre en prose ses mésaventures). Parce qu’il se dégage de ce personnage de papier une profonde humanité, des valeurs parfois un peu vieillottes, une culture datée mais touchante, des sentiments bruts de décoffrage mais sincères et authentiques.

 

« Fais du bien à ton voisin, il te crèvera un oeil. J'ignore encore pourquoi, sinon je me soignerais, mais j'attire les cons et les emmerdements depuis toujours. Les derniers en date valent leur pesant de paupiettes et doivent être évacués sinon je vais tourner vraiment cinglé.
Mon identité varie selon les circonstances. Mon père m'appelait Michou, ma mère Mimi ou Mimiche. Pour quelques voisins, je suis Michel. Pour d'autres Monsieur Boulard. Cher ami quand le banquier me sert la main, jeune homme auprès de cet insolite de Norbert-Boucherie de Confiance quand j'entre dans sa boutique. Connard, enculé, pour certains automobilistes. Mon patron me disait : Hé !… Quand j'étais ado, j'étais surnommé Boule, Bouboule par les copains. Lorsque j'essayais de faire le chanteur, j'avais pris Michaël Winter comme pseudo. Au régiment, j'étais bleu-bite, soldat puis caporal Boulard. De plus en plus souvent, on m'appelle l'ancien. Pour les femmes que j'ai connues : mon chéri, abruti, mon amour, gros con, darling, canard, salaud en pleurant ou Michel en hurlant et inversement. Te v'là ! quand je débarquais au Bar des Amis. J'ai été, tour à tour, mon enfant, matricule, cher abonné, élève, chef, le soussigné, mon fils, mon gendre, espèce de crétin, trou du cul, cher client, frère. C'était toujours moi, puisque je me suis reconnu.
 »

 

D’aucuns pourraient le trouver parfois naïf, d’autre fois un peu con (dans le sens « trop bon trop con »), parfois encore misogyne ou vieux con quand il se laisse aller dans une petite saillie sur les moukères qui l’auront fait chier toute sa vie ou qu’il nous sert son opinion sur la jeunesse d’aujourd’hui et les lobotomisés de facebook. Mais en réalité, Michel est un bon gars. Imparfait certes, mais un bon gars. Moi-même par moment je lui aurais volontiers envoyé une baffe pour qu’il ouvre les yeux et arrête de se laisser mener par le bout du nez « J’estimais pourtant avoir passé l’âge de me mettre au garde-à-vous devant une paire de nichons. Une fois encore, mon bon cœur m’a perdu. »

Michel c’est un peu le Jef de la chanson de Brel, avec qui on a envie de boire un peu de vin de Moselle pour lui remonter le moral parce qu’une trois quarts putain lui a claqué dans les mains. Un type honnête et simple qui fait comme il peut avec ce qu’il a. Un mec qui combat sa tristesse, sa solitude et les cons qui se liguent contre lui. Et qui admet parfois en faire partie. Un gars avec qui je pourrais sans problème être pote.

 

Comble de malheur pour Michel Boulard, aujourd’hui il est devenu difficile de trouver Chez les Grecs à la vente. Mais en fouillant un peu vous le trouverez en occase à droite à gauche. Jetez-vous dessus, faut lire ça, c’est du tout bon. Moi il m’a fait rire aux larmes, et serré le cœur à un moment du roman où le tragique l’emporte sur le sourire. C’est rempli de gros mots c’est vrai. C’est un peu trash parfois, c’est vrai aussi. Mais c’est surtout d’une infinie tendresse.

* Son premier roman, Sauf ma Mère, est déjà une perle dont j’avais parlé ici il y a longtemps et qui mérite largement son lot d’éloges***.

** Après, accordons-nous pour considérer que la notion de « beau » peut varier d’une personne à l’autre hein.

*** J’ai volontairement évité de relire l’article que j’y avais consacré voici déjà 6 ans, pour écrire celui-ci sans être influencé par ce que j’avais déjà pu dire de cet auteur. Et maintenant que j’ai relu mon ancien article, je suis agréablement surpris de constater que la plupart de ce que j’ai écrit sur Sauf ma Mère sont des qualités qu’on retrouve avec autant de force dans Chez les Grecs. J’avais oublié que le personnage du premier roman partageait le patronyme de Boulard avec celui du présent roman, je remarque aussi que sa femme se prénomme Jocelyne, la parenté avec la Josiane de Michel est assez évidente également… Visiblement, Serge Le Vaillant n’en avait pas encore tout à fait fini avec ses personnages féminins, ou plus certainement, avec celles qui les lui ont inspirées...

