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Avant de lire les notes que je fais sur les films que je vois et les bd que je lis, sachez que dans mes commentaires il m'arrive parfois de dévoiler les histoires et les intrigues. Ceci dit pour les comics, je n'en parle que quelques mois après leur publication, ce qui laisse le temps de les lire avant de lire mes chroniques.
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22 juin 2011 3 22 /06 /juin /2011 08:17

Film d’action. Course poursuite. Chasse à l’homme. Tueur en série. Survie en prison. Thriller.
Autant de mots et de concepts qui d’habitude s’accordent avec les bons gros blockbusters américains, les films à grand spectacle hollywoodiens.
Eh bien une fois n’étant pas coutume, vous retrouverez tout ça dans un film français. Avec des acteurs français. Qui se passe en France. Et devinez-quoi ? ça fonctionne du feu de dieu. Ça s’appelle La Proie, c’est mis en scène par Éric Valette, et c’est carrément réussi.

296 la proie adrien saut
En prison pour un braquage de quelques millions d’euros, Franck Adrien (Albert Dupontel) purge sa peine tranquillement. Il n’en a plus pour très longtemps, à peine quelques mois à tenir. Pas évident du reste, parce que le pactole est caché là, dehors, à l’attendre bien sagement, et ça il n’est pas le seul à le savoir. Certains de ses codétenus sont au parfum, et aimeraient bien faire cracher le morceau à Franck : l’emplacement de sa planque reste encore un secret bien gardé. D’ailleurs Franck n’en a parlé à personne, pas même à Anna (Caterina Murino) sa femme dont les visites sont les seuls moments de bien-être dans l’existence confinée du taulard. Pour survivre en prison, Franck a adopté un profil bas, se mêlant de ses affaires, limitant les contacts. Jusqu’à ce qu’on lui colle un compagnon de cellule hors-norme : Jean-Louis Maurel (Stéphane Debac), un jeune homme fragile et apeuré, inculpé à tort pour pédophilie. C’est le point de départ d’une sombre machination qui va entraîner Franck dans une folle course pour sa survie et celle de sa famille. Le dos au mur, Franck va devoir s’évader de prison pour retrouver sa fille alors qu’il est lui-même devenu l’ennemi public numéro un aux yeux du pays tout entier. Accusé à tort de toute une série de crimes, Franck va devoir échapper à la traque des forces de police menée par la très volontaire et très décidée Claire Linné (Alice Taglioni) pour essayer de retrouver les siens et s’innocenter de tous les crimes qu’on lui reproche.

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Albert Dupontel trouve dans ce film un rôle taillé à sa mesure. Plus connu pour ses rôles comiques et burlesques (Bernie, Enfermés Dehors, Le Vilain, etc...), il a pourtant déjà à son actif de beaux rôles à teneur plus dramatique (La Maladie de Sachs, L’Ennemi Intime, l’énormissime Deux Jours à Tuer entre autres) mais très peu de rôles finalement dans de « vrais » films d’action (Le Convoyeur ou encore Chrysalis mais dans une moindre mesure). Dans le film de Éric Valette il porte sur ses épaules 1h45 d’action quasi non-stop, où l’on ne s’ennuie pas une minute. Il y a du suspense (malgré quelques gros trucs qu’on voit venir de loin), il y a du rythme, et le tout est traité avec empathie. On est avec Franck, dans la peau du personnage, dans ce qu’il peut ressentir face au piège qui se referme sur lui impitoyablement.

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Mais les autres comédiens ne sont pas en reste : Alice Taglioni est bluffante dans un rôle plutôt physique et athlétique là où on s’attendrait à la voir en jolie blonde un peu fragile. Stéphane Debac est exceptionnel de justesse, ce type se fond dans son personnage tout entier, ça en ferait presque froid dans le dos ! On croise également un Sergi Lopez très convaincant ou encore un Zinedine Soualem un tantinet caricatural mais bien carré dans son rôle. Et puis bon, Caterina Murino enchante de sa beauté la pellicule tout au long du métrage, dans un rôle secondaire mais au combien important. Cela dit, en ce qui la concerne je suis conscient de ne pas être le type le plus objectif du monde : c’est simple, même dans ce truc tout raté qu’est la récente série XIII, j’ai aimé la voir...

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Et puis comme Dupontel n’est pas Tom Cruise et que c’est un grand enfant un peu casse-cou qui aime n’en faire qu’à sa tête, il a pu se la jouer Bébel sur le tournage, et ainsi se permettre d’effectuer lui-même toutes les cascades qu’a nécessité son rôle. Et il y en a quelques unes pas piquées des hannetons. Entre le toit des trains, les sauts dans le vide du second étage ou encore la baston sauvage en prison, Dupontel a eu tout loisir de mettre à profit sa formation de gymnaste (et il a de beaux restes le saligaud).

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Pour résumer tout le bien que je pense de La Proie je ferais donc une petite checklist :

acteurs convaincants et convaincus

scénario bien ficelé et sans temps mort

action menée tambour battant

mise en scène à la fois réaliste et efficace


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Bref, tout y est pour faire de ce film de genre une vraie réussite, dans un secteur du cinéma français (le film d’action) qui n’en connaît pas tant que ça.

Merci Éric Valette, merci Albert Dupontel.

Good job.

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21 juin 2011 2 21 /06 /juin /2011 15:44

10, 20, 50, …
Encore une série.
10, 20, 50, …
Souffler, respirer, recommencer.
10, 20, 50, 100.
Ça devient plus difficile.
Les bras se font lourds. La peau rougit et se tend sous l’effort.
10, 20, 50, 100.
Encore une. Se reposer un instant, souffler lentement, chercher l’air frais.
La fonte monte et descend dans un mouvement rapide. Ralentir c’est s’arrêter.
Les avant-bras durcissent. Les épaules souffrent. Les muscles tétanisent et crient leur refus de continuer.
10, 20, 50, 100, 150.
De plus en plus dur.
C’est tellement lourd à porter. La fatigue ne vient pas, c’est la lassitude de l’esprit, l’épuisement du corps qui prennent sa place. Mais la fatigue ne viendra pas. Elle ne vient jamais. La transpiration aussi se fait désirer. Au lieu de cela une intense sensation de chaleur et d’étouffement.
10, 20, 50, 100, ...
Il faut arrêter.
Le rythme cardiaque se calme. La chaleur insoutenable prend le front et les tempes d’assaut, les bras pendent comme deux branches de bois raides.
Dans le miroir pourtant rien ne change. L’œil reste insatisfait, il continue de voir ce qu’il n’aime pas.
La rage reste là. La colère ne s’altère pas. Juste plus assez de force pour s’exprimer, alors elle fait moins de difficultés pour se taire.
Allez, dernier essai : 10, 20, 50, 100, 200.
Las.
Les tonnes ont défilé, le corps a encaissé, l’esprit est las. Anesthésié, pas endormi. Réduit au silence, pas apaisé.
L’eau de la douche est agréable, mais lever les bras pour atteindre le pommeau relève de la torture.
Il faudra recommencer. Plus fort. Plus dur. Plus longtemps. Sans la moindre envie, mais par nécessité. Pour ne pas que le noir explose. Le refouler aussi loin que possible. Vaincre et gagner un jour de plus.

Il y en a qui soulèvent des haltères par plaisir.
Le plaisir de se regarder prendre du volume. Gonfler ses muscles et s’admirer dans le miroir. Frimer. Atteindre leur définition du beau.
Pas moi.
C’est parce que je n’ai rien trouvé d’autre pour expulser ce qui doit l’être.
Ce n’est pas la solution parfaite, mais pour l’instant, ça fonctionne.

