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Avant de lire les notes que je fais sur les films que je vois et les bd que je lis, sachez que dans mes commentaires il m'arrive parfois de dévoiler les histoires et les intrigues. Ceci dit pour les comics, je n'en parle que quelques mois après leur publication, ce qui laisse le temps de les lire avant de lire mes chroniques.
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25 mai 2020 1 25 /05 /mai /2020 07:52

Pour ceux qui ont un peu de mémoire, je vous ai déjà parlé de Warren Ellis sur ce blog. Parce que c'est un auteur de premier plan de comic books d'une part, et parce que j'avais adoré son tout premier roman que je vous avais chaudement recommandé ici, Artères souterraines.

 

Avec Gun Machine, Warren Ellis récidive dans le monde du polar, quatre ans après sa première incursion dans le genre. Et pour ceux qui se souviennent avoir lu ma critique de son premier roman, je m'excuse platement car il va falloir que je me répète un tantinet.

 

Warren Ellis est un auteur clairement à part. Un surdoué dans son domaine. Je ne vais pas vous refaire la liste complète de ses œuvres où vous dénicherez quelques-unes des bd américaines les plus marquantes des dernières décennies (au hasard Transmetropolitan ou The Authority), mais je vous le dis comme je le pense : ce type connaît son affaire. J'ai l'habitude de le lire quand il est scénariste de comics, mais avec son deuxième roman je commence à vraiment trouver que le britannique fou devrait plus souvent laisser libre cours à sa plume d'écrivain, parce qu'il assure bien comme il faut aussi dans le genre littéraire l'énergumène.

 

Dans Gun Machine, on démarre avec un duo de flic façon bad cop / good cop : du grand classique. John Tallow est une caricature-née du flic désabusé. Des états de service en berne, célibataire qui ne rechigne pas à s'envoyer une bouteille de whisky de temps en temps, complètement dépassé, à la ramasse physiquement depuis que les années se sont installées, il n'est pas du genre populaire au sein du NYPD. Tout le contraire de son ami et coéquipier, Jim Rosato, dynamique et alerte, aimé et respecté de tous. Sauf que c'est Jim qui se fait descendre au cours d'une intervention face à un forcené d'un immeuble délabré de Manhattan. Une bastos envoie sa cervelle repeindre le mur de la cage d'escalier. John voit rouge et vide son chargeur sur le type, défonçant au passage le mur d'un des appartements du palier. Et quand les flics inspectent l'appartement en question, c'est la stupéfaction : il y a là une multitude d'armes à feu fixées aux murs, suivant un bien étrange ordonnancement. Après analyses, toutes correspondent à des affaires de meurtres non-élucidées, certaines remontant à plus de vingt ans ! Déjà pas en odeur de sainteté auprès de sa hiérarchie, Tallow n'avait pas besoin de ça pour s'attirer la colère de ses supérieurs et l'animosité de ses collègues : non content d'être celui des deux que personne n'aime qui a survécu à la fusillade, il leur apporte une avalanche de cold cases à rouvrir avec cette découverte. C'est donc lui qui se voit chargé d'élucider les affaires liées à cette cache d'armes, avec pour seule aide deux doux-dingues de la police scientifique qu'on lui assigne. Pendant ce temps, dans les rues d'une ville quasi-organique dans sa description, erre un chasseur. Un chasseur dont l'esprit navigue entre le Manhattan moderne et le lieu tel qu'il était avant que les colons blancs ne débarquent sur cette terre amérindienne... Un chasseur qui compte bien récupérer ses armes.

 

Ce résumé du début illustre ce qui se confirme au cours de la lecture : avec son second roman, Warren Ellis reste un peu plus dans les standards du polar, alors qu'il avait proposé quelque chose de très décalé qui piochait ouvertement dans différents genres avec Artères souterraines. Mais cette image de classicisme n'est qu'un vernis, Ellis reste Ellis, et il n'est jamais plus lui-même que lorsqu'il parvient à injecter une part de (sa propre ?) folie à son récit, bien souvent par l'intermédiaire de certains personnages. Et il ne s'en prive pas dans Gun Machine, où le personnage du tueur en série (car avec ses centaines de contrats mortels remplis, je pense qu'il mérite ce titre) est un véritable psychotique de haut-vol, vivant en quasi-permanence dans l'illusion d'un environnement hybride entre modernité de la ville et retour à la nature du lieu tel qu'il existait avant que les amérindiens en soient délogés par les colons européens. Un fou dangereux, littéralement. Des personnages décalés mais dans un genre plus loufoque, on en croise également avec Bat et Scarly, les officiers de la police scientifiques qui secondent Tallow. La patte Ellis est indéniable.

 

D'ailleurs on retrouve dans ce polar bien d'autres caractéristiques qui lui sont propres et qu'on ne peut s'empêcher de relever dès lors qu'on a déjà lu un certain nombre de ses comics. Les dialogues par exemple : Warren Ellis excelle dans le domaine, il aligne les punchlines et est passé maître de la répartie à l'humour bien senti qui fait mouche. Il le prouve une fois de plus dans ce roman.

On note également des thèmes qui sont chers à l'auteur et qu'il aime à traiter d’œuvre en œuvre. Notamment ici, la ville, qu'il développe tel un personnage à part entière. Intéressant de se rappeler que Ellis a créé dès 1996 (co-créé avec Tom Raney aux crayons pour être exact) un personnage de comics* du nom de Jack Hawksmoor qui possède un lien physique avec les villes, dont il se nourrit littéralement puisqu'elles sont la source de sa force et de son agilité qu'il puise en elles.

Régulièrement aussi, Ellis insère dans ses histoires des références fouillées et très précises à l'Histoire contemporaine dont il semble féru, comme on peut par exemple s'en rendre compte aussi bien dans son précédent roman que dans celui-ci, ou encore dans des comics tels que Planetary par exemple.

 

Clairement on peut dire que Gun Machine est de facture plus classique que le roman précédent, dans ses thèmes et sa construction en tout cas, moins délirant, moins touche-à-tout, moins bordélique. Mais on conserve un ton acide, percutant, un humour bien présent, un rythme soutenu, une fluidité et une maestria dans les dialogues. Et on sent cette folie propre à l'auteur qui n'est jamais très loin, comme un carcan intangible dans lequel évoluent les personnages que développe Warren Ellis.

 

Vous l'aurez sans doute compris depuis le début de cette chronique : je conseille sans hésiter la lecture de ce roman !

* Pour ceux que ça intéresse, Jack Hawksmoor apparaît pour la première fois dans Stormwatch #37 et sera un des piliers de l'équipe The Authority par la suite dans le comics éponyme.

 

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