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Avant de lire les notes que je fais sur les films que je vois et les bd que je lis, sachez que dans mes commentaires il m'arrive parfois de dévoiler les histoires et les intrigues. Ceci dit pour les comics, je n'en parle que quelques mois après leur publication, ce qui laisse le temps de les lire avant de lire mes chroniques.
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4 octobre 2010 1 04 /10 /octobre /2010 07:54

Les 2-3 internautes errants qui parviennent à suivre régulièrement mon blablatage ici-même s’en souviennent peut-être, voici quelques temps j’avais connu ma première immersion dans l’œuvre de René Barjavel, avec L’Enchanteur. J’avais été peu séduit mais comme il faut remonter en selle dès qu’on tombe de cheval on m’avait convaincu de retenter ma chance avec un autre de ses romans. Le Voyageur Imprudent a donc été celui-là (après les conseils de Delphine pour L’Enchanteur, c’est celui de Marie que j’ai suivi ici).

 Le Voyageur Imprudent est le deuxième roman de Barjavel, paru en 1944. Il reprend l’idée du voyage dans le temps, développée bien avant lui par Wells dans sa Machine à explorer le temps.
L’histoire débute vers la fin de la seconde guerre mondiale, Pierre Saint-Menoux est caporal et rencontre par un hiver glacial le physicien et chimiste Noël Essaillon qui lui dévoile comment il a pu, grâce aux propres travaux de Saint-Menoux (qui est lui-même mathématicien dans le civil), développer ses recherches et fabriquer une substance (qu’il a modestement nommée la noëlite) qui permet de voyager dans le temps, aussi bien dans l’avenir que dans le passé. Convaincu après avoir lui-même testé son invention, Saint-Menoux accepte de s’associer à Essaillon pour poursuivre ensemble leurs recherches et découvrir ce qui attend l’humanité dans le futur. Leurs motivations sont nobles, les deux scientifiques veulent comprendre et de ce fait éviter les grandes catastrophes à venir telles que des guerres ou des épidémies, espérant ainsi assurer un avenir meilleur à l’homme. Travaillant d’arrache-pied avec Essaillon en tentant expérience après expérience, Saint-Menoux va tomber sous le charme doux de la fille de son confrère, la jeune Annette. Et alors que Saint-Menoux s’aventure de plus en plus loin dans le futur, il est le témoin de la lente évolution de la race humaine vers une forme de vie en société totalement inattendue et peu réjouissante…

Barjavel explore le temps et pousse le concept dans ses retranchements. Bien que depuis lui bon nombre d’auteurs et d’œuvres se sont intéressés aux voyages temporels, Barjavel rend hommage au genre et se montre rigoureux dans la manipulation de ce type d’histoire bien particulier qu’est le voyage dans le temps. Il en explore les moindres possibilités, dans le futur (où il laisse parler son imagination) comme dans le passé (qu’il sait faire revivre dans le respect du détail), mais toujours en conservant une certaine logique, une cohérence tout du long de son récit. Bien évidemment il ira chatouiller aussi la notion de paradoxe temporel, et il le fait avec malice et intelligence, donnant ainsi une vraie crédibilité à son histoire et c’est à mon sens la meilleure partie du roman. Le tout saupoudré d’une sensibilité et d’une émotion toutes en retenue, un ton sobre, classique, bien ancré dans son époque pour le coup.

C’est peut-être ce ton un peu daté, pas vraiment précieux mais pas loin, qui aura mis une distance entre le personnage et moi. Il n’y a pas eu d’identification, j’ai eu du mal à me sentir vraiment impliqué dans l’enchaînement des événements, j’ai lu cela avec un certain détachement. Pas du désintérêt parce que l’envie de savoir ce qui allait se passer était bien là, mais je n’étais pas autant à fond dans le roman qu’on peut l’être lorsqu’on se sent à la place du personnage principal.

Bref, pour ma deuxième incursion dans l’univers littéraire de Barjavel, j’ai été très intéressé par le thème abordé, par le traitement du paradoxe temporel, j’ai beaucoup aimé la note de fin en forme de Post-Scriptum, mais je suis encore une fois resté un peu en retrait de ce que je lisais. J’attendais la « révélation » tant promise vis-à-vis de l’auteur,  et j’ai beaucoup plus accroché à ce roman qu’à L’Enchanteur, mais je suis encore resté un peu sur ma faim. La passion a manqué à l’appel.
Le prochain Barjavel sera-t-il le bon ? Pour le moment je n’en ai pas d’autre au programme… des suggestions peut-être ?

270 voyageur imprudent

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27 septembre 2010 1 27 /09 /septembre /2010 10:31

Dans la liste interminable de mes défauts, il y a au chapitre cinéma, page 43, paragraphe 4, 1ère ligne : adore les films de Claude Lelouch.

Voilà.
La vache ça soulage de faire son coming out.

Ben non, je n’ai aucune circonstance atténuante, pas la moindre excuse, je ne peux même pas dire que je ne savais pas qu’il n’est plus de bon ton d’aimer Lelouch (il fut un temps où c’était tendance, et puis le temps passe et la mode trépasse).
Je suis très loin d’avoir vu tous ses films (il doit avoir dépassé la trentaine d’opus au compteur, dont un bon nombre plus vieux que moi…) et je suis bien déterminé à tout doucement réduire mon inculture lelouchienne, mais tout ce que j’ai vu de lui m’a plu. À des degrés divers il faut bien le dire, mais quand même, le bonhomme me cueille à chaque fois. J’ai beau avoir conscience de ses trucs, de ses tics, de ses tocs, je me fais toujours avoir par son talent de conteur. Bien évidemment il y a ses grands succès comme L’Aventure c’est l’Aventure ou Itinéraire d’un Enfant Gâté qui sont pour moi des incontournables. Mais il y en a de moins connus que j’aime tout particulièrement. Je citerai pour exemple Hasards ou Coïncidences, ou encore le plus récent Roman de Gare. Et puis pour que les derniers allergiques d’entre vous finissent de s’étrangler je vais vous donner le titre de mon petit préféré, celui que j’ai vu et revu, et qui à chaque fois me file la banane : Hommes-Femmes, Mode d’Emploi. Oui, oui, le film avec Bernard Tapie, exactement. Ça va, vous surmontez le choc ?

Évidemment quand le nouveau film de Lelouch sort et qu’en plus la salle de ciné à côté du bureau le programme entre midi et deux, je ne pouvais passer outre l’invitation tacite.
C’est ainsi que j’ai vu le jour de sa sortie (je guettais moi ?) Ces Amours-Là.
Et je m’en vais vous en toucher deux mots. Ou pas, si vous avez déjà fermé votre navigateur.

269 ces amours la dana couson
Alors comme d’habitude, les films de Lelouch, c’est pas une sinécure à résumer. Le mot « pitch » n’existe pas dans le vocabulaire du réalisateur (et ce n’est pas moi qui lui lancerai la pierre, Pierre). Je vais tenter quand même. Je préviens de suite, il y aura des omissions, des manques et des oublis pas toujours volontaires, n’y cherchez aucune exhaustivité.
Dans Ces Amours-Là on suit le destin de deux personnages principaux. Une femme et un homme. On survole la vie de leurs parents, pour mieux comprendre où ils en sont et comment ils en sont arrivés là quand on commence à les suivre, c’est-à-dire en pleine occupation allemande de Paris pendant la seconde guerre mondiale. La femme c’est Ilva (Audrey Dana), une jeune et belle ouvreuse de cinéma pour qui l’amour est une seconde nature. Elle tombe facilement amoureuse Ilva, elle tombe souvent amoureuse Ilva, mais c’est toujours avec une force et une sincérité profondes. Le film retrace ces amours-là, qui émailleront sa vie et feront de son existence une succession de belles histoires qui chacune efface les mauvais souvenirs de la précédente qui finit mal. L’homme c’est Simon (Laurent Couson), un juif parisien qui sera dénoncé par ses voisins parce qu’il joue trop fort du piano. Ce même piano qui le sauvera de la chambre à gaz dans les camps de la mort car il deviendra le pianiste du mess des officiers allemands. Ce piano qu’il abandonnera à la libération pour devenir avocat, son autre passion.

J’arrête là le résumé du film. Sachez simplement que si la majeure partie du film se déroule pendant la guerre il couvre en réalité une période bien plus large, allant de la fin des années 1800 jusqu’à aujourd’hui.

