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Avant de lire les notes que je fais sur les films que je vois et les bd que je lis, sachez que dans mes commentaires il m'arrive parfois de dévoiler les histoires et les intrigues. Ceci dit pour les comics, je n'en parle que quelques mois après leur publication, ce qui laisse le temps de les lire avant de lire mes chroniques.
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21 février 2011 1 21 /02 /février /2011 08:37

Il se pourrait bien que prochainement ce blog prenne une coloration plus cinématographique… en effet je lis moins vite que je ne regarde des films. Certes ça fait un moment que je ne suis pas allé au cinéma, mais en ce moment ça y va à la manœuvre entre dvd, bluray, Canal+ : je vois plein de trucs, et pas mal d’intéressants en plus. Ça plus le fait que j’essaie de lire un peu plus de bd aussi, ça me donne moins de temps pour les romans. Les vases communicants quoi.

Enfin bon bref, aujourd’hui : The Losers. En plus ça fera d’un article deux thèmes puisque c’est (encore) une adaptation d’un comic de chez Vertigo (la branche indépendante / adulte de DC Comics).

286 losers equipe2
J’avais entendu l’annonce de sa version ciné il y a plus d’un an, puis les premiers teasers sont apparus sur le net, et ça laissait présager d’un petit film d’action sympa. Ayant lu entre temps les deux premiers tomes sortis en Big Books chez Panini (le troisième et dernier sort en mars 2011 d’ailleurs) je me disais que ça pourrait le faire sur grand écran.
Alors j’attends la date officielle de sortie et puis rien. Je me dis « bah, ce genre de film ferait un très bon film d’action à sortir en été, c’est sûrement pour ça que les distributeurs attendent encore un peu ». L’été arrive et toujours rien. Enfin non pas exactement rien, puisque sort à cette période une autre adaptation, celle de L’Agence Tous Risques. Dont le scénario de départ est très proche de celui des Losers (du moins c’est ce que j’ai cru comprendre, n’ayant pas encore vu L’Agence Tous Risques pour l’instant). Dès lors pas de mystère : deux films au sujet très proche, l’un qui adapte une série à succès des années 80, l’autre un comic sorti confidentiellement en France. On sait d’avance lequel va s’effacer devant l’autre. C’est donc un peu dépité que j’ai attendu la sortie en Bluray des Losers pour pouvoir enfin le voir.

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Le comic d’origine, écrit par Andy Diggle et dessiné par Jock est franchement réussi. Il met en scène une équipe de soldats d’élite des forces spéciales qui interviennent en sous-main pour le compte de la CIA à l’étranger. Des mercenaires oui, mais pas n’importe lesquels. Des gars qui ont une morale, un sens de l’honneur et de la jugeote. Pas des barbouzes de bas niveau. Pourtant ils vont être envoyés sur une mission qui va mal tourner, et au cours de laquelle l’agence, sous l’influence d’un énigmatique commanditaire qui répond au nom de Max, va tenter de se débarrasser d’eux. Passant pour morts, c’est en ménageant l’effet de surprise que l’équipe des Losers va partir en guerre contre son ancien employeur. Pour rétablir leur honneur et régler les comptes qui restent non-soldés…


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Le film reprend en gros la même trame. Les personnages sont tous bien là. Il y a Clay (Jeffrey Dean Morgan) le chef, Roque (Idris Elba) son bras droit, Pooch (Columbus Short) expert en armes et pilote tête-brûlée, Jensen (Chris Evans) petit génie de l’informatique et de l’intrusion et Cougar (Oscar Jaenada) le tireur d’élite du groupe. Le groupe de mercenaires va trouver en la très belle et très fatale Aisha (Zoe Saldana) une alliée de charme et de choc. Et côté méchant c’est Jason Patric qui interprète un Max tout en froideur dans la folie et la mégalomanie.

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C’est un certain Sylvain White qui réalise, à ma connaissance le type n’a rien de fait de bien transcendant avant ça si j’en crois sa filmographie. Pour autant le film n’est pas mal du tout. Pas trop original certes, vu qu’on sent bien les influences esthétiques et techniques du réalisateur. De belles images assez flashy dans l’ensemble, des mouvements de caméra, des ralentis, des effets qui rappellent tantôt le Watchmen de Zach Snyder tantôt le Wanted de Timur Bekmambetov… le tout servi sur un tempo assez soutenu et moult effets spéciaux et pyrotechniques. Autrement dit si c’est un film d’action bien troussé qu’on est venu voir on en a pour son argent même si il est vrai, ça ne va pas chercher non plus beaucoup plus loin. Le réalisateur ne fait pas dans la grande originalité, mais c’est efficace et plaisant à regarder.
Certaines scènes sont repiquées quasiment telles quelles sur le comic book d’origine, je pense particulièrement à celle, qui plus est très réussie d’ailleurs, où Jensen va voler en duo avec Cougar des données informatiques dans un building très surveillé. Chouette idée et chouette résultat en images, fun et original.

La scène du "pouvoir télékinésique" version comic, puis version ciné :
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Les acteurs quant à eux semblent bien s’amuser et se lâchent, certains en font même des tonnes dans leurs registres respectifs : le cinglé bien cruel et propre sur lui ? Jason Patric. Le ténébreux mal rasé mais bien sapé qui emballe l’air de rien ? Jeffrey Dean Morgan (qui jouait déjà le beau gosse dans Grey’s Anatomy et le gros dur dans Watchmen). La grande gueule avec un sourire plein de dents et des bons mots toutes les deux phrases ? Chris Evans (qui a visiblement déjà commencé à prendre du muscle pour son futur rôle de Captain America). Le latino énigmatique qui ne dit jamais rien mais qui a un œil de lynx ? Oscar Jaenada (que je n’avais jamais vu ailleurs auparavant). La bombasse qui tabasse autant qu’elle aguiche ? Zoe Saldana (qu’on a pris l’habitude de voir en bleu dans Avatar, et qui est vachement mieux au naturel).

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Bref, les personnages sont typés, voire archétypés même, mais dans le feu de l’action ça passe. On sait de suite à qui on a à faire dès le premier coup d’œil, pas la peine de s’attendre à des grandes analyses psychologiques des uns et des autres. C’est certainement le vrai handicap du film si on le compare au comic. Tout y a été largement simplifié, les personnages et leurs motivations (Aisha et Max en tête), et l’intrigue évidemment (développée dans le comic sur trois volumineux tomes et agrémentée de flashbacks qui aident à mieux cerner certains personnages). C’est le lot de bien des adaptations, The Losers n’y échappe pas, loin de là.

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Bon, je ne vais pas jouer au bonimenteur, The Losers version cinéma, ce n’est pas le film de l’année. C’est même certainement un film de genre parmi tant d’autres, qui peine un peu à se démarquer. N’empêche que ce n’est pas un mauvais film du tout, et qu’il se regarde même avec un certain plaisir, en tout cas moi je l’ai pris comme ça. Et un film d’action efficace, ça n’est pas forcément aussi courant qu’on le croit, alors c’est déjà ça de pris.
Mais que ça ne vous empêche pas de lire le comic de Diggle et Jock, il gagne a être connu lui aussi !

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10 février 2011 4 10 /02 /février /2011 07:41

Un film d’action avec Bruce Willis, moi j’ai toujours un a priori positif. Depuis John McClane, j’ai tendance à faire confiance au bonhomme dans ce type de rôles. Ce qui ne m’a pas toujours valu que des bonnes surprises notez bien, mais voilà c’est comme ça.
Une adaptation cinématographique d’un comic-book, ça éveille toujours chez moi si ce n’est de l’intérêt, au minimum de la curiosité.
Donc forcément, une adaptation d’un comic, donnant fortement dans l’action, et avec Bruce Willis dans le rôle principal, voilà une conjoncture d’arguments qui me poussent à jeter un œil à la chose. Je suis donc allé voir Red, assez confiant, curieux de voir comment le comic d’origine, plutôt du genre hard-boiled, allait être transbahuté sur grand écran.

