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  • : Moleskine et Moi
  • : de la Pop Culture, un peu d'actualité, pastafarismes et autres petites choses...
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Attention !

Avant de lire les notes que je fais sur les films que je vois et les bd que je lis, sachez que dans mes commentaires il m'arrive parfois de dévoiler les histoires et les intrigues. Ceci dit pour les comics, je n'en parle que quelques mois après leur publication, ce qui laisse le temps de les lire avant de lire mes chroniques.
Bon surf !

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Série(s) en cours

 

26 septembre 2007 3 26 /09 /septembre /2007 08:57

« En Iran, nous n’avons pas d’homosexuels comme dans votre pays, …je ne sais pas qui vous a dit que cela existait chez nous. »

Mahmoud Ahmadinejad, président iranien, croyant, pratiquant et de bonne foi.
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20 septembre 2007 4 20 /09 /septembre /2007 10:07
Vendredi 14 septembre, le sénateur du Nebraska Ernie Chambers a déposé une plainte à l’encontre de Dieu en personne.
Le sénateur indique dans sa plainte qu’il a à plusieurs reprises tenté d’entrer en contact avec Dieu, sans succès. Il L’accuse entre autres d’avoir provoqué de « redoutables inondations, terribles tremblements de terre, pestes pestilentielles, horribles ouragans, terrifiantes tornades, sécheresses ravageuses, guerres génocidaires, malformations à la naissance, etc… » et demande en conséquence à la Cour d’émettre une injonction permanente à l’encontre de Dieu afin qu’Il cesse au plus vite ce genre d’actions néfastes.
Et puisque Dieu est omniscient, Il peut être jugé partout, y-compris au tribunal du comté de Douglas, Nebraska.

Bien sûr cette plainte n’est pas sérieuse, c’est la manière la plus pédagogique qu’a trouvée son dépositaire de dénoncer la dérive actuelle aux USA qui consiste à déposer plainte pour n’importe quoi contre n’importe qui (Frivolous Lawsuits).
Moi je crois plutôt que c’était la meilleure manière de faire parler de lui dans les médias… cela étant, sur le fond il n’a pas tort, il n’est pas blanc-bleu dans cette affaire le Créateur.

D’ailleurs il y a quelques mois déjà, une autre plainte (déboutée depuis) avait été déposée auprès du Tribunal de Timisoara en Roumanie à l’encontre de Dieu pour « escroquerie et abus de confiance ».

Pour celles et ceux qui voudraient mieux comprendre Dieu le Père, et pourquoi pas discuter avec Lui je vous donne ici l’adresse de son blog, ça peut toujours servir.
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16 septembre 2007 7 16 /09 /septembre /2007 12:35


« Bon dimanche, sous vos applaudissements… »

Jacques Martin, amuseur de génie du théâtre de l’Empire

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14 septembre 2007 5 14 /09 /septembre /2007 14:05
Hier, mon amie de lycée Cécilia m’a raconté un rêve qu’elle a fait récemment, et je ne résiste pas à l’envie d’en faire une note ici… j’espère qu’elle ne m’en voudra pas et je l’assure que ça n’est ni méchant ni moqueur, c’est juste que ça m’a beaucoup amusé et que je voulais faire partager ça…

Alors voilà, mon amie a donc rêvé qu’elle était enceinte et qu’elle accouchait. Mais attention, Cécilia n’est pas personne à faire les choses à moitié… car dans son rêve elle accouchait ni plus ni moins que de sextuplés !
Rêve étonnant mais pas forcément désagréable jusqu’alors, les choses se sont vraiment gâtées lorsqu’elle a appris à la maternité l’identité du papa. D’aucune aurait rêvé faire un enfant à George Clooney ou Brad Pitt, quelque écervelée aurait jeté son dévolu sur Robbie Williams ou Julien de la Nouvelle Star… eh bien non, Cécilia elle, venait d’accoucher en songes de sextuplés dont le père n’était autre que Nicolas Sarkozy !
Irrésistible, n'est-ce-pas ?
Vous comprendrez qu’un tel rêve l’ait marquée, et je me demande si c’est suite à ce choc nocturne qu’elle a décidé de s’expatrier pour quelques mois à Lisbonne dès la semaine prochaine…

Bon voyage au Portugal Cécilia, reviens-nous vite avec plein de nouveaux rêves comme celui-ci !  ;o)

