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Avant de lire les notes que je fais sur les films que je vois et les bd que je lis, sachez que dans mes commentaires il m'arrive parfois de dévoiler les histoires et les intrigues. Ceci dit pour les comics, je n'en parle que quelques mois après leur publication, ce qui laisse le temps de les lire avant de lire mes chroniques.
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24 mai 2018 4 24 /05 /mai /2018 08:16

Non ceci n’est pas un article auto-biographique. :-)

 

Pour un premier roman, Steve Hely a fait fort, puisqu’il s’attaque ni plus ni moins à l’industrie de la littérature au shotgun, la démonte de A à Z, la décortique avec une froideur et un cynisme sans concession pour finalement s’en moquer ouvertement. Et là où il a fait encore plus fort, c’est que non seulement c’est plutôt bien vu dans l’ensemble et que ça tape pas mal juste, mais en plus à ce que j’ai cru comprendre ça s’est assez bien vendu son roman.

 

Dans Comment je suis devenu un écrivain célèbre, le personnage principal se nomme Pete Tarslaw et n’est pas très loin de ce qu’on pourrait qualifier d’un raté. Tout du moins est-ce en creux ce que lui-même semble penser. Le garçon vivote en rédigeant pour le compte d’étudiants fortunés des lettres de motivation pour entrer dans de grandes et prestigieuses écoles. Pas reluisant, mais un boulot alimentaire comme un autre. Côté vie perso le tableau n’est pas plus enthousiasmant : après une rupture qui lui reste encore en travers de la gorge, Pete vit en colocation avec un type assez bizarre, plus proche du geek socialement inadapté que de l’humain. Mais tout se détraque quand Pete reçoit l’invitation au mariage de Polly, son ex. Pete se rebelle. Il ira, mais en tant que personnage riche et adulé, l’idéal serait que Polly se prosterne à ses pieds en le suppliant de bien vouloir la reprendre. Pour arriver à ses fins Pete a un plan. Il va devenir un écrivain célèbre. Il les a vus à la télévision tous ces gratte-papiers qui vendent par millions d’exemplaires leurs romans : pas besoin de talent pour faire aussi bien que ces imposteurs de la littérature, il suffit d’offrir aux gens ce qu’ils veulent lire ! Pete va donc décortiquer les listes de best-sellers pour comprendre ce qui plaît, ce qui marche, tel le premier enquêteur marketing ou publicitaire véreux venu. Le roman de Pete, Cendres dans la tornade répondra parfaitement à la recette qu’il va lui-même concocter en se basant sur ce que les autres font… tant et si bien que … et si ça marchait en fin de compte ?

 

Évidemment on nage en pleine parodie dans ce roman, son auteur caricature un brin (ou alors outrancièrement ? À vous de vous faire une idée !) le monde littéraire et la culture de masse. C’est plutôt drôle (les critiques allant parfois jusqu’à en dire que c’est hilarant, je n’irai pas aussi loin), c’est enlevé, c’est gonflé, c’est original. Mais ce qui m’a plus particulièrement plu c’est la causticité du ton, le cynisme et l’amoralité du personnage. À ce sujet, j’ai trouvé osé et courageux de la part de l’auteur de prendre comme héros un type pas vraiment attirant, qu’on n’arrive pas vraiment à apprécier et pour lequel la morale importe peu. En un mot comme en cent, on n’a pas envie de l’aimer ce type, même si on a parfois le même avis que lui sur ce qui nous entoure et la même envie que lui de tout envoyer balader et de profiter du système comme d’autres peuvent le faire.

 

Ce que j’ai aimé c’est que le manichéisme n’est pas de mise : absolument tout le monde dans l’univers littéraire s’en prend pour son grade : écrivains, lecteurs, éditeurs. Il y a même une petite saillie sur les critiques qui remet les pendules à leur place (comme dirait Johnny) : « le plus abject ordre de pourceaux qui ait jamais foulé la face de la terre ». Non pas que je me prenne pour ce que je ne suis pas, mais je me le tiens pour dit malgré tout !

 

À l’heure du formatage culturel, de la pensée prémâchée, du tout commercial et des publicitaires rois du pétrole, le roman de Steve Hely se pose là et dénonce un peu tout cela en vrac. Au vitriol. Et c’est plutôt salutaire d’ailleurs, signe de bonne santé mentale. Dommage cependant que la fin vienne un peu contredire l’ensemble, car, à moins que j’ai mal saisi la volonté de l’auteur, il semblerait que la morale finisse tout de même par triompher dans la conclusion du récit.

 

Cela dit, Comment je suis devenu un écrivain célèbre, s’il n’est pas le roman-phénomène vanté en quatrième de couverture, reste un très sympathique divertissement qui sort des sentiers battus, qui bouscule le lecteur dans sa zone de confort et le prend même directement à partie. Évidemment si vous êtes allergique au cynisme, je ne peux que vous déconseiller de lire ce bouquin, mais si vous ne craignez pas de voir ce que vous aimez potentiellement écorché au passage, ce roman s’avérera être une très intéressante lecture.

 

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17 mai 2018 4 17 /05 /mai /2018 08:29

Très gros succès littéraire de l’année 2011 en France, Le vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire est aussi le premier roman de son auteur, le suédois Jonas Jonasson.

 

Avec ce roman, on peut dire qu’on est face à un OLNI, un Objet Littéraire Non Identifié, tant ce livre suscite de surprises et de réactions en tous genres (à en croire les nombreux avis que j’ai pu lire, la plupart du temps les lecteurs succombent à son charme ou le rejettent purement et simplement).

Moi qui ne m’attendais pas à grand-chose mais qui avais cependant été très intrigué à la fois par le titre accrocheur et par la couverture pour le moins extravagante, j’avoue faire partie de ceux qui ont été surpris, et même très agréablement surpris. Alors soyons honnête : je crois vraiment qu’il faut être dans un état d’esprit particulier pour bien apprécier ce bouquin. L’esprit ouvert. Ouvert à la facétie, au loufoque, à l’incroyable, au second degré, au cynisme un peu aussi… Ceci dit, il ne suffit pas d’être ouvert, encore faut-il que ce qu’on nous donne à lire soit bien raconté. Et là pour le coup, j’ai trouvé que Jonas Jonasson a su plus que parfaitement mener sa barque. Pour un premier roman, chapeau bas ! Parce que manier l’improbable c’est ultra-casse-gueule : mal ficelé il n’y a pas mieux pour vous sortir d’un récit et vous flinguer une histoire. Pourtant si on fait la somme des aventures burlesques du héros centenaire de ce roman, on doit bien avouer que c’est complètement saugrenu et totalement abracadabrantesque, et pourtant on accroche bien et on suit même l’histoire avec une certaine gourmandise non feinte. Preuve que du côté de celui qui tient la plume, il y a un talent indéniable.