269 ces amours la dana ido lemaire
C’est difficile d’énumérer les qualités de ce film, un film de Lelouch se ressent avant toute chose. Le réalisateur a sa façon bien à lui de raconter les histoires, il y intègre des tas d’anecdotes, on a parfois l’impression qu’il part dans tous les sens et oublie ce qu’il avait développé au départ mais c’est pour mieux y revenir par un chemin détourné. Il traite depuis toujours et pour toujours des relations humaines, de l’amour et pourtant on se fait toujours avoir. On connaît ses marottes, on a l’habitude de ses circonvolutions, et malgré tout il parvient encore et toujours à nous surprendre, à nous mener là où on ne s’y attendait pas. Et c’est en partie ce que j’aime chez Lelouch : me laisser porter par un narrateur hors-pair, qui me mène par le bout du nez et joue avec mes sentiments de spectateur. D’autant qu’il n’a pas que ses ficelles de scénariste à son arc… Lelouch sait faire un casting. Il sait quel comédien mettre dans un rôle. Je ne sais pas du tout comment il s’y prend sur un tournage, s’il coache beaucoup ses acteurs, s’il les dirige exactement comme il le veut ou s’il les laisse faire, toujours est-il que chez Lelouch il n’y a jamais de fausse note du point de vue de l’interprétation. Jamais dans un de ses films je n’ai vu de comédien qui ne soit pas crédible dans un rôle. Ils y croient tous et de ce fait, on y croit aussi. Et son dernier film n’échappe pas à la règle.

  269 ces amours la dana labarthe
Les deux rôles principaux pour commencer. Audrey Dana, que j’avais découverte dans le précédent film de Lelouch, Roman de Gare (et qu’on voit aussi en épouse de Jean Dujardin dans Le Bruit des Glaçons), est bluffante. Cette actrice est d’un naturel déconcertant. Elle sourit, elle pleure, elle vit ce qu’elle joue. Elle regarde l’acteur en face d’elle et on est vraiment persuadé qu’il s’agit de l’amour de sa vie. Moi j’ai été éberlué par sa facilité à jouer tous les sentiments. Et pourtant elle n’a pas un rôle facile, parfois même elle n’a pas un rôle sympathique, les actes de son personnage peuvent prêter à discussion dès lors qu’on ne se place pas uniquement du point de vue d’une « amoureuse de l’amour », mais elle est d’un tel naturel, d’une telle douceur, que tout passe. Bref, elle est juste parfaite dans le rôle d’Ilva.

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Le premier rôle masculin du film, est tenu par Laurent Couson. Qui ça ? eh bien si vous vous posez cette question c’est parce qu’il s’agit aussi de son premier rôle tout court. Laurent Couson est compositeur, c’est lui qui a co-écrit avec Francis Lai la musique du film. Et tout naturellement, Claude Lelouch a su que son personnage ne pouvait être interprété par personne d’autre que celui qui lui écrit ses morceaux de piano. Il a donc embrigadé Laurent Couson et en a fait son premier rôle masculin. Et quel pif il a eu encore une fois Lelouch. Laurent Couson dans le rôle de Simon est simplement incroyable. Ce type a une gueule, un charisme, une voix, un jeu déconcertants. Il est juste génial. C’est pour moi la révélation du film. D’ailleurs non, de l’année, y a pas de raison de bouder son plaisir. Il y a bien longtemps que je n’avais pas ressenti ça en voyant un type jouer la comédie. Et puis à ce talent inattendu d’acteur, il ajoute son talent de musicien. Toutes les parties musicales du film (oui désolé pour ceux qui n’aiment pas ça chez Lelouch, la musique a encore une fois une place prépondérante dans son film) sont jouées par lui en prise directe. Piano, trompette, chant, Laurent Couson est en live complet et ça rend du tonnerre. Je ne vous parle même pas du duo final entre Simon et Ilva, qui a l’air mi-écrit mi-improvisé et qui m’a laissé sur mon très honorable postérieur. Et je précise au passage : je hais pourtant les comédies musicales (parce que c’est pour les adolescentes boutonneuses, parce que c’est tout naze et que ça s’en rend même pas compte, parce que c’est pas sérieux et qu’on n’y croit pas une seconde, parce que ça puducu et que c’est toupourri, et parce que j’aime pas je vous dis !!).

269 ces amours la couson
Comme je le disais plus haut (je m’excuse m’sieurs-dames, je sais qu’encore une fois je tartine des pages et des pages sur Lelouch alors que vous n’avez qu’une envie c’est que je vous laisse vous rendormir peinards), les films de Lelouch c’est avant tout un superbe casting, et ici encore c’est le cas. Vous verrez dans les rôles secondaires un excellent Dominique Pinon (comme à son habitude du reste), une inattendue mais parfaitement à sa place Liane Foly (qui, incroyable mais vrai malgré toutes ses retouches plastiques fait très authentique !), un Zinedine Soualem à béret dans un rôle de résistant, un très crédible et très charmeur officier allemand sous les traits de Samuel Labarthe (la scène de la Marseillaise est un très grand moment), deux beaux militaires américains interprétés par Jean-Jacques Ido et Gilles Lemaire tous deux impeccables, et Lelouch va même jusqu’à intégrer son propre personnage, Coco, d’abord en enfant de sept puis en adolescent apprenti réalisateur qui commence à expérimenter son fameux mouvement circulaire de caméra autour des personnages et faisant jouer ces rôles par deux de ses enfants Shaya et Sachka. Je mettrais un tout petit bémol sur la prestation du chanteur Raphaël, moins intense que les autres dans l’interprétation, l’air un peu timide, la voix trop douce, la moustache fluette, bref un je-ne-sais-quoi qui lui donne l’allure d’un gamin fragile sous l’occupation, il est beaucoup plus convaincant dans les scènes contemporaines.

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Évidemment les détracteurs de Lelouch retrouveront avec déplaisir tout ce qui fait sa patte. L’ambiance film choral avec sa multitude de personnages, d’époques, de lieux, toutes ces petites histoires secondaires qui viennent se coller à l’intrigue principale, la musique omniprésente (ici elle est même l’un des pivots essentiels du film). Ils y retrouveront son rythme qui prend le temps de s’attarder sur un personnage, sur un silence, sur une pensée, sur une image. Ils y retrouveront aussi le sous-texte de tant de ses films, le leitmotiv de Lelouch qui veut que l’amour soit placé au-dessus de tout, y-compris de la loi ou de la morale bien-pensante, qu’il pardonne tout et justifie même le pire. Ils y retrouveront ce qu’on lui reproche depuis toujours, cet étalage de bons sentiments, ce positivisme forcené qui le pousse à voir les pires moments d’une vie comme des passages obligés mais qui mèneront toujours vers quelque chose d’encore meilleur. Moi-même j’ai beaucoup de mal avec cette philosophie de la vie qui veut toujours voir le bon côté des choses, qui énonce comme théorème fondateur que chaque malheur est une des briques sur lesquelles se construit un nouveau bonheur (le fameux un mal pour un bien qui me révolte tant), et j’ai du mal à supporter les excès d’optimisme béat (autant que les broyeurs de noir incessants du reste). Mais quand c’est Lelouch qui illustre cet optimisme-là (justement pas si béat que ça chez lui), avec son talent, sa simplicité, sa sincérité, bah que voulez-vous, même mon réalisme grincheux huilé à l’objectivité méticuleuse dépose les armes. Je ne suis pas toujours d’accord avec sa philosophie, mais quand il met en image sa vision de la vie, avec ses cycles où bonheurs et malheurs se succèdent mais finissent toujours par nous faire avouer que « finalement ça en valait la peine », je lui laisse de bon coeur le dernier mot…

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Avec Ces Amours-Là, Lelouch fête ses cinquante ans de cinéma. Il y déclare son amour de la vie et du cinéma. C’est en quelque sorte un film-somme de tous ses précédents films, et tout comme il intègre un peu de son histoire personnelle dans le métrage (Coco le petit garçon que sa mère cache tous les jours dans un cinéma de quartier pour échapper à la Gestapo c’est vraiment lui pendant l’occupation allemande), il se permet même de boucler son film par une séquence faite de dizaines d’images tirées de ses précédents films, montrant tous les comédiens qu’il a tant aimé et mis en scène, comme un ultime hommage, comme une ultime déclaration.

Lelouch boucle la boucle. Et moi j’aime vraiment ça. Ça doit être mon côté midinette qui s’exprime…

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21 septembre 2010 2 21 /09 /septembre /2010 07:50

Quand on m’a prêté ce livre de Joseph Connolly, on me l’a décrit comme une excellente comédie, à l’humour british qui fait mouche. Et on m’a précisé également que Vacances anglaises avait été adapté au cinéma par Michel Blanc sous le titre Embrassez qui vous voudrez (d’ailleurs les éditions récentes du livre ont adopté ce titre également si jamais vous le cherchez). Sur le moment, c’est ce qui m’a retenu de le lire.
Non pas que le film était mauvais, bien au contraire j’en avais gardé d’excellents souvenirs. Mais autant j’apprécie d’aller voir un film adapté d’un livre que j’ai lu, autant lire le bouquin original après en avoir vu l’adaptation cinématographique ne m’intéresse plus vraiment. On a déjà toute l’intrigue simplifiée en tête, le dénouement (pour peu que livre et film soient fidèlement transposés), les surprises… bref l’intérêt du livre est éventé à mes yeux.
J’ai donc poliment accepté le livre et il a attendu plusieurs mois sur ma pile de livres à lire avant que je ne l’ouvre.