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29 avril 2011 5 29 /04 /avril /2011 07:39

Voilà un film qui avait tout pour m’intéresser et me plaire. D’abord c’est le nouveau film de Zach Snyder, le réalisateur qui m’avait beaucoup plu avec son premier film L’Armée des Morts, complètement halluciné avec 300 et agréablement rassuré sur l’adaptation casse-gueule de Watchmen (bien que j’en suis conscient, ces trois films comptent également des hordes de détracteurs aussi virulents que moi j’ai été conquis). Ensuite Sucker Punch a été clairement annoncé et revendiqué comme un film de geek pour les geeks et complètement assumé en tant que tel. Autrement dit, c’est comme si Snyder promettait ouvertement : « vous avez aimé mes précédents films ? alors vous adorerez celui-ci ». Ouais, ou pas.

Avant d’aller plus loin, je vais tenter de résumer ce qui se passe dans Sucker Punch… Accrochez vous, je ne garantis pas la limpidité du résultat, l’exercice s’avère périlleux.


Tout commence avec une jeune fille, Baby Doll (Emily Browning), que son beau-père conduit dans un hôpital psychiatrique comme on se débarrasse d’un colis encombrant. Sur place il s’arrange avec l’infirmier en chef (un véreux de la pire espèce) pour que Baby Doll reçoive un traitement tout particulier : dans quatre jours, lors du passage du « High Roller » (Jon Hamm) (le supposément méchant médecin qui fait office de croque-mitaine comme dans une histoire pour enfants) elle sera purement et simplement lobotomisée. Dans cet asile, le docteur Gorsky (Carla Gugino) fait suivre à ses patientes des thérapies à base de musique et au cours desquelles elle les pousse sur une scène de théâtre à entrer dans des jeux de rôles au sein de mondes imaginaires qu’elles se créent. Baby Doll, pour rendre son sort plus acceptable, imagine qu’elle est enfermée non pas dans un asile mais dans une institution de la belle époque, mi-bordel mi-cabaret façon Moulin Rouge. L’établissement est tenu d’une main de fer par le directeur Blue Jones (l’infirmier joué par Oscar Isaac), et le docteur Gorsky y est la coach qui aide les filles à préparer leurs numéros de danse qu’elles présentent aux clients. Baby Doll devient rapidement la star tant elle est douée pour la danse. En effet quand elle danse, elle hypnotise l’assistance (au sens littéral) et entre elle-même dans un état second qui la fait glisser dans un niveau supplémentaire de rêve éveillé, dans lequel elle accède à des univers imaginaires foisonnants de décors de toutes sortes et de dangers plus grands les uns que les autres. Des mondes dans lesquels elle est une héroïne invincible, maniant armes et arts martiaux comme personne. Entraînant avec elle quatre autres pensionnaires devenues ses amies, Rocket (Jena Malone), Blondie (Vanessa Hudgens), Amber (Jamie Chung) et Sweat Pea (Abbie Cornish), les filles vont naviguer de mondes en mondes pour remplir les missions que leur confie un étrange sage / mentor (Scott Glenn). Chacune de ces missions est une quête d’un des quatre objets qui une fois réunis leur permettra d’atteindre leur but ultime : parvenir à s’échapper de leur prison dorée…

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Voilà, j’avais prévenu, c’est pas évident à résumer de façon claire et concise. J’essaie en encore plus court tiens : une jeune fille est internée dans un asile. Elle modifie sa perception de la réalité et s’imagine dans un cabaret où l’on donne des revues de danse. Quand elle danse elle glisse encore dans une autre réalité imaginaire qui la voit vivre toutes sortes d’aventures rocambolesques. L’objectif de chacune de ces aventures fabuleuses étant de réunir les objets nécessaires à leur évasion du cabaret / asile où la jeune fille et ses amies sont enfermées.

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Mouais, je ne sais pas si c’est plus clair, là. Je vais essayer encore plus court : une jeune fille complètement barrée s’imagine dans des aventures toutes plus incroyables les unes que les autres au terme desquelles elle pourra s’échapper de la réalité cauchemardesque qu’est sa vie.

Allez encore un essai : c’est un film où des nanas sexy mais un peu voilées de la toiture se coltinent avec toutes sortes de méchants pas beaux pour arriver à gagner leur liberté.

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Bon, dernière tentative : Zach Snyder se fait plaisir en mettant en scène des bombasses en tenues sexy qui se foutent sur la gueule avec toutes sortes de monstres.
Voilà, là je le tiens mon résumé, c’est ça en fait !!

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Parce que j’ai repensé au film. J’ai cherché sur internet où j’ai trouvé des tas d’analyses qui vont du « c’est nul j’ai rien compris » à des rapports détaillés de chaque plan et qui concluent en criant au génie incompris de l’auteur tant le film serait gorgé de références insoupçonnés et de sens cachés (si ça en intéresse certains, voici l’adresse d’un site où chaque scène est décortiquée et qui propose une lecture du film fort intéressante bien qu’un peu alambiquée à mon goût personnel…). Et en fait rien de tout cela ne m’a vraiment convaincu. Que Zach Snyder ait voulu un film plus compliqué qu’il n’y paraît à sa vision première cela ne fait pas l’ombre d’un doute pour moi. Qu’il ait réussi à s’exprimer clairement c’est déjà une autre paire de manches. Si vraiment le réalisateur a voulu faire de son film un petit bijou d’orfèvrerie dans le domaine de la complexité, il lui a manqué un certain talent de vulgarisateur et de conteur pour que le spectateur lambda (autrement dit moi, qui n’ai pas suivi d’études en troisième cycle de psychologie) ne se sente pas perdu dès que le film bascule dans l’environnement cabaresque (et je ne parle même pas de la suite). Chose qu’avait particulièrement bien réussi à faire Christopher Nolan avec ses différents niveaux de conscience dans l’excellent Inception.

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Car à la complexité des non-dits, métaphores et symboles qui sont sensés émailler Sucker Punch, Snyder ajoute une difficulté supplémentaire en se tirant tout seul une balle dans le pied déjà lui-même bien comprimé par la basket de l’incompréhension (si vous avez compris ce que j’ai voulu dire dans cette phrase vous avez vos chances avec le film). Paradoxalement c’est le concept même du film qui joue contre lui, contre l’aspect complexe et cérébral qu’on veut lui accoler. Le concept (en tout cas, c’est comme ça qu’on nous l’a vendu) c’est celui d’un film de geek pour les geeks comme je le disais en préambule. Autrement dit un film où on va faire la part belle à l’action spectaculaire et aux références à la pop culture. Cahier des charges parfaitement rempli du reste, chaque mission des filles se déroulant dans des mondes multi-référencés.

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On a pêle-mêle dans ce film : des samouraïs géants, un moine shaolin qui parle par énigmes, un dragon cracheur de feu qui combat un bombardier B-25 dans les airs, une armée d’orques en furie, des zombies allemands dans des tranchées de la première guerre mondiale, des mechas japonais géants, des robots high-tech de combat, une bombe nucléaire dans un train à grande vitesse en suspension, des combats au sabre, des mitraillettes lourdes, des zeppelins qui prennent feu au-dessus d’un Paris Steampunk, une prison de femmes qui n’accueille que des bombes, des guerrières en petites jupettes d’écolières avec des gros flingues, … j’en passe et j’en oublie à coup sûr. Bref, on a dans ce film à peu près tout ce qui plait à un geek, piochant allègrement dans la Science-Fiction, le Fantastique, l’Heroic-Fantasy, le film de guerre, les jeux vidéo (avec cette impression de passer au niveau supérieur d’un jeu de plateaux pour chaque nouvelle mission des filles), les animes japonais, le tout arrosé d’une bonne dose de fantasmes masculins et de jolies filles ultra-sexy.