P.S. : chacun aura relevé la similitude de son prénom avec celui de la première dame de France, mais ne lui faites pas la remarque s’il-vous-plaît, sauf si vraiment vous tenez à l’énerver…
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10 septembre 2007 1 10 /09 /septembre /2007 00:46
On continue avec  les beaux gosses du moment, plus moustachus les uns que les autres...  faites votre choix mesdames : Brad Pitt, Chris Evans, Christian Bale, Colin FarrellDavid Beckham, Eric "Docteur Glamour" Dane, Heath Ledger, Johnny Depp, Jude Law, Timothy Olyphant, Jake Gyllenhaal, Orlando Bloom, Patrick "Docteur Mamour" Dempsey,  rien que ça !

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Mais n'enterrons pas pour autant leurs aînés Bruce Willis, Sean Penn, Nicolas Cage et Ian McShane ...


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Et puis il y a ceux qui quoi qu'il arrive, quel que soit leur âge ou leur look, ont toujours la grande classe... George Clooney,
Pierce Brosnan, Sir Sean Connery, Samuel Lee Jackson et Robert Downey Jr.

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Et puis pour finir, cet article n'aurait pas été complet sans le détenteur ultime de moustache, le champion toute catégorie, le grand, le magnifique, l'incontournable Thomas Magnum, ou si vous préférez Tom Selleck  :o)


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Et puis d'ailleurs, il  n'était pas seul dans sa série à en porter une de moustache...

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Bon alors, vous vous la laissez pousser quand votre moustache vous ?
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10 septembre 2007 1 10 /09 /septembre /2007 00:01
Aujourd’hui place à ce petit accessoire typiquement masculin (quoique…) qui fait pourtant toute la différence quand on l’a… Je veux bien entendu parler de la moustache.
Parfois moquée, parfois admirée, la moustache ne passe en tout cas jamais inaperçue !

Alors je vais faire l’impasse pour une fois sur le poids des mots, pour me consacrer selon le slogan paris-matchien, au choc des photos. Et celles qui suivent sont garanties sans retouche…

Car oui, les plus grands, les plus beaux, les plus sexy et les plus talentueux portent ou ont porté un jour la moustache. Enjoy !


On commence par les grands anciens, mais indémodables, Clark Gable et Guy Williams, alias Don Diego de la Vega...
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On continue dans le vintage avec quelques stars des années 70 : Lee Majors, Peter Falk, David Soul et Paul Michael Glaser !
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Un petit tour par les monstres sacrés du septième art : Paul Newman, Jack Nicholson et Robert Redford
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Quelques stars des années 80 : Jeff Bridges, les excellents Richard Dreyfuss et Emilio Estevez, le broussailleux Kevin Costner et le génial Kevin Kline, alias Otto dans Un Poisson nommé Wanda
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La musique n'est pas en reste d'ailleurs : la preuve avec Freddy Mercury, George Michael, Lionel Richie et rien moins que les Beatles !!

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Une pincée de black attitude avec Eriq LaSalle, le docteur Benton en personne, et Eddy Murphy

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Un détour du côté des frenchies : Benoît Magimel, Romain Duris, François Cluzet et Vincent Lindon

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Les rigolos s'y mettent également : Matt Dillon, Greg Kinnear, Ben Stiller et l'inénarrable Borat

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(la suite est dans l'article suivant... bande de petits veinards !!)


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3 septembre 2007 1 03 /09 /septembre /2007 14:48
L’an dernier, le film de Guillaume Canet Ne le dis à Personne a eu un beau succès non seulement critique et professionnel (il a remporté bon nombre de récompenses prestigieuses), mais également public avec un score plus qu’honorable en terme d’entrées.
Le film est adapté d’un roman réputé comme étant le meilleur de son auteur Harlan Coben. Ne l’ayant pas vu lors de sa sortie en salles, je me suis dit que l’occasion était bonne de me plonger dans le bouquin que je ne connaissais absolument pas, avant de le voir en DVD ou sur Canal +.

Doublement bonne même, puisque je faisais d’une pierre deux coups : non seulement ça me permettait de lire un best-seller à la renommée excellente, mais en plus de cela je m’initiais ainsi à un genre littéraire que je n’avais quasiment jamais approché : le polar / thriller.
En effet, je me désespère de ne lire que si peu de romans au cours de l’année, et souvent je reste un peu cloisonné dans les mêmes genres, plutôt orientés S-F ou Fantastique la plupart du temps. D’où ma décision de me lancer dans la lecture de Ne le dis à Personne de Harlan Coben.

