Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Présentation

  • : Moleskine et Moi
  • : de la Pop Culture, un peu d'actualité, pastafarismes et autres petites choses...
  • Contact

Attention !

Avant de lire les notes que je fais sur les films que je vois et les bd que je lis, sachez que dans mes commentaires il m'arrive parfois de dévoiler les histoires et les intrigues. Ceci dit pour les comics, je n'en parle que quelques mois après leur publication, ce qui laisse le temps de les lire avant de lire mes chroniques.
Bon surf !

Recherche

Série(s) en cours

16 mars 2020 1 16 /03 /mars /2020 16:03

La lecture de son premier roman, En moins bien, m’avait fait l’effet d’un double crochet gauche-droite en pleine face, me laissant désorienté et hagard après en avoir tourné la dernière page.

Son second roman, Pas mieux, suite directe du premier, m’avait encore bien plus fait valdinguer. Alors que je pensais savoir à quoi m’attendre après ma première lecture, je me suis inexplicablement fait acculer dans les cordes, et en bon sonneur de répliques qui tuent, Arnaud Le Guilcher m’a envoyé au tapis d’un uppercut surpuissant en pleine mâchoire.

Dire que ses deux premiers romans m’ont marqué est donc, vous l’aurez compris, une évidence notoire. Et dès lors, très logiquement, son nom est venu se ranger tout naturellement auprès de ceux qui me font dresser l’oreille (voire plus) à chaque annonce d’une nouveauté à paraître qui les concerne.

 

Est donc arrivé Pile entre deux, le troisième roman, par ordre de parution, d’Arnaud Le Guilcher. Évidemment, je me suis jeté dessus. Évidemment j’y ai retrouvé tout ce que j’avais tant aimé les deux premières fois, à savoir pour synthétiser : tout ce qui caractérise le talent d’écrivain de l’auteur. Et il est gâté de ce point de vue-là l’enfoiré, mais j’y reviendrai. Et comme la première fois, comme la seconde fois aussi, la troisième fois encore il a réussi à me surprendre. Je ne sais pas comment il fait, mais ça fonctionne du tonnerre sur moi. À chaque coup je me fais embarquer, mené par le bout du nez dans des contrées littéraires où le rire et la tendresse s’emmêlent jusqu’à ne plus pouvoir se séparer l’un de l’autre, à chaque fois je me bidonne et à chaque fois je me retrouve à un moment ou un autre avec la larme à l’œil tant les sentiments évoqués par l’auteur trouvent une caisse de résonance en moi…

 

Bon, je vous dresse rapidement le portrait-robot du bouquin.

 

Antoine Derien a 29 ans, il est architecte mais n’a encore jamais rien créé d’autre qu’une entreprise morte-née. Il est marié à Judith, la femme de sa vie, qui a tout pour elle. Belle comme un cœur c’est aussi une surdouée des mathématiques, et elle bosse pour une banque d’affaires qui sait mettre à profit son don pour les chiffres. Ensemble ils ont un petit garçon adorable, Louis.

Lorsqu’un jour, les péripéties s’enchaînent et les choses dérapent. Sérieusement. Alors qu’il visite son père atteint d’Alzheimer, Antoine reçoit un appel au secours de Judith. Elle a eu une altercation avec son boss, qui s’est terminée par une paire de baffes pour le PDG et un renvoi pour elle. Ni une ni deux, Antoine part la récupérer au siège de sa banque à La Défense. Pas seul : sans permis de conduire il réquisitionne Fano, un pote prof de yoga, pour l’y conduire. Les deux compères arrivent juste à temps pour tomber en pleine insurrection. Le pouvoir en place a décidé que maintenant ça suffit, que le monde de la finance a assez fait des siennes et qu’il fallait se débarrasser de tous les traders, financiers, spéculateurs et banquiers de tout poil. Ils se font donc embarquer comme tous ceux qui sont présents dans les locaux de ce haut-lieu de la finance, et sont envoyés sans autre forme de procès sur Midway Atoll, une île du Pacifique perdue à l’autre bout du monde, à quelques encablures du septième continent. Vous savez, celui fait de déchets en plastique qui flottent à la surface de l’océan… Du moins c’est là le sort des hommes, les femmes emprisonnées sont, quant à elles, reléguées à bord d’un tanker, au large de l’île. Antoine et Fano, accompagnés de Wiki dont ils ont fait la connaissance au cours du périple qui les a menés sur leur prison à ciel ouvert, vont se mettre à la recherche d’un moyen de s’évader et de retrouver Judith pendant que sur l’île les autres exilés commencent à reformer un nouvel embryon de société, avec à leur tête l’emblémat(r)ique DSQ (si ,si c’est bien lui, et non, non, DSQ, ça n’est pas une faute de frappe).

