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Avant de lire les notes que je fais sur les films que je vois et les bd que je lis, sachez que dans mes commentaires il m'arrive parfois de dévoiler les histoires et les intrigues. Ceci dit pour les comics, je n'en parle que quelques mois après leur publication, ce qui laisse le temps de les lire avant de lire mes chroniques.
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7 juillet 2020 2 07 /07 /juillet /2020 16:01

Voilà un roman norvégien qui n’a été traduit en français qu’en 2014, alors qu’il a paru en Norvège en 1989. Le livre a été un immense succès dans son pays d’origine, imaginez un peu : 150 000 exemplaires vendus pour une population de 5 Millions d’habitants.

 

Premier volume d’une trilogie, Le Zoo de Mengele de Gert Nygårdshaug arbore un titre trompeur. Car il n’y a aucune trace de nazi ni de seconde guerre mondiale dans ce livre. Tout au plus est-il fait allusion à un moment au fameux docteur Josef Mengele, criminel de guerre nazi qui s’expatria en Argentine, puis au Paraguay et au Brésil, pour échapper aux différents mandats d’arrêt qui furent émis à son sujet.

Non, le thème de ce roman est tout autre. Il y est question d’écologie, de déforestation, de pollution de l’environnement naturel par l’homme. Et du combat de quelques-uns contre les assauts destructeurs et répétés que la frange la plus avide de l’humanité fait subir à la planète.

 

Mino Aquiles Portoguesa a six ans, il vit en famille dans un petit village au cœur de la vaste forêt amazonienne. Ici on vit chichement mais on est riche des autres par l’entraide, et de la nature avec laquelle on vit en osmose. Le père de Mino l’a initié aux beautés de la forêt tropicale, et le garçon est devenu, comme son père, un vrai spécialiste des papillons. Il les attrape pour son père qui les prépare et les vend aux collectionneurs une fois naturalisés.

Tout change pour le village quand une grande compagnie pétrolière américaine débarque, forte de ses autorisations données par un gouvernement local corrompu, et commence l’exploitation du sous-sol, dévastant tout sur son passage. La situation se dégrade rapidement et dégénère jusqu’à la rébellion des habitants. Les armeros à la solde des pétroliers massacrent alors la population. Mino, qui était parti sur les traces d’un magnifique papillon légendaire bleu, est le seul à en réchapper. Commence alors pour lui une vie d’errance et de survie dans la forêt, au cours de laquelle il va rencontrer Isidoro, un magicien ambulant qui gagne sa vie en voyageant à travers tout le continent pour y proposer son spectacle de prestidigitation. Isidoro prend Mino sous son aile, le forme à l’illusionnisme et lui enseigne tout ce qu’il sait. C’est ainsi que Mino devient saltimbanque et sillonne l’Amérique latine. Mais partout où son maître et lui se rendent, ils voient la même chose : les compagnies étrangères avides d’argent s’implantent, secondées sur place par des soldats et mercenaires de toutes sortes, et la nature autant que les populations locales en sont les premières victimes. Plus Mino grandit, plus il assiste à ce spectacle destructeur, plus la conviction qu’il faut réagir et se battre contre ce genre d’exactions fait son chemin en lui. Sa réponse va être à la hauteur des agressions, et c’est par la violence et le meurtre qu’il va s’élever contre tous ceux qu’il juge responsables du saccage de la forêt amazonienne. Il crée avec trois amis qui partagent ses idées, le mouvement terroriste Mariposa (qui se traduit par Papillon en espagnol) qui obtient une renommée internationale, s’en prenant aux multinationales à travers le monde entier.

 

Bien qu’écrit voici plus de trente ans déjà, ce livre est d’une actualité et d’une modernité impressionnante. Le roman décrit et dénonce le comportement des sociétés et compagnies ultra-libérales qui ne jurent que par les chiffres, la mondialisation galopante, le productivisme effréné et les profits indécents au détriment de la nature, des populations locales ou indigènes et des écosystèmes fragiles. Le livre montre l’ampleur du désastre écologique et humain, et se positionne assez radicalement : la seule solution passe par la violence extrême, l’écoterrorisme semble la seule voie possible contre la fatalité mortifère de nos sociétés capitalistes.

 

C’est d’ailleurs assez finement amené et montré. Mino du haut de ses six ans ne se transforme pas du jour au lendemain en Punisher vert après que toute sa famille, et tout son village, aient été exterminés sous ses yeux. C’est en voyageant et en observant la triste réalité qu’il se forge ses convictions extrémistes. Il n’y a du reste pas de trace de méchanceté en lui, au contraire Mino est un enfant doux, joyeux, presque naïf, qui a plutôt tendance à aimer son prochain, pas à lui vouloir du mal. Pourtant, quand il s’agit de ceux qu’il qualifie de dangers pour la nature, il se métamorphose en tueur froid et sans pitié. Pour lui, la fin justifie les moyens, et il a trop vu où l’inaction mène pour ne pas agir en conséquence. Le jeune homme va vite faire trembler les plus puissants, et son mouvement va rencontrer un élan très largement favorable dans l’opinion publique. Signe des temps…

 

Le roman de Gert Nygårdshaug est très engagé, et à travers son personnage, l’auteur ne laisse pas beaucoup de doutes sur ses convictions politiques et écologiques. Sur l’urgence de la situation et sur la fatalité des conséquences si on ne réagit pas vite et fort. Sur les moyens à employer je resterai moins affirmatif : s’il explique la chose du point de vue de Mino il n’élude pas pour autant l’extrême violence des mesures prises par Mariposa, et il ne cache rien des meurtres et attentats perpétrés par les éco-warriors idéalistes. Ce faisant, il pose ouvertement la question, et c’est au lecteur de se déterminer : la fin justifie-t-elle réellement les moyens, tous les moyens ? Et c’est assez troublant, car on ne peut évidemment pas s’empêcher de le trouver sympathique ce jeune Mino. Mais qu’en penserions-nous si tout cela arrivait dans la réalité et non dans un roman ?