 

Mais avant d’en dire plus, je vais tenter de résumer de quoi il s’agit. Le vieux du titre, c’est Allan Karlsson. Dans sa maison de retraite où il s’ennuie ferme, il s’apprête à fêter son centième anniversaire. Et si les genoux coincent pas mal à cet âge-là, l’esprit, lui, reste vif. D’ailleurs Allan l’a décidé, il est hors de question de rester une seconde de plus parmi ses colocataires séniles. La seule solution qui s’offre à lui c’est la fugue ! Chaussé de ses plus belles charentaises il saute par la fenêtre de sa chambre. Par chance elle est au rez-de-chaussée. Direction la gare, aussi vite que ses jambes le lui permettent, avant qu’on ne s’aperçoive de sa disparition… Sur place, par un concours de circonstances (le premier d’une longue série), Allan se retrouve avec une valise qui n’est pas la sienne, remplie de billets de banque. Billets qui appartiennent aux Never Again, un gang local dont les membres ne sont pas du tout enclins à tirer un trait sur leur butin. Pendant ce temps, à la maison de retraite on finit par s’apercevoir de l’absence du centenaire, et la police est chargée de l’affaire, on n’exclut pas un possible kidnapping ! Commence alors une course-poursuite à travers tout le pays (en charentaises donc) où l’on suivra tour-à-tour Allan, les gangsters qui veulent récupérer leurs biftons et la police suédoise. Et c’est ainsi au gré des rencontres d’Allan qu’on en apprendra plus sur son passé, lui l’enfant du XXème siècle qui aura eu une vie trépidante et connu tous les grands événements historiques d’un siècle riche et mouvementé…

 

Vous vous en doutez rien qu’à en lire le résumé, il y a beaucoup à dire sur cette histoire invraisemblable. D’abord, bravo à l’auteur d’avoir choisi pour héros un centenaire ! C’est non seulement original, mais aussi sacrément gonflé, car dès le départ il se met un handicap du point de vue de la narration : rares seront les potentiels lecteurs qui pourront s’identifier ou même se sentir proche d’un tel personnage ! Et pourtant ça marche. Il faut dire que le papy Allan on le voit à quasiment tous les âges, au travers des différents flashbacks auxquels recourt Jonas Jonasson. On n’a donc pas à faire « qu’à » un centenaire au cours du récit. C’est même plutôt malin, car cet artifice permet à l’auteur de sauter de période en période, et de relier ainsi son héros à tout un tas d’événements majeurs du XXème siècle. Et quel siècle : du point de vue géopolitique, sociétal ou scientifique, il aura connu de bien nombreux bouleversements. Auxquels Allan aura souvent pris part, quand ce n’est pas carrément lui qui en fut à l’origine…

 

C’est donc ainsi qu’au gré de l’imagination (pour le moins débordante) de l’auteur, Allan va croiser les plus grands de l’histoire récente. Staline, Truman, Mao, Churchill, Nixon, Kim Jong-Il, Franco, de Gaulle, Einstein (enfin le frère un peu spécial du célèbre physicien tireur de langue)… j’en passe et en oublie.

Et à chaque fois Allan va les côtoyer de près. La plupart du temps il les tutoie même, c’est dire. Pourtant qui a déjà entendu parler de ce petit suédois anonyme ? Personne, et au fur et à mesure de ses pérégrinations dans l’Histoire (celle avec un H majuscule) on comprend cependant quel a été son rôle. C’est d’ailleurs un point intéressant du récit, car si Allan a connu tous ces grands noms de l’Histoire, outre les circonstances improbables qui ont rendu possible cet exploit, il le doit à certaines particularités de sa personnalité hors-normes. D’origine modeste, sans éducation mais loin d’être idiot pour autant, Allan est athée mais aussi apolitique. La religion et la politique ne l’intéressent tout simplement pas. Relation de cause à effet ou non, de manière générale, le pouvoir ne l’attire pas du tout non plus. D’ailleurs après un séjour en hôpital psychiatrique, il deviendra insensible à un autre sujet : le sexe. Et c’est justement cette combinaison : pas de politique, pas de religion et pas d’attirance pour le pouvoir ni le sexe, qui va lui permettre d’approcher tous ces monuments de l’histoire et surtout de se sortir de bien des rencontres qui tournent mal. Enfin pour tout dire, j’ai omis de citer une autre de ses particularités qui l’aide à sociabiliser avec tout le monde : il aime bien manger et s’en jeter une petite derrière la cravate. Et il est bien connu qu’on fraternise plus facilement autour d’une bonne boutanche…

 

Le personnage d’Allan, que ce soit dans sa personnalité ou par sa capacité à traverser l’Histoire n’a pas été sans me rappeler un autre héros incontournable, Forrest Gump. Comme lui c’est un « vrai gentil », un mec qui ne pense jamais à mal, qui n’a pas forcément un avis sur tout et qui ne juge pas, qui agit simplement en fonction des événements, sans forcément beaucoup réfléchir à tout ce qui se passe et sans intellectualiser à outrance. En fait avec Allan comme avec Forrest, la vie est finalement très simple. Allan n’est pas aussi simplet que l’est Forrest, mais c’est bien là tout ce qui les différencie sur le fond.

 

Alors comme je le disais en début d’article, il faut avoir une certaine propension à accepter l’improbable pour ne pas bloquer sur la série de péripéties qui vont rythmer la vie incroyable du héros. Mais dès lors qu’on accepte cela, dès lors qu’on sait faire preuve d’un minimum de lâcher-prise le récit nous emporte loin, vite et fort ! L’humour est ici omniprésent, et on ne peut pas s’empêcher de se marrer régulièrement face aux différents personnages hauts en couleurs qu’on croise (et il y en a un sacré paquet, je n’en citerais qu’une pour que vous compreniez bien que l’auteur suédois n’a aucune limite : Sonja l’éléphante qui vit dans la grange d’une ferme suédoise…), aux rebondissements incessants comme aux aller-retours entre le passé et le présent, et au cynisme de certaines situations (à replacer dans leur contexte historique)… La fessée au jeune Kim Jong Un, gamin intenable et capricieux, m’a à ce titre beaucoup fait rire !

 

Bref, Le vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire est à lire avec une certaine légèreté, et si vous savez vous laisser emporter malgré l’énormité de certaines situations vous serez très largement récompensé par un vrai bon moment de divertissement littéraire. Ah une dernière chose : le bouquin a eu un tel succès qu’il a déjà connu une adaptation cinématographique. Je n’ai pas vu le film, mais le simple fait de me remémorer le roman me donne envie de tenter d’y jeter un œil pour voir si je serai autant amusé à l’écran qu’à travers le papier...

 

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14 mai 2018 1 14 /05 /mai /2018 10:55

Attention coup de cœur !

Il est des livres comme ça, qui vous prennent sans prévenir. On ne les avait même pas vus venir pour tout dire. Et paf ! Surprise totale, plaisir intense. On en reste un peu sur le cul, et il nous faut un peu de temps pour s’en remettre. Quand c’est aussi bon que ça, qu’est-ce que c’est puissant l’inattendu !

 

C’est ce qui s’est passé pour moi et ce roman. Honnêtement, je ne saurais même plus dire exactement comment j’en suis venu à le lire. Le titre certainement, la quatrième de couverture peut-être également, avaient dû m’attirer, je n’en ai plus le souvenir exact. Ce que je sais c’est que j’y suis allé un peu à l’aveugle, et que je ne m’attendais pas à grand-chose, et c’est justement grâce à cela que j’ai été cueilli par ce livre.