285 red franck sarah
Alors en terme d’adaptation, oubliez. Les scénaristes ont gardé le pitch de départ, et ont changé tout le reste : l’action, les personnages et le ton n’appartiennent qu’au film. En dehors du crâne chauve de Bruce Willis, vous ne retrouverez rien de commun à ce que vous pourrez lire dans le comic écrit par Warren Ellis (un des tous meilleurs scénaristes de comics de ces 15 dernières années) et dessiné par Cully Hamner (au style assez punchy quoiqu’un peu trop minimaliste par moment –à mon humble avis). Dans Red version comics, Paul Moses est un agent de la CIA à la retraite, sans vie sociale ni familiale, à la limite de l’ermite, dont l’agence décide de se débarrasser (de façon définitive) et qui va rendre coup pour coup, bien décidé à ne pas être le chassé mais le chasseur… C’est froid, violent, brutal, sombre. De l’action pur jus et très premier degré. Pas mal d’ailleurs, quoiqu’un peu court j’ai trouvé. Efficace mais un poil léger par rapport à ce que Warren Ellis est capable de produire par ailleurs.

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Dans Red version cinéma, Franck (exit Paul) Moses (Bruce Willis) est un agent de la CIA à la retraite. Habitué à la solitude et à la discrétion, il fait tout ce qu’il peut pour ne pas éveiller l’attention des gens et son seul lien social consiste en des coups de fils réguliers à Sarah (Mary-Louise Parker), agent de sa caisse d’allocation retraite, avec qui il a développé une étrange amitié-flirt téléphonique. Quand une équipe de tueurs tente de l’éliminer, Franck comprend qu’on cherche à se débarrasser de lui en haut-lieu et passe à l’action. En récupérant sous son aile Sarah qu’il sait en danger à cause de leur relation virtuelle, puis en cherchant de l’aide auprès d’anciens coéquipiers : Joe Matheson (Morgan Freeman) qui attend de mourir de son cancer en maison de retraite, Marvin Boggs (John Malkovich) un sociopathe totalement parano qui vit en reclus persuadé que tout le monde lui en veut et Victoria (Helen Mirren) qui sous ses dehors bien rangés continue à exercer ici et là quelques menus contrats pour garder la forme. L’équipe de retraités aura fort à faire pour se dépêtrer de leurs ennuis, l’agent spécial William Cooper (Karl Urban), jeune, ambitieux et très efficace ne leur rendant pas la vie facile…

285 red cooper
Le tout est traité sur un ton très humoristique (ce qui n’empêche pas de belles scènes d’action) comme le souligne déjà sur l’affiche le sous titre Retraités Extrêmement Dangereux, dont Red est l’acronyme. Les vieux de la vieille vont redoubler de roublardise, de bons mots et d’astuces à la papa pour en remontrer à la nouvelle génération d’agents spéciaux.
Si on accepte l’idée que le comic d’origine ne sert donc que de prête nom et de pitch minimaliste de départ, force est de constater qu’on se retrouve là face à une très bonne comédie d’action qui a plus d’un atout dans son jeu.

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D’abord vous l’aurez constaté par vous même, le casting a de la gueule ! et encore je n’ai pas cité Brian Cox dans le rôle d’un agent russe de la vieille école, Richard Dreyfuss (mon acteur favori entre tous, il faudra un jour que je ponde un article à son sujet tiens) qui joue une pourriture de première, ou encore Julian McMahon et l’éternel Ernest Borgnine. N’en jetez plus la cour est pleine. Rien que pour la brochette de très bons comédiens, le film en vaut la peine. D’autant qu’ils ont l’air de se plaire dans leurs rôles et jouent visiblement en se faisant plaisir. Cox, Malkovich et Dreyfuss semblant même se lancer dans un véritable concours de cabotinage, mais dans le bon sens : ce sera à celui qui en fera le plus sans se décrédibiliser. Et je donne Malkovich gagnant d’une courte tête devant Cox et Dreyfuss au temps de présence moindre. Et puis je craque sur Mary-Louise Parker (je ne peux que dire le plus grand bien de sa série Weeds) : drôle, belle, fraîche, tonique. Je valide. D’ailleurs s’ils en font des doubles j’en prendrais bien une pour moi tiens.
Ensuite la mise en scène de Robert Schwentke (qui ça ? ah ça vous l’a fait aussi … alors j’ai cherché pour vous, on lui doit Flight Plan avec Jodie Foster -pas vu- et il a également officié sur la série Lie To Me -pas vu non plus) sait mettre en avant le jeu d’acteurs, reste tout à fait lisible dès qu’on passe à l’action et ménage un rythme agréable tout du long du métrage. Bref sans faire d’étincelles la réalisation est efficace. Efficacité doublée grâce à un scénario original et décontracté et des comédiens au diapason.

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Voilà, je ne sais pas trop quoi ajouter à cela, ça parle tout seul. Sans casser des briques, alors que je ne m’attendais pas du tout à ce que j’ai vu sur grand écran, un adjectif me vient tout naturellement pour qualifier ce film : bien sympa. Alors tant pis pour le détournement du matériau de base (qui n’a rien d’un comic d’une qualité extraordinaire non plus, faut bien le reconnaître), devant Red on se marre bien et on passe un bon moment de détente.

285 red aff

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7 février 2011 1 07 /02 /février /2011 11:46

Dernier de ma sélection de romans de l’été dernier (je sais, je sais, j’en parle au mois de février, je ne suis pas super en avance)(mais mieux vaut tard que jamais non ?), La Maladie de Sachs de Martin Winckler n’est pas le moindre, et il m’a fait passer un excellent moment de lecture.

Martin Winckler, c’est un auteur dont j’avais hâte de lire un roman. Ça faisait bien longtemps déjà que j’avais hâte hein, mais moi quand j’ai hâte ça ne m’empêche pas de prendre mon temps… Je crois que mon premier contact avec Winckler s’est fait par l’adaptation cinématographique de La Maladie de Sachs justement. Film dans lequel Albert Dupontel tient le rôle principal et que je n’avais malheureusement vu que partiellement il y a fort longtemps (ça doit facilement remonter à une petite dizaine d’années…). Mais ça m’avait suffisamment intrigué pour le noter dans un coin de mon esprit dans la case « à approfondir », pêle-mêle avec une bonne centaine d’autres trucs divers et variés. D’ailleurs depuis lors je n’ai jamais réussi à revoir ce film, et je n’ai jamais réussi à mettre la main dessus en dvd… Quelques temps plus tard, j’ai « refait » connaissance avec Martin Winckler alors qu’il proposait une chronique quotidienne le matin sur France Inter. Comme son heure de diffusion tombait pile poil pendant mon trajet du matin pour aller au boulot, je ne ratais aucun de ses billets radiophoniques passionnants. Et je me souviens parfaitement m’être dit en l’écoutant « faut vraiment que je lise un roman de ce type ». C’était en 2003. Il s’est fait virer comme un malpropre au bout d’une saison, pour avoir un peu trop égratigné à l’antenne quelques lobbies pharmaceutiques français… Mais le gars Winckler est un touche-à-tout avec lequel je partage plusieurs passions. Au départ Martin Winckler, de son vrai nom Marc Zaffran, est médecin généraliste. Mais c’est aussi un passionné de comics et de séries télévisées, c’est ainsi que je suis tombé sur son bouquin Super-Héros, où il traite de sa passion pour les encapés américains. Je l’ai d’ailleurs retrouvé encore plus tard dans Comic Box (excellent magazine bimestriel français consacré aux comics) où il rédige une chronique sur son amour de la bande dessinée. Et puis pour ceux qui sont un peu curieux, vous aurez peut-être remarqué que depuis que je tiens ce blog, il y a un lien qui pointe vers son site parmi les quelques adresses que je vous invite à visiter…
C’est donc en 2009 que j’achète (déjà…) le roman La Maladie de Sachs (Winckler en a écrit plusieurs depuis, mais je tenais à lire celui-ci en premier). Et voilà, fin août 2010, je lis enfin La Maladie de Sachs. Tout vient à point…

Après cette longue introduction totalement inutile mais qui aura permis de mettre en lumière le fait que je sois parfois long, très long, à la détente, je vais essayer de vous causer du bouquin quand même !
Parce qu’il est bon en plus de ça. Souvent après une trop longue attente, la déception l’emporte sur les promesses de satisfaction… on en attend trop et forcément on est un peu déçu.
Eh bien là non, pas du tout. Pour plusieurs raisons. D’abord parce que je ne savais pas vraiment à quoi m’attendre, donc je n’avais pas d’idée préconçue sur ce que j’allais lire. Ensuite parce que même sans idée préconçue au sujet de son livre, l’auteur a su me surprendre ! Paradoxal non ? Aussi bien sur la forme que sur le fond, l’histoire du docteur Sachs m’a pris par surprise, étonné, et finalement séduit.