 

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14 juin 2018 4 14 /06 /juin /2018 08:22

J’aime les hommes en collants.

Je parle des super-héros, hein.

Alors forcément, ce livre était fait pour moi.

 

On est en 2005. Les super-héros sont passés de mode. La plupart d’entre eux ont disparu ou se sont peopolisés (argh, quel mot dégueulasse à écrire, d’ailleurs mon correcteur orthographique se rebiffe !), et leurs corps vieillissants ne sont plus ce qu’ils étaient. Finie la toute puissance. Robin a été retrouvé mort il y a quelques temps, et voici que Reed Richards (alias Mr Fantastic) et Raven Darkholme (alias Mystique) reçoivent à leur tour des lettres de menaces leur prédisant un funeste destin. C’est l’inspecteur Dennis La Villa qui est chargé de l’enquête tandis que son frère Bruce La Villa, journaliste, investigue de son côté.

Qui peut bien en vouloir à ces anciennes gloires dépassées depuis bien longtemps ?

 

Voilà pour le pitch en version raccourcie. Le roman quant à lui dépasse allègrement les 500 pages, vous en aurez donc pour un peu plus long à lire que ce court résumé.

Alors évidemment pour commencer on ne peut pas s’empêcher de penser à la situation de départ d’un monument des comics, si ce n’est l’œuvre qui à elle seule leur a offert gravité et respectabilité, l’immense Watchmen d’Alan Moore et Dave Gibbons. Des super-héros à la retraite (un peu moins défraîchis dans Watchmen quand même) et quelqu’un qui les dessoude un à un. Et l’aspect super-héros vieillissants, ça aussi ça a déjà été maintes fois traité, et de bien belle manière dans par exemple le Batman : Dark Knight de Frank Miller ou le Kingdom Come de Mark Waid et Alex Ross. Rien de follement original donc pour quiconque s’intéresse un tant soit peu aux comics super-héroïques.

 

Pour être honnête, ça n’est pas l’aspect « enquête policière » qui m’a le plus plu ni convaincu dans ce roman. On a vu plus haletant et mieux ficelé ailleurs. Non ce qui m’a plus intéressé c’est la plongée dans la psychologie des personnages ici concernés par l’enquête. À savoir Mr Fantastic, Mystique et Batman (puis dans un dernier chapitre, plus bref, Superman).

Ne vous attendez pas un seul instant à lire du comics en roman, on est loin du compte. Si une telle expérience vous tente, je vous orienterais plutôt vers Un jour, je serai invincible de Austin Grossman. Non avec La vie sexuelle des super-héros, l’auteur italien Marco Mancassola propose une véritable œuvre romanesque dont finalement seuls les protagonistes sont empruntés au monde des comics, mais replacés dans notre univers, dans la vie de tous les jours, avec les préoccupations de tout un chacun. D’ailleurs la caractérisation de certains personnages ne respecte pas forcément la version dessinée des héros d’origine. On est là quelque part à mi-chemin entre l’adaptation et le détournement. Bien entendu les personnages sont suffisamment reconnaissables pour qu’on les situe sans peine au premier coup d’œil, mais ils n’en restent pas moins des êtres que l’auteur s’approprie pour les modeler à sa façon et nous en offrir sa vision déformée. Les fans inconditionnels, les aficionados purs et durs des super-héros des comics y trouveront bon nombre d’incohérences, de manques à la continuité voire même de trahisons dans l’esprit des personnages. Moi ça ne m’a pas dérangé outre mesure, il faut juste savoir ce qu’on lit et ne pas confondre les différents univers et les règles qui les régissent. On peut bien entendu garder des préférences pour un univers en particulier sans être intégriste pour autant et accepter ainsi de voir ce qu’on aime et connaît par cœur détourné, modifié, retraduit différemment. Et ensuite seulement se permettre de jauger. J’ai lu pas mal de critiques très dures et qui descendent le roman en flèche pour des raisons qui me semblent être complètement à côté de la plaque. Parce que par exemple dans la partie consacrée à Reed Richards il est fait mention de Sue Storm-Richards (alias l’Invisible) et de Ben Grimm (alias la Chose) mais jamais de Johnny Storm (alias la Torche) alors qu’il est le quatrième membre des fameux Quatre Fantastiques. Que des héros de DC côtoient des personnages Marvel en a gêné certains. Que Superman se serve d’une canne pour marcher n’est pas passé non plus. Que Mystique dise ne pas croire au destin a offusqué certains fans, alors que dans les comics sa plus proche amie est une médium aveugle du nom de Destinée… Bref j’ai lu pas mal de critiques de ce type qui à mon sens n’ont pas lieu d’être. Pas dans le contexte de ce roman. Je les aurais comprises dans le contexte des comics qui sont soumis à des règles de cohérence et de continuité qui leur sont propres, mais pas dans le cas du roman de Marco Mancassola où l’on est justement libéré de ce type de contingences souvent lourdes. Reproches puérils et totalement hors-sujets à mon avis.