 

L’auteur, Victor Cohen Hadria, nous plonge dans la seconde partie du XIXème siècle, en pleine campagne normande. Dans la première partie du roman, on suit un échange épistolaire entre deux médecins, le médecin de campagne du village normand de Rapilly Jean-Baptiste Le Cœur et le médecin-major Charles Rochambaud, parti à la guerre avec l’armée de Napoléon III pour la campagne d’Italie, confronté aux forces autrichiennes. En réalité le docteur Rochambaud écrit pour le compte du jeune soldat normand Brutus Délicieux, illettré, et le docteur Le Cœur en fait de même pour sa fiancée restée au pays, la jeune Louise. Dans la seconde partie du roman, la plus volumineuse également, on lit le carnet quotidien que tient le docteur Le Cœur. Il y relate ses journées, les malades qu’il visite, des plus riches (nobles et bourgeois) aux plus pauvres (paysans et prostituées). On y lit toutes les difficultés qu’il rencontre pour imposer la science et la médecine dans ce monde rural des années 1860 où la religion mais aussi les superstitions de toutes sortes rythment encore un quotidien âpre et difficile. D’ailleurs ses relations avec le curé et le sorcier-rebouteux du coin sont très intéressantes et montrent comment la médecine est alors considérée. Et puis Le Cœur, tout médecin humaniste qu’il est, n’en reste pas moins un homme, et son veuvage commence à lui peser. Son carnet sera donc aussi l’occasion pour lui de retranscrire ses aventures sentimentales et sexuelles ponctuées de nombreuses conquêtes à travers la campagne normande qu’il sillonne à cheval.

 

Les trois saisons de la rage a donc plusieurs facettes. Bien entendu il y a une plongée dans l’histoire relativement récente de nos campagnes (on ne remonte qu’à peu près de 150 ans dans le temps) qui s’avère en tous points vraiment intéressante. Il y a un portrait de médecin de campagne humaniste et qui se bat contre les croyances de toutes sortes, depuis celles véhiculées par la religion omniprésente jusqu’à celles plus traditionnelles qui consistent à croire par exemple que la saleté protège de la maladie et des infections. Il y a une approche plus psychologique mais aussi sociétale, où l’on peut mesurer comment le désir, la jalousie, le pouvoir et le sexe ont toujours été au cœur des relations humaines, fussent-elles corsetées par la morale et la rigueur religieuse. Et il y a une vision encore balbutiante de la médecine moderne, avec les recherches du docteur sur la rage, le tout début des vaccins, l’idée naissante que l’hygiène et la propreté sont primordiales pour la santé, et de manière plus générale un regard à la fois humain et scientifique sur la condition humaine. D’ailleurs je n’ai pas pu m’empêcher de faire un parallèle entre certaines réflexions du docteur Le Cœur et celles du docteur Bruno Sachs dans le roman La Maladie de Sachs de Martin Winckler que j’avais déjà tant aimé lire. C’est le même esprit, à plus d’un siècle d’écart, qui anime ces deux médecins de campagne de la littérature française.

 

J’ai été conquis par cette lecture, malgré un thème et un contexte qui a priori ne m’auraient pas attiré plus que cela. Il faut dire aussi que Victor Cohen Hadria sait rendre ses personnages vrais et attachants. Il sait aussi, et de quelle manière, manier une langue belle et fluide. C’est à la fois bien écrit, agréable à lire et beau à « entendre »… vous savez cette petite voix intérieure, au fond de vous, quand vous lisez un bouquin ? Eh bien qu’est-ce qu’elle sonne bien quand elle se promène sur les phrases de ce livre… C’est à la fois classique et moderne, drôle (car il y a de l’humour en plus de tout le reste qui émaille ce récit) et intelligent, réaliste et humaniste, touchant et passionnant.

Un dernier mot, sur la fin du roman. Brusque, inattendue, marquante, que j’ai eu tout d’abord un peu de mal à accepter tant elle survient beaucoup trop rapidement à mon goût (et pourtant le roman en édition originale frôle les 500 pages…). Et pourtant elle conclut avec force une histoire riche. Je me suis rendu compte par la suite, en y repensant à froid, que bien que marquante elle ne prend pas le pas sur le reste du livre : c’est tout le roman qui reste en mémoire pas sa seule fin, ce qui est bien la preuve que l’œuvre est pleine et complète, du début à la fin.

 

J’ai réellement adoré ce roman, et je ne peux que vous conseiller de vous ruer dessus. N’ayez pas peur du nombre de pages, du nombre de personnages, du contexte austère ou de sa construction peut-être un peu déstabilisante au premier abord. Ce livre est une pépite.

 

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11 mai 2018 5 11 /05 /mai /2018 07:37

Ce livre m’a accroché l’œil parce que j’ai trouvé sa couverture vraiment très belle. Et puis le titre poétique et prometteur a fini de me convaincre de tenter l’aventure. J’ai donc testé cette symphonie italienne écrite par un Mattia Signorini dont le nom ne me disait rien du tout.

Cela m’arrive régulièrement de choisir un bouquin sur de tous petits détails de ce type, une couverture attirante, un titre malin et évocateur.

Eh bien on ne peut pas gagner à tous les coups.

En l’occurrence pas cette fois-ci.

 

L’auteur nous raconte l’histoire de Green Talbot, né dans une petite bourgade anglaise du doux nom de Tranquillity, où personne ne vient, d’où personne ne part et où les problèmes n’existent pour ainsi dire pas. Sauf que lorsqu’on est aussi curieux de tout que notre jeune héros, on en a vite fait le tour et forcément arrive un moment où on s’ennuie ferme. Quand ses parents décèdent, le jeune garçon décide de tailler la route, de partir à l’aventure et de parcourir le monde. Au cours de son périple il va traverser de nombreux pays, un océan et deux continents, voyager à bord d’une montgolfière, traverser les grands bouleversements du XXème siècle dont la seconde guerre mondiale, faire de très nombreuses rencontres plus originales les unes que les autres, découvrir l’amour… et finir par devenir un homme.

 

C’est donc typiquement ce qu’on peut nommer un parcours initiatique que nous offre à suivre Mattia Signorini. Soit, ça peut s’avérer très intéressant. Mais voilà, tout cela nous est présenté sous une forme bien particulière, celle du conte. Presque de la fable. Et là moi je coince sévère. En fait le conte est un genre avec lequel j’ai vraiment énormément de mal à composer. Parce que la plupart du temps, ce qu’on me raconte, les différents composants de la narration et de la trame dans son ensemble, me gardent à une certaine distance du récit. Or, quand je ne parviens pas à m’immerger dans un récit, que ce soit par l’identification à un personnage ou tout simplement par l’empathie que peut provoquer un héros ou une situation donnée, ce qui s’y passe me laisse froid, spectateur extérieur, quasiment indifférent. Après forcément pour déclencher des réactions et éveiller des émotions, j’aime autant te dire que c’est mal barré dans ce genre de contexte de lecture. Et du coup je décroche et je m’ennuie. C’est ce qui m’a tenu à distance d’un récit comme Cent ans de solitude de Gabriel García Márquez, pourtant unanimement reconnu comme un chef-d’œuvre de la littérature. C’est ce qui a failli me couper l’envie de finir Le Zoo de Mengele de Gert Nygårdshaug, bien qu’en ce qui le concerne j’ai bien fait de m’accrocher (et on en reparlera ici… un jour !).

