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Avant de lire les notes que je fais sur les films que je vois et les bd que je lis, sachez que dans mes commentaires il m'arrive parfois de dévoiler les histoires et les intrigues. Ceci dit pour les comics, je n'en parle que quelques mois après leur publication, ce qui laisse le temps de les lire avant de lire mes chroniques.
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4 mai 2020 1 04 /05 /mai /2020 07:56

Tout avait l'air d'être fait pour me plaire. Le titre, la quatrième de couverture, l'humour anglais, le style moderne, les personnages contemporains, le cynisme ambiant... vraiment, Idiopathie de Sam Byers semblait avoir tous les atouts en main pour décrocher la timbale avec moi.

 

Sauf que non. Plouf. Un coup à l'eau...

 

Mais je vais d'abord vous expliquer de quoi ça cause.

Le roman est centré sur trois personnages, trentenaires mal dans leur peau, trois anciens amis que la vie a séparés, et qui se retrouvent à l'occasion de la sortie d'hôpital de l'un d'eux.

Il y a Katherine, cynique et misanthrope, qui hait le monde entier (mais surtout les hommes) et s'en sert comme prétexte à cultiver sa méchanceté à un degré rarement rencontré. Il y a Daniel, son ex qui l'a quittée pour Angelica, jolie nunuche ultra-positive, avec laquelle il vit l'existence parfaite en apparence. Mais les apparences savent être trompeuses. Enfin il y a Nathan, leur ami commun, qui était aussi leur dealer attitré, et qui sort d'hôpital psychiatrique alors que sa mère a fait de lui le centre d'un récit-témoignage qui lui permet de courir les plateaux télé et s'inscrire au classement des best-sellers du moment. À la demande de Nathan, les trois amis se retrouvent le temps d'une soirée, qui ne sera pas sans dommage pour les uns et les autres...

Ah oui, à travers toute l'Angleterre, il y a aussi les vaches qui souffrent et meurent d'un étrange syndrome de « désœuvrement et de désengagement du troupeau ».

 

Voilà. Dit comme ça, franchement, ça pouvait le faire. Ben ça l'a pas fait.

Revenons rapidement sur le titre : Idiopathie, qui ne désigne pas la pathologie de ceux qui souffrent de bêtise chronique, mais qui se dit d'une maladie qui apparaît de façon spontanée et dont la cause est inconnue. Ici il s'agit de l'épidémie dont souffre la gente bovine et qui est évidemment une métaphore qui se veut malicieuse pour illustrer le mal qui touche la génération désœuvrée dont nous parle Sam Byers. Ne cherchez pas plus loin d'ailleurs, s'il y a des amoureux des vaches parmi vous, sachez qu'il s'agit là d'un simple décor de fond, l'auteur n'approfondira pas plus cet aspect du récit.

 

Alors venons-en au fait : pourquoi ça ne l'a pas fait ?

Pour plusieurs raisons. La première, et la principale, ce sont les personnages. Ils sont insupportables, tous autant qu'ils sont. Katherine est très certainement le personnage de roman la plus désagréable et difficile à lire que j'ai croisée depuis longtemps. Pourtant elle avait du potentiel pour me plaire. Le cynisme et les sarcasmes, j'adore. Mais quand c'est bien fait. Pour que le cynisme fonctionne chez un personnage, il ne faut pas que ce dernier se limite à cette spécificité. Il faut que cela vienne en contre-point d'autre chose. Un humour corrosif, une mélancolie subie, une intelligence supérieure, un sacrifice passé, une faille profonde et humaine, un doute existentiel sincère, je ne sais pas ... n'importe quoi d'intéressant bon sang ! Mais chez le personnage de Katherine, rien de tout cela, malheureusement. En tout cas rien de convaincant. Son cynisme, qui se pare pourtant d'un voile d'esprit critique, n'est rien d'autre que de l'aigreur qui essaie de se donner une image d'intelligence froide sans y parvenir. Bien au contraire même, le cynisme sans fond, sans but, même inconscient, n'est selon moi que la marque d'une cruel manque d'intelligence justement. Ou d'une intelligence qui se sera faite supplantée par l'amertume. Résultat : Katherine est détestable et insupportable. Elle pourra même énoncer certaines vérités qu'on ne l'écoutera plus tant son caractère l'aura rendue inaudible. Quant à Daniel ce n'est pas mieux. On pourrait croire que celui qui a quitté une femme pareille mérite si ce n'est notre sympathie au moins notre indulgence, mais au final pas du tout. Il est, dans un tout autre genre, tout aussi insupportable. D'une mollesse sans nom, il est juste insipide, inodore, inconsistant. Finalement c'est Nathan, sensément le plus barré des trois (c'est quand même lui qui a été interné en hôpital psy), qui paraît le plus normal de la troupe, celui dont on comprend le mieux le ressenti et les réactions. C'est dire.

 

En second lieu, outre les personnages qui n'inspirent pas de grande passion à leur égard, il y a la promesse un peu déçue de la comédie caustique à l'anglaise. Non pas que le roman soit mal écrit, il y a une certaine fluidité à la lecture (quoique l'auteur soit un adepte des phrases à rallonge, mais ce serait vraiment mal venu de ma part de lui reprocher ça !!), mais je n'y ai pas retrouvé ce que j'ai pu adorer chez d'autres. Dans le genre hilarant, je n'ai pas encore trouvé mieux, ni même aussi bien, que Vacances anglaises de Joseph Connolly. Et le mètre étalon en la matière reste pour moi David Lodge, qui sait mixer comme personne l'humour, la justesse et la classe toute britannique dans ses romans. Sam Byers, l'auteur trentenaire dont c'est ici je le précise le premier roman, est encore loin de ses glorieux aînés. D'ailleurs il est même possible que la construction de son récit en rebute quelques uns, du moins ceux qui ne goûtent que peu aux dialogues à outrance. Car c'est majoritairement ce dont est composé son bouquin. On discute, on se dispute, on s'invective, on s'apostrophe et on s'envoie à la tronche réplique de sniper sur bon mot assassin. J'avoue que ça peut lasser si on n'apprécie que modérément le genre.

 

Et puis, ce qui m'a finalement gêné aux entournures, c'est le fond du propos. La légèreté ne me dérange pas. On peut faire d'excellents livres, très distrayants et bien écrits sur des sujets qui s'avèrent très secondaires au final. Mais là, j'ai un peu trop ressenti la vacuité de l'ensemble. À mes yeux on a à faire ici à une bande de petits bourgeois chouineurs tout juste sortis des jupes de leurs mères et qui à peine dans la trentaine croient déjà tout savoir, tout connaître de la vie, au point d'en décréter le non-sens et l'inutilité avec un aplomb qui laisse songeur. Le personnage de Katherine en particulier, cumule sur ce point la majorité des réflexions et comportements qui m'auront hérissé le poil au cours du livre. Si ce roman était un film, il aurait les défauts qu'on prête habituellement (et parfois avec exagération) aux comédies dramatiques françaises nombrilistes et dépressives. Car s'il y a bien un qualificatif qui colle aux personnages (et à l'auteur qui parle par leur entremise ?) c'est narcissique.

 

En fait voilà : c'est malheureusement bien plus narcissique que caustique, cynique ou drôle. Et c'est ce qui m'aura sans doute définitivement fait décrocher du roman. Il se lit sans trop de difficultés, mais on est content d'en finir une fois arrivé à la fin !! Pour pouvoir passer à autre chose.

 

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27 avril 2020 1 27 /04 /avril /2020 19:28

Avant de lire Comment je suis devenu stupide, de Martin Page, j'en avais lu l'adaptation en BD, il y a de cela déjà assez longtemps. Et ça ne m'avait pas plus marqué que cela puisque je n'en avais que très peu de souvenirs.

C'est donc presque comme si je le découvrais que je me suis plongé dans la lecture de ce bouquin très court (de l'ordre de 120 pages environ en version poche).

 

L'histoire est celle d'Antoine, 25 ans, incapable de trouver sa voie vers le bonheur. Il se sent à part, décalé, inadapté. Lui-même se considère comme un handicapé du bonheur. En revanche, Antoine n'est pas la moitié d'un con. Et c'est justement là qu'il situe l'origine de son problème. Après y avoir réfléchi, il en est venu à la conclusion que c'est son intelligence qui le rend inapte au bonheur. A force de toujours cogiter, il passe à côté de l'essentiel. Pour pallier ce problème, il envisage d'abord de devenir alcoolique, pensant que l'oubli et la réalité ouatée procurés par l'alcool à haute dose pourrait le rapprocher du bien-être. Manque de bol, il ne supporte pas l'alcool et fait un coma éthylique à son premier verre de binouze. Il s'inscrit alors à des cours qui ont pour objet de l'aider à bien se suicider. Sauf que là encore, ça n'est pas vraiment satisfaisant : s'il ne connaît pas la joie de vivre, il n'en ressent pas plus celle de mourir.

Reste alors ce qui lui apparaît comme la solution la plus logique, combattre le mal à la racine, devenir un imbécile et profiter ainsi des bienfaits de l'ignorance. Antoine s'attelle dès lors à la tâche...

 

Allez, disons-le, c'est plutôt chouette comme idée de départ. Malin, un peu iconoclaste, et ça permet à l'auteur de se faire plaisir avec quelques situations savoureuses au cours desquelles il peut se laisser aller à de belles tournures de phrases et de belles répliques.

Pourtant ce roman m'a un peu fait l'effet d'une bonne idée que l'auteur n'aurait pas creusée jusqu'au bout. Un beau potentiel, un bon début de développement, mais un petit manque de profondeur. Dommage.

 

Il y a cependant des passages vraiment réussis, durant lesquels l'auteur met dans la bouche de ses personnages quelques idées intéressantes, quelques vérités bien senties, quelques sujets à méditer sur la réalité de notre monde actuel, et sur les relations entre les gens. Il y a par exemple cet échange avec Raphi, le pote courtier un peu caricatural (mais pas tant que ça non plus), au sujet des femmes, qui est plutôt criant de vérité. D'ailleurs il s'en suit une rencontre d'Antoine avec une gérante d'agence matrimoniale, et là encore un échange assez savoureux en résulte.

 

Alors si ce livre se veut plutôt amusant il n'en est pas pour autant comique. Je ne me suis pas esclaffé à chaque page, l'ambiance est plutôt à une certaine forme de cynisme et de constat pince-sans-rire du monde d'aujourd'hui. Il reste cependant à classer dans les divertissements, tout en vous fournissant de bonne pistes de réflexion sur la vie de tous les jours, et sur votre propre condition.

 

Là où j'adhère moins, c'est sur le fond. Du moins quand on s'y attarde un peu et qu'on ne prend pas juste le bouquin comme une petite fable amusante sans plus. L'idée de présenter l'intelligence comme un handicap, j'ai un peu du mal. Pour moi la bêtise en est un bien plus imposant si on va par là. Et la lucidité n'est pas plus une tare selon moi. Ce qui peut poser problème éventuellement, c'est ce qu'on fait des infos qu'on a une fois qu'on les a récoltées et analysées, les conclusions qu'on en tire. Mais réfléchir (si on ne se contente pas seulement de cela, ça va de soi) c'est pour moi indispensable pour être heureux. Apprendre, comprendre, étudier, s'instruire, chercher et trouver des réponses à ses questions : ce sont quand même de très belles choses non ?

 

Et puis si on veut vraiment pousser la réflexion sur le rapport entre intelligence et bonheur, à un cran largement supérieur à ce que permet de le faire le livre de Martin Page*, je ne peux que vous conseiller très très vivement Des Fleurs pour Algernon de Daniel Keyes, qui aborde ce sujet frontalement et avec une grande force. Sur un ton clairement plus dramatique cependant. Mais si vous préférez vous contenter d'une version plus courte, plus soft et plus légère, Comment je suis devenu stupide conviendra parfaitement.

* Dans un tout autre registre du même auteur, je vous conseille La Nuit a dévoré le monde...

 

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13 avril 2020 1 13 /04 /avril /2020 18:28

Il y a peu de temps, je vous parlais d'un roman qui m'a très fortement marqué : La Formule de Dieu de José Rodrigues Dos Santos. Je l'avais dévoré et trouvé passionnant parce qu'il m'avait ouvert l'esprit à des concepts pas toujours évidents au premier abord, parce qu'il m'avait beaucoup fait réfléchir une fois sa lecture terminée (il s'agit souvent là d'un très bon indice quant à la qualité de ce que vous venez de lire) et parce qu'il m'a aidé à voir certaines choses d'un œil nouveau. C'est déjà pas mal vous avouerez !

 

Aussi, emporté par l'enthousiasme procuré par la lecture de ce livre, je me suis directement jeté sur le second ouvrage de l'auteur qu'on m'avait tout autant conseillé, L'Ultime Secret du Christ, et je m'en vais vous en dire quelques mots ici.

 

Tout d'abord, je dois le dire, j'avais certes un a priori très positif envers l'auteur, mais j'avais également un gros doute sur ce second roman, à cause de son titre. L'Ultime Secret du Christ, pour moi c'était très connoté Da Vinci Code. Et à mes yeux ça n'est pas forcément très élogieux que de dire cela... Je ne suis pourtant pas le mieux placé pour en juger, n'ayant pas lu le livre de Dan Brown. Mais j'ai tant lu de critiques acerbes à son sujet, faites par des gens dans le jugement desquels j'ai plutôt confiance, et j'ai par ailleurs gardé en mémoire le si triste souvenir de l'adaptation au cinéma de la suite du Da Vinci Code, Anges et Démons, dont j'avais trouvé l'histoire pour le moins affligeante, que je ne pouvais m'abstraire de cet a priori négatif sur l’œuvre de Dan Brown.

 

Bref, j'avais très peur d'un bouquin dans la même mouvance, capitalisant sur un secret caché d'un évangile quelconque et qui surferait sur un thème qui a été très à la mode dans les fictions des années 2000.

 

Homme de peu de foi que j'ai été !

 

Je vous plante rapidement le décor du roman. Une éminente paléographe* est retrouvée égorgée à Rome, en pleine Bibliothèque vaticane ! Elle y étudiait l'un des plus anciens et précieux exemplaires de la Bible, le Codex Vaticanus. Au côté de son corps sans vie, un message mystérieux a été laissé. Tomás Noronha, historien et cryptologue portugais de renom, est le dernier à avoir vu la victime vivante. Convoqué par l'inspectrice Valentina Ferro, le héros de La Formule de Dieu va rapidement être associé à l'enquête policière. Ses connaissances des Saintes Écritures seront d'une grande aide pour décrypter le message laissé par le tueur. D'autant que l'enquête va prendre une tournure inattendue avec deux autres meurtres analogues en Irlande et en Bulgarie... Pour élucider le mystère, l'inspectrice et l'historien vont devoir se plonger dans l'analyse des textes bibliques et progresser de révélation en révélation jusqu'à en arriver en Israël, sur les traces de l'un des personnages les plus emblématiques de la culture occidentale : le Christ.

 

Alors deux choses :

  1. Oui ceci est un roman, et il raconte une histoire, en l'occurrence la résolution d'un meurtre.

  2. Tout comme dans La Formule de Dieu, L'Ultime Secret du Christ est préfacée d'une simple phrase, mais qui change tout à la lecture qu'on fera du livre : « Toutes les données historiques et scientifiques ici présentées sont vraies ».

     

L'auteur J.R. Dos Santos va réutiliser la méthode de narration qu'il a déjà bien développée dans La Formule de Dieu**, à savoir un mixe entre une enquête que mènent les personnages principaux et des informations et faits historiques et scientifiques présentés par l'auteur comme le moteur de la réflexion des enquêteurs. Certains pourront trouver le procédé trop artificiel et y verront une faiblesse du roman. Personnellement cela ne m'a aucunement gêné, ni ici ni dans le roman précédent, car je l'avoue ce n'est pas l'enquête à proprement parler qui m'a le plus passionné, c'est très clairement la partie historique et scientifique du propos qui m'aura le plus accroché. J'ai porté plus d'intérêt à tous les passages explicatifs et aux démonstrations théoriques qu'à l'avancée de l'action proprement dite. Je ne dis pas pour autant que l'enquête en elle-même n'est pas intéressante, mais elle passe nettement en arrière plan pour moi. Celles et ceux qui chercheront donc avant tout un thriller haletant et bourré d'action seront certainement déçus de ce qu'ils liront. Autant le dire pour éviter tout malentendu : la partie vulgarisation de connaissances l'emporte largement sur l'aspect thriller.

 

Donc, sorti de la pure enquête policière, ce roman m'a surtout impressionné et passionné par la somme d'informations historiques et scientifiques qu'il expose. J'ai toujours été assez intéressé et curieux de tout ce qui touche aux religions et aux croyances. J'ai grandi dans une société aux racines judéo-chrétiennes dominantes, qu'on soit du reste croyant ou non. Et pour ma part j'ai été baigné dans la culture chrétienne depuis tout petit jusqu'à ce que mon esprit critique et ma réflexion propre m'aient permis de m'en détacher suffisamment pour privilégier la science, l'histoire et la philosophie (cela étant dit, La Formule de Dieu, comme de nombreux autres ouvrages et travaux, montre qu'une séparation nette et exclusive de ces thèmes est souvent illusoire et aussi dogmatique que peut l'être la religion : la pensée doit s'autoriser à aborder tous ces sujets pour faire progresser la réflexion sur soi et sur le monde).

 

Et c'est justement en regard de ma propre éducation, de ma culture et de tout ce que j'ai vécu et appris au cours de ma vie, que le propos de ce livre m'a le plus touché. Oser poser des questions là où on nous a appris qu'il fallait croire sans s'en poser, mettre en doute des paroles qu'on nous a toujours présentées comme vraies et définitives, s'appuyer sur des faits, des connaissances, des preuves, plutôt que sur des textes dits saints qui excluent le moindre droit au doute, voici ce que fait ce livre. Il prend la Bible, et l'étudie. Pas au sens liturgique du terme, mais au sens scientifique et historique. L'auteur décortique les Écritures Saintes et pointe tout ce qui ne résiste pas à l'analyse un peu plus poussée que la seule acceptation des textes tels quels. Il remet dans un contexte historique, il confronte les incohérences entre elles, il rappelle les faits avérés et met en lumière tous ceux qui autorisent à énoncer tout haut un doute légitime. Bref, il déconstruit la religion. Ce qui personnellement, m'intéresse au plus haut point. Il ne s'agit pas d'ailleurs de « casser du curé pour casser du curé », mais simplement de prendre du recul, et de s'extirper des histoires pour essayer d'entrer dans l'Histoire.

 

A ce propos, je crois important de signaler qu'il ne faut pas tomber dans l'excès inverse : dans son roman, J.R. Dos Santos propose un autre point de vue que le dogme de l’Église, et il le fait en explicitant des hypothèses différentes. Il expose une théorie, et c'est utile de le préciser, il n'impose pas une vérité. Les faits qu'il énonce, les conclusions qu'il tire, les théories qu'il explique sont un autre point de vue. Selon l'avis de chacun, vous les verrez comme convaincantes ou non, vous déciderez de leur légitimité ou de leur vraisemblance : il y a dans ce livre des théories exposées qui m'auront plus convaincu que d'autres que j'ai trouvées plus fantaisistes ou moins scientifiquement probantes. Et c'est ce qui est encore plus passionnant dans ce livre : s'il vous apprend une chose, c'est le doute. Et que le doute, loin d'être une mauvaise chose, s'avère excellent dès lors qu'il nous pousse à chercher à en savoir plus, dès lors qu'il nous pousse vers les seules valeurs qui vaillent : l'instruction, la culture, l'histoire, la soif de connaissance, le désir d'apprendre. Disons-le encore autrement : quand il cultive la curiosité intellectuelle, le doute est infiniment bénéfique.

 

Quand vous lirez le nombre d'erreurs, d'omissions ou d'incohérences qu'on a pu chiffrer au cœur même de la Bible, vous en tomberez sur le cul. Quand vous apprendrez l'origine probable du concept de « Vierge Marie » vous hésiterez entre rire ou pleurer. Quand vous aurez devant les yeux l'évaluation mathématique du pourcentage de chances qu'on ait trouvé un faux tombeau du Christ, vous serez sciés sur place. Quand vous comprendrez quand, comment et aussi pourquoi on a décidé de retenir tel ou tel texte « saint » plutôt que d'autres pour fixer une bonne fois pour toutes un canon officiel de la Bible, vous regarderez d'un autre œil le concept de vérité tel qu'elle est présentée par l’Église (et par extension dès lors qu'on parle d'autorités religieuses).

 

Il me semble toutefois important de dire que ce livre participe moins à une entreprise de destruction de la foi qu'à la déconstruction des fonctionnements interne d'une religion, et qu'on apprend beaucoup de choses, quand bien même on ne serait pas convaincu par tout ce que tente de démontrer l'auteur.

 

Accéder à un nouveau point de vue sur quelque chose qu'on connaît depuis toujours, ça peut être parfois déstabilisant, mais j'ai trouvé cela surtout passionnant. Ne vous départez jamais de votre capacité d'analyse, gardez votre sens critique, qu'il aille dans le sens des théories présentées par le livre ou dans un sens contraire, tant qu'on essaie de faire passer la pensée et la logique avant l'aveuglement volontaire, vous en ressortirez forcément grandis et plus éclairés. Et si au concept de vérité souvent mis en avant et défendu par les religions, on s'autorise à privilégier celui de réalité, on se permet de voir le monde sous un prisme un peu différent, et on en ressort là encore gagnant. C'est ce que vous invite à faire J.R. Dos Santos par l'intermédiaire de L'Ultime Secret du Christ.

 

Je vous incite très fortement à le lire et à vous faire votre propre idée. En ce qui me concerne j'ai énormément appris à sa lecture, y-compris sur des choses que je croyais déjà connaître, et ce roman m'aura certainement autant marqué que La Formule de Dieu. Gros coup de cœur.

* une paléographe ? C'est une scientifique qui étudie les écritures anciennes.

** à ce sujet les romans de J.R. Dos Santos mettent en scène le même personnage, le professeur Tomás Noronha, mais l'ordre de parution française des romans n'a pas tenu compte de l'ordre original, si bien que La Formule de Dieu, premier roman de l'auteur paru en France est en fait le second roman des aventures de Tomás, alors que L'Ultime Secret du Christ, deuxième roman de Dos Santos paru en France est en réalité le cinquième opus des pérégrinations du héros lusitanien.

 

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23 mars 2020 1 23 /03 /mars /2020 13:12

En pleine mode de la littérature érotico-pouet-pouet à la façon Fifty Shades of Grey 1, est sorti ce roman, Juliette Society, écrit par Sasha Grey. Heureuse coïncidence patronymique entre l’auteure américaine et le personnage du roman de E.L. James qui aura peut-être attiré l’attention des lecteurs et lectrices sur ce livre, d’autant plus heureuse que le livre de Sasha Grey se veut érotique, tendance SM lui aussi par moment. Enfin, en ce qui le concerne j’emploierais plutôt le terme de pornographique pour le qualifier, car ici on n’est pas dans le subtil ni la suggestion érotique, mais bel et bien dans le hard le plus explicite. Mais j’y reviendrai.

 

Tout cela se tient plutôt puisqu’il faut savoir qu’on a là le premier roman d’une jeune écrivaine (elle avait 25 ans à la sortie du bouquin) qui a déjà derrière elle une carrière bien chargée. En effet, Sasha Grey s’est faite connaître en premier lieu en tant qu’actrice porno, activité qu’elle exerce dès sa majorité et jusqu’à l’âge de 23 ans. La demoiselle rencontre un vif succès et devient rapidement une star dans son domaine, au point même d’incarner un nouveau genre pornographique, qui allie les ambiances gothiques aux pratiques sexuelles les plus hardcores. Elle joue une première fois déjà de son pseudo pour tourner dans une parodie porno de la série Grey’s Anatomy, c’eut été dommage de se priver faut bien avouer, tant le jeu de mots était approprié. En 2009 c’est le très honorable Steven Soderbergh qui lui donne le premier rôle de son film The Girlfriend Experience, où elle interprète une escort-girl de luxe. Quand en 2011 elle met un terme à sa carrière porno, elle se teste manière touche-à-tout au fil de différentes reconversions : elle pose pour le mannequinat, se frotte ponctuellement à l’univers musical en tant que DJ et chanteuse, apparaît au cinéma et à la télévision, et s’essaie à l’écriture. Ce qui nous mène donc à ce Juliette Society.

 

Bon, après avoir introduit l’auteure 2, passons à l’œuvre proprement dite.

 

Ce roman est l’histoire de Catherine, jeune étudiante en cinéma de 23ans. Elle vit avec Jack, son petit ami, qui travaille d’arrache-pied pour un homme politique en pleine campagne électorale. Autant dire qu’il a peu de temps à lui consacrer, et la jeune femme ronge son frein comme elle peut, à défaut de celui de son amoureux 3. Elle l’aime profondément et est fidèle, mais du fait de sa frustration, ne peut s’empêcher de nourrir de nombreux fantasmes sexuels. Et parmi ses sujets récurrents de fantasme, il y a Marcus, un de ses professeurs d’université. Il y a également Anna, une autre étudiante, blonde sulfureuse au charme aguicheur dont elle se rapproche bien vite. Comme la vie est bien faite, Anna lui confie être la maîtresse de Marcus (mais pas que), et lui propose de l’accompagner lors de ses folles nuits de débauche en club très privé. C’est ainsi que Catherine commence à mener une double-vie : rangée le jour avec son petit ami bourreau de travail et pas très porté sur la chose, et totalement délurée la nuit entre clubs d’échangisme et expériences de voyeurisme… C’est aussi par l’intermédiaire d’Anna que Catherine va intégrer la très secrète et hyper select Juliette Society, un club où les plus riches et puissants de ce monde s’autorisent toutes les fantaisies sexuelles, y compris les plus glauques.

 

Voilà, le décor est planté.

Et comme je le disais en introduction, ici il n’est pas tant question d’érotisme que de cul sous la forme la plus crue et la plus directe. Le langage employé, et par extension l’ensemble du style d’écriture de Sasha Grey dans ce roman, qu’il s’agisse de scène de sexe ou non, est du même tonneau. Les mots sont crus, certains diraient vulgaires, les plus sensibles iraient certainement même jusqu’à les trouver choquants. Le style est très simple et sans grande fioriture, Sasha Grey n’essaie pas de faire dans le beau, elle fait plutôt dans le direct, voire dans le cash. Je ne suis pas certain que ce soit particulièrement réfléchi d’ailleurs, le but ne me semble pas particulièrement de choquer les bien-pensants, ça m’a l’air beaucoup plus authentique que cela. L’auteure se contente de parler de ce qu’elle connaît avec ses mots à elle et ces mots sont parfaitement adaptés, et au personnage, et aux situations évoquées. Oubliez les termes désuets et gentiment surannés comme « le vit », la « verge », « le phallus » ou même « le dard », ici il est question de bites et de queues, point barre. On baise et on encule, on suce et on avale 4.

Personnellement, vu les antécédents de l’auteure et le thème du roman, le vocabulaire employé ne m’a pas plus choqué que cela. Mais bon, il vaut mieux le préciser tout de même, histoire d’éviter les déconvenues aux oreilles les plus chastes, sait-on jamais, il y en a peut-être parmi mes lecteurs 5.

 

Hormis donc le style et le thème, quoi dire de ce bouquin ?

Tout d’abord que sa quatrième de couverture promet pas mal et est plutôt maligne :

 

Avant que nous allions plus loin, mettons les choses au point. Je veux que vous fassiez trois choses : Un. Ne soyez pas offensé par ce que vous lirez dans les pages qui suivent. Deux. Laissez vos inhibitions au vestiaire. Trois — et c’est le plus important. Tout ce que vous verrez et entendrez à partir de maintenant doit rester entre nous. OK. À présent, passons aux choses sérieuses.

 

D’ailleurs c’est elle qui a valu au roman une comparaison que j’ai trouvée plus que flatteuse, puisqu’il a été qualifié dans la presse (féminine je précise, pas de littérature ni de cinéma) de « Fight Club féminin ». Bon là, franchement c’est exagéré, on est bien loin de l’œuvre de Chuck Palahniuk, que ce soit dans les thèmes abordés, les réflexions philosophiques ou la plume de l’auteure.

 

Ce qui me permet d’habillement enchaîner sur un aspect du roman que j’ai trouvé au mieux déroutant, au pire ennuyeux. Les digressions. Sasha Grey en truffe son roman. Manière d’étoffer un roman qui s’il ne s’en tenait qu’à sa très simple intrigue se résumerait à peu de choses ? Je ne crois pas qu’il s’agisse d’un artifice de ce type, mais bel et bien de l’expression de la sincérité de l’auteure débutante. Alors vous aurez par exemple droit à un chapitre consacré aux mots du sexe, où Sasha Grey soliloque et laisse libre cours à ses pensées profondes sur l’intérêt du sperme ou encore pour déterminer le terme le plus approprié entre « bite » et « queue ». Pas inintéressant mais pas passionnant non plus, en revanche une chose est sûre : ça ne fait pas avancer le schmilblick. De la même façon, j’ai eu un peu plus de mal encore avec les références très régulières à la littérature et au cinéma que Sasha Grey dissémine un peu partout dans son livre. Je ne critique pas les goûts culturels de l’ex-star du porno, ils sont même plutôt classes pour tout dire. Mais je trouve le procédé un peu inapproprié et surtout trop systématique dans la forme. Quant au fond, l’effet reste superficiel, et pour tout dire un peu scolaire. Ça m’a fait l’impression de quelqu’un qui cherche à prouver que l’image qu’on a d’elle est fausse. Étaler sa science pour démontrer qu’elle

n’est pas l’écervelée qu’on croit 6. Qu’elle a certes débuté sa carrière à coups de double-pénétrations mais qu’elle aime le grand cinéma aussi. Alors Sasha Grey nous parle dans son livre de Freud, du Marquis de Sade, de Jean-Luc Godard, d’Alfred Hitchcock ou d’Orson Welles, qu’elle tente de mettre en parallèle avec sa propre intrigue par un effet miroir parfois un poil artificiel. Mais ce qu’elle en dit ressemble plus à un exposé d’étudiant (ce qui reste cohérent avec son personnage d’étudiante en cinéma ceci-dit) qu’à une réelle mise en abyme littéraire. Pour tout dire cela vire un peu au name dropping, en apparence tout du moins. De la même façon, la proximité de son roman avec des œuvres telles que Eyes Wide Shut de Kubrick ou Belle de jour de Buñuel est assez évidente. Si je comprends la finalité du procédé et la volonté de l’auteure d’élever le débat en espérant éclairer à la lumière d’œuvres cultes son propre roman, le résultat n’est cependant pas pleinement abouti à mon avis.

 

Car, outre ce défaut de construction qui se répète un peu trop souvent à mon goût, il subsiste aussi un autre problème selon moi : l’histoire n’avance pas beaucoup, la fin arrive si vite et sur un dénouement si plat (à un tel point qu’il en devient paradoxalement inattendu !!) qu’on comprend mal après lecture quel était réellement le propos de l’auteure. J’ai eu cette sensation de « tout ça pour ça » quand j’ai compris que le roman s’arrêtait là, ce qui m’a fait terminer le livre sur un sentiment de déception, alors que jusque-là la lecture, fluide, se passait pourtant sans trop de mal. Pour illustrer mon propos, imaginez que la fameuse Justice Society dont le bouquin tire son nom (et qui par son parfum de légende urbaine saupoudrée de traite des blanches, nourrissait pour une grande partie ma curiosité à l’endroit de ce roman) n’est réellement abordée que dans les trente ou quarante dernières pages. Cela indique, pour moi, que si Sasha Grey avait effectivement beaucoup de choses disparates à exprimer dans son premier roman, elle en a du coup un peu trop négligé l’ossature principale de son intrigue, et c’est très certainement sur ce point que son livre est le plus décevant.

 

Il y avait pourtant, et la matière avec les thèmes abordés, et la manière avec son style dépouillé et direct, pour faire de ce premier roman quelque chose de plus convaincant. Je crains cependant que je ne serai pas de ceux qui tenteront de suivre l’auteure qui a, depuis lors, écrit une suite à sa fameuse Juliette Society...

1 Je me permets de dire ça alors que je n’ai pas lu le roman, honte à moi. Je n’ai même pas osé regardé le film, c’est dire.

2 Pffff, oui j’avoue c’est nul.

3 Ouais, moyenne aussi celle-ci.

4 Ah oui, petite précision utile : cette chronique est interdite aux moins de 18 ans !!

5 Et qui de fait, ont dû cesser la lecture de cet article depuis un bon moment déjà.

6 J’ai eu le même ressenti que pour Escort de Mélodie Nelson ou Latex, etc. de Margaux Guyon.

 

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16 mars 2020 1 16 /03 /mars /2020 16:03

La lecture de son premier roman, En moins bien, m’avait fait l’effet d’un double crochet gauche-droite en pleine face, me laissant désorienté et hagard après en avoir tourné la dernière page.

Son second roman, Pas mieux, suite directe du premier, m’avait encore bien plus fait valdinguer. Alors que je pensais savoir à quoi m’attendre après ma première lecture, je me suis inexplicablement fait acculer dans les cordes, et en bon sonneur de répliques qui tuent, Arnaud Le Guilcher m’a envoyé au tapis d’un uppercut surpuissant en pleine mâchoire.

Dire que ses deux premiers romans m’ont marqué est donc, vous l’aurez compris, une évidence notoire. Et dès lors, très logiquement, son nom est venu se ranger tout naturellement auprès de ceux qui me font dresser l’oreille (voire plus) à chaque annonce d’une nouveauté à paraître qui les concerne.

 

Est donc arrivé Pile entre deux, le troisième roman, par ordre de parution, d’Arnaud Le Guilcher. Évidemment, je me suis jeté dessus. Évidemment j’y ai retrouvé tout ce que j’avais tant aimé les deux premières fois, à savoir pour synthétiser : tout ce qui caractérise le talent d’écrivain de l’auteur. Et il est gâté de ce point de vue-là l’enfoiré, mais j’y reviendrai. Et comme la première fois, comme la seconde fois aussi, la troisième fois encore il a réussi à me surprendre. Je ne sais pas comment il fait, mais ça fonctionne du tonnerre sur moi. À chaque coup je me fais embarquer, mené par le bout du nez dans des contrées littéraires où le rire et la tendresse s’emmêlent jusqu’à ne plus pouvoir se séparer l’un de l’autre, à chaque fois je me bidonne et à chaque fois je me retrouve à un moment ou un autre avec la larme à l’œil tant les sentiments évoqués par l’auteur trouvent une caisse de résonance en moi…

 

Bon, je vous dresse rapidement le portrait-robot du bouquin.

 

Antoine Derien a 29 ans, il est architecte mais n’a encore jamais rien créé d’autre qu’une entreprise morte-née. Il est marié à Judith, la femme de sa vie, qui a tout pour elle. Belle comme un cœur c’est aussi une surdouée des mathématiques, et elle bosse pour une banque d’affaires qui sait mettre à profit son don pour les chiffres. Ensemble ils ont un petit garçon adorable, Louis.

Lorsqu’un jour, les péripéties s’enchaînent et les choses dérapent. Sérieusement. Alors qu’il visite son père atteint d’Alzheimer, Antoine reçoit un appel au secours de Judith. Elle a eu une altercation avec son boss, qui s’est terminée par une paire de baffes pour le PDG et un renvoi pour elle. Ni une ni deux, Antoine part la récupérer au siège de sa banque à La Défense. Pas seul : sans permis de conduire il réquisitionne Fano, un pote prof de yoga, pour l’y conduire. Les deux compères arrivent juste à temps pour tomber en pleine insurrection. Le pouvoir en place a décidé que maintenant ça suffit, que le monde de la finance a assez fait des siennes et qu’il fallait se débarrasser de tous les traders, financiers, spéculateurs et banquiers de tout poil. Ils se font donc embarquer comme tous ceux qui sont présents dans les locaux de ce haut-lieu de la finance, et sont envoyés sans autre forme de procès sur Midway Atoll, une île du Pacifique perdue à l’autre bout du monde, à quelques encablures du septième continent. Vous savez, celui fait de déchets en plastique qui flottent à la surface de l’océan… Du moins c’est là le sort des hommes, les femmes emprisonnées sont, quant à elles, reléguées à bord d’un tanker, au large de l’île. Antoine et Fano, accompagnés de Wiki dont ils ont fait la connaissance au cours du périple qui les a menés sur leur prison à ciel ouvert, vont se mettre à la recherche d’un moyen de s’évader et de retrouver Judith pendant que sur l’île les autres exilés commencent à reformer un nouvel embryon de société, avec à leur tête l’emblémat(r)ique DSQ (si ,si c’est bien lui, et non, non, DSQ, ça n’est pas une faute de frappe).

 

Bon, là, rien qu’en un paragraphe de résumé du début de l’histoire, c’est déjà riche en événements un peu barrés et en thèmes sous-jacents. Et encore, on est loin du compte, parce que je ne vous ai pas parlé d’Albator l’albatros, celui qui peut communiquer avec les hommes, de l’odyssée d’Arrowhead la bouteille d’eau minérale, de l’homme à la connaissance encyclopédique qui s’exprime comme une page wikipédia, de la Barbie sans tête, de Lothar l’otarie qui s’avère être un phoque, de la bouche et de l’oreille géantes, ni de la cytoscopie filmée en direct.

 

Tout ça est au programme de ce roman. Ah ! Je dis roman, mais en première page, sous le titre, Arnaud Le Guilcher indique en fait « Fable ». Ça m’a d’ailleurs un peu fait peur, parce que je ne suis pas un grand adepte de ce genre littéraire-là. Mais une fable signée Arnaud Le Guilcher, ça ne s’inscrit pas exactement dans le cadre habituel où on l’entend… et en effet, ça ne m’a pas empêché de tomber sous le charme de ce que je lisais.

 

Au tout début de ma lecture, soyons honnête, j’ai douté un peu. J’avais tant encore en tête les aventures du héros du diptyque En moins bien et Pas mieux que je regrettais de ne pas le retrouver dans une nouvelle suite. Et puis j’ai retrouvé en Antoine Derien, le personnage principal de Pile entre deux, l’ADN du héros Le Guilchien, le cousin pas si éloigné du père de Commmoi, le type gentil et plein de bonne volonté, un peu loser, un peu poissard, que l’état d’impuissance n’empêche pas d’agir, un type à l’humour parfois féroce mais toujours tendre, un type qui saupoudre de brins d’extravagance sa banale normalité. En bref, j’ai retrouvé tout ce qui m’avait tant plu dans les précédents romans, un héros profondément humain, drôle et un poil mélancolique.

 

C’est je crois (en fait j’en suis même sûr, parce que s’il ne s’agit que du troisième roman d’Arnaud Le Guilcher que je chronique ici, j’ai aussi déjà lu les trois suivants parus à ce jour, qui finiront bien tôt ou tard par poindre le bout de leurs pages sur ce blog) la caractéristique principale de l’écriture d’Arnaud Le Guilcher. Il nous fait marrer. Vraiment beaucoup. Et puis au détour d’une phrase, il nous émeut. Vraiment beaucoup. Et ça, bordel, sur moi ça fonctionne méchamment bien.

 

Pour illustrer ce que je viens de dire, je vais juste poser ici quelques-unes de ses lignes, et puis vous jugerez par vous-mêmes l’effet qu’elles vous feront.

 

La 4ème de couv pour commencer :

 

« L’avion s'est immédiatement mis en branle. Il a pris son élan sur la piste, puis a décollé en nous abandonnant au milieu de nulle part… Comme des clampins, on était plantés là, dans cet environnement inconnu, où on se sentait aussi à l'aise qu’un bus de culs-de-jatte égaré au mondial de la godasse. »

 

 

L’introduction (si j’ose dire) à la scène (anthologique) de la cytoscopie :

 

« Ami lecteur mâle, sache que si un jour, ça t’arrive, l’anesthésie de la bite se fait avec une noisette de gel sur le bout du bidule et que c’est tout. Une noisette et terminé. La jeune femme me badigeonne le gland en me regardant dans les yeux. Je me demande si après, je dois l’inviter au resto, vu que d’habitude, quand les filles me font ça, c’est qu’avant, on a bien cassé la croûte. Le professeur m'annonce que pour savoir précisément où se trouve le caillou, ils vont préalablement m'introduire une caméra dans le sexe. Je dis halte là. Je dis stop. Je dis que moi vivant, personne n'ira filmer dans ma bite, que la plaisanterie a trop duré et que j'exige de parler à mon avocat, ou à défaut au caméraman. Ils sont pliés en quatre, les deux cons. La jeune fille me montre un câble du diamètre d’un Bic et me dit que la caméra ce n’est que ça. Que ça. Que ça… Pardon, mais sans sous-estimer la taille de mon engin, un Bic dedans, je vois pas bien comment ça passe. Elle me dit de respirer fort et que l’opération commence. »

 

 

La douleur d’un fils…

 

« Je dis à Fano que mon père est mort et je ne réalise pas. Pour moi, il est parti, il y a longtemps déjà. Pour un homme qui a consacré sa vie à la mémoire des peuples, perdre la sienne, c’était déjà mourir.
Je pense : « La vie continue. »
« La vie continue », c’est pas le genre de connerie qu’on dit quand elle s’arrête ?
Avec mon pote, on est assis par terre, côte à côte, et on regarde le vide. Je mesure que mon père fait désormais partie de cette immensité creuse.
Mon père est mort…
Mort…
En acceptant cette idée, mon âme se fend de bas en haut. Je suis tranché par la moitié en deux parts égales.
Cœur tranché. Cerveau, ventre, tranchés… Bras. Jambes. Torse… Dans ce néant apparu au milieu de mon corps, se cache l’amour que je n’ai jamais osé lui porter. Se cachent aussi des fleuves de chagrin que je me surprends à laisser couler sur mes joues. Mon père vivait au creux de moi. Il suffisait que sa disparition me pulvérise pour qu’il en jaillisse. »

 

 

La description du personnage de Donatien Saint-Quentin, le fameux DSQ :

 

« On lui promettait un avenir présidentiel.
L’avenir n’a pas voulu de lui.
Unanimement reconnu pour la pertinence de ses analyses, on ne lui connaissait qu’un inconvénient : nul n’avait trouvé à ce jour un moyen de lui péter le frein. Partouzard émérite, goleador de la braguette, propriétaire de dix-huit coffres planqués à la banque du sperme, il avait la réputation de tomber dans le panneau, dès lors que le panneau sentait un peu le tourteau... 
»

 

 

À l’invitation de Fano, prof de yoga :

 

« Les tatamis de mes amis sont mes tatamis. »

 

 

Et quand la mélancolie gagne :

 

« On lutte toute sa vie contre la mélancolie et puis un jour elle finit par gagner. Je suis secoué par une crise de sanglots et je n’ai aucune envie de la contenir.
À quoi bon ? Pour qui porter un masque ?
Je n’ai pas enterré mon père, je ne me souviens pas des funérailles de ma mère. Je suis un orphelin. Je suis papa. Je suis un type tout juste bon à dire adieu n’importe comment à ses proches ou à vivre séparé de ses amours.
Je suis encerclé par mes fantômes.
Cette vie est mon tombeau.
Qui fermera mon couvercle ? 
»

 

 

Voilà, j’arrête là les citations parce qu’en vrai, j’en ai encore des tonneaux à déverser sinon.

Normalement, ça devrait suffire à vous donner une bonne idée du contenu de ce livre. Et normalement aussi, si dans la vraie vie on se connaît et qu’on s’apprécie, ça devrait vous suffire pour, comme moi, vous jeter sur Pile entre deux. Comme sur tout ce qui a été édité et signé par Arnaud Le Guilcher.

Ou alors ça voudrait dire que j’ai des gros lourdauds insensibles parmi mes amis. Ce qui n’est évidemment pas envisageable.

 

En un mot comme en cent : lisez Pile entre deux !!!

 

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9 mars 2020 1 09 /03 /mars /2020 14:47

Ouvrage récréatif, On ne meurt qu’une fois et c’est pour si longtemps de Patrick Pelloux se lit vite et facilement. Le style est simple, direct, plaisant, précis. L’humour n’est jamais très loin, malgré un thème qui ne prête pas forcément à rire. En effet, le célèbre médecin-urgentiste qui se sera fait connaître comme lanceur d’alerte lors de la fameuse canicule de l’été 2003 (alors qu’en 2019 on en aura eu deux avant même d’atteindre le mois d’août et que l’hiver 2020 s’annonce comme l’un des plus doux qu’on ait connu…), avant de devenir un habitué des plateaux télévisés et un chroniqueur de poids dans les pages de Charlie Hebdo (dont sont tirées les chroniques qui forment les différents chapitres du livre), aborde un sujet intéressant : la mort des grands hommes à travers les âges. Mais avec l’œil non pas de l’historien, mais du médecin.

 

Que ce soit Jésus, Louis XIV, Marie Curie, Balzac ou Churchill, Patrick Pelloux évoque aussi bien des rois, des écrivains, des artistes, des politiques ou mêmes d’illustres inconnus comme les soldats du débarquement en Normandie par exemple. On a droit aux différents symptômes des maladies dont souffrent ces grands noms de l’histoire, mais aussi aux souffrances expliquées par le menu, qu’ils endurent souvent par la faute de leurs médecins et de leurs traitements parfois totalement à côté de la plaque. Pendant longtemps les saignées et lavements pratiqués à l’excès par les médecins auront eu raison des malades que la maladie n’arrivait pas à tuer. La pratique de la médecine a énormément évolué avec le temps, et s’il est une chose de sûre c’est que vous refermerez ce livre en vous félicitant d’être nés dans la période actuelle !!

 

Ce qui est plaisant avec ce livre c’est qu’on apprend sans se forcer, on s’instruit sans s’en rendre compte. Oui le ton est léger, oui on est souvent plus dans l’anecdote qu’autre chose, mais aborder l’Histoire par les petites histoires n’est pas forcément une mauvaise approche pour ceux qui se pensent allergiques aux dates et à la frise historique des rois de France.

 

Et mine de rien on cultive notre culture générale au passage, Patrick Pelloux fait la lumière sur certains personnages célèbres ou certains événements qu’on croit connaître mais dont on n’a en fait qu’une vague idée. Je pense en ce qui me concerne à Molière (c’est d’ailleurs à lui que l’urgentiste a emprunté le titre de son livre) au sujet duquel la légende veut qu’il soit mort sur scène, alors que non pas du tout, il est mort plus tard en soirée bien après la dernière représentation qu’il a donnée. Je pense à la description de la mort du petit père du peuple, Joseph Staline, gisant pendant vingt heures au sol après son AVC, personne n’osant le déranger, aucun médecin ne voulant prendre le risque d’être accusé de l’avoir rendu malade (le fameux procès qui suivit le supposé complot des blouses blanches, initié par le régime stalinien, avait laissé des traces…). Son agonie dura trois jours, une fin teintée de l’ironie du sort… Je pense à la bataille de Waterloo restée célèbre dans la mémoire collective mais dont les détails m’étaient totalement inconnus : 40 000 hommes et 10 000 chevaux y moururent, et dans quelles atroces conditions, pendant qu’en retrait de la bataille, l’empereur Napoléon était le cul sur une bassine, à combattre une violente crise d’hémorroïdes… Je pense au régime de Vichy qui imposa un régime alimentaire famélique aux pensionnaires des Hôpitaux Psychiatriques français (500 calories par jour !!) ce qui entraîna la mort de l’artiste Camille Claudel qui avait été injustement internée par son frère… Je pense aux tortures et à la mise à mort du régicide Ravaillac, deux heures de supplice indicible au terme desquelles des spectateurs partirent avec des lambeaux de son corps en souvenir…

 

Bref il y en a comme ça un certain nombre, et parfois des cas pas très ragoûtants (des vers de trente centimètres qui sortaient par paquet de la bouche et de l’anus, ça vous parle ? C’est ainsi que Louis XIII a fini le côlon percé par ces charmants parasites…). Patrick Pelloux nous embarque à travers les âges et il nous apprend aussi par exemple que les médecins et les chirurgiens formaient deux corporations qui ne faisaient pas bon ménage, aussi étonnant que ça puisse paraître de nos jours…

 

Un livre qui se lit très vite donc et qui renferme son lot de petites informations intéressantes. Comme il s’agit d’un recueil de chroniques, il vaut peut-être mieux ne pas tout lire à l’affilée, ne serait-ce que pour éviter les redondances dans les descriptions ou les tournures de phrases qui passent inaperçues dans des papiers qui paraissent hebdomadairement, mais sautent aux yeux dans un recueil. Outre ce léger défaut, inhérent à la forme d’origine du matériau publié, l’ensemble reste d’une lecture vive et agréable.

 

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24 février 2020 1 24 /02 /février /2020 08:15

Parmi les différentes manières que j’ai de choisir mes lectures et que j’ai déjà eu l’occasion d’expliquer ici, il y a cette autre voie qui s’impose parfois à moi, et qui me met entre les mains des ouvrages, pour le pire comme pour le meilleur, qui sans cela n’y seraient peut-être jamais parvenus. Cette autre voie a un nom : Patrick. Mon pote Patrick est un lecteur et passeur de livres… comment dire… unique en son genre. Alors quand il est venu me voir en me filant La triste histoire des frères Grossbart de Jesse Bullington, il s’est contenté de commenter d’un « tu verras, c’est assez couillu » avant de partir en ricanant.

 

En effet Patrick, ce roman est plutôt sévèrement membré, c’est le moins qu’on puisse dire. De toute façon je m’y attendais, vu que tu n’es pas un adepte des trucs tiédasses. M’en vais donc vous entretenir de quoi ça cause pour la peine.

 

Nous sommes en 1364, dans les contrées de l’Allemagne médiévale. Hegel et Manfried Grossbart sont frères jumeaux et inséparables, ils pratiquent donc le même métier, en équipe : pilleurs de tombes. C’est du reste une tradition familiale chez les Grossbart. Affreux, sales et méchants : c’est là une description succincte qui leur correspond plutôt bien, mais à laquelle il conviendrait d’ajouter : viles, grossiers, bêtes, colériques, meurtriers, cupides, violents, orduriers, égoïstes, crasseux et j’en passe… Les deux frangins décident un jour de partir sur les traces de leur grand-père, qui d’après ce qu’on raconte aurait fait fortune en Égypte. Pensez donc : avec toutes ces tombes qu’ils ont là-bas ! Leur décision est prise : « en route pour la Gypte ! » lancent-ils, non sans avoir au préalable réglé un léger problème de voisinage qui se soldera par le massacre en bonne et due forme d’une famille de fermiers. Ce qui leur vaudra d’ailleurs d’être pourchassés tout du long de leur périple par le seul survivant bien décidé à se venger. Mais le chemin des deux frères va être long, et semé d’embûches car en ces temps-là, bien des créatures étranges et maléfiques hantent les campagnes et les forêts… mais aucune qui ne saurait rivaliser avec la sauvagerie des frères Grossbart !!

 

Voilà pour le décor, il est bien planté. Je reviens rapidement sur les personnages, qu’on ne pourra décemment pas qualifier de « héros » de l’histoire. Hegel et Manfried sont vraiment des ordures de la pire espèce, et si ce n’est quelques dialogues bien sentis (car ces deux-là sont plutôt du genre bavards) vous ne trouverez absolument rien dans cette histoire qui puisse les dépeindre sous un jour sympathique ou attachant. Ils sont haïssables au plus au point, et ça semble parfaitement leur convenir d’ailleurs. Pour autant, eux se considèrent comme de bonnes personnes. Pas leur faute si on vient sans cesse leur chercher des noises. Mais pas question par contre de se laisser faire, ça non. Ça fait partie de leurs convictions profondes d’ailleurs, et alors qu’ils sont de grands adorateurs de la Sainte Vierge (« louée soye la vierge ! ») ils n’ont que mépris pour sa fiotte de rejeton. Jugez-en par vous-même au travers de ce court passage :

 

[…] Les frères étaient pris par une discussion à bâtons rompus sur Marie et Sa lopette de fils. Hegel semblait incapable de comprendre comment une demoiselle aussi merveilleuse avait pu engendrer un marmot aussi pusillanime.
- C’est pourtant simple, théorisa Manfried. Après tout, M’man était une souillon de putain, mais nous, on est comme qui dirait immaculés.
- Tu causes vrai, admit Hegel, mais c’est régulier que de jolis drageons sortent d’un cul merdeux, donc c’est pas autant une anomalie que si une dame précieuse et honnête mettait bas un capon plutôt qu’un héros.
- N’empêche qu’il a morflé, le bougre, et sans jérémiader.
- Et pis après ? Rien faire alors qu’on te cloue sur une croix, ça paraît pas très probe. Il aurait pu au moins leur filer un petit coup de pied, rien qu’un, juste pour dire.
- Ça je remets pas en cause.
- Seulement passque t’oses pas, corniaud contrarieur. Chuis sûr que tu voudrais dire qu’il s’est montré bien hardi en les laissant le torturer à mort, mais on sait tous les deux que c’est des enculetteries. [...]

 

 

Voyez ? C’est ça les frères Grossbart. Du début à la fin du roman d’ailleurs. Oui, en effet, c’est un langage un poil fleuri. Quelque peu outrancier même par moment. Et encore, je vous laisse découvrir par vous-même si le cœur vous en dit l’échange grossbartien qui traite de cette bonne ville d’Enkuleburg dont je vous laisse deviner le nom des habitants. M’en direz des nouvelles. Mais ça n’est certainement pas moi qui la déplorerai cette liberté stylistique. Je suis même plutôt du genre à apprécier ce genre de débordements langagiers quand c’est bien fait et à propos. Soit dit en passant, ça a dû être un taf énorme pour le traducteur qui s’est certainement arraché les cheveux à l’une ou l’autre reprise. D’aucuns, parmi lesquels en premier lieu la quatrième de couverture, parleraient de contenu rabelaisien dans l’expression. Pas dénuée de sens comme analogie. Mais un Rabelais qui aurait bouffé du Bigard à haute dose alors.

 

Bon je reprends. Des personnages complètement horribles. Ça charcle pour un oui pour un non. Ça parle mal. Ça se coltine avec tout un bestiaire mythologique qui va de la sorcière décharnée jusqu’à la manticore assoiffée de sang, en passant par les sirènes et les loups-garous. On y croise même Satan personnifié dans la peau d’un porc. Quant à la Peste Noire, elle fait carrément partie du quotidien. Tout ce petit monde s’invective, se met sur la gueule, et donne lieu à des scènes tantôt répugnantes, tantôt gratuitement méchantes, tantôt gores, tantôt cyniquement drôles, tantôt tout à la fois.

Autrement dit, ce bouquin avait tout pour me plaire*.

 

Et pourtant...

Et pourtant, le sentiment qui aura prédominé durant toute ma lecture, et aura d’ailleurs participé à la rendre plus laborieuse que plaisante, c’est l’ennui.

Malgré les outrances, malgré les délires, malgré les idées originales et pour ma part jamais croisées au détour des pages d’un roman, je me suis ennuyé plus souvent qu’à mon tour. Le récit est étrangement plat, la narration linéaire et sans réelle surprise (ou du moins on voit tout venir, même ce qui aurait pu créer potentiellement la surprise, de loin). C’est longuet, c’est bavard, c’est répétitif, ça manque cruellement d’enjeu et parfois c’est même brouillon quand il s’agit de passer aux scènes d’action et de bagarre. Au point que ce décalage entre le sujet original, les personnages qui dépotent, et le résultat final crée une grosse frustration, et n’ayons pas peur des mots : de la vraie déception.

 

C’est vrai que ce bouquin ne ressemble à aucun autre. C’est vrai que ce que vous y lirez, vous ne l’aurez jamais lu auparavant. Malheureusement cette originalité ne m’a pas suffi. L’expérience est étonnante, mais très vite lassante. Mais Patrick ne m’avait pas menti : « c’est couillu ».

Mention spéciale au passage à la couverture : de toute beauté !

* déduisez-en à mon sujet ce que bon vous semblera...

 

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17 février 2020 1 17 /02 /février /2020 08:41

Avec La Formule de Dieu j’ai été pris dans un piège inextricable, comme un moucheron dans une toile d’araignée. La toile que tisse roman après roman un certain José Rodrigues Dos Santos. Avec son doctorat en science de la communication il est journaliste, professeur d’université à Lisbonne et présentateur du journal télévisé de 20h sur la première chaîne publique portugaise. Et comme cela ne lui suffit pas, il est également écrivain à ses heures.

Parmi les nombreux sujets auxquels il s’intéresse, l’Histoire et les Sciences tiennent une place privilégiée. C’est pourquoi il puise allègrement dans ces domaines pour nourrir son inspiration d’auteur, et c’est justement cette érudition impressionnante qui fait tout l’intérêt de ses romans et qui les rend passionnants.

 

Aujourd’hui donc, je vais vous parler du premier de ses romans que j’ai pu lire. Et il m’a tant plu que j’ai enchaîné avec gourmandise sur d’autres de ses bouquins (et je n’ai d’ailleurs pas encore éclusé toute ma réserve), aussi est-ce un auteur dont je vous reparlerai à coup sûr à l’une ou l’autre reprises par ici…

 

Mais d’abord le pitch.

1951. David Ben Gourion, Premier Ministre du tout récent état israélien rencontre sur le territoire américain le célèbre physicien Albert Einstein. Son but est de récupérer la formule de la bombe atomique, ce qui assurerait un avantage géopolitique stratégique à son jeune pays. Mais leur discussion dévie sur un autre sujet : l’existence de Dieu…

2011. Tomàs Noronha, professeur d’université et cryptologue est contacté par le gouvernement iranien qui voudrait lui confier le décryptage d’un manuscrit laissé par Albert Einstein, au titre intrigant : Die Gottesformel, la Formule de Dieu. Ce serait la formule d’une arme nucléaire surpuissante… ce qui ne laisse bien entendu pas indifférents les services de la CIA, qui vont bientôt s’ajouter dans l’équation. Pour décrypter le code d’Einstein, Tomàs va devoir plonger dans les secrets de l’atome, et de découverte en découverte, il va comprendre que le mystère qui entoure ce manuscrit est bien plus grand encore que ce à quoi il s’attendait…

 

Voilà, dit comme cela, on pourrait croire à un thriller d’espionnage classique, fait de services secrets, de codes à casser et d’armes nucléaires. Et c’est en partie ça, mais en partie seulement, et je dirais même que ça n’est qu’un tout petit aspect du livre. Car l’intérêt du roman c’est l’enquête que va mener Tomàs, qui concrètement n’a rien d’un James Bond lusitanien. Ses efforts pour comprendre l’énigme laissée par Einstein vont l’amener à se confronter à différentes théories scientifiques, et à se familiariser avec des domaines tels que la relativité, la physique quantique, la théorie des cordes, l’expérience d’Aspect, le chat de Schrödinger ou encore la montre de Paley. Mais plus étonnamment, c’est aussi dans les textes sacrés que Tomàs va trouver quelques éléments, sinon de réponse, au moins de réflexion. Et l’éternelle confrontation entre science et foi va prendre un visage pas aussi tranché que cela au fur et à mesure des recherches du cryptologue…

 

J’ai lu de nombreux avis très divergents sur La Formule de Dieu. Certains l’encensent, d’autres le dépeignent comme ennuyeux et mal écrit. Personnellement j’ai plus qu’accroché : j’ai été subjugué par ma lecture. Pas pour l’intrigue qui sert de fil rouge au roman, mais bel et bien pour la plongée dans les sciences, les religions et la philosophie que nous propose J.R. Dos Santos. Alors oui, soyons clairs, ce n’est pas un livre à lire d’un œil distrait entre deux sms ! Il y a des concepts parfois un peu complexes qui sont abordés et expliqués, et qui eux-mêmes servent à l’avancée de la réflexion du héros et qui vont le mener un peu plus loin à chaque fois dans son cheminement intellectuel. Mais deux choses à ce sujet : ces concepts et théories exposés sont passionnants d’une part, et d’autre part c’est fait avec un réel souci d’efficacité et de pédagogie de la part de l’auteur. La lecture demande certes de la concentration du côté du lecteur, mais les explications sont les plus fluides et les plus accessibles possibles de la part de l’auteur, qui démontre au passage un talent remarquable de vulgarisateur.

 

D’ailleurs au-delà de l’étiquette d’« ennuyeux » que certains collent à ce roman (en cause : les passages qui expliquent des notions scientifiques ou philosophiques), j’aimerais aussi réfuter ici une autre image qu’on lui associe souvent, celle d’un livre réservé à une cible « intello » du fait de sa prétendue complexité. Non, pas besoin d’avoir un bac +8 en sciences physiques pour comprendre ce qu’il y est dit, c’est même ce qui fait la force du bouquin. Il suffit d’avoir un esprit curieux et ouvert, de faire preuve d’un minimum de concentration en cours de lecture* et je peux vous assurer que ça se passera très bien entre ce livre et vous ! Si critique il devait y avoir, ce serait plutôt que le rythme du roman est tel qu’on passe ainsi d’une théorie scientifique à l’autre, et qu’en fin de compte la somme d’informations est telle qu’on a du mal à tout se rappeler, quand bien même tout est très bien expliqué. En fait, on a souvent l’envie de reprendre la lecture d’un chapitre passé pour se re-familiariser avec les concepts qu’il développe (ce qui vu de ma fenêtre n’est en rien un point négatif !) mais je n’ai absolument pas considéré ces passages explicatifs comme contraignants, bien au contraire, ce sont eux qui m’ont le plus marqué et le plus intéressé.

 

Parmi toutes les notions qui sont abordées par J.R. Dos Santos, celle qui m’a le plus marqué est la dualité entre déterminisme et hasard. On a tous plus ou moins, sans même forcément y avoir réfléchi en profondeur, un avis sur la question. Pour le résumer grossièrement, il y a ceux qui croient fermement au destin, et ceux qui pensent que la vie est une page blanche qu’il nous appartient de remplir. Souvent on associe instinctivement la foi au déterminisme et la science et l’incrédulité au hasard. En tout cas dans mon esprit, c’était à peu près ce schéma-là qui se dessinait. Et puis voilà-t-y pas que Dos Santos est venu dynamiter tout cela en nous expliquant où en est la recherche sur cette question somme toute épineuse. Son approche du problème par l’intermédiaire de divers domaines scientifiques et philosophiques est vraiment éclairant, bien qu’il ne se permette pas pour autant d’affirmer les choses. Il expose, explique, soupèse les théories et les possibilités (on pourrait même presque parler de probabilités parfois), et surtout il donne une idée de ce que chacune entraîne comme implications. J’ai trouvé cela à la fois totalement passionnant et littéralement vertigineux comme lecture. Ça vous met le cerveau en ébullition et vous pousse à réfléchir différemment, en repoussant vos limites conceptuelles, ça explose les frontières de votre imagination, ça bouscule votre intelligence et vos croyances. Moi, ça m’a enthousiasmé à un point que j’avais rarement ressenti au cours d’une lecture. Parce que justement ça implique le lecteur, ça ne le laisse pas spectateur passif, ça le fait se remettre en question, ça l’interroge au plus profond de son être, et surtout ça l’enrichit d’une manière inouïe. Oui je sais j’y vais fort dans les superlatifs mais c’est vraiment parce que j’ai trouvé cette lecture très instructive et vraiment accessible (et ça à mes yeux c’est un combo gagnant qui mérite d’être souligné !), même pour des néophytes, même pour monsieur Toulemonde.

J’insiste sur le fait que l’auteur n’apporte pas de réponse ferme et définitive à certaines questions philosophiques, bien que son livre penche assez nettement pour une hypothèse particulière. Mais il donne des clés pour des approches auxquelles, seul, je n’aurais jamais eu l’accès ni même l’idée de leur existence. Il met la lumière sur des pistes que je ne soupçonnais même pas. Je suis sorti de cette lecture avec une réelle satisfaction, je me suis senti grandi, plus au fait des choses, plus instruit, et paradoxalement plus conscient encore de mon (notre) ignorance face à des choses qui nous dépassent complètement, voire qui sont parfois même hors de portée de notre compréhension, que notre cerveau est incapable à l’heure actuelle de se représenter concrètement. Avec La Formule de Dieu j’ai pu constater à quel point sont vrais les adages « Ce qu’on sait, savoir qu’on le sait ; ce qu’on ne sait pas, savoir qu’on ne le sait pas : c’est savoir véritablement. » selon Confucius et « Tout ce que je sais, c’est que je ne sais rien, tandis que les autres croient savoir ce qu’ils ne savent pas. » qu’on attribue à Socrate.

 

Ah, j’allais oublier, mais je crois que c’est très important de le préciser tout de même : en préambule du livre l’auteur nous signale que les théories et concepts mathématiques et physiques dont il parle dans le livre sont tous issus de travaux de recherches réels, effectués par des scientifiques de renom. Juste pour préciser que les bases de sa réflexion ne sont pas des élucubrations ou de la Science-Fiction.

 

En outre, dans son roman, J.R. Dos Santos aborde également des sujets plus personnels, comme le rapport que l’on entretient avec la mort, et plus particulièrement la mort de nos proches. C’est je crois l’ingrédient supplémentaire qui finit de nous impliquer encore un peu plus dans l’histoire. Dos Santos introduit ainsi dans sa narration la relation au père, sujet qui m’est cher. Il le fait avec pudeur mais avec une apparente sincérité. Tomàs, ponte dans sa spécialité et professeur reconnu dans son domaine, a plusieurs conversations avec son père âgé et en fin de vie. Il montre subtilement que parfois les rôles de responsabilités et de protection s’inversent entre parents et enfants, avec le temps qui passe. Et que pourtant le père reste le père, l’enfant reste l’enfant, même dans ces moments-là. Le père de Tomàs étant lui-même un mathématicien respecté, il s’instaure entre eux un dialogue qui sous couvert d’enseignement et de transmission de connaissances scientifiques, laisse également passer beaucoup d’émotion, d’humanité et de philosophie de vie. Peut-être cette idée aussi, qu’on apprend toujours auprès de nos anciens, et que l’héritage d’un père pour son fils peut concerner de nombreux aspects.

 

Évidemment, ce bouquin est un roman. À ce titre il ne cherche à supplanter ni les ouvrages scientifiques, ni les textes sacrés des religions. Mais il propose de les aborder avec pédagogie, et même de les mettre en parallèle à plusieurs reprises. Libre à chacun après cette lecture d’approfondir tous les concepts exposés en allant les étudier à la source dans des ouvrages spécialisés mais peut-être moins accessibles aux profanes. En tout cas, il m’aura permis de m’ouvrir à de nouvelles pistes de réflexion, mais surtout de nourrir ma curiosité insatiable et de m’émerveiller plutôt que de m’angoisser face aux mystères de l’existence.

 

Vous l’aurez bien entendu deviné : je recommande très, très, très vivement la lecture de ce roman**.

* je remarque cependant non sans une certaine tristesse, que la concentration devient une denrée de plus en plus rare ; l’ère des smartphones et de l’immédiateté à tout crin ne doit pas être totalement innocente dans cette affaire…

 

** et quelques-uns de mes proches pourront en témoigner, puisque j’ai fait de ce livre une de mes valeurs sûres quand il s’agit d’offrir un cadeau à mes amis...

 

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10 février 2020 1 10 /02 /février /2020 08:10

Quand ce roman de Gillian Flynn a paru en France en 2012, c’était précédé d’une excellente réputation outre-atlantique. C’était le roman à lire si on aime le suspense. Dans la foulée (ou presque) était annoncée son adaptation au cinéma avec ni plus ni moins que David Fincher derrière la caméra et le couple Ben Affleck / Rosamund Pike (une de mes actrices préférées) dans les rôles principaux. Alors que le roman était déjà installé dans ma Pile-à-Lire, j’apprenais que la sortie du film en salle était imminente. Violant toutes mes règles concernant l’ordre de lecture de mes livres en attente1, je faisais donc gagner plusieurs mois au bouquin afin de pouvoir le lire avant de voir le film. Je me connais, et je sais que l’envie de lire a tendance à méchamment s’amenuiser quand je connais déjà les tenants et aboutissants. Autrement dit si je vois l’adaptation ciné en premier, le bouquin risque fort de perdre de son intérêt à mes yeux.

 

Voilà donc que le roman se voit propulsé tout en haut de ma Pile-à-Lire, gagnant au bas mot une année d’attente. Qui plus est, le film étant prévu de sortir à la rentrée, le roman devient donc l’une de mes lectures d’été, embarqué dans mon sac de plage, entre ma protection solaire indice 50 et mon Ipod (car oui, je suis vieux et branché : j’utilise le dernier gadget à la mode d’il y a 15 ans pour écouter de la musique).

 

C’est donc dans une ambiance sable fin, huile de jojoba, glace framboise-chocolat et monokini que je me mets à sa lecture4.

Et là, c’est simple, la Côte d’Azur a tout à coup disparu derrière les paysages un peu moins glamours de la campagne de l’état du Missouri. L’air est devenu oppressant, l’ambiance plus lourde de suspicion, et un voile de mystère s’est emparé de Cannes-la-Bocca.

 

Amy et Nick Dunn sont jeunes, beaux et donnent l’apparence d’un couple modèle et heureux. Mais voilà, la crise financière est passée par là, et la situation du couple s’est détériorée financièrement au point qu’ils ont dû quitter leur vie à New-York pour venir s’installer dans la ville d’origine de Nick, coin paumé au bord du Mississipi. Avec un peu de chance ce ne sera que provisoire. Et puis la situation des parents de Nick l’exige : sa mère se meurt d’un cancer et son père est atteint d’Alzheimer. Nick ouvre un bar avec sa sœur jumelle, ils ne s’en sortent pas si mal que ça finalement. Mais le jour de leur cinquième anniversaire de mariage, Amy disparaît. Nick retrouve la porte de leur maison grande ouverte, il y a des traces visibles de lutte… l’enquête débute aussitôt, et très vite Nick devient le principal suspect. Il faut dire que de plus en plus d’éléments convergent à le désigner comme coupable… Les petits secrets sont dévoilés, les révélations s’enchaînent, les apparences volent en éclat.

 

J’arrête là de vous raconter ce qu’il se passe dans ce livre, histoire de ne pas déflorer un suspense extraordinaire, totalement hors-norme, et qui tient jusqu’à la toute dernière page. Même quand on croit avoir tout compris, avoir fait le tour de l’affaire, à chaque fois un nouvel élément s’ajoute qui nous remet un petit coup derrière la tête et nous apprend la modestie que chaque lecteur devrait avoir en permanence face à un maître de la littérature de genre (une maîtresse dans le cas présent).

 

Bien sûr, vu que l’adaptation cinématographique a plutôt bien marché (et à raison : le film est vraiment très réussi lui aussi) et a connu son petit succès lors de sa sortie, il y a de fortes chances que le suspense dont je parle n’en est déjà plus un depuis longtemps pour vous. Mais si ça n’est pas le cas, si jusqu’ici vous êtes passés entre les gouttes de la renommée et du livre et du film, alors sachez que ce roman est un monument du genre, un summum d’efficacité. Rarement j’ai été à ce point baladé de bout en bout d’un livre. Et surtout il n’y a rien à jeter : tout est parfait, aux petits oignons, tout se tient du début à la fin, et jusqu’à la dernière ligne vous serez sur le cul, effaré par ce que vous lisez. Enfin moi c’est l’effet que ça m’a fait.

 

Le roman est construit sur une alternance de narration à deux voix. Chaque chapitre est raconté soit du point de vue de Nick, soit du point de vue d’Amy. Et pendant la première moitié du livre, vous ne saurez pas à quel saint vous vouer puisque tour à tour, chaque personnage sera décrit de manière très plausible sous le meilleur comme sous le pire jour. Tout ce dont vous serez sûr dès le départ et plus l’histoire avancera, c’est que ce récit est machiavélique.

 

Ce qui est très fort, c’est qu’une fois la première moitié du roman passé, quand on s’est pris un gros coup sur la cafetière par la révélation principale, le livre continue d’être parfaitement passionnant. Car une fois le « qui ? » solutionné, reste à comprendre le « comment ? » et mieux encore : le « pourquoi ? » qui vous fera certainement froid dans le dos.

 

Et ce qui est encore plus fort, c’est que même une fois que le « comment ? » et le « pourquoi ? » seront expliqués, le roman continuera encore à être passionnant et ce sera là d’ailleurs son exploit le plus remarquable : il va mener à une fin que jamais je n’aurais pu imaginer et qui m’a encore plus abasourdi que tout le reste. En refermant le bouquin après avoir tourné la dernière page, j’ai le souvenir très précis d’être resté là comme un con, à me dire « la vache, quel bouquin ! », n’en revenant toujours pas du niveau de cynisme que m’a imposé cette fin impitoyable.

 

Je pense que dans le genre roman à suspense, Les Apparences de Gillian Flynn est de loin celui qui m’aura le plus impressionné par sa maîtrise parfaite, sa construction sous forme d’engrenage absolument diabolique, et surtout par le sentiment qu’il laisse après lecture.

 

À lire absolument. J’envie ceux qui vont le découvrir sans encore rien en connaître.

1 sur ce point je suis une discipline bien définie : je lis mes bouquins par ordre d’arrivée sur ma P-à-L : je prends toujours celui qui est là depuis le plus longtemps.2

 

2 cette règle a des exceptions : quand une adaptation ciné ou télé arrive et que je tiens à avoir lu le roman avant, quand il s’agit d’un livre qui traite d’un thème particulier pour lequel j’ai mis en place une lecture à fréquence spécifique (exemple : je lis un livre par an en rapport avec Leonard Cohen, et j’en ai plusieurs d’avance chez moi), quand il s’agit d’une série en cours (exemple : chaque année pendant les congés de Noël je lis un tome de The Expanse), ou exceptionnellement quand j’attends tout particulièrement un livre pour X raison (souvent c’est lié à un auteur qui m’est cher).3

 

3 je sais que ça peut paraître psycho-rigide comme façon d’organiser mes lectures, mais ça marche plutôt pas mal ! Sans cette discipline ce serait, excusez le terme, le bordel. Et surtout certains livres finiraient par ne jamais être lus à force que d’autres leur passent devant...

 

4 je déconne pour l’huile de jojoba.

 

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3 février 2020 1 03 /02 /février /2020 08:04

Valeur sûre parmi les écrivains français contemporains, de Tonino Benacquista, sans en être un lecteur exhaustif, je crois n’avoir jamais rien lu d’ennuyeux ni même d’inintéressant.

Le dernier en date, Homo Erectus, m’avait même plutôt enthousiasmé.

Cette fois-ci, avec Nos gloires secrètes, l’auteur délaisse le roman pour se plonger dans l’art de la nouvelle. Le livre est composé de six récits, de longueurs variables, reliés entre eux par un fil rouge thématique. Il s’agit ici d’aborder l’envers du décor, de gratter le vernis des apparences pour y découvrir la profondeur et la richesse du monde intérieur des protagonistes de ces six histoires courtes.

 

Qu’il s’agisse des remords d’un meurtrier anonyme, des satisfactions discrètes d’un milliardaire misanthrope, des états d’âmes d’un poète vengeur, de la patience infinie d’un enfant silencieux, de la combativité et de l’insoumission de jeunesse d’un antiquaire, ou de la dernière histoire d’amour qui réveille la passion enfouie d’un vieux parfumeur, chacun des personnages que Benacquista décide de mettre au centre de ses nouvelles recèle bien des mystères et bien des secrets qu’on n’aurait pas imaginés en les voyant.

 

D’ailleurs, un des aspects qui rend ce recueil intéressant c’est que ces secrets cachés sont tantôt positifs, tantôt négatifs. Du passé inavouable à l’exploit passé sous silence, on explore ainsi, tel un archéologue des sentiments cachés, des vérités tues qui auraient pourtant tant à exprimer…

 

Bien évidemment, l’exercice des nouvelles est tel qu’il m’impose, par nature, d’énoncer cette lapalissade qu’on peut appliquer à n’importe quel recueil de ce type : les personnages et les histoires secrètes sont si différents que l’ensemble est inégal. À l’évidence, on aura tous un héros qui nous parlera plus que les autres, une histoire qui nous touchera plus que les autres. Mais il y a dans Nos gloires secrètes tout le talent de conteur de Benacquista qui permet de contrecarrer ce reproche si souvent et si facilement porté à l’encontre des recueils de nouvelles : que vous en préfériez l’une ou l’autre n’empêchera en rien que vous les appréciez toutes ! C’est tout l’art de cet auteur : il n’y a pas de déchet à répertorier parmi ce patchwork de tranches de vies. Vous y trouverez, quelle que soit l’histoire, une dose d’humour, de dérision, de surprise, de tendresse, d’ombre et de lumière, d’humanité et d’amour. Ce sont des ingrédients que Tonino Benacquista maîtrise à la perfection, et qu’il intègre à la recette de chacune de ses histoires.

 

Le livre se lit rapidement et on en ressort avec l’impression d’en avoir un peu plus appris sur la nature humaine grâce à Benacquista. Même que, peut-être bien, cet enchaînement de récits vous fera vous pencher sur votre propre condition… et vous, et moi, quelles sont nos gloires secrètes ?...

 

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