Dès le début de ma lecture j’ai retrouvé tous les personnages dont je me souvenais du film. Et les scènes du début m’étant bien restés en mémoire j’étais en terrain connu. Lecture sympathique mais sans surprise puisque mes souvenirs du film venaient parasiter la découverte de sa version papier. Heureusement le style est agréable et l’humour omniprésent, ce qui m’a convaincu de continuer, malgré un léger ennui à lire quelque chose que je connaissais déjà. Et bizarrement plus ma lecture avançait, plus je me suis rendu compte que mes souvenirs du film laissaient la place à ce que je lisais. J’avais définitivement les images des différents acteurs en tête dès lors que leurs personnages intervenaient dans le récit, mais ça se limitait quasiment à cela. Il ne me restait plus que des bribes du film qui ressurgissaient ça et là, au détour des chapitres. La lecture est devenue soudainement passionnante, et en fin de compte dès le deuxième tiers du livre, on peut dire que j’ai redécouvert l’histoire. Et quel bonheur ! Je n’avais pas encore eu de coup de cœur littéraire en 2010 (ok c’est vrai aussi, je lis à un rythme moins soutenu que l’année passée), eh bien j’en tenais enfin un. Vous savez, ce genre de bouquin qu’on prend un vrai plaisir à lire. Ceux qui vous mettent dans ce paradoxe étonnant : on a envie de les dévorer, on a du mal à s’arrêter, et en même temps on voudrait ralentir la lecture pour pouvoir en profiter encore un peu plus longtemps au fur et à mesure qu’on voit la fin du roman approcher… et dire qu’il dormait au pied de mon lit depuis des mois !

Bon avec tout ça je n’ai pas encore parlé de l’histoire. En résumé c’est une grosse comédie de mœurs que nous propose Connolly. On a un couple de riches londoniens, Elizabeth et Howard, dont la femme se fait offrir par son mari des vacances dans un hôtel chic de la côte anglaise. Elle s’y rend accompagnée de son amie Melody, jeune mère célibataire un peu frivole flanquée de son bébé brailleur.  La voisine et amie d’Elizabeth, Dotty, jalouse au dernier degré a décidé de partir au même moment et au même endroit. Son mari Brian se voit contraint de la suivre, bien que sa situation financière ne le leur permette plus du tout, le pauvre diable étant en pleine faillite, aussi bien professionnelle que personnelle. Leur fils Colin, 15 ans, est également du voyage. À l’hôtel il y a aussi la superbe Lulu et son mari jaloux compulsif John, qui ne supporte pas le regard des hommes sur sa femme. Et il y a Miles, un dragueur-salaud-arriviste qui se paie une semaine au soleil sans sa femme et ses enfants comme chaque année, bien décidé à coucher avec toutes celles qu’il arrivera à séduire. Enfin il y a Katie, la fille de 17 ans de Howard et Elizabeth, qui part de son côté pour une semaine à Chicago avec une amie Ellie… du moins c’est ce qu’elle dit à ses parents, alors qu’en fait elle part pour une semaine de débauche avec Norman, un des employés de Howard.
Toute cette multitude de personnages et quelques autres encore se croisent et s’entrecroisent pendant cette semaine qui sera riche en rebondissements.

Difficile de résumer avec précision ce livre tant il s’y passe de choses et tant les personnages sont nombreux. Les personnages justement, sont le vrai point fort de Joseph Connolly. Il sait les croquer et les rendre vivants et crédibles tout en leur ajoutant quasiment à tous une touche d’humour et d’absurde. On s’amuse vraiment avec chacun d’entre eux, aucun ne laisse le lecteur indifférent. J’ai tout particulièrement aimé le flegme de Howard, la peste-attitude de Katie, la salaud intégral Miles et pour moi le pompon revient sans la moindre hésitation à Brian, le pauvre type par excellence, qui n’a plus un sou et qui pour s’occuper collectionne les bouches d’égouts et bricole à la façon MacGyver. Le passage de sa lettre d’adieu m’a tout simplement fait mourir de rire tant c’est pathétique et drôle à la fois. Un grand moment d’humour anglais. Un must.

Bref, j’ai tellement adoré ce livre que dans la foulée je me suis immédiatement mis à la recherche du dvd de l’adaptation par Michel Blanc que j’ai également revue avec un grand plaisir. La boucle était bouclée.

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16 septembre 2010 4 16 /09 /septembre /2010 15:17

Nouveau film de Bertrand Blier, Le Bruit des Glaçons a fait parler de lui sur bien des points.
D’abord parce que c’est son retour derrière la caméra après cinq années d’absence des salles de cinéma. Blier, parfois légèrement surestimé à mon avis, c’est tout de même le type qui a réalisé Les Valseuses, Tenue de Soirée ou encore Trop Belle Pour Toi. Un réalisateur à l’habit anticonformiste marqué. Un type qui a côtoyé les plus grands du cinéma français, des grands anciens comme Georges Lautner, des icônes comme Patrick Dewaere ou Jean-Pierre Marielle, des stars comme Gérard Depardieu, et je ne parle même pas de l’héritage paternel du génialissime Bernard Blier. Bref, dans le paysage cinématographique français, Bertrand Blier est quelqu’un qui compte.
Ensuite parce que pour son nouveau long métrage, Blier réunit deux poids lourds de l’humour, aux styles pourtant très différents, Jean Dujardin abonné aux rôles de beaux gosses un peu cons et frimeurs (OSS 117, Un Gars Une Fille, Brice de Nice) et Albert Dupontel à l’humour grinçant du sale gosse qu’on laisse tout faire parce qu’il est brillant (Bernie, Enfermés Dehors, Le Créateur). La confrontation promettait d’être intéressante.
Enfin parce que le thème lui-même du film de Blier a fait controverse. Je vous en fais un rapide résumé.

267 bruit des glacons charles vin
 Charles (Jean Dujardin) est un écrivain à succès. Cet ancien prix Goncourt n’écrit plus une ligne depuis des années. Sa femme Carole (Audrey Dana) l’a quitté, elle est partie avec son fils. Il vit dans sa propriété de campagne, avec sa dévouée servante Louisa (Anne Alvaro) et la langoureuse Evguenia (Christa Theret), belle plante qu’il entretient pour noyer son chagrin. Mais sa plus fidèle compagne est sa bouteille de vin blanc dont il ne se départit jamais, la traînant avec lui du matin au soir dans un seau rempli de glaçons… Mais un jour, un homme à la dégaine bizarre vient sonner à la porte de Charles. Il se présente : il est son Cancer (Albert Dupontel), et désire faire connaissance avec lui. Ce visiteur étrange, engoncé quelque part entre fausse politesse et cruauté glaçante, est bien résolu à s’incruster dans sa vie.

Voici donc pour le postulat de départ, plutôt original et inédit, on en conviendra. Casse-gueule aussi, parce que faire un film d’un sujet aussi ardu n’est pas chose aisée. Blier parle de mort, et l’aborde par un biais difficile : le cancer. Cette fichue maladie qui fait peur, qui fait horreur, et dont on préfère ne pas parler de crainte de l’attirer… et bien Blier lui a choisi de la mettre en scène, de la rendre burlesque et de s’en moquer. Si l’humour est noir, c’est bien plus encore dans la mise en situation que dans les dialogues.
Forcément, en adoptant cette posture, Blier perdra l’adhésion d’un certain nombre de ses spectateurs, et je peux tout à fait le comprendre, tout le monde n’a pas envie de voir un tel spectacle. D’autres ne sont pas armés pour cela. Et je ne parle pas de ceux pour qui le cancer a été une réalité froide, et qui ne peuvent tout simplement pas accepter l’idée de le voir traité d’une façon burlesque.