 

Si des reproches il y a à faire, ils seront plutôt à chercher du côté de ce qui fait fonctionner ou non un roman en tant que tel. Par exemple j’ai trouvé qu’il y a un certain déséquilibre entre les différents chapitres du roman qui ne se justifie pas réellement narrativement parlant. J’ai aimé le chapitre consacré à Mr Fantastic car je l’ai trouvé intéressant, mais il est selon moi trop long (à moins que ce soit en clin d’œil à sa capacité de s’étirer à l’infini ?), en regard surtout des chapitres consacrés aux autres personnages. L’enquête quant à elle, j’en ai déjà touché un mot, laisse un peu sur sa faim le lecteur. Ça manque de liant, ça manque de finalité, ça manque de suspense digne de ce nom.

On ne l'appelle pas Mister Fantastic pour rien non plus...

Quant aux frasques sexuelles, sans être dans un roman érotique on a droit à quelques pratiques qu’on nous décrit bien en détails. En même temps c’est quand même annoncé clairement dans le titre, on ne va donc pas faire la vierge effarouchée. D’autant que beaucoup n’auront certainement pas été seulement attirés par le « Super-Héros » du titre hein. Le choix des personnages s’avérera donc un judicieux mixe entre notoriété des héros (nul besoin de présenter Superman ou Batman aux lecteurs, ils sont devenus des icônes suffisamment populaires pour que cela ne soit plus nécessaire) et capacités physiques qui se prêtent justement bien à quelques perversités sexuelles. Vous vous doutez bien que Mr Fantastic qui peut allonger et distendre la moindre parcelle de son corps est un sacré bon client pour les fantaisies sexuelles de l’auteur. Et que dire de Mystique qui est à elle seule une incroyable machine à fantasmes : coucher avec elle c’est coucher avec virtuellement n’importe qui au monde, puisqu’elle pourra aussi bien prendre l’apparence de George Clooney, Natascha McElhone, Marilyn Monroe ou Passe-Partout… Quant à Batounet, avec tout l’encre qui a déjà coulé pour analyser en long, en large et en travers ses relations avec les différents jeunes garçons qui se sont succédé sous le costume de Robin, il était évidemment un choix de première pour illustrer les travers sexuels des encapés. Bon de là à en faire un grand adepte du fist-fucking, j’avoue que je ne m’y attendais pas, mais Marco Mancassola s’est visiblement fait plaisir à détourner l’image du Dark Knight dans son cas précis.

M’enfin bon, l’un dans l’autre (si j’ose dire), pas de quoi être outrancièrement choqué non plus. Parce que sinon je vous déconseille fortement des ouvrages comme The Boys de Garth Ennis et Darrick Robertson ou encore Sticky Pants des frenchy Tony Emeriau et Xav, vous pourriez ne pas vous en remettre du tout. (moi au contraire j’ai adoré, je recommande chaudement ces ouvrages à tous ceux qui ne fuient pas à l’énoncé des termes bites, nichons et couilles)(vous l’aurez sans doute remarqué, je travaille d’arrache-pied à mon recensement gougueule en utilisant quelques termes bien choisis)

Batman, un type obsédé par la justice, mais pas que.