Ici, pas d’intrigue rocambolesque, pas de suspense haletant, aucune énigme à résoudre et rien qui ne vous pousse à tourner les pages fébrilement pour enfin connaître la réponse à une question centrale… Non, rien de tout cela. À la place, il s’agit d’une chronique de la vie quotidienne d’un jeune médecin généraliste qui ouvre un cabinet de consultations au fin fond d’une région rurale pas du tout glamour… On le suit dans ses visites à domiciles, dans ses rendez-vous à son cabinet, dans ses interventions en urgence, dans ses permanences de week-end, dans ses tours de garde bénévoles à l’hôpital… De patient en patient, on découvre des mal-être, des douleurs physiques mais aussi psychologiques et morales, des petits bobos ou de graves maladies, des souffrances muettes et des hypocondries fatigantes. On voit de tout, de l’insignifiant au tragique, et le tout forme un univers d’une diversité et d’une cohérence bluffantes. Le monde vu par Bruno Sachs est étonnant : sous les aspects d’une banalité terne, la vie se révèle sous le prisme de son regard d’une complexité et d’une richesse passionnantes. Car le petit mal de tête et le cancer sont traités avec le même professionnalisme, et surtout avec le même intérêt et humanisme de la part du docteur Sachs… à ses yeux ils revêtent le même habit qui donne tout son sens à sa vocation : l’obligation morale de soigner, et sinon de guérir au moins de soulager. Bruno Sachs n’est pas un médecin banal. Il s’intéresse avant tout aux gens, pas aux maladies. Ses patients sont avant toute chose des êtres humains, pas uniquement des malades. Et ça change tout dans les rapports soignant-soignés.

Toutes ces choses, on les comprend au fur et à mesure de la lecture. Martin Winckler instaure une ambiance inattendue : on pourrait croire qu’on va s’ennuyer à lire les petites lamentations des gens qui viennent se faire soigner chez le docteur Sachs, mais en fait il n’en est rien. D’autant que pour rythmer le tout, l’auteur a recours à un procédé que je n’avais jusqu’alors encore jamais vu dans un roman. Bon ok c’est pas comme si j’avais lu toute la bibliothèque d’Alexandrie mais bon, quand même. La majeure partie du livre est écrite à la seconde personne du singulier. Autrement dit la narration se fait de façon multiple et indirecte. Je m’explique. Le personnage principal est Bruno Sachs. Le narrateur n’est jamais Bruno Sachs. C’est toujours son interlocuteur (et donc très souvent, son patient du moment) qui parle. Et qui décrit les actes et les paroles du docteur en le désignant par « Tu ». De fait, Winckler procède par de courts chapitres (une à quelques pages), dont le titre est généralement le nom du narrateur, qui raconte une scène ou un moment de la vie du médecin vu par les yeux de quelqu’un d’autre. C’est assez déconcertant au départ, mais on se prend vite au jeu, et visiblement l’auteur s’en amuse également, jonglant entre les personnalités et passant d’un point de vue à un autre avec pertinence et habileté.

Tiens, je disais plus haut « pas de question centrale » mais en fait c’est faux. Plus on avance dans le récit, plus on en apprend sur le docteur Sachs (qui se découvre pudiquement, par ses rapports aux autres), plus on voit poindre son malaise. Il écoute, conseille, soigne, aide, soutient les gens au quotidien. Et on a le sentiment que tout le poids dont il soulage les autres, pèse sur ses épaules à lui, le déséquilibrant et le mettant en danger. On sent naître de la fatigue, du découragement parfois, de la lassitude. Et tout au long du roman on ne peut s’empêcher de se demander : tiendra-t-il ?

Alors je ne vais pas tergiverser et monologuer plus longtemps. Je ne peux que vous conseiller la lecture de ce très intéressant roman (et qui prend le temps de se lire, la version poche compte 660 pages environ). Vraiment, La Maladie de Sachs est un très bon bouquin, passionnant, marquant, innovant, remarquablement écrit, plein de sensibilité (et je n’ai pas dit sensiblerie, la nuance est de taille) et d’humanité. Martin Winckler est décidément, cette fois j’en suis sûr et certain, un auteur « à approfondir ».

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31 janvier 2011 1 31 /01 /janvier /2011 08:22

Voilà un film à l’origine pas banale.
Il y a quelques années, Quentin Tarantino et Robert Rodriguez s’étaient acoquinés pour produire Grindhouse : l’association de deux longs métrages (Planète Terreur  plutôt réussi par Rodriguez et Boulevard de la Mort, certainement le film le plus mollasson de Tarantino). Entre les deux (en France les deux films – assez courts - sont sortis individuellement, alors qu’au départ le concept était d’en faire une seule et même séance), il y avait également de « fausses bandes annonces » sous forme de bons gros délires, dont celle mettant en scène un Danny Trejo survolté dans un rôle tout à sa mesure : Machete. Autant dire que ça découpait sévère.
Pour être parfaitement honnête, de tout le programme Grindhouse, la BA de Machete était certainement ce qu’on pouvait y trouver de plus enthousiasmant et de plus pêchu. Ce qui n’échappa pas à Robert Rodriguez, qui devant l’engouement des spectateurs s’est mis en tête d’en faire un vrai film de cette fausse bande annonce. Et quelques années plus tard, voici donc Machete

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Le dit Machete (Danny Trejo donc, une des gueules les plus burinées et cassées des séries B américaines de ces quinze dernières années) est un agent fédéral du Mexique. Si si, sans déconner. Je sais, ça se devine pas au premier coup d'oeil... Sa réputation est celle d’un incorruptible et surtout d’un flic sans pitié. Il se retrouve souvent seul contre les truands mais aussi les flics ripoux de son entourage. En s’attaquant au parrain local Torrez (Steven Seagal) il va tout perdre, le mafieux le laissant pour mort après avoir tué sa femme. Quelques années plus tard (ne demandez pas comment ni pourquoi, ça fait partie des mystères scénaristiques du film) il se retrouve au Texas, où il est embarqué dans une sombre affaire d’assassinat politique dont la victime n’est autre que le sénateur  McLaughlin (Robert De Niro). Le prenant pour le bouc émissaire idéal, les commanditaires de cette arnaque ne savent pas à qui ils ont à faire ! Machete va reprendre du service pour prouver son innocence et faire payer les vrais coupables, naviguant entre les ordures de la pire espèce, depuis le roublard Benz (Jeff Fahey) jusqu’à l’inquiétant garde frontière Stillman (Don Johnson), tout en ayant la police de l’immigration sur le dos en la personne de la belle Sartana (Jessica Alba). Mais Machete a aussi des alliés, dont son propre frère (ça tombe bien, il crèche à côté si j'ose dire) qui est un Padre pas banal (Cheech Marin) et la sexy révolutionnaire Luz (Michelle Rodiguez) une sorte de Che au féminin (qui en plus tient une barraque à frites, le bonheur des yeux et de l'estomac en quelque sorte) …

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Bon disons-le simplement, c’est du grand n’importe quoi, du début à la fin. Personnages ultra-caricaturaux, situations rocambolesques, péripéties improbables, motivations nébuleuses, Rodriguez passe en revue tous ses fantasmes de gamin décérébré et les mets en images pour son plus grand plaisir. Alors dans le tas il y a de bonnes choses. Le Padre adepte des armes et du chichon façon barreau de chaise, c’est fendard. Les coups de machette qui découpent bras et têtes dans une belle chorégraphie bourrine, c’est sympatoche. Revoir enfin sur grand écran Steven Seagal alias Saumon Agile dans un rôle de gros, pardon, grand méchant qui s’écoute causer ça fait partie des bonnes surprises du film. Et puis Machete juché sur sa Harley, projeté dans les airs sous l’effet d’une énorme explosion tout en canardant joyeusement ses ennemis de sa grosse pétoire, ou encore Machete dans une piscine avec deux bonnasses (en l’occurrence la fille et la femme de Benz, Lindsay Lohan et Alicia Rachel Marek) totalement nues qui en veulent à sa puissante virilité, sont deux scènes totalement icôniques et cultes dans lesquelles cette vieille trogne de Danny Trejo prend visiblement son pied et qui justifieraient presque à elles seules tout le reste du film.