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Sans compter également, sur la forme de son histoire. Des personnages caricaturaux et extrêmes, des situations improbables, une logique malmenée de bout en bout : Blier ne nous livre pas un film en fait, mais une fable, un conte moderne qui aura gardé la noirceur d’un conte de Perrault mais en aura perdu l’aspect merveilleux. Le film navigue en eaux troubles, le message est parfois opaque car on ne comprend pas toujours où le cinéaste veut nous mener. D’autant que non content de mettre en scène Albert Dupontel et Myriam Boyer en personnifications perverses de tumeurs malignes, Blier  colle par-dessus tout cela une histoire d’amour un peu glauque et pas vraiment glamour, en la personne de Louisa la servante secrètement éprise de l’écrivain ivrogne. De là à placer l’amour comme seul recours à la maladie il n’y a qu’un pas symbolique que Blier semble vouloir franchir. Irait-il jusqu’à dire qu’il n’y a qu’une femme pour sauver un homme ? C’est peut-être un poil exagéré de prêter cette intention à un réalisateur en d’autres temps attaqué pour machisme voire misogynie (avec les deux héros des Valseuses en témoins de l’accusation). Mais l’idée semble flotter dans l’air…

En fait je suis bien ennuyé au moment de donner mon avis sur Le Bruit des Glaçons. Par bien des aspects le film est inclassable, même en termes basiques de « bon » ou « mauvais ». C’est très théâtral, et son côté fable coupe le film d’un réalisme auquel on essaie pourtant de se raccrocher pour ne pas trop perdre nos repères de spectateurs. En même temps, si Blier avait mis la pédale douce là-dessus, il sciait de fait la branche sur laquelle reposait son script. On ne peut pas reprocher à un film de manquer de réalisme si on accepte au départ qu’un homme puisse discuter le bout de gras avec un mec qui incarne son cancer. Bref c’est déroutant, mais c’est le postulat de départ qui le veut. Les dialogues aussi abritent un étrange paradoxe. Les échanges entre Dupontel et Dujardin sont savoureux, ça s’invective, ça se dispute, ça essaie de jouer au plus malin, en somme c’est plutôt bien écrit. Bien écrit mais pourtant ça sonne parfois faux. Comme quand on lit un bouquin trop bien écrit à voix haute. Bien écrit mais « trop » écrit, c’est peut-être ce qu’on pourrait reprocher aux textes. Les mots sont beaux, les phrases bien trouvées, c’est juste que l’on se voit mal parler ainsi dans la réalité…

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J’ai un peu lu les critiques du film ça et là sur internet. Évidemment on y trouve de tout, mais la plupart du temps les critiques professionnelles sont assez positives en ce qui concerne le retour de Blier derrière la caméra. Et il y a aussi de très nombreux témoignages de spectateurs qui ont détesté le film, jugé trop dérangeant, trop décalé. J’avoue que ça me semble assez logique finalement, que les détracteurs s’expriment plus que les autres. Parce qu’il est facile d’expliquer tout ce qu’on n’a pas aimé dans ce film et pourquoi, bien moins d’arriver à saisir tout ce qui plaît malgré tout. Pour moi Le Bruit des Glaçons n’est pas un mauvais film, et pourtant je ne sais pas vraiment comment le défendre, je ne sais même pas si j’aurais vraiment envie de le revoir. Le film de Blier est perturbant, aucun doute là-dessus.

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S’il est un point qui ne souffre pas de discussion à mon sens, c’est la qualité de l’interprétation. Qu’on n’aime peut-être pas les personnages est possible, mais les comédiens les interprètent à la perfection. Dujardin à ce titre m’a plutôt étonné, car c’est lui qui a le rôle le plus difficile je pense.  Dupontel en cancer mauvais et teigneux, j’allais dire que ça coule presque de source (et ça n’est en rien méchant, bien au contraire j’adore ce type). Celui qui avait plus à perdre dans l’affaire c’était Dujardin. À force de jouer au con dans ses films, ça devient coton de jouer un rôle plus sérieux, surtout dans un film qui lui à un traitement burlesque. Pourtant Dujardin tire son épingle du jeu, il parvient à rester crédible dans le rôle malgré certaines scènes limites. Il n’aurait pas fallu grand-chose pour qu’il tombe dans le ridicule à l’une ou l’autre reprise, sa performance d’équilibriste mérite donc d’être soulignée. Quant à Anne Alvaro, là on est dans un autre registre. C’est simple je ne l’imagine même pas autrement dans la vie que comme elle apparaît à l’écran (ce qui si cela s’avérait vrai serait un sort bien peu enviable) tant elle est dans le rôle.

Alors quoi faire ? Vous conseiller d’aller voir le film ou non ? Franchement je n’en ai aucune idée encore maintenant que j’écris ces mots. J’ai d’ailleurs failli laissé tomber l’idée de chroniquer ce film tant je suis dans l’incapacité de me prononcer là-dessus.
Disons que si le thème ne vous rebute pas, si vous n’avez pas peur d’entrer dans une fable aux accents incommodes (rien à voir avec un Burton par exemple), si vous avez un faible pour Dupontel comme moi, si vous êtes curieux de nature, essayez ce film. Mais je décline toute responsabilité si vous deviez le détester !!

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6 septembre 2010 1 06 /09 /septembre /2010 07:19

Les thrillers et les polars en romans, ce n’est pas mon rayon de prédilection. Jamais ouvert un livre de la collection Série Noire, et tous les grands maîtres du suspense et des enquêtes policières avec moult révélations à la clé ne font pas partie de ma culture littéraire. Si tant est que je puisse parler de culture littéraire. Hum. Bref. Pour moi, les enquêtes les plus palpitantes et les plus passionnantes se déroulent en images. Au cinéma, mais surtout à la télévision. Columbo, Les Experts, Dexter… les exemples sont légion, et ont de tout temps envahi mon espace cathodique.
Mais en bouquin, le genre ne m’attire que très peu.
Cherchant à explorer un peu ce pan immense de la littérature (souvent populaire d’ailleurs), je me suis dit que tant qu’à faire, autant découvrir le genre avec un de ses maîtres incontestés. J’ai donc choisi de m’intéresser à Harlan Coben, dont on a bien voulu me prêter deux livres. Le plus connu certainement, Ne le dis à personne (dont j’ai déjà parlé ici il y a… pfiouuu… longtemps !) et un second, à bonne réputation, Disparu à jamais donc.

L’action démarre à New-York. Will Klein vient de perdre sa mère, autant morte de son cancer que de chagrin. Car la famille Klein a vécu onze ans auparavant un drame qui aura changé l’existence de tous ses membres. Il y a onze ans, Ken, le frère aîné de Will a été accusé du viol et du meurtre de sa petite amie. Il a alors purement et simplement disparu et n’est jamais reparu depuis. Will, qui croit fermement en son innocence, pense également que son frère est mort. La logique veut que Ken n’aurait jamais pu échapper aussi longtemps aux forces de police du pays entier, sans ressource et sans aide extérieure. Will en a donc conclu comme beaucoup qu’il était certainement arrivé malheur à son frère et s’est résigné à ne jamais en apprendre plus. Mais deux événements viennent bouleverser la vie de Will. Ken aurait été aperçu sur la tombe de sa prétendue victime. Et quelques jours plus tard c’est Sheila, la fiancée de Will qui disparaît à son tour, sans laisser ni trace ni explication. Et le FBI semble penser que tout est lié…

Voilà pour l’intrigue. Le mystère est posé, et il semble épais. Le héros va  progresser pas à pas dans un monde dont il ignore tout, et découvrir, révélation après révélation, que ce qu’il pensait savoir de ses proches pourrait bien s’avérer totalement faux. Le style Corben est plutôt efficace il faut bien le dire. L’auteur ne s’embarrasse pas de temps morts, de moments d’introspection ou de quoi que ce soit qui pourrait ralentir son récit. Tout repose sur le rythme soutenu auquel les rebondissements surviennent tout au long de l’intrigue. Pourtant, il faut lui reconnaître qu’il réussit à ne pas pour autant trop survoler ses personnages principaux. Il n’entre pas dans de grandes études psychologiques et reste dans la description de caractères simples mais il le fait avec une simplicité qui rend les personnages crédibles et parfaitement identifiables et qualifiables en quelques mots. Pas de fioriture encore une fois, de l’efficacité. Mais peu de ses personnages ne me sont apparus attachants. Ceux qui sortent un tant soit peu du lot sont les plus marginaux, en l’occurrence ici Sheila la fiancée disparue aux lourds secrets et Carrex l’ami yogi-ex-néonazi-repenti (fallait oser, et pourtant ça passe plutôt bien). Mais bon, ça reste du traitement en surface, ne vous attendez pas à des personnages travaillés en profondeur. Harlan Coben préfère laisser remplir les trous par ses lecteurs, et si ça se trouve c’est aussi ce qui participe à sa réussite, puisqu’il laisse chacun trouver un peu ce qu’il veut bien dans ses personnages.

Évidemment il s’agit d’un livre qui se lit vite, le contraire serait suicidaire pour un auteur qui veut conserver l’effet de suspense haletant inhérent à ce genre d’intrigue. Et c’est là que je tique un peu. Parce que tout au long de ma lecture, je n’ai pas pu réellement entrer dans l’histoire à fond. Je voulais comprendre, je voulais savoir, mais je gardais mon œil extérieur. À aucun moment je n’ai été happé par le roman, à aucun moment je ne me suis senti impliqué. En fait, j’ai eu cette désagréable sensation tout au long du bouquin que Coben appliquait –consciencieusement et avec un certain talent- des recettes types. Un peu comme si au lieu de savourer un bon plat je me fardais toute la recette à la lettre tirée de marmiton.org.
Un parfum, très léger mais entêtant, d’artificiel. Et je n’ai pas réussi à m’en défaire de tout le livre.