Finalement à bien y repenser, La vie sexuelle des super-héros ne m’aura pas tant laissé le souvenir d’un roman trop excessivement porté sur la chose, ni d’ailleurs d’une formidable enquête au suspense insoutenable. S’il m’est resté en mémoire c’est plutôt par la description d’un monde désenchanté, la déchéance d’ancienne gloires, la mélancolie d’un temps plus heureux, plus naïf mais définitivement révolu. Il plane sur le roman une certaine tristesse qui ne dit pas son nom.

En cela il est l’illustration qu’aussi bien les héros de papier pour enfants que les lecteurs que nous fûmes et restons, personne n’échappe à la patine du temps. Que l’évolution est synonyme de changement, et que grandir c’est aussi laisser une part de soi derrière nous...

 

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7 juin 2018 4 07 /06 /juin /2018 08:21

Qui a à ce jour échappé à la mode des zombies ? On les voit partout, du cinéma à la télévision, du roman à la bande dessinée. Qui n’a jamais entendu parler de la série The Walking Dead (que ce soit l’œuvre originale en BD ou son adaptation télévisuelle) ?

Pour ma part je n’ai jamais été un grand fan des zombies, pour tout dire les classiques du genre, à savoir les zomblards de feu papy Romero, m’ont toujours profondément ennuyé. En revanche, quand à partir de la fin des années 90 le mythe est un peu revenu au goût du jour, et surtout à partir du moment où il s’est vu revisité par des auteurs qui n’étaient alors qu’à leurs débuts mais qui allaient rapidement devenir des stars dans leurs domaines respectifs (je pense notamment à Robert Kirkman dans les comics avec sa série The Walking Dead et à Zack Snyder avec son premier film L’Armée des morts – remake du Zombie de Romero d’ailleurs), j’ai commencé à être plus réceptif. Et grand bien m’en a pris !

 

J’ai donc été emporté par la vague, que dis-je la déferlante The Walking Dead en Bande Dessinée, dont chacun des tomes a été pendant des années de parution l’occasion de maintes et maintes claques en pleine tronche tant c’est de la bonne came. Un peu moins ces 2-3 dernières années (ou alors est-ce moi qui commence à changer de perception va savoir), on va dire pour ceux qui connaissent, que l’après-Negan marque pour moi une certaine perte de vitesse dans l’intrigue du comic-book. J’ai bien entendu également suivi l’adaptation en série télé par la chaîne AMC, et là je serai un peu plus critique que pour le comics. La série The Walking Dead est capable du meilleur comme du pire, et si certains épisodes ont su se révéler tout bonnement excellents, il y a eu aussi de sacrées purges, et ce qui prouve de manière flagrante l’inconstance de ce show TV, jamais une de ses saisons n’aura été très bonne du début à la fin, il y a toujours eu du déchet en cours de route. Et là je ne parle même pas de la saison en cours de diffusion (la saison 8) qui elle réussit l’exploit inverse : pour l’instant elle est très mauvaise et n’a pas encore proposé un seul épisode qui sorte du lot pour éventuellement la sauver de la nullité totale…

 

Tout cela pour en arriver au roman The Walking Dead : L’ascension du Gouverneur !!

Oui je sais, l’intro aura été longue…

On peut légitimement avoir un a priori sur la chose, qui consisterait à dire que le roman en plus de tout le reste, c’est juste histoire de surfer sur la vague de la mode en cours, de rallonger la sauce à pas cher, et surtout de faire du pognon là où c’est facile d’en faire. A priori que je partageais avant la lecture, gardant une certaine méfiance vis-à-vis de ce produit dérivé. Et en fait je crois que j’ai bien fait d’avoir cet a priori, parce que du coup j’ai été très agréablement surpris par la qualité du bouquin.

Pour mettre en prose ce qu’il a l’habitude de distiller sous forme de scénario de BD, Robert Kirkman s’est associé à Jay Bonansinga, un écrivain qui a déjà à son actif plusieurs romans de genre. Là encore, j’avais quelques doutes avant lecture : un bouquin écrit à quatre mains risque de manquer de personnalité, ou de ne pas retrouver le ton si propre à The Walking Dead. Alors que dans les faits il n’en est rien. On est bel et bien dans la continuité de l’univers Walking Dead, même ambiance, même style dans la manière de gérer le suspense et de mettre en place cet inconfort permanent qui fonctionne si bien dans les comics.

