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Avant de lire les notes que je fais sur les films que je vois et les bd que je lis, sachez que dans mes commentaires il m'arrive parfois de dévoiler les histoires et les intrigues. Ceci dit pour les comics, je n'en parle que quelques mois après leur publication, ce qui laisse le temps de les lire avant de lire mes chroniques.
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Série(s) en cours

1 décembre 2010 3 01 /12 /décembre /2010 07:42

Les films se suivent et ne se ressemblent pas (du tout). Après mon incursion en terre cinématographique québécoise, qui visiblement en a refroidi plus d’un (si j’en crois les commentaires, blog et hors-blog), retour en une contrée plus chaude, pour une comédie qui m’a bien fait marrer. Direction la Californie. Direction Hollywood. Où quoi qu’on en dise, on sait faire des trucs bien, aussi.

280 date limite ethan juliette
Dans Date Limite de Todd Phillips on suit un couple de personnages improbables. D’un côté on a Peter Highman (Robert “la classe” Downey Jr), un type bien sous tous rapports, dont la femme Christine (Michelle Monaghan) est sur le point d’accoucher. Peter qui est à Atlanta s’apprête à rejoindre son épouse pour assister à la naissance de leur premier enfant. De l’autre on a Ethan Tremblay (Zach Galifianakis), un jeune acteur qui veut tenter sa chance à Hollywood et voyage avec son chien et les cendres de son père. Peter et Ethan se rencontrent à l’aéroport au départ d’Atlanta. Dès lors le destin de Peter est scellé. Car Ethan est tout sauf monsieur tout le monde. Un peu excentrique, complètement dans son monde mais foncièrement gentil, il va entraîner Peter de péripéties en catastrophes… à commencer par écoper tous deux d’une interdiction de vol à vie. Sans bagages, sans papiers et sans argent (qui sont restés dans l’avion, eux), Peter est contraint d’accepter l’offre d’Ethan de se rendre à Los Angeles par la route. Les deux hommes traversent donc le pays d’Est en Ouest au volant d’une voiture de location. Ce n’est que le début du long calvaire de Peter…

280 date limite ethan peter2 

Peter : Je méprise ce que tu es à un niveau moléculaire !
Ethan : C’est une chose qu’on m’a déjà dite et je fais des efforts pour m’améliorer.



Bon on tape dans la grosse comédie là. Attention, je dis « grosse comédie » mais ça n’est absolument pas péjoratif ici. Tous ceux qui ont vu Very Bad Trip (du même réalisateur d’ailleurs) connaissent et reconnaissent Zach Galifianakis au nom immémorisable (oui j’invente des mots) mais à la dégaine reconnaissable entre toutes. Et il joue ici aussi dans le même registre de personnage, à savoir le mec totalement allumé et qui enchaîne gaffe sur gaffe. Un Pierre Richard des temps modernes, barbe florissante et bide assumé en prime. D’ailleurs le rapprochement avec des bons vieux films franchouillards comme La Chèvre ou Les Compères, où un type normal contraint de voyager avec un poissard de première subit déboires sur déboires, n’est pas du tout hors de propos. Sauf qu’ici c’est fait en 2010, avec les délires scénaristiques d’aujourd’hui et les moyens d’une comédie à gros budget américaine. Bref, en dix fois plus gros et plus exagéré. Ce qui n’empêche pas le film d’être très drôle du reste. Le concept du « toujours plus » n’étant pas forcément une mauvaise chose entre les mains de bons scénaristes. Et ici, les gars aux manettes connaissent leurs gammes. Ou peut-être est-ce encore une fois moi qui suis bon client. C’est pas exclu. D’autant plus que j’ai pu lire beaucoup de mauvaises critiques en surfant sur le web à propos de ce film…

280 date limite peter chien
En tout cas on retrouve le même type de schéma d’ensemble qu’on a pu voir dans Very Bad Trip que je citais plus haut. Autrement dit : pas de répit, on passe d’une scène drôle et inattendue à une autre sans cesse. Avec tout juste quelques petites touches de sérieux (oh pas plus de 30 secondes d’affilée hein) histoire de rendre le personnage de Ethan attendrissant et pas uniquement loufoque. Avant de replonger encore plus fort dans le délire. D’ailleurs, bien que j’adore Robert Downey Jr, la star du film est évidemment Zach Galifianakis qui porte à lui seul toute la force humoristique du film. Avec Very Bad Trip 2 qui est en cours de tournage, le barbu risque de vite cramer son personnage délirant et sans gêne par trop d’exposition. Mais pour l’instant on n’en est pas encore à l’overdose, donc moi je veux bien en reprendre un peu tiens. Histoire de se faire chatouiller les zygomatiques et de se prendre une bonne bouffée de grand n’importe quoi hilarant. Allez voir Date Limite et marrez-vous.

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26 novembre 2010 5 26 /11 /novembre /2010 12:28

Troisième bouquin de ma sélection de cet été, Dieu est un pote à moi de Cyril Massarotto est un court roman qui a fait un peu parler de lui à sa sortie il y a deux ans environ, il a en outre reçu le Prix Méditerranée des Lycéens.

L’idée de départ est plutôt séduisante. Cyril, un jeune homme de 25 ans, vendeur de nuit dans le sex-shop de son ami René, entre un beau jour en contact avec rien de moins que Dieu en personne. De leurs rencontres régulières va se forger une « amitié » entre l’homme et le divin. Le livre propose de relater cette relation singulière entre cet homme ordinaire et le Tout Puissant et l’évolution qu’elle va connaître au fur et à mesure des années, pendant toute l’existence de Cyril. Le jeune homme discute de tout (et de rien aussi parfois) avec le Créateur, tout en vivant une vie classique par ailleurs. Il rencontre Alice, la femme de sa vie qui lui donnera un fils, Léo. Ensemble ils connaîtront bonheurs, malheurs, joies, peines, désillusions, émerveillements… bref, tout ce qui fait une vie. Jusqu’à la mort de Cyril et LA question ultime à laquelle il devra répondre à ce moment là…
Et toujours en filigrane, Cyril qui devise de la vie avec Dieu, de discussions semi-philosophiques en fâcheries, d’incompréhensions en révélations, le tout saupoudré d’un ton principalement humoristique, car il faut le savoir Dieu est un sacré déconneur (l’existence de l’ornithorynque, le journal télévisé de Jean-Pierre Pernaut, l’oeuvre complète de Rob Liefield, c’est pas des preuves tout ça ?).

Si je devais résumer mon avis sur le livre, je dirais qu’il a suscité en moi des sentiments assez paradoxaux. Pour utiliser une formule un peu creuse mais parfaitement adaptée : il a les défauts de ses qualités…
Écrit très simplement, le style est léger voire minimaliste, ce qui donne une fluidité à la lecture qui va parfaitement avec la portée (limitée) du livre. Cette simplicité mise en perspective avec certains des thèmes abordés, comme la mort, le deuil, le sens de la vie, le destin, les choix, les enfants, la religion, l’amour, cela donne un peu l’impression que ça manque d’ambition, que ça reste superficiel, peu nuancé voire simpliste à certains moments. Paradoxal, car parler de la Vie et de tout ce qui en fait sa substance, au départ je trouvais ça ambitieux justement… Je me doute bien que ce traitement et ce ton léger et humoristique sont voulus par l’auteur, mais l’effet est à double-tranchant. On parle de la Vie oui, mais avec une bière et des cahouètes à la main, histoire de désacraliser la chose. Très bien, mais du coup tout ce qui en ressort garde ce parfum de légèreté, de « pas vraiment sérieux », et je trouve ça en contradiction avec ce qu’on est en mesure d’attendre d’un dialogue avec Dieu. Merde, c’est Dieu quand même !

Pourtant Massarotto ne ménage pas sa peine, et ne se contente pas de bons mots et d’humour potache, il aborde aussi des situations plus graves, les drames de la vie. Le deuil d’une personne aimée par exemple. Il s’y prend même plutôt bien je l’avoue, c’est certainement le passage où il laisse le mieux cette fameuse légèreté qui embaume son bouquin au placard, le temps de faire place à un peu de sensibilité, de douleur légitime, de colère aussi. Mais malgré cela ça m’a gêné aux entournures, parce qu’en terme de deuil il s’est bien gardé de parler d’un deuil d’enfant par exemple. Ou d’autres joyeusetés du type handicaps très lourds ou maladies congénitales. Trop dur, trop affreux, ça lui aurait plombé son livre et peut-être n’aurait-il pas réussi à s’en sortir aussi bien qu’il ne l’a fait. Bref, là encore, les idées m’ont paru bonnes, les intentions louables, mais il y a un petit goût d’inachevé, d’un potentiel approfondissement avorté. En voulant faire court et donc dynamique, ou pour éviter des sujets plus casse-gueule, on ne le saura jamais vraiment.

Point positif : le Dieu que l’auteur met en scène n’est pas un Dieu de religion, c’est plutôt une idée abstraite et non sectaire d’un être supérieur et omniscient, un patchwork hétéroclite de conceptions à la fois un peu baba cool et philosophico-new age à la sauce perso bon enfant. Et moi je ne suis pas mécontent d’avoir casé tous ces mots dans la même phrase soit dit en passant.

En tout cas, si vous lisez ce roman comme une petite fable amusante et maligne, ça peut le faire. Ce n’est pas de la grande littérature, donc amoureux des beaux styles et des plumes racées, vous n’y trouverez pas votre compte. À lire au soleil, sur une terrasse en sirotant un jus d’orange pressé, ça passe déjà beaucoup mieux. Un petit livre divertissant mais à l’intérêt moins substantiel que ne le laissait présager le titre. Pas mauvais, mais très loin d’être indispensable.

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17 novembre 2010 3 17 /11 /novembre /2010 15:21

Il m’arrive souvent de faire un tour dans les rayons dvd de grands magasins, et de laisser mon regard vagabonder de jaquette en jaquette, pour parfois me laisser accrocher par l’une d’entre elles. Par un titre, une image, un design, une compo graphique, un thème, un nom d’acteur… je ne parle pas des blockbusters hollywoodiens, des films avec un budget promotion équivalant au budget total de films plus modestes. Je parle de trucs moins connus, de séries B, voire Z, de films indépendants, pour la plupart d’entre eux des direct-to-video. Et de temps à autres, je me laisse tenter par quelque chose qui m’inspire.

J’avais donc vu le dvd des 7 jours du Talion et ça m’avait intrigué. Imaginez : film québécois, pas un nom connu à l’affiche, jaquette rose sale et thème trash.
En effet, l’histoire ne fait pas dans la dentelle. Une petite fille est enlevée sur le chemin de l’école. Elle est retrouvée peu après morte, son corps ayant subi des sévices sexuels évidents. Le coupable (Martin Dubreuil) est assez vite arrêté, le pédophile assassin n’en est pas à sa première victime. Fou de chagrin et de douleur, le père (Claude Legault) de la petite fille, chirurgien de profession, décide d’agir et de se venger. Il parvient à enlever le meurtrier de sa fille pendant son transfert et l’emmène dans un coin perdu qu’il a préparé à cet effet. Son projet est de le garder vivant sept jours durant lesquels il va le torturer pour l’achever le jour de l’anniversaire de son enfant avant de lui-même se rendre aux forces de l’ordre. L’inspecteur chargé de l’enquête (Rémy Girard), bien qu’ayant connu un deuil assez similaire quelques mois auparavant (sa femme a été abattue à bout portant lors d’un braquage, et le policier se passe en boucle la vidéo de la caméra de surveillance du magasin jour après jour), va tout mettre en oeuvre pour retrouver le médecin avant que celui-ci ne commette l’irréparable.

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Ce film est d’une dureté et d’une froideur assez poussées. Adapté du roman de Patrick Senécal, il traite de la vengeance et nous pousse à réfléchir à la portée de ce sentiment si humain et animal à la fois. Et pour ce faire, le réalisateur Daniel Grou nous plonge dans une ambiance glaçante, bannissant toute musique du film, restant au plus proche de la douleur d’un homme a priori normal qui va libérer une rage et une haine sans limite dans la réalisation de sa vindicte. Cependant on est loin, très loin de l’apologie de la vengeance, de l’œil pour œil, de la violence, et c’est ce qui fait de ce film un objet à la fois traumatisant et extrêmement intéressant, car il met le spectateur en face de ses propres démons. On ne peut s’empêcher de s’identifier au père qui perd son enfant. On ressent sa douleur intense, les images de sa fille retrouvée dans un terrain vague vous soulevant le cœur. On ressent sa rage face à l’assassin qui affiche en plus de cela une suffisance insupportable, et qui n’exprime pas le moindre remord pour ses actes. On a envie que ce type horrible ait mal, et on est pris soi-même dans la spirale de la vengeance. On la comprend, on la justifie, on la trouve normale. En tout cas dans sa théorie, mais dès lors qu’on entre dans son expression physique, traitée à l’écran de façon crue et sans concession, les choses évoluent, on se remet en question. Le film a ceci de subtilement humain qu’il ne prend pas formellement position, il montre les choses froidement et laisse à chacun le soin de juger, de mesurer ses propres limites dans la colère, dans la violence, dans la barbarie. Car pour moi c’est ainsi que je l’ai ressenti ce film. On bascule à un moment donné dans un monde de barbarie pure, où l’on finit par se demander si la vengeance qu’on cautionnait au départ suffit encore à justifier des actes d’une violence et d’une perversion extrême. Bien qu’après coup on devine la position morale du réalisateur, celui-ci a la pudeur et l’intelligence de laisser chacun faire son propre chemin, sa propre réflexion, et surtout son propre jugement. Il n’y a pas de morale imposée à la fin, de réponse claire au problème, il n’y a que des actes, leurs conséquences crues et le traumatisme qu’engendre de telles situations. À chacun d’y trouver sa propre place, son propre positionnement.

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Oubliez le traitement habituel réservé aux actes de vengeances comme on peut souvent en voir dans le cinéma américain. Ici on n’est pas face à un Inspecteur Harry, un Paul Kersey ou un Franck Castle d’opérette. Le crime est horrible, la vengeance l’est tout autant et la question est : ce tueur doit-il souffrir au-delà de toute limite ou non pour ce qu’il a fait ?
Le film est dur à regarder. En tout cas il l’a été pour moi. Pourtant la violence à l’écran ne m’a jamais fait peur, la bidoche, le sang, la torture, les images choc j’en ai bouffé. Mais là, ce ne sont pas les images qui m’ont heurté, c’est très clairement le climat psychologique. C’est ça qui m’a bousculé, mis très mal à l’aise et complètement lessivé. Est-ce parce que je suis papa aujourd’hui que les images de ce père qui retrouve le corps sans vie de son enfant m’a fait autant mal, je ne saurais pas le dire exactement, mais j’ai trouvé ces images d’une violence extrême. Et la douleur du père ne le quitte plus de tout le film. Même pendant les scènes de torture, même pendant l’exécution de sa vengeance, il est au bord de la rupture. Il ne parle jamais à l’assassin de son enfant, il reste parfaitement muet dès qu’il se retrouve en sa présence, ce qui rend le tout encore plus glaçant mais qui trahit également le talon d’Achille du persécuteur : parler à sa victime pourrait lui faire perdre sa conviction. En se taisant, en refusant d’entamer un dialogue il le garde à distance, lui refusant de le considérer comme un être humain. Car le père vengeur est médecin, il sauve des vies en temps normal, alors que là il détruit méthodiquement un corps, tout en prenant garde à bien le maintenir en vie et conscient. Plus le temps passe d’ailleurs, plus le médecin est obligé de s’abrutir d’alcool pour accomplir sa tâche, ce qui est bien entendu symptomatique de son dilemme intérieur.

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Évidemment en regardant ce film, au-delà de l’aspect « torture », on ne peut s’empêcher de penser à la peine de mort également. On entend souvent dire que la peine de mort devrait être rétablie pour les assassins d’enfants par exemple, certainement l’un des crimes les plus affreux qui puisse exister, si tant est qu’on puisse hiérarchiser l’horreur. Là on est en plein dans le cas. L’auteur va même plus loin, puisque l’un des arguments phares des anti-peine capitale est évacué d’entrée de jeu : la culpabilité de l’accusé ne fait aucun doute. C’est son sperme qu’on a retrouvé sur l’enfant violée. Et il revendique lui-même ses actes, allant jusqu’à s’en vanter en les racontant, provoquant encore un peu plus notre dégoût. Bref, l’ignominie est avérée et montrée, le coupable est un monstre, … dès lors les choses sont moins simples qu’elles n’y paraissent. Moi qui suis opposé par principe à la peine de mort, j’ai pourtant ressenti et compris le désir de vengeance du père de l’enfant (en ce sens, l’objectif du réalisateur a été parfaitement atteint je pense). Entre la théorie qui concerne les autres et le cas pratique qui vous touche vous, on est bien obligé d’admettre que les conclusions varient, les sentiments l’emportent souvent sur la réflexion. C’est ce que ce film met en lumière. Et ça ne laisse pas intact.

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Pour être franc, je ne crois pas qu’on puisse dire des 7 jours du Talion qu’on aime ce film. Parce qu’il remue et qu’il dérange pour peu qu’on y réfléchisse cinq minutes. Mais c’est un vrai bon film, c’est indiscutable. Cependant je le déconseille fortement aux âmes sensibles, certaines images, mais surtout certaines situations sont vraiment difficiles à supporter. C’est un film intéressant mais exigeant. Et puis un dernier conseil si vous voulez vous y frotter : ne le visionnez pas en version originale. J’ai testé après l’avoir vu en version française, et je dois dire que l’accent québécois n’est pas indiqué du tout pour un français qui veut voir ce film. D’abord on pige à peine la moitié de ce qui se dit, mais surtout ça sabre une partie de l’effet dramatique. C’est très con je sais bien, mais l’accent québécois a trop souvent pour le français moyen (dont je suis) une connotation involontairement comique qui ne sied pas du tout à ce type de film.

À voir donc, si vous avez le cœur bien accroché et si vous avez envie de réfléchir à ce genre de questions morales. À éviter si vous n’avez pas le moral !

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12 novembre 2010 5 12 /11 /novembre /2010 00:28

 

Ah on peut dire que j’ai été gâté cet été. Je vous ai causé il y a peu de temps de Replay, roman avec lequel j’ai entamé mon été et qui m’a tenu en haleine autant que fait cogiter sur la vie, les choix et la destinée. Eh bien j’ai enchaîné avec Le Siffleur de Laurent Chalumeau, qui m’a lui aussi, bien que dans un tout autre registre, complètement enthousiasmé.

De Laurent Chalumeau j’avais littéralement adoré  Un Mec Sympa que je ne saurais trop vous conseiller, puis j’avais lu le très original Fuck qui par sa forme assez inattendue m’avait laissé un arrière-goût de déception lors de la lecture. Mais la faute n’en incombait pas à la qualité du bouquin mais plutôt au lecteur : je m’attendais tellement à un livre du type de Un Mec Sympa que j’ai été désarçonné par un style très différent, autant sur la forme que sur le fond. Avec Le Siffleur je suis retombé en plein dans la gouaille, l’inventivité et l’humour du premier Chalumeau que j’avais lu voici bientôt deux ans. Un polar-comédie situé sur la Côte d'Azur, farci de personnages truculents et de dialogues aux petits oignons. Drôle, frais, original, divertissant.

L’histoire se déroule dans la région cannoise, sur fond de transactions-magouilles immobilières. Armand Teillard est un petit commerçant sans grande envergure, la soixantaine entamée, mais qui sait profiter de la vie et de ses plaisirs simples. Parmi ces dits plaisirs, l’un des plus précieux c’est son déjeuner qu’Armand prend chaque jour à l’Aline Roc, restaurant en bord de mer. Il y a sa table réservée, face à la mer. Les patrons, la jeune Sofia et son époux Martial sont devenus pour ainsi dire des amis, et c’est bien vite qu’il apprend les ennuis dans lesquels ces derniers se retrouvent. Approchés à plusieurs reprises par un promoteur immobilier, Jean-Patrick Zapetti, qui a racheté toutes les propriétés alentours afin d’en faire un immense hôtel de luxe pour le compte de riches investisseurs russes, les jeunes restaurateurs ne veulent pas vendre leur bien, un héritage familial, malgré le pont d’or qui leur est offert. Depuis peu, ils sont menacés et des racketteurs, des petites frappes locales viennent leur chercher des noises.

Armand, soucieux autant de leur venir en aide que de voir coûte que coûte son restaurant fétiche rester ouvert, les convainc de porter plainte auprès de la police. Mais devant le manque de réactivité des forces de l’ordre, il leur propose une autre solution. Faire appel à son frère jumeau, Maurice dit le siffleur. Maurice et Armand sont en mauvais terme, mais Maurice a un talent particulier : doté d’un aplomb sans faille, auréolé d’une réputation de vieux de la vieille dans le milieu du banditisme, il sait résoudre des problèmes que la police ne peut pas résoudre. Résignés, les restaurateurs acceptent l’aide de Maurice. Dès lors Armand disparaît du décor et laisse sa place à son jumeau tout droit arrivé d’Italie. Ces deux hommes là ne peuvent pas vivre dans la même ville. Et pour cause : il s’agit d’une seule et même personne, Maurice n’étant rien d’autre qu’Armand qui se lâche la bride, osant ce qu’il n’ose pas d’habitude, jouant le rôle du mauvais garçon, de l’intrigant, du type dangereux, du mec à la cool, du bandit old-school à la classe un peu démodée, là où Armand est un honnête commerçant à la réputation presque un peu terne.

Maurice entre en lice donc, et va vite comprendre à qui il se frotte : les petites frappes ce sont Jérôme Fringant, magouilleur de bas étage et Xavier Mazini, aussi cogneur que crétin, deux jeunes pas trop futés qu’il sent à sa portée. Mais ils obéissent aux ordres de Zapetti, un parvenu-salopard au cuir déjà plus tanné, une ordure qui se la pète autant qu’il peut être vicelard. Là encore Maurice pense pouvoir faire le poids, avec un peu de chance. Mais derrière Zapetti il y a les russes, et là ça ne rigole plus, c’est du lourd, du très lourd. Maurice s’en rend compte un peu tard, et il n’a plus d’autre choix que de mener son coup de poker jusqu’au bout. En priant pour s’en sortir entier…

Voilà pour l’intrigue. On retrouve avec bonheur la verve de Chalumeau appliquée à mettre en scène des losers qui se la racontent, des mecs qui vous hypnotisent par la simple force de leur bêtise, des branques qui le sont tellement qu’ils en deviennent attachants, des magouilleurs dont le culot n'a d'égal que la cupidité, des mauvais garçons aussi méchants que ridicules, bref des pauvres types mais dans toute leur splendeur. C’est simple, pour moi, Chalumeau érige la connerie en œuvre d’art. Et j’aime, parce que ça me fait vraiment rire. Faut dire que le gars est doué : il nous décrit des types quand même assez invraisemblables mais avec une telle crédibilité que moi je mords à l’hameçon à chaque fois.

Et puis Chalumeau manie le verbe avec malice, humour et talent. S’il fallait me lancer dans des comparaisons hasardeuses, je dirais que ça ressemble à du bon Tarantino sur papier. Dans les situations, dans les personnages et dans les dialogues.

 

D’ailleurs pour illustrer ça, je ne résiste pas à l’envie de reproduire ici un extrait du bouquin. C’est une discussion entre les deux petites frappes, Fringant et Mazini, à la solde du promoteur véreux Zapetti. Juste pour vous donner une idée de ce que Chalumeau a sous le stylo.

 

« Le soir, Mazini mettait la capote de sa 307. Fringant, lui, l’aurait laissée baissée, trouvant qu’il faisait pas froid, mais c’était pas sa tire. Là, presque une heure du matin, ils roulaient en silence, jusqu’à ce que Xavier Mazini dise : Hey, t’as vu Britney.

Jérôme Fringant laissant venir.

Tu sais, Britney, elle vient d’avoir un petit Sean Preston avec Kevin.

Jérôme Fringant traduisant, pour lui-même : Britney… Sean Preston… Kevin… Britney Spears et son mari viennent d’avoir un petit garçon. Et ?

Britney, elle peut pas allaiter Sean Preston à cause des implants qu’elle s’est fait poser à dix-sept ans pour avoir ses gros nibes. Elle est désespérée, du coup. Allaiter son enfant, elle en rêvait depuis toujours.

En même temps, elle serait restée avec zéro matos, Kevin aurait moins eu envie de lui coller Sean Preston dans la boîte à bijoux. Donc moi je dis l’un dans l’autre…

Mazini considéra l’argument deux secondes avant de reprendre : En fait, l’implant doit faire obstacle entre le téton et les canaux galactophores. Du coup, pendant les montées de lait, le lait peut pas monter, justement.

Les canaux quoi ?

Galactophores. C’est là que passe le lait fabriqué par la prolactine et l’ocytocine.

Parce que t’as pris option sage-femme au bac, toi ? Je savais pas.

Non mais bon, tout ce qui a rapport aux seins des femmes, je m’intéresse.

Ça t’as raison, mon pote. Il y a pas que le cul, dans la vie. »

Voilà, tout est de ce tonneau là, avec des petites fulgurances drôlatiques qui m’ont fait me bidonner du début à la fin du bouquin quasiment. Enfin moi je suis client de ce genre d'humour et de ce style d'écriture.

Dans le genre, le personnage de Zapetti est une pointure aussi, et c'est certainement celui avec qui Laurent Chalumeau se fait le plus plaisir. Blindé de thunes, fier comme un paon, il aime en jeter et se faire mousser, sa poule de luxe faisant partie de la panoplie du connard plein aux as au même titre que la villa somptueuse, le train de vie de ministre et la bagnole qui en impose. Zapetti est du genre à se regarder dans un miroir, se trouver exceptionnel et le faire remarquer à ceux qui ne l'auraient pas félicité d'être aussi merveilleux. Il est le roi du monde, et ne s'embarrasse pas des lois ou autres petites tracasseries d'ordre moral ou éthique. Un personnage plus que propice pour développer des situations et des dialogues tordants, ce dont l'auteur ne se prive pas un instant, et c'est tant mieux.

Pour la petite histoire le bouquin a déjà été adapté au cinéma, avec un joli petit casting en tête duquel on retrouve François Berléand en Armand / Maurice, Thierry Lhermitte en Zapetti et Fred Testot en Mazini. Je l'ai vu en dvd dès que j'ai fini ma lecture et si on y trouve de bons acteurs et un humour plutôt pas trop mal rendu, on est loin, très loin du plaisir qu'on prend à lire le roman. Mon avis sur le film reste assez mitigé.

Quant au livre, moi des comme ça j'en redemande. Vous voulez vous détendre et vous marrer un bon coup ? Lisez Le Siffleur !


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8 novembre 2010 1 08 /11 /novembre /2010 09:31

J’ai pris pour habitude de ne plus prendre pour argent comptant ce qu’on nous montre dans les bandes annonces de films. Trop souvent on n’y voit que les meilleurs morceaux, ou surtout quand il s’agit d’une comédie les extraits les plus drôles, et puis le reste du film ne s’avère pas à la hauteur. C’est donc curieux mais avec cette retenue en tête que je suis allé voir Les Petits Mouchoirs de Guillaume Canet (qui se contente de réaliser mais n’y joue pas). Parce que justement, la bande annonce de ce film m’avait beaucoup plu. Les risques étaient donc d’autant plus grands d’être déçu du résultat final. Eh bien j’avais tout faux, et je suis bien content que ce film m’ait fait mentir et soit venu battre en brèche mon a priori négatif sur les bandes annonces trop alléchantes.

Parce que le film est bon. Très bon même.
L’histoire met en scène un groupe d’amis, la plupart trentenaires, certains célibataires endurcis, certains mariés, d’autres entre deux histoires d’amour. Tout commence avec l’accident de la route de l’un d’entre eux, Ludo (Jean Dujardin), juste avant leurs traditionnelles vacances en groupe au bord de la mer. Bien que très atteints par ce qui arrive à Ludo, ses amis décident de partir malgré tout pour quelques jours, invités comme d’habitude dans la maison de vacances de Max (François Cluzet), l’aîné de la troupe et celui qui est aussi matériellement l’un des plus aisés. Il y a dans ce groupe hétéroclite Vincent (Benoît Magimel), un kiné père de famille qui traverse un bouleversement sentimental qui le ronge et menace de remettre en question toute sa vie, Marie (Marion Cotillard) la fille indépendante et un peu garçon manqué dont tous les mecs sont plus ou moins amoureux, Éric (Gilles Lellouche) le comédien qui n’arrive pas à percer mais collectionne les aventures, Antoine (Laurent Lafitte) le lourdingue un peu paumé depuis que sa nana l’a quitté (Anne Marivin dans le rôle de Juliette), et les femmes de Max et Vincent (Valérie Bonneton et Pascale Arbillot) parfaitement intégrées à ce groupe de potes.
Durant leurs vacances, les états d’âmes des uns et des autres vont prendre le pas sur la bonne entente générale. Les secrets, les mensonges, les non-dits, les culpabilités, les regrets, les tensions vont resurgir et remettre en question leur amitié.

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Voilà le résumé l’indique clairement : c’est un film de potes. Le thème principal sont les relations humaines de toutes sortes au sein d’un groupe qui existe depuis longtemps, depuis l’amitié jusqu’à l’amour, en passant par le sexe et la tendresse. Un film sur des potes, fait visiblement par des potes. En tout cas l’ambiance que reflète le film transpire tellement de l’écran qu’on ne peut pas s’imaginer que dans la vie, ces hommes et ses femmes ne soient pas réellement amis. Et c’est quasiment inévitable pour un film de potes, on tient là aussi un film générationnel. Je pense sincèrement que Les Petits Mouchoirs parlera et touchera immanquablement quiconque a aujourd’hui entre 30 et 45 ans. Ou alors vous n’avez pas d’amis et vous avez vécu dans une autre dimension les gars, c’est pas possible autrement. Les références, les discussions, l’ambiance générale mi-adulte mi-ado, les dialogues, l’humour, tout ancre profondément le film dans ce creuset générationnel. Pour ma part j’ai retrouvé des tonnes de clins d’œil et de références à ma propre vie, à ma propre expérience de l’amitié, de l’existence. Et comme je fonctionne énormément à l’identification en ce qui concerne le cinéma, j’ai été happé par le film. Intégré directement au sein du groupe. C’est exactement comme si j’en avais fait partie tant tout cela m’a paru normal, spontané, naturel et proche de ce que je connais ou ai pu connaître.

276 petits mouchoirs antoine eric marie
Autant dire que si le film m’a plu, c’est justement parce qu’il m’a parlé de choses et de situations familières. J’ai retrouvé un esprit que je connaissais, un humour que j’aime et que j’essaie de pratiquer, une tendresse particulière dans les relations amicales où l’on se charrie autant qu’on s’aime. Certainement aussi fais-je encore partie de cette génération qui a du mal à se départir de l’idée belle et un peu naïve que l’amitié est l’une des valeurs supérieures dans la vie. Et Guillaume Canet parle de tout cela dans son film avec un tel talent, un tel naturel et une telle sincérité que moi j’ai été conquis dès le départ. D’ailleurs c’est bien simple, malgré les 2h30 du métrage, j’étais tout étonné à la fin du film tant le temps m’avait semblé court, je pensais qu’il restait encore au moins une bonne demi-heure alors que c’était déjà terminé…

276 petits mouchoirs max eric ludo
Si le film a une force principale, au-delà du scénario, au-delà de l’humour et du ton mi-potache mi-dramatique, c’est son casting.
Canet s’appuie sur une brochette de comédiens exceptionnels, tous portés par leurs rôles. Et là encore le phénomène de groupe agit. La qualité du film va bien au-delà de la somme des talents individuels des acteurs. Comme si chacun tirait et poussait l’autre vers le haut. Ça se complète, ça s’émule, ça se bonnifie.
Si je ne devais parler que de l’un d’eux, je serais obligé de citer François Cluzet, complètement halluciné et hallucinant dans le rôle du type qui veut tout contrôler et qui ne maîtrise rien. Que ce soit à la chasse à la fouine, en bateau envasé, ou en gestionnaire de pelouse il est à mourir de rire. Et sa relation avec le personnage de Benoît Magimel (excellent lui aussi en parfait équilibriste entre drame personnel et ridicule fleur bleue) est un des sommets du film.

276 petits mouchoirs vincent max
Comme je le disais plus haut, tous les comédiens sont très bons, mais il me faut rendre hommage à Marion Cotillard. Pas plus tard que dans mon billet sur Inception, je disais que je n’apprécie que très peu cette actrice, tout particulièrement parce que dans tous ses films je vois « Marion Cotillard qui joue » plutôt que le personnage qu’elle interprète. Mais dans Les Petits Mouchoirs, elle m’a stupéfait. Dans le rôle de Marie elle d’une justesse et d’une sensibilité vraiment remarquables. Deux scènes bien précises la mettant en avant me reviennent en tête, et les deux m’ont beaucoup marqué au cours du film. La première c’est une virée en mer durant laquelle chacun à tour de rôle s’accroche à une bouée géante tirée par le bateau. Évidemment quand c’est le tour de la fille du groupe d’y aller, les mecs aux commandes mettent le paquet et la brinqueballent dans tous les sens. Marie se met alors dans une colère noire, hurlant, criant, insultant ses amis, prête à en venir aux mains, elle leur en veut clairement à mort. J’avais rarement vu quelqu’un jouer la colère avec autant de persuasion ! La seconde scène est beaucoup plus intimiste. Marie est dans sa chambre le soir, Éric la rejoint, prend place à côté d’elle sur le lit, lui ôte délicatement la cigarette de sa bouche, et lui pose une main sur le ventre. À ce moment elle fond en larmes, toute la scène se déroulant sans que le moindre mot ne soit prononcé. C’est simple, c’est très fort et ça m’a vraiment touché tant on ressent toute la douleur et la détresse de Marie à travers le jeu de Marion Cotillard. Donc voilà je lui dois bien ça après avoir mis son talent en doute par ailleurs, je le dis officiellement, Marion Cotillard sait jouer la comédie et elle est même sacrément douée la bougresse.

276 petits mouchoirs marie
Bref, je cite ces quelques passages du film, mais en vérité j’aurais pu en citer encore beaucoup d’autres. La fin en particulier m’aura rappelé un certain nombre de souvenirs enfouis depuis longtemps, non sans me tirer une petite larmichette au passage.

Et puis je me permets une autre petite digression sous la forme d’un conseil : si vous avez aimé Les Petits Mouchoirs, jetez un œil sur la BD Petites Éclipses à laquelle le film m’a furieusement fait penser. C’est de Jim et Fane, c’est un roman graphique à la fois drôle et sensible et qui parle lui aussi d’un groupe d’amis de longue date qui partent en vacances ensemble. Et pour les connaisseurs ne vous fiez pas aux noms des auteurs (Jim scénarise entre autres des BDs "d'humour" comme Tous les défauts des filles, des mecs, etc..., Fane a dessiné la Joe Bar Team), car cette BD n’a strictement rien à voir avec leurs registres habituels. Fin de la digression phylactérienne.

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J’en reviens donc à ce que je voulais vous dire du film de Guillaume Canet : Les Petits Mouchoirs c’est excellent, allez le voir !!!

276 petits mouchoirs aff

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29 octobre 2010 5 29 /10 /octobre /2010 07:20

Rares sont les romans qui débutent avec la mort de leur personnage principal. Replay de Ken Grimwood est de ceux-là…

En effet, c’est en pleine discussion téléphonique avec sa femme Linda que Jeff Winston, 43 ans, directeur de l’information sur une chaîne de radio, meurt d’une crise cardiaque foudroyante. Rideau. Et c’est encore tout imprégné de cette douleur intense que Jeff rouvre les yeux. Il a 18 ans, se trouve dans sa chambre d’étudiant et ne comprend rien à ce qui se passe. Croyant d’abord à un cauchemar, ou à un coup monté pour le faire marcher, ou encore à un délire dû à son attaque, Jeff doit se rendre à l’évidence et accepter l’inconcevable : il recommence sa vie à partir de l’âge de 18 ans, il a conservé tous ses souvenirs d’homme de 43 ans, et il a tout l’avenir devant lui. Évidemment déboussolé au premier abord, Jeff va très vite prendre conscience de l’opportunité qui se présente à lui : revivre son passé avec toute l’expérience de sa première vie, et pouvoir réécrire sa vie comme si la première fois n’avait été qu’on brouillon. Faire la nique à ses regrets et peut-être ainsi atteindre une existence meilleure… Mais que ce soit pour reproduire des moments heureux de son passé redevenu présent, ou pour changer le cours des choses en prenant des directions nouvelles et inédites, Jeff va comprendre que même quand on croit maîtriser ce qui nous entoure, on n’est pas à l’abri de l’impondérable…

Bon alors là je suis vraiment très ennuyé. Parce que j’ai dévoré ce livre, et que je l’ai adoré. Et il y a des tonnes de choses à en dire, tant il est dense, intelligent, astucieux, virtuose. Mais pour en parler vraiment, en dire tout le bien que j’en pense, il faudrait que j’en dévoile beaucoup plus sur l’intrigue. Car le court résumé que je viens d’en faire est volontairement très, très succinct. Le bouquin est bien loin de s’arrêter là, l’intrigue n’en est qu’à son tout début avec ce que j’en ai dit là, et l’aventure de Jeff (ou sa mésaventure, c’est selon) va connaître des évolutions inattendues et passionnantes tout au long du roman. Malheureusement, en parler serait dévoiler une part du mystère du livre, et éroder une partie de son intérêt. Difficile dans ces conditions d’en dire tout le bien qu’il m’a inspiré.
Disons sans trop entrer dans les détails que ce bouquin est d’une construction géniale, à l’élément de fantastique (revivre sa vie en se souvenant de sa précédente existence) s’ajoute une logique inébranlable et une capacité à plonger dans l’humain déconcertante. Le personnage de Jeff est si finement développé par Ken Grimwood que tout est parfaitement crédible (si l’on accepte le concept de départ bien évidemment). Chacune de ses actions, chacune de ses réactions sont parfaitement naturelles et le résultat est là : on se projette pleinement et sans réserve dans le personnage principal, et on vit le roman à sa place. En tout cas c’est ce qui s’est produit pour moi. Je me suis totalement identifié à Jeff, et j’ai été bluffé de me rendre compte avec le recul que j’aurais agi exactement comme lui, avec la même logique, avec les mêmes sentiments, si j’avais été placé dans une situation aussi extrême que la sienne. Tout dans ce roman coule de source, et c’est la vraie grande force de ce bouquin : on y est, on le vit. On élabore avec le héros des hypothèses, des stratagèmes, on cherche avec lui des solutions, on jubile quand ça fonctionne, et quand un rebondissement intervient, quand l’enchaînement attendu des événements vient à se gripper on est perdu comme l’est Jeff, en proie au désemparement ou à la surprise ou à l’abattement ou à l’agacement. On profite avec Jeff des bons moments, on souffre avec lui des tuiles qui lui tombent dessus.

Et quand on sait tout ce qui arrive au héros, une fois qu’on a partagé avec lui toutes ces expériences aussi déboussolantes, tantôt traumatisantes tantôt enthousiasmantes, et qu’on referme le livre on se rend compte que le roman nous habite. Le concept a pris possession de nous et on y repense encore et encore, sans arriver à se libérer de cette idée lancinante et désagréable que quoi qu’on fasse, on ne maîtrise finalement pas grand chose de nos vies. Et que la vie moderne, dont la substance nous berce parfois dans l’illusion contraire, n’est qu’un leurre. On ne peut que se démener et se battre, la vie au sens universel ne connaît ni justice ni bonheur, concepts purement et uniquement humains s’il en est.

Bref, pour moi qui ai lu Replay cet été, ce roman datant de 1988 (son auteur est mort en 2003 à l’âge de 56 ans) est un de mes coups de cœur de l’année. Quelque part à mi-chemin entre des concepts tels que la réincarnation et le voyage dans le temps, Ken Grimwood trace une voie bien personnelle, originale et inventive. Certes on a déjà vu ce type de thème de départ ailleurs, et je citerais en exemple le fabuleux Jour sans fin de Harold Ramis avec un Bill Murray génialissime qui vit et revit sans cesse une même journée perdu au fond d’un patelin paumé, ou le manga Quartier Lointain de Taniguchi, ou encore le comic Plus cool tu meurs de Alex Robinson dans lesquels les héros revivent également leur jeunesse avec leurs souvenirs d’hommes mûrs. Au cinéma également, l’allemand Tom Tykwer faisait galoper après le temps Franka Potente dans Cours, Lola, Cours ! et plus proche de nous c’est Jared Leto qui se voyait confronté à ce même thème de vies multiples dans l’étrange mais fascinant film du belge Marco Van Dormael, Mr Nobody. Et l’helvète Stephan Eicher de fredonner 1000 vies ne sont pas suffisantes...
Mais avec Replay (antérieur à ces exemples), Ken Grimwood pousse le concept loin, très loin, et explore vraiment ses moindres méandres scénaristiques. Et surtout il le fait en restant captivant du début à la fin.
C’est pourquoi je disais qu’on y repense encore longtemps après la lecture. Il vous implique, il vous questionne, il vous tourneboule, bref ce bouquin passionne. Très très chaudement recommandé !!!

275 Replay

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25 octobre 2010 1 25 /10 /octobre /2010 07:34

Parmi tous nos hommes politiques, il y en a peu qui paraissent aussi cul serré et précieux que l’ex-candidat à la présidence Édouard Balladur. Politesse de la haute, langage suranné, comportement mesuré… il a tout d’un monsieur bien propre sur lui, raisonnable et très respectable à défaut de déclencher l’enthousiasme des foules.

Aujourd’hui pourtant, une enquête de la justice pointe quelques incohérences dans les comptes du financement de sa campagne présidentielle de 1995. Sans entrer dans les détails, on soupçonne ces comptes d’avoir été alimentés par le versement de rétrocommissions liées à la vente de sous-marins au Pakistan en 1994. En 2002 d’ailleurs, c’est sur les chantiers de constructions navales de ces sous-marins qu’a eu lieu l’attentat de Karachi qui avait fait une quinzaine de morts. Bref, si cela s’avérait vrai, l’ex-Premier Ministre se retrouverait en plein scandale pour abus de biens sociaux.
Mais ce n’est pas là l’objet de mon billet. Car en fin de compte les scandales de cet acabit n’ont de scandales plus que le nom tant ils deviennent monnaie courante. Un de plus, un de moins… alors pourquoi pas Balladur après tout.
Non, là où je voulais en venir, c’est sur la ligne de défense de l’ancien candidat au plus haut poste de l’État.
L’enquête pointe des « dons en espèce sans justificatifs enregistrés comme des dons de personnes physiques ». Au total 13 229 504 Francs. Dont quand même un versement unique de 10 150 000 Francs. L’explication officielle de la team Balladur sur la provenance de ces fonds est : vente de gadgets, t-shirts et produits dérivés. Tout cet argent proviendrait donc des militants et sympathisants et aurait été recueilli lors de meetings à travers la France.

À ce niveau de foutage de gueule faut les avoir bien accrochées quand même pour oser sortir une excuse pareille. Respect Édouard.
On se rend compte quinze ans plus tard, que finalement ce n’est pas un homme politique qui se présentait à l’élection présidentielle, mais une vraie rock-star. Parce que pour atteindre des sommes pareilles sur la vente de produits dérivés, faut déjà avoir une belle horde de fans déchaînés. D’ailleurs pour leurs besoins de conseils en marketing, m’est avis que des gens comme Johnny Hallyday ou U2 ont dû faire appel aux équipes de comm de l’ancien candidat. Et s’ils ne l’ont pas fait, qu’ils doivent s’en mordre les doigts. Parce que si ces types sont arrivés à remplir à ce point les caisses en vendant des mugs « I love Édouard », des tapis de souris « Surfez avec Ed » et des t-shirts « Balladur Président », imaginez ce qu’ils auraient pu faire avec une star comme Bono.

Nan mais sérieusement, Édouard, sans entrer dans la moindre considération d’ordre politique, tu nous prends vraiment pour des buses là.

274 vendeur t shirt
(L'image provient du site abrutishirt.com)

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18 octobre 2010 1 18 /10 /octobre /2010 13:45

273 Nathan 1 an
Il y a un an tout juste, un cri a retenti.
Il était 20h15, Nathan est né.
Comme une évidence, la vie a pris un nouveau sens.
Depuis il est mon essence, mon essentiel, mon élan, ma fierté.
Il est mon petit garçon.


273 Nathan
(Merci à ma petite soeur pour ses photos toujours réussies !!)

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12 octobre 2010 2 12 /10 /octobre /2010 08:43

Non je n’ai pas décidé d’insulter les rares courageux qui lisent ce blog.
Non, il ne s’agit pas non plus d’une proposition indécente de ma part.
Non, je ne parlerai pas ici du Grand Larousse en 18 tomes qui traite des insultes en langues étrangères.
Et enfin, non, cet article n’a pas pour thème la carrière de Rocco Siffredi.

 Fuck, c’est le titre un tantinet (j’aime bien ce mot, pas vous ?) (je parle du mot « tantinet » hein) provocateur du premier roman écrit par Laurent Chalumeau. Qui ? Laurent Chalumeau, ex-comparse du trublion Antoine de Caunes dont il écrivait les sketches du temps lointain et béni de ses pignolades dans l’émission Nulle Part Ailleurs sur Canal +.
Laurent Chalumeau dont j’avais lu l’an dernier le roman Un mec sympa que j’avais littéralement adoré. Laurent Chalumeau dont je m’étais mis en tête de trouver le premier roman, le-dit Fuck donc, paru en 1991 et aux tirages totalement épuisés depuis belle lurette. J’avais donc en vain traîné mes guêtres chez tous les vendeurs de livres de ma région (et il y en a une tripotée croyez-moi) qui tous me répondaient : introuvable. Internet ? chou blanc.

Bien évidemment, je l’ai finalement trouvé là où je ne l’avais jamais cherché, dans la librairie spécialisée où je dépense pourtant chaque semaine l’équivalent du PIB des Tuvalu en BD et autres comics de toutes sortes. Eh oui, ils ont une section « romans d’occasion » chez Tribulles (à Mulhouse, autant leur faire un peu de pub tiens !). C’est donc là que Fuck de Laurent Chalumeau m’attendait, il était même là depuis le début je pense, sous mon nez, il ne m’a pas fallu trente secondes pour le trouver une fois que j’eus l’idée de jeter un œil dans ces étagères-là, celles que je snobe trop souvent au profit des étalages de BD. Que de temps perdu à le chercher partout ailleurs, à tenter en vain de le commander, à glaner des infos sur une éventuelle et providentielle réédition. À partir de ce jour je fais le serment à l’avenir de toujours commencer par chercher mon bonheur chez Tribulles. Fut-ce pour une portière de Rover 25 d’occase ou le dvd pirate du Punisher de 1989 avec Dolph Lundgren en rôle-titre (comment ? une fixette sur Lundgren vous dites ? meuh non pourquoi ?), sait-on jamais.

Et puis attention hein, le bouquin est une occase mais à peine vieilli par le temps. D’accord la tranche des pages est toute jaune, mais je soupçonne que ce soit d’origine tant c’est presque uniforme. Même pas cornées les pages, même pas pliée la couverture, même pas décollé le prix de l’époque : 30,40 Francs le livre de poche. Pour les plus jeunes, avant l’Euro, il y eut les Francs, qui servaient à acheter notre pain quotidien et donner des sous aux quêtes du dimanche à l’église. Ah non merde mauvais exemple, ça c’était les centimes. Bon bref, j’ai l’impression que je m’égare là. Ça fait bien cinq minutes que je vous tiens la jambe sans avoir encore parlé du roman en lui-même.

Euh… en même temps je n’ai pas des tonnes de choses à en dire, à mon plus grand désarroi, croyez-le bien. Vanté comme une œuvre culte, comme une « pure jubilation littéraire » selon Télérama, taxé de « plus hard que ça, tu meurs » par Le Journal du DimancheFuck ne s’est malheureusement pas révélé à la hauteur de l’attente qu’il avait suscitée chez moi. Avec Fuck, Laurent Chalumeau fait un portrait au vitriol de l’Amérique, à l’exact opposé de l’image qu’en charrient les publicités Levi’s et les séries télé à la Beverly Hills. Dans le livre de Chalumeau, l’Amérique est tout sauf sage, propre et bien élevée. Il l’aborde sous trois de ses aspects les plus charismatiques : le sexe, Dieu et le racisme. Ces trois ingrédients essentiels qui bien malaxés entre eux dans la grande marmite du melting pot américain, ont fait de cette nation ce qu’elle est, et lui ont donné cette aura si particulière qui attire et repousse à la fois tous ceux qui n’y sont pas nés. Le cheval de bataille de l’auteur, le dada de Chalumeau c’est la musique, et tout dans ce bouquin converge vers une idée forte : l’Amérique est à l’image du Rock & Roll, et vice-versa. Tous les personnages du livre ont un rapport ténu avec la musique, que ce soit parce qu’ils en font ou tout simplement en écoutent. Pour tous, c’est une composante importante (même si pas forcément consciente d’ailleurs) de leur identité. Chalumeau développe sa thèse : le sacré, le cul et la haine raciale sont la base de l’identité musicale américaine, et définissent mieux que tout le reste l’Amérique elle-même. Pour mieux l’illustrer, l’auteur nous passe en revue plusieurs personnages dont on partagera des tranches de vie : il y a Vance le hard-rocker qui se pose des questions existentielles. Il y a Tud, un jeune paumé de province au look improbable, qui n’est ni beau ni intelligent, et dont la marginalité timide en fait le souffre-douleur de ses camarades. Il y a Blanchette, une gamine qui a quitté sa campagne pour la ville et qui pour survivre se prostitue, mais qui a décidé pour un soir d’oublier tout ça et d’aller au concert de la Wÿlde Bünche, le groupe de hard de Vance. Il y a Jenny, une étudiante qui fête ses dix-sept ans et qui au grand dam de son père est une gamine modèle, studieuse, sérieuse et apparemment loin des débordements habituels de son âge : l’alcool, la drogue et les mecs ne l’attirent pas ! Il y a un évadé de prison qui au volant de sa tire écoute la radio en fuyant vers la liberté. Et puis il y a Kool Bobby Jay un rappeur bègue qui doit faire une reprise de Knock, knock, knockin’ on heaven’s door.
Entre ces différentes petites histoires, Laurent Chamuleau fait aussi intervenir l’Amérique elle-même qui donne son avis sur ce qui se passe chez elle, et on a également droit à quelques chapitres de pure histoire de la musique américaine (depuis le Gospel jusqu’au rap, en passant par la country, le blues, le jazz et bien sûr le Rock & Roll) que l’érudition de l’auteur dans le domaine rend extrêmement intéressants et instructifs.

Bref, vous l’aurez peut-être compris, c’est un livre plutôt ambitieux que ce Fuck au titre un peu racoleur qui ne le laissait pourtant pas présager. Peut-être un peu trop conceptuel à mon goût. Mais ce sentiment là vient très certainement du fait que je m’attendais à quelque chose du genre de Un mec sympa dont la lecture m’avait tant réjoui. En fait avec Fuck on n’est pas en présence de ce que je qualifie de roman. C’est autre chose, ça se compose d’historiettes au ton plus ou moins grave, plus ou moins loufoque que je rapprocherais plus à de courtes fables modernes (l’auteur lui-même fait ouvertement référence au genre en nommant une de ses héroïnes Blanchette Seguin !), mêlées d’extraits d’essai sur la musique, d’histoire de l’Amérique et de réflexion philosophiques sur les relations humaines et la religion. Longtemps après que j’ai commencé la lecture de ce livre, je me demandais encore où exactement l’auteur voulait en venir. Car jusqu’à la moitié du bouquin je pensais avoir à faire à un « vrai » roman où toutes les sous-intrigues allaient se rejoindre en une seule et grande histoire, où les personnages allaient finir par s’entrecroiser et voir leurs destins liés. Mais non, pas du tout, et ça n’a jamais été l’intention de l’auteur c’est évident. Son but était d’écrire un livre sur l’Amérique et il l’a fait en parlant de ce qu’il connaît parfaitement : la musique. Peut-être que si j’avais entamé ce livre en sachant cela, l’aurais-je mieux apprécié. Parce que la qualité d’écriture reste là. La verve de Laurent Chalumeau est déjà bien présente, les mots tapent juste, c’est direct et très travaillé en même temps. Allez, si je devais chipoter j’émettrais quelques réserves sur les passages de dialogues où l’auteur incorpore des accents très prononcés en déformant tous les mots pour bien faire ressortir les prononciations particulières et les expressions de langage courant. Parce que c’est une chose qui passerait parfaitement à l’oral mais plus difficilement à l’écrit. Ce qui s’entendrait sans problème vous arrache parfois les yeux tant on n’est pas habitué à déchiffrer des mots tronqués ou à l’orthographe revue et corrigée façon sms. Mais ceci mis à part, c’est très bien écrit, aucun doute là-dessus.

Pour la petite histoire, je dois avouer que ce livre par ailleurs pas désagréable à lire, m’aura procuré tout de même un plaisir immense. La plupart du temps quand je lis c’est pendant la pause déjeuner au boulot. Ayant lu Fuck alors que les beaux jours revenaient avec la fin du printemps, j’étais donc très souvent sur un des bancs de l’espace vert au pied de l’immeuble où je bosse pour ma lecture quotidienne. Très exactement le genre d’endroit où tous les collègues qui passent et qui vous voient lire ne peuvent s’empêcher de s’arrêter et de vous interrompre pour vous demander ce que vous lisez alors qu’ils n’en ont, pour l’immense majorité d’entre eux, foncièrement rien à battre. Et c’était donc avec le sourire que je répondais en silence en leur montrant le titre du bouquin.
On a les satisfactions qu’on peut hein.

272 fuck

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8 octobre 2010 5 08 /10 /octobre /2010 14:41

Voilà déjà bien un moment que j’avais envie d’écrire un article sur la Culture. Ouais, rien que ça. Bah tant qu’à faire dans l’ambitieux, autant viser le sommet hein. Et puis autant profiter de ces rares moments où la fée inspiration se pose sur mon épaule, me chatouille la nuque et me glisse des mots doux à l’oreille.

Alors oui, causons Culture.
Vous l’aurez peut-être remarqué (ou pas), mes articles sont classés par catégories, et quand il a fallu les nommer j’en ai crânement affublé quatre de ce mot là. J’y ai cependant accolé le préfixe « Pop ». Histoire de faire un chouïa moins prétentieux, et puis aussi parce qu’il faut savoir rester objectif. En effet, la Culture dont je parle ici tant bien que très mal, c’est avant toute chose… ma culture ! Tiens du coup, vous l’aurez peut-être remarqué (ou pas), le C majuscule se fait la malle et embarque avec lui une partie de la suffisance qu’il conférait au mot jusqu’ici. Et c’est pas plus mal comme ça.

C’est un fait avéré : on a la culture qu’on peut.
La mienne est faite des films que j’ai pu voir au cinéma (donc pour leur immense majorité, des films qui ont moins de trente ans, quoique l’apport du dvd m’a été bien utile pour voir autre chose que ce que veut bien programmer mon multiplexe le plus proche, me permettant ainsi de pousser la curiosité parfois dans l’inédit en salle et les films plus anciens), de ce que j’ai l’occasion de lire (et quand on sait que j’ai appris à lire avec des BD on comprend beaucoup de choses sur moi), de ce que j’entends ça et là (la radio a depuis longtemps cessé d’être mon pourvoyeur de sons nouveaux, j’ai quelques amis bien plus inspirés dans ce domaine) et des images que me délivre mon téléviseur (car je fais partie de cette première génération qui a vraiment grandi avec la télévision au quotidien).
Bref, ma culture à moi, je la qualifierais avant toute chose de contemporaine. D’où l’utilisation dans ce blog du terme « Pop-Culture » que je trouve bien plus à propos.
Connaître Jules-de-chez-Schmidt-en-face, savoir qui est Elton Morrow, reconnaître au premier rif un morceau du guitar hero Mark Knopfler, apprendre qu’en anglais « Jacques a dit » se traduit par « Simon says » grâce à John McTiernan, savoir ce que veut dire le « P.I. » de Magnum P.I. ou connaître le prénom de MacGyver, avoir été un p’tit clou tous les samedis soirs sur Canal+, se bidonner quand mon pote Nico prend un accent chinois en disant « vainqueur : le palmier », … tout ça m’est parfaitement naturel, ultra référencé et ce n’est peut-être pas donné à tout le monde, mais ça n’est pas exactement ce que j’appellerais « avoir de la Culture ».

271 moins t en as magnumpi
La Culture, au sens noble du terme, celle de Malraux ou de l’Académie Française, c’est autre chose. C’est forcément plus ancré dans l’histoire. C’est plus profond, ça va chercher plus loin dans les racines de nos sociétés, dans l’histoire de l’art. Et si je devais y associer un seul mot, ce serait un adjectif : classique. À mes yeux, on ne peut se targuer d’être réellement cultivé, qu’à partir du moment où l’on connaît ses « classiques ». Quel que soit l’art dont on parle du reste, même les arts relativement nouveaux tels que le cinéma ou la bande-dessinée. Or c’est précisément ce qui me manque cruellement, et plus le temps passe plus je m’en aperçois au détour d’une conversation ou à la lecture d’un livre dont certaines références m’échappent. Car si je peux vous certifier sans avoir recours à une recherche internet que le premier film consacré au Punisher date de 1989 avec Dolph Lundgren dans le rôle titre (décidément celui-là je l’aurais placé dans combien d’articles déjà ? faudrait que je songe à changer d’exemple de temps en temps moi…) et Mark Goldblatt au poste de réalisateur (qui n’a plus rien réalisé depuis je crois bien –là pour en être sûr faudrait quand même faire une petite recherche sur IMDb j’avoue-), je serais bien incapable de vous parler d’Autant en emporte le Vent par exemple. Ou de Lawrence d’Arabie. Ou de la trilogie du Parrain.

271 moins t en as punisher lundgren
Pour illustrer tout ça, je me suis amusé à faire des listes rapides dans divers domaines de quelques classiques qui me viennent en tête et dont je ne sais quasiment rien.
Pour continuer dans le cinéma, une de mes collègues a été récemment effarée (pour pas dire effondrée) que je puisse n’avoir jamais vu des films pourtant pas si vieux mais déjà cultes comme Birdy, Edward aux Mains d’Argent, Apocalypse Now ou Platoon. Côté français, en dehors de Lelouch pour moi la Nouvelle Vague reste un mystère : je sais que Jean-Luc Godard vit en Suisse et j’ai vu François Truffaut dans un film de Spielberg, mes connaissances sur leurs oeuvres s’arrêtent là ! Je n’ai dû voir qu’un ou deux Hitchcock dans ma vie, Chantons sous la pluie m’est inconnu et je pense avoir vu au maximum dix minutes du Docteur Jivago. Bref, je suis une buse dès lors qu’on parle de grands classiques du cinéma. Sauf si on a le droit d’y inclure des Louis de Funès, mais je ne suis pas sûr que Les Gendarmes de Saint-Tropez ou Les Aventures de Rabbi Jacob soient vraiment aussi bien considérés que les titres cités plus haut (à tort selon moi, mais là n’est pas la question).

271 moins t en as rabbi jacob
Si on parle littérature c’est encore pire. Allez je vous fais un lot : Balzac, Flaubert, Proust, Zola, Tolstoï, Stendhal,… jamais rien lu. Victor Hugo, Maupassant, Molière : à peine ce qu’on m’a obligé d’en lire durant ma scolarité. Je n’ai guère qu’un ou deux Jules Verne, du Baudelaire et du Voltaire à avancer pour ma défense. Maigre… Restons en France mais plus proches de nous : Valery, Gide, Camus… nada. Il m’a fallu arriver à 34 ans pour lire mon premier Barjavel. À ma grande honte je n’ai jamais ouvert un San Antonio, alors que question verbe je suis presque certain que ça me plairait (bon si vous voulez vraiment tout savoir, j’en ai lu un… en version BD !!). Et puis les anglo-saxons ne sont pas beaucoup mieux lotis : si j’ai lu beaucoup de AE Van Vogt ou Philip K. Dick, pour autant Twain, Dickens, Shakespeare, Poe : que couic. Agatha Christie : inconnue au bataillon. Et Spooky hurlerait certainement s’il n’était pas foncièrement gentil : JRJr (John Romita Junior) je le lis depuis des années (et j’aime beaucoup soit dit en passant), JR Ewing est un pote à moi, mais JRR Tolkien désolé je n’ai pas ça en magasin.

271 moins t en as JREwing
Ce qui me permet une habile transition vers la BD et la télévision, car même là j’ai de grosses lacunes : Spooky, toujours lui, manquera certainement de défaillir quand j’aurais avoué que je n’ai jamais lu un Thorgal ou un XIII de ma vie. Je l’achèverais si je lui disais qu’il en est de même pour Le Grand Pouvoir du Chninkel, ce que je me garderai donc bien de faire. Je n’ai jamais ouvert un Corto Maltese, je ne connais rien à Tardi, je n’ai jamais lu un seul album de Spirou, Garfield, Achille Talon, … et je n’ai que de rares connaissances sur l’œuvre de Moebius. Ouch !
Et sur mon écran cathodique je sais que je suis impardonnable de n’avoir pas vu David Vincent dans Les Envahisseurs, ni le Numéro 6 dans Le Prisonnier (à ce sujet j’en ai vu la version très récente avec le pourtant très bon Jim Caviezel : vraiment pas terrible). Pour Friends j’ai une bonne excuse : j’ai trouvé nazes les 2-3 épisodes que j’ai pu voir. Et si Spooky me lit encore à ce stade il n’échappera plus à la syncope quand il saura que j’ai vu au grand maximum une vingtaine d’épisodes de X-Files. Dur.

271 moins t en as duchovny
Il n’y a finalement qu’en musique où je tire un tout petit peu mon épingle du jeu. Ok je ne sais pas reconnaître un Puccini d’un Vivaldi et je m’y perds dans la famille Strauss. Mais j’écoute et j’apprécie la musique classique. Côté chanson française je reconnais quelques faiblesses en Aznavour, en Ferrat, Moustaki, Piaf, Bécaud mais c’est plus parce que j’accroche moins qu’aux gigantissimes Brel, Brassens, Nougaro, Gainsbourg ou Reggiani. Et puis si Fred Astaire ou Paul Anka ne sont pas vraiment dans mon répertoire je ne suis quand même pas trop ignare en musique anglo-saxonne.

Pour tout ce qui est peinture, sculpture, architecture, théâtre, art lyrique là c’est bien simple : je suis aux abonnés absents.

Pas reluisant hein ?

Alors forcément j’en viens à me poser la question. Y a-t-il une hiérarchie dans la Culture ? Le jazz vaut-il mieux que le rock ? le rock que la pop ? la pop que la variété ? Vaut-il mieux avoir vu et revu le Casque d’Or de Simone Signoret ou le casque noir de Dark Vador ? Est-ce mieux de citer Proust ou Bernard Werber dans le texte ? Est-il honteux d’avoir été bien plus transporté par les aventures de Peter Parker, Al Simmons ou le Rorschach des Watchmen plutôt que par celles de D’Artagnan, Fanfan la Tulipe ou Jean Valjean ? Les spécialistes-autodidactes des comics qui hantent des forums comme Superpouvoir.com sont-ils moins respectables que l’élite qui s’exprime sur les sites de Télérama ou du Monde ?
En gros « ma culture », et la Pop-Culture de façon plus vaste, suffisent-elles à faire de moi quelqu’un de cultivé ? voire… de fréquentable ?!?

271 moins t en as rorschach
J’ai comme une idée de la réponse, qui ne serait pas forcément flatteuse ou élogieuse à mon endroit…
Mais j’ai beau faire. Dans la pile d’au bas mot une petite vingtaine de bouquins que j’ai en attente de lecture et qui ne cesse de s’agrandir, j’ai du Martin Winckler, du Pierre Pelot, du Kenneth Cook, du Warren Ellis, du Neil Gaiman, du John Irving, du Gabriel Garcia Marquez et bien d’autres encore, mais pas un seul Flaubert, pas un seul Balzac. J’essaie de rattraper mon ignorance cinématographique avec des films anciens mais les dernières choses que je me sois achetées c’est un obscur film de Kitano et le Apocalypto de Mel Gibson en version Blu-ray. Chassez le naturel…

271 moins t en as kitano
Et vous ? qu’est-ce que la Culture pour vous ? Source de plaisirs ou de complexes ? Vous êtes plutôt « formule classique » ou « formule contemporaine » ? (et j’en entends un ou deux répondre « formule offensive, je prends la formule offensive ! »)



P.S. : mes remerciements et excuses à Spooky pour avoir fait de lui mon complice involontaire pour cet article…

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