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Mais bon voilà, tout ça manque cruellement d’intérêt et de liant. C’est bien plus que de la série B, on nage en plein Z, en plein nanard, chose qui soit dit en passant est parfaitement recherchée et revendiquée comme telle par le réalisateur et les acteurs. Ce qui est plutôt louable en fait, en tout cas pour moi ça part clairement d’un bon sentiment ! j’ai toujours été un grand sensible à toutes ces zèderies qui mélangent allègrement humour limite et action à gogo (quel bon goût j’ai, n’est-ce pas ?). Sauf que là où ça me dérange pour ce film précisément, c’est qu’on sent que le truc est bourré de thunes, déborde d’effets spéciaux qui coûtent la peau des roubignolles, bref que le film est tout sauf fauché. Or, ce qui fait aussi le charme de ces zèderies sans nom la plupart du temps, c’est qu’on sent que c’est fait avec l’énergie du désespoir, la débrouille du type qui n’a rien d’autre qu’un fumigène et deux pétards pour montrer une explosion nucléaire, l’amour du genre qui fait que le réalisateur préfèrera se sectionner une couille plutôt que de couper une scène pourrave mais à laquelle il croit. Enfin à mes yeux hein.

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Et c’est là que ça coince avec Machete. Machete c’est le jouet d’un enfant gâté du cinéma à qui on a dit « lâche-toi, dépense tout et fais nous marrer » et qui du coup se sent contraint à une obligation de résultat. D’où un palpable manque… d’âme, bien que quelques bonnes idées et scènes réussies parviennent ça et là à donner le change. Et ça se sent même avec les stars qui viennent cabotiner, De Niro et Don Johnson en tête : on dirait qu’elles n’attendaient que ça, qu’un réalisateur leur file un truc bien trash où ils pourraient péter un câble en direct et un peu sortir de leur image figée de star intronisée de Hollywood. Sauf que du trash sur commande c’est un peu comme le Canada Dry, ça a le goût, ça a la couleur… mais c’est pas du vrai trash. Tiens ça me fait penser, ça existe encore le Canada Dry ?


283 machete aff

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23 décembre 2010 4 23 /12 /décembre /2010 14:40

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(image issue de Amazing Spider-Man # 615, par Fred Van Lente au scénario et l'excellent Javier Pulido aux dessins)

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13 décembre 2010 1 13 /12 /décembre /2010 16:45

Voilà bien longtemps que je n’ai pas causé de séries télé ici ! Pourtant j’en suis toujours et encore un gros consommateur. La dernière dont j’ai parlé sur ce blog a été Six Feet Under qui est et reste mon mètre étalon en la matière. L’insurpassable, l’inégalable, l’inimitable Six Feet Under. Cela n’empêche pas que depuis j’ai pu voir et apprécier beaucoup, beaucoup de très bonnes séries, d’excellentes même, et qu’il serait temps que j’en fasse un peu l’article ici. Alors pour commencer j’ai choisi de parler de Boston Justice (Boston Legal en VO).

281 boston justice casting
S’inscrivant dans la longue liste des séries dites « judiciaires » (il s’agit même d’un spin-off d’une autre série, The Practice, et son créateur est également à l’origine de Ally McBeal, deux séries que je n’ai jamais vues pour ma part,), Boston Justice n’a pourtant rien de classique dans le genre. Certes la série prend place au sein du prestigieux cabinet d’avocats Crane, Poole & Schmidt, l’un des plus classieux de Boston et de tout l’État du Massachusets, mais les personnages, le ton employé et les trames scénaristiques sortent franchement des sentiers battus.

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Égocentrique, cynique, désabusé, roublard, brillant et outrancier, le personnage principal se nomme Alan Shore, et est interprété par un James Spader transfiguré aussi bien dans le physique que dans le comportement et les manières. Shore est d’un abord détestable, mais se révèlera tout au long des saisons d’une humanité rare et d’une sensibilité aussi fine que son exceptionnelle intelligence. Pour moi, Alan Shore est entré en quelques épisodes seulement dans mon panthéon des personnages de série les plus marquants.

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L’autre personnage principal, c’est Denny Crane (William Shatner, complètement halluciné et hallucinant), associé principal et membre fondateur du cabinet. Denny a plus de 6000 victoires au compteur, zéro défaite à son actif. Denny Crane est une légende du barreau, et son activité principale est de le rappeler à tout le monde. Car de tout son vocabulaire, les mots « Denny Crane » sont ceux qu’il répète le plus souvent. Par pur plaisir, même juste pour la sonorité de la chose. En dehors de lui-même, il voue également une passion sans limite pour les femmes (le terme « obsédé sexuel » est bien trop faible en ce qui le concerne) et les armes à feu. Cherry on the cake, Denny est atteint selon lui d’un début de maladie de la vache folle, ce qui lui occasionne quelques troubles de la mémoire cocasses, mais lui donne surtout une excuse imparable pour faire tout ce que bon lui semble. En particulier lorsqu’il s’agit de ses relations avec les femmes.

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Alan et Denny deviennent rapidement les meilleurs amis du monde (et croyez-moi ils poussent le concept trèèèès loin, en témoignent les tous derniers épisodes de l’ultime saison) malgré ce qui les oppose. Car idéologiquement – le sexisme qui les rapproche mis à part – ils sont radicalement opposés. Alan est un démocrate idéaliste, Denny un républicain pur jus. L’un fustige l’administration Bush à la moindre occasion, l’autre se trimballe avec autant d’armes qu’il peut et milite pour la peine de mort. Pourtant les deux hommes s’adorent, et leurs échanges donnent lieu à des discussions mi-humoristiques mi-philosophiques savoureuses en chaque fin d’épisode (c’est un des gimmicks de la série : presque tous les épisodes se terminent par la même scène : Denny et Alan sur la terrasse de leur bureau, devisant de la vie, un verre de whisky dans une main et un cigare dans l’autre).

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Autour de ces deux énergumènes gravitent tout un tas de personnages, plus ou moins récurrents au gré des saisons. À noter tout particulièrement Jerry Espenson (interprété par Christian Clemenson), un avocat atteint du syndrome d’Asperger ce qui le fait garder ses mains constamment collées sur son pantalon (d’où son sobriquet : La Main), sautiller tel un gamin quand il est heureux ou encore émettre toute une gamme de sons bizarres selon son humeur (un bop pour content, deux bop et un ronronnement pour très content). Évidemment avec une telle « particularité » le personnage de Jerry va être au centre de pas mal de scènes décalées et hilarantes, toujours à la limite du burlesque mais jamais ridicule.

