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Avant de lire les notes que je fais sur les films que je vois et les bd que je lis, sachez que dans mes commentaires il m'arrive parfois de dévoiler les histoires et les intrigues. Ceci dit pour les comics, je n'en parle que quelques mois après leur publication, ce qui laisse le temps de les lire avant de lire mes chroniques.
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Série(s) en cours

25 juillet 2011 1 25 /07 /juillet /2011 15:36

Me voilà arrivé à mon trois centième article. Plus de cinq ans que j’écris ici. Beaucoup de bêtises, pas mal d’avis-vite-dits qui n’intéressent guère que moi, et quelques textes plus personnels. Mais pour cet article pas de long discours, juste l’essentiel.
Mon petit garçon. Nathan.

300 Nathan ptitefleur
300 Nathan casquette
300 Nathan cars
300 Nathan tracteur
300 Nathan ohmygod

(Merci à ma petite soeur pour ses photos toujours géniales)
(on reconnaît facilement la TataTouch : première, deuxième et dernière photos)

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12 juillet 2011 2 12 /07 /juillet /2011 10:36

Quelle ne fut pas ma surprise l’autre jour quand, divaguant sur un trottoir, en passant devant un cinéma et lorgnant distraitement sur la collection d’affiches des films projetés et à venir, j’en repère une avec Mel Gibson en gros plan, affublé d’un peluche en forme de castor.
Je m’approche, je regarde. Le Complexe du Castor, film de et avec Jodie Foster, rôle principal tenu par Mel Gibson.

299 complexe castor walter
Quand je parle de surprise… j’en étais resté aux frasques de l’acteur australien qui a fait bien plus parler de lui dernièrement dans la presse à scandales que dans celle consacrée au septième art. J’ai vaguement entendu parler d’affaires d’antisémitisme, d’ivrogneries diverses et de violence conjugale. De quoi blacklister le Mel pour tout ce qui est carnet mondain hollywoodien en somme. D’où mon étonnement de le voir à l’affiche d’un film. Ne niant pas un instant que Mel Gibson puisse n’être dans la vie qu’un sombre connard, pour moi il est et reste surtout un putain d’acteur, un gars qui m’aura marqué durablement pour tout un tas de raisons, dont les deux principales se nomment Martin Riggs et Apocalypto. Alors au-delà des scandales people qu’il suscite, le Mel Gibson acteur et réalisateur m’a toujours intéressé, et continue d’exercer sur moi une certaine curiosité, si ce n’est de l’attirance. Le film sortait le lendemain. Fallait bien que je vois ça…

299 complexe castor meredith walter
Alors Le Complexe du Castor met en scène Walter Black. Walter a, a priori, tout pour être heureux. Il est marié à Meredith (Jodie Foster), père de deux garçons, l’aîné Porter (Anton Yelchin) et le petit Henry (Riley Thomas Stewart), il dirige une marque de jouets qu’il a héritée de son père. Pourtant Walter est sujet à la dépression. Une dépression si forte qu’il se détache de tout et de tous, irrémédiablement. Au point qu’après des années d’efforts et pour le bien de tous, Meredith décide de se séparer de son époux. Touchant le fond, Walter veut en finir. Mais le hasard le fait tomber un soir sur une marionnette de castor, qui va changer son existence. Walter va s’accrocher avec l’énergie du désespoir à cette marionnette, qui va lui permettre d’exprimer tout ce qu’il n’ose pas dire, et de devenir une autre personne : positif, volontaire, entreprenant, drôle, charmeur, bref : sûr de lui. Mais ce n’est plus Walter qui est aux commandes, c’est le Castor. Walter ne parle plus, c’est le Castor qui s’exprime par sa bouche. Faisant passer cela pour une thérapie de la dernière chance que lui a prescrite son psychiatre qu’il ne voit plus depuis belle lurette, Walter va développer une toute nouvelle personnalité à travers sa marionnette, au point de ne plus pouvoir s’en passer un seul instant…

299 complexe castor carte
Étrange film que ce Complexe du Castor… Difficile à cerner surtout. Parce qu’on a là plusieurs angles d’attaque, plusieurs traitements possibles de l’histoire (humoristique, dramatique, moraliste, mélo) qui sont tous empruntés à un moment ou un autre sans forcément exclure les autres. Évidemment la situation d’un Mel Gibson qui parle avec une marionnette au bout du bras prête à rire et Jodie Foster ne se prive pas d’en profiter un peu dans son film, tout comme elle parvient à donner dans le drame dès lors qu’elle aborde la relation conflictuelle père-fils de Walter et Porter. Parfois c’est too much (l’interview télévisée par exemple), parfois on est à la limite du mélo, mais sans jamais vraiment s’y lâcher complètement. À l’arrivée, je classerais tout de même ce film en comédie dramatique (ok, c’est un terme fourre-tout c’est pas faux non plus), mais ce flou artistique qui l’entoure n’a pas été pour me déplaire. Si je ne cautionne pas forcément tout dans le film, j’ai tout particulièrement été intéressé et touché par la relation, ou plutôt la non-relation devrais-je dire, entre Walter et son fils aîné. Il y a de belles idées : la liste des ressemblances que l’adolescent cherche à effacer est une jolie trouvaille, le trou dans le mur idem. De manière plus générale, si j’ai trouvé l’ensemble des comédiens plutôt bons et inspirés dans leurs rôles, c’est certainement Mel Gibson et Anton Yelchin justement qui s’en sortent le mieux. L’écriture des personnages n’y étant évidemment pas pour rien, Walter et Porter sont les deux piliers de cette histoire, qui a mes yeux se résume surtout et avant tout à cela : la relation père-fils.

299 complexe castor henry walter
Sans vouloir trop en dévoiler sur l’intrigue, je dirais juste que la fin ne donne pas dans la facilité, le scénario garde une certaine logique qui peut paraître dérangeante dans les faits, mais tout à fait défendable du point de vue de la cohérence globale de l’histoire. On oublie la happy-end mais on ne plonge pas non plus dans le pessimisme à tout crin, et je trouve ça plutôt bien vu finalement.

299 complexe castor porter
Pour en revenir brièvement à ce que je disais en introduction, je n’ai aucune idée de la manière dont Le Complexe du Castor a été accueilli, ni par le public ni par les professionnels. Je me demande bien si le film réhabilitera (ou pas) Mel Gibson aux yeux du tout Hollywood, mais en tout cas il confirme pour moi que l’interprète de Mad Max en a encore sous la semelle, et qu’il n’est pas si mort qu’on voudrait bien le faire croire. En tout cas j’ai aimé le voir dans ce rôle, là-dessus aucun doute.

299 complexe castor aff

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27 juin 2011 1 27 /06 /juin /2011 09:27

Parler d’un film, gloser d’un livre, commenter un comic book, je sais à peu près faire (z’êtes gentils, laissez moi cette illusion, merci). En tout cas, ça m’est assez naturel. Mais causer musique… je trouve ça beaucoup plus difficile que ça n’en a l’air. D’abord et certainement parce que je ne suis pas musicien (à mon grand regret). Du coup j’ai du mal à trouver les mots pour décrire ce que j’entends. Pourtant je suis très réceptif à la musique hein, c’est pas le souci, le truc c’est de parvenir à en dire quelque chose d’autre que « c’est bien », « j’aime » ou « ça ne me plaît pas »… Quelque chose qui n’ait pas l’air trop naze non plus, trop plat, trop convenu.
C’est pour cette raison que j’aborde peu souvent le sujet ici, par crainte d’être tout sauf pertinent, et totalement inintéressant.

Voilà, cette précaution sous forme d’avertissement préalable étant prise, je vais donc essayer ici de vous toucher deux mots d’un album qui m’a littéralement soufflé. Un cd, c’est simple, que par période j’écoute en boucle. Au boulot, dans ma voiture. Que je chantonne partout ailleurs dans ma tête tout le reste du temps. Et quand je dis « par période » ça peut durer des jours voire des semaines. Musicalement mono-maniaque le gars.

L’album en question c’est Viva la Vida, du groupe anglais Colplay.
Oui d’accord, c’est pas la dernière nouveauté en date dans les bacs des disquaires. Pardon, en top vente des téléchargements je voulais dire. Mais on s’en fout, quand c’est bon et qu’on aime, l’âge ne compte pas (dixit Anna Nicole Smith le jour de son mariage). De toute manière j’ai depuis longtemps abandonné l’idée d’être le type le plus fashion du monde. Au point que moi-même j’ai découvert cet album (à l’origine sorti en 2008) pas loin de deux ans après le reste du monde. Pire que ça : je ne connaissais quasiment rien de Coldplay jusqu’alors (un ou deux morceaux à tout casser). Et puis évidemment la chanson titre Viva la Vida qui m’avait dès le départ bien plu tout en me faisant imperceptiblement penser à un autre morceau que je classe dans mes incontournables : Better Sweet Symphonie du groupe The Verve. Sans pouvoir dire exactement pourquoi du reste. Une rythmique entêtante, des accords proches, une orchestration enthousiasmante avec ses violons qui prennent le pouvoir, je ne saurais dire vraiment. C’est ce qui m’a poussé à acheter cet album pour voir (dont le titre complet d’ailleurs est Viva la Vida or Death and All His Friends). Et au bout de deux ou trois écoutes j’étais conquis. Scotché. Cueilli. Ensorcelé.

Car ce que je dis du morceau Viva la Vida, je peux le dire de chacun des titres qui composent l’album. Rien à jeter. Rien d’un peu « moins bon » que le reste. Tout est excellent, du début à la fin. Ça faisait longtemps que je n’avais pas trouvé une telle cohérence dans un album de pop-rock. Une espèce d’album-concept réussi de la première à la dernière note. Assez phénoménal…

Je ne vais pas passer en revue chaque chanson, on va éviter le fastidieux et le soporifique. Ne me remerciez pas, c’est normal, je m’étale déjà bien assez comme ça, je le sais bien…
Mais quand même, je ne peux pas m’empêcher de parler en particuliers des titres les plus longs comme Lovers in Japan / Reign of Love, Yes, ou encore Death and All His Friends qui se permettent le luxe d’enchaîner dans le même morceau deux voire trois mélodies différentes qui se répondent et se complètent. Et tant pis si ça dure sept minutes, au contraire même je dirais tant mieux !

Pour être tout à fait honnête, je ne me suis même pas penché vraiment sur les paroles des chansons. Un titre comme Strawberry Swing par exemple m’intrigue mais je ne cherche pas à le décortiquer plus avant. Ah oui, j’oubliais de dire que je suis une quiche en anglais oral. Ça doit être mon oreille défaillante ou mon cerveau en kit la cause, toujours est-il que je suis incapable de comprendre plus que quelques mots par ci par là qui se détachent et que je reconnais… Ouais je sais la honte. Je vous merde.
Ça me le fait moins avec Coldplay qu’avec des baragouineurs qui marmonnent entre leurs dents tels que Bruce Springsteen ou Mark Knopfler (pas de mauvaise interprétation attention : pour moi ce sont des monstres sacrés hein), n’empêche que j’ai du mal. Le seul qui fasse résonner chaque syllabe de ses mots dans ma tête c’est mon Dieu vivant, j’ai nommé Leonard Cohen. Mais j’y reviendrais peut-être une autre fois, c’est pas le sujet.

Et franchement je m’en fous de pas y biter grand-chose aux textes de cet album. Ce qui me prend à chaque fois c’est la musicalité de l’ensemble, les orchestrations mi-symphoniques mi-rock. Les voix qui s’accordent parfaitement aux instruments, les chœurs qui ponctuent le tout par derrière. Et l’énergie. Parce que cet album, si je le trouve épatant sur bien des points, possède à mes yeux une qualité unique, que très rarement j’ai retrouvé ailleurs, ou du moins pas sur un album complet. Toute musique dégage un ressenti, résonne en chacun d’une manière différente, crée des sentiments chez celui qui l’écoute. Quand j’écoute cet album, j’entends deux sons en parfait équilibre, qui éveillent deux sensations pourtant très éloignées l’une de l’autre, mais que je retrouve ici dans un parfait mélange. J’y entends d’une part quelque chose qui me soulève et m’entraîne dans un enthousiasme et un dynamisme irrésistibles, et à côté de ça il y a toute une gamme de notes et d’intonations qui éveillent en moi un sentiment de nostalgie sourde, presque de tristesse mais pas tout à fait, un peu comme la Saudade chère à Lavilliers mais anglicisée. Un mélange de larmes et de sourire. Très difficile à décrire et définir mais qui se ressent pourtant avec une émouvante limpidité.

Ouais, pas facile à expliquer. Mais c’est vraiment ainsi que je ressens cet album. Avec force et douceur. Et c’est pour ça que je peux l’écouter en boucle. Pour ça qu’il est dans mon top albums, tous artistes et tous genres confondus. Pour ça que j’aime Viva la Vida or Death and All His Friends et pour ça que j’avais envie d’en parler un peu, tant bien que mal, ici.

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23 juin 2011 4 23 /06 /juin /2011 14:13

Cette chronique va un peu déroger à la règle que j’essaie d’appliquer quand je parle d’un bouquin que j’ai lu. D’habitude je tente d’exposer de mon mieux le début de l’intrigue pour qu’on comprenne bien de qui et de quoi ça cause, tout en me gardant de trop en dévoiler sur l’issue du livre, histoire de préserver le plaisir de la découverte à celles ou ceux qui éventuellement se lanceraient dans la lecture du livre après avoir lu mon article.
Dans le cas de ce livre, je vais faire l’impasse sur l’histoire et le résumé. Sachez juste qu’il s’agit d’un homme (Tomas) et d’une femme (Tereza) qui se rencontrent, s’aiment passionnément et dont la vie de couple sera juchée d’embûches qui ne tiennent en fin de compte qu’à leur propres personnalités très différentes. C’est une opposition du « nous » aux « je ». C’est une histoire d’attirances irrésistibles et de répulsions toutes aussi fortes. Des différences entre l’intérêt commun et les envies individuelles. De la façon dont deux entités individuelles tentent de maintenir coûte que coûte une entité commune, celle du couple. Bref, c’est plein de sentiments contradictoires, de choix à faire, de sacrifices, de sentiments fluctuants. C’est tout ça et ça  nous invite bien souvent à nous interroger nous-même pour essayer de situer où se trouve notre propre place, et démêler les fils de nos propres contradictions.
Mais ce qui a survolé cette histoire d’amours déchirés pour moi et qui a nourri ma réflexion pendant tout le bouquin et encore bien après, c’est une phrase, une idée que l’auteur a tirée d’un proverbe allemand : Einmal ist keinmal.

C’est une étrange expérience (que je dois à Karine qui m’a passé ce livre que je n’aurais certainement pas lu sans elle) de lire L’Insoutenable Légèreté de l’Être de Milan Kundera peu de temps après Replay de Ken Grimwood. Parce que si a priori ces deux romans semblent bien éloignés l’un de l’autre, dans mon esprit la connexion s’est pourtant instantanément faite.
Évidemment sur la forme il n’y a pas grand-chose en commun. Le roman de Grimwood touche à un fantastique mêlé d’aventures et d’une pincée de romance. Alors que le livre de Kundera relate sur toile de fond géopolitique (la Tchécoslovaquie du temps du rideau de fer) une histoire de couple qui se déchire, une histoire d’amour belle et forte, mais surtout dramatique et désespérée. Mais sur le fond, en ce qui concerne les pensées intimes des personnages et leurs quêtes existentielles, le lien m’apparaît évident.

Dans Replay, le personnage principal vit et revit sa vie un grand nombre de fois, la changeant à chaque fois, explorant de nouveaux chemins, essayant de l’améliorer et de maîtriser son destin en se basant sur tout ce qu’il a déjà vécu les fois précédentes. Dans L’Insoutenable Légèreté de l’Être, Tomas, le personnage masculin principal, se pose mille questions sur ce qu’il doit faire, sur les choix de vie qui se présentent à lui, et ses pensées volent invariablement vers le proverbe allemand Einmal ist keinmal et les réflexions de certains philosophes tels que Nietzsche, ainsi qu’une phrase tirée du dernier quatuor de Beethoven : « Es muss sein ».

Pour les non-germanophones je traduis : Einmal ist keinmal pourrait se traduire mot-à-mot par « une seule fois ce n’est aucune fois » autrement dit, vivre une seule fois, suivre une seule voie, ne choisir qu’une possibilité parmi une multitude c’est comme ne pas vivre. Car on ne peut pas comparer. On ne peut pas mesurer. Devoir choisir et ne jamais pouvoir revenir en arrière, effacer ou revenir au point de départ et partir vers une autre direction, c’est comme de ne pas vivre du tout. On prend des décisions qui ont des conséquences, et on ne saura jamais si les décisions auront été les bonnes, les meilleures, car on ne connaîtra jamais les conséquences des autres décisions qu’on n’a pas prises… Cela relativise beaucoup nos existences, l’importance de nos actes et le rapport entre nos envies et nos devoirs…
Pour le « Es muss sein », on peut le traduire par « cela doit être », ou plus correctement par « il doit en être ainsi ». Là on touche du doigt à travers Beethoven la notion de Destin, de nécessité. L’entravement de l’Homme, son désir de liberté opposé à sa prédestination et à la gravité qui pèse sur ses choix.

Ce sont toutes ces notions impalpables et qui pourtant pèsent de tout leur poids virtuel sur nos vies d’êtres humains qui m’ont fasciné tout au cours de la lecture de ce roman de Kundera. Je faisais sans cesse la parallèle avec le héros de Replay qui rejouais et rejouais sa vie en la modifiant, pour balayer tout l’éventail des possibles et espérer enfin y trouver sa voie, son chemin idéal, et le Tomas de Kundera qui est insatisfait de chacun de ses choix, car il ne peut en mesurer la pertinence face à d’autres choix possibles dont il ne vivra jamais les conséquences. Chacun dans son coin, tentant d’échapper à ce qu’il ne maîtrise pas. Chacun des deux personnages, confronté à l’implacable force du temps et du monde qui l’entoure, des destins croisés qui façonnent finalement bien plus nos vies que toutes nos décisions, les plus graves et les plus importantes soient-elles.

Deux façons opposées d’aborder le même problème. Celui du sens qu’on donne à notre existence. Avec la même conclusion dans les deux cas : le choix n’est qu’illusion. Dès lors qu’on choisit une voie, on abandonne tout ce qui n’en découle pas, tout ce qui potentiellement aurait pu être et ne sera pas. Choisir c’est aussi renoncer...
Dès lors, quelle est la place du Destin dans nos vies ? Où s’arrête l’influence de nos choix sur nos vies, où commence l’influence de la vie des autres (et d’autant plus de ceux qui comptent à nos yeux) sur la notre, quels poids prennent véritablement nos décisions ? Que maîtrise-t-on ? Dans quelle illusion décide-t-on de vivre : celle du choix ou celle du non-choix (qui est aussi un choix finalement) ? Et surtout, où se place-t-on dans tout ça ? Quelle importance a-t-on réellement et comment accepter l’idée que notre existence bouleverse et bouscule celles des autres alors qu’on n’arrive pas à gérer notre propre vie idéalement ? Autant d’interrogations qui se résument à se demander qu’elle est notre place en ce monde…

Kundera raccorde cela à une problématique encore un peu plus large, qui touche chaque personne et ne trouve pas vraiment de réponse universelle. Il pose la question de la légèreté et de la gravité en ce monde. Qu’est-ce qui est important, grave ? qu’est-ce qui ne l’est pas ? la légèreté ne pèse-t-elle sur nos vies pas autant, finalement, que la gravité ?
Et il le fait bien mieux et avec infiniment plus de talent pour exposer clairement ses idées que ce que j’ai tenté de faire ici. En tout cas la lecture de ce bouquin a fait turbiner les rouages quelque peu rouillés de mon cerveau. Le ciboulot en effervescence, j’ai lu et cogité, et j’aime quand une lecture me cherche, me malmène un peu et me triture la matière grise. Je ne suis pas bien certain que c’est ce genre de réflexions et de considérations que l’auteur a voulu induire chez ses lecteurs, toujours est-il que dans mon esprit c’est ce qui a fait tilt instantanément.
Tout ça pour dire que si mon article vous a fichu la migraine avec ses questions existentielles, que ça ne vous empêche surtout pas de vous plonger dans le roman de Milan Kundera. Son talent d’écrivain vous passera votre mal de tête, promis.

297 insoutenable legerete

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22 juin 2011 3 22 /06 /juin /2011 08:17

Film d’action. Course poursuite. Chasse à l’homme. Tueur en série. Survie en prison. Thriller.
Autant de mots et de concepts qui d’habitude s’accordent avec les bons gros blockbusters américains, les films à grand spectacle hollywoodiens.
Eh bien une fois n’étant pas coutume, vous retrouverez tout ça dans un film français. Avec des acteurs français. Qui se passe en France. Et devinez-quoi ? ça fonctionne du feu de dieu. Ça s’appelle La Proie, c’est mis en scène par Éric Valette, et c’est carrément réussi.

296 la proie adrien saut
En prison pour un braquage de quelques millions d’euros, Franck Adrien (Albert Dupontel) purge sa peine tranquillement. Il n’en a plus pour très longtemps, à peine quelques mois à tenir. Pas évident du reste, parce que le pactole est caché là, dehors, à l’attendre bien sagement, et ça il n’est pas le seul à le savoir. Certains de ses codétenus sont au parfum, et aimeraient bien faire cracher le morceau à Franck : l’emplacement de sa planque reste encore un secret bien gardé. D’ailleurs Franck n’en a parlé à personne, pas même à Anna (Caterina Murino) sa femme dont les visites sont les seuls moments de bien-être dans l’existence confinée du taulard. Pour survivre en prison, Franck a adopté un profil bas, se mêlant de ses affaires, limitant les contacts. Jusqu’à ce qu’on lui colle un compagnon de cellule hors-norme : Jean-Louis Maurel (Stéphane Debac), un jeune homme fragile et apeuré, inculpé à tort pour pédophilie. C’est le point de départ d’une sombre machination qui va entraîner Franck dans une folle course pour sa survie et celle de sa famille. Le dos au mur, Franck va devoir s’évader de prison pour retrouver sa fille alors qu’il est lui-même devenu l’ennemi public numéro un aux yeux du pays tout entier. Accusé à tort de toute une série de crimes, Franck va devoir échapper à la traque des forces de police menée par la très volontaire et très décidée Claire Linné (Alice Taglioni) pour essayer de retrouver les siens et s’innocenter de tous les crimes qu’on lui reproche.

296 la proie adrien linne
Albert Dupontel trouve dans ce film un rôle taillé à sa mesure. Plus connu pour ses rôles comiques et burlesques (Bernie, Enfermés Dehors, Le Vilain, etc...), il a pourtant déjà à son actif de beaux rôles à teneur plus dramatique (La Maladie de Sachs, L’Ennemi Intime, l’énormissime Deux Jours à Tuer entre autres) mais très peu de rôles finalement dans de « vrais » films d’action (Le Convoyeur ou encore Chrysalis mais dans une moindre mesure). Dans le film de Éric Valette il porte sur ses épaules 1h45 d’action quasi non-stop, où l’on ne s’ennuie pas une minute. Il y a du suspense (malgré quelques gros trucs qu’on voit venir de loin), il y a du rythme, et le tout est traité avec empathie. On est avec Franck, dans la peau du personnage, dans ce qu’il peut ressentir face au piège qui se referme sur lui impitoyablement.

296 la proie adrien prison
Mais les autres comédiens ne sont pas en reste : Alice Taglioni est bluffante dans un rôle plutôt physique et athlétique là où on s’attendrait à la voir en jolie blonde un peu fragile. Stéphane Debac est exceptionnel de justesse, ce type se fond dans son personnage tout entier, ça en ferait presque froid dans le dos ! On croise également un Sergi Lopez très convaincant ou encore un Zinedine Soualem un tantinet caricatural mais bien carré dans son rôle. Et puis bon, Caterina Murino enchante de sa beauté la pellicule tout au long du métrage, dans un rôle secondaire mais au combien important. Cela dit, en ce qui la concerne je suis conscient de ne pas être le type le plus objectif du monde : c’est simple, même dans ce truc tout raté qu’est la récente série XIII, j’ai aimé la voir...

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Et puis comme Dupontel n’est pas Tom Cruise et que c’est un grand enfant un peu casse-cou qui aime n’en faire qu’à sa tête, il a pu se la jouer Bébel sur le tournage, et ainsi se permettre d’effectuer lui-même toutes les cascades qu’a nécessité son rôle. Et il y en a quelques unes pas piquées des hannetons. Entre le toit des trains, les sauts dans le vide du second étage ou encore la baston sauvage en prison, Dupontel a eu tout loisir de mettre à profit sa formation de gymnaste (et il a de beaux restes le saligaud).

296 la proie carrega
Pour résumer tout le bien que je pense de La Proie je ferais donc une petite checklist :

acteurs convaincants et convaincus

scénario bien ficelé et sans temps mort

action menée tambour battant

mise en scène à la fois réaliste et efficace


296 la proie maurel

Bref, tout y est pour faire de ce film de genre une vraie réussite, dans un secteur du cinéma français (le film d’action) qui n’en connaît pas tant que ça.

Merci Éric Valette, merci Albert Dupontel.

Good job.

296 la proie aff

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21 juin 2011 2 21 /06 /juin /2011 15:44

10, 20, 50, …
Encore une série.
10, 20, 50, …
Souffler, respirer, recommencer.
10, 20, 50, 100.
Ça devient plus difficile.
Les bras se font lourds. La peau rougit et se tend sous l’effort.
10, 20, 50, 100.
Encore une. Se reposer un instant, souffler lentement, chercher l’air frais.
La fonte monte et descend dans un mouvement rapide. Ralentir c’est s’arrêter.
Les avant-bras durcissent. Les épaules souffrent. Les muscles tétanisent et crient leur refus de continuer.
10, 20, 50, 100, 150.
De plus en plus dur.
C’est tellement lourd à porter. La fatigue ne vient pas, c’est la lassitude de l’esprit, l’épuisement du corps qui prennent sa place. Mais la fatigue ne viendra pas. Elle ne vient jamais. La transpiration aussi se fait désirer. Au lieu de cela une intense sensation de chaleur et d’étouffement.
10, 20, 50, 100, ...
Il faut arrêter.
Le rythme cardiaque se calme. La chaleur insoutenable prend le front et les tempes d’assaut, les bras pendent comme deux branches de bois raides.
Dans le miroir pourtant rien ne change. L’œil reste insatisfait, il continue de voir ce qu’il n’aime pas.
La rage reste là. La colère ne s’altère pas. Juste plus assez de force pour s’exprimer, alors elle fait moins de difficultés pour se taire.
Allez, dernier essai : 10, 20, 50, 100, 200.
Las.
Les tonnes ont défilé, le corps a encaissé, l’esprit est las. Anesthésié, pas endormi. Réduit au silence, pas apaisé.
L’eau de la douche est agréable, mais lever les bras pour atteindre le pommeau relève de la torture.
Il faudra recommencer. Plus fort. Plus dur. Plus longtemps. Sans la moindre envie, mais par nécessité. Pour ne pas que le noir explose. Le refouler aussi loin que possible. Vaincre et gagner un jour de plus.

Il y en a qui soulèvent des haltères par plaisir.
Le plaisir de se regarder prendre du volume. Gonfler ses muscles et s’admirer dans le miroir. Frimer. Atteindre leur définition du beau.
Pas moi.
C’est parce que je n’ai rien trouvé d’autre pour expulser ce qui doit l’être.
Ce n’est pas la solution parfaite, mais pour l’instant, ça fonctionne.

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29 avril 2011 5 29 /04 /avril /2011 07:39

Voilà un film qui avait tout pour m’intéresser et me plaire. D’abord c’est le nouveau film de Zach Snyder, le réalisateur qui m’avait beaucoup plu avec son premier film L’Armée des Morts, complètement halluciné avec 300 et agréablement rassuré sur l’adaptation casse-gueule de Watchmen (bien que j’en suis conscient, ces trois films comptent également des hordes de détracteurs aussi virulents que moi j’ai été conquis). Ensuite Sucker Punch a été clairement annoncé et revendiqué comme un film de geek pour les geeks et complètement assumé en tant que tel. Autrement dit, c’est comme si Snyder promettait ouvertement : « vous avez aimé mes précédents films ? alors vous adorerez celui-ci ». Ouais, ou pas.

Avant d’aller plus loin, je vais tenter de résumer ce qui se passe dans Sucker Punch… Accrochez vous, je ne garantis pas la limpidité du résultat, l’exercice s’avère périlleux.


Tout commence avec une jeune fille, Baby Doll (Emily Browning), que son beau-père conduit dans un hôpital psychiatrique comme on se débarrasse d’un colis encombrant. Sur place il s’arrange avec l’infirmier en chef (un véreux de la pire espèce) pour que Baby Doll reçoive un traitement tout particulier : dans quatre jours, lors du passage du « High Roller » (Jon Hamm) (le supposément méchant médecin qui fait office de croque-mitaine comme dans une histoire pour enfants) elle sera purement et simplement lobotomisée. Dans cet asile, le docteur Gorsky (Carla Gugino) fait suivre à ses patientes des thérapies à base de musique et au cours desquelles elle les pousse sur une scène de théâtre à entrer dans des jeux de rôles au sein de mondes imaginaires qu’elles se créent. Baby Doll, pour rendre son sort plus acceptable, imagine qu’elle est enfermée non pas dans un asile mais dans une institution de la belle époque, mi-bordel mi-cabaret façon Moulin Rouge. L’établissement est tenu d’une main de fer par le directeur Blue Jones (l’infirmier joué par Oscar Isaac), et le docteur Gorsky y est la coach qui aide les filles à préparer leurs numéros de danse qu’elles présentent aux clients. Baby Doll devient rapidement la star tant elle est douée pour la danse. En effet quand elle danse, elle hypnotise l’assistance (au sens littéral) et entre elle-même dans un état second qui la fait glisser dans un niveau supplémentaire de rêve éveillé, dans lequel elle accède à des univers imaginaires foisonnants de décors de toutes sortes et de dangers plus grands les uns que les autres. Des mondes dans lesquels elle est une héroïne invincible, maniant armes et arts martiaux comme personne. Entraînant avec elle quatre autres pensionnaires devenues ses amies, Rocket (Jena Malone), Blondie (Vanessa Hudgens), Amber (Jamie Chung) et Sweat Pea (Abbie Cornish), les filles vont naviguer de mondes en mondes pour remplir les missions que leur confie un étrange sage / mentor (Scott Glenn). Chacune de ces missions est une quête d’un des quatre objets qui une fois réunis leur permettra d’atteindre leur but ultime : parvenir à s’échapper de leur prison dorée…

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Voilà, j’avais prévenu, c’est pas évident à résumer de façon claire et concise. J’essaie en encore plus court tiens : une jeune fille est internée dans un asile. Elle modifie sa perception de la réalité et s’imagine dans un cabaret où l’on donne des revues de danse. Quand elle danse elle glisse encore dans une autre réalité imaginaire qui la voit vivre toutes sortes d’aventures rocambolesques. L’objectif de chacune de ces aventures fabuleuses étant de réunir les objets nécessaires à leur évasion du cabaret / asile où la jeune fille et ses amies sont enfermées.

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Mouais, je ne sais pas si c’est plus clair, là. Je vais essayer encore plus court : une jeune fille complètement barrée s’imagine dans des aventures toutes plus incroyables les unes que les autres au terme desquelles elle pourra s’échapper de la réalité cauchemardesque qu’est sa vie.

Allez encore un essai : c’est un film où des nanas sexy mais un peu voilées de la toiture se coltinent avec toutes sortes de méchants pas beaux pour arriver à gagner leur liberté.

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Bon, dernière tentative : Zach Snyder se fait plaisir en mettant en scène des bombasses en tenues sexy qui se foutent sur la gueule avec toutes sortes de monstres.
Voilà, là je le tiens mon résumé, c’est ça en fait !!

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Parce que j’ai repensé au film. J’ai cherché sur internet où j’ai trouvé des tas d’analyses qui vont du « c’est nul j’ai rien compris » à des rapports détaillés de chaque plan et qui concluent en criant au génie incompris de l’auteur tant le film serait gorgé de références insoupçonnés et de sens cachés (si ça en intéresse certains, voici l’adresse d’un site où chaque scène est décortiquée et qui propose une lecture du film fort intéressante bien qu’un peu alambiquée à mon goût personnel…). Et en fait rien de tout cela ne m’a vraiment convaincu. Que Zach Snyder ait voulu un film plus compliqué qu’il n’y paraît à sa vision première cela ne fait pas l’ombre d’un doute pour moi. Qu’il ait réussi à s’exprimer clairement c’est déjà une autre paire de manches. Si vraiment le réalisateur a voulu faire de son film un petit bijou d’orfèvrerie dans le domaine de la complexité, il lui a manqué un certain talent de vulgarisateur et de conteur pour que le spectateur lambda (autrement dit moi, qui n’ai pas suivi d’études en troisième cycle de psychologie) ne se sente pas perdu dès que le film bascule dans l’environnement cabaresque (et je ne parle même pas de la suite). Chose qu’avait particulièrement bien réussi à faire Christopher Nolan avec ses différents niveaux de conscience dans l’excellent Inception.

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Car à la complexité des non-dits, métaphores et symboles qui sont sensés émailler Sucker Punch, Snyder ajoute une difficulté supplémentaire en se tirant tout seul une balle dans le pied déjà lui-même bien comprimé par la basket de l’incompréhension (si vous avez compris ce que j’ai voulu dire dans cette phrase vous avez vos chances avec le film). Paradoxalement c’est le concept même du film qui joue contre lui, contre l’aspect complexe et cérébral qu’on veut lui accoler. Le concept (en tout cas, c’est comme ça qu’on nous l’a vendu) c’est celui d’un film de geek pour les geeks comme je le disais en préambule. Autrement dit un film où on va faire la part belle à l’action spectaculaire et aux références à la pop culture. Cahier des charges parfaitement rempli du reste, chaque mission des filles se déroulant dans des mondes multi-référencés.

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On a pêle-mêle dans ce film : des samouraïs géants, un moine shaolin qui parle par énigmes, un dragon cracheur de feu qui combat un bombardier B-25 dans les airs, une armée d’orques en furie, des zombies allemands dans des tranchées de la première guerre mondiale, des mechas japonais géants, des robots high-tech de combat, une bombe nucléaire dans un train à grande vitesse en suspension, des combats au sabre, des mitraillettes lourdes, des zeppelins qui prennent feu au-dessus d’un Paris Steampunk, une prison de femmes qui n’accueille que des bombes, des guerrières en petites jupettes d’écolières avec des gros flingues, … j’en passe et j’en oublie à coup sûr. Bref, on a dans ce film à peu près tout ce qui plait à un geek, piochant allègrement dans la Science-Fiction, le Fantastique, l’Heroic-Fantasy, le film de guerre, les jeux vidéo (avec cette impression de passer au niveau supérieur d’un jeu de plateaux pour chaque nouvelle mission des filles), les animes japonais, le tout arrosé d’une bonne dose de fantasmes masculins et de jolies filles ultra-sexy.

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Ce bain foisonnant d’action débridée et de décors sans limite de lieu ni de temps donne au film un côté certes très impressionnant et jouissif mais aussi un aspect très premier degré qui ne sied pas aux ambitions intellectualisantes qu’on veut bien prêter au film. Ça fait gros film de bourrin, super bien foutu et carrément décoiffant, mais film de bourrin quand même.
Et l’argument qui veut que les clés du film se trouvent également en partie cachées tout du long des titres choisis pour la bande son (on y croise entre autre Eurythmics, les Pixies, Björk, The Smiths, …) est certes intéressant lui aussi, mais pas forcément plus probant et convaincant que le reste des indices semés ça et là dans le film.

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Autre aspect un peu décevant du film, c’est sa relative timidité, voire sa sagesse dans tous les domaines qui auraient pu faire du film une vraie œuvre dirty et vraiment décomplexée. Pas de sang, pas de sexe (les filles sont toujours sexy certes, mais toujours de façon, comment dire, très propre, très contenue, paradoxalement : de façon très sage !) et pas d’injures pour plaire aux sacro-saintes instances de la censure américaine. Le film doit pouvoir être vu par les jeunes spectateurs et ça se sent un peu trop, le contexte aurait tellement prêté à un peu plus se lâcher de ce point de vue là que c’en est dommage.

Cela dit, Snyder promet une version uncut pour la sortie dvd, avec pas loin de 20 minutes de scènes coupées (dont paraît-il une de sexe entre Emily Browning et le sous-exploité Jon Hamm, et qui serait certainement intéressante à voir) qui devraient mettre du piment au film selon ses propres dires… wait & see.


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Pour sa première réelle œuvre de créateur  (ses autres films étaient tous des adaptations d’œuvres existantes), Zach Snyder aura certainement voulu trop en faire. Cumuler son savoir faire et son envie de toucher à tout. Remarquez, c’est bien d’avoir de l’ambition. C’est bien aussi de connaître ses limites.
Car si Sucker Punch pêche, c’est très clairement d’un manque d’écriture. Pour ce qui est du visuel et de la mise en scène, Snyder a ses fans comme ses détracteurs acharnés (moi je suis plutôt réceptif à son style même s’il en fait un chouïa trop par moment), mais on ne peut pas lui ôter qu’il a un style bien reconnaissable et pour le moins efficace quand il s’agit de créer des images icôniques et spectaculaires. On peut le détester pour son usage parfois abusif du ralenti par exemple, mais on ne peut pas lui nier un véritable sens de l’image qui marque. À mon sens, Snyder est très certainement ce qui est sorti de plus intéressant de l’école des réalisateurs issus des clips et des codes à la MTV et consorts.

Snyder débute en tant que scénariste, Sucker Punch en est le témoin malheureux. Les plus médisants iront certainement même jusqu’à dire que le bonhomme n’est tout simplement pas fait pour l’exercice de l’écriture. Moi ce que j’en dis, c’est que c’est lui qui va diriger la prochaine adaptation de Superman au cinéma, pour laquelle il sera canalisé à la production et au scénario par les frères Nolan. Et un type qui a sa pâte visuelle avec des raconteurs d’histoires de la trempe des Nolan, ça augure du bon…

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12 avril 2011 2 12 /04 /avril /2011 06:56

Il y a des petits films qui passent relativement inaperçus, et qu’on chope comme ça presque au hasard en regardant le programme télé du soir. Et parfois on tombe sur une petite perle, totalement inattendue. The Invention of Lying, de Ricky Gervais est de ceux là.
Je ne connais quasiment pas Ricky Gervais, je savais juste qu’il est à l’origine de la série britannique The Office (qui a vu une version américaine désopilante avec Steve Carell à sa tête, et même une éphémère –et néanmoins très bonne- version française avec François Berléand dans le rôle principal), et puis tout dernièrement qu’il avait créé la polémique en tant qu’animateur-présentateur de la cérémonie des Golden Globes. À cette occasion il a réussi à se faire détester par un maximum de monde (je parle des vedettes du cinéma) en un minimum de temps, en lâchant vannes sur vannes (des trucs très drôles mais pas toujours très classes) sur les people du tout Hollywood.
C’est donc en quasi néophyte que j’abordais l’œuvre de l’énergumène en question.

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Dans The Invention of Lying on suit l’existence d’un type plus qu’ordinaire, Mark Bellison (Ricky Gervais). Bien que contemporain, le monde dans lequel il vit a ceci de particulier que le mensonge et l’hypocrisie n’y existent tout bonnement pas. Chacun dit toujours la vérité et ce qu’il pense sincèrement. Mark n’a pas le physique d’un playboy, un peu grassouillet, pas très beau, il sait qu’il n’a que peu de chance de plaire à la belle Anna McDoogles (Jennifer Garner) dont il est pourtant raide dingue. D’ailleurs cette dernière ne cesse de le lui répéter : il n’est physiquement pas à la hauteur de ses attentes légitimes, contrairement à son rival professionnel Brad Kessler (Rob Lowe). Amoureux éconduit, sa situation va encore dégénérer lorsqu’il se fait renvoyer de son boulot de scénariste pour une société de production de films. Empêtré dans ses soucis financiers, personnels et sentimentaux, une alchimie extraordinaire va s’opérer dans le cerveau de Mark qui va alors avoir une idée aussi saugrenue qu’inédite pour s’en sortir : il va mentir ! Devenu le seul être au monde capable de mentir, il va faire tourner la roue du sort en sa faveur, son entourage étant psychologiquement incapable ne serait-ce que de conceptualiser la notion de mensonge. Cependant Mark n’est pas un mauvais garçon, s’il ment et qu’il en tire de petits bénéfices, il va surtout user de ce tout nouveau stratagème pour essayer de faire du bien autour de lui et rendre les gens heureux. Mais c’est bien connu, l’Enfer lui-même est pavé des meilleures intentions…

Bon, j’en dis un peu plus qu’un simple résumé sur ce film, mais c’est parce que le thème est propice à pas mal de réflexions que j’ai trouvées intéressantes, et auxquelles je ne m’attendais pas du tout dans une petite comédie sans prétention de ce genre. Aussi je risque de spoiler un peu le déroulement du film (sans non plus tout dévoiler), à vous de voir donc si vous voulez lire ce qui suit…

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Dit comme ça, un « monde sans mensonge » ça n’est pas folichon. Mais mis en images par Ricky Gervais, l’idée prend tout son sel et cela devient vite savoureux ! Tout du long du film, Gervais met malicieusement dans la bouche de ses personnages ce que dans la « vraie vie » (la nôtre en somme) on penserait tout bas. Et cela donne des choses percutantes, drôles, inattendues au premier abord mais parfaitement à leur place dans ce contexte du « toute la vérité rien que la vérité ». Car il n’y a pas que le mensonge qui soit banni de ce monde, l’omission l’est tout autant ! Bref, chacun dit aux autres ce qu’il pense d’eux, même si on ne demande rien ! Ainsi quand Mark invite Anna au restaurant, le serveur se présente en précisant d’emblée qu’il est mort de honte de travailler dans un restaurant aussi mauvais, et après s’être enquis des liens de parenté de Mark et Anna (« vous êtes son père ? son frère ? son cousin ? ») lui assène juste avant de prendre leur commande un « laissez tomber vous n’êtes pas à la hauteur » tout ce qu’il y a de plus sincère. Dans le même genre, la pub à la télévision pour une marque de soda bien connue vaut son pesant de cacahouètes…

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D’ailleurs, on peut également s’étonner en premier lieu du métier de Mark. Comment être scénariste pour le cinéma dans un monde où le mensonge n’existe pas ? C’est très simple en fait. Les seuls films produits sont à caractère historique. Et les acteurs sont en fait des conteurs qui lisent des scénarios tout droits sortis des livres d’Histoire, assis dans un fauteuil face caméra (captivant n’est-ce-pas ?).

Mais Ricky Gervais ne se contente pas de son contexte original pour jouer uniquement sur l’humour, il va plus loin, il ose s’aventurer dans d’autres domaines que la comédie pure. C’est tout naturellement qu’il en arrive à la question de la religion… Car dans son récit, puisque le mensonge n’existe pas… la religion n’existe pas non plus ! Bref s’il ne le dit pas expressément il nous laisse clairement imaginer ce qu’il pense de la religion. Et Mark, avec son don du mensonge (et pour élargir un peu, sa capacité à inventer des choses qui n’existent que dans son esprit) va donc tout simplement créer de toute pièce une religion ! Incroyable que ce soit dans une petite œuvre de comédie que je retrouve ma propre conception de la religion : des croyances exploitées et couplées à des règles dictées par des hommes à d’autres hommes, créant entre eux un rapport de pouvoir. Bon, fin de la petite digression sous forme de réflexion personnelle, j’en reviens plus directement au film.

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Ce qui est amusant, c’est de voir comment il va en arriver là, par quel cheminement de pensée les choses vont s’enchaîner, avant de complètement lui échapper. Car encore une fois, tout part d’un bon sentiment : Mark est appelé au chevet de sa mère mourante, et devant la vieille femme apeurée par la mort imminente et l’inconnu du néant, il lui raconte pour la rassurer qu’il y a une vie après la mort, pleine de joie et de bien-être (le paradis chrétien revu et corrigé sauce Gervais). Et la vieille femme, incapable d’imaginer que Mark invente tout cela, le croit bien évidemment, et meurt rassurée, presque heureuse grâce à lui. Tout cela en serait resté là si le personnel de l’hôpital n’avait pas entendu Mark raconter son conte de fée à sa mère mourante. Car eux aussi sont incapables de penser qu’il puisse mentir (le mensonge n’existe tellement pas, que le mot même et sa définition n’existent pas), et bien vite la nouvelle qu’il y a une vie après la mort va se propager et faire les grands titres des journaux du monde entier !

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Alors attention, tout intéressant qu’il est, The Invention of Lying n’est pas dénué de défauts pour autant. En premier lieu, il est beaucoup plus drôle au début que dans sa seconde partie. Il est également assez prévisible en ce qui concerne sa conclusion. Et puis par moment il y a des passages mielleux, limite gnians-gnians qui ne sont pas sans rappeler les comédies sentimentales à l’eau de rose. Sans parler des rapprochements inévitables avec la religion judéo-chrétienne et sa morale bien-pensante du fait de ressemblances parfois un peu trop appuyées, qui auraient pu être évitées.

Mais de manière générale j’ai trouvé ce film enthousiasmant, surtout devant la somme de réflexions qu’il traîne et entraîne dans son sillage. En particulier, l’idée que la vérité, l’honnêteté, la sincérité, qui sont des qualités pourtant unanimement plébiscitées, puissent être aussi le décor d’un véritable enfer sur terre. Gervais s’amuse à le démontrer tout au long du film, quand il fait dire à ses personnages les pires horreurs sous couvert de dire la vérité. Et a contrario, il parvient à démontrer les qualités cachées et insoupçonnées de défauts pourtant caractérisés tels que le mensonge et l’hypocrisie. Vivre en ne disant que la vérité, et surtout en ne cachant rien de ce qu’on pense, dans un monde où tout le monde se comporterait ainsi, le voilà le véritable Enfer… l’auteur aura au moins réussi à démontrer que pour être vivable, la vie doit comporter son lot de mensonges et de non-dits. Bref, il bat en brèche le tout-blanc / tout-noir qu’on a l’habitude de nous servir dès lors qu’on parle de bien, de mal, de morale ou de religion…
À voir.

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1 avril 2011 5 01 /04 /avril /2011 09:02

Ça faisait bien longtemps que je ne m’étais pas autant marré en lisant une BD ! Délaissant pour un instant mes gugusses hyper-stéroïdés en collant préférés, je suis tombé sur cette petite BD sortie il y a peu, aux éditions Fluide Glacial.
Le titre Amour, Passion & CX diesel m’ayant directement accroché l’œil, j’ai tenté l’aventure, et bien m’en a pris !

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Dans Amour, Passion & CX diesel, on nage en plein soap américain mâtiné de beaufitude franchouillarde. Ou peut-être est-ce l’inverse. Bref. Harold Gonzalès le patriarche est atteint de la maladie d’Alzheimer et dans la famille la question de la succession vient à se poser. Se poser avec d’autant plus de fébrilité que le joyau familial, la CX diesel paternelle, est en jeu. Sur les rangs il y a Brandon l’aîné et son épouse Jessifer enceinte jusqu’aux dents. Il y a Bill le cadet, Pamela leur sœur et son mari Tony, et enfin Jean-Mortens le benjamin. Chacun va jouer serré et les fins stratèges vont s’engager dans une lutte d’influence pour atteindre le but ultime : être couché sur le testament d’Harold comme récipiendaire de la CX. Mais au complot familial qui se trame, viennent se greffer d’autres intrigues tout aussi décoiffantes : Que cache le goût immodéré de Jean-Mortens pour la paella ? Qui a dessiné au feutre sur la portière de la CX ? Qui est le père du fils de Brandon ? Pamela simule-t-elle ?… les mystères planent et la fratrie se déchire. La famille Ewing n’a qu’à bien se tenir, son univers impitoyable ne vaut pas tripette à côté de ce qui se joue ici…

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Dans le genre délirant, c’est tout simplement savoureux ! Fabcaro au scénario mitonne une succession de gags en demi-planches aux petits oignons. Des répliques irrésistibles parsèment des dialogues excellents, l’absurde côtoie l’hilarant et les personnages sont totalement décalés et figés dans un univers tout droit sorti des soaps américains des années 80. Aux dessins James ajoute à la drôlerie des histoires grâce à ses personnages très expressifs et les couleurs de BenGrrr renforcent l’aspect fashion-eighties des protagonistes.

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J’ai particulièrement aimé Tony le loser alcoolique à la recherche d’un emploi, Jessifer la salope qui se tape tout ce qui bouge, Brandon qui gère de main de maître le Chunga Night sa boîte de nuit hyper-tendance, et surtout, surtout Harold le père de famille complètement à côté de la plaque mais qui reste pourtant le plus lucide de tous ! Dans cette famille de débiles profonds la palme de la bêtise est très disputée, et c’est justement ce qui rend cette BD géniale à mes yeux.

Du début à la fin je me suis bidonné. J’espère bien que les auteurs nous gratifieront d’un second tome, parce que ça fait du bien de se prendre une bonne rasade de conneries de première classe en pleine poire, ça change et ça agite les zygomatiques. Encore !!!

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25 mars 2011 5 25 /03 /mars /2011 16:12

Je crois déjà vous avoir expliqué ici les diverses manières dont je choisis les livres que je lis. Les conseils, les références glanées dans d’autres lectures, les auteurs que j’aime particulièrement, le thème accrocheur ou un titre évocateur... et la plus fantaisiste de toutes : la couverture qui m’attire. Avec ce livre, Les vrais durs ne dansent pas de Norman Mailer, j’ai été de suite séduit par la couverture. Nonchalance, décadence, ridicule guindé et assumé, esthétisme douteux : le personnage représenté en couverture est tout cela et bien plus encore. Le bouquin m’avait parlé et dit beaucoup de choses avant même que je ne le prenne en mains. Et puis ce titre qui ressemble à un dicton populaire bien macho... Intrigué, je m’approche et je vois le nom de l’auteur. Je savais déjà que j’allais repartir avec ce livre sous le bras. Le nom de Norman Mailer avait fini de me convaincre. Un  grand nom de la littérature américaine dont j’ai souvent entendu parler sans jamais n’en avoir rien lu, je me suis dit que l’occasion de combler cette lacune était parfaite.

Dans Les vrais durs ne dansent pas, qui voit son intrigue se dérouler à Provincetown, une ville côtière retirée et abandonnée des touristes pendant la saison morte, on suit les pérégrinations hautes en couleurs d’un écrivain raté amateur de femmes et de bourbon, Tim Madden. Sa femme, Patty Lareine est partie voici déjà 24 jours avec son amant, un grand black gaulé comme un apollon. On fait la connaissance de Tim Madden alors qu’il se réveille d’une soirée trop arrosée, le crâne dans un étau et plus grave, la mémoire mitée de trous béants sur ce qu’il a fait la veille. Rien que de très banal pour Tim, sauf que ce matin là il découvre un curieux tatouage sur son bras, une marre de sang dans sa voiture et la tête d’une belle blonde enterrée dans sa planque à cannabis ! Tim va se lancer dans une enquête dont il est le premier suspect : a-t-il tué cette inconnue pendant ces heures sombres dont il n’a plus aucun souvenir ? Dans sa quête, Tim Madden va composer avec la police locale et Regency son chef aussi inquiétant qu’énigmatique, chercher des informations auprès de ses habituels compagnons de beuveries avec lesquels il entretient des relations pas forcément très amicales, tenter de retrouver sa femme fugueuse, tomber sur une ancienne maîtresse jamais oubliée et l’ex-mari homo refoulé de sa femme... Un sac de noeuds où personne n’est ce qu’il semble être au premier abord, et dont Tim Madden, en bon irlandais de New-York qui a déjà connu la taule, va tenter de s’extirper en trouvant la vérité sur ce qui s’est passé cette nuit là...

Alors plusieurs choses à propos de ce livre.
Avant tout je l’ai trouvé lent à démarrer, ce qui peut paraître paradoxal vu qu’on est d’entrée plongé en plein milieu de l’intrigue principale. Norman Mailer prend son temps pour planter son décor, ses personnages et dérouler son intrigue. Et ce temps m’a paru long... non pas inintéressant, mais j’avais la sensation diffuse que l’intrigue n’avançait pas suffisamment vite. On suit en permanence les pensées du personnage principal, ce que j’ai trouvé plutôt bien vu, cela permet au lecteur de se sentir plus impliqué dans l’histoire, et de découvrir en profondeur le personnage de Tim, ses pensées secrètes, ses réflexions qu’il garde pour lui. Mais cela ralentit indéniablement le rythme de l’histoire. Ma lecture remonte à plusieurs mois déjà alors que j’écris cet article, mais dans mon souvenir il me semble qu’une bonne moitié du bouquin passe avant qu’on ait réellement le sentiment d’avancer dans la résolution de l’intrigue. Cela dit, comme tout bon polar qui se respecte, la lumière ne se fera qu’à la fin, la vérité se dévoilant par petits bouts seulement.

Il faut dire également que Norman Mailer ne se cantonne pas à nous livrer un polar bien ficelé, son livre est aussi un portrait sans concession d’une Amérique des années 80 pas très glamour, où les hommes sont pris dans leurs contradictions, comme encore engoncés dans les vestiges des années fastes des décennies passées (certains personnages ont de forts relents des années 50 et 60), faisant de la résistance passive au monde moderne. Il est avant tout question dans ce bouquin des hommes, des vrais hommes, les « durs » du titre. Tim Madden, tout m’enfoutiste qu’il se donne l’air, est en perpétuel équilibre instable pour parvenir à rester sur cette ligne trop floue imposée par son imaginaire, celle qu’il veut suivre et qui le désignerait selon lui comme un dur justement. C’est ce qu’on comprend très clairement dès lors qu’intervient le personnage phare (selon moi) du roman, le père de Tim, ancien barman irlandais au caractère bien trempé, très old-school (avec tout ce que cela inclut d’âpre mais de séduisant). Le rapport entre les différents personnages est l’un des points forts de l’auteur, et c’est dans ce rapport père-fils que l’on atteint le coeur et la gravité du personnage par ailleurs un peu fantasque de Tim. Si un certain Freud nous serine depuis le siècle dernier qu’un homme se détermine inconsciemment dans ses rapports à sa mère pendant l’enfance, Norman Mailer quant à lui montre à quel point c’est face à son père qu’un homme se définit en tant qu’adulte, et pour ma part je suis plus enclin à suivre l’écrivain américain dans sa démonstration que le psychanalyste autrichien...

Si j’ai aimé ce livre, c’est justement pour ses personnages truculents, bien plus que pour l’intrigue et sa résolution finale. Mais ma lecture a été lente, je n’ai jamais été happé par l’histoire, je n’ai jamais ressenti ce besoin impérieux de connaître la fin avant de pouvoir lâcher le livre. Mais cette lenteur relative, ce manque de rebondissements inattendus qu’on pourrait reprocher au roman, sont largement compensés par une écriture magistrale. Norman Mailer est connu et reconnu comme un écrivain de premier ordre et ça n’est clairement pas une réputation volée ! J’ai trouvé dans les tournures de phrases, les dialogues, l’humour noir en filigrane tout au long du récit, une classe, un art consommé de raconter, une maîtrise parfaite des mots et des images qu’ils évoquent. Ce type a une plume géniale, jubilatoire. Pour son style et son talent à donner vie à des personnages forts et touchants, j’ai adoré Norman Mailer. Et même si Les vrais durs ne dansent pas ne m’a pas totalement emporté, je note pour le futur (quand j’aurai un peu avancé mes lectures, et surtout quand j’aurai trouvé le courage de m’attaquer à un pavé de 1500 pages) sur ma liste d’ouvrages à lire celui que tout le monde s’accorde à décrire comme son chef d’oeuvre, Le Chant du Bourreau.

En attendant, je vais essayer à l’occasion de voir le film que Mailer a lui-même réalisé en 1986 à partir de son roman, et qui avait en son temps me semble-t-il été présenté au festival de Cannes. Si quelqu’un sait où je peux trouver la version cinématographique de Les vrais durs ne dansent pas, je suis preneur !!

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