 

Et c’est très exactement ce qui m’est arrivé ici. Je me suis ennuyé tout du long, mais d’une force ! Pourtant la galerie de personnages est assez fournie, les événements retracés plutôt divers et variés, les références assez claires. Et le roman en lui-même est très court, à peine 182 pages. Malgré tout la lecture s’est avérée fastidieuse, longue et sans aucun intérêt à mes yeux. Difficile de tenir éveillé, obligé de réprimer bâillement sur bâillement. Alors oui, Green Talbot va faire un tas de choses incroyables en un rien de temps. Il cause même avec les oiseaux. Et puis la poiscaille le trouve si sympathique ce garçon qu’elle lui a même appris à respirer sous l’eau. Mais … Ghnnnwaaaah … ben voilà, ça me reprend, rien que d’en parler, je bâille.

 

Bref vous l’avez compris, je ne vais pas m’acharner plus que ça sur ce roman qui si j’ai bien compris avait pourtant emporté un certain succès lors de la rentrée littéraire 2010. Ce qui est bien la preuve que pas mal de gens l’ont trouvé à leur goût malgré tout le mal que j’ai pu en penser (les gens n’ont aucun goût, n’est-il pas ?).

 

Gagnons donc du temps, laissons cette symphonie là où elle est.

 

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30 avril 2018 1 30 /04 /avril /2018 10:19

Il y a des gens complètement barrés dans leur tête. Il y en a même un sacré paquet en fait. Parmi ces gens il y en a parfois l’un ou l’autre qui débordent de talent. Et c’est énervant, parce que ceux-là sont capables de produire des œuvres qui cumulent tout ce qui fait qu’on ne peut qu’aimer. Je pense que le génie est une forme avancée de folie. Et Warren Ellis est un génie. Ou un fou. À vous de choisir ce qui le décrit le mieux.

 

Pour les non-adeptes de comics je fais les présentations rapidement. Car Warren Ellis vient du monde des comics. C’en est même un des scénaristes actuels les plus marquants. Le britannique est très prolixe et touche-à-tout. S’il a bossé sur des séries des Big Two (Marvel & DC) et pas des moindres (Batman, JLA, Iron Man, Ultimate Fantastic Four, etc.), c’est néanmoins pour des labels moins mainstreams qu’il aura pondu ses meilleurs scénarios. Que ce soit avec les aventures du journaliste-punk de Transmetropolitan (chez DC-Vertigo), la refonte de Stormwatch puis les débuts de The Authority (chez Wildstorm), un run court mais intéressant sur Hellblazer (chez DC-Vertigo) ou la sublime série Planetary (chez Wildstorm), Warren Ellis a des idées à revendre et un style de narration qui n’appartient qu’à lui. Certains diront « rentre dedans », d’autres diront plutôt « trash ». Moi je le trouve avant tout percutant et j’adore son humour, souvent noir, parfois cynique. Mais surtout j’aime l’intelligence avec laquelle il mène ses histoires. Sa culture pop, ses références. Et c’est tout ça qu’on retrouve dans son premier roman, Artères souterraines. Sauf que pour la première fois, ses mots ne sont plus appuyés par les illustrations d’un dessinateur. Mais bien loin de perdre en force, Ellis démontre que son talent d’écrivain et de narrateur il ne le doit qu’à lui seul. Et que ses mots savent produire un effet bœuf, avec ou sans dessins comme support visuel.

 

Alors de quoi ça parle ? Eh bien Ellis nous propose de suivre les pérégrinations d’un parfait loser, le détective privé Mike McGill, qui navigue d’affaires nazes en enquêtes pourries, dans la dèche totale et sans la moindre lueur d’espoir d’en sortir un jour. Il se définit lui-même comme un « aimant à merde ». Ça situe le bonhomme. Tout va changer quand débarque dans sa vie de paumé, rien moins qu’un haut responsable de la sécurité de la Maison Blanche. Il a pour le détective une mission qui sort des sentiers battus : retrouver une version inédite et secrète de la Constitution des États-Unis, écrite à la main par les Pères Fondateurs. Perdue dans les années 50 et passée de mains en mains depuis (et pas des plus recommandables), ce livre serait le seul à pouvoir remettre le pays dans le droit chemin, lui redonner sa grandeur et sa morale. McGill se fiche pas mal du truc, mais pas du demi million qu’on lui offre en récompense s’il réussit. La quête commence alors, et sera l’occasion de se plonger dans ce que l’Amérique propose de pire en termes de perversités et de déviances en tous genres…

 

Bon dit comme ça, ça fait un peu scénar de série B sous acide saupoudrée de quelques clichés bien sentis. Alors qu’en fait, s’il y a bien une chose que je peux vous assurer la main sur le cœur / la bible / les couilles (gardez la proposition qui a le plus de sens et de… valeur à vos yeux), c’est que vous n’avez jamais rien lu de pareil. Pas même d’approchant. L’univers de Warren Ellis est pour le moins unique, et n’importe quel lecteur, pour peu qu’il soit équipé d’un brin de jugeote et d’un minimum de bonne foi, pourra en attester.

 

C’est rocambolesque, saugrenu, énorme parfois, c’est choquant, trash et potache souvent, mais c’est toujours inattendu et drôle à faire peur. Un bon scénariste ne fait pas systématiquement un bon écrivain, mais dans le cas de Warren Ellis on a touché le jackpot : ceux qui le connaissent par ses comics ne pourront qu’aimer sa prose, et ceux qui le découvrent par ce roman n’auront plus aucune excuse digne de ce nom pour ne pas se mettre à lire des comics, à commencer par les siens bien entendu (et puis vous pourrez doucement et sans douleur glisser vers quelques-uns de ses pairs tels Garth Ennis ou Alan Moore).

En outre, son expérience dans la bande dessinée lui confère un avantage certain et qui saute aux yeux du lecteur dès les premières pages : le gus sait écrire des dialogues. Entre l’art de la punchline et le sens de la répartie, Warren Ellis se pose là.

Une autre de ses bonnes habitudes de scénariste de premier plan qu’il aura parfaitement su transposer au média roman, c’est sa maîtrise du rythme. Pour ça pas de lézard, on ne s’ennuie pas une seconde à la lecture de ce bouquin. Pas de ventre-mou, pas de perte de vitesse, la mécanique est parfaitement huilée et ça roule tout seul.

Et enfin pour rassurer un peu ceux qui, peut-être, seraient méfiants et craindraient un trop plein de violence gratuite, de vulgarité crasse et de déviances sexuelles assumées (paraîtrait que dans ce livre des types s’enfileraient des autruches !?!), sachez que le britannique fou qui a écrit ces pages n’est pas uniquement capable d’aligner des gros mots, de la barbaque et quelques bouts de fesses. Le gars a une plume, une vraie. Et pas besoin de le prier pour qu’il s’en serve. Ne soyez donc pas étonnés de trouver au sein même de ce roman qui pourtant ne fait rien pour qu’on s’y attende, d’authentiques morceaux de poésie et de sensibilité. Oui messieurs-dames ! Vous ne me croyez pas ? Lisez Artères souterraines sans attendre, vous m’en direz des nouvelles.

 

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25 avril 2018 3 25 /04 /avril /2018 11:12

Que voilà un roman qui a fait couler pas mal d’encre en son temps (sa parution initiale date de 2011). Tout d’abord parce qu’il s’agit d’un roman de Tonino Benacquista, un auteur qui compte dans la littérature moderne française et qui a déjà connu de beaux succès populaires et critiques ces dernières années. Que cela soit pour ses romans (pour ma part j’ai vraiment adoré Quelqu’un d’autre et Saga, et je n’ai pas encore lu ce qui semble être son œuvre la plus plébiscitée : Malavita) ou pour ses scénarios de cinéma (Sur mes lèvres ou De battre mon cœur s’est arrêté parmi les plus célèbres d’une longue liste de films), et un peu plus modestement pour ses scénarios de bandes dessinées, Tonino Benacquista est connu et reconnu comme un écrivain de talent.