 

Comme son nom l’indique, The Walking Dead : l’ascension du Gouverneur propose de nous raconter la genèse de ce personnage si emblématique du comic-book (et un peu moins emblématique il faut bien le dire dans la série télé). Pour cela, on est plongé au début de l’infestation zombiesque, le monde commence à chavirer, le danger se répand un peu partout. Bref, la survie débute. Et c’est personnellement ce que moi je préfère dans ce type de récit, finalement peu importe la menace en cours, peu importe la nature du danger, ce qui me plaît c’est de voir les personnages s’adapter et se mettre en mode survie. De Mad Max à The Revenant en passant par Le Fléau de Stephen King, l’essentiel pour moi réside dans la façon qu’ont les survivants de s’en sortir. Dans ce roman on retrouve donc Philip Blake avant qu’il ne prenne le surnom de Gouverneur, qui est à la tête d’un petit groupe composé de son frère Brian, sa petite fille Penny et de deux de ses amis, Bobby et Nick. Bien décidé à survivre dans ce nouveau monde dont ils ne maîtrisent et ne comprennent pas encore toutes les règles, ils vont se lancer dans un road trip qui les mènera jusqu’à la petite communauté de Woodbury. Tout l’intérêt du livre est non pas tant dans la cavale et les différentes (més)aventures du groupe de fuyards, mais bien plus dans l’évolution des personnages et le chemin psychologique qui va transformer un homme normal en celui qu’on découvrira ensuite dans The Walking Dead sous les traits d’un parfait tyran qui s’impose par la force, le Gouverneur.

 

Fluide et facile à lire, le livre est bien écrit. Il peut même tout à fait être lu sans qu’on n’y connaisse rien à The Walking Dead. Évidemment, avoir le background de l’histoire, connaître l’avenir de celui dont on suit la destinée dans ce roman est un plus, car justement on a certaines certitudes liées au savoir qu’on a (ou qu’on croit avoir) quant au futur des personnages, et que ces certitudes sont peu à peu démontées, de façon assez maligne, par les auteurs. Bref, bien qu’on connaisse la destination finale, on est tout de même surpris par l’itinéraire pris pour y arriver ! C’est certainement le vrai tour de force auquel sont parvenus les auteurs : surprendre les lecteurs qui connaissent déjà Philip Blake. Il y a de ce point de vue une surprise en fin de récit, à laquelle je ne m’attendais pas et qui colle pourtant parfaitement bien avec ce que sera ensuite le Gouverneur. Cette dimension de l’histoire passe forcément inaperçue pour ceux qui découvrent le roman sans avoir lu la BD ou vu la série auparavant, mais rien qui puisse pour autant entacher la lecture ou être source d’une éventuelle incompréhension.

 

Que vous soyez donc addict à The Walking Dead ou totalement béotien en la matière, à moins d’avoir une aversion pour les histoires de zombies ou les survivals typés « fin du monde », la lecture de ce roman pourra s’avérer très divertissante, voire éclairante pour ceux qui souhaitent en savoir plus sur le Gouverneur de The Walking Dead.

 

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31 mai 2018 4 31 /05 /mai /2018 08:14

Ce livre m’a pris par surprise et complètement retourné.

 

N’ayant rien lu à son sujet, le titre et la quatrième de couverture m’ont fait croire qu’il s’agissait d’un roman sur la difficulté d’être parent et sur les relations père-fils. Étant depuis toujours (et encore plus depuis que je suis père) sensible à ce sujet, je l’ai donc pris sans chercher à en savoir plus avant de le lire. Et en effet, c’est en partie le thème du livre. Mais ce Tu Verras de Nicolas Fargues c’est plus, bien, bien plus que cela.

 

Le narrateur est le père de Clément, pré-ado de 12ans avec lequel les relations commencent doucement à se compliquer maintenant qu’il est au collège et qu’il a des fréquentations que son père réprouve. Le père est un quadra sans grande envergure, fonctionnaire, divorcé, il élève tant bien que mal son fils dont il a la garde. Bourré de principes et de certitudes, il essaie d’inculquer à son fils une certaine culture, une certaine éducation, pas toujours facile quand on se heurte aux goûts et aux envies d’un gamin de son temps. Alors souvent il y a conflit. Et il n’est pas rare que le père ponctue ses leçons de morales ou ses conseils par un « Tu verras, quand tu seras grand tu comprendras, tu verras. » comme argument ultime. Sauf que Clément, à 12 ans, meurt dans un accident de métro. Et que son père se retrouve alors seul, infiniment seul, à repenser au passé, à essayer de comprendre ce qui est arrivé.