Alors de deux choses l’une : soit je suis tombé sur un thriller bien ficelé dans l’ensemble mais moyen malgré tout du point de vue de l’implication du lecteur dans l’histoire, soit je ne suis pas vraiment fait pour lire des thrillers de le trempe de ce qu’écrit l’un des maîtres du genre. Ne le dis à personne m’avait déjà laissé sur un sentiment mi-figue mi-raisin, avec cette impression d’avoir lu un bon livre mais assez mineur là où la majorité voit un chef d’œuvre du genre.
J’imagine que les afficionados de polars et de thrillers apprécieront plus à sa juste valeur Disparu à jamais, pour ma part il m’aura laissé un sentiment assez neutre. Je ne me suis pas ennuyé en le lisant, pas du tout même, mais pour être franc, ça ne m’a pas donné plus envie que ça de lire d’autres livres de Harlan Coben. Ma découverte de cet auteur en restera donc là je pense.

266 disparu a jamais

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30 août 2010 1 30 /08 /août /2010 17:57

Il a dû en avoir assez de feuilleter avec papa son grand livre sur les animaux. Le chat qui fait miaou, la vache qui fait meuh et le lion qui fait groaaarrrr, si vous voulez ça va bien un moment, mais dans la vie il y a des choses plus essentielles.

Alors il est allé au milieu de la pièce à quatre pattes, ou plutôt à trois pattes, parce que vous comprenez, un couvercle de petit pot c'est trop précieux pour être laissé comme ça sans surveillance, sait-on jamais.

Et là, tranquillement, le plus naturellement du monde il s'est levé. Dressé sur ses 2 jambes, son couvercle en mains il a avancé. Un, deux, trois, quatre pas ! Sans rien à quoi se tenir, pour la première fois sans les doigts d'adultes auxquels il s'accroche d'habitude pour engloutir ses kilomètres quotidiens de course folle. Quatre pas et trente centimètres plus loin, il s'est arrêté, a regardé son papa et a fait un immense sourire comme pour dire "c'était pas si compliqué finalement". Puis il s'est laissé choir comme si de rien n'était sur son derrière, la couche faisant office de rembourrage anti-choc. Parce que bon, on va pas en faire tout un plat, vous comprenez il y a des choses plus essentielles. Il y a des couvercles de petits pots un peu partout dans la chambre à récupérer.

Mon loulou a marché. Il était 18h34 aujourd'hui. Et j'ai découvert une nouvelle définition du mot fierté.

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25 août 2010 3 25 /08 /août /2010 15:00

Rangez les livres de poésie et sortez votre kit de badass version eighties.
On oublie les mocassins à pompons et on chausse ses rangers à crampons.
Si vous avez un tatouage c’est mieux, sinon vous pourrez toujours vous faire tatouer une tête de mort sur l’épaule en sortant de la salle.
Oh et puis avant que j’oublie, inutile de demander à madame de vous accompagner, The Expendables c’est un truc d’hommes. Ça va causer napalm et munitions de 12.7, pas de tupperwares ou de dîner presque parfait.

264 expendables team
Merde alors, dire que je l’attendais ce film-là, c’est encore loin du compte. Depuis que Sly avait annoncé son intention de réunir un maximum de stars des films d’action, du siècle dernier comme d’aujourd’hui, pour la série B ultime, j’en avais des frissons. D’abord je n’y croyais pas trop, parce que tout cela relevait plus du fantasme d’adolescent attardé qu’autre chose. Puis Stallone a recommencé à avoir le vent en poupe avec les succès consécutifs de Rocky Balboa puis John Rambo (dans l’ordre les numéros 6 et 4 de leurs séries respectives), ce qui lui a donné des billes pour mener son projet un peu fou à bien.

264 expendables caesar
Et il l’a fait.

Sylvester Stallone, le roi de l’actioner des années 80-90, a réuni plus de muscles et de testostérones que vous ne pouviez l’imaginer. Ouais d’accord, il n’y a pas si longtemps on a vu 300 spartiates plus musclés les uns que les autres se coltiner en jupettes. Mais ici on ne parle pas de chippendales. Sly lui, il vous parle de vieux de la vieille, des mecs burinés, des gueules à faire peur, des barbouzes, des durs de durs.

264 expendables ross gunnar yin
Jugez plutôt.
Les Expendables c’est une équipe de mercenaires ultra-pro, avec quelques années au compteur mais qui assurent encore un max. À leur tête, Barney Ross (Sylvester Stallone). Dans les rangs il y a le géant suédois Gunnar Jensen (Dolph Lundgren), le petit mais fatal Yin Yang (Jet Li), le gros bras Toll Road (Randy Couture), l’amoureux des gros calibres Hale Caesar (Terry Crews) et enfin le bras droit de Ross et virtuose du couteau Lee Christmas (Jason Statham). Et puis il y a Tool (Mickey Rourke) qui ne va plus sur le terrain mais qui endosse pêle-mêle les rôles de conseiller-confesseur-pourvoyeur de matos et de gonzesses-tatoueur de l’équipe. Rien que leurs noms, c’est déjà tout un poème.

264 expendables tool
L’équipe de Ross est contactée par un mystérieux monsieur Chapelle (Bruce Willis) pour une mission sur une petite île-nation d’Amérique centrale. D’abord mis en concurrence avec Trench (Arnold Schwarzenegger) c’est Ross qui accepte finalement le boulot. L’île en question est sous le joug du Général Garza (David Zayas), mais Ross et Christmas ne vont pas tarder à comprendre que derrière le dictateur fantoche se cache celui qui tire les ficelles, James Monroe (Eric Roberts), un ancien de la CIA qui est devenu trafiquant de drogue. Monroe est flanqué en permanence de ses deux gardes du corps personnels (Gary Daniels et « Stone Cold » Steve Austin). Sur place, Ross et Christmas vont bénéficier de l’aide de la propre fille du général Garza, Sandra (Giselle Itié) qui mène la fronde contre son père et Monroe.
Bien décidés à venir en aide à Sandra, à libérer l’île de la dictature militaire et à régler son compte au ripoux Monroe, Ross et ses Expendables vont devoir faire du ménage sur l’île…

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Vous l’aurez constaté par vous-même, j’aurais très bien pu faire très court et très simple en disant : il y a du beau monde et ça va castagner. Parce que ça résume aussi parfaitement bien le film. Un scénario qui n’est rien d’autre qu’un mélange de clichés du genre qui s’enchaînent avec pour seul objectif d’être caution à de l’action à gogo, et un casting plein à craquer de gueules d’amour venus apporter leurs noms et leur petits bras musclés parce que c’est tout ce qu’on leur demande.

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Parce que soyons honnêtes, l’histoire est minimaliste et on sent bien que la plupart des rôles sont là parce que Sly voulait absolument placer l’un ou l’autre de ses potes dans le film. L’exemple du personnage de Mickey Rourke est emblématique : il a un look incroyable et une présence qui en dégage, mais son personnage aurait aussi bien pu être coupé du montage final que ça n’aurait rien changé à l’histoire. Mais qu’est-ce qu’il aurait été dommage de se passer de sa gueule cassée dans ce film qui finalement ne se veut rien d’autre qu’une immense palette de personnages hauts en couleurs qui font leur numéro. Oui Rourke vient cachetonner comme quasiment tous ses collègues sur ce film, mais c’est très exactement pour ça qu’on va voir The Expendables !

264 expendables ross tool
En tout cas en ce qui me concerne, dès le départ j’y allais pour ça. Pour voir ensemble tous ces mecs qui ont à un moment ou un autre été des symboles de virilité à l’ancienne, qui pour la plupart ont été des stars de zèderies sans nom, et qui auront titillé mes bas instincts d’adolescent mâle en manque d’images fortes à l’époque où mes héros se nommaient John McLane ou Ivan Drago. D’ailleurs imaginez-vous que Stallone avait encore d’autres noms sur sa liste de stars à intégrer dans son film : Jean-Claude Van Damme, Kurt Russell, Steven Seagle ou encore Wesley Snipes ont aussi été approchés mais n’ont pour l’une ou l’autre raisons pas pu collaborer à l’entreprise… Que le film soit simpliste, bourrin, à l’image des meilleurs films d’action à l’heure de leur apogée à la fin des années 80 (souvenez-vous des épiques Commando avec Schwarzy, Scorpion Rouge avec Lundgren en spetsnatz rebelle, du survolté et suicidaire Martin Riggs dans le premier Arme Fatale ou encore Hans Gruber qui se fait défoncer la gueule par un flic pieds-nus dans Piège de Cristal…) c’est non seulement assumé et revendiqué comme tel par le scénariste-réalisateur-acteur Stallone, mais c’est aussi très exactement ce que j’en attendais moi en tant que spectateur à chromosome Y qui me tapais tous les films de Van Damme au ciné quand j’avais 14 ans.

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Stallone essaie tout de même de dépasser par moments le statut de pur film d’action en saupoudrant ça et là dans son long métrage quelques répliques dignes des meilleures punch-lines du genre, la scène du trio Stallone-Willis-Schwarzenegger n’est d’ailleurs qu’un immense prétexte à voir 3 méga-stars s’envoyer des vannes et des clins d’œil à leurs carrières respectives. Stallone flirte avec l’auto-parodie et s’en sort plutôt bien, puisqu’il évite le ridicule tout en en faisant faire des caisses à ses acteurs.