 

Mais il a aussi fait parler de lui de par son sujet. Et ce dernier connaît dans l’actualité d’aujourd’hui des résonances intéressantes, avec les différentes polémiques au centre desquelles un certain féminisme revendicatif revient sur le devant de la scène : par l’affaire Weinstein qui a donné lieu à une libération de la voix des femmes victimes d’abus et de violences sexuelles (et le fameux #balancetonporc -d’une classe folle- qui est devenu le nouveau buzz sur les réseaux sociaux), par le cafouillage entre féministes pro et anti voile islamique, par le concept assez récent de charge mentale (pris un peu en otage par les revendications féministes alors que sur le papier il peut concerner absolument tout le monde quel que soit le sexe) ou par le débat houleux et pour certains aspects délirant autour de l’écriture inclusive.

 

Si je dis que le thème du roman est en plein dans l’actualité, ce n’est pas tant parce qu’il parle de féminisme, mais plutôt par un curieux effet miroir (qui semblerait aujourd’hui presque anachronique) car Benacquista nous parle dans Homo Erectus des hommes et de leur condition (et donc forcément de leurs relations avec les femmes).

 

Rapidement le pitch du bouquin : à Paris, chaque jeudi, se tient dans un endroit secret qui change semaine après semaine, des réunions d’hommes qui tour à tour peuvent venir s’ils le désirent s’exprimer devant l’assemblée et y parler d’eux, et de leurs rapports avec les femmes, quels qu’ils soient. La règle est simple : chacun peut dire ce qu’il a sur le cœur, personne ne pose de question, personne ne fait de commentaire, et surtout le plus important : personne ne juge. Trois participants se retrouvent cependant en dehors des réunions pour discuter entre eux de leurs expériences.

Il y a Philippe, l’écrivain-philosophe qui connaît une certaine notoriété depuis qu’il a écrit un livre à succès. Depuis il a perdu l’amour de sa femme Juliette et s’est mis en couple avec une magnifique et très en vue top-model de la moitié de son âge. Il y a Denis, serveur chef de rang dans une grande brasserie, qui a toujours eu énormément de succès avec les femmes mais qui n’attire plus personne depuis quelque temps au point de croire à un complot féminin pour réduire à néant sa virilité ! Et puis il y a Yves, modeste ouvrier vitrier parisien, qui a quitté sa femme après qu’elle lui ait avoué une incartade avec un strip-teaseur. Depuis il est fermement décidé à ne plus laisser les sentiments s’insinuer dans ses rapports aux femmes, est devenu un fervent adepte des prostituées et s’est fixé comme but de découvrir tous les types de corps féminins qui puissent exister…

 

En fait j’ai trouvé le point de départ de ce roman vraiment original et intrigant, et l’idée même de montrer l’aspect habituellement caché des hommes (les sentiments ne seraient-ils pas exclusivement réservés aux femmes si l’ont en croit certaines ?), cassant l’image du mec testostéroné et de sa virilité, exposant les faiblesses, les fragilités et les doutes, à la fois subversive et intéressante. Enfin intéressante à la condition qu’on ne tombe pas dans le larmoyant ou l’accusation facile, écueil que Benacquista évite avec brio. Ajoutez par-dessus cela le talent de conteur et de modeleur de personnages de l’auteur, et vous obtenez un chouette bouquin, à la fois intelligent et sensible sans jamais être moralisateur et définitif dans son propos.

 

Mais quand je disais en introduction que ce livre a fait couler pas mal d’encre, c’est parce que pour préparer ma chronique j’ai un peu farfouillé sur le net, cherchant comment avait été accueilli le roman. Et là quelle ne fut pas ma surprise ! J’y ai trouvé tous types de commentaires, positifs et négatifs cela va de soi. Mais parmi les négatifs, quelle violence ! Beaucoup de dédain pour le sujet, de moqueries, de préjugés. Que la personne l’ait lu ou non d’ailleurs, ce qui est encore plus troublant. Et pour parfaire mon étonnement, parmi les avis négatifs j’ai noté une très forte proportion de femmes. Certes vous me direz que la majorité des lecteurs sont des lectrices, d’autant plus pour ce genre de littérature, mais quand même la proportion est telle que ça m’a choqué. Et ce qui m’a encore plus estomaqué, c’est le contenu des critiques : des clichés sur les hommes, des phrases du type « ces pauvres chéris qui veulent qu’on s’apitoie sur leur sort » ou « bureau des pleurs et catalogue de fantasmes masculins »… Très peu d’arguments sur les idées développées dans le roman, rien sur le style de l’écrivain : uniquement des récriminations sur le thème du livre. Vraiment, trouver cela sur bon nombre de sites et blogs dits « littéraires », donc provenant de personnes sensément réfléchies et ouvertes d’esprit (en tout cas je croyais -naïvement ?-que la lecture intensive menait à ces qualités intérieures là), pour la plupart des femmes qui justement fustigent ce type de comportements et de commentaires sexistes lorsqu’ils portent sur la condition féminine… ça m’a un peu déboussolé. Énervé également. Mais désespéré surtout, car ils montrent toute l’incompréhension et les murs qui s’érigent entre hommes et femmes, et démontrent que les femmes font elles aussi dans ce domaine d’excellents maçons (désolé mesdames, il n’y a pas de forme féminine du mot pour le coup, ce qui est je vous l’accorde profondément injuste !!)…

 

Ces critiques négatives et plutôt virulentes m’ont d’autant plus surpris que justement il m’a semblé que le roman évite avec beaucoup de justesse tout ce dont il est pour (et par) certaines condamné. Je n’ai pas trouvé de sexisme, d’agressivité gratuite, de reproches genrés faits aux femmes dans ce texte. Une lecture superficielle pourrait laisser croire que les femmes tiennent le mauvais rôle dans cette histoire, et pourtant non seulement c’est loin d’être le cas si on va plus dans les détails, mais de plus je suis absolument persuadé que ça n’était en rien l’objectif de l’auteur. L’immense majorité des reproches que j’ai pu lire à son sujet me paraissent en réalité n’être rien d’autre que des projections des pensées (ou plutôt des limitations de leurs pensées) des commentateurs sur l’œuvre ou l’intention de l’auteur. Ce qui est au choix et selon votre humeur du jour soit banalement triste, soit affreusement affligeant…

Je ne crois pas que Benacquista ait cherché à définir des gentils et des méchantes, bien au contraire. Il a surtout montré les différences et les failles de chacun (et chacune, suis-je obligé de le préciser ?), et tout ce que cela peut provoquer comme difficultés relationnelles. Non les femmes n’ont pas le mauvais rôle : que dire de cette inconnue qui entre dans la vie de Denis par exemple, et qui -sans vouloir déflorer l’intrigue- aura un effet des plus positifs sur ce type au comportement et aux réflexions de dépressif profond ? Non les hommes n’ont pas le beau rôle : il n’y a qu’à lire les différents témoignages de ceux qui s’expriment lors de ces réunions secrètes pour s’en convaincre.