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Ce bain foisonnant d’action débridée et de décors sans limite de lieu ni de temps donne au film un côté certes très impressionnant et jouissif mais aussi un aspect très premier degré qui ne sied pas aux ambitions intellectualisantes qu’on veut bien prêter au film. Ça fait gros film de bourrin, super bien foutu et carrément décoiffant, mais film de bourrin quand même.
Et l’argument qui veut que les clés du film se trouvent également en partie cachées tout du long des titres choisis pour la bande son (on y croise entre autre Eurythmics, les Pixies, Björk, The Smiths, …) est certes intéressant lui aussi, mais pas forcément plus probant et convaincant que le reste des indices semés ça et là dans le film.

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Autre aspect un peu décevant du film, c’est sa relative timidité, voire sa sagesse dans tous les domaines qui auraient pu faire du film une vraie œuvre dirty et vraiment décomplexée. Pas de sang, pas de sexe (les filles sont toujours sexy certes, mais toujours de façon, comment dire, très propre, très contenue, paradoxalement : de façon très sage !) et pas d’injures pour plaire aux sacro-saintes instances de la censure américaine. Le film doit pouvoir être vu par les jeunes spectateurs et ça se sent un peu trop, le contexte aurait tellement prêté à un peu plus se lâcher de ce point de vue là que c’en est dommage.

Cela dit, Snyder promet une version uncut pour la sortie dvd, avec pas loin de 20 minutes de scènes coupées (dont paraît-il une de sexe entre Emily Browning et le sous-exploité Jon Hamm, et qui serait certainement intéressante à voir) qui devraient mettre du piment au film selon ses propres dires… wait & see.


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Pour sa première réelle œuvre de créateur  (ses autres films étaient tous des adaptations d’œuvres existantes), Zach Snyder aura certainement voulu trop en faire. Cumuler son savoir faire et son envie de toucher à tout. Remarquez, c’est bien d’avoir de l’ambition. C’est bien aussi de connaître ses limites.
Car si Sucker Punch pêche, c’est très clairement d’un manque d’écriture. Pour ce qui est du visuel et de la mise en scène, Snyder a ses fans comme ses détracteurs acharnés (moi je suis plutôt réceptif à son style même s’il en fait un chouïa trop par moment), mais on ne peut pas lui ôter qu’il a un style bien reconnaissable et pour le moins efficace quand il s’agit de créer des images icôniques et spectaculaires. On peut le détester pour son usage parfois abusif du ralenti par exemple, mais on ne peut pas lui nier un véritable sens de l’image qui marque. À mon sens, Snyder est très certainement ce qui est sorti de plus intéressant de l’école des réalisateurs issus des clips et des codes à la MTV et consorts.

Snyder débute en tant que scénariste, Sucker Punch en est le témoin malheureux. Les plus médisants iront certainement même jusqu’à dire que le bonhomme n’est tout simplement pas fait pour l’exercice de l’écriture. Moi ce que j’en dis, c’est que c’est lui qui va diriger la prochaine adaptation de Superman au cinéma, pour laquelle il sera canalisé à la production et au scénario par les frères Nolan. Et un type qui a sa pâte visuelle avec des raconteurs d’histoires de la trempe des Nolan, ça augure du bon…

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12 avril 2011 2 12 /04 /avril /2011 06:56

Il y a des petits films qui passent relativement inaperçus, et qu’on chope comme ça presque au hasard en regardant le programme télé du soir. Et parfois on tombe sur une petite perle, totalement inattendue. The Invention of Lying, de Ricky Gervais est de ceux là.
Je ne connais quasiment pas Ricky Gervais, je savais juste qu’il est à l’origine de la série britannique The Office (qui a vu une version américaine désopilante avec Steve Carell à sa tête, et même une éphémère –et néanmoins très bonne- version française avec François Berléand dans le rôle principal), et puis tout dernièrement qu’il avait créé la polémique en tant qu’animateur-présentateur de la cérémonie des Golden Globes. À cette occasion il a réussi à se faire détester par un maximum de monde (je parle des vedettes du cinéma) en un minimum de temps, en lâchant vannes sur vannes (des trucs très drôles mais pas toujours très classes) sur les people du tout Hollywood.
C’est donc en quasi néophyte que j’abordais l’œuvre de l’énergumène en question.

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Dans The Invention of Lying on suit l’existence d’un type plus qu’ordinaire, Mark Bellison (Ricky Gervais). Bien que contemporain, le monde dans lequel il vit a ceci de particulier que le mensonge et l’hypocrisie n’y existent tout bonnement pas. Chacun dit toujours la vérité et ce qu’il pense sincèrement. Mark n’a pas le physique d’un playboy, un peu grassouillet, pas très beau, il sait qu’il n’a que peu de chance de plaire à la belle Anna McDoogles (Jennifer Garner) dont il est pourtant raide dingue. D’ailleurs cette dernière ne cesse de le lui répéter : il n’est physiquement pas à la hauteur de ses attentes légitimes, contrairement à son rival professionnel Brad Kessler (Rob Lowe). Amoureux éconduit, sa situation va encore dégénérer lorsqu’il se fait renvoyer de son boulot de scénariste pour une société de production de films. Empêtré dans ses soucis financiers, personnels et sentimentaux, une alchimie extraordinaire va s’opérer dans le cerveau de Mark qui va alors avoir une idée aussi saugrenue qu’inédite pour s’en sortir : il va mentir ! Devenu le seul être au monde capable de mentir, il va faire tourner la roue du sort en sa faveur, son entourage étant psychologiquement incapable ne serait-ce que de conceptualiser la notion de mensonge. Cependant Mark n’est pas un mauvais garçon, s’il ment et qu’il en tire de petits bénéfices, il va surtout user de ce tout nouveau stratagème pour essayer de faire du bien autour de lui et rendre les gens heureux. Mais c’est bien connu, l’Enfer lui-même est pavé des meilleures intentions…

Bon, j’en dis un peu plus qu’un simple résumé sur ce film, mais c’est parce que le thème est propice à pas mal de réflexions que j’ai trouvées intéressantes, et auxquelles je ne m’attendais pas du tout dans une petite comédie sans prétention de ce genre. Aussi je risque de spoiler un peu le déroulement du film (sans non plus tout dévoiler), à vous de voir donc si vous voulez lire ce qui suit…

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Dit comme ça, un « monde sans mensonge » ça n’est pas folichon. Mais mis en images par Ricky Gervais, l’idée prend tout son sel et cela devient vite savoureux ! Tout du long du film, Gervais met malicieusement dans la bouche de ses personnages ce que dans la « vraie vie » (la nôtre en somme) on penserait tout bas. Et cela donne des choses percutantes, drôles, inattendues au premier abord mais parfaitement à leur place dans ce contexte du « toute la vérité rien que la vérité ». Car il n’y a pas que le mensonge qui soit banni de ce monde, l’omission l’est tout autant ! Bref, chacun dit aux autres ce qu’il pense d’eux, même si on ne demande rien ! Ainsi quand Mark invite Anna au restaurant, le serveur se présente en précisant d’emblée qu’il est mort de honte de travailler dans un restaurant aussi mauvais, et après s’être enquis des liens de parenté de Mark et Anna (« vous êtes son père ? son frère ? son cousin ? ») lui assène juste avant de prendre leur commande un « laissez tomber vous n’êtes pas à la hauteur » tout ce qu’il y a de plus sincère. Dans le même genre, la pub à la télévision pour une marque de soda bien connue vaut son pesant de cacahouètes…

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D’ailleurs, on peut également s’étonner en premier lieu du métier de Mark. Comment être scénariste pour le cinéma dans un monde où le mensonge n’existe pas ? C’est très simple en fait. Les seuls films produits sont à caractère historique. Et les acteurs sont en fait des conteurs qui lisent des scénarios tout droits sortis des livres d’Histoire, assis dans un fauteuil face caméra (captivant n’est-ce-pas ?).

Mais Ricky Gervais ne se contente pas de son contexte original pour jouer uniquement sur l’humour, il va plus loin, il ose s’aventurer dans d’autres domaines que la comédie pure. C’est tout naturellement qu’il en arrive à la question de la religion… Car dans son récit, puisque le mensonge n’existe pas… la religion n’existe pas non plus ! Bref s’il ne le dit pas expressément il nous laisse clairement imaginer ce qu’il pense de la religion. Et Mark, avec son don du mensonge (et pour élargir un peu, sa capacité à inventer des choses qui n’existent que dans son esprit) va donc tout simplement créer de toute pièce une religion ! Incroyable que ce soit dans une petite œuvre de comédie que je retrouve ma propre conception de la religion : des croyances exploitées et couplées à des règles dictées par des hommes à d’autres hommes, créant entre eux un rapport de pouvoir. Bon, fin de la petite digression sous forme de réflexion personnelle, j’en reviens plus directement au film.

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Ce qui est amusant, c’est de voir comment il va en arriver là, par quel cheminement de pensée les choses vont s’enchaîner, avant de complètement lui échapper. Car encore une fois, tout part d’un bon sentiment : Mark est appelé au chevet de sa mère mourante, et devant la vieille femme apeurée par la mort imminente et l’inconnu du néant, il lui raconte pour la rassurer qu’il y a une vie après la mort, pleine de joie et de bien-être (le paradis chrétien revu et corrigé sauce Gervais). Et la vieille femme, incapable d’imaginer que Mark invente tout cela, le croit bien évidemment, et meurt rassurée, presque heureuse grâce à lui. Tout cela en serait resté là si le personnel de l’hôpital n’avait pas entendu Mark raconter son conte de fée à sa mère mourante. Car eux aussi sont incapables de penser qu’il puisse mentir (le mensonge n’existe tellement pas, que le mot même et sa définition n’existent pas), et bien vite la nouvelle qu’il y a une vie après la mort va se propager et faire les grands titres des journaux du monde entier !

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Alors attention, tout intéressant qu’il est, The Invention of Lying n’est pas dénué de défauts pour autant. En premier lieu, il est beaucoup plus drôle au début que dans sa seconde partie. Il est également assez prévisible en ce qui concerne sa conclusion. Et puis par moment il y a des passages mielleux, limite gnians-gnians qui ne sont pas sans rappeler les comédies sentimentales à l’eau de rose. Sans parler des rapprochements inévitables avec la religion judéo-chrétienne et sa morale bien-pensante du fait de ressemblances parfois un peu trop appuyées, qui auraient pu être évitées.

Mais de manière générale j’ai trouvé ce film enthousiasmant, surtout devant la somme de réflexions qu’il traîne et entraîne dans son sillage. En particulier, l’idée que la vérité, l’honnêteté, la sincérité, qui sont des qualités pourtant unanimement plébiscitées, puissent être aussi le décor d’un véritable enfer sur terre. Gervais s’amuse à le démontrer tout au long du film, quand il fait dire à ses personnages les pires horreurs sous couvert de dire la vérité. Et a contrario, il parvient à démontrer les qualités cachées et insoupçonnées de défauts pourtant caractérisés tels que le mensonge et l’hypocrisie. Vivre en ne disant que la vérité, et surtout en ne cachant rien de ce qu’on pense, dans un monde où tout le monde se comporterait ainsi, le voilà le véritable Enfer… l’auteur aura au moins réussi à démontrer que pour être vivable, la vie doit comporter son lot de mensonges et de non-dits. Bref, il bat en brèche le tout-blanc / tout-noir qu’on a l’habitude de nous servir dès lors qu’on parle de bien, de mal, de morale ou de religion…
À voir.

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1 avril 2011 5 01 /04 /avril /2011 09:02

Ça faisait bien longtemps que je ne m’étais pas autant marré en lisant une BD ! Délaissant pour un instant mes gugusses hyper-stéroïdés en collant préférés, je suis tombé sur cette petite BD sortie il y a peu, aux éditions Fluide Glacial.
Le titre Amour, Passion & CX diesel m’ayant directement accroché l’œil, j’ai tenté l’aventure, et bien m’en a pris !

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Dans Amour, Passion & CX diesel, on nage en plein soap américain mâtiné de beaufitude franchouillarde. Ou peut-être est-ce l’inverse. Bref. Harold Gonzalès le patriarche est atteint de la maladie d’Alzheimer et dans la famille la question de la succession vient à se poser. Se poser avec d’autant plus de fébrilité que le joyau familial, la CX diesel paternelle, est en jeu. Sur les rangs il y a Brandon l’aîné et son épouse Jessifer enceinte jusqu’aux dents. Il y a Bill le cadet, Pamela leur sœur et son mari Tony, et enfin Jean-Mortens le benjamin. Chacun va jouer serré et les fins stratèges vont s’engager dans une lutte d’influence pour atteindre le but ultime : être couché sur le testament d’Harold comme récipiendaire de la CX. Mais au complot familial qui se trame, viennent se greffer d’autres intrigues tout aussi décoiffantes : Que cache le goût immodéré de Jean-Mortens pour la paella ? Qui a dessiné au feutre sur la portière de la CX ? Qui est le père du fils de Brandon ? Pamela simule-t-elle ?… les mystères planent et la fratrie se déchire. La famille Ewing n’a qu’à bien se tenir, son univers impitoyable ne vaut pas tripette à côté de ce qui se joue ici…

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Dans le genre délirant, c’est tout simplement savoureux ! Fabcaro au scénario mitonne une succession de gags en demi-planches aux petits oignons. Des répliques irrésistibles parsèment des dialogues excellents, l’absurde côtoie l’hilarant et les personnages sont totalement décalés et figés dans un univers tout droit sorti des soaps américains des années 80. Aux dessins James ajoute à la drôlerie des histoires grâce à ses personnages très expressifs et les couleurs de BenGrrr renforcent l’aspect fashion-eighties des protagonistes.

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J’ai particulièrement aimé Tony le loser alcoolique à la recherche d’un emploi, Jessifer la salope qui se tape tout ce qui bouge, Brandon qui gère de main de maître le Chunga Night sa boîte de nuit hyper-tendance, et surtout, surtout Harold le père de famille complètement à côté de la plaque mais qui reste pourtant le plus lucide de tous ! Dans cette famille de débiles profonds la palme de la bêtise est très disputée, et c’est justement ce qui rend cette BD géniale à mes yeux.

Du début à la fin je me suis bidonné. J’espère bien que les auteurs nous gratifieront d’un second tome, parce que ça fait du bien de se prendre une bonne rasade de conneries de première classe en pleine poire, ça change et ça agite les zygomatiques. Encore !!!

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25 mars 2011 5 25 /03 /mars /2011 16:12

Je crois déjà vous avoir expliqué ici les diverses manières dont je choisis les livres que je lis. Les conseils, les références glanées dans d’autres lectures, les auteurs que j’aime particulièrement, le thème accrocheur ou un titre évocateur... et la plus fantaisiste de toutes : la couverture qui m’attire. Avec ce livre, Les vrais durs ne dansent pas de Norman Mailer, j’ai été de suite séduit par la couverture. Nonchalance, décadence, ridicule guindé et assumé, esthétisme douteux : le personnage représenté en couverture est tout cela et bien plus encore. Le bouquin m’avait parlé et dit beaucoup de choses avant même que je ne le prenne en mains. Et puis ce titre qui ressemble à un dicton populaire bien macho... Intrigué, je m’approche et je vois le nom de l’auteur. Je savais déjà que j’allais repartir avec ce livre sous le bras. Le nom de Norman Mailer avait fini de me convaincre. Un  grand nom de la littérature américaine dont j’ai souvent entendu parler sans jamais n’en avoir rien lu, je me suis dit que l’occasion de combler cette lacune était parfaite.

Dans Les vrais durs ne dansent pas, qui voit son intrigue se dérouler à Provincetown, une ville côtière retirée et abandonnée des touristes pendant la saison morte, on suit les pérégrinations hautes en couleurs d’un écrivain raté amateur de femmes et de bourbon, Tim Madden. Sa femme, Patty Lareine est partie voici déjà 24 jours avec son amant, un grand black gaulé comme un apollon. On fait la connaissance de Tim Madden alors qu’il se réveille d’une soirée trop arrosée, le crâne dans un étau et plus grave, la mémoire mitée de trous béants sur ce qu’il a fait la veille. Rien que de très banal pour Tim, sauf que ce matin là il découvre un curieux tatouage sur son bras, une marre de sang dans sa voiture et la tête d’une belle blonde enterrée dans sa planque à cannabis ! Tim va se lancer dans une enquête dont il est le premier suspect : a-t-il tué cette inconnue pendant ces heures sombres dont il n’a plus aucun souvenir ? Dans sa quête, Tim Madden va composer avec la police locale et Regency son chef aussi inquiétant qu’énigmatique, chercher des informations auprès de ses habituels compagnons de beuveries avec lesquels il entretient des relations pas forcément très amicales, tenter de retrouver sa femme fugueuse, tomber sur une ancienne maîtresse jamais oubliée et l’ex-mari homo refoulé de sa femme... Un sac de noeuds où personne n’est ce qu’il semble être au premier abord, et dont Tim Madden, en bon irlandais de New-York qui a déjà connu la taule, va tenter de s’extirper en trouvant la vérité sur ce qui s’est passé cette nuit là...

Alors plusieurs choses à propos de ce livre.
Avant tout je l’ai trouvé lent à démarrer, ce qui peut paraître paradoxal vu qu’on est d’entrée plongé en plein milieu de l’intrigue principale. Norman Mailer prend son temps pour planter son décor, ses personnages et dérouler son intrigue. Et ce temps m’a paru long... non pas inintéressant, mais j’avais la sensation diffuse que l’intrigue n’avançait pas suffisamment vite. On suit en permanence les pensées du personnage principal, ce que j’ai trouvé plutôt bien vu, cela permet au lecteur de se sentir plus impliqué dans l’histoire, et de découvrir en profondeur le personnage de Tim, ses pensées secrètes, ses réflexions qu’il garde pour lui. Mais cela ralentit indéniablement le rythme de l’histoire. Ma lecture remonte à plusieurs mois déjà alors que j’écris cet article, mais dans mon souvenir il me semble qu’une bonne moitié du bouquin passe avant qu’on ait réellement le sentiment d’avancer dans la résolution de l’intrigue. Cela dit, comme tout bon polar qui se respecte, la lumière ne se fera qu’à la fin, la vérité se dévoilant par petits bouts seulement.

Il faut dire également que Norman Mailer ne se cantonne pas à nous livrer un polar bien ficelé, son livre est aussi un portrait sans concession d’une Amérique des années 80 pas très glamour, où les hommes sont pris dans leurs contradictions, comme encore engoncés dans les vestiges des années fastes des décennies passées (certains personnages ont de forts relents des années 50 et 60), faisant de la résistance passive au monde moderne. Il est avant tout question dans ce bouquin des hommes, des vrais hommes, les « durs » du titre. Tim Madden, tout m’enfoutiste qu’il se donne l’air, est en perpétuel équilibre instable pour parvenir à rester sur cette ligne trop floue imposée par son imaginaire, celle qu’il veut suivre et qui le désignerait selon lui comme un dur justement. C’est ce qu’on comprend très clairement dès lors qu’intervient le personnage phare (selon moi) du roman, le père de Tim, ancien barman irlandais au caractère bien trempé, très old-school (avec tout ce que cela inclut d’âpre mais de séduisant). Le rapport entre les différents personnages est l’un des points forts de l’auteur, et c’est dans ce rapport père-fils que l’on atteint le coeur et la gravité du personnage par ailleurs un peu fantasque de Tim. Si un certain Freud nous serine depuis le siècle dernier qu’un homme se détermine inconsciemment dans ses rapports à sa mère pendant l’enfance, Norman Mailer quant à lui montre à quel point c’est face à son père qu’un homme se définit en tant qu’adulte, et pour ma part je suis plus enclin à suivre l’écrivain américain dans sa démonstration que le psychanalyste autrichien...

Si j’ai aimé ce livre, c’est justement pour ses personnages truculents, bien plus que pour l’intrigue et sa résolution finale. Mais ma lecture a été lente, je n’ai jamais été happé par l’histoire, je n’ai jamais ressenti ce besoin impérieux de connaître la fin avant de pouvoir lâcher le livre. Mais cette lenteur relative, ce manque de rebondissements inattendus qu’on pourrait reprocher au roman, sont largement compensés par une écriture magistrale. Norman Mailer est connu et reconnu comme un écrivain de premier ordre et ça n’est clairement pas une réputation volée ! J’ai trouvé dans les tournures de phrases, les dialogues, l’humour noir en filigrane tout au long du récit, une classe, un art consommé de raconter, une maîtrise parfaite des mots et des images qu’ils évoquent. Ce type a une plume géniale, jubilatoire. Pour son style et son talent à donner vie à des personnages forts et touchants, j’ai adoré Norman Mailer. Et même si Les vrais durs ne dansent pas ne m’a pas totalement emporté, je note pour le futur (quand j’aurai un peu avancé mes lectures, et surtout quand j’aurai trouvé le courage de m’attaquer à un pavé de 1500 pages) sur ma liste d’ouvrages à lire celui que tout le monde s’accorde à décrire comme son chef d’oeuvre, Le Chant du Bourreau.

En attendant, je vais essayer à l’occasion de voir le film que Mailer a lui-même réalisé en 1986 à partir de son roman, et qui avait en son temps me semble-t-il été présenté au festival de Cannes. Si quelqu’un sait où je peux trouver la version cinématographique de Les vrais durs ne dansent pas, je suis preneur !!

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23 mars 2011 3 23 /03 /mars /2011 13:48

Vous allez finir par croire que je ne regarde quasiment plus que des adaptations de BD en guise de films. Vous n’aurez pas tout à fait tort. D’ailleurs, dans ma filmothèque il y a une étagère uniquement consacrée à ça.
Oui, je suis le roi du classement de dvd.
Oui, j’ai un système de classement un peu à part.
Non, je n’ai pas toujours bon goût.

Ceci étant dit, j’ai pioché dans mon étagère le blu-ray (parce que oui, il faut se tenir à la pointe du progrès) de la très récente adaptation du comic éponyme de chez DC, Jonah Hex (pas sorti en salle en France, après un bide fracassant aux USA). Du personnage de papier, je n’avais jamais rien lu avant l’année passée quand Panini, fort à propos, a sorti des recueils consacrés au cow-boy défiguré dans sa collection DC Big Books. Jonah Hex c’est un dur de dur, un chasseur de primes qui se promène en tunique grise des sudistes de la guerre de sécession, une moitié de la face complètement refaite au fer rouge et avec pour meilleurs (et seuls) compagnons ses flingues. Jonah Hex c’est une légende de l’Ouest, le type que personne ne veut rencontrer, le beau gosse dont on voit une partie de la mâchoire à travers ce qui lui reste de joue, un tireur d’exception, un bagarreur qui ne craint rien ni personne, un suicidaire au cuir tanné par le soleil et dur comme la pierre. Un type à la morale fluctuante, qui n’a que deux objectifs dans ce qui lui tient lieu de vie : gagner le fric que peut lui ramener un contrat sur la tête d’un fugitif et qu’on lui fiche la paix. Inutile d’essayer de sympathiser avec lui, de l’attendrir ou de le séduire : Jonah Hex n’est ni sympathique, ni sentimental et n’en a rien à cirer du monde qui l’entoure. On peut dire sans trop risquer de se tromper, que Jonah Hex est juste un fou dangereux qui par chance pour la population du grand Ouest américain a décidé de se faire chasseur de primes plutôt que mercenaire.

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Sévèrement secoué, Jonah Hex l’est sans l’ombre d’un doute. À ce titre d’ailleurs il dénote dans le paysage habituel des héros de comics. Impossible de le trouver attachant, impossible de s’y identifier, question sensibilité et humanisme il ferait passer le Punisher pour une fillette pleurnicheuse. Il n’y a objectivement rien pour en faire un héros à proprement parler : ni sa gueule d’amour ni ses motivations et encore moins ses actes. Il est l’incarnation ultime de l’aspect le plus noir du rêve américain : « démerde-toi et fais pas chier ou prends ça dans ta gueule ».

Enfin ça c’est la version comics.

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Parce que forcément, pour le passer sur grand écran, le personnage a été très, très, très édulcoré. D’abord on l’excuse dès le départ d’avoir pêté un boulon en lui faisant subir un traumatisme originel : sa famille est brûlée vive par un foutu salopard pendant la guerre de sécession, et lui se retrouve affreusement défiguré par la même occasion (rien à voir avec ses origines dans le comic).

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Ensuite, Jonah Hex (Josh Brolin) est présenté comme un dur à cuire et un solitaire, mais pas du tout comme un fou sanguinaire. D’ailleurs il se permet même d’entretenir une liaison (gratos) avec Lilah (Megan Fox) une des plus belles prostituées du coin, ce qui prouve bien que tout meurtri qu’il est le garçon garde un cœur (et se tape une bombasse au passage malgré sa gueule en vrac, vous pouvez donc l’admirer chers spectateurs lambda mâles). Et puis comme tout ça n’est pas assez, et que le film est estampillé « adaptation de comics » j’imagine que les scénaristes ont dû se dire que ce serait bien de lui coller aussi un super-pouvoir. Comme ça en plus ça sera l’occasion de placer de jolis effets spéciaux qui en jettent dans le film, c’est toujours ça de pris pour masquer le scénar à deux balles qu’ils ont pondu à côté. Donc Jonah se retrouve affublé du pouvoir de ressusciter les morts quand il les touche (ce serait pas piqué de Pushing Daisies ça par hasard les gars ?), le temps de leur soutirer quelques informations utiles et de les faire encore un peu jongler (car ils revivent l’espace d’un instant mais brûlent de l’intérieur) avant de les renvoyer en enfer définitivement (on appelle ça une double peine non ? enfin on s’en fout ils l’ont bien mérité de toute façon). Bref, tout ça pour montrer un Jonah Hex mandaté par le président des États-Unis d’Amérique en personne pour retrouver et empêcher de nuire l’ignoble Quentin Turnbull (John Malkovich), un renégat qui ne s’est jamais remis de la défaite des états du Sud et est devenu l’ennemi public numéro un.

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Un terroriste cruel (histoire de le rendre encore plus détestable) qui a développé une nouvelle arme de destruction massive (ça vous rappelle des trucs ? pourtant je confirme qu’on est bien sensé être dans un western. Si, si.). Ah et puis ça tombe bien, il se trouve que c’est lui aussi qui a massacré la famille de Jonah et défiguré le cow-boy. Sans compter qu’il a enlevé Lilah l’infâme salaud ! Bref, Jonah Hex va pouvoir se lâcher, et combiner l’utile à l’agréable, puisqu’il est chargé de sauver le monde libre (comprenez les USA) tout en se vengeant d’un méchant qui le mérite bien.


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Bon, mon résumé est certainement un chouïa orienté vers la critique négative, ça n’aura pas échappé à mes lecteurs qui sont fins psychologues. Mais si, mais si, pas de fausse modestie, vous êtes fins, géniaux et intelligents amis lecteurs. Et beaux aussi. Et incroyablement sexy. Non ceci n’est pas du racolage actif, juré. J’admire avec sincérité tous ceux qui me lisent encore !

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Bref, qu’est-ce que je disais… ah oui ! vous aurez donc détecté dans mon ton un brin moqueur que je n’ai pas trouvé le film réalisé par Jimmy Hayward (inconnu au bataillon) très satisfaisant (vous avez vu, la langue de bois je sais faire aussi). Au point que je ne sais pas trop quoi dire d’autre à son sujet. De positif j’entends. Parce que je pourrais aussi préciser que dans le genre western on n’a pas grand chose à se mettre sous la dent, c’est plutôt tourné à la façon film d’action donc les amoureux des films de genre qui font la part belle aux garçons vachers n’y trouveront pas leur compte non plus. Je pourrais également pester sur la frilosité qui habite le film, aussi bien sur le plan de la violence (je m’attendais à quelque chose qui décape de la part d’un film mettant en scène Jonah Hex au lieu de quoi on est en plein pop-corn movie) que du sexe (c’est bien la peine de coller Megan Fox dans le rôle de la fille facile si elle reste aussi prude à l’écran), on passera évidemment sous-silence l’aspect subversif qu’aurait pu avoir le film si on avait un minimum respecté l’esprit du personnage.

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Ah tiens une remarque au passage, vous y croiserez dans le rôle (court) du fils de Turnbull l’acteur Jeffrey Dean Morgan, qui commence lui aussi à se faire une petite collection d’adaptation de comics à l’écran après Watchmen et The Losers. Bon allez, je vais pas être chien, histoire de dire quelque chose de positif sur le film, les effets spéciaux assurent, c’est très joliment fait pour peu qu’on ne soit pas allergique aux effets numériques, ça va sans dire. Oui je sais ça fait léger, mais je fais ce que je peux hein.


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Non bon, en gros ils auraient mieux fait de s’abstenir plutôt que de produire un tel film. Ou au moins l’appeler autrement. Quitte à ne rien garder de la BD Jonah Hex, autant virer le nom aussi, histoire de ne pas ôter l’envie à ceux qui ne le connaissaient pas de le découvrir en comics. Non pas que je sois un fan inconditionnel du comic book, que je trouve pas mal (surtout pour les différents styles graphiques qu’on peut y trouver) sans plus, mais juste par souci d’honnêteté envers le matériau d’origine. Dommage, le potentiel était là pourtant.

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2 mars 2011 3 02 /03 /mars /2011 17:18

Il y a quelques temps déjà j’avais fait un article sur Le Koala Tueur de Kenneth Cook. Ce recueil de nouvelles m’ayant plutôt plu à l’époque, c’est sans hésitation que j’ai acheté La Vengeance du Wombat, du même auteur et reprenant la même formule. À savoir une suite de nouvelles qui prennent place dans l’outback australien pour la plupart, et mettant en scène l’auteur face à la faune, la flore et les habitants de l’île-continent, le tout sur un ton résolument tourné vers l’humour.

Eh bien je n’ai pas été déçu avec cette suite qui n’en porte pas le nom. C’est toujours bien écrit, assez drôle, souvent étonnant, parfois inquiétant. Si l’on en croit toujours l’auteur, tous ces récits sont des histoires vécues par lui. Histoires tellement abracadabrantes qu’il a abandonné l’idée de s’en servir dans un de ces romans, de peur qu’on lui reproche d’inventer des histoires trop exagérées !
Comme c’était déjà le cas pour Le Koala Tueur, si je veux bien croire en un fond de vérité pour les nouvelles qui forment cette Vengeance du Wombat, je soupçonne tout de même Kenneth Cook en roublard qu’il est d’avoir su broder juste ce qu’il faut autour de ces histoires vécues pour leur donner le cachet et la saveur qui les rendent si agréables à lire.

Si tous les récits ont en commun un ton très détaché et drôle qui a pour but de tourner en dérision le narrateur (c’est-à-dire l’auteur lui-même), certaines situations ont des circonstances ou des conclusions que j’ai trouvées plus sombres que dans le premier recueil. Et Cook dans ces cas là sait noircir son humour…

Dans tout recueil de nouvelles, certains récits sont plus forts que d’autres, plus marquants ou plus intéressants. Je retiendrais plus particulièrement N’essayez jamais d’aider un kangourou, Le quokka tueur ou Espèce dangereuse dans le genre loufoquerie bien sentie. Mais il y a également des récits tout aussi étonnants dans leur déroulement mais carrément plus flippants si on se dit qu’en effet il s’agit d’une histoire vraie, Qui veut acheter une grenade ? Chasseurs de buffle ou encore Attention : koalas explosifs laissent songeurs quant à la santé mentale et l’état d’esprit des australiens (des aborigènes comme des blancs)…

Reste en fin de recueil une histoire, Comment ne pas payer ses impôts, qui si elle est véritablement exacte, me sidère tant elle illustre ce qu’on pourrait nommer l’ironie du sort dans toute sa splendeur. Un truc à se les hacher menues et se les bouffer en salade vigneronne. Une histoire de pognon d’un cynisme assez poussé, que je suis bien tenté de croire finalement, tant elle semble hors de proportion…

Pour conclure, je conseille la lecture de La Vengeance du Wombat à celles et ceux qui cherchent une lecture facile d’accès, rafraîchissante, drôle et agréable. Ça se lit bien, ça se lit vite, c’est bien sympa en somme.

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25 février 2011 5 25 /02 /février /2011 08:14

Ouch.
Ça fait un bail que j’ai pas posté d’article sur une BD ici. Alors que c’est ce qui me nourrit le plus, culturellement parlant, depuis que je sais lire.
J’en ai lu des trucs bien, des trucs excellents, des trucs grandioses ces dernières années. Mais j’ai choisi de vous parler de X-Men : Jeunes Filles en Fuite. Je sais, je suis difficile à suivre par moment.
Parce que malheureusement je ne pourrai pas en faire l’éloge, dieu sait que j’aurais pourtant bien aimé. Mais malgré toute la mauvaise foi dont je sais parfois faire preuve, malgré tout l’aveuglement qui me pousse à aimer contre l’avis général et le bon goût institutionnalisé des œuvres un peu à part, malgré mon manque d’objectivité dès lors qu’un artiste que j’aime particulièrement est en cause… malgré tout ça je ne peux pas vous dire que ce comic est bon.

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Pourtant ce sont les X-Men. Mieux : les X-Women, et pas des moindres. Pourtant c’est Chris Claremont qui écrit, le scénariste emblématique qui a mené les X-Men au firmament des comics dans les années 80. Pourtant c’est Milo Manara qui dessine, LE maître italien du de la bande dessinée et de l’érotisme soft et classe.
Bref, théoriquement ça avait tout pour plaire. Et la préface dithyrambique de Joe Quesada (le rédacteur en chef de Marvel) laissait présager du tout meilleur. Ben non. Que dalle. Peau d’couille. Nada.

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En gros je vais vous résumer quand même. Les femmes de l’équipe des X-Men (il y a là : Tornade, Psylocke, Marvel Girl, Malicia, et Kitty Pride) partent en vadrouille en Grèce, histoire de prendre un peu de vacances, elles le méritent bien faut dire. Sur place l’une d’entre elles, Marvel Girl, est kidnappée. Les autres partent à sa recherche et leur enquête les mènent à Madripoor (une île imaginaire d’Asie, sorte de Singapour du Marvelverse). Après avoir perdu leurs pouvoirs (la faute à la baronne Krieg qui a également kidnappé Emma Frost pour mener à bien son plan machiavélique… argh), les X-Women tombent entre les mains de pirates, qui en font leurs esclaves (re-argh)(tu me diras quand tu vois les donzelles, tu peux comprendre). Mais de mystérieux hommes armés essaient d’éliminer les pirates, qui vont devoir s’associer aux X-Women pour en venir à bout (re-re-argh). Tout cela se termine par la résolution d’un complot mondial qui devait aboutir à une guerre indo-chinoise (fin du calvaire).

288 XMen jeunes filles en fuite planche7aVoilà.
Ça fait peur, je sais. Et encore j’ai essayé de vous ménager hein. Je n’ai pas parlé des problèmes de couple du chef des pirates, ni du passage où le bateau des filles est pris dans une immense chute d’eau dont elles se sauvent grâce à une liane bienvenue. Faut dire qu’elles ont la bonne idée de tomber l’une après l’autre afin que Kitty Pride les rattrape et les sauve à tour de rôle.
À ce niveau là d’indigence, on ne peut même plus vraiment parler de scénario. C’est pourquoi je passerai sous silence les ellipses monumentales et les incohérences de Claremont. Le coup des pouvoirs annulés je veux bien, mais quand ça ne s’applique qu’à certains personnages (les X-Women) et pas à d’autres (le chef des pirates), je ne comprends plus trop. Mais bon, passons. Comme dit, on n’est plus à ça près. On a qu’à combler les trous nous-mêmes, un peu d’imagination bordel.

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En revanche qu’est-ce que c’est beau. Milo Manara n’est pas adulé pour rien, et il le démontre encore une fois ici. Chaque planche est somptueuse, et il se fait bien plaisir avec les super-héroïnes qu’il met en scène. Faut dire qu’il a du potentiel à exploiter : une black, une asiatique, une rouquine, une blonde incendiaire, Malicia et son air de pas-y-toucher et la brunette Kitty Pride qui prend les traits classiques des héroïnes standardisées made in Manara.


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Bon, je sais que Manara n’a pas été embauché pour rien, mais je ne peux pas m’empêcher de me dire en regardant ses dessins, qu’en fin de compte les X-Women sont une belle bande de coquines fieffées salopes (‘scusez le langage hein, mais appelons une chate une chate). Entre poses suggestives, tenues ultra-courtes, rapprochements saphiques et allusions sexuelles explicites, Manara s’est fait plaisir mais il n’a pas fait dans la dentelle. Je ne vais pas jouer au choqué (bien au contraire, je ne lis pas Manara pour ses décors architecturaux hein), c’est juste que ça m’a fait bizarre de voir ces super-héroïnes dans un contexte pareil. J’avais presque l’impression de voir un détournement grivois comme on en voit parfois quand Popeye se tape Olive  ou Tintin se fait Milou. Bon j’exagère peut-être un tout petit peu, mais franchement, on n’en est pas si loin que ça. En plus classe et plus sexy, mais le sentiment général est là. Quand on regarde les planches de ce comic, on se dit clairement que chacune des héroïnes aurait sa place en guest star d’un film estampillé Marc Dorcel. Faut dire aussi (et c’est pas nouveau) que dès que Manara dessine une femme avec la bouche ouverte on a l’impression qu’elle est à deux doigts (vous prendrez bien un peu de whisky Odile ?) de l’orgasme. Et quand on associe ça au scénario à deux balles qu’a pondu Claremont, moi j’ai cru me retrouver devant un téléfilm érotique de deuxième partie de soirée sur NT1. Remarquez, d’habitude dans les comics les héroïnes sont peut-être plus prudes mais arborent des nibards siliconés qui les empêchent de refaire leurs lacets de chaussures (d’où leurs bottes soit dit en passant – tout s’explique toujours hein, c’est hyper-cartésien les comics en fait). Là au moins avec Manara on a droit à un peu plus de crédibilité, dans les proportions anatomiques j’entends, à défaut d’autre chose.

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Alors voilà, je ne peux pas dire que ce comic est bon, définitivement pas.
Mais malgré tout… ce que j’ai lu ne m’a pas plu mais ça m’a plu de le lire (soupirs d’incompréhension dans la foule de mes lecteurs interloqués). Un peu comme un petit plaisir inavouable. Mais je ne saurais vous le conseiller. Sauf peut-être à un ou deux pervers notoires qui lisent ces lignes. Si, si, il y en a. Je les connais.
Je cherche comment clore ce billet et résumer en une phrase ce que j’ai pensé de X-Men : Jeunes Filles en Fuite… tiens je crois que j’ai trouvé :
Qu’est ce que c’est beau, mais qu’est-ce que c’est con, mais qu’est-ce que c’est beau, mais qu’est-ce que c’est con, mais qu’est-ce que c’est beau, mais qu’est-ce que c’est con, mais qu’est-ce que c’est beau, mais qu’est-ce que c’est con, mais qu’est-ce que c’est beau, mais qu’est-ce que c’est con, mais qu’est-ce que… (ad libitum)

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23 février 2011 3 23 /02 /février /2011 08:26

Allez on reste dans les adaptations de BD au cinéma, mais on change de continent. Pour une fois ce n’est pas un comic qu’on retrouve sur grand écran, mais une BD française, Les Petits Ruisseaux (sous-titré sex, drug and rock’n’roll) de Pascal Rabaté, qui a lui-même pris le soin de réaliser le long métrage d’après son roman graphique.

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Alors changement de genre, changement de décor et de style de personnage aussi. Ici pas de super-héros en collants, pas de super-espion en colère, pas de super-soldat en goguette. Non, ici le héros se nomme Émile (Daniel Prévost), septuagénaire veuf et sans permis, qui partage son temps entre les parties de pêche quotidienne avec son ami Edmond (Philippe Nahon) et le petit canon de rouge au Pénalty, le bar-PMU du village, en compagnie de leurs collègues de bistrot. Le temps s’écoule comme les eaux de la Loire, calmement et inexorablement.
Un jour, Edmond avoue à Émile qu’il entretient en secret une vie amoureuse et sexuelle par l’intermédiaire de petites annonces et d’un club de dancing. Il lui montre également son péché mignon : le gaillard aime à peindre des femmes nues pendant ses loisirs (dont il trouve les modèles dans Playboy et consorts…). Quand Edmond meurt, Émile rencontre Lucie (Bulle Ogier) l’amante de son compère. Il lui prend alors des envies de changer son quotidien. Des envies de bouger, des envies d’aimer, des envies de jeunesse… C’est à bord de sa petite voiturette sans permis qu’il va partir à l’aventure…

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Pascal Rabaté reprend ce qu’il avait déjà très bien développé dans sa bande dessinée et le transpose au cinéma. Et ça marche plutôt bien ! Il mélange et alterne avec talent situations cocasses, passages mélancoliques, petits plaisirs savoureux, moments touchants et ceci avec un naturel confondant. Bien entendu, il est grandement aidé dans sa tâche par les comédiens, qui sont tous parfaits dans leurs rôles. Quel bonheur de voir Philippe Nahon sortir de son registre habituel de salopard et de méchant de service ! on se marre bien avec Edmond, il sait vivre le bougre ! et puis les potes de bistrots sont truculents, depuis Gérard (l’inimitable Bruno Lochet) jusqu’au patron de bar (Charles Schneider), en passant par le charcutier et le poissonnier… Côté jeunots on notera surtout Julie-Marie Parmentier dans le rôle de Léna, une jeune hippie que Émile va croiser sur sa route.

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Et puis bien entendu, il y a Daniel Prévost, génial papy qui apprend à revivre des sensations depuis trop longtemps oubliées. À l’extrême opposé du registre dans lequel on a l’habitude de le voir, alors qu’à l’accoutumée il fait le clown et le pitre, toujours dans l’exagération et jouant souvent trop de sa voix unique et de son rire bien spécial, dans le rôle de Émile il est surprenant de calme, de lenteur, de justesse. Il n’en fait ni trop ni pas assez, il est juste excellent. Que ce soit pour aller se baquer à poil dans la rivière, se déhancher sur le dance floor d’un club du troisième âge ou fumer un bédot avec un jeune hippie autour d’un feu de camp, Prévost trouve le ton juste à chaque fois et on ressort du film avec une idée entêtante et le sourire. L’idée, c’est qu’on peut continuer à vivre malgré la vieillesse. Que tant que le corps accepte de bouger pour nous mener où on en a envie, le reste ne dépend que de notre tête.

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Car oui, quand on est vieux on n’attend pas juste de mourir. On a aussi des envies, on rit, on sait s’amuser, on baise, on aime et tant pis pour les tabous. Dans ce film tout est montré simplement, rien n’est caché, on touche à des sujets pas souvent abordés au cinéma tels que le sexe par exemple (je m'entends : le sexe du troisième âge hein) et on se fiche pas mal des conventions morales et esthétiques qui sévissent habituellement dans ce domaine. Sans choquer d’ailleurs, juste avec beaucoup de naturel et de sincérité.

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Émile réapprend l’essentiel alors que la plus grande partie de sa vie est derrière lui, et tout en suivant ses pérégrinations on ne peut s’empêcher de penser que grâce à des films tels que celui-ci, des personnages tels que ceux-là, on a un peu moins peur de vieillir. Ça déplaira peut-être à quelques esprits chagrins qui trouveront toujours à redire, car oui évidemment le réalisateur a choisi de nous montrer une vision positive de la vieillesse, mais c’est un beau film, vecteur d’un beau message, empli de joie et d’optimisme sans pour autant se voiler la face. Oui, vraiment, Les Petits Ruisseaux est un chouette petit film (et j’en ai tout autant pour la BD), drôle, frais et qui fait du bien au moral.

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