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Pour ce qui est de l’approche un peu plus psychologique (si, si) des personnages, Sly s’y essaie également, mais on le sent moins à l’aise qu’il a pu l’être dans son dernier Rocky par exemple. En gros dans The Expendables on a droit à Ross qui se remet en question et pour qui sauver la fille du général c’est aussi sauver son âme de mercenaire (oui je sais c’est gros, non je sais c’est pas hyper-crédible, oui je suis d’accord ça m’a fait sourire aussi), et à Christmas qui a des soucis de couple avec sa nénette (Charisma Carpenter qui tient le rôle de la bombasse parce qu’il en faut bien une dans un film de mecs) et qui les règle en démontant la tête du péteux qui essaie de lui souffler sa brune. Voilà pour la caution psychologique du film, et on est bien d’accord Stallone aurait pu s’en passer. N’empêche que c’est peut-être très con mais ça reste bien jouissif de voir Jason Statham se fritter avec quelques basketteurs pour l’honneur de sa belle.

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Bon allez, je plaide coupable : je sais que The Expendables n’est pas ce qu’on pourrait appeler un « bon film », mais franchement, je m’en fiche comme de l’an quarante. Revoir sur grand écran Dolph Lundgren (habitué depuis belle lurette aux séries Z sorties en direct-to-video) savater un blaireau qui lui manque de respect tout en conduisant un 4x4 en pleine course-poursuite, c’est pour moi un petit morceau de bonheur brut. Brut, adjectif à comprendre dans tous ses sens. Et je ne vous parle même pas de sa façon bien à lui de se tataner avec le poids léger de l’équipe Jet Li (dont les talents d’artiste martial ont été un peu sous-exploités à mon goût) : le géant suédois tient le chinois à bout de bras, tentant de l’assommer en le fracassant au plafond !

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Si Lundgren est mon « petit » préféré (on ne peut pas dire qu’il ait une tronche de porte-bonheur mais il reste mon péché-mignon), les autres ne sont pas en reste. Terry Crews et sa sulfateuse de dingue (ah… souvenirs émus de Blain et sa pétoire qui rase une parcelle de forêt amazonienne dans Prédator !!!) ; Stallone et Steve Austin qui se mettent sur la gueule dans un combat homérique ; Éric Roberts en salaud impérial qui a toujours laissé le statut de star hollywoodienne à sa frangine Julia pour se garder tous les rôles de méchants bien pourris (et il a le physique de l’emploi le gaillard) dans des films plus nazes les uns que les autres ; Gary Daniels qui en souvenir de tous ces films d’arts martiaux à petit budget dont il était la star, donne bien du fil à retordre aux Expendables qui doivent s’y prendre à plusieurs pour en venir à bout. Un petit regrets pour David Zayas (que j’avais vu pour la première fois dans la monumentale série carcérale Oz en leader charismatique du clan hispanique, et qui depuis ces dernières années incarne un flic bourrin mais intègre dans la série Dexter), qui est sous-exploité dans son rôle et se contente de faire les gros yeux à sa fille et sa tête de méchant constipé face à Éric Roberts qui pour sa part exulte en salopard ultime.

264 expendables monroe sandra
Ajoutez à cette palette de durs à cuire une palanquée d’explosions en tous genres, des cascades à l’ancienne (entendez par là très peu d’effets spéciaux numériques), quelques bons mots par-ci par-là, une ou deux décapitations, des armes à feu qui laissent des trous béants dans les cibles, et vous obtiendrez The Expendables, un film des années 80 tourné en 2010, juste pour le plaisir coupable de quelques types comme moi qui assument de prendre leur pied devant un truc aussi con, violent, et … incontournable.



Euh… ça s’est senti que ça m’a plu ?

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16 août 2010 1 16 /08 /août /2010 13:56

 Dans les Limbes de Jack O’Connell est un roman classé parmi les thrillers. Mais il ne faut pas bien longtemps avant que le lecteur comprenne qu’il est bien loin de se limiter à cette étiquette.
Il y a beaucoup de choses qui se bousculent et qui cohabitent dans ce roman : du fantastique, de l’onirisme, de la science, de l’intimiste, de l’aventure, du polar… et surtout une intrigue à double-fond qui vous happe et vous entraîne dans des contrées que vous ne soupçonniez pas… Quelque part entre le monde physique et le monde de l’esprit, entre réalité et rêve il y a les limbes…

 Sweeney est pharmacien. Il accepte un poste dans la renommée clinique privée du docteur Peck à Quinsigamond (la ville imaginaire dans laquelle se déroulent tous les romans de O’Connell). Cette clinique soigne exclusivement les personnes dans le coma et Sweeney parvient à y faire hospitaliser son fils Danny, plongé dans le coma depuis plusieurs mois. Sweeney n’a jamais perdu l’espoir de guérir son petit garçon et les méthodes non conventionnelles du docteur Peck sont leur dernière chance.
Avant son accident Danny était un fan inconditionnel du comics Limbo, une bande dessinée où sont relatées les aventures d’un groupe de monstres de foire à travers les contrées du pays imaginaire de Géhenna, emmené par Chick l’enfant-poulet et Bruno l’hercule de foire. Son père continue encore et toujours de lire ses comics à son petit garçon dans le coma.
Et Sweeney ne va pas tarder également à découvrir le lien inattendu qui unit la clinique dans laquelle il vient d’arriver à un gang de bikers (Buzz et ses « abominations ») qui squattent l’usine désaffectée de prothèses de la ville…

Le récit s’articule autour de deux histoires menées en parallèle : ce qui se passe à la clinique et ce qui se passe dans le comics Limbo. On passe donc de chapitre en chapitre de la réalité où se côtoient des bikers fous, des toubibs très spéciaux et un Sweeney qui est de plus en plus souvent sujet à des rages noires et des pertes de mémoire, au monde imaginaire de Limbo qui m’a furieusement fait penser à un mix entre le Freaks de Tod Browning et la série HBO Carnival (excellente série en 2 saisons qui voit s’affronter les incarnations du bien et du mal au sein d’une foire itinérante des années 30 aux USA). D’ailleurs pour mieux ancrer la partie Limbo dans le monde des comics, la fonte d’écriture change dès qu’on passe dans ce monde là (c’est alors la même fonte que j’utilise dans ce blog !).

O’Connell est un sacré raconteur d’histoires, en un rien de temps il vous fait plonger dans son récit et on a du mal à lâcher le bouquin tant on a envie de savoir ce qui va se passer. Étonnamment c’est la partie consacrée aux phénomènes de foire qui m’a le plus accroché, alors que j’aurais parié l’inverse en début de lecture. En cours de lecture, on ne peut pas s’empêcher de faire des liens entre les deux histoires, entre ce qui se passe dans le monde de Sweeney et dans celui de Limbo. L’auteur tisse sa trame en finesse, il ne surligne pas à outrance les recoupements et concordances entre les personnages du comics et ceux de la réalité mais laisse faire au lecteur ses propres comparaisons et au fur et à mesure sème ça et là des indices qui nous permettront de faire nos propres hypothèses (qui ne se vérifieront pas forcément d’ailleurs). C’est là la force de O’Connell mais peut-être aussi ce qui pourrait être reproché par certains à son livre : il y a une très grande part laissée à l’interprétation de chacun. L’onirisme, l’imaginaire sont des mondes très personnels, chacun en a sa propre approche et l’auteur n’impose pas un décryptage unique à son histoire. Un peu comme un film de David Lynch (allez, mon préféré Mulholland Drive par exemple) où d’un spectateur à l’autre on n’aura pas forcément compris les mêmes choses mais dont on ressort profondément marqué par ce qu’on a vu.

Je l’avoue, la conclusion du livre a été pour moins une petite déception, mêlée d’une touche de frustration de ne pas en savoir plus. Parce qu’on n’a pas de fin mot de l’histoire à proprement parler. On a un dénouement, mais il reste ouvert à l’interprétation que chacun voudra bien en faire. En particuliers la fin de la partie Limbo est à la fois forte et marquante, mais assez déroutante en même temps.
Bizarrement, avec le recul (j’ai lu ce livre en début d’année), je ressens moins cette déception qu’au moment où j’ai terminé le bouquin. Aujourd’hui quand j’y repense c’est avant tout la qualité d’écriture et le pouvoir addictif du roman que j’ai retenus. Une impression très largement positive donc. À mon avis ce Jack O’Connell que je ne connaissais pas du tout est un écrivain à suivre, on le sent évoluer dans un univers bien à part et très personnel, pas conventionnel pour un sou. Dans Dans les Limbes il aura su avec brio mêler l’action au fantastique, tout en ménageant le suspense et en faisant la part belle à la réflexion et à l’immersion du lecteur dans l’histoire.
Lecture chaudement conseillée donc !

263 dans les limbes

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12 août 2010 4 12 /08 /août /2010 07:44

Entre deux articles sur ce que je lis, je vous propose un petit commentaire sur un film que j’ai vu dernièrement : Inception de Christopher Nolan. Depuis le temps que je ne me suis plus essayé à l’exercice de la critique ciné je ne promets rien hein, mais pour recommencer je n’ai pas choisi le plus mauvais film de l’année, loin de là ! Et il y en a des choses à dire sur ce Inception, je vais tenter de mettre bon ordre dans mes réflexions…

D’abord un petit résumé.
 Dom Cobb (Leonardo DiCaprio) est un voleur d’un genre nouveau. Spécialisé dans l’espionnage industriel il est capable avec ses collaborateurs d’entrer dans le subconscient des gens pour en extraire leurs secrets les mieux cachés. Pour ce faire, il s’introduit dans les rêves de ses victimes par un appareillage qui lui permet de connecter plusieurs personnes entre elles et de leur faire vivre des « rêves partagés ».
Cobb est contacté par un homme d’affaire japonais, Saito (Ken Watanabe) pour une mission inédite. Cette fois il ne s’agit pas d’aller voler les secrets d’un concurrent (Fischer Jr, interprété par Cillian Murphy), mais de lui souffler une idée et de l’ancrer suffisamment dans son subconscient pour que la victime croit l’avoir eue elle-même, et qu’elle agisse ainsi de sa propre initiative dans le sens que désire Saito. Cette opération est une inception, et si elle fonctionne c’est tout simplement le crime parfait. Mais pour que cela réussisse il va falloir que Cobb implante cette idée parasite très profondément dans le subconscient de Fischer et se rendre dans les strates les plus enfouies de l’esprit de sa cible, ce qui augmente considérablement la complexité mais aussi la dangerosité de l’opération. D’autant plus que Cobb cache à ses coéquipiers l’existence d’un élément extérieur et qui semble vouloir systématiquement saboter ses incursions dans le monde des rêves…


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Je stoppe là le résumé pour ne pas entrer trop dans les détails, mais sachez que Nolan parvient à nous plonger dans le monde de ses parasiteurs de rêves en nous expliquant clairement comment tout fonctionne sans perdre le spectateur malgré les concepts complexes qu’il aborde, et sans pour autant devenir pompeusement explicatif ce qui pourrait nuire au rythme. C’est d’ailleurs une des grandes forces du réalisateur : il met en scène très naturellement un environnement complexe régi par des règles qui demandent au spectateur d’être attentif et de faire preuve d’un peu de jugeotte tout en n’oubliant pas qu’il est aux commandes d’un blockbuster hollywoodien, qui plus est un film d’action et de suspense. Et soyons clairs : Nolan joue et gagne sur les deux tableaux !

À ce sujet d’ailleurs, ce qui m’avait poussé à aller voir ce film, c’est la présentation que j’en ai entendue sur France Inter où le journaliste rapportait ce que les critiques professionnels américains disaient quasi-unanimement à propos d’ Inception. À savoir que c’est un très bon film, mais qu’ils pronostiquaient qu’il ne fonctionnerait pas auprès du public américain : il faut trop réfléchir ! Forcément, ça m’a donné un a priori positif sur le film. Et puis ça m’a fait marrer accessoirement aussi.

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Dans les faits c’est évident, Inception se démarque du tout venant hollywoodien. Il a un scénario très travaillé et qui ne cède pas systématiquement à la facilité, mais qui se donne les moyens de ses ambitions. Le film aborde des concepts poussés, on suit des personnages qui évoluent dans un rêve imbriqué dans un rêve lui-même imbriqué dans un autre rêve, avec des règles qui veulent par exemple que le temps qui s’écoule dans la réalité se trouve décuplé dans le rêve, re-décuplé dans le rêve secondaire et ainsi de suite plus on s’enfonce dans les « strates de rêves ». C’est ainsi  que quelques heures de sommeil pour le dormeur se transforment en plusieurs jours pour le rêveur, voire en plusieurs mois ou années si on s’enfonce dans les « couches de rêve inférieures ». C’est ainsi également que l’état physique du dormeur influence l’environnement du rêveur : si le dormeur est secoué ou tombe dans son sommeil, le rêveur voit son environnement trembler ou se retrouve en état d’apesanteur !

262 inception combat

D’ailleurs je me permets juste un aparté sur des détails que je n’ai pas bien compris : à un moment dans le film des dormeurs font une chute vertigineuse, ce qui entraîne que dans leur rêve partagé ils se retrouvent en apesanteur. Mais dans ce rêve là ils dorment également et rêvent aussi… or leur chute qui se traduit par un état d’apesanteur dans le premier rêve ne se répercute pas sur le second rêve où ils évoluent parfaitement normalement. Pour tout dire (mais ça n’est pas ça l’important), au moment où ils chutent ils sont déjà dans un rêve, juste pour vous donner une idée de l’imbrication des événements les uns dans les autres… Mais bon j’ai un peu peur de ne pas me faire très bien comprendre par ceux qui n’ont pas vu le film là… Bref, tout ça pour dire que c’est un des points qui m’a posé problème, je chipote peut-être un peu où je n’ai pas bien compris, mais tel que c’était présenté il me semble qu’il y a un petit problème de cohérence.
Idem pour les façons de s’extraire d’un rêve. Je ne vais pas trop entrer dans les détails non plus mais dans la strate la plus profonde, celle des limbes où Saito se retrouve prisonnier une vie entière, le personnage de Ariane (Ellen Page) s’en extrait sur l’ordre de Cobb en se jetant dans le vide… et là j’ai du mal à comprendre pourquoi si c’était si simple, Cobb ne l’a pas fait quand il s’y est retrouvé coincé pendant des années lors de son premier passage là-bas…
Enfin, dernière chose qui me turlupine, c’est le rôle exact de Ariane. Elle est recrutée par Cobb pour devenir son architecte, autrement dit c’est elle qui va penser en détail l’environnement onirique dans lequel les dormeurs en rêve partagé vont évoluer. Mais à moins que je n’ai pas compris, je ne vois pas bien où elle intervient dans les rêves qui doivent aboutir à l’inception chez Fischer ? elle a créé l’environnement du rêve ? si oui, de toutes les strates ou seulement de la première ? les rêveurs ne sont-ils pas sensés évoluer dans le rêve de l’architecte pour évoluer dans l’environnement qu’il aura conçu à l’avance ? bref, je suis un peu perdu sur ce point je l’avoue…

Bien, alors après mon petit aparté, qui n’a de petit que le qualificatif que je lui donne, j’ai peur que tous ceux qui n’ont pas vu le film et qui viennent de lire ceci se disent « oulah ça m’a l’air bien prise de tête ce truc ». Qu’ils se rassurent, si ce qu’ils viennent de lire leur paraît obscur et confus c’est tout simplement parce que je n’ai pas le talent de Nolan pour exposer tout cela plus clairement. Si vous allez voir le film, je vous assure que vous ne serez pas perdu, le réalisateur est un guide de première classe ! (bon évidemment, il vous faudra éviter de piquer un roupillon au passage, ça pourrait effectivement rendre le reste du film opaque, mais sinon ça devrait rouler)

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De manière générale, si Inception réserve de très bonnes scènes d’action (le combat en apesanteur par exemple) et des effets spéciaux à couper le souffle qui s’insèrent parfaitement dans l’histoire (ils ne sont pas là juste pour la frime quoi), le film joue également à un autre niveau de lecture, et propose au spectateur qui le voudra bien (car on peut parfaitement s’en tenir à une vision « premier degré ») une réflexion sur ce qu’est la réalité, sur la dualité entre conscient et subconscient et sur la complexité de l’esprit humain. Pour ma part, pendant une bonne partie du film j’étais persuadé qu’en fin de compte toute l’histoire était en train de se dérouler dans un immense rêve de Cobb, que sa femme (Marion Cotillard) n’était pas réellement morte mais juste revenue dans le monde réel, et que Cobb rêvait qu’il avait rêvé tout cela… J’avais un peu peur à la moitié du film d’avoir compris le dénouement et je m’attendais presque jusqu’à la fin à ce retournement de situation (même si ça aurait trop ressemblé à une happy end pour le coup), qui aurait très bien pu se tenir scénaristiquement parlant. Et à vrai dire, la toute fin du film n’est peut-être pas aussi certaine qu’on le croit, rien ne permet de dire avec certitude (enfin je crois) que Cobb ne continue pas encore et toujours de rêver…