Le pitch de départ est, il est vrai, intriguant et donne envie d’en savoir plus.
 David Beck, un médecin d’une trentaine d’années a perdu sa femme Elisabeth, tragiquement assassinée huit ans auparavant. Mais voilà qu’il reçoit des mails anonymes, mails qui lui donnent tout lieu de penser que contre toute logique, Elisabeth est bel et bien vivante et cherche à entrer en contact avec lui. Mais elle est formelle dans ses messages : « Ne le dis à personne » est la condition impérative s’il veut un jour la revoir… C’est aussi à ce moment que la police suspecte à nouveau très sérieusement le docteur Beck d’avoir tué sa femme. David va devoir mener son enquête pour savoir si les mails qu’il reçoit sont un canular ou non, tout en étant à la fois dans le collimateur des inspecteurs du FBI et surveillé par deux mystérieux hommes qui ont tout l’air d’en savoir beaucoup sur son passé…

J’avoue que moi qui avais des petites réticences à lire un thriller, ce roman m’a un peu fait changer d’avis. Avec ces 430 pages en format poche, le récit est  fluide, bien mené, sans temps mort ni ellipse artificielle. L’histoire progresse vite, et le lecteur découvre petit à petit la vérité au fur et à mesure que le héros démêle le sac de nœuds dans lequel il s’est retrouvé bien malgré lui, jusqu’à un final plutôt réussi, qui donne toute sa cohérence au roman. L’action et la réflexion sont habilement entrelacées tout au cours du récit, et il n’est pas étonnant que cela ait donné un très bon film d’action à l’arrivée.
On ne s’identifie pas forcément au personnage principal mais on partage indéniablement son envie de découvrir la vérité, et ce bouquin a en tout cas cette qualité : il éveille, et parvient à maintenir tout du long, la curiosité du lecteur. Parmi les autres points forts du livre, il y a la galerie de personnages très charismatiques et bien écrits, des personnages qui donnent envie de mieux les connaître, ce qui est toujours bon signe pour une fiction, quel qu’en soit le genre. Au point d’ailleurs que j’ai un peu regretté de ne pas voir certains d’entre eux un peu plus développés, tels que l’homme de main Éric Wu, le caïd des rues Tyrese ou l’enquêteur du FBI Carlson. C’est d’autant plus dommage qu’on sent au détour de certains chapitres que l’auteur entame une description plus en profondeur de ses personnages-là, mais tout se passe comme s’il était pris par le temps ou comme s’il ne voulait pas dépasser un certain nombre de pages de peur de ralentir son roman. J’ai eu l’impression par moment qu’il s’arrêtait en plein élan, laissant un peu ses personnages les plus prometteurs en friche. J’aurais bien aimé en savoir plus sur l’asiatique Wu et l’obsessionnel Carlson par exemple, ils avaient un réel potentiel à être plus mis en avant.

Très bonne impression donc à la lecture de ce thriller, mais cela étant si je lui trouve bien des qualités, je ne dirais pas pour autant qu’il s’agisse là d’un roman incontournable. L’histoire est bien ficelée, on sent que l’auteur est à l’aise dans la mécanique du récit qui avance à coup de mystères et de révélations successifs, qu’il ne veut à aucun prix laisser le temps à ses lecteurs de s’ennuyer (tant mieux) quitte à passer un peu vite sur certains personnages (tant pis). Mais est-ce parce que finalement ce genre littéraire m’intéresse moins, toujours est-il que ce n’est pas un roman que j’ai eu du mal à lâcher pour aller me coucher. Pas non plus le genre à me faire relever la nuit pour connaître la suite. Un bon bouquin donc, intéressant et plaisant à lire, mais pas la révélation que de nombreuses critiques promettaient en quatrième de couverture.

Je le conseille toutefois, parce que l’intrigue est bonne, le livre est facile à lire, fluide et divertissant. Et le roman m’a donné encore un peu plus envie d’en voir l’adaptation, vivement que le film passe sur Canal…
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29 août 2007 3 29 /08 /août /2007 16:27
Notre nouveau Président est partout. Y compris dans les journaux people, puisque depuis l'ère Sarko, le Président est devenu un people au même titre que n'importe quel échappé de l'Île de la Tentation. Bon, en fin de compte il n'a pas tort, au nom de quoi Loana, Massimo Gargia, Steevy Boulay ou Greg le Millionnaire y auraient droit et pas lui ?
Donc en tant que people, les photos du Président Sarkozy pleuvent dans les journaux populaires, et ses dernières vacances tous frais payés par quelques riches amis de longue date n'échappent pas à la règle. C'est ainsi que Paris Match a publié les photos de notre Président en train de s'adonner aux joies du canoë en famille (et il a bien raison, c'est sympa le canoë).