 

Réunions secrètes qui m’ont d’ailleurs énormément plu, dans leur déroulement comme dans leur concept. L’analogie vient toute seule avec les réunions d’alcooliques anonymes (ou de n’importe quels accros à des substances diverses et dangereuses pour la santé), elle saute même aux yeux. En poussant l’analogie, les femmes seraient-elles donc nocives pour la santé (mentale) des hommes ? Les hommes malgré les grands airs qu’ils cherchent à se donner pour sauver la face ne seraient-ils que de vulgaires toxicos complètement soumis au sujet de leur addiction : les femmes ? Si vous lisez ce roman vous vous ferez votre propre opinion, vous en avez d’ailleurs certainement une sur le sujet même sans avoir lu le bouquin. La mienne est que ce livre démontre avec brio, intelligence, bienveillance et tendresse tout ce qui sépare les hommes des femmes, l’incompréhension qui peut exister entre eux et elles (coucou l’écriture inclusive, j’ai bon là?) (ou aurais-je dû écrire juste « entre elles »?), et en même temps tout ce qui les rapproche : ce fichu besoin de se sentir aimé, désiré, adoré, sublimé, respecté, caressé par elles et eux (barrez sans retenue le terme qui pourrait vous choquer ou vous mettre en rogne, pour moi ils conviennent tous !).

 

Sans en faire un chef-d’œuvre absolu, et encore moins un étendard revendicatif (de quoi d’abord ?), j’ai plutôt aimé lire ce roman, il m’a fait tantôt sourire tantôt réfléchir, il ne m’a rien imposé en termes de conclusion ni de morale, et si je ne peux pas le ranger aux côtés de mes livres de chevet je ne peux cependant que le conseiller à la lecture.

En renvoyant les plus extrêmes des sexistes de tous genres dos-à-dos. Ce qui ne doit du reste pas être facile pour aller se faire foutre je l’admets, mais qu’ils se démerdent entre eux.

 

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13 avril 2018 5 13 /04 /avril /2018 09:34

Depuis quelques années, les romanciers scandinaves ont fait une grosse percée en littérature. Tout particulièrement dans le polar, où auteurs suédois et norvégiens excellent. Mais bien qu’il nous vienne de Suède, ce roman là n’appartient pas du tout à ce genre sombre et violent. Vous n’y croiserez personne qui ressemble, de loin ou de près, à Lisbeth Salander.

 

Son auteur, Solja Krapu, nous propose de suivre le temps d’un week-end la vie d’une petite professeur de collège, bon chic bon genre. Eva-Lena a 39 ans, un mari, trois enfants, une maison parfaitement ordonnée et une vie posée sur les rails d’une voie toute tracée. C’est peu de dire qu’Eva-Lena manque cruellement de fantaisie. Dans le genre control freak ménager on ne fait guère mieux en fait. Tout dans sa vie est parfaitement maîtrisé, du travail à la maison, de la vie en société à sa vie de couple, tout est strictement agencé, prévu dans les moindres détails et de ce fait aussi complètement aseptisé. Pas de surprise, aucune originalité, Eva-Lena ne fait que dans l’utile, le fonctionnel, l’organisation à outrance. Autant dire qu’elle apparaît à son entourage comme quelqu’un de plutôt austère, rigide, pointilleuse, bref : une coincée.

Son quotidien a été quelque peu bousculé depuis la dernière rentrée scolaire par l’arrivée d’une nouvelle professeur de dessin, qui s’avère également être une ancienne amie d’enfance et qui est son exact opposée : toujours dépassée et passablement désorganisée mais éminemment sympathique et populaire car toujours souriante, empathique et positive. Tout à son travail et son planning du week-end, Eva-Lena retourne un vendredi soir au collège, pour y faire quelques photocopies histoire de s’avancer dans son boulot. C’est là qu’elle se retrouve enfermée par inadvertance dans le local de la photocopieuse, seule et sans son téléphone portable, alors que l’établissement est déjà vide. Avec la perspective d’y passer le week-end entier si personne ne la retrouve avant lundi matin… Cette attente va être pour elle l’occasion de laisser divaguer ses pensées, se relater ses dernières semaines, ce qui va l’amener sur quelques pistes de réflexion et d’auto-analyse, le tout avec un humour cependant tout empreint d’une certaine délicatesse.

 

Le roman n’est pas très long, et il se lit plutôt facilement, le style léger et quelque peu doux-amer est assez agréable. Les personnages sonnent tous juste, l’enchaînement n’est ni poussif ni trop rapide, et on peut même par moment se retrouver ici ou là dans l’un ou l’autre personnage (y-compris dans les obsessions de contrôle d’Eva-Lena en ce qui me concerne, ce qui n’a pas été sans provoquer un certain malaise je dois bien le dire) ou situation du quotidien qu’on a pu connaître soi-même. De cette situation de départ plutôt saugrenue, l’auteur parvient à nous emmener là où elle veut tout en menant une réflexion pas inintéressante sur le contrôle qu’on peut (ou non) exercer sur sa vie, et sur les conséquences comportementales que cela peut avoir sur notre existence. Je n’irais pas jusqu’à dire que c’est de la grande philosophie, mais c’est loin d’être dénué d’intérêt. Le concept de lâcher-prise, sans être jamais frontalement nommé est pourtant bien l’un des thèmes centraux de cette petite histoire sans prétention.

 

Alors ça n’en fait pas un grand livre et encore moins un incontournable, mais dans la catégorie aimable-comédie-source-de-réflexion-quand-même on peut dire que ça tire son épingle du jeu. Vous ne vous en relèverez pas la nuit pour en écrire une critique sur votre blog, mais la lecture s’avère plaisante malgré tout. Donc si vous voulez lire du suédois sans meurtre ni personnage torturé, ce livre peut être un choix satisfaisant. À vous de voir...

Hors Service, de Solja Krapu

 

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28 novembre 2013 4 28 /11 /novembre /2013 19:44

Voici un petit livre pas commun dans son genre. Il s'agit d'un livre de témoignage, celui de Philippe Vigand, atteint du locked-in syndrom, aussi connu sous le nom de syndrome de l'enfermement. Il y a quelques années de cela, un très beau film, Le scaphandre et le papillon retraçait déjà la vie et le drame vécu par Jean-Dominique Bauby atteint du même handicap et dont on avait adapté le livre au titre éponyme. Cependant, si la comparaison s'avère inévitable par le simple fait que le thème traité est le même, on est loin, très loin même d'un copier-coller de l'oeuvre de Jean-Dominique Bauby.

Ce qu'il faut dire avant toute autre chose, c'est que ce livre n'est pas un drame. Par bien des aspects il penche même plutôt, toute proportion gardée, vers la comédie. Évidemment, on n'est pas face à de la bonne grosse poilade bien grasse, mais plutôt devant un livre plein de douceur, de sagesse masquée qui ne veut pas dire son nom, de bonne humeur communicative et de positivisme saupoudré d'humour bien senti.

Alors certes, le contexte et l'état de santé de Philippe Vigand ne prêtent pas a priori à sourire, et pourtant quand on le lit on est frappé par son détachement, par son esprit vif et je dirais presque … farceur ! Bien entendu l'auteur ne se voile pas la face et ne cache pas certaines parties des plus déplaisantes qui découlent de son état physique, mais s'il y a bien une chose qui lui est étrangère c'est l'apitoiement. Pas une seule seconde il ne glisse sur ce terrain-là, pourtant la pente s'y prêtait, difficile de le nier. Il fait même beaucoup plus fort que de ne pas s'apitoyer, il se paye le luxe de dédramatiser, de relativiser, d'en rire voire même de positiver parfois. Toute autre personne que lui, entendez par là n'importe qui qui ne soit pas atteint du locked-in syndrom, n'oserait chuchoter que la moitié de cela, se verrait prendre une volée de bois vert. Comment oser relativiser un locked-in syndrom ? La réponse est simple : en le subissant et en étant Philippe Vigand.

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Quand je parlais plus haut de « sagesse masquée » c'est bien de cela qu'il s'agit à mes yeux. Pas une seule fois dans son livre, l'auteur ne se pose comme donneur de leçons, grand manitou qui a les réponses à tout ou détenteur de la vérité sur ce fichu handicap. Il n'impose pas sa façon de voir les choses, il en parle juste avec une franchise et une simplicité étonnantes et désarmantes. Et toujours, toujours, même dans les moments les plus difficiles avec une part d'humour qui m'a laissé sur le cul. Quel pire cauchemar que d'être enfermé dans un corps qui ne répond plus à aucune de ses volontés, qui n'est plus qu'une enveloppe physique inerte et intégralement dépendante des autres ? Philippe Vigand démontre dans son texte qu'il ne s'en est pas laissé conter par son corps, qu'il a décidé que ce serait son esprit qui prendrait le dessus, envers et contre toute cette fatalité écrasante. Bien évidemment conscient de ses limites à nulle autre pareilles, il est aussi pleinement conscient de sa liberté de penser, de raisonner et de s'exprimer à sa façon. Et il n'hésite pas à en user. Il communique par battements de paupières et cela ne l'empêche pas de faire de l'humour corrosif, trouver à son goût une jolie femme qui passe ou ironiser sur sa capacité à rester impassible en jouant au poker.

J'ai passé un excellent moment en lisant Légume vert de Philippe Vigand. Le thème n'est pas facile, je dirais même qu'il est difficilement abordable sans au départ une certaine dose de gêne et d'embarras de la part du lecteur. Face à un homme parfaitement incapable du moindre geste et de la moindre parole, une personne valide aura forcément tendance à projeter en lui ses propres sentiments, ses propres peurs et surtout sa gêne, au risque d'oublier que l'homme immobile en question n'est ni sourd ni insensible, et encore moins diminué mentalement. Quand on lit Philippe Vigand on prend conscience de ceci, on prend de plein fouet la force d'un caractère et d'une personnalité hors-normes bien qu'enfermées dans un corps fragile et sans défense. Philippe Vigand relativise souvent au cours de son livre, et ce faisant il permet à ses lecteurs de découvrir l'homme qu'il est malgré la barrière du corps qui semble parfois infranchissable alors qu'elle n'est en réalité qu'impressionnante.

Un regard décapant sur le locked-in syndrom, des anecdotes tantôt drôles tantôt poignantes mais toujours savoureuses, voici ce que vous découvrirez en lisant Légume vert de Philippe Vigand. Lecture que je recommande à tous.

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10 août 2013 6 10 /08 /août /2013 06:20

Bon pour un livre, comme titre ça se pose là, n'est-ce-pas ? Impossible de passer à côté sans que l'oeil ne s'y accroche. À vrai dire c'est même un chouïa trompeur quant au contenu. Le titre complet est en fait Le Festival de la couille et autres histoires vraies, alors qu'en VO le bouquin se nomme Stranger than fiction que je trouve bien plus approprié et révélateur de ce qu'il contient. Le Festival de la couille (en VO Testy festy) n'est en réalité que le titre du premier texte, car ce livre est un recueil. Non pas de nouvelles mais plutôt de textes à caractère journalistique. Car Chuck Palahniuk n'est pas seulement romancier, il a aussi été journaliste.

On retrouve donc dans ce recueil une vingtaine de textes répartis en trois parties. Dans la première partie nommée Ensemble, Palahniuk s'intéresse à certains points très précis, certaines caractéristiques improbables et qui relient les gens entre eux, en des réseaux parfois restreints mais révélateurs d'une vraie identité forte. Ainsi on trouvera ce reportage sur un festival du Montana où tout le monde se retrouve en une gigantesque fête orgiaque campagnarde qui semble n'avoir aucune limite d'ordre moral, tout en dégustant des testicules de taureaux au barbecue. On entrera dans l'univers très spécial des adeptes de lutte gréco-romaine qui pour seule récompense à une vie d'ascète ultra-exigeante ont droit à de belles oreilles en choux-fleurs et parfois un demi quart d'heure de gloire avant une vie complète dans l'indifférence et le dénuement le plus total. On plongera dans une compétition un peu particulière au cours de laquelle s'affrontent en une apocalypse mécanique, tels des gladiateurs mad-maxiens, des agriculteurs juchés sur des moissonneuses-batteuses de combat, les champs se transformant en arène antique jusqu'à ce qu'il ne reste plus qu'une machine agricole en état de rouler... On découvrira que pour vivre la vie de château certains passionnés sacrifieront tout afin de construire de leur propre main une réplique de citadelle moyenâgeuse perdue quelque part dans l'Amérique profonde. On verra que les États-Unis croulent sous le nombre d'apprentis romanciers et de d'écrivains en herbe qui n'aspirent qu'à faire fortune en vendant un scénario au studio hollywoodiens, mais que pour y parvenir ils doivent au préalable payer de leur poche pour avoir le droit d'exposer leurs œuvres aux potentiels acheteurs...

Dans une seconde partie titrée Portraits, Chuck Palahniuk interviewe quelques personnes, connues ou anonymes, pour en dresser un portrait tout en nuance. On croisera ainsi le chanteur-brailleur Marilyn Manson, l'actrice-chanteuse Juliette Lewis, les écrivains Amy Hempel et Andrew Sullivan ou encore la secouriste Michelle Keating et Brian Walker alias Rocket Guy.

Enfin dans la dernière partie, Seul, Palahniuk se met lui-même en scène, narrant quelques expériences personnelles sur un ton tantôt drôle quand il narre les conditions très spéciales dans lesquelles il a été vendre son script de Fight Club à Hollywood, tantôt mélancolique quand il se souvient de son boulot d'accompagnateur pour personnes en fin de vie, tantôt poignant quand il raconte ce jour où il est allé reconnaître le corps de son père à la morgue.

Ce livre est le premier que je lis de cet auteur, que je ne connaissais jusqu'alors que de nom, et bien entendu dont j'ai vue (et adorée) l'adaptation au cinéma de son roman le plus célèbre Fight Club. M'est avis que pour le découvrir, ce bouquin n'est peut-être pas le meilleur choix. Ne serait-ce que parce qu'il n'est certainement pas le plus représentatif de son œuvre et pour cause : c'est son premier texte non-fictionnel paru en français. Mais je me doute bien cependant que le style de l'écrivain est là quant à lui, et ne doit pas beaucoup varier de ce que j'ai lu. Ne sachant absolument pas à quoi je m'attaquais en entamant ce livre (c'est ce qui arrive quand on ne se fie qu'au titre, ce qui m'arrive assez souvent), j'ai été un tantinet déçu en m'apercevant qu'il ne s'agissait pas d'une fiction mais plus de reportages un peu à la manière d'un Strip-tease sur papier (je fais référence évidemment à l'excellente série belge de documentaires télévisés qui prennent la forme de portraits et de tranches de vies à la fois touchants, bruts de décoffrage et sans concession). Et pour tout dire, certains aspects et détails très techniques de la vie d'un constructeur de château-fort en toc ou d'un lutteur amateur ne m'ont pas toujours passionné... Mais s'il est une chose qui ressort de ce livre, c'est l'humanité avec laquelle Palahniuk observe ses contemporains, y-compris les plus étranges. Il ne pose pas de jugement, il essaie de rendre au plus proche de la réalité ce qu'il voit et ce qu'ils vivent. Il décrit des univers insoupçonnés avec précision et dans le respect des passionnés qu'il rencontre. Libre à chacun de décider si tel ou tel siphonné du bocal mérite notre attention de lecteur ou non.