262 inception limbes

Bref vous l’aurez compris, ce film fait marcher les neurones, et amène à se poser des questions. Ce qui est un très bon point selon moi.
Pour autant, je n’arrive pas vraiment à lui accorder le qualificatif de « culte » que j’entends et lis à son propos assez régulièrement. C’est vrai qu’il est original et marquant. Mais il lui aura manqué un petit quelque chose malgré tout pour me marquer encore plus et passer dans mon panthéon de films cultes. Je n’ai pas encore exactement réussi à cerner quoi, mais je pense que les personnages et leurs interprètes y sont en partie pour quelque chose. Manque de bol pour moi, deux des personnages principaux me posent problème : Leonardo DiCaprio et Marion Cotillard. Quels que soient les films où ils apparaissent, j’ai une certaine retenue à leur égard (c’est complètement idiot je sais bien mais c’est ainsi). DiCaprio, qui pourtant a prouvé depuis longtemps son talent d’acteur et sa capacité à jouer des rôles adultes (dans Les Infiltrés de Scorsese par exemple), me reste de façon indélébile en tête avec une énorme étiquette d’éternel grand ado. Je ne peux m’empêcher dès que je le vois de le revoir dans son rôle de Titanic, et encore plus tôt dans la série Growing Pains (Quoi de neuf docteur ? en VF). Impossible de m’en détacher. Pour Marion Cotillard c’est encore autre chose, c’est plus la personne qui m’insupporte et je n’arrive presque jamais à la voir comme un personnage mais toujours comme Marion Cotillard (à l’exception notable d’ Un long dimanche de Fiançailles de Jeunet, où son personnage avait réussi à prendre le pas sur l’actrice à mes yeux).
Au chapitre des bonnes surprises j’ai cependant beaucoup aimé Cillian Murphy (loin de son personnage diabolique d’Épouvantail dans The Dark Knight du même Nolan) et Tom Hardy dans le rôle de Eames le baroudeur brut de décoffrage. Quant à Ellen Page, là encore j’ai eu du mal à la voir comme une adulte. Même comme étudiante pour moi ça ne le fait pas. Son physique lui donne l’air d’être une gamine de 14 ans, ce qui pour son rôle d’architecte de la bande m’a un peu gêné…

262 inception ep

C’est amusant, je me rends compte en essayant de terminer mon article de deux choses : d’une je suis bien bavard pour ma « reprise » d’article ciné. Ça ne va pas vous donner l’envie que j’en fasse d’autres. De deux Inception est un film que j’ai vraiment beaucoup aimé et que je ne saurais que recommander à tout le monde, et pourtant la majeure partie de mon article est critique vis-à-vis de lui ! Alors je ne voudrais surtout pas donner une mauvaise -et fausse- image du film : Inception est un excellent film, intelligent et divertissant à la fois ce qui n’est pas si courant que cela, très bien écrit et génialement réalisé (Christopher Nolan est devenu l’une des valeurs sûres du cinéma américain actuel). Il faut absolument le voir, comme ça vous pourrez comme moi en reparler longuement et vous poser plein de questions à son sujet. Car finalement n’est-ce pas cela l’intérêt principal d’un film : vous marquer suffisamment pour y repenser une fois la porte du cinéma refermée… ?

262 inception aff

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6 août 2010 5 06 /08 /août /2010 23:19

Il m’arrive de vouloir tester des genres qui ne me sont pas familiers, voire qui ne m’attirent pas du tout. Comme ça, juste pour voir. On n’est pas à l’abri d’une bonne surprise dit-on…

Donc quand j’ai vu ce tout petit livre de poche, intitulé C’est fou, une fille… et signé Marie Billetdoux je me suis dit, « tiens, pourquoi pas essayer un livre de filles ? ». Parce que pour moi ça ne faisait aucun doute, j’avais à faire à un ouvrage ciblé pour femmes. Alors je l’ai pris en main, parcouru la quatrième de couverture et mon intuition s’est vue confirmée par ce que j’y ai lu.

L’auteur avait déjà remporté plusieurs prix littéraires sous le pseudonyme de Raphaelle Billetdoux avec Mes nuits sont plus belles que vos jours et Prends garde à la douceur des choses, deux bouquins dont j’avais déjà entendu parler. Une chose est indéniable, elle est sacrément douée pour les titres ! Test ultime : je feuillette le livre et m’arrête au hasard sur une page où le narrateur parle des femmes qu’il a connues et fait des liens entre leurs prénoms et ce qu’il a vécu avec elles. Et là je suis cueilli. Je retrouve mot pour mot des réflexions que je me suis moi-même faites, des jeux de mots dont je pensais être l’unique propriétaire. Légèrement déçu (vexé ?) de ne pas détenir l’exclusivité de ces quelques phrases que je viens de lire de la plume de quelqu’un d’autre, je me dis que je dois en savoir plus. C’est décidé, je vais lire mon premier livre de filles !

Un homme et une femme qui ne se connaissaient pas se rencontrent. Et quasiment dans la foulée ils se retrouvent nus, à faire l’amour avec passion. C’est la première fois et c’est pour toujours, comme une évidence. Marie Billetdoux nous fait entrer dans les pensées de l’homme et de la femme, et c’est assez bluffant parce que là encore, j’ai eu par moments l’impression que l’écrivain étaient venue chercher des mots, des sentiments, des sensations indescriptibles directement dans ma tête. À la limite du plagiat sensoriel.

C’est de relation charnelle dont il s’agit ici, mais il n’y a rien de pornographique. L’auteur ne parle pas de sexe, n’entre pas dans des descriptions physiques et mécaniques des corps. Elle parle de la connexion entre l’acte et la pensée. J’ai sincèrement été impressionné par cette capacité à entrer dans la tête des deux amants, à décortiquer leurs pensées profondes et à décrypter des sensations sur lesquelles on a si souvent du mal à mettre des mots.

Marie Billetdoux ne parle pas que de sexe, et pas vraiment d’amour non plus, elle touche le point de jonction entre les deux, cette chose dévastatrice, aussi puissante que fragile : la passion entre deux êtres. La passion nue, sèche, sans fard. Et ça, elle le fait très bien.

Mais.

Oui, j’en suis moi-même désolé, il y a un mais. Un gros. Voire plusieurs même.

Après la passion, après l’union des corps et des esprits sans entraves autres que celles du désir et de la plénitude, vient la « vraie » découverte de l’autre. De sa personnalité, de son esprit, de son comportement social. Et là tout fout le camp. J’ai eu l’impression d’assister au lynchage pur et simple de l’Homme. L’Homme avec un H, parce que je parle de l’Homme au sens générique, pas spécifiquement du type de l’histoire. De la rencontre et la passion d’un homme et d’une femme on glisse à l’histoire des Hommes et des Femmes. Là où les deux protagonistes étaient égaux dans la passion, on les retrouve l’une dans le rôle de la femme blessée, pure et innocente, et l’autre dans celui du persécuteur, de l’infâme, du manipulateur, du salaud. Ça m’a profondément dérangé, parce qu’après une ôde à la passion, j’ai eu l’impression de tomber sur un plaidoyer sexiste. Alors que dans la passion, l’auteur nous livrait le meilleur des deux êtres, après la passion il est clair que seule la femme est capable du meilleur, le pire reste l’apanage de l’homme. Ça c’est pour le premier gros mais.

Le second mais, c’est dans l’écriture et le style même qu’il réside. Si Marie Billetdoux a su faire passer des sentiments et des pensées intimes avec une fluidité et une crédibilité confondantes, il n’en va pas de même du reste. Les descriptions, les digressions, les envolées poétiques… par moment l’auteur part dans des phrases dont on a du mal à raccrocher les morceaux. Des phrases immensément longues, une ponctuation chargée, et surtout un ordre anarchique des mots qui sont placés de façon certes élégante, mais qui leur ôte toute leur force, parfois même qui leur nuit en floutant leur sens, en les rendant nébuleux, vaporeux, indistincts. Quand une seule phrase forme un paragraphe et se répand sur quasiment toute une page, fusse-t-elle d’un livre de poche, l’effet le plus probable c’est au mieux d’ennuyer, au pire de perdre le lecteur dans les méandres d’une langue trop métaphorique. Enfin quand je dis « le lecteur », je parle de moi hein. Je ne veux pas affirmer ici que ça aura le même effet sur tout le monde.

Toujours est-il que j’ai trouvé ça d’une lourdeur assez paradoxale en comparaison à l’évidence de certains passages très réussis. On passe de la simplicité de sentiments qu’on se prend en pleine poire à des tournures alambiquées qui vous filent mal à la tête rien que pour arriver à comprendre quel adjectif s’accorde avec quel mot, quel verbe s’associe à quel nom…

Et j’avoue que ça a complètement parasité ma lecture.

Bref, pour conclure donc, je dirais que certains passages (surtout au début du bouquin) m’ont laissé vraiment admiratif, mais que l’ensemble ne m’a pas plu.

J’ai cherché un peu sur internet et la plupart des critiques, des professionnels comme du public, sont très positives voire dithyrambiques. Je me rassure donc comme je peux en me disant que l’explication tient dans le fait que je ne suis pas dans le public-cible de Marie Billetdoux. Ou alors c’est juste beaucoup trop sophistiqué pour moi.


261 c est fou une fille

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