 

Ce livre est d’une tristesse insondable, infinie. Il est touchant, bouleversant, dérangeant, inconfortable mais pourtant très beau et, qualité immense au vu du sujet abordé, jamais larmoyant. Pas de pathos, pas de mièvrerie. Bien au contraire. La plume de Nicolas Fargues est d’une sincérité incroyable, le regard qu’il porte sur son personnage est sans la moindre concession, d’une franchise qui peut même gêner, voire faire peur. Le deuil que traverse ce père vous prend aux tripes mais aussi au cerveau, il vous emmène avec lui dans ses interrogations, ses doutes, ses remises en causes et ne vous lâche pas une seule seconde. Avec le deuil vient le temps du grand ménage. Son ex-femme, son actuelle compagne, son propre père : tous y passent. Il n’y a plus de filtre, plus de retenue. Surtout plus d’envie de faire le moindre effort quand l’essentiel s’est envolé. Avec le deuil vient le moment où le père repense à tout ce temps passé avec son fils, les bons comme les mauvais moments. Cela valait-il la peine d’entrer en conflit avec lui pour ses tenues vestimentaires qu’il trouvait ridicules ? De se moquer de lui parce qu’il se mettait à écouter ces rappeurs débiles qui chantent des niaiseries tout en se pavanant en marcel moulant ? Est-ce qu’il n’aurait pas mieux valu profiter de ce temps pour juste être heureux avec son fils et mieux apprendre à connaître cet être en devenir ?

 

Par moment, certaines réflexions que se fait le père sont vraiment violentes à lire et à entendre. Pourtant elles retranscrivent une réalité qu’on ne peut nier. C’est ce qui fait toute leur violence du reste. On ne peut s’empêcher, en tant que parent, de se retrouver dans les mots de Nicolas Fargues, c’est proprement inévitable. L’auteur vise si juste, ses mots tapent tellement là où c’est vrai et donc là où ça fait mal, qu’on n’y échappe pas. C’est toute la force de ce roman, il ne peut pas vous laisser indifférent, c’est juste impossible. Même sans être parent, je pense que le livre parvient à toucher en profondeur ce qu’on a de plus humain (et qui n’est pas forcément agréable ou beau à voir).

 

Et ce futur du titre qui vient se fracasser sur le passé qui s’impose au père à chaque fois qu’il pense à son fils, c’est à la fois d’une sensibilité extrême et d’une puissance terrassante. Non Clément ne verra pas tout ce que son père lui promettait qu’il comprendrait plus tard.

 

Pris au dépourvu par le thème, pris à la gorge par l’histoire et les sentiments de ce père à la dérive, bluffé par la plume d’une concision et d’une classe folle de l’auteur, j’ai été encore plus surpris d’apprendre que ce roman n’est en rien auto-biographique. L’auteur a su se mettre dans la peau d’un type qui vit une telle tragédie d’une manière que je n’aurais pas cru possible. Car écrire sur ce thème-là est déjà bien casse-gueule si on y a été réellement confronté, mais alors parvenir à se substituer au personnage et imaginer tout ce qu’on peut ressentir avec ce degré d’authenticité… c’est pour le moins la marque d’un talent plus que remarquable.

 

Si une chose peut éventuellement être reprochée à ce roman, ce serait sa fin. Nicolas Fargues ouvre une porte inattendue (et de façon un peu abrupte) vers une conclusion qui reste ouverte pour le personnage du père. Personnellement cette fin ne m’a pas dérangé, l’intérêt principal de ce livre ne résidant pas là à mon sens.

 

Une chose est certaine, j’ai été complètement surpris et conquis par cet auteur dont je n’avais jamais rien lu auparavant, et ce roman, court mais d’une densité et d’une force rares, m’a convaincu de son talent et donné l’envie d’aller voir parmi ses précédentes œuvres si je peux y trouver mon bonheur.

 

 

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