 

Bon, là, rien qu’en un paragraphe de résumé du début de l’histoire, c’est déjà riche en événements un peu barrés et en thèmes sous-jacents. Et encore, on est loin du compte, parce que je ne vous ai pas parlé d’Albator l’albatros, celui qui peut communiquer avec les hommes, de l’odyssée d’Arrowhead la bouteille d’eau minérale, de l’homme à la connaissance encyclopédique qui s’exprime comme une page wikipédia, de la Barbie sans tête, de Lothar l’otarie qui s’avère être un phoque, de la bouche et de l’oreille géantes, ni de la cytoscopie filmée en direct.

 

Tout ça est au programme de ce roman. Ah ! Je dis roman, mais en première page, sous le titre, Arnaud Le Guilcher indique en fait « Fable ». Ça m’a d’ailleurs un peu fait peur, parce que je ne suis pas un grand adepte de ce genre littéraire-là. Mais une fable signée Arnaud Le Guilcher, ça ne s’inscrit pas exactement dans le cadre habituel où on l’entend… et en effet, ça ne m’a pas empêché de tomber sous le charme de ce que je lisais.

 

Au tout début de ma lecture, soyons honnête, j’ai douté un peu. J’avais tant encore en tête les aventures du héros du diptyque En moins bien et Pas mieux que je regrettais de ne pas le retrouver dans une nouvelle suite. Et puis j’ai retrouvé en Antoine Derien, le personnage principal de Pile entre deux, l’ADN du héros Le Guilchien, le cousin pas si éloigné du père de Commmoi, le type gentil et plein de bonne volonté, un peu loser, un peu poissard, que l’état d’impuissance n’empêche pas d’agir, un type à l’humour parfois féroce mais toujours tendre, un type qui saupoudre de brins d’extravagance sa banale normalité. En bref, j’ai retrouvé tout ce qui m’avait tant plu dans les précédents romans, un héros profondément humain, drôle et un poil mélancolique.

 

C’est je crois (en fait j’en suis même sûr, parce que s’il ne s’agit que du troisième roman d’Arnaud Le Guilcher que je chronique ici, j’ai aussi déjà lu les trois suivants parus à ce jour, qui finiront bien tôt ou tard par poindre le bout de leurs pages sur ce blog) la caractéristique principale de l’écriture d’Arnaud Le Guilcher. Il nous fait marrer. Vraiment beaucoup. Et puis au détour d’une phrase, il nous émeut. Vraiment beaucoup. Et ça, bordel, sur moi ça fonctionne méchamment bien.

 

Pour illustrer ce que je viens de dire, je vais juste poser ici quelques-unes de ses lignes, et puis vous jugerez par vous-mêmes l’effet qu’elles vous feront.

 

La 4ème de couv pour commencer :

 

« L’avion s'est immédiatement mis en branle. Il a pris son élan sur la piste, puis a décollé en nous abandonnant au milieu de nulle part… Comme des clampins, on était plantés là, dans cet environnement inconnu, où on se sentait aussi à l'aise qu’un bus de culs-de-jatte égaré au mondial de la godasse. »

 

 

L’introduction (si j’ose dire) à la scène (anthologique) de la cytoscopie :

 