 

Car j’ai omis de le préciser jusqu’ici, mais cela a son importance : le style du roman joue énormément dans la manière dont le lecteur appréhende l’histoire. Et ici, s’il s’agit en partie d’un roman écrit sur le mode du thriller, écologique certes, mais thriller quand même, il a cependant une double-casquette qui fausse un peu la donne : le roman revêt également les atours du conte et de la fable à plusieurs moments. Si le début, au cours duquel Gert Nygårdshaug pose ses personnages, verse dans un réalisme classique, très vite, dès lors que Mino est livré à lui-même, puis quand il vagabonde en compagnie d’Isidoro, l’histoire bascule par petites touches dans la fable. Cela se traduit par des éléments tout droit sortis de contes fantastiques ou de légendes : des plantes aux pouvoirs magiques, un trésor au fond de la mer, des exploits physiques extraordinaires de la part de Mino…

D’autres détails penchent vers l’aspect irréel du conte : jamais au cours des pérégrinations de Mino et Isidoro à travers toute l’Amérique du Sud on ne cite de pays existant, tout le continent semble parler la même langue, mélange de portugais et d’espagnol, et il flotte dans l’air un parfum d’onirisme dès lors que l’auteur décrit la forêt, ses habitants et ses ressources insoupçonnées…

 

Bref, tout cela compilé, semble démontrer que l’auteur a sciemment fait en sorte que son récit ne soit pas totalement et uniquement ancré dans le réel. Pour faciliter son récit ? Pour se ménager quelques effets difficilement transposables dans le plus strict cadre du réalisme pur ? Pour réduire un peu la violence et le jusqu’auboutisme de Mino et la Mariposa ? Difficile à dire, impossible d’être trop affirmatif. Je pense qu’il s’agit là d’une manière pour Gert Nygårdshaug de laisser une part de responsabilité au lecteur, peut-être même de l’obliger à s’impliquer en se posant des questions, en le laissant décider de son propre degré d’engagement avec l’histoire et les motivations des personnages.

 

Toujours est-il que la forme de ce roman vient un peu troubler l’ensemble du message, le rendant moins direct car en partie (en partie seulement !) déconnecté de la réalité.

 

En toute honnêteté, cet aspect du roman m’a un peu dérouté, et je dirais même, mis mal à l’aise. Je l’ai déjà dit à l’une ou l’autre reprise ici, je ne suis pas un adepte du conte et de la fable moderne. Ce genre littéraire a tendance à me laisser en dehors du récit. Traiter de la magie par exemple, comme d’un élément fantastique d’une histoire, et composer avec en tant que telle, je suis parfaitement ok (l’exemple qui me vient à l’esprit tout de suite : le Docteur Strange de Marvel ou tout bonnement Harry Potter). Je ne suis pas fan de magie, mais dans un contexte bien précis je suis capable de l’accepter comme n’importe quel autre élément fantastique qu’on pourrait introduire. Mais faire du « merveilleux » un élément de la normalité, sans en faire remarquer l’aspect exceptionnel, irrationnel, là j’ai tendance à tiquer. Un élément peut tout à fait être de nature « fantastique », mais il faut le revendiquer comme tel et l’expliquer (même si l’explication est farfelue, elle a au moins le mérite d’exister). En ce sens, j’ai par moment ressenti la même chose qui m’a tenu un peu à l’écart de l’histoire que lors de ma lecture de Cent ans de solitude dont j’ai déjà parlé ici. En moins extrême, mais tout de même, par petites touches c’était analogue. Certainement d’ailleurs, que le contexte géographique commun des deux romans (dans les deux cas on est en Amérique du Sud sans savoir exactement où) a renforcé le rapprochement que j’ai fait entre ces deux livres.

 

Au chapitre des bémols que je pourrais apporter au Zoo de Mengele, j’ai également envie de mentionner une narration un peu inégale tout au long du livre. Certains passages m’ont semblé un peu longuets, un peu trop lents, alors que d’autres ménagent un suspense dévorant. Rien d’absolument rédhibitoire, mais j’ai eu un peu de mal sur la première partie du roman à entrer dans l’histoire, en partie à cause de cela aussi.

 

En revanche, la fin du roman rattrape largement les traces d’ennui que j’ai pu ressentir au début, et c’est surtout toute la réflexion que le livre nous engage à avoir sur ses thématiques (Comment combattre efficacement pour l’écologie et la sauvegarde de la nature ? Le terrorisme peut-il sous certaines conditions se justifier ?) qui me fait vous conseiller sa lecture.

D’autant qu’il s’agit de la première partie d’une trilogie, et qu’ayant déjà lu le second tome, je peux vous assurer que la suite n’est pas du tout telle qu’on pourrait l’attendre, ce qui a été pour moi une très agréable surprise. Mais ça, on en reparlera un jour ici...

 

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