Était-ce pour ne pas froisser l'image de sportif-jogger que Sarko a tant sué à mettre en place devant les caméras de TF1 on n'en sait rien, toujours est-il que les photos originales ont été quelque peu... retouchées. Oh rien de bien grave, seulement un petit ajustement de bouée de sauvetage en suivant le mode d'emploi "photoshop pour les nuls".
Évidemment cela n'a aucun intérêt et encore moins d'importance, mais ça m'a fait rigoler et je me suis dit que ça ferait un article amusant et qui me demanderait peu d'efforts (oui je suis avare en longues dissertations en ce moment). Donc n'y voyez rien de méchant, et surtout pas une attaque d'ordre politique.
Voilà, c'était tout pour aujourd'hui.


La photo avant retouche :

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La photo publiée dans Paris Match :

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Souquez ferme matelot !
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17 août 2007 5 17 /08 /août /2007 09:24

7. Les femmes dans l’œuvre de Godard

 Il n'y a quasiment pas de femmes dans les premiers Norbert et Kari... (Années 1967-68 ; il y en avait peu dans la BD franco-belge de l'époque c'est vrai... Pilote compris). Ensuite, dans "L'île aux monstres" (qui est pourtant un plaidoyer pour le respect de la différence), elles sont -au même titre que les autres protagonistes ?- plus ou moins caricaturées... Et dans "Un empire sur pilotis", la jolie Polynésienne, Hannipépé-Anna, montre sa culotte à tout le monde... C'est une représentation un peu singulière de la femme quand même, non ?
CG : On m'accuse souvent de misogynie. Il y a même eu une journaliste féministe pour perdre son temps à le dénoncer dans un article extrêmement agressif à mon égard. Je trouve cette accusation grotesque. Pourquoi diable ne pourrait-on pas caricaturer les femmes ? Je suis à peu près persuadé que si on établissait des statistiques fiables pour comparer les abrutis dans les deux sexes, on en trouverait autant d'un côté que de l'autre. Mais ça, il ne faut pas le dire. Défendu. Impardonnable. Je viens de faire la démonstration que je suis misogyne. Enfin, pour les abruti(e)s dont je parlais plus haut, bien sûr.
Par contre, si on établissait le même genre de statistique pour comparer les tueurs en série dans les deux sexes, on en trouverait beaucoup plus chez les hommes.
Et les cuisinières lamentables beaucoup plus chez les femmes.
C'est un sujet globalement très délicat.

 Les femmes ne tiennent pas non plus une place privilégiée dans l'univers de Martin Milan (une grosse mémère dans "1000 ans pour une agonie", une furie dans "L'ange et le surdoué"...) ;  la seule qui ait comptée pour lui, nous raconte-t-il dans l'album "Il s’appelait Jérôme", est une Extra-Terrestre...
CG : Juste.
Je pense qu'on se comprend beaucoup mieux quand on ne parle pas la même langue.

 Chimeer/Musky/Muskie dans le Vagabond des Limbes, Belle dans Le Grand Manque, Ewane Nagowitch dans Une folie très ordinaire, Joan Kimberly dans Le Cybertueur, Little Annie Candy dans le Grand Scandale, les Ghlomettes dans les Chroniques du Temps de la Vallée des Ghlomes, Oki dans Oki, Souvenirs d’une Jeune Fille au Pair, Ariane dans Dédales… les jolies jeunes femmes parfois dévêtues ne manquent pas dans vos œuvres…
CG : Dans la vie non plus. Vous voyez bien…

 Encore une question concernant les femmes dans vos bandes dessinées... Dans Le Grand Manque, nous sommes en 347 après un grand conflit mondial, dans un monde dictatorial dominé par les femmes et dans lequel les hommes n'existent quasiment plus ; "Le grand manque" en question étant d'ordre... sexuel ! Au-delà de l'aspect fictionnel, c'est une vision assez particulière ; est-ce un fantasme, une crainte ??
CG : Ce n'est pas un fantasme. Encore moins une crainte. C'est la mise en équation de ce qui résulte des progrès de la science. On sait aujourd'hui se passer des hommes pour faire des enfants. En introduisant dans l'œuf à féconder une cellule judicieusement choisie. Ça, au moins, c'est un vrai progrès.
Je connais bien le genre masculin. Je ne le trouve pas très reluisant. Les femmes auraient tout intérêt à se passer des hommes, ce qui les conduiraient probablement à vivre entre femmes - et à faire des progrès en matière culinaire, d'ailleurs.