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Parmi les innombrables personnages secondaires, on trouve la très blonde et très belle Denise Bauer (Julie Bowen, qu’on peut aussi admirer dans la saison 4 de Weeds), le playboy un peu boy scout et tête à claque Brad Chase (Mark Valley, actuellement dans le rôle de Christopher Chance dans Human Target), les bombesques Tara Wilson (Rhona Mitra) et Lorraine Weller (Saffron Burrows), la très classe Shirley Schmidt (Candice Bergen) ainsi que sa real life doll, l’insupportable Melvin Palmer (Christopher Rich au sourire ultra-brite made in America) ou encore une paire de juges (les juges Brown et Sanders, respectivement joués par Henry Gibson et Shelley Berman) absolument hilarants et qui sont des cibles toutes désignées pour l’intrépide Alan Shore. Et puis il y a aussi des guest-stars qui feront des apparitions le temps de quelques épisodes, notamment le toujours impeccable Tom Selleck et un très touchant Michael J. Fox parmi d’autres…

281 boston justice denise bauer
Honnêtement, les tous premiers épisodes que j’ai vus m’ont laissé un peu perplexe. Bon d’abord je précise que j’ai vu l’intégralité en dvd, ce qui m’aura évité les programmations chaotiques façon TF1. À première vue j’ai été un peu étonné devant certains choix de mise en scène et de montage. Un look très propre, stylisé, un montage par moment clipesque à la MTV (jingles musicaux, ralentis/accélérés en images saccadées, cadrages particuliers) qui donnent un air de modernité presque décalé pour une série judiciaire. Et puis au début j’ai été franchement dérouté par Spader et Shatner. Oubliez le frêle et effacé Spader de Sexe, Mensonges et Vidéo. Ainsi que le capitaine Kirk qui se promène en pyjama stellaire moule-burnes à longueur d’épisodes de Star Trek. À la place vous avez un couple de pourceaux libidineux qui se font un concours de bons mots et de goujateries. Franchement, je n’ai jamais aimé William Shatner. Je me suis toujours demandé par quel miracle il avait réussi à devenir une star du petit écran, pour moi il avait autant de charisme qu’un pot de chambre, le sourire niais en plus. Star Trek m’a toujours laissé froid (non, même pas honte), quant à Hooker c’est bien simple : rares sont les séries de flics plus mauvaises que celle-ci à mes yeux.

Mais dans Boston Justice… William Shatner dans le rôle excentrique de Denny Crane est juste époustouflant. Il en fait des tonnes et cette exagération pose le personnage d’une façon finalement très réussie. De déclarations poilantes à la sortie du tribunal en tribulations de toutes sortes (pour vous situer le pet au casque du zozo, Denny va pêle-mêle réussir à se faire inculper pour avoir tiré à bout portant sur un SDF qui lui demandait de l’argent, pour racolage actif dans des toilettes publiques, pour attentat à la pudeur, pour propos sexistes… j’en passe et des meilleures), Shatner impose son personnage en jouant à fond l’auto-parodie (clins d’œil au passage à son rôle légendaire de capitaine Kirk) et en faisant preuve d’un sens de l’auto-dérision sans faille. Je détestais William Shatner, j’adore Denny Crane.

281 boston justice denny crane2
D’ailleurs l’interprétation des deux compères Shatner et Spader sera récompensée à diverses reprises et ils se sont partagé plusieurs Emmy Awards et Golden Globe pour leurs prestations. En tout cas moi je suis fan.

Et puis les scénaristes ne sont clairement pas en reste, le talent des comédiens n’est de loin pas l’unique facteur de qualité de la série. L’humour est corrosif, les histoires originales, inventives, drôles, on ne s’ennuie jamais… et dans le tas les auteurs se permettent même de glisser des thèmes de réflexion sur des grands thèmes de société actuels, avec une très nette coloration politique portée par les plaidoiries génialissimes de Alan Shore. Car, et c’est suffisamment inhabituel dans une série télévisée pour le mettre en avant, le sous-texte de Boston Justice est clairement politisé dans les idées et les convictions (démocrates en l’occurrence). L’administration Bush est directement attaquée à plusieurs reprises, les personnages parlent couramment politique en s’ancrant dans la réalité, devisant des chances d’investiture de Barack Obama et Hillary Clinton (sur ce coup d’ailleurs les auteurs ont parié sur le mauvais cheval), on vit même les élections de 2008 avec force commentaires des différents personnages. D’ailleurs plus les saisons passent, plus les scénaristes en profitent pour faire le procès d’à peu près tout ce qui est tabou et/ou honteux dans la grande Amérique : l’armée et la guerre en Irak, les industries pharmaceutiques toutes puissantes, le lobby des armes, les cigarettiers, la mal-bouffe, la télévision, la justice elle-même, la peine de mort, le droit à l’IVG, le racisme, la pauvreté, la couverture sociale et médicale, la religion, le puritanisme, la prostitution, l’école, … tout y passe et le doigt est mis là où ça démange. Ça se ressent très clairement, dans les deux dernières saisons en particulier les auteurs se sont totalement lâché la bride, se payant même le luxe de se farcir la Cour Suprême des Etats-Unis par deux fois, ouvertement dénoncée comme partisane et politisée au dernier degré. Alan Shore, qui n’a décidément peur de rien, ni du ridicule ni de la plus haute instance juridique américaine, y verra l’occasion d’y imposer et d’y démontrer tout son talent d’orateur, la pertinence de ses idées et l’impertinence de son humour.

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À mes yeux c’est simple, Boston Justice est la meilleure série d’avocats que j’ai pu voir à ce jour. Drôle et intelligente, parfois à la limite du burlesque elle sait pourtant repousser les limites sans jamais aller trop loin. Elle reste désopilante tout en ayant du fond, de la réflexion, de l’âme. Si la comédie l’emporte souvent sur le reste, elle n’en demeure pas moins une série référence pour pointer aussi du doigt tout ce qui ne fonctionne pas aux USA. Et elle n’hésite pas une seconde à faire une distinction très nette (pour ne pas dire partisane) entre la Justice et « ce qui est juste ». Car les avocats de la série (et à travers eux les auteurs) ne font pas intervenir que des textes de loi, mais aussi des contextes, des émotions, de la sensibilité, bref ils introduisent dans le code pénal de l’humanité, parfois même de l’humanisme. Oh oui, il y a une part de naïveté, certainement beaucoup d’idéalisme également là-dedans, mais on s’en fout, c’est tellement bien fichu comme série. Et puis en plus on se marre bien. Évidemment le public américain n’a pas suivi au-delà de 5 saisons et la série a été déprogrammée. Ce qui nous laisse quand même une centaine d’épisodes de pur bonheur.

Mais pour finir de vous convaincre de la haute qualité de cette petite pépite télévisuelle je n’ai qu’une chose à ajouter.

Denny Crane.


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1 décembre 2010 3 01 /12 /décembre /2010 07:42

Les films se suivent et ne se ressemblent pas (du tout). Après mon incursion en terre cinématographique québécoise, qui visiblement en a refroidi plus d’un (si j’en crois les commentaires, blog et hors-blog), retour en une contrée plus chaude, pour une comédie qui m’a bien fait marrer. Direction la Californie. Direction Hollywood. Où quoi qu’on en dise, on sait faire des trucs bien, aussi.

280 date limite ethan juliette
Dans Date Limite de Todd Phillips on suit un couple de personnages improbables. D’un côté on a Peter Highman (Robert “la classe” Downey Jr), un type bien sous tous rapports, dont la femme Christine (Michelle Monaghan) est sur le point d’accoucher. Peter qui est à Atlanta s’apprête à rejoindre son épouse pour assister à la naissance de leur premier enfant. De l’autre on a Ethan Tremblay (Zach Galifianakis), un jeune acteur qui veut tenter sa chance à Hollywood et voyage avec son chien et les cendres de son père. Peter et Ethan se rencontrent à l’aéroport au départ d’Atlanta. Dès lors le destin de Peter est scellé. Car Ethan est tout sauf monsieur tout le monde. Un peu excentrique, complètement dans son monde mais foncièrement gentil, il va entraîner Peter de péripéties en catastrophes… à commencer par écoper tous deux d’une interdiction de vol à vie. Sans bagages, sans papiers et sans argent (qui sont restés dans l’avion, eux), Peter est contraint d’accepter l’offre d’Ethan de se rendre à Los Angeles par la route. Les deux hommes traversent donc le pays d’Est en Ouest au volant d’une voiture de location. Ce n’est que le début du long calvaire de Peter…

280 date limite ethan peter2 

Peter : Je méprise ce que tu es à un niveau moléculaire !
Ethan : C’est une chose qu’on m’a déjà dite et je fais des efforts pour m’améliorer.



Bon on tape dans la grosse comédie là. Attention, je dis « grosse comédie » mais ça n’est absolument pas péjoratif ici. Tous ceux qui ont vu Very Bad Trip (du même réalisateur d’ailleurs) connaissent et reconnaissent Zach Galifianakis au nom immémorisable (oui j’invente des mots) mais à la dégaine reconnaissable entre toutes. Et il joue ici aussi dans le même registre de personnage, à savoir le mec totalement allumé et qui enchaîne gaffe sur gaffe. Un Pierre Richard des temps modernes, barbe florissante et bide assumé en prime. D’ailleurs le rapprochement avec des bons vieux films franchouillards comme La Chèvre ou Les Compères, où un type normal contraint de voyager avec un poissard de première subit déboires sur déboires, n’est pas du tout hors de propos. Sauf qu’ici c’est fait en 2010, avec les délires scénaristiques d’aujourd’hui et les moyens d’une comédie à gros budget américaine. Bref, en dix fois plus gros et plus exagéré. Ce qui n’empêche pas le film d’être très drôle du reste. Le concept du « toujours plus » n’étant pas forcément une mauvaise chose entre les mains de bons scénaristes. Et ici, les gars aux manettes connaissent leurs gammes. Ou peut-être est-ce encore une fois moi qui suis bon client. C’est pas exclu. D’autant plus que j’ai pu lire beaucoup de mauvaises critiques en surfant sur le web à propos de ce film…

280 date limite peter chien
En tout cas on retrouve le même type de schéma d’ensemble qu’on a pu voir dans Very Bad Trip que je citais plus haut. Autrement dit : pas de répit, on passe d’une scène drôle et inattendue à une autre sans cesse. Avec tout juste quelques petites touches de sérieux (oh pas plus de 30 secondes d’affilée hein) histoire de rendre le personnage de Ethan attendrissant et pas uniquement loufoque. Avant de replonger encore plus fort dans le délire. D’ailleurs, bien que j’adore Robert Downey Jr, la star du film est évidemment Zach Galifianakis qui porte à lui seul toute la force humoristique du film. Avec Very Bad Trip 2 qui est en cours de tournage, le barbu risque de vite cramer son personnage délirant et sans gêne par trop d’exposition. Mais pour l’instant on n’en est pas encore à l’overdose, donc moi je veux bien en reprendre un peu tiens. Histoire de se faire chatouiller les zygomatiques et de se prendre une bonne bouffée de grand n’importe quoi hilarant. Allez voir Date Limite et marrez-vous.

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26 novembre 2010 5 26 /11 /novembre /2010 12:28

Troisième bouquin de ma sélection de cet été, Dieu est un pote à moi de Cyril Massarotto est un court roman qui a fait un peu parler de lui à sa sortie il y a deux ans environ, il a en outre reçu le Prix Méditerranée des Lycéens.

L’idée de départ est plutôt séduisante. Cyril, un jeune homme de 25 ans, vendeur de nuit dans le sex-shop de son ami René, entre un beau jour en contact avec rien de moins que Dieu en personne. De leurs rencontres régulières va se forger une « amitié » entre l’homme et le divin. Le livre propose de relater cette relation singulière entre cet homme ordinaire et le Tout Puissant et l’évolution qu’elle va connaître au fur et à mesure des années, pendant toute l’existence de Cyril. Le jeune homme discute de tout (et de rien aussi parfois) avec le Créateur, tout en vivant une vie classique par ailleurs. Il rencontre Alice, la femme de sa vie qui lui donnera un fils, Léo. Ensemble ils connaîtront bonheurs, malheurs, joies, peines, désillusions, émerveillements… bref, tout ce qui fait une vie. Jusqu’à la mort de Cyril et LA question ultime à laquelle il devra répondre à ce moment là…
Et toujours en filigrane, Cyril qui devise de la vie avec Dieu, de discussions semi-philosophiques en fâcheries, d’incompréhensions en révélations, le tout saupoudré d’un ton principalement humoristique, car il faut le savoir Dieu est un sacré déconneur (l’existence de l’ornithorynque, le journal télévisé de Jean-Pierre Pernaut, l’oeuvre complète de Rob Liefield, c’est pas des preuves tout ça ?).

Si je devais résumer mon avis sur le livre, je dirais qu’il a suscité en moi des sentiments assez paradoxaux. Pour utiliser une formule un peu creuse mais parfaitement adaptée : il a les défauts de ses qualités…
Écrit très simplement, le style est léger voire minimaliste, ce qui donne une fluidité à la lecture qui va parfaitement avec la portée (limitée) du livre. Cette simplicité mise en perspective avec certains des thèmes abordés, comme la mort, le deuil, le sens de la vie, le destin, les choix, les enfants, la religion, l’amour, cela donne un peu l’impression que ça manque d’ambition, que ça reste superficiel, peu nuancé voire simpliste à certains moments. Paradoxal, car parler de la Vie et de tout ce qui en fait sa substance, au départ je trouvais ça ambitieux justement… Je me doute bien que ce traitement et ce ton léger et humoristique sont voulus par l’auteur, mais l’effet est à double-tranchant. On parle de la Vie oui, mais avec une bière et des cahouètes à la main, histoire de désacraliser la chose. Très bien, mais du coup tout ce qui en ressort garde ce parfum de légèreté, de « pas vraiment sérieux », et je trouve ça en contradiction avec ce qu’on est en mesure d’attendre d’un dialogue avec Dieu. Merde, c’est Dieu quand même !

Pourtant Massarotto ne ménage pas sa peine, et ne se contente pas de bons mots et d’humour potache, il aborde aussi des situations plus graves, les drames de la vie. Le deuil d’une personne aimée par exemple. Il s’y prend même plutôt bien je l’avoue, c’est certainement le passage où il laisse le mieux cette fameuse légèreté qui embaume son bouquin au placard, le temps de faire place à un peu de sensibilité, de douleur légitime, de colère aussi. Mais malgré cela ça m’a gêné aux entournures, parce qu’en terme de deuil il s’est bien gardé de parler d’un deuil d’enfant par exemple. Ou d’autres joyeusetés du type handicaps très lourds ou maladies congénitales. Trop dur, trop affreux, ça lui aurait plombé son livre et peut-être n’aurait-il pas réussi à s’en sortir aussi bien qu’il ne l’a fait. Bref, là encore, les idées m’ont paru bonnes, les intentions louables, mais il y a un petit goût d’inachevé, d’un potentiel approfondissement avorté. En voulant faire court et donc dynamique, ou pour éviter des sujets plus casse-gueule, on ne le saura jamais vraiment.

Point positif : le Dieu que l’auteur met en scène n’est pas un Dieu de religion, c’est plutôt une idée abstraite et non sectaire d’un être supérieur et omniscient, un patchwork hétéroclite de conceptions à la fois un peu baba cool et philosophico-new age à la sauce perso bon enfant. Et moi je ne suis pas mécontent d’avoir casé tous ces mots dans la même phrase soit dit en passant.

En tout cas, si vous lisez ce roman comme une petite fable amusante et maligne, ça peut le faire. Ce n’est pas de la grande littérature, donc amoureux des beaux styles et des plumes racées, vous n’y trouverez pas votre compte. À lire au soleil, sur une terrasse en sirotant un jus d’orange pressé, ça passe déjà beaucoup mieux. Un petit livre divertissant mais à l’intérêt moins substantiel que ne le laissait présager le titre. Pas mauvais, mais très loin d’être indispensable.

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17 novembre 2010 3 17 /11 /novembre /2010 15:21

Il m’arrive souvent de faire un tour dans les rayons dvd de grands magasins, et de laisser mon regard vagabonder de jaquette en jaquette, pour parfois me laisser accrocher par l’une d’entre elles. Par un titre, une image, un design, une compo graphique, un thème, un nom d’acteur… je ne parle pas des blockbusters hollywoodiens, des films avec un budget promotion équivalant au budget total de films plus modestes. Je parle de trucs moins connus, de séries B, voire Z, de films indépendants, pour la plupart d’entre eux des direct-to-video. Et de temps à autres, je me laisse tenter par quelque chose qui m’inspire.

J’avais donc vu le dvd des 7 jours du Talion et ça m’avait intrigué. Imaginez : film québécois, pas un nom connu à l’affiche, jaquette rose sale et thème trash.
En effet, l’histoire ne fait pas dans la dentelle. Une petite fille est enlevée sur le chemin de l’école. Elle est retrouvée peu après morte, son corps ayant subi des sévices sexuels évidents. Le coupable (Martin Dubreuil) est assez vite arrêté, le pédophile assassin n’en est pas à sa première victime. Fou de chagrin et de douleur, le père (Claude Legault) de la petite fille, chirurgien de profession, décide d’agir et de se venger. Il parvient à enlever le meurtrier de sa fille pendant son transfert et l’emmène dans un coin perdu qu’il a préparé à cet effet. Son projet est de le garder vivant sept jours durant lesquels il va le torturer pour l’achever le jour de l’anniversaire de son enfant avant de lui-même se rendre aux forces de l’ordre. L’inspecteur chargé de l’enquête (Rémy Girard), bien qu’ayant connu un deuil assez similaire quelques mois auparavant (sa femme a été abattue à bout portant lors d’un braquage, et le policier se passe en boucle la vidéo de la caméra de surveillance du magasin jour après jour), va tout mettre en oeuvre pour retrouver le médecin avant que celui-ci ne commette l’irréparable.

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Ce film est d’une dureté et d’une froideur assez poussées. Adapté du roman de Patrick Senécal, il traite de la vengeance et nous pousse à réfléchir à la portée de ce sentiment si humain et animal à la fois. Et pour ce faire, le réalisateur Daniel Grou nous plonge dans une ambiance glaçante, bannissant toute musique du film, restant au plus proche de la douleur d’un homme a priori normal qui va libérer une rage et une haine sans limite dans la réalisation de sa vindicte. Cependant on est loin, très loin de l’apologie de la vengeance, de l’œil pour œil, de la violence, et c’est ce qui fait de ce film un objet à la fois traumatisant et extrêmement intéressant, car il met le spectateur en face de ses propres démons. On ne peut s’empêcher de s’identifier au père qui perd son enfant. On ressent sa douleur intense, les images de sa fille retrouvée dans un terrain vague vous soulevant le cœur. On ressent sa rage face à l’assassin qui affiche en plus de cela une suffisance insupportable, et qui n’exprime pas le moindre remord pour ses actes. On a envie que ce type horrible ait mal, et on est pris soi-même dans la spirale de la vengeance. On la comprend, on la justifie, on la trouve normale. En tout cas dans sa théorie, mais dès lors qu’on entre dans son expression physique, traitée à l’écran de façon crue et sans concession, les choses évoluent, on se remet en question. Le film a ceci de subtilement humain qu’il ne prend pas formellement position, il montre les choses froidement et laisse à chacun le soin de juger, de mesurer ses propres limites dans la colère, dans la violence, dans la barbarie. Car pour moi c’est ainsi que je l’ai ressenti ce film. On bascule à un moment donné dans un monde de barbarie pure, où l’on finit par se demander si la vengeance qu’on cautionnait au départ suffit encore à justifier des actes d’une violence et d’une perversion extrême. Bien qu’après coup on devine la position morale du réalisateur, celui-ci a la pudeur et l’intelligence de laisser chacun faire son propre chemin, sa propre réflexion, et surtout son propre jugement. Il n’y a pas de morale imposée à la fin, de réponse claire au problème, il n’y a que des actes, leurs conséquences crues et le traumatisme qu’engendre de telles situations. À chacun d’y trouver sa propre place, son propre positionnement.

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Oubliez le traitement habituel réservé aux actes de vengeances comme on peut souvent en voir dans le cinéma américain. Ici on n’est pas face à un Inspecteur Harry, un Paul Kersey ou un Franck Castle d’opérette. Le crime est horrible, la vengeance l’est tout autant et la question est : ce tueur doit-il souffrir au-delà de toute limite ou non pour ce qu’il a fait ?
Le film est dur à regarder. En tout cas il l’a été pour moi. Pourtant la violence à l’écran ne m’a jamais fait peur, la bidoche, le sang, la torture, les images choc j’en ai bouffé. Mais là, ce ne sont pas les images qui m’ont heurté, c’est très clairement le climat psychologique. C’est ça qui m’a bousculé, mis très mal à l’aise et complètement lessivé. Est-ce parce que je suis papa aujourd’hui que les images de ce père qui retrouve le corps sans vie de son enfant m’a fait autant mal, je ne saurais pas le dire exactement, mais j’ai trouvé ces images d’une violence extrême. Et la douleur du père ne le quitte plus de tout le film. Même pendant les scènes de torture, même pendant l’exécution de sa vengeance, il est au bord de la rupture. Il ne parle jamais à l’assassin de son enfant, il reste parfaitement muet dès qu’il se retrouve en sa présence, ce qui rend le tout encore plus glaçant mais qui trahit également le talon d’Achille du persécuteur : parler à sa victime pourrait lui faire perdre sa conviction. En se taisant, en refusant d’entamer un dialogue il le garde à distance, lui refusant de le considérer comme un être humain. Car le père vengeur est médecin, il sauve des vies en temps normal, alors que là il détruit méthodiquement un corps, tout en prenant garde à bien le maintenir en vie et conscient. Plus le temps passe d’ailleurs, plus le médecin est obligé de s’abrutir d’alcool pour accomplir sa tâche, ce qui est bien entendu symptomatique de son dilemme intérieur.

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Évidemment en regardant ce film, au-delà de l’aspect « torture », on ne peut s’empêcher de penser à la peine de mort également. On entend souvent dire que la peine de mort devrait être rétablie pour les assassins d’enfants par exemple, certainement l’un des crimes les plus affreux qui puisse exister, si tant est qu’on puisse hiérarchiser l’horreur. Là on est en plein dans le cas. L’auteur va même plus loin, puisque l’un des arguments phares des anti-peine capitale est évacué d’entrée de jeu : la culpabilité de l’accusé ne fait aucun doute. C’est son sperme qu’on a retrouvé sur l’enfant violée. Et il revendique lui-même ses actes, allant jusqu’à s’en vanter en les racontant, provoquant encore un peu plus notre dégoût. Bref, l’ignominie est avérée et montrée, le coupable est un monstre, … dès lors les choses sont moins simples qu’elles n’y paraissent. Moi qui suis opposé par principe à la peine de mort, j’ai pourtant ressenti et compris le désir de vengeance du père de l’enfant (en ce sens, l’objectif du réalisateur a été parfaitement atteint je pense). Entre la théorie qui concerne les autres et le cas pratique qui vous touche vous, on est bien obligé d’admettre que les conclusions varient, les sentiments l’emportent souvent sur la réflexion. C’est ce que ce film met en lumière. Et ça ne laisse pas intact.

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Pour être franc, je ne crois pas qu’on puisse dire des 7 jours du Talion qu’on aime ce film. Parce qu’il remue et qu’il dérange pour peu qu’on y réfléchisse cinq minutes. Mais c’est un vrai bon film, c’est indiscutable. Cependant je le déconseille fortement aux âmes sensibles, certaines images, mais surtout certaines situations sont vraiment difficiles à supporter. C’est un film intéressant mais exigeant. Et puis un dernier conseil si vous voulez vous y frotter : ne le visionnez pas en version originale. J’ai testé après l’avoir vu en version française, et je dois dire que l’accent québécois n’est pas indiqué du tout pour un français qui veut voir ce film. D’abord on pige à peine la moitié de ce qui se dit, mais surtout ça sabre une partie de l’effet dramatique. C’est très con je sais bien, mais l’accent québécois a trop souvent pour le français moyen (dont je suis) une connotation involontairement comique qui ne sied pas du tout à ce type de film.

À voir donc, si vous avez le cœur bien accroché et si vous avez envie de réfléchir à ce genre de questions morales. À éviter si vous n’avez pas le moral !

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12 novembre 2010 5 12 /11 /novembre /2010 00:28

 

Ah on peut dire que j’ai été gâté cet été. Je vous ai causé il y a peu de temps de Replay, roman avec lequel j’ai entamé mon été et qui m’a tenu en haleine autant que fait cogiter sur la vie, les choix et la destinée. Eh bien j’ai enchaîné avec Le Siffleur de Laurent Chalumeau, qui m’a lui aussi, bien que dans un tout autre registre, complètement enthousiasmé.

De Laurent Chalumeau j’avais littéralement adoré  Un Mec Sympa que je ne saurais trop vous conseiller, puis j’avais lu le très original Fuck qui par sa forme assez inattendue m’avait laissé un arrière-goût de déception lors de la lecture. Mais la faute n’en incombait pas à la qualité du bouquin mais plutôt au lecteur : je m’attendais tellement à un livre du type de Un Mec Sympa que j’ai été désarçonné par un style très différent, autant sur la forme que sur le fond. Avec Le Siffleur je suis retombé en plein dans la gouaille, l’inventivité et l’humour du premier Chalumeau que j’avais lu voici bientôt deux ans. Un polar-comédie situé sur la Côte d'Azur, farci de personnages truculents et de dialogues aux petits oignons. Drôle, frais, original, divertissant.

L’histoire se déroule dans la région cannoise, sur fond de transactions-magouilles immobilières. Armand Teillard est un petit commerçant sans grande envergure, la soixantaine entamée, mais qui sait profiter de la vie et de ses plaisirs simples. Parmi ces dits plaisirs, l’un des plus précieux c’est son déjeuner qu’Armand prend chaque jour à l’Aline Roc, restaurant en bord de mer. Il y a sa table réservée, face à la mer. Les patrons, la jeune Sofia et son époux Martial sont devenus pour ainsi dire des amis, et c’est bien vite qu’il apprend les ennuis dans lesquels ces derniers se retrouvent. Approchés à plusieurs reprises par un promoteur immobilier, Jean-Patrick Zapetti, qui a racheté toutes les propriétés alentours afin d’en faire un immense hôtel de luxe pour le compte de riches investisseurs russes, les jeunes restaurateurs ne veulent pas vendre leur bien, un héritage familial, malgré le pont d’or qui leur est offert. Depuis peu, ils sont menacés et des racketteurs, des petites frappes locales viennent leur chercher des noises.

Armand, soucieux autant de leur venir en aide que de voir coûte que coûte son restaurant fétiche rester ouvert, les convainc de porter plainte auprès de la police. Mais devant le manque de réactivité des forces de l’ordre, il leur propose une autre solution. Faire appel à son frère jumeau, Maurice dit le siffleur. Maurice et Armand sont en mauvais terme, mais Maurice a un talent particulier : doté d’un aplomb sans faille, auréolé d’une réputation de vieux de la vieille dans le milieu du banditisme, il sait résoudre des problèmes que la police ne peut pas résoudre. Résignés, les restaurateurs acceptent l’aide de Maurice. Dès lors Armand disparaît du décor et laisse sa place à son jumeau tout droit arrivé d’Italie. Ces deux hommes là ne peuvent pas vivre dans la même ville. Et pour cause : il s’agit d’une seule et même personne, Maurice n’étant rien d’autre qu’Armand qui se lâche la bride, osant ce qu’il n’ose pas d’habitude, jouant le rôle du mauvais garçon, de l’intrigant, du type dangereux, du mec à la cool, du bandit old-school à la classe un peu démodée, là où Armand est un honnête commerçant à la réputation presque un peu terne.

Maurice entre en lice donc, et va vite comprendre à qui il se frotte : les petites frappes ce sont Jérôme Fringant, magouilleur de bas étage et Xavier Mazini, aussi cogneur que crétin, deux jeunes pas trop futés qu’il sent à sa portée. Mais ils obéissent aux ordres de Zapetti, un parvenu-salopard au cuir déjà plus tanné, une ordure qui se la pète autant qu’il peut être vicelard. Là encore Maurice pense pouvoir faire le poids, avec un peu de chance. Mais derrière Zapetti il y a les russes, et là ça ne rigole plus, c’est du lourd, du très lourd. Maurice s’en rend compte un peu tard, et il n’a plus d’autre choix que de mener son coup de poker jusqu’au bout. En priant pour s’en sortir entier…

Voilà pour l’intrigue. On retrouve avec bonheur la verve de Chalumeau appliquée à mettre en scène des losers qui se la racontent, des mecs qui vous hypnotisent par la simple force de leur bêtise, des branques qui le sont tellement qu’ils en deviennent attachants, des magouilleurs dont le culot n'a d'égal que la cupidité, des mauvais garçons aussi méchants que ridicules, bref des pauvres types mais dans toute leur splendeur. C’est simple, pour moi, Chalumeau érige la connerie en œuvre d’art. Et j’aime, parce que ça me fait vraiment rire. Faut dire que le gars est doué : il nous décrit des types quand même assez invraisemblables mais avec une telle crédibilité que moi je mords à l’hameçon à chaque fois.

Et puis Chalumeau manie le verbe avec malice, humour et talent. S’il fallait me lancer dans des comparaisons hasardeuses, je dirais que ça ressemble à du bon Tarantino sur papier. Dans les situations, dans les personnages et dans les dialogues.

 

D’ailleurs pour illustrer ça, je ne résiste pas à l’envie de reproduire ici un extrait du bouquin. C’est une discussion entre les deux petites frappes, Fringant et Mazini, à la solde du promoteur véreux Zapetti. Juste pour vous donner une idée de ce que Chalumeau a sous le stylo.

 

« Le soir, Mazini mettait la capote de sa 307. Fringant, lui, l’aurait laissée baissée, trouvant qu’il faisait pas froid, mais c’était pas sa tire. Là, presque une heure du matin, ils roulaient en silence, jusqu’à ce que Xavier Mazini dise : Hey, t’as vu Britney.

Jérôme Fringant laissant venir.

Tu sais, Britney, elle vient d’avoir un petit Sean Preston avec Kevin.

Jérôme Fringant traduisant, pour lui-même : Britney… Sean Preston… Kevin… Britney Spears et son mari viennent d’avoir un petit garçon. Et ?

Britney, elle peut pas allaiter Sean Preston à cause des implants qu’elle s’est fait poser à dix-sept ans pour avoir ses gros nibes. Elle est désespérée, du coup. Allaiter son enfant, elle en rêvait depuis toujours.

En même temps, elle serait restée avec zéro matos, Kevin aurait moins eu envie de lui coller Sean Preston dans la boîte à bijoux. Donc moi je dis l’un dans l’autre…

Mazini considéra l’argument deux secondes avant de reprendre : En fait, l’implant doit faire obstacle entre le téton et les canaux galactophores. Du coup, pendant les montées de lait, le lait peut pas monter, justement.

Les canaux quoi ?

Galactophores. C’est là que passe le lait fabriqué par la prolactine et l’ocytocine.

Parce que t’as pris option sage-femme au bac, toi ? Je savais pas.

Non mais bon, tout ce qui a rapport aux seins des femmes, je m’intéresse.

Ça t’as raison, mon pote. Il y a pas que le cul, dans la vie. »

Voilà, tout est de ce tonneau là, avec des petites fulgurances drôlatiques qui m’ont fait me bidonner du début à la fin du bouquin quasiment. Enfin moi je suis client de ce genre d'humour et de ce style d'écriture.

Dans le genre, le personnage de Zapetti est une pointure aussi, et c'est certainement celui avec qui Laurent Chalumeau se fait le plus plaisir. Blindé de thunes, fier comme un paon, il aime en jeter et se faire mousser, sa poule de luxe faisant partie de la panoplie du connard plein aux as au même titre que la villa somptueuse, le train de vie de ministre et la bagnole qui en impose. Zapetti est du genre à se regarder dans un miroir, se trouver exceptionnel et le faire remarquer à ceux qui ne l'auraient pas félicité d'être aussi merveilleux. Il est le roi du monde, et ne s'embarrasse pas des lois ou autres petites tracasseries d'ordre moral ou éthique. Un personnage plus que propice pour développer des situations et des dialogues tordants, ce dont l'auteur ne se prive pas un instant, et c'est tant mieux.

Pour la petite histoire le bouquin a déjà été adapté au cinéma, avec un joli petit casting en tête duquel on retrouve François Berléand en Armand / Maurice, Thierry Lhermitte en Zapetti et Fred Testot en Mazini. Je l'ai vu en dvd dès que j'ai fini ma lecture et si on y trouve de bons acteurs et un humour plutôt pas trop mal rendu, on est loin, très loin du plaisir qu'on prend à lire le roman. Mon avis sur le film reste assez mitigé.

Quant au livre, moi des comme ça j'en redemande. Vous voulez vous détendre et vous marrer un bon coup ? Lisez Le Siffleur !


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