Ce qui est certain, c'est que le monde réel, comme l'indique le titre original, dépasse parfois bien largement en étrangeté les fictions les plus folles. Et que pour peupler ses romans de personnages loufoques et déjantés, Chuck Palahniuk démontre qu'il suffit de savoir regarder autour de soi et de piocher dans ce que l'on voit.

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30 juillet 2013 2 30 /07 /juillet /2013 18:02

Voici un livre-coup de cœur. Un petit bouquin qui se lit vite, trop vite tant on aimerait prolonger un peu l'immersion en compagnie des personnages qu'on découvre tout du long.

Plutôt difficile à résumer car complètement foutraque, je vais tenter d'en parler un peu quand même en tâchant de ne pas trop en dévoiler cependant. Un des intérêts du livre c'est justement de découvrir au fur et à mesure les aventures de ces personnages décalés et complètement déjantés.
 

C'est l'histoire d'un frenchy expatrié aux USA, qui a la fibre littéraire mais qui bosse dans une blanchisserie pour survivre. C'est le personnage principal, mais on ne saura jamais son nom... Loser confirmé mais attachant, amateur de bibine, traîne-savate sympathique mais un peu pathétique, il rencontre un jour Emma. Elle est sublime, il en tombe amoureux fou. Ils se marient. Il l'emmène pour leur voyage de noces à Sandpiper, une petite station balnéaire pourrave sur la côte, connue pour son immense dune de sable « qui chante » quand le vent se lève, et pour JFK, le pélican irascible et mascotte du club de vacances. Mais on est un loser ou on ne l'est pas : après seulement quelques heures de mariage, Emma se fait la malle, laissant notre héros seul, malheureux comme les pierres, et sans autre explications que celles qu'il s'acharne à déloger au fond des binouzes qu'il partage avec ses potes de beuverie. Mais être abandonné par l'amour de sa vie n'est que le début de la fin : le sort va s'acharner. Un touriste allemand, dont la femme vient de se barrer avec un surfer du coin, fond littéralement un câble et se met à tourner en rond au pied de la dune, chaque jour, encore et encore. Au point d'en devenir une attraction locale attirant curieux et journalistes en une foule de plus en plus nombreuse. Par un concours de circonstances malheureux, notre anti-héros va se voir propulser à la tête du camping de la petite station balnéaire qu'il va renommer « Emma revient » comme un ultime cri de désespoir, secondé par une belle équipe de bras cassés, à devoir gérer une situation de plus en plus abracadabrantesque et qui part de plus en plus en vrille.
 

L'intérêt premier de ce livre n'est pas à mon sens l'histoire. Pour moi il est double : le style de l'auteur, Arnaud Le Guilcher, et les personnages qu'il met en scène. D'ailleurs ces deux facettes du livre sont complètement liées : si les personnages qui hantent ce bouquin sont à ce point truculents et géniaux à suivre, c'est justement par le style enlevé, bourré d'argot et de gouaille, par la narration à la première personne, par un vocabulaire et des expressions très imagées, et surtout un humour très noir et un cynisme ambiant presque pesant.
 

Tiens, pour vous donner une idée, voici un passage où le héros se décrit physiquement :
 

"Ma mère était belle. Mon père avait raté le coche, j'aurais pu être beau. Pas beau et intelligent. Non, faut pas charrier, mais au moins présentable... Le jour de la giclée fatidique, il a dû penser à une vieille tante moustachue, et pan, un spermatozoïde blindé de gènes de thon a conquis le saint Graal. Bilan des courses : ma gueule. Merci du cadeau."
 

Ce qui m'a embarqué directement dans cette histoire iconoclaste aux péripéties et aux situations plus invraisemblables les unes que les autres, c'est avant tout le ton de l'auteur (qu'on amalgame d'ailleurs au héros, par le jeu de la narration à la première personne et le fait que jamais il n'est nommé dans le roman). On aborde frontalement des situations et des faits souvent dramatiques, des réflexions qui en disent long sur la profondeur des blessures de ceux qui les endurent, il y a en permanence une tristesse, une mélancolie et le poids de cette fatalité implacable qui pèse sur les épaules du héros. Mais tout cela est dit et écrit avec des mots bien spécifiques, férocement poétiques dans leur manière d'être bruts de décoffrage. L'humour est omniprésent, d'une noirceur assez terrible mais qui lui donne une force décuplée, irrésistible. Le cynisme s'incruste page après page, donnant une saveur amère au récit, mais avec ce petit arrière-goût de reviens-y auquel on ne peut pas dire non et qui peut très vite si l'on n'y prend garde (mais en a-t-on franchement envie ?) devenir source d'accoutumance...
 

Alors c'est vrai qu'on pourra reprocher aux situations d'êtres parfois un chouïa exagérées, à l'auteur de trop se laisser aller dans son délire, peut-être que certains lecteurs s'en trouveront tenus un peu à l'écart, mis à distance d'un récit qu'on pourrait juger trop excentrique par moment... mais en contre-partie (et je soupçonne l'auteur de l'avoir fait délibérément) il y a une telle humanité dans les personnages, que tout cela se compense assez harmonieusement. La légèreté et l'humour (corrosif) des situations d'une part, le poids des âmes et des sentiments d'autre part, le tout donne un roman original, drôle, profond et léger à la fois.
 

Pour moi Arnaud le Guilcher a été une vraie belle rencontre avec un écrivain de talent au style prononcé et immédiatement reconnaissable. Un peu comme si Renaud se mettait à écrire des romans, vous voyez un peu le genre ? Et dans cette façon de mettre en scène des personnages très actuels, aussi déjantés que totalement losers, je mettrais bien cet auteur aux côtés d'un Serge Le Vaillant ou d'un Laurent Chalumeau dont j'ai déjà pu vous parler ici...
 

Je termine en vous touchant un mot de la toute fin du roman, le dernier paragraphe si ce n'est même carrément la dernière phrase, reprenant du reste le titre du livre, qui clôt ce roman sur une note d'une profonde beauté, quelques mots qui relativisent tout le reste du bouquin, et qui m'ont cueilli là comme une préadolescente devant le dernier épisode de Twilight, me bouleversant d'une manière je dois bien le dire assez honteuse, me prenant par surprise quand je ne m'y attendais plus. Me donnant une gigantesque envie d'en savoir plus, d'en lire plus, de faire de ce type dont je venais de lire les mésaventures un pote à moi. Et par chance, j'ai pu prendre un peu de rab quelques mois plus tard, avec la suite de En moins bien intitulée Pas mieux (on en reparle ici bientôt), et qui je peux d'ores et déjà le dire, m'a mis une plus grosse claque encore que le premier roman.

Mais ça, c'est une autre histoire...

368 en moins bien

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