8. Les autres séries récentes

 Un autre dessinateur avec lequel vous avez un certain historique : Claude Plumail. Il avait déjà collaboré aux décors du Grand Manque, puis il y a eu la série Cybertueur, un chapitre de Une Folie très Ordinaire et à présent Dédales. Que pouvez-vous nous dire à son sujet ?
CG : Il a aussi oeuvré sur le Vagabond. C'est le seul type que je connaisse qui soit capable de dessiner la Tour Eiffel boulon par boulon. On a beaucoup travaillé ensemble, il a des possibilités considérables, et nous venons de produire en effet Dédales ensemble. Apparemment, l'accueil est excellent puisque le premier tirage semble annoncé comme étant épuisé deux mois à peine après sa sortie. Nous sommes en train de travailler sur le tome 2. Il a excellé sur le tome 1.

 Il s’agit encore une fois d’un thriller haletant. Vous mettez en scène le vrai Arsène Lupin, mélange une fois de plus d’authenticité et de fiction.
CG : Une petite précision. Il ne s'agit pas d'Arsène Lupin dont nous n'avons absolument pas les droits, mais d'un personnage qui est censé être, dans l'album, celui qui a inspiré Maurice Leblanc pour créer son personnage romanesque. 
Maurice Leblanc s'est effectivement inspiré d'un personnage authentique, d'après ce qu'il a déclaré, mais j'ai préféré ne pas savoir lequel.

 Combien de volumes prévus pour cette série ?
CG : Trois. Peut-être plus.

 Vous avez assuré le scénario et le dessin pour Les Nouvelles Aventures de la Jungle en Folie : c’était votre retour en tant qu’auteur complet, en 2005. Le challenge est-il gagné ?
CG : Voir sur le sujet ma réponse plus haut.

 Un mot en particulier sur Mic Delinx qui nous a quittés malheureusement il y a peu...?
CG : Idem.

 Vous avez eu un petit démêlé avec lui sur la série, à propos des droits...
CG : Idem.

 Oki avec Eric Juszezak aux dessins est une autre de vos séries qui commence à compter un certain nombre de tomes, une suite est-elle prévue prochainement ?
CG : Pas actuellement, à ma connaissance.

 Parallèlement à vos séries humoristiques, vous faites également des séries plus réalistes (souvent à l'ambiance assez dure...) ; Oki souvenirs d'une jeune fille au pair, chez Glénat, dénonce la collusion entre le monde des affaires et celui des yakuzas, la corruption d'un ministre des Affaires Etrangères, l'implication de la mafia russe dans la politique, le blanchiment d'argent par les jeux en Afrique, etc... Vous mettez en scène des personnages facilement reconnaissables...
CG : Oui. Je trouve la bande dessinée très peu impliquée dans les affaires du monde d'aujourd'hui. Bien sûr, il y a des exceptions (L'affaire corse, de Pétillon, par exemple, ou Marjane Satrapi, et quelques autres) Mais les auteurs ne semblent pas tellement s'intéresser à ce genre de sujets. On peut le comprendre. C'est un métier que l'on choisit davantage pour échapper à la réalité que pour s'y complaire en permanence.

 Cette série s'arrête cependant avec le 6ème album ; vous aviez encore des choses à y dire ?
CG : Ce sont des thèmes inépuisables. La série s'est arrêtée sur la décision de l'éditeur, et pas faute de sujet. C'est dommage car Eric Juszezak faisait un remarquable boulot, et le personnage de Oki était de plus en plus séduisant et vrai.

 Si l'on compare Oki et Le Cybertueur, toutes deux réalisées dans les années 90-2000 dans la collection "Bulle noire" de Glénat, elles ont toutes les deux un style assez "cinématographique" et une ambiance polar assez "glauque" (noire) ; dans les 2 cas, il s'agit d'une victime féminine qu'un flic protégera et qui tomberont amoureux l'un de l'autre... Une différence est que Oki passe d'une mésaventure à une autre, alors que Le Cybertueur raconte sur plusieurs albums la traque et les méfaits d'un même criminel...
CG : Mes récits ont toujours eu un style «cinématographique», me semble-il.
Ce qui est contestable, car à quoi bon avoir ce genre de «style » ailleurs qu'au cinéma ?
Cette constatation me met en face de mon propre positionnement : « Qu'est-ce que je fous là ? ». Je veux dire dans la B.D. Est-ce que, par hasard, je ne me serais pas trompé de porte, par hasard, je dis ?
Et pourquoi continuer, perdurer dans l'erreur avec ce foutu «style cinématographique» ?
Qui aurait l'idée d'avoir le style «majordome Grand Siècle» alors qu'il est serveur au Quick ? 
Ou genre maîtresse de Louis XIV quand elle est pétasse sur les grands boulevards ?
Bon. A part ce petit détail, je trouve que le format 46 pages est très court pour raconter une histoire et qu'il vous condamne à être superficiel, et terriblement allusif.
Il est autrement plus jouissif de s'exprimer sur une suite d'albums, bien sûr. Mais les contingences, que voulez-vous...

 L'aspect "glauque" et violent de ces bd dans la collection "Bulle noire" - voir aussi votre série Une folie très ordinaire - correspond-il à des critères commerciaux de l'éditeur ?
CG : Non. L'aspect glauque ne correspond qu'à mes propres tréfonds dans lesquels je ne descends que rarement, quand je reçois des amis, notamment.

 Toupet avec Blesteau, dans le journal de Spirou, est une série familiale... Que pouvez-vous nous en dire ? Comment est-elle née ?
CG : Sur la proposition de Van Hamme quand il était directeur général chez Dupuis, avec l'accord de Philippe Vandooren.

 Le succès a l'air d'être au rendez-vous avec déjà 18 albums chez Dupuis...
CG : Bé non. Enfin si. En fait, globalement, Albert Blesteau et moi, avec Toupet, j'ai fait les comptes, nous avons vendu plus de 600.000 albums, sans compter les traductions, les post-publications, et le reste.
C'est un score dont nous sommes très fiers. Mais les Editions Dupuis ont décidé d'arrêter la série, et nous ont rendu nos droits. Ce n'est pas une blague. Le dix-huitième sera le dernier chez Dupuis. 


9. Questions diverses

 Fort du succès du Vagabond des limbes, vous avez monté votre propre maison d'édition: "Le Vaisseau d'argent" il y a une vingtaine d’années... Pensez-vous être arrivés à un mauvais moment sur le marché de la BD ? Aujourd’hui les temps auraient-ils été plus favorables selon vous ? Comment jugez-vous l’évolution du marché de la BD en France ?
CG : Effectivement, nous ne sommes pas arrivés à un moment porteur avec le « Vaisseau d'Argent ». Nous avons accumulé les difficultés avec la crise pétrolière des années 1990-91, le changement de stratégie chez notre distributeur principal, celui des Presses de la Cité, et ma propre vision des choses (prendre au sérieux ce qui précède), car j'étais crevé. Mais nous avons volontairement mis la clef sous la porte. Nous avions 200.000 albums en stock. Il suffisait d'en solder une petite partie pour passer le cap douloureux. Nous n'avons pas voulu. Nous avons eu tort. Surtout moi. Car, aujourd'hui, c'est encore pire.

 Il n’existe pratiquement plus de prépublication des albums dans la presse. Comment jugez-vous ce changement par rapport à l’époque de Pilote ?
CG : Mortifère.

 Au cours de vos nombreuses séries, depuis les gags en une page jusqu’à la science-fiction en passant par le thriller, vous avez couvert un grand nombre de genres. Y en a-t-il un qui a votre préférence ? A contrario y en a-t-il qui ne vous inspirent pas ?
CG : Ç’a été un grand plaisir de me confronter à des genres différents. Le seul genre qui ne m'inspire pas trop, c'est celui qui consiste à raconter des histoires de ce type qui se colle au plafond.

 Beaucoup d’auteurs mettent des parcelles d’eux en leurs personnages favoris. Est-ce votre cas également ? Duquel de vos héros vous sentez vous le plus proche ? Martin Milan, Axle Munshine ? Lambert Lambert ? Al Jackson ?
CG : Hannipépé-Anna. Je me sens très proche. Tout proche.

 Julio Ribera m’a raconté que vous êtes une formidable « machine à idées ». Il parlait entre autre de votre manie de noter chaque petite idée qu’il vous vient sur un bout de papier, vous créant ainsi une « banque d’idées » dans laquelle vous allez piocher quand vous élaborez de nouveaux scénarios. Il me disait même que vous êtes du genre à vous lever en pleine nuit pour noter une idée qui vous est venue afin de ne pas la perdre en vous rendormant… alors réalité ou légende ?
CG : Julio raconte des bêtises. Il n'a pas la moindre idée de la façon dont je passe mes nuits, il n'a jamais assisté à aucune d'elles.
Il est vrai que, quand j'ai une idée, et le temps, je la développe pour ne pas la laisser partir en fumée. Et que je conserve mes notes.
Il est vrai que j'en avais un grand nombre (enfin, n'exagérons rien !) dans lequel j'allais éventuellement puiser. Mais c'est de moins en moins le cas, maintenant. Et, la nuit, je dors.

 L’inspiration ne semble pas vous faire défaut, mais vos BD sont très souvent également extrêmement documentées (par exemple La Bande à Bonnot, le Cybertueur ou le tout récent Dédales). Quelle part la documentation prend-elle dans votre masse de travail ?
CG : La documentation est une excellente base pour mettre en route l'inspiration. À une certaine époque, on faisait démarrer les voitures à la manivelle. La doc, c'est la manivelle.

 Vous deviez vous amuser en faisant Norbert et Kari ou encore La jungle en folie... Il y a plusieurs niveaux de lecture, des jeux de mots, etc. Comme chez Goscinny... Le Vagabond des Limbes et Martin Milan sont aussi des séries où la réalité est distordue… Quel(s) public(s) visiez-vous ou avez-vous touché(s)?...
CG : Je ne sais pas. Les gens qui me ressemblent, peut-être ? Je n'ai jamais écrit ou dessiné une  histoire en pensant à un public donné.
C'est la raison pour laquelle Uderzo vend à plusieurs millions d'exemplaires chaque nouveauté, J.K. Rowling plusieurs centaines de millions d'exemplaires… et moi pas.

 En se basant sur votre bibliographie, on peut raisonnablement vous qualifier d’auteur prolifique. Mais êtes-vous également un grand lecteur de BD ? En avez-vous seulement le temps ?
CG : Non. Je ne lis pas beaucoup de B.D. Par contre, je les regarde volontiers.

 Vous êtes un auteur reconnu et avez côtoyé les plus grands et participé à de nombreuses parutions mythiques telles que Vaillant, Pilote ou Le Journal de Tintin. Quelles ont été vos principales influences, quels sont les auteurs qui vous ont vous-même le plus marqué ?
CG : Franquin à mes débuts, comme tout le monde.
Gamin, j'étais un grand admirateur d'Uderzo. Aujourd'hui aussi, d'ailleurs.
Tillieux. Will. Alex Raymond (super). Greg (scénars). Van Hamme est très fort (très malin). Plein d'autres. J'aime beaucoup admirer.

 Seriez-vous tenté par l'adaptation de l'une ou l'autre de vos BD sur grand écran ? Je pense par exemple à Une Folie très Ordinaire qui ferait un thriller tout à fait passionnant...
CG : Qui dirait non à une telle perspective ? Bien sûr. On m'a souvent tourné autour, dans ce domaine, et je crois que je saurais faire. Mais, voilà... Très récemment, un producteur m'a commandé l'écriture d’un scénario, à partir d'un point de départ qui lui appartenait. Ce que j'ai fait. Ça devait se passer sur la planète Mars. Et c'était romantique. Mais à l'arrivée, c'était trop cher à monter pour un prod français.

 Dans Norbert et Kari ("Norbert et Kari au royaume d'Astap"), ainsi que dans Le Vagabond des limbes avec le personnage de Musky, vous exprimez le désir de rester enfant... le refus du monde des adultes...
CG : Non. Mais le refus de ressembler à des gens qui me font vomir, oui.

 L’Histoire de France en BD pour Larousse, l’histoire de Jules Bonnot dans La Bande à Bonnot, le personnage de Maurice Leblanc dans Dédales entre autres exemples… l’Histoire serait-elle une de vos passions ?
CG : Non. Je ne suis pas équipé pour. Il m'est arrivé de passer trois mois à la grande bibliothèque pour travailler sur un sujