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Avant de lire les notes que je fais sur les films que je vois et les bd que je lis, sachez que dans mes commentaires il m'arrive parfois de dévoiler les histoires et les intrigues. Ceci dit pour les comics, je n'en parle que quelques mois après leur publication, ce qui laisse le temps de les lire avant de lire mes chroniques.
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7 février 2012 2 07 /02 /février /2012 08:46

Avec Sauf ma mère, Serge Le Vaillant, producteur et animateur de radio qu’on peut entendre la nuit sur France Inter (dans son émission Sous les étoiles exactement), nous offre son premier roman. Parfois les premiers essais se révèlent être des coups de maître, et si je n’irais pas jusqu’à porter Sauf ma mère aux nues, il n’en reste pas moins un excellent bouquin, riche, drôle, très agréable à lire et au style enlevé.

On suit les aventures de Jean-Louis, dit Jean-Louis le gorille, fils à la Guenon. La Guenon, vous l’aurez compris, c’est le mignon petit surnom de sa môman chérie. J’écris les aventures de Jean-Louis, mais le terme plus exact serait plutôt la déchéance de Jean-Louis…

Jean-Louis Boulard donc, est routier. Était routier en réalité, puisqu’à 63 ans il est un tout récent retraité. C’est d’ailleurs au moment de la retraite que la Jocelyne, sa connasse de femme, a décidé de demander le divorce. Cette emmerdeuse l’a même viré de chez lui, si bien que le Jean-Louis a dû repartir habiter chez sa mère, la-dite Guenon donc. Et si la Guenon n’est plus une jeunette, elle continue à mener son monde à la baguette, bon pied bon œil. Jeune retraité, nouveau célibataire, Jean-Louis a tout son temps pour lui et va principalement l’utiliser pour picoler avec Olivier, un paumé de son âge avec qui il va forger une solide et virile amitié alcoolisée, mais aussi pour se consacrer dans son ancienne chambre d’adolescent à son train électrique, au visionnage de vieilles cassettes vidéo de famille et à l’écriture. L’écriture oui, car Jean-Louis va en profiter pour écrire son histoire, ses souvenirs, et plus particulièrement ses relations, pour la plupart conflictuelles, avec les femmes. Sa femme Jocelyne, enfin son ex, sa mère, mais aussi sa fille Paméla, sa voisine, sa belle-sœur Mireille, Stéphanie son ancienne maîtresse, Patricia qui tenait un relais routier qu’il fréquentait du temps qu’il roulait encore, et quelques autres par-ci par-là. Alors oui, Jean-Louis c’est pas un pro du dictionnaire et du bescherelle, il écrit un peu comme il pense, et il sait bien qu’il ne passera jamais dans les journals, mais il s’en fout, il écrit quand même sur toutes ces bonnes femmes. Et il vit bordel.

316 sauf ma mere doisneau
Décidément, il n’y a pas de personnages que j’apprécie plus que les losers qui sont pathétiques tout en parvenant à rester sympathiques. Et c’est clairement le cas de Jean-Louis. Il est bourré de défauts, c’est certain, c’est parfois aussi un sacré connard faut bien le dire, mais on ne peut pas ne pas se prendre d’affection pour lui malgré tout. Il a un regard simple et décalé, décomplexé et par moments hilarant sur la vie qui fait que certaines choses parfois réellement dramatiques se transforment dans sa bouche et sous sa plume en situations comiques. Et dans cette simplicité se bousculent à la fois gravité et légèreté sur un même plan d’égalité. Il peut être grossier et attendrissant dans la même phrase, et je trouve cette alchimie absolument géniale à lire. Parce que c’est divertissant, souvent très bien tourné, parce que ça a l’apparence de la légèreté tout ayant une vraie profondeur, parfois même témoigner d’une vraie tristesse mais sans aucun larmoiement ni apitoiement. D’ailleurs je me rends compte que je parle de la verve de Jean-Louis Boulard, mais c’est bien entendu celle de Serge Le Vaillant qui transpire de tout son talent d’auteur et de conteur.

Je ne le fais pas souvent, mais j'ai bien envie de vous citer un passage où Jean-Louis tente le tout pour le tout avec Jocelyne, histoire que vous captiez bien l’ambiance de la chose…

« Vraiment, elle avait été très sympathique jusqu’à ce que je déconne à nouveau. Faute de rassembler en moi suffisamment de courage ou d’inconscience pour la tuer. Faute de trouver dans mon cœur assez de veulerie pour me prosterner à ses genoux et l’implorer de ne point me quitter, je m’étais convaincu de lui mettre une pétée.
J’étais résolu à la prendre debout, devant l’évier où elle stationne bien souvent. À la cosaque, comme un vrai viril qui porte le pantalon chez soi. J’avais espoir de lui remettre ainsi les idées en place, en lui foutant autant qu’elle pourrait en prendre, sans caresse ni préliminaires inutiles. Manière de lui rappeler qui était le patron. J’avais préparé mon coup, si je puis dire. L’opération commando devait se dérouler durant le petit déjeuner car je me réveille généralement avec une demi-molle. Un phénomène bien connu et que Victor Hugo, lui-même, à ce que j’ai entendu à la radio, nommait les matins triomphants.
Nous étions dans la cuisine. Le café gouttait. Jocelyne lavait quelques couverts sales de la veille. J’avais écrasé ma deuxième clope dans le cendrier en granit de Bénodet. J’y étais allé direct comme un seul homme. J’avais relevé sa combinaison avant de coller mon bide contre ses reins. Elle n’avait eu aucune réaction, pas même de surprise. Elle continuait de frotter une poêle. J’avais cherché à me concentrer en regardant ses miches, ses jambons, mais je les voyais mal. Et puis, mon regard était tombé sur ses putains de chaussons. Je n’ai jamais pu les blairer ces saloperies de savates rouge et or qu’elle traînait depuis des années. J’avais été incapable d’avoir la trique. Quant à lui demander de l’aide, comme d’habitude, je ne pouvais pas y compter. »

C’est du même tonneau tout du long, et j’avoue que je me suis bidonné plus d’une fois comme un con, seul avec mon livre dans les mains.

J’ai vraiment adoré lire la vie de Jean-Louis, aussi bien passée que présente, avec ce ton très franchouillard, très populo et ce style bien imagé que le titre du roman à lui seul laisse imaginer. Si j’ai trouvé la fin un peu abrupte elle est à l’image de l’histoire : à la fois dure et drôle. Pour moi il s’est agi d’un véritable coup de cœur, d’une vraie belle découverte que ce roman, et cet auteur là. Un peu le même effet que m’avait fait Laurent Chalumeau sur Le Siffleur. En tout cas je conseille vivement ce livre, Sauf ma mère vous fera passer un très bon moment. Et le second roman de Serge Le Vaillant, Chez les grecs,  est d’ores-et-déjà sur ma pile de bouquins en attente de lecture. J’ai hâte.

316 sauf ma mere

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12 janvier 2012 4 12 /01 /janvier /2012 14:36

Il y a des montagnes qui accouchent de souris. Il y a des livres qui promettent beaucoup et qui tiennent peu. Il y a ceux qui s’annoncent pour ce qu’ils ne sont finalement pas. Et puis il y a ceux qui passent inaperçus mais qui recèlent pourtant de véritables trésors. Qui se cachent dans l’anonymat mais qui se révèlent être de très belles surprises.
Ce livre, Instructions pour sauver le Monde de Rosa Montero, est de ces derniers. Un roman espagnol d’un auteur que je ne connaissais pas du tout, qui ne paye pas de mine, qui n’a pas fait beaucoup parler de lui mais qui est un vrai petit bijou de lecture.


Rosa Montero nous invite dans la vie morne et d’une profonde tristesse de quatre personnages hétéroclites. Il y a Matias, un chauffeur de taxi qui a perdu sa femme morte d’un cancer et dont la vie s’est arrêtée, mise en suspens, en même temps qu’il est devenu veuf. Matias est un homme bon, pourtant il est obsédé par l’idée de venger son épouse. Il y a Cerveau, une vieille femme, ancienne scientifique déchue qui se réfugie toutes les nuits dans l’alcool. Elle passe inaperçue mais a pourtant tant à dire, tant à enseigner à qui voudra bien l’écouter. Il y a Daniel, médecin urgentiste qui ne croit plus en rien. Ni en son couple, ni en son métier, ni en son avenir. Pour redonner un tout petit peu d’intérêt à sa vie, il se réfugie dans le virtuel de Second Life. Il y a Fatma, magnifique prostituée africaine qui a traversé l’horreur et qui ne se sépare pas de son lézard totem, celui qui prend soin d’elle.
Il y a quatre survivants dans cette tentaculaire ville de Madrid qu’on n’imaginait pas prendre un tel visage la nuit tombée. Et puis il y a en fond narratif les exploits macabres de l’assassin du bonheur, surnom donné par la presse au tueur en série qui sévit dans la ville, laissant à ses victimes qu’il tue sans violence un sourire figé sur le visage.
Ces quatre personnages cassés, éclopés de la vie, vont voir leurs destins s’entrecroiser d’une façon inattendue, pris dans la grande toile que tisse la vie.

Ce roman est une énigme. Il traite de choses très dures, de situations horribles, de souffrances profondes, de frustrations intenses, d’échecs et de désespoir. Certains passages sont vraiment difficiles à lire tant ils nous décrivent des images violentes et des moments de pure tristesse. Et pourtant… Pourtant il ressort de ce livre un vrai optimisme ; d’une base de roman noir Rosa Montero nous livre un récit lumineux. Totalement dénué de morale  et sans étalage aucun de bons sentiments, ce livre reste malgré tout une ode à la vie. La vraie vie, celle qui est parfois si cruelle et impitoyable. Si douloureusement belle.

Le roman est construit à la manière d’un puzzle. Ce qui commence comme une histoire chorale prend lentement forme pour devenir le récit de rencontres improbables et pourtant parfaitement naturelles, rencontres qui vont cependant changer le monde de chacun des protagonistes. Le cheminement de chacun des personnages sera difficile, mais conté avec un étonnant équilibre entre humour, dérision, violence et sensibilité. C’est là tout le talent d’écrivain de Rosa Montero. Elle nous prend dans la toile de son récit et le lecteur se laisse emporter dans cette spirale sans opposer la moindre résistance tant c’est bien écrit. Ça bouscule parfois mais c’est agréable. À ce titre les passages où Cerveau fait part de ses anecdotes scientifiques avec une pédagogie à faire pâlir d’envie pas mal de vulgarisateurs scientifiques, sont autant d’occasions de relativiser la vie et se permettre de la considérer sous un éclairage différent de ce dont on a l’habitude. Se décaler un peu pour voir différemment le monde, changer l’angle pour découvrir une face restée jusqu’alors dans l’ombre alors qu’elle est là depuis toujours. Coïncidence amusante : l’auteur adresse en fin de roman ses remerciements à Bill Bryson pour son ouvrage Une Histoire de tout, ou presque qui lui a inspiré les anecdotes scientifiques de Cerveau. Amusante car justement ce gros bouquin de Bryson attendait depuis quelques mois déjà sur ma Tour de Pise de livres d’être lu. J’en reparlerai donc ici prochainement …

 Instructions pour sauver le Monde aura été une vraie belle surprise et mon premier coup de cœur littéraire de 2011*. Un petit roman qui mérite d’être découvert et que je recommande.



* Oui il y en aura d’autres, et oui je suis un tantinet en retard** pour la rédaction de mes articles.

** En fait c’est assez simple : sauf cas exceptionnel, je mets environ un an entre le moment où j’acquiers un livre et le moment où je le lis, et il s’écoule à peu de choses près un an*** entre la lecture et la mise en ligne de l’article qui lui est consacré. Ce qui a pour principale conséquence que mon blog n’est jamais, jamais, jamais en phase avec l’actualité littéraire. Rien de bien grave en somme.


*** Délai que je vais tâcher de réduire un peu tout de même, ça fait pas sérieux …

309 instructions pour sauver monde couv

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8 décembre 2011 4 08 /12 /décembre /2011 10:02

Bon, ça fait un bail que j’ai pas causé de bouquin par ici. Pourtant j’en ai une petite quinzaine sous le coude, que j’ai lus sans encore en avoir parlé. On va tenter de rattraper un peu le retard pris…

Aujourd’hui donc, c’est au tour de Paradis Perdu, de Gudule. Du haut mon ignorance crasse, j’avoue qu’avant de tomber sur ce bouquin (qui m’a attiré par sa couverture où l’on voit trois cochons aux yeux exorbités flotter nonchalamment parmi les nuages) je n’avais jamais entendu parler de son auteur. Pourtant la quatrième de couv décrit Gudule comme « la reine des romans d’humour » ayant déjà publié 400 livres, destinés pour la plupart à la jeunesse (ceci explique peut-être cela). Toujours sur la quatrième de couv on nous promet un « roman pour adultes vraiment déjanté, politiquement pas correct et complètement délirant », la présentation se terminant par « humour, dérision, irrespect sont les maîtres mots de ce road-movie posthume, où les valeurs sacrées sont allègrement piétinées » ponctuée d’un avertissement : « Esprits chagrins s’abstenir ! ».

Moi, des accroches pareilles ça me met la salive à la bouche, forcément. D’autant que le départ de l’intrigue laisse présager des développements sympathiques.

Dans Paradis Perdu, la narratrice nous raconte la mésaventure de sa mère, Andrée Vandermeulen née Devries, fervente catholique, croyante et pratiquante, morte d’une attaque cardiaque et promise à coup sûr au paradis. Sauf qu’une malencontreuse erreur a lieu, et qu’en lieu et place du paradis catholique tant attendu, la pauvre Andrée se retrouve au mont Olympe où elle va faire la connaissance à son grand étonnement d’une partie du bestiaire mythologique grec et des Dieux hauts en couleurs qui vont avec. Polie mais décidée, elle compte bien réclamer ce qui lui est dû : un séjour éternel au paradis des chrétiens, dans la félicité et la paix, refusant tout net de rester dans ces lieux de débauche païens où elle vient d’atterrir. Au paradis d’ailleurs on a eu vent de l’erreur d’aiguillage et on envoie un ange récupérer la brebis égarée. Mais l’ange en question va découvrir que l’Olympe c’est sympa aussi, on y déconne même un chouïa plus que chez Saint Pierre…

Franchement j’ai trouvé le pitch super sympa, l’idée de départ maligne, et exposé comme ça, ça promettait beaucoup. Peut-être un peu trop d’ailleurs, question promesses. Honnêtement je cherche encore l’irrespect et les valeurs sacrées piétinées. Pour tout dire oui, je vois bien à quoi il est fait allusion, mais bon voilà quoi, à l’arrivée j’ai trouvé ça un peu fade et pas bien relevé en fin de compte. Si l’irrespect c’est de choisir de narrer les aventures de sa propre mère dans l’au-delà faisant son coming-out avec la reine des Amazones alors ok, mais pour ma part cet artifice n’a pas fait mouche, désolé. J’admets bien volontiers que pour un fervent catholique bien conservateur ce bouquin peut paraître choquant, mais pour tous les autres… bof quoi. Si vous voulez du politiquement incorrect qui touche à la religion, la morale et les valeurs sacrées lisez le Preacher de Garth Ennis et Steve Dillon, là vous en aurez pour votre argent, mais j’ai été bien peiné de constater qu’on n’en retrouve pas le dixième dans Paradis Perdu qui en promet tant pourtant.

Côté humour, là encore on va dire que ce n’est pas la cascade de poilades annoncée non plus. C’est plaisant sans plus, on sourit parfois de certaines situations ou dialogues mais rien qui ne m’ait fait m’esclaffer. Alors on a bien quelques personnages réussis comme un Ulysse complètement obsédé sexuel pas déplaisant du tout par exemple, quelques idées amusantes par-ci par-là, mais rien de vraiment retentissant.

Vous l’aurez compris, je n’ai pas été convaincu du tout par ce livre, je m’attendais certainement à autre chose, mais je n’arrive pas à me sortir de l’idée que ce qui est annoncé en quatrième de couverture est un brin exagéré et trompeur quant au contenu réel du récit. Moi qui m’attendais à tomber sur une petite perle d’humour grinçant et d’ironie, c’est à un pétard quelque peu humidifié que j’ai eu à faire. Décevant. Ou peut-être suis-je un de ces esprits chagrins mis en garde plus haut, auquel cas je ne peux m’en prendre qu’à moi-même.

306 paradis perdu

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23 juin 2011 4 23 /06 /juin /2011 14:13

Cette chronique va un peu déroger à la règle que j’essaie d’appliquer quand je parle d’un bouquin que j’ai lu. D’habitude je tente d’exposer de mon mieux le début de l’intrigue pour qu’on comprenne bien de qui et de quoi ça cause, tout en me gardant de trop en dévoiler sur l’issue du livre, histoire de préserver le plaisir de la découverte à celles ou ceux qui éventuellement se lanceraient dans la lecture du livre après avoir lu mon article.
Dans le cas de ce livre, je vais faire l’impasse sur l’histoire et le résumé. Sachez juste qu’il s’agit d’un homme (Tomas) et d’une femme (Tereza) qui se rencontrent, s’aiment passionnément et dont la vie de couple sera juchée d’embûches qui ne tiennent en fin de compte qu’à leur propres personnalités très différentes. C’est une opposition du « nous » aux « je ». C’est une histoire d’attirances irrésistibles et de répulsions toutes aussi fortes. Des différences entre l’intérêt commun et les envies individuelles. De la façon dont deux entités individuelles tentent de maintenir coûte que coûte une entité commune, celle du couple. Bref, c’est plein de sentiments contradictoires, de choix à faire, de sacrifices, de sentiments fluctuants. C’est tout ça et ça  nous invite bien souvent à nous interroger nous-même pour essayer de situer où se trouve notre propre place, et démêler les fils de nos propres contradictions.
Mais ce qui a survolé cette histoire d’amours déchirés pour moi et qui a nourri ma réflexion pendant tout le bouquin et encore bien après, c’est une phrase, une idée que l’auteur a tirée d’un proverbe allemand : Einmal ist keinmal.

C’est une étrange expérience (que je dois à Karine qui m’a passé ce livre que je n’aurais certainement pas lu sans elle) de lire L’Insoutenable Légèreté de l’Être de Milan Kundera peu de temps après Replay de Ken Grimwood. Parce que si a priori ces deux romans semblent bien éloignés l’un de l’autre, dans mon esprit la connexion s’est pourtant instantanément faite.
Évidemment sur la forme il n’y a pas grand-chose en commun. Le roman de Grimwood touche à un fantastique mêlé d’aventures et d’une pincée de romance. Alors que le livre de Kundera relate sur toile de fond géopolitique (la Tchécoslovaquie du temps du rideau de fer) une histoire de couple qui se déchire, une histoire d’amour belle et forte, mais surtout dramatique et désespérée. Mais sur le fond, en ce qui concerne les pensées intimes des personnages et leurs quêtes existentielles, le lien m’apparaît évident.

Dans Replay, le personnage principal vit et revit sa vie un grand nombre de fois, la changeant à chaque fois, explorant de nouveaux chemins, essayant de l’améliorer et de maîtriser son destin en se basant sur tout ce qu’il a déjà vécu les fois précédentes. Dans L’Insoutenable Légèreté de l’Être, Tomas, le personnage masculin principal, se pose mille questions sur ce qu’il doit faire, sur les choix de vie qui se présentent à lui, et ses pensées volent invariablement vers le proverbe allemand Einmal ist keinmal et les réflexions de certains philosophes tels que Nietzsche, ainsi qu’une phrase tirée du dernier quatuor de Beethoven : « Es muss sein ».

Pour les non-germanophones je traduis : Einmal ist keinmal pourrait se traduire mot-à-mot par « une seule fois ce n’est aucune fois » autrement dit, vivre une seule fois, suivre une seule voie, ne choisir qu’une possibilité parmi une multitude c’est comme ne pas vivre. Car on ne peut pas comparer. On ne peut pas mesurer. Devoir choisir et ne jamais pouvoir revenir en arrière, effacer ou revenir au point de départ et partir vers une autre direction, c’est comme de ne pas vivre du tout. On prend des décisions qui ont des conséquences, et on ne saura jamais si les décisions auront été les bonnes, les meilleures, car on ne connaîtra jamais les conséquences des autres décisions qu’on n’a pas prises… Cela relativise beaucoup nos existences, l’importance de nos actes et le rapport entre nos envies et nos devoirs…
Pour le « Es muss sein », on peut le traduire par « cela doit être », ou plus correctement par « il doit en être ainsi ». Là on touche du doigt à travers Beethoven la notion de Destin, de nécessité. L’entravement de l’Homme, son désir de liberté opposé à sa prédestination et à la gravité qui pèse sur ses choix.

Ce sont toutes ces notions impalpables et qui pourtant pèsent de tout leur poids virtuel sur nos vies d’êtres humains qui m’ont fasciné tout au cours de la lecture de ce roman de Kundera. Je faisais sans cesse la parallèle avec le héros de Replay qui rejouais et rejouais sa vie en la modifiant, pour balayer tout l’éventail des possibles et espérer enfin y trouver sa voie, son chemin idéal, et le Tomas de Kundera qui est insatisfait de chacun de ses choix, car il ne peut en mesurer la pertinence face à d’autres choix possibles dont il ne vivra jamais les conséquences. Chacun dans son coin, tentant d’échapper à ce qu’il ne maîtrise pas. Chacun des deux personnages, confronté à l’implacable force du temps et du monde qui l’entoure, des destins croisés qui façonnent finalement bien plus nos vies que toutes nos décisions, les plus graves et les plus importantes soient-elles.

Deux façons opposées d’aborder le même problème. Celui du sens qu’on donne à notre existence. Avec la même conclusion dans les deux cas : le choix n’est qu’illusion. Dès lors qu’on choisit une voie, on abandonne tout ce qui n’en découle pas, tout ce qui potentiellement aurait pu être et ne sera pas. Choisir c’est aussi renoncer...
Dès lors, quelle est la place du Destin dans nos vies ? Où s’arrête l’influence de nos choix sur nos vies, où commence l’influence de la vie des autres (et d’autant plus de ceux qui comptent à nos yeux) sur la notre, quels poids prennent véritablement nos décisions ? Que maîtrise-t-on ? Dans quelle illusion décide-t-on de vivre : celle du choix ou celle du non-choix (qui est aussi un choix finalement) ? Et surtout, où se place-t-on dans tout ça ? Quelle importance a-t-on réellement et comment accepter l’idée que notre existence bouleverse et bouscule celles des autres alors qu’on n’arrive pas à gérer notre propre vie idéalement ? Autant d’interrogations qui se résument à se demander qu’elle est notre place en ce monde…

Kundera raccorde cela à une problématique encore un peu plus large, qui touche chaque personne et ne trouve pas vraiment de réponse universelle. Il pose la question de la légèreté et de la gravité en ce monde. Qu’est-ce qui est important, grave ? qu’est-ce qui ne l’est pas ? la légèreté ne pèse-t-elle sur nos vies pas autant, finalement, que la gravité ?
Et il le fait bien mieux et avec infiniment plus de talent pour exposer clairement ses idées que ce que j’ai tenté de faire ici. En tout cas la lecture de ce bouquin a fait turbiner les rouages quelque peu rouillés de mon cerveau. Le ciboulot en effervescence, j’ai lu et cogité, et j’aime quand une lecture me cherche, me malmène un peu et me triture la matière grise. Je ne suis pas bien certain que c’est ce genre de réflexions et de considérations que l’auteur a voulu induire chez ses lecteurs, toujours est-il que dans mon esprit c’est ce qui a fait tilt instantanément.
Tout ça pour dire que si mon article vous a fichu la migraine avec ses questions existentielles, que ça ne vous empêche surtout pas de vous plonger dans le roman de Milan Kundera. Son talent d’écrivain vous passera votre mal de tête, promis.

297 insoutenable legerete

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21 juin 2011 2 21 /06 /juin /2011 15:44

10, 20, 50, …
Encore une série.
10, 20, 50, …
Souffler, respirer, recommencer.
10, 20, 50, 100.
Ça devient plus difficile.
Les bras se font lourds. La peau rougit et se tend sous l’effort.
10, 20, 50, 100.
Encore une. Se reposer un instant, souffler lentement, chercher l’air frais.
La fonte monte et descend dans un mouvement rapide. Ralentir c’est s’arrêter.
Les avant-bras durcissent. Les épaules souffrent. Les muscles tétanisent et crient leur refus de continuer.
10, 20, 50, 100, 150.
De plus en plus dur.
C’est tellement lourd à porter. La fatigue ne vient pas, c’est la lassitude de l’esprit, l’épuisement du corps qui prennent sa place. Mais la fatigue ne viendra pas. Elle ne vient jamais. La transpiration aussi se fait désirer. Au lieu de cela une intense sensation de chaleur et d’étouffement.
10, 20, 50, 100, ...
Il faut arrêter.
Le rythme cardiaque se calme. La chaleur insoutenable prend le front et les tempes d’assaut, les bras pendent comme deux branches de bois raides.
Dans le miroir pourtant rien ne change. L’œil reste insatisfait, il continue de voir ce qu’il n’aime pas.
La rage reste là. La colère ne s’altère pas. Juste plus assez de force pour s’exprimer, alors elle fait moins de difficultés pour se taire.
Allez, dernier essai : 10, 20, 50, 100, 200.
Las.
Les tonnes ont défilé, le corps a encaissé, l’esprit est las. Anesthésié, pas endormi. Réduit au silence, pas apaisé.
L’eau de la douche est agréable, mais lever les bras pour atteindre le pommeau relève de la torture.
Il faudra recommencer. Plus fort. Plus dur. Plus longtemps. Sans la moindre envie, mais par nécessité. Pour ne pas que le noir explose. Le refouler aussi loin que possible. Vaincre et gagner un jour de plus.

Il y en a qui soulèvent des haltères par plaisir.
Le plaisir de se regarder prendre du volume. Gonfler ses muscles et s’admirer dans le miroir. Frimer. Atteindre leur définition du beau.
Pas moi.
C’est parce que je n’ai rien trouvé d’autre pour expulser ce qui doit l’être.
Ce n’est pas la solution parfaite, mais pour l’instant, ça fonctionne.

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25 mars 2011 5 25 /03 /mars /2011 16:12

Je crois déjà vous avoir expliqué ici les diverses manières dont je choisis les livres que je lis. Les conseils, les références glanées dans d’autres lectures, les auteurs que j’aime particulièrement, le thème accrocheur ou un titre évocateur... et la plus fantaisiste de toutes : la couverture qui m’attire. Avec ce livre, Les vrais durs ne dansent pas de Norman Mailer, j’ai été de suite séduit par la couverture. Nonchalance, décadence, ridicule guindé et assumé, esthétisme douteux : le personnage représenté en couverture est tout cela et bien plus encore. Le bouquin m’avait parlé et dit beaucoup de choses avant même que je ne le prenne en mains. Et puis ce titre qui ressemble à un dicton populaire bien macho... Intrigué, je m’approche et je vois le nom de l’auteur. Je savais déjà que j’allais repartir avec ce livre sous le bras. Le nom de Norman Mailer avait fini de me convaincre. Un  grand nom de la littérature américaine dont j’ai souvent entendu parler sans jamais n’en avoir rien lu, je me suis dit que l’occasion de combler cette lacune était parfaite.

Dans Les vrais durs ne dansent pas, qui voit son intrigue se dérouler à Provincetown, une ville côtière retirée et abandonnée des touristes pendant la saison morte, on suit les pérégrinations hautes en couleurs d’un écrivain raté amateur de femmes et de bourbon, Tim Madden. Sa femme, Patty Lareine est partie voici déjà 24 jours avec son amant, un grand black gaulé comme un apollon. On fait la connaissance de Tim Madden alors qu’il se réveille d’une soirée trop arrosée, le crâne dans un étau et plus grave, la mémoire mitée de trous béants sur ce qu’il a fait la veille. Rien que de très banal pour Tim, sauf que ce matin là il découvre un curieux tatouage sur son bras, une marre de sang dans sa voiture et la tête d’une belle blonde enterrée dans sa planque à cannabis ! Tim va se lancer dans une enquête dont il est le premier suspect : a-t-il tué cette inconnue pendant ces heures sombres dont il n’a plus aucun souvenir ? Dans sa quête, Tim Madden va composer avec la police locale et Regency son chef aussi inquiétant qu’énigmatique, chercher des informations auprès de ses habituels compagnons de beuveries avec lesquels il entretient des relations pas forcément très amicales, tenter de retrouver sa femme fugueuse, tomber sur une ancienne maîtresse jamais oubliée et l’ex-mari homo refoulé de sa femme... Un sac de noeuds où personne n’est ce qu’il semble être au premier abord, et dont Tim Madden, en bon irlandais de New-York qui a déjà connu la taule, va tenter de s’extirper en trouvant la vérité sur ce qui s’est passé cette nuit là...

Alors plusieurs choses à propos de ce livre.
Avant tout je l’ai trouvé lent à démarrer, ce qui peut paraître paradoxal vu qu’on est d’entrée plongé en plein milieu de l’intrigue principale. Norman Mailer prend son temps pour planter son décor, ses personnages et dérouler son intrigue. Et ce temps m’a paru long... non pas inintéressant, mais j’avais la sensation diffuse que l’intrigue n’avançait pas suffisamment vite. On suit en permanence les pensées du personnage principal, ce que j’ai trouvé plutôt bien vu, cela permet au lecteur de se sentir plus impliqué dans l’histoire, et de découvrir en profondeur le personnage de Tim, ses pensées secrètes, ses réflexions qu’il garde pour lui. Mais cela ralentit indéniablement le rythme de l’histoire. Ma lecture remonte à plusieurs mois déjà alors que j’écris cet article, mais dans mon souvenir il me semble qu’une bonne moitié du bouquin passe avant qu’on ait réellement le sentiment d’avancer dans la résolution de l’intrigue. Cela dit, comme tout bon polar qui se respecte, la lumière ne se fera qu’à la fin, la vérité se dévoilant par petits bouts seulement.

Il faut dire également que Norman Mailer ne se cantonne pas à nous livrer un polar bien ficelé, son livre est aussi un portrait sans concession d’une Amérique des années 80 pas très glamour, où les hommes sont pris dans leurs contradictions, comme encore engoncés dans les vestiges des années fastes des décennies passées (certains personnages ont de forts relents des années 50 et 60), faisant de la résistance passive au monde moderne. Il est avant tout question dans ce bouquin des hommes, des vrais hommes, les « durs » du titre. Tim Madden, tout m’enfoutiste qu’il se donne l’air, est en perpétuel équilibre instable pour parvenir à rester sur cette ligne trop floue imposée par son imaginaire, celle qu’il veut suivre et qui le désignerait selon lui comme un dur justement. C’est ce qu’on comprend très clairement dès lors qu’intervient le personnage phare (selon moi) du roman, le père de Tim, ancien barman irlandais au caractère bien trempé, très old-school (avec tout ce que cela inclut d’âpre mais de séduisant). Le rapport entre les différents personnages est l’un des points forts de l’auteur, et c’est dans ce rapport père-fils que l’on atteint le coeur et la gravité du personnage par ailleurs un peu fantasque de Tim. Si un certain Freud nous serine depuis le siècle dernier qu’un homme se détermine inconsciemment dans ses rapports à sa mère pendant l’enfance, Norman Mailer quant à lui montre à quel point c’est face à son père qu’un homme se définit en tant qu’adulte, et pour ma part je suis plus enclin à suivre l’écrivain américain dans sa démonstration que le psychanalyste autrichien...

Si j’ai aimé ce livre, c’est justement pour ses personnages truculents, bien plus que pour l’intrigue et sa résolution finale. Mais ma lecture a été lente, je n’ai jamais été happé par l’histoire, je n’ai jamais ressenti ce besoin impérieux de connaître la fin avant de pouvoir lâcher le livre. Mais cette lenteur relative, ce manque de rebondissements inattendus qu’on pourrait reprocher au roman, sont largement compensés par une écriture magistrale. Norman Mailer est connu et reconnu comme un écrivain de premier ordre et ça n’est clairement pas une réputation volée ! J’ai trouvé dans les tournures de phrases, les dialogues, l’humour noir en filigrane tout au long du récit, une classe, un art consommé de raconter, une maîtrise parfaite des mots et des images qu’ils évoquent. Ce type a une plume géniale, jubilatoire. Pour son style et son talent à donner vie à des personnages forts et touchants, j’ai adoré Norman Mailer. Et même si Les vrais durs ne dansent pas ne m’a pas totalement emporté, je note pour le futur (quand j’aurai un peu avancé mes lectures, et surtout quand j’aurai trouvé le courage de m’attaquer à un pavé de 1500 pages) sur ma liste d’ouvrages à lire celui que tout le monde s’accorde à décrire comme son chef d’oeuvre, Le Chant du Bourreau.

En attendant, je vais essayer à l’occasion de voir le film que Mailer a lui-même réalisé en 1986 à partir de son roman, et qui avait en son temps me semble-t-il été présenté au festival de Cannes. Si quelqu’un sait où je peux trouver la version cinématographique de Les vrais durs ne dansent pas, je suis preneur !!

291 vrais durs ne dansent pas

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2 mars 2011 3 02 /03 /mars /2011 17:18

Il y a quelques temps déjà j’avais fait un article sur Le Koala Tueur de Kenneth Cook. Ce recueil de nouvelles m’ayant plutôt plu à l’époque, c’est sans hésitation que j’ai acheté La Vengeance du Wombat, du même auteur et reprenant la même formule. À savoir une suite de nouvelles qui prennent place dans l’outback australien pour la plupart, et mettant en scène l’auteur face à la faune, la flore et les habitants de l’île-continent, le tout sur un ton résolument tourné vers l’humour.

Eh bien je n’ai pas été déçu avec cette suite qui n’en porte pas le nom. C’est toujours bien écrit, assez drôle, souvent étonnant, parfois inquiétant. Si l’on en croit toujours l’auteur, tous ces récits sont des histoires vécues par lui. Histoires tellement abracadabrantes qu’il a abandonné l’idée de s’en servir dans un de ces romans, de peur qu’on lui reproche d’inventer des histoires trop exagérées !
Comme c’était déjà le cas pour Le Koala Tueur, si je veux bien croire en un fond de vérité pour les nouvelles qui forment cette Vengeance du Wombat, je soupçonne tout de même Kenneth Cook en roublard qu’il est d’avoir su broder juste ce qu’il faut autour de ces histoires vécues pour leur donner le cachet et la saveur qui les rendent si agréables à lire.

Si tous les récits ont en commun un ton très détaché et drôle qui a pour but de tourner en dérision le narrateur (c’est-à-dire l’auteur lui-même), certaines situations ont des circonstances ou des conclusions que j’ai trouvées plus sombres que dans le premier recueil. Et Cook dans ces cas là sait noircir son humour…

Dans tout recueil de nouvelles, certains récits sont plus forts que d’autres, plus marquants ou plus intéressants. Je retiendrais plus particulièrement N’essayez jamais d’aider un kangourou, Le quokka tueur ou Espèce dangereuse dans le genre loufoquerie bien sentie. Mais il y a également des récits tout aussi étonnants dans leur déroulement mais carrément plus flippants si on se dit qu’en effet il s’agit d’une histoire vraie, Qui veut acheter une grenade ? Chasseurs de buffle ou encore Attention : koalas explosifs laissent songeurs quant à la santé mentale et l’état d’esprit des australiens (des aborigènes comme des blancs)…

Reste en fin de recueil une histoire, Comment ne pas payer ses impôts, qui si elle est véritablement exacte, me sidère tant elle illustre ce qu’on pourrait nommer l’ironie du sort dans toute sa splendeur. Un truc à se les hacher menues et se les bouffer en salade vigneronne. Une histoire de pognon d’un cynisme assez poussé, que je suis bien tenté de croire finalement, tant elle semble hors de proportion…

Pour conclure, je conseille la lecture de La Vengeance du Wombat à celles et ceux qui cherchent une lecture facile d’accès, rafraîchissante, drôle et agréable. Ça se lit bien, ça se lit vite, c’est bien sympa en somme.

289 vengeance wombat

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7 février 2011 1 07 /02 /février /2011 11:46

Dernier de ma sélection de romans de l’été dernier (je sais, je sais, j’en parle au mois de février, je ne suis pas super en avance)(mais mieux vaut tard que jamais non ?), La Maladie de Sachs de Martin Winckler n’est pas le moindre, et il m’a fait passer un excellent moment de lecture.

Martin Winckler, c’est un auteur dont j’avais hâte de lire un roman. Ça faisait bien longtemps déjà que j’avais hâte hein, mais moi quand j’ai hâte ça ne m’empêche pas de prendre mon temps… Je crois que mon premier contact avec Winckler s’est fait par l’adaptation cinématographique de La Maladie de Sachs justement. Film dans lequel Albert Dupontel tient le rôle principal et que je n’avais malheureusement vu que partiellement il y a fort longtemps (ça doit facilement remonter à une petite dizaine d’années…). Mais ça m’avait suffisamment intrigué pour le noter dans un coin de mon esprit dans la case « à approfondir », pêle-mêle avec une bonne centaine d’autres trucs divers et variés. D’ailleurs depuis lors je n’ai jamais réussi à revoir ce film, et je n’ai jamais réussi à mettre la main dessus en dvd… Quelques temps plus tard, j’ai « refait » connaissance avec Martin Winckler alors qu’il proposait une chronique quotidienne le matin sur France Inter. Comme son heure de diffusion tombait pile poil pendant mon trajet du matin pour aller au boulot, je ne ratais aucun de ses billets radiophoniques passionnants. Et je me souviens parfaitement m’être dit en l’écoutant « faut vraiment que je lise un roman de ce type ». C’était en 2003. Il s’est fait virer comme un malpropre au bout d’une saison, pour avoir un peu trop égratigné à l’antenne quelques lobbies pharmaceutiques français… Mais le gars Winckler est un touche-à-tout avec lequel je partage plusieurs passions. Au départ Martin Winckler, de son vrai nom Marc Zaffran, est médecin généraliste. Mais c’est aussi un passionné de comics et de séries télévisées, c’est ainsi que je suis tombé sur son bouquin Super-Héros, où il traite de sa passion pour les encapés américains. Je l’ai d’ailleurs retrouvé encore plus tard dans Comic Box (excellent magazine bimestriel français consacré aux comics) où il rédige une chronique sur son amour de la bande dessinée. Et puis pour ceux qui sont un peu curieux, vous aurez peut-être remarqué que depuis que je tiens ce blog, il y a un lien qui pointe vers son site parmi les quelques adresses que je vous invite à visiter…
C’est donc en 2009 que j’achète (déjà…) le roman La Maladie de Sachs (Winckler en a écrit plusieurs depuis, mais je tenais à lire celui-ci en premier). Et voilà, fin août 2010, je lis enfin La Maladie de Sachs. Tout vient à point…

Après cette longue introduction totalement inutile mais qui aura permis de mettre en lumière le fait que je sois parfois long, très long, à la détente, je vais essayer de vous causer du bouquin quand même !
Parce qu’il est bon en plus de ça. Souvent après une trop longue attente, la déception l’emporte sur les promesses de satisfaction… on en attend trop et forcément on est un peu déçu.
Eh bien là non, pas du tout. Pour plusieurs raisons. D’abord parce que je ne savais pas vraiment à quoi m’attendre, donc je n’avais pas d’idée préconçue sur ce que j’allais lire. Ensuite parce que même sans idée préconçue au sujet de son livre, l’auteur a su me surprendre ! Paradoxal non ? Aussi bien sur la forme que sur le fond, l’histoire du docteur Sachs m’a pris par surprise, étonné, et finalement séduit.

Ici, pas d’intrigue rocambolesque, pas de suspense haletant, aucune énigme à résoudre et rien qui ne vous pousse à tourner les pages fébrilement pour enfin connaître la réponse à une question centrale… Non, rien de tout cela. À la place, il s’agit d’une chronique de la vie quotidienne d’un jeune médecin généraliste qui ouvre un cabinet de consultations au fin fond d’une région rurale pas du tout glamour… On le suit dans ses visites à domiciles, dans ses rendez-vous à son cabinet, dans ses interventions en urgence, dans ses permanences de week-end, dans ses tours de garde bénévoles à l’hôpital… De patient en patient, on découvre des mal-être, des douleurs physiques mais aussi psychologiques et morales, des petits bobos ou de graves maladies, des souffrances muettes et des hypocondries fatigantes. On voit de tout, de l’insignifiant au tragique, et le tout forme un univers d’une diversité et d’une cohérence bluffantes. Le monde vu par Bruno Sachs est étonnant : sous les aspects d’une banalité terne, la vie se révèle sous le prisme de son regard d’une complexité et d’une richesse passionnantes. Car le petit mal de tête et le cancer sont traités avec le même professionnalisme, et surtout avec le même intérêt et humanisme de la part du docteur Sachs… à ses yeux ils revêtent le même habit qui donne tout son sens à sa vocation : l’obligation morale de soigner, et sinon de guérir au moins de soulager. Bruno Sachs n’est pas un médecin banal. Il s’intéresse avant tout aux gens, pas aux maladies. Ses patients sont avant toute chose des êtres humains, pas uniquement des malades. Et ça change tout dans les rapports soignant-soignés.

Toutes ces choses, on les comprend au fur et à mesure de la lecture. Martin Winckler instaure une ambiance inattendue : on pourrait croire qu’on va s’ennuyer à lire les petites lamentations des gens qui viennent se faire soigner chez le docteur Sachs, mais en fait il n’en est rien. D’autant que pour rythmer le tout, l’auteur a recours à un procédé que je n’avais jusqu’alors encore jamais vu dans un roman. Bon ok c’est pas comme si j’avais lu toute la bibliothèque d’Alexandrie mais bon, quand même. La majeure partie du livre est écrite à la seconde personne du singulier. Autrement dit la narration se fait de façon multiple et indirecte. Je m’explique. Le personnage principal est Bruno Sachs. Le narrateur n’est jamais Bruno Sachs. C’est toujours son interlocuteur (et donc très souvent, son patient du moment) qui parle. Et qui décrit les actes et les paroles du docteur en le désignant par « Tu ». De fait, Winckler procède par de courts chapitres (une à quelques pages), dont le titre est généralement le nom du narrateur, qui raconte une scène ou un moment de la vie du médecin vu par les yeux de quelqu’un d’autre. C’est assez déconcertant au départ, mais on se prend vite au jeu, et visiblement l’auteur s’en amuse également, jonglant entre les personnalités et passant d’un point de vue à un autre avec pertinence et habileté.

Tiens, je disais plus haut « pas de question centrale » mais en fait c’est faux. Plus on avance dans le récit, plus on en apprend sur le docteur Sachs (qui se découvre pudiquement, par ses rapports aux autres), plus on voit poindre son malaise. Il écoute, conseille, soigne, aide, soutient les gens au quotidien. Et on a le sentiment que tout le poids dont il soulage les autres, pèse sur ses épaules à lui, le déséquilibrant et le mettant en danger. On sent naître de la fatigue, du découragement parfois, de la lassitude. Et tout au long du roman on ne peut s’empêcher de se demander : tiendra-t-il ?

Alors je ne vais pas tergiverser et monologuer plus longtemps. Je ne peux que vous conseiller la lecture de ce très intéressant roman (et qui prend le temps de se lire, la version poche compte 660 pages environ). Vraiment, La Maladie de Sachs est un très bon bouquin, passionnant, marquant, innovant, remarquablement écrit, plein de sensibilité (et je n’ai pas dit sensiblerie, la nuance est de taille) et d’humanité. Martin Winckler est décidément, cette fois j’en suis sûr et certain, un auteur « à approfondir ».

284 maladie de sachs

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26 novembre 2010 5 26 /11 /novembre /2010 12:28

Troisième bouquin de ma sélection de cet été, Dieu est un pote à moi de Cyril Massarotto est un court roman qui a fait un peu parler de lui à sa sortie il y a deux ans environ, il a en outre reçu le Prix Méditerranée des Lycéens.

L’idée de départ est plutôt séduisante. Cyril, un jeune homme de 25 ans, vendeur de nuit dans le sex-shop de son ami René, entre un beau jour en contact avec rien de moins que Dieu en personne. De leurs rencontres régulières va se forger une « amitié » entre l’homme et le divin. Le livre propose de relater cette relation singulière entre cet homme ordinaire et le Tout Puissant et l’évolution qu’elle va connaître au fur et à mesure des années, pendant toute l’existence de Cyril. Le jeune homme discute de tout (et de rien aussi parfois) avec le Créateur, tout en vivant une vie classique par ailleurs. Il rencontre Alice, la femme de sa vie qui lui donnera un fils, Léo. Ensemble ils connaîtront bonheurs, malheurs, joies, peines, désillusions, émerveillements… bref, tout ce qui fait une vie. Jusqu’à la mort de Cyril et LA question ultime à laquelle il devra répondre à ce moment là…
Et toujours en filigrane, Cyril qui devise de la vie avec Dieu, de discussions semi-philosophiques en fâcheries, d’incompréhensions en révélations, le tout saupoudré d’un ton principalement humoristique, car il faut le savoir Dieu est un sacré déconneur (l’existence de l’ornithorynque, le journal télévisé de Jean-Pierre Pernaut, l’oeuvre complète de Rob Liefield, c’est pas des preuves tout ça ?).

Si je devais résumer mon avis sur le livre, je dirais qu’il a suscité en moi des sentiments assez paradoxaux. Pour utiliser une formule un peu creuse mais parfaitement adaptée : il a les défauts de ses qualités…
Écrit très simplement, le style est léger voire minimaliste, ce qui donne une fluidité à la lecture qui va parfaitement avec la portée (limitée) du livre. Cette simplicité mise en perspective avec certains des thèmes abordés, comme la mort, le deuil, le sens de la vie, le destin, les choix, les enfants, la religion, l’amour, cela donne un peu l’impression que ça manque d’ambition, que ça reste superficiel, peu nuancé voire simpliste à certains moments. Paradoxal, car parler de la Vie et de tout ce qui en fait sa substance, au départ je trouvais ça ambitieux justement… Je me doute bien que ce traitement et ce ton léger et humoristique sont voulus par l’auteur, mais l’effet est à double-tranchant. On parle de la Vie oui, mais avec une bière et des cahouètes à la main, histoire de désacraliser la chose. Très bien, mais du coup tout ce qui en ressort garde ce parfum de légèreté, de « pas vraiment sérieux », et je trouve ça en contradiction avec ce qu’on est en mesure d’attendre d’un dialogue avec Dieu. Merde, c’est Dieu quand même !

Pourtant Massarotto ne ménage pas sa peine, et ne se contente pas de bons mots et d’humour potache, il aborde aussi des situations plus graves, les drames de la vie. Le deuil d’une personne aimée par exemple. Il s’y prend même plutôt bien je l’avoue, c’est certainement le passage où il laisse le mieux cette fameuse légèreté qui embaume son bouquin au placard, le temps de faire place à un peu de sensibilité, de douleur légitime, de colère aussi. Mais malgré cela ça m’a gêné aux entournures, parce qu’en terme de deuil il s’est bien gardé de parler d’un deuil d’enfant par exemple. Ou d’autres joyeusetés du type handicaps très lourds ou maladies congénitales. Trop dur, trop affreux, ça lui aurait plombé son livre et peut-être n’aurait-il pas réussi à s’en sortir aussi bien qu’il ne l’a fait. Bref, là encore, les idées m’ont paru bonnes, les intentions louables, mais il y a un petit goût d’inachevé, d’un potentiel approfondissement avorté. En voulant faire court et donc dynamique, ou pour éviter des sujets plus casse-gueule, on ne le saura jamais vraiment.

Point positif : le Dieu que l’auteur met en scène n’est pas un Dieu de religion, c’est plutôt une idée abstraite et non sectaire d’un être supérieur et omniscient, un patchwork hétéroclite de conceptions à la fois un peu baba cool et philosophico-new age à la sauce perso bon enfant. Et moi je ne suis pas mécontent d’avoir casé tous ces mots dans la même phrase soit dit en passant.

En tout cas, si vous lisez ce roman comme une petite fable amusante et maligne, ça peut le faire. Ce n’est pas de la grande littérature, donc amoureux des beaux styles et des plumes racées, vous n’y trouverez pas votre compte. À lire au soleil, sur une terrasse en sirotant un jus d’orange pressé, ça passe déjà beaucoup mieux. Un petit livre divertissant mais à l’intérêt moins substantiel que ne le laissait présager le titre. Pas mauvais, mais très loin d’être indispensable.

279 dieu est un pote

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12 novembre 2010 5 12 /11 /novembre /2010 00:28

 

Ah on peut dire que j’ai été gâté cet été. Je vous ai causé il y a peu de temps de Replay, roman avec lequel j’ai entamé mon été et qui m’a tenu en haleine autant que fait cogiter sur la vie, les choix et la destinée. Eh bien j’ai enchaîné avec Le Siffleur de Laurent Chalumeau, qui m’a lui aussi, bien que dans un tout autre registre, complètement enthousiasmé.

De Laurent Chalumeau j’avais littéralement adoré  Un Mec Sympa que je ne saurais trop vous conseiller, puis j’avais lu le très original Fuck qui par sa forme assez inattendue m’avait laissé un arrière-goût de déception lors de la lecture. Mais la faute n’en incombait pas à la qualité du bouquin mais plutôt au lecteur : je m’attendais tellement à un livre du type de Un Mec Sympa que j’ai été désarçonné par un style très différent, autant sur la forme que sur le fond. Avec Le Siffleur je suis retombé en plein dans la gouaille, l’inventivité et l’humour du premier Chalumeau que j’avais lu voici bientôt deux ans. Un polar-comédie situé sur la Côte d'Azur, farci de personnages truculents et de dialogues aux petits oignons. Drôle, frais, original, divertissant.

L’histoire se déroule dans la région cannoise, sur fond de transactions-magouilles immobilières. Armand Teillard est un petit commerçant sans grande envergure, la soixantaine entamée, mais qui sait profiter de la vie et de ses plaisirs simples. Parmi ces dits plaisirs, l’un des plus précieux c’est son déjeuner qu’Armand prend chaque jour à l’Aline Roc, restaurant en bord de mer. Il y a sa table réservée, face à la mer. Les patrons, la jeune Sofia et son époux Martial sont devenus pour ainsi dire des amis, et c’est bien vite qu’il apprend les ennuis dans lesquels ces derniers se retrouvent. Approchés à plusieurs reprises par un promoteur immobilier, Jean-Patrick Zapetti, qui a racheté toutes les propriétés alentours afin d’en faire un immense hôtel de luxe pour le compte de riches investisseurs russes, les jeunes restaurateurs ne veulent pas vendre leur bien, un héritage familial, malgré le pont d’or qui leur est offert. Depuis peu, ils sont menacés et des racketteurs, des petites frappes locales viennent leur chercher des noises.

Armand, soucieux autant de leur venir en aide que de voir coûte que coûte son restaurant fétiche rester ouvert, les convainc de porter plainte auprès de la police. Mais devant le manque de réactivité des forces de l’ordre, il leur propose une autre solution. Faire appel à son frère jumeau, Maurice dit le siffleur. Maurice et Armand sont en mauvais terme, mais Maurice a un talent particulier : doté d’un aplomb sans faille, auréolé d’une réputation de vieux de la vieille dans le milieu du banditisme, il sait résoudre des problèmes que la police ne peut pas résoudre. Résignés, les restaurateurs acceptent l’aide de Maurice. Dès lors Armand disparaît du décor et laisse sa place à son jumeau tout droit arrivé d’Italie. Ces deux hommes là ne peuvent pas vivre dans la même ville. Et pour cause : il s’agit d’une seule et même personne, Maurice n’étant rien d’autre qu’Armand qui se lâche la bride, osant ce qu’il n’ose pas d’habitude, jouant le rôle du mauvais garçon, de l’intrigant, du type dangereux, du mec à la cool, du bandit old-school à la classe un peu démodée, là où Armand est un honnête commerçant à la réputation presque un peu terne.

Maurice entre en lice donc, et va vite comprendre à qui il se frotte : les petites frappes ce sont Jérôme Fringant, magouilleur de bas étage et Xavier Mazini, aussi cogneur que crétin, deux jeunes pas trop futés qu’il sent à sa portée. Mais ils obéissent aux ordres de Zapetti, un parvenu-salopard au cuir déjà plus tanné, une ordure qui se la pète autant qu’il peut être vicelard. Là encore Maurice pense pouvoir faire le poids, avec un peu de chance. Mais derrière Zapetti il y a les russes, et là ça ne rigole plus, c’est du lourd, du très lourd. Maurice s’en rend compte un peu tard, et il n’a plus d’autre choix que de mener son coup de poker jusqu’au bout. En priant pour s’en sortir entier…

Voilà pour l’intrigue. On retrouve avec bonheur la verve de Chalumeau appliquée à mettre en scène des losers qui se la racontent, des mecs qui vous hypnotisent par la simple force de leur bêtise, des branques qui le sont tellement qu’ils en deviennent attachants, des magouilleurs dont le culot n'a d'égal que la cupidité, des mauvais garçons aussi méchants que ridicules, bref des pauvres types mais dans toute leur splendeur. C’est simple, pour moi, Chalumeau érige la connerie en œuvre d’art. Et j’aime, parce que ça me fait vraiment rire. Faut dire que le gars est doué : il nous décrit des types quand même assez invraisemblables mais avec une telle crédibilité que moi je mords à l’hameçon à chaque fois.

Et puis Chalumeau manie le verbe avec malice, humour et talent. S’il fallait me lancer dans des comparaisons hasardeuses, je dirais que ça ressemble à du bon Tarantino sur papier. Dans les situations, dans les personnages et dans les dialogues.

 

D’ailleurs pour illustrer ça, je ne résiste pas à l’envie de reproduire ici un extrait du bouquin. C’est une discussion entre les deux petites frappes, Fringant et Mazini, à la solde du promoteur véreux Zapetti. Juste pour vous donner une idée de ce que Chalumeau a sous le stylo.

 

« Le soir, Mazini mettait la capote de sa 307. Fringant, lui, l’aurait laissée baissée, trouvant qu’il faisait pas froid, mais c’était pas sa tire. Là, presque une heure du matin, ils roulaient en silence, jusqu’à ce que Xavier Mazini dise : Hey, t’as vu Britney.

Jérôme Fringant laissant venir.

Tu sais, Britney, elle vient d’avoir un petit Sean Preston avec Kevin.

Jérôme Fringant traduisant, pour lui-même : Britney… Sean Preston… Kevin… Britney Spears et son mari viennent d’avoir un petit garçon. Et ?

Britney, elle peut pas allaiter Sean Preston à cause des implants qu’elle s’est fait poser à dix-sept ans pour avoir ses gros nibes. Elle est désespérée, du coup. Allaiter son enfant, elle en rêvait depuis toujours.

En même temps, elle serait restée avec zéro matos, Kevin aurait moins eu envie de lui coller Sean Preston dans la boîte à bijoux. Donc moi je dis l’un dans l’autre…

Mazini considéra l’argument deux secondes avant de reprendre : En fait, l’implant doit faire obstacle entre le téton et les canaux galactophores. Du coup, pendant les montées de lait, le lait peut pas monter, justement.

Les canaux quoi ?

Galactophores. C’est là que passe le lait fabriqué par la prolactine et l’ocytocine.

Parce que t’as pris option sage-femme au bac, toi ? Je savais pas.

Non mais bon, tout ce qui a rapport aux seins des femmes, je m’intéresse.

Ça t’as raison, mon pote. Il y a pas que le cul, dans la vie. »

Voilà, tout est de ce tonneau là, avec des petites fulgurances drôlatiques qui m’ont fait me bidonner du début à la fin du bouquin quasiment. Enfin moi je suis client de ce genre d'humour et de ce style d'écriture.

Dans le genre, le personnage de Zapetti est une pointure aussi, et c'est certainement celui avec qui Laurent Chalumeau se fait le plus plaisir. Blindé de thunes, fier comme un paon, il aime en jeter et se faire mousser, sa poule de luxe faisant partie de la panoplie du connard plein aux as au même titre que la villa somptueuse, le train de vie de ministre et la bagnole qui en impose. Zapetti est du genre à se regarder dans un miroir, se trouver exceptionnel et le faire remarquer à ceux qui ne l'auraient pas félicité d'être aussi merveilleux. Il est le roi du monde, et ne s'embarrasse pas des lois ou autres petites tracasseries d'ordre moral ou éthique. Un personnage plus que propice pour développer des situations et des dialogues tordants, ce dont l'auteur ne se prive pas un instant, et c'est tant mieux.

Pour la petite histoire le bouquin a déjà été adapté au cinéma, avec un joli petit casting en tête duquel on retrouve François Berléand en Armand / Maurice, Thierry Lhermitte en Zapetti et Fred Testot en Mazini. Je l'ai vu en dvd dès que j'ai fini ma lecture et si on y trouve de bons acteurs et un humour plutôt pas trop mal rendu, on est loin, très loin du plaisir qu'on prend à lire le roman. Mon avis sur le film reste assez mitigé.

Quant au livre, moi des comme ça j'en redemande. Vous voulez vous détendre et vous marrer un bon coup ? Lisez Le Siffleur !


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