« Ami lecteur mâle, sache que si un jour, ça t’arrive, l’anesthésie de la bite se fait avec une noisette de gel sur le bout du bidule et que c’est tout. Une noisette et terminé. La jeune femme me badigeonne le gland en me regardant dans les yeux. Je me demande si après, je dois l’inviter au resto, vu que d’habitude, quand les filles me font ça, c’est qu’avant, on a bien cassé la croûte. Le professeur m'annonce que pour savoir précisément où se trouve le caillou, ils vont préalablement m'introduire une caméra dans le sexe. Je dis halte là. Je dis stop. Je dis que moi vivant, personne n'ira filmer dans ma bite, que la plaisanterie a trop duré et que j'exige de parler à mon avocat, ou à défaut au caméraman. Ils sont pliés en quatre, les deux cons. La jeune fille me montre un câble du diamètre d’un Bic et me dit que la caméra ce n’est que ça. Que ça. Que ça… Pardon, mais sans sous-estimer la taille de mon engin, un Bic dedans, je vois pas bien comment ça passe. Elle me dit de respirer fort et que l’opération commence. »

 

 

La douleur d’un fils…

 

« Je dis à Fano que mon père est mort et je ne réalise pas. Pour moi, il est parti, il y a longtemps déjà. Pour un homme qui a consacré sa vie à la mémoire des peuples, perdre la sienne, c’était déjà mourir.
Je pense : « La vie continue. »
« La vie continue », c’est pas le genre de connerie qu’on dit quand elle s’arrête ?
Avec mon pote, on est assis par terre, côte à côte, et on regarde le vide. Je mesure que mon père fait désormais partie de cette immensité creuse.
Mon père est mort…
Mort…
En acceptant cette idée, mon âme se fend de bas en haut. Je suis tranché par la moitié en deux parts égales.
Cœur tranché. Cerveau, ventre, tranchés… Bras. Jambes. Torse… Dans ce néant apparu au milieu de mon corps, se cache l’amour que je n’ai jamais osé lui porter. Se cachent aussi des fleuves de chagrin que je me surprends à laisser couler sur mes joues. Mon père vivait au creux de moi. Il suffisait que sa disparition me pulvérise pour qu’il en jaillisse. »

 

 

La description du personnage de Donatien Saint-Quentin, le fameux DSQ :

 

« On lui promettait un avenir présidentiel.
L’avenir n’a pas voulu de lui.
Unanimement reconnu pour la pertinence de ses analyses, on ne lui connaissait qu’un inconvénient : nul n’avait trouvé à ce jour un moyen de lui péter le frein. Partouzard émérite, goleador de la braguette, propriétaire de dix-huit coffres planqués à la banque du sperme, il avait la réputation de tomber dans le panneau, dès lors que le panneau sentait un peu le tourteau... 
»

 

 

À l’invitation de Fano, prof de yoga :

 

« Les tatamis de mes amis sont mes tatamis. »

 

 

Et quand la mélancolie gagne :

 

« On lutte toute sa vie contre la mélancolie et puis un jour elle finit par gagner. Je suis secoué par une crise de sanglots et je n’ai aucune envie de la contenir.
À quoi bon ? Pour qui porter un masque ?
Je n’ai pas enterré mon père, je ne me souviens pas des funérailles de ma mère. Je suis un orphelin. Je suis papa. Je suis un type tout juste bon à dire adieu n’importe comment à ses proches ou à vivre séparé de ses amours.
Je suis encerclé par mes fantômes.
Cette vie est mon tombeau.
Qui fermera mon couvercle ? 
»

 

 

Voilà, j’arrête là les citations parce qu’en vrai, j’en ai encore des tonneaux à déverser sinon.

Normalement, ça devrait suffire à vous donner une bonne idée du contenu de ce livre. Et normalement aussi, si dans la vraie vie on se connaît et qu’on s’apprécie, ça devrait vous suffire pour, comme moi, vous jeter sur Pile entre deux. Comme sur tout ce qui a été édité et signé par Arnaud Le Guilcher.

Ou alors ça voudrait dire que j’ai des gros lourdauds insensibles parmi mes amis. Ce qui n’est évidemment pas envisageable.

 

En un mot comme en cent : lisez Pile entre deux !!!

 

Partager cet article

Repost0

commentaires