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  • : Moleskine et Moi
  • : de la Pop Culture, un peu d'actualité, pastafarismes et autres petites choses...
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Attention !

Avant de lire les notes que je fais sur les films que je vois et les bd que je lis, sachez que dans mes commentaires il m'arrive parfois de dévoiler les histoires et les intrigues. Ceci dit pour les comics, je n'en parle que quelques mois après leur publication, ce qui laisse le temps de les lire avant de lire mes chroniques.
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Série(s) en cours

3 août 2010 2 03 /08 /août /2010 15:43

 

Il est tôt, le soleil se lève sur le cours Mirabeau.

Quelques oiseaux chantent, ils sont encore les maîtres du son avant que les voitures ne se mettent à défiler.

Dans sa tasse le café fume, à côté du croissant qui attend son heure…

Les gens passent. Des hommes, des femmes. Des femmes, des hommes…

Les pages défilent, le roman avance vite. Quelques pauses dans la lecture, pour regarder autour de soi, observer, s’abreuver du monde.

Au loin une démarche, une silhouette qui réveille un souvenir heureux. Celui d’un parfum doux et apaisant, satiné, légèrement fruité, et qui s’évanouit dans l’air comme les traces éthérées d’un beau rêve. Celui qui nous échappe malgré tous nos efforts, comme l’eau qui se dérobe lentement entre les doigts serrés, dynamisante et tellement…

Un souvenir qui en appelle d’autres, lointains ou récents, flous ou diaboliquement précis, mais qui tous font frémir les lèvres et donnent naissance à un sourire.

Un grand-père qui apprend à son petit-fils à jouer aux échecs.

Une mère qui se lève à l’aube pour préparer un repas aux saveurs délicieuses.

Les avant-bras larges d’un père qui, silencieux, passe ses mains sur son visage.

Un petit garçon qui apprend avec application à sa grand-mère ce qu’est un tatou.

Une émotion si forte que deux corps et deux esprits s’électrisent l’un l’autre.

Une femme qui pleure de bonheur, et dont le sourire mêlé de larmes inonde de lumière son visage.

Une passion si forte qu’elle rend invincible.

Un chien qui tremble sous l’émotion intense de revoir son maître.

Un cri déchirant de douleur qui précède le premier souffle d’un nouveau-né.

Un bébé qui s’endort dans les bras de son père.

Un livre qui se referme en laissant l’esprit de son lecteur marqué à vie.

Une chanson dont les paroles retranscrivent et transcendent les pensées et les sentiments.

Un enfant qui sourit et qui irradie d’un bonheur pur et magnifique.
...

Le ciel est bleu, l’air doux, la brise agréable.

L’esprit vagabonde de réalité en pensées furtives. Les yeux papillonnent, la mémoire vacille entre précision et trous béants, brinqueballée à la manière d’une feuille morte prise dans un vent tourbillonnant.

Le temps passe, le soleil poursuit sa courbe en pointillés entre les nuages hauts éparpillés et d’une blancheur éblouissante. Le calme est roi, son intensité fait loi. Le bruit et le mouvement ont beau faire de leur mieux pour lui résister, c’est par pur principe car ils finiront par se soumettre, comme ils se soumettent toujours. La respiration est lente, les gestes sereins, les sens au repos.

La sensation de bien-être se profile … elle approche, caressante, séduisante, apaisante … elle est si proche qu’à peine un souffle la sépare du réel … mais comme l’hirondelle qui virevolte et ne se pose jamais elle reste insaisissable … les larmes séchées par le temps lui interdisent d’approcher plus … le souvenir d’un sourire inaccessible se dresse. Le mur invisible reste à jamais infranchissable.

C’est un beau jour.

Presque. Parfait.

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28 juillet 2010 3 28 /07 /juillet /2010 16:32

 

Dans Mon chien Stupide, John Fante, auteur américain d’origine italienne (1909-1983), nous invite à suivre Henry Bandini, un quinquagénaire vivant sur la côte ouest des Etats-Unis avec sa femme et leurs quatre enfants. Bandini est un avatar littéraire de Fante, ce qui permet à l’auteur de larges passages à inspiration autobiographique, notamment quand il fait de son personnage principal un écrivain qui pour survivre de sa plume se commet dans des commandes de scénarios plus indigents les uns que les autres pour la sacro-sainte Hollywood. Bandini désespère de devoir sans cesse choisir entre l’opulence des studios de cinéma qui le paient bien pour un travail de piètre qualité, sans envergure et sans ambition, et le vrai métier d’écrivain, qui flatterait son ego et sa dignité mais le plongerait aussi dans des ennuis financiers que son train de vie ne lui permet pas d’assumer. Vivre confortablement en se dévalorisant, ou devenir pauvre et artiste maudit…
Bandini, 50 ans passés, a depuis longtemps choisi. Il ne veut pas être pauvre, et il a une famille aux besoins de laquelle il doit subvenir. Mais parfois sa conscience le rattrape, et face à des enfants qu’il considère comme bien ingrats au vu de tout ce qu’il a sacrifié pour eux, Henry Bandini s’est forgé un caractère de bougon, de grande gueule, de père façon vieille école. Détaché de tout, seul contre tous, Bandini a cependant un faible pour les chiens. Attention, pas n’importe lesquels : ceux qui ont du caractère, ceux qui ont de la classe, ceux qui en imposent. Au point de faire passer son chien avant tout le reste, à vivre par procuration à travers lui. D’ailleurs depuis la mort de son dernier animal, il a promis à sa femme de ne plus prendre de chien…

Mais un beau jour, c’est un chien immense, dont on a du mal à déterminer précisément la race, qui vient d’on ne sait où, s’invite sur la pelouse familiale et élit domicile chez les Bandini. Aussi imposant que placide, le chien en question séduit Henry et c’est son plus jeune fils qui le baptise Stupide, en rapport à son caractère quelque peu particulier et imprévisible…

L’arrivée de Stupide dans la famille ne sera pas sans créer quelques remous et mettre du sel dans une existence que le héros avait de plus en plus de mal à supporter.

Voilà un petit bouquin sympathique, vite lu (150 pages environ en format poche), écrit sur un ton sarcastique et totalement empreint d’une ambiance « USA des années 70 » (pur ressenti : je n’ai aucune idée de quand Fante a écrit cette histoire). À travers son personnage d’écrivain raté, John Fante aborde les sujets de la famille et du couple après des années de mariage, du métier d’écrivain, du quotidien qui achève nos ambitions, de l’incompréhension entre les générations, du statut de parents vieillissants qui voient leurs enfants quitter le foyer. Et il nous offre également une vision de l’Amérique à l’ancienne, avec ses relents de racisme, ses communautés, ses valeurs, ses épreuves de force… Le tout est servi avec un humour grinçant et soutenu par un chien qui porte parfaitement son nom. Par bien des aspects il fait ce que son maître rêve de faire depuis toujours : ce que bon lui semble en se fichant des reproches comme de l’an quarante.

Sans en retirer une quelconque morale, sans imposer une vision de ce qui est normal ou non, cette courte histoire ressemble plutôt à une sorte d’immense constat, le constat de la vie d’un homme qui n’est ni particulièrement sympa ni particulièrement mauvais non plus. Pathétique parfois. Touchant par moment. Souvent drôle.

C’est très loin d’être une lecture indispensable, mais Mon chien Stupide m’aura fait passer un bon moment malgré tout.

 

259 mon chien stupide

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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21 juillet 2010 3 21 /07 /juillet /2010 15:50

Si ça c’est pas malin comme titre de bouquin !!
C’est justement pour ça que je l’ai lu. Non pas parce que je ne me considère pas comme stupide (au contraire même, à bien des égards je me sens parfaitement capable de l’être), mais parce que j’ai trouvé cette idée de titre excellente de malice. Forcément moi ça pique ma curiosité, et je me dis que là derrière peut se cacher tout et n’importe quoi, mais que ce sera forcément quelque chose d’intelligent.

Dans Ne lisez pas ce livre si vous êtes stupide, l’auteur anglais d’origine hongroise Tibor Fischer a réuni sept nouvelles de tailles variables (d’une dizaine à une centaine de pages).
Avec On a mangé le chef, on suit un patron d’entreprise informatique au bord de la faillite, qui, au bout du rouleau, décide de partir sur la Côte d’Azur voir s’il lui est encore possible de prendre du bon temps (entendez par là se baigner et dormir). Dans Portrait de l’artiste en tueur enragé, un artiste se façonne une vie de tueur en série, convaincu que c’est la seule façon de faire reconnaître son talent au grand jour. Dans La liasse de l’espoir c’est un type ordinaire qui se met en tête de devenir le « Kid de Manchester » et troque son boulot au bureau d’urbanisme de sa ville contre des santiags et deux colts. Et après … on vous traite de poivrot est peut-être la plus difficile à résumer et certainement ma préférée. On y croise Guy, un gars au regard sarcastique mais lucide sur ce qui l’entoure, et on le suit lors de ses tribulations dans la ville de Brixton, repère ultime de tarés ordinaires. L’enfer c’est froid retrace la découverte d’un charnier par un reporter à Timisoara pendant la guerre en ex-Yougoslavie. Dans Le rat de bibliothèque on rencontre un personnage assez original, qui s’est mis en tête de lire tous les livres qui existent et ont existé, et qui pour ce faire vit dans les bibliothèques et lit les ouvrages deux par deux, un dans la main droite l’autre dans la main gauche… Enfin dans J’aime me faire assassiner le personnage principal est une comédienne nymphomane et obsédée par les pinces à épiler…

Mon sentiment sur ce recueil de nouvelles est très contrasté. J’ai adoré le style. C’est blindé d’humour très noir, très cynique, très froid mais très bien vu. Tibor Fischer a un véritable talent pour décrire un personnage, retranscrire un caractère, sonder une psyché, tracer un portrait saisissant de réalisme. Je dirais même que ses nouvelles sont autant d’études comportementales. Tous ses personnages sont désabusés, sur la corde raide, tangents. Une espèce de désespoir insondable se dégage d’eux, on sent qu’ils vont droit dans le mur et qu’ils ne feront rien pour s’écarter de leur trajectoire suicidaire. En cela, les personnages sont profondément humains, bien que souvent extrêmes.
Mais la contrepartie à tout ça c’est  qu’il ne se passe pas grand-chose dans ces histoires. Pas d’intrigue, pas d’enjeu, l’auteur enchaîne des situations, des réflexions, des dialogues, mais ça ne mène nulle part. C’est bourré de bonnes idées et très bien écrit, l’humour tape juste… mais ça s’arrête là et c’est très dommage, car j’en suis sorti avec un sentiment d’inabouti. Et du coup sur moi la conséquence est radicale : je n’en retiens presque rien. Pour écrire cet article il a fallu que je reprenne le bouquin et que je survole toutes les nouvelles une à une pour me souvenir de quoi elles parlent. Ça ne fait pourtant que quelques mois que je l’ai lu ce livre…

Bref, j’ai du mal à en conseiller la lecture, bien que je sois conscient qu’il ne s’agit pas d’un mauvais livre du tout. C’est un très bel exercice de style, mais plutôt décevant sur le fond. Ou alors tout simplement, si je m’en réfère au titre, n’aurais-je pas dû lire ce livre finalement…

258 ne lisez pas ce livre si

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15 juillet 2010 4 15 /07 /juillet /2010 13:24

(Avant toute chose je vous préviens, j’ai collé des parenthèses un peu partout dans cet article.)
(La preuve.)
(Et ça n’a rien à voir avec le livre.)
(Enfin je crois.)
(Ou alors c’est freudien.)
(Bref.)

Mon choix de livres se fait selon différents critères. Je cible des auteurs que j’ai déjà lus et appréciés. Mais aussi, souvent je flâne dans les rayons d’une librairie et je laisse vagabonder mes yeux jusqu’à ce qu’un titre et/ou une couverture m’interpellent (je sais, c’est particulier comme technique, ça fait pas sérieux hein ?), puis je feuillette, et la quatrième de couv’ finit de me convaincre (ou pas) . Évidemment il y a aussi les livres qu’on m’offre, qu’on me prête ou qu’on me conseille. Et puis parfois j’entends parler d’un bouquin et ce que j’en entends éveille ma curiosité, à la radio, dans un magazine, ou même à la télé. C’est donc dans une émission littéraire d’une chaîne publique que j’ai entendu parler de Spécimens à disposition des jeunes filles faciles qui avait l’air de cumuler à lui seul plusieurs bons points : un titre original et engageant (à mon sens), des commentaires assez élogieux à son propos (dans la dite émission télé), et son auteur Virginie de Clausade qui était invitée sur le plateau avait fait preuve d’une belle répartie et d’un esprit assez grinçant et vif au cours du débat sur je ne sais plus quel sujet du moment. En plus de ça elle est jolie comme un cœur ce qui remplit mon critère « couverture qui m’interpelle » précité. Hum. Ça, c’est fait.

Avant cette émission je ne connaissais pas Virginie de Clausade. J’ai appris bien après avoir lu son livre (je le précise pour qu’on ne me reproche pas de l’avoir lu avec des idées préconçues) qu’elle co-animait avec Arthur pendant un temps l’émission Les Enfants de la Télé. Le zouave en question me filant des boutons dès lors qu’un son s’échappe de sa bouche (c’est-à-dire en permanence quand il présente un truc à la télé ou à la radio), et ayant trouvé, je ne sais pas exactement quoi choisir comme terme entre grotesque et affligeante - mettons les deux – sa reconversion en humoriste de one-man-show, le statut de sa potiche de service aurait dû éveiller mes soupçons. Maligne comme un singe bonobo, la belle blonde tatouée s’est bien gardée de coller un stick-promo « conseillé par Arthur » sur son livre, et je me suis donc fait avoir comme un bleu. On ne peut pas gagner à chaque fois.

J’aurais pourtant tellement aimé que la jolie Virginie batte en brèche mes a priori à la con et me démontre avec brio que juger sur étiquette, même a posteriori, devrait me faire honte.
Manque de bol, elle a échoué dans cette mission.

Vous l’aurez deviné, je n’ai pas vraiment été convaincu par la chose.
Alors de quoi s’agit-il ? L’éditeur présente le livre comme étant une typologie romanesque des garçons qu’une jeune fille croise dans sa vie avant de trouver le Bon. Il se découpe donc en quinze chapitres, consacré chacun à un stéréotype de ces garçons : le Populaire, le Refoulé, l’Amicamant, le Trop Parfait, le Fruit Défendu, le Pygmalion, le Spécimen Rare, l’Inquittable, le Sparadrap, la Plante Verte, l’Animal à Abattre, le Décevant, l’Artiste Politisé, etc…
Pour chacun d’entre eux, Virginie de Clausade raconte comment on le rencontre, comment on le séduit, comment la relation évolue, et comment elle finit. Une des phrases d’accroche du livre est « Si les détails varient, les catégories persistent ». Je ne voudrais pas me montrer gratuitement méchant, mais non seulement je trouve la formule bien creuse quand on s’y attarde un peu, mais surtout les « détails » dont il est question… ben j’aurais bien aimé moi, qu’ils varient vraiment ! Parce que l’impression qui prédominait ma lecture, et ceci à partir du quatre ou cinquième chapitre, c’était l’impression de relire un peu toujours la même chose à intervalles réguliers. Même les vannes et l’étalage d’humour et d’esprit caustique sont malheureusement soumis aux répétitions un peu trop voyantes (et quelque chose me dit que l’auteur ne cherchait pourtant pas à jouer dans le registre de l’humour de répétition…). Ça n’a peut-être pas été écrit pour être lu d’une traite, je ne sais pas, en tout cas c’est déjà plutôt light comme lecture, alors si en plus ça se répète…
Je ne dis pas que je n’ai pas souri à un moment ou un autre, mais dans l’ensemble je me suis… ennuyé. Ce qui, vous en conviendrez, sied mal à un petit bouquin qui se veut percutant et impertinent (il était vendu comme tel en tout cas).

Sinon, en quelques mots je peux vous résumer les catégories dont parle la jolie décolorée à la moue boudeuse (euh… la nana qui a écrit ce livre). Les femmes sont soit des filles intéressantes (entendez par là : sexualité libérée –les filles faciles du titre-, chasseuse d’homme, caractère « moi je » bien trempé, top look branché et sexy), soit chiantes (toutes les autres, surtout celles qui ont un mec, croient en l’amour, ont des amis et du coup sont ennuyeuses à mourir). Mesdemoiselles, choisissez votre camp.
Pour les mecs c’est encore plus simple : ce sont tous des connards. Lâches, bêtes, puérils, salauds, égocentriques. Pas un pour rattraper l’autre.

Voilà, j’ai résumé le livre. Alors on va peut-être me rétorquer que je n’ai pas compris, que c’est à prendre au second degré (merci je m’en doutais un peu, mais même là je trouve ça fade et creux), que c’est de l’humour grinçant (à l’extrême j’accepte si on ajoute le mot « tentative » avant), ou même que je n’aime pas parce que je l’aurais pris à mon compte (ben oui je suis un mec, donc forcément bête et égocentrique, suivez un peu au fond là !).
Mais la vérité est ailleurs (© & ™ Fox M.). La vérité c’est que ce livre est un beau produit, bien emballé et très bien vendu, ce qui ne l’empêche pas d’être plat et très convenu.

Enfin ce que j’en dis moi… ça reste l’avis d’un mâle bêta.

257 specimen disposition jeunes filles faciles

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7 juillet 2010 3 07 /07 /juillet /2010 06:35

Je n’en suis pas à mon premier roman de David Lodge, et je garde en particulier un excellent souvenir de son Pensées Secrètes (il faudrait d’ailleurs que je ponde un article dessus tiens, mais cela nécessiterait que je m’y replonge car je l’ai lu il y a plusieurs années déjà…).

Dernier en date (tout du moins quand je l’ai lu !) de l’écrivain anglais, La Vie en Sourdine met en scène Desmond Bates, un professeur de linguistique fraîchement retraité, touché par un handicap grandissant : la surdité. Desmond est marié en seconde noce à Winifred, une femme plus jeune que lui et en pleine réussite professionnelle avec son magasin de décoration. La surdité de Desmond est évolutive et plombe de plus en plus sa vie sociale, il se sent exclu et le vit difficilement. C’est justement au cours d’une soirée mondaine où l’entraîne sa femme qu’il a une conversation avec une jeune et jolie étudiante américaine, Alex Loom,  à laquelle il répond au petit bonheur la chance (par honte et lassitude de demander à son interlocutrice de répéter pour la troisième fois la même phrase). Sans s’en rendre compte Desmond va ainsi accepter de superviser le mémoire qu’Alex prépare et qui s’intéresse à l’analyse linguistique des lettres de suicidés… C’est le point de départ de l’histoire qui va nous faire suivre Desmond de novembre à mars, période au cours de laquelle sa vie va connaître un regain d’activité inattendu…

Difficile de qualifier en quelques mots ce roman de Lodge. Ici pas de réel suspense, il n’est pas question d’événements trépidants qui s’enchaînent pour bouleverser la vie du héros, on suit surtout et avant tout les réflexions d’un homme autour de deux axes principaux : la surdité par la solitude, le confinement et la souffrance qu’elle engendre, et de manière plus générale, la fin de toutes choses. La fin de la vie active quand on peine à se trouver de l’occupation en tant que retraité, la fin de la vie intime telle qu’on l’a connue quand on n’a plus la vigueur et la libido de sa jeunesse, la fin de la vie sociale et culturelle quand on n’entend plus assez bien pour se fondre dans le monde, et la fin de la vie elle-même, quand l’âge fait que le corps se dérobe et que l’esprit se détériore.

Attention, dit comme ça, ça pourrait paraître lugubre et déprimant, mais ce serait sans compter sur la plume de Lodge ! Celui-ci n’a pas son pareil pour passer du grave au loufoque, et c’est à une véritable tragi-comédie (un terme qui prend tout son sens ici) qu’il nous invite dans ce livre. On y côtoie le rire et les larmes, le tout en évitant et le pathos, et le pessimisme qui pourraient pourtant facilement coller à ce type de roman.
D’ailleurs on apprend par les notes de l’auteur en fin du livre que cette histoire est en partie autobiographique (en partie seulement !), et comme par hasard on s’aperçoit que ce sont justement les parties autobiographiques qui sont les plus réussies et qu’on retient du livre. C’est le cas des rapports de Desmond avec son père très âgé qui sont particulièrement touchants et émouvants (Lodge y relate sa propre relation avec son père en fin de vie), mais aussi de toutes les pensées et réflexions de Desmond autour du statut de sourd (Lodge est lui-même atteint de surdité évolutive) qui traduisent tantôt un vrai désespoir, tantôt un humour cynique et vif (les retranscriptions des conversations telles que les entend Desmond savent être parfois hilarantes, le week-end entre amis en village de vacances est lui aussi très drôle). Lodge fait d’ailleurs bien ressentir les moments d’intense isolement de son personnage en faisant le rapprochement entre surdité et « petite mort » jusque dans le jeu de mots du titre original Deaf Sentence.

Bref, ce livre de Lodge se déguste et invite à la réflexion, il est à la fois drôle et émouvant, caustique et intelligent. C’est fluide, érudit, plein d’autodérision… du bon David Lodge en somme !

256 vie en sourdine

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1 juillet 2010 4 01 /07 /juillet /2010 07:56

 

Je viens de lire le dernier hors-série en date du magazine Psychologies, intitulé Comment être un homme ?

Je n'avais jamais lu aucun numéro de ce magazine que je ne connaissais que de nom, mais pour tout un tas de raisons qui m'appartiennent, ce titre m'a interpellé. Aussi m'y suis-je plongé.

J'y ai trouvé des articles plus ou moins bons, certains très intéressants, d'autres plutôt décevants.

En vérité, les questions soulevées m'ont paru beaucoup plus riches que les réponses, ou débuts de réponses, apportées.

En fil rouge du magazine, la question « c'est quoi être un homme ? » était posée à différentes célébrités, hommes et femmes, qui répondaient chacune à leur façon.

Bien évidemment, je me suis posé la même question, et me suis demandé quelle serait la définition que je donnerais si on m'en demandait une.

J'aurais pu penser au magnifique poème de Rudyard Kipling, If, repris et adapté en chanson par Bernard Lavilliers (et qui m'a déjà servi pour un article il y a longtemps), j'aurais pu parler du courage de mon père face à sa maladie, j'aurais pu citer toutes les qualités humaines de mon ami Éric qui est une sorte de modèle à suivre pour moi.

Il y en a qui auraient répondu selon des stéréotypes ou des clichés : on est un homme après son service militaire (ahhhh heureuses générations actuelles !!), on est un homme après sa première relation sexuelle (version macho), on est un homme quand on devient père de famille (version paternaliste), etc …

Mais ce qui m'est venu quasi-instantanément à l'esprit, c'est l'image de mon grand-père, un jour funeste de février 1998. Je rentrais le soir, mon grand-père m'a ouvert la porte et m'a annoncé que mon père venait de mourir quelques instants plus tôt. Il m'a regardé, m'a pris l'épaule d'une main et du haut de ses 72 ans m'a dit « je suis là ».

C'est ça être un homme pour moi.

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23 juin 2010 3 23 /06 /juin /2010 08:14

 Tout est dans la tête est un premier roman, celui d’Alastair Campbell, qui a été journaliste au Daily Mirror, puis directeur de la stratégie et de la communication du Premier Ministre britannique Tony Blair de 1997 à 2003. Pas totalement déconnecté de la sphère politique puisque l’un des personnages secondaires est secrétaire d’État à la santé, ce roman narre l’histoire d’un psychiatre face à ses patients mais aussi confronté à ses propres doutes, ses propres démons.

Pendant un peu plus d’une semaine on suit le Docteur Martin Sturrock, une sommité dans son domaine, chef de service d’un grand hôpital londonien, un homme dévoué à son métier tant et si bien que sa famille l’accuse de l’avoir sacrifiée au nom de sa vocation. On assiste à son quotidien entre vie personnelle difficile (les reproches de sa femme et de son fils s’accumulent) et consultations avec les patients dont il s’occupe et dont les cas lui tiennent à cœur. Parmi ces derniers il y a David, un jeune dépressif bipolaire qui vit avec sa mère et est incapable d’avoir une vie sociale et amoureuse normale, Emily une jeune femme gravement défigurée suite à un incendie, Arta une mère de famille réfugiée kosovar qui a été violée en présence de sa petite fille, Ralph Hall le ministre de la santé complètement sous l’emprise de l’alcool et Hafsatu, une ancienne prostituée qui a vécu un enfer avant de se sortir du réseau de prostitution dont elle était l’esclave. Le professeur Sturrock suit chacun d’entre eux personnellement et s’investit beaucoup dans leur thérapie. Mais le psychiatre est lui-même de plus en plus en proie au doute et au défaitisme, convaincu de ne plus parvenir à aider correctement ses patients, pire même, persuadé d’avoir commis de graves erreurs avec certains, et par ailleurs conscient de son échec personnel en tant que père et mari.

Difficile d’en dire beaucoup plus sans en raconter trop… toujours est-il que ce roman aborde de nombreux sujets qui touchent tous aux blessures de l’âme. Par les histoires secondaires des différents patients, on entre véritablement dans la tête de ces personnes en souffrance psychologique, et l’histoire principale, celle du psychiatre lui-même, nous incite à réfléchir à ce que vit un homme dont le métier est de venir moralement en aide aux autres. Est-on exempt de faiblesses, de remords, de vices, de contradictions quand on est censé être un spécialiste de la psychologie humaine, quand on est celui qui aide les autres à guérir de ces maux ?

Très facile à lire, Tout est dans la tête n’en est pas pour autant superficiel et dénué de profondeur. On vit et on ressent ce qui anime les personnages, et c’est une des qualités du roman, tout est fait pour que le lecteur se sente en empathie avec les différents personnages. En tout cas pour moi ça a très bien fonctionné (mais je suis plutôt bon public c’est vrai aussi…), et j’ai retrouvé par la suite le même type de ressenti à la vision de la très bonne série HBO En thérapie avec Gabriel Byrne en psychanalyste qui doute aussi de lui-même et de la pertinence de son impact réel sur ses patients. Si vous connaissez la série télé vous aurez une assez bonne idée du ton employé dans ce livre (bien que les pathologies abordées soient elles très différentes).

Fluidité, sensibilité, intelligence, le tout avec une dose d’humour (malgré l’aspect grave des sujets traités, Campbell parvient à se ménager la place pour quelques traits d’humour bienvenus), je trouve que pour un premier roman c’est déjà plus que pas mal ! Et la fin recèle un moment d’émotion assez intense qui finit de prouver le talent de l’auteur. Un bon bouquin, à lire si une plongée dans les sentiments humains ne vous fait pas peur.

254 tout est dans la tete

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16 juin 2010 3 16 /06 /juin /2010 07:15

Après les comics, après les séries télévisées et après les adaptations au cinéma, voici venir l’univers des super-héros dans le monde de la littérature par l’intermédiaire de ce roman de Austin Grossman, Un jour je serai invincible (chez Calmann-Lévy). Oh il y avait bien eu ici ou là des novélisations de super-héros, chez Marvel en particulier (le scénariste Peter David en a signé un certain nombre parmi les plus connues) mais rien qui ne dépasse l’adaptation de héros pré-existants et pour un public-cible essentiellement composé de jeunes lecteurs et d’amateurs de comics. Ici c’est un peu différent. Les héros mis en scène ne sont pas des reprises de personnages des grandes firmes (bien que la plupart soient très identifiables à des personnages existants chez Marvel et DC), le public visé est a priori adulte et si l’auteur s’amuse à jouer avec des codes et clichés bien connus des lecteurs de comics c’est pour mieux les détourner, parfois s’en moquer et en permanence montrer l’envers du décor.

Le roman est scindé en deux parties où l’on peut suivre en parallèle deux personnages.
D’un côté on a le Docteur Impossible, l’homme le plus intelligent du monde et aussi le plus grand super-vilain de l’histoire, qui compte bien s’emparer de la planète et imposer sa domination (bien qu’il ait déjà à son actif plusieurs tentatives, qui se sont toutes soldées par un échec jusqu’ici). Le Docteur Impossible est incarcéré dans une prison de haute sécurité, mais son esprit génial a déjà échafaudé un plan machiavélique pour s’échapper et conquérir le monde, et cette fois-ci, il en est persuadé, il a pensé à tout et rien ne l’arrêtera, pas même l’équipe de super-héros à laquelle il se heurte toujours, les Champions, qui ont à leur tête sa Némésis, Corefire (qui est clairement un avatar du Superman de DC). Surtout depuis que Corefire a mystérieusement disparu et ne donne plus signe de vie. Est-ce le premier acte du plan diabolique du Docteur Impossible ?
De l’autre côté on suit Fatale, une jeune femme qui à la suite d’un terrible accident a été totalement recomposée et est devenue une cyborg faite de chair, mais surtout de beaucoup de métal, de plastique et de silicone. Plus proche du char d’assaut ultra-sophistiqué que de la femme, elle a perdu tout souvenir de son existence passée et se consacre à devenir une super-héroïne digne de ce nom, ce qui semble enfin lui sourire puisqu’elle est sélectionnée pour devenir le nouveau membre de l’équipe des Champions, l’élite parmi les super-héros. Mais l’intégration au sein du groupe n’est pas aussi simple qu’on pourrait le penser : derrière la façade publique, les Champions ne sont qu’une addition incontrôlable d’égos surdimensionnés, depuis le sombre BlackWolf (l’équivalent de Batman) en passant par la belle Damoiselle (une version hyper-sexy et froide de Wonder-Woman) ou encore le bestial Feral (un mélange de Wolverine et Black Panther). Fatale va devoir faire ses preuves auprès de ses glorieux aînés, mais aussi abandonner ses illusions quant à leur prétendue perfection…

Pour tout amateur de super-héros, on n’a là rien de très original, et si comme moi vous êtes un habitué de ces univers bariolés de types en capes et en collants qui se frittent à grands coups de rayons laser et de pouvoirs surhumains vous serez en terrain connu et ultra-balisé. À ceci près que l’auteur traite tout celà d’un œil malicieux, en prenant le recul nécessaire pour apporter le second degré indispensable à ne pas tomber ni dans la caricature grossière, ni dans le ridicule affligeant. Le ton est résolument adulte, ne vous méprenez pas sur les intentions de Austin Grossman, il n’est pas là pour servir la soupe à des idôles pour adolescents attardés. L’univers qu’il décrit est certes enraciné dans les poncifs habituels de ce genre particulier que sont les histoires de super-héros, mais l’auteur sait parfaitement bien contourner ces dits poncifs pour y accoler sa lecture personnelle des mythes modernes que sont les encapés à super-pouvoirs. Il s’en moque parfois, montre l’envers du décor, met ses personnages dans des situations dans lesquelles il n’est pas coutumier de les voir, et surtout nous invite dans la tête de ses deux héros principaux, la jeune héroïne et le méchant mégalo en nous faisant partager leurs pensées, leurs doutes et leurs réflexions. C’est d’ailleurs en se plaçant depuis ce point de vue que Grossman parvient à tirer son épingle du jeu et évite ce qui aurait très vite pu basculer dans le grand-guignol. Il parvient à insuffler ainsi dans son récit une dose d’autodérision et d’humour, mais aussi de sensibilité voire même parfois de tendresse qui rend ses personnages attachants. À ce titre d’ailleurs c’est bien évidemment le Docteur Impossible qui est le personnage le plus abouti (comme souvent, le plus intéressant reste toujours le méchant d’une histoire), oscillant sans cesse entre traits de génie et poisse du loser, il est à la fois involontairement très drôle, parfaitement cruel et intellectuellement enthousiasmant. On se prend presque par moments à espérer qu’il parvienne enfin à ses fins tant on ressent son désir mêlé de besoin d’y arriver.

Cela étant dit, si je me suis bien amusé à la lecture de ce roman qui sort des sentiers battus de la littérature dite « sérieuse » et qui se permet de mettre les pieds dans l’univers souvent mal considéré des super-héros, je ne crie pas non plus au chef d’œuvre ni à l’ouvrage révolutionnaire. J’ai du mal également à faire la comparaison (que l’éditeur met lui-même en avant dans sa présentation du livre) avec les fameux Watchmen de Alan Moore et Dave Gibbons.

Je me permets un petit aparté d’ailleurs à ce sujet… parce que j’en ai un peu ma claque que dès que le thème des super-héros est traité un tant soit peu sur un ton adulte et avec un peu plus de recul que ce qui était fait spécifiquement pour les gamins dans les années 60 on le compare à Watchmen. D’accord c’est le mètre-étalon en la matière, d’accord c’est une œuvre majeure du genre et elle a durablement marqué l’univers super-héroïque, mais sans vouloir nier toutes ses qualités il faudrait un peu arrêter de l’invoquer à la moindre occasion. Ok pour le phénomène de mode, ça fait certainement un peu hype de le citer à tour de bras et puis ça donne l’impression de s’y connaître et d’être cultivé en la matière tout en gardant un vernis sérieux en parlant de gugusses en collants, mais depuis Watchmen (et déjà avant Watchmen du reste) il y a eu un nombre incalculable de comics qui traitent des super-héros sur un ton adulte, réfléchi et sérieux. Je dirais presque que ce sont les comics « basiques », à la façon Stan Lee et compagnie qui sont devenus la minorité, en tout cas qui ont été tant dévalorisés et ringardisés qu’on n’en voit plus beaucoup. Bref tout ça pour dire que j’adore Watchmen, mais que ça me saoule qu’on compare toujours tout à l’œuvre de Moore & Gibbons (avec bien entendu la plupart du temps le commentaire assassin et qui fait genre « je m’y connais » qui souligne que quand même « c’est pas du niveau d’un Watchmen », une façon à la fois de dire je connais Watchmen c’est une référence absolue et en même temps de se trouver une légitimité à être condescendant envers tous les autres comics parce que malgré tout c’est pas bien sérieux toutes ces histoires de super-héros pour boutonneux débiles et là il faut que j’arrête cette phrase parce qu’elle devient vraiment trop longue et vous avez besoin de reprendre votre souffle). Voilà, fin de l’aparté dont tout le monde se fiche.

J’en reviens donc à la comparaison faite entre Un jour je serai invincible et Watchmen. Pour moi elle n’a pas lieu d’être. Les deux œuvres s’inscrivent dans une lecture adulte du mythe des super-héros, et la comparaison s’arrête là à mes yeux. Le ton n’est pas le même, le traitement est différent, la finalité du discours diverge, on ne parle même pas de la forme… donc pour moi ça n’est pas vraiment pertinent comme comparaison. En revanche c’est certainement un bon argument de vente…

Alors à qui ce bouquin peut-il plaire ? a priori je dirais à tout le monde, bien que les allergiques patentés aux super-héros y resteront à coup sûr insensibles. A contrario, les fans de comics seront quant à eux forcément déjà un peu conquis d’avance. Reste tous les autres ! Alors si vous n’êtes ni pro ni anti super-héros, mais que vous êtes un peu curieux et ouvert à de nouvelles expériences (euh… on parle littérature là hein je le rappelle !), et si vous avez envie d’une lecture divertissante et qui ne se prend pas trop au sérieux, tentez votre chance avec Un jour je serai invincible, vous pourriez bien être agréablement surpris.

253 un jour je serai invincible

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8 juin 2010 2 08 /06 /juin /2010 07:19

Voici l’un de mes gros coups de cœur de 2009. La Fin des Mystères de Scarlett Thomas m’a littéralement passionné, enthousiasmé, subjugué. Avec La Route et Un Mec Sympa (dans des styles tous très différents) il s’agit de mon tiercé gagnant de l’année passée (impossible de donner un ordre précis d’arrivée), le genre de claque qu’on aimerait se prendre plus souvent !

Pourtant au premier abord, je n’aurais pas parié grand-chose sur la possibilité que ce livre me plaise autant. La quatrième de couverture ne m’a absolument pas accroché, et pour être honnête si le roman s’en était tenu à ce qui y est annoncé en résumé de l’intrigue j’aurais passé mon tour. Les mystères et légendes urbaines à base de livre maudit, voilà un thème bateau qui aurait plutôt tendance à me faire fuir. Ce qui a piqué ma curiosité ce sont les échos ultra-favorables que j’ai pu en avoir au travers de sites où les intervenants ne sont pas du genre à mâcher leurs mots quand ils n’aiment pas un bouquin, et des éloges de la part de gens dont la culture et l’érudition m’inspirent confiance. Grand bien m’a pris de ne pas m’arrêter à ma première impression, et très certainement l’effet de surprise qui en a résulté m’a encore plus fait aimer ce roman.

L’héroïne de l’histoire est une étudiante britannique, Ariel Manto, qui rédige une thèse sur les « expériences de pensée », depuis la théorie du Big Bang jusqu’à la relativité d’Einstein en passant par le chat de Schrödinger, la théorie du Chaos ou la montre de Paley, à travers l’étude transversale de divers scientifiques. C’est avec une émotion intense et totalement incrédule qu’elle tombe un jour sur un exemplaire de La Fin des Mystères, ouvrage de la fin du XIXè siècle rédigé par un scientifique victorien méconnu, Thomas Lumas. Lumas y raconte sous forme d’histoire romancée l’aventure d’un certain Mr. Y qui par l’intermédiaire d’une potion étrange accède à un pan de la réalité qu’il a nommé la troposphère et qui n’est ni plus ni moins que la dimension de la pensée pure. Pour Ariel cela tient quasiment du miracle : un seul exemplaire de ce livre est répertorié et enfermé dans un coffre-fort quelque part dans une banque suisse et la voilà en possession d’un autre exemplaire de l’ouvrage qu’elle pensait unique. Et ce n’est pas tout… une légende flotte au sujet de ce livre, une malédiction qui voudrait que tous ceux qui l’ont lu auraient mystérieusement disparu…
Mais la curiosité et l’esprit de découverte d’Ariel vont la pousser à se jeter dans la lecture du livre de Lumas, et ce qu’elle va y découvrir changera radicalement sa perception du monde en lui ouvrant l’accès à cette fameuse troposphère. Cependant Ariel n’est pas la seule à s’intéresser à ce livre, et c’est simultanément dans la réalité matérielle et dans la dimension de la pensée que va s’engager une haletante course poursuite, parsemée de découvertes et d’expériences incroyables…

(Petit aparté : le titre original comporte un joli jeu de mots malheureusement intraduisible puisqu’il reprend le titre du livre de Lumas « The End of Mr. Y ».)

Je ne sais pas si avec ce court résumé d’introduction j’aurai réussi à vous donner l’envie de lire La Fin des Mystères, mais sachez que ce n’est que la partie émergée de l’iceberg que je vous ai dévoilée là ! Ce livre est d’une richesse assez incroyable, abordant un nombre impressionnant de thèmes allant de la physique quantique à la foi, la philosophie, la science, l’amour, la littérature, Dieu, le sexe, la vie, la mort…
Et ce qui le différencie encore un peu plus des autres livres qui abordent ce genre de sujets, c’est le style, le ton, l’écriture. Souvent ce sont des scientifiques qui écrivent et vulgarisent des expériences telles que celle du Chat de Schrödinger pour reprendre un exemple connu. Des scientifiques écrivains en quelque sorte. Ici on sent nettement qu’il s’agit de l’inverse. C’est une âme littéraire qui parle de concepts scientifiques. Et ça change beaucoup l’angle sous lequel tous ces concepts sont intégrés dans l’histoire. La métaphore devient la réalité, ou peut-être est-ce la réalité qui n’est rien d’autre qu’une métaphore créée par notre esprit ?
Une citation de Samuel Butler introduit la première partie du roman et donne le ton : « Non seulement rien n’est ni bien ni mal si ce n’est par la pensée, mais rien n’est en soi tant que la pensée ne l’a pas fait exister. »

Mais ne soyez pas effrayé pour autant, Scarlett Thomas ne nous assène pas de vérité fracassante à la manière d’un gourou de secte, elle nous mène simplement à travers la pensée, dans des réflexions sur ce qu’est le monde, sur ce que nous représentons en tant qu’êtres intelligents et doués de conscience, elle donne quelques clés pour aborder les dernières découvertes en matière de physique quantique (ce lien ténu entre matière et énergie, ondes et particules…), bref au travers de La Fin des Mystères on est amené à dépasser les simples apparences du monde qui nous entoure… ce qui de fait nous inclut dans le livre, et fait du lecteur également un acteur. On ne peut s’empêcher de faire des rapprochements et des comparaisons avec notre ressenti, nos expériences, notre vision de la vie. J’ai pour ma part été tout particulièrement emballé et scotché par le chapitre 25 (si ma mémoire ne me joue pas des tours) dans lequel Ariel et un des personnages du roman discourent d’une théorie sur la réalité, la pensée et leur substance, et quand un livre parvient à mettre mes neurones en ébullition comme ça, je suis conquis.

Je précise également qu’il est inutile d’être un scientifique pour comprendre ce livre, même si certains concepts abordés semblent compliqués à première vue. Il suffit d’être curieux et de se laisser aller à la réflexion pour accompagner Ariel dans son périple incroyable.

Ce roman, outre la part belle qu’il donne à l’imagination, est aussi une formidable invitation à la réflexion, à l’introspection, à la mise en abîme de ses propres certitudes et croyances. On est embarqué dans une remise en question de tout ce qu’on pensait jusqu’alors évident, l’existence nous est présentée sous un jour qu’on n’aurait peut-être jamais imaginé seul. On s’évade, on découvre, on grandit avec ce livre.

À lire absolument.

252 fin des mysteres

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2 juin 2010 3 02 /06 /juin /2010 06:40

Voici un drôle de bouquin, précédé d’une plutôt bonne presse outre-atlantique (qui met principalement en avant l’humour de l’auteur comme son atout majeur) et affublé d’une couverture pour le moins hideuse à mon humble avis ! D’un rose flashy, dotée d’une iconographie tout en formes géométriques, je dois bien dire que ce n’est pas le genre à me pousser à ouvrir un livre…
Mais bon, passées ces considérations esthétiques somme toute peu objectives, je me suis intéressé plus avant à ce qu’avait à nous raconter l’auteur, Christopher Moore, histoire de voir si les promesses d’originalité et de drôlerie étaient bien tenues.

L’histoire prend place à San Francisco, et met en scène Charlie Asher, un type tout ce qu’il y a de plus banal, se définissant lui-même comme un « mâle-bêta », comprenez un monsieur-tout-le-monde-insignifiant, en opposition aux « mâles-alpha » qui sont beaux, brillants, promis à de grandes choses et à qui tout réussit dans la vie. Charlie donc, a conscience d’être un homme très commun qui vit une existence sans grande prétention et ça lui va bien ainsi. Car dans sa condition de mâle bêta il se considère comme chanceux malgré tout. Il a une femme superbe, Rachel, il tient une boutique de brocante qui lui permet de vivre correctement, et surtout il est sur le point de devenir l’heureux papa d’une petite Sophie. Et Charlie se contente bien de cette petite vie rangée, qui suffit à son bonheur.
Sa vie prend une tournure imprévisible autant que tragique quand sa femme meurt peu de temps après avoir donné naissance à leur enfant. Dans sa chambre d’hôpital, Charlie tombe sur un géant noir habillé tout de vert à son chevet et la surprise est partagée : le géant est un collecteur d’âmes, et si Charlie est capable de le voir c’est parce que lui-même en est devenu un… Dès lors Charlie bascule dans un monde insoupçonné, délirant et inquiétant… Son nouveau statut oblige Charlie à récolter les âmes des gens dont les noms s’inscrivent mystérieusement et presque quotidiennement sur son calepin, tout en élevant son bébé. Et il a plutôt intérêt à bien s’acquitter de sa tâche, car des voix menaçantes d’esprits maléfiques résonnent depuis les égouts ; ces démons des entrailles de la terre profitent de chaque erreur de Charlie pour accumuler eux aussi des âmes et se renforcer ainsi jusqu’à pouvoir sortir de leurs ténèbres et étendre leur royaume à la surface…

Dit comme ça, je réalise que c’est plutôt lugubre comme histoire mais ne vous y fiez pas, l’auteur traite tout cela sur un ton très léger, et l’humour tant encensé par ailleurs est bien présent tout au long du récit. Peut-être presque trop même à bien y réfléchir, car l’histoire oscille sans cesse entre noirceur du contexte et loufoquerie des personnages, pas un seul n’échappant au regard acide de l’auteur qui les affublent quasiment tous de l’une ou l’autre spécificité bien bizarre pour ne pas dire excentrique. Entre les voisines russe et chinoise de Charlie qui sont deux tyrans domestiques ou les deux employés de son magasin d’occasion : une jeune gothique aussi vive d’esprit que prompte à sécher les cours et un ex-flic à la recherche de l’amour sur internet et qui se verrait bien en Jack Bauer du pauvre (assez hilarant ce dernier il faut le dire), Charlie évolue dans un environnement assez atypique. Sans parler des deux « cerbères des enfers », des chiens immenses qui dévorent absolument tout ce qui leur passe sous la gueule et qui vont élire domicile chez lui et devenir les gardes du corps attitrés de la petite Sophie. Cela étant dit, si l’humour est bien omniprésent, il ne fait pas pour autant mouche à chaque fois, l’ensemble des gags impliquant les chiens par exemple ne m’ayant pas vraiment fait rire… à trop vouloir en faire parfois Moore lasse un peu, ou se répète. Et puisque je me permets de critiquer un peu l’humour parfois trop présent dans le récit, je me dois de signaler la toute fin du roman, et tout particulièrement la dernière réplique qui dans le genre loufoque et potache m’a fait éclater de rire !
De manière plus générale le roman est bien écrit, intéressant, enlevé et l’auteur se permet même des passages beaucoup plus sombres, voire même très tristes (on parle quand même de mort du début à la fin oh !) qui sont réussis et qui tranchent dans le ton avec le reste.

Quant à l’originalité de l’histoire… ben on va dire qu’il n’y a pas de quoi s’en relever la nuit non plus ! Pour ce qui est  « personnification de la mort » ce n’est pas vraiment comme si ça n’avait jamais été traité (rien qu’à l’écran depuis la Quatrième Dimension jusqu’à Rencontre avec Joe Black par exemple), et même dans ce cas précis de « collecteurs d’âmes » on ne peut s’empêcher de penser par exemple à la série Dead Like Me (plus que moyenne soit dit en passant) dont c’est très exactement le thème (je crois que le livre est sorti aux USA en 2006 mais je ne suis pas sûr de la date de sortie exacte de la série télé, donc je ne sais pas qui a l’antériorité sur ce coup là). Non vraiment, ce n’est pas l’originalité qui m’aura le plus frappé dans ce roman, ni l’intrigue principale à vrai dire (toujours un peu trop comique pour être flippante, ou toujours un peu trop gore pour être vraiment drôle), mais plutôt la galerie sympathique de personnages secondaires, certains même auraient bien mérité un « temps de présence » supérieur selon moi (les employés de Charlie notamment).

En fait je suis ressorti de la lecture de ce roman comme on sort un peu d’une série B, avec dans l’idée que c’était pas mal mais que le potentiel d’être mieux était là. Que parfois dans le mélange humour / noirceur la mayonnaise ne prenait pas à chaque coup, et que si la lecture se faisait sans déplaisir elle n’en restait pas pour autant un moment inoubliable. Bref, en gros si je devais résumer en une phrase mon ressenti sur Un Sale Boulot, je dirais : pas mal, mais peut mieux faire.

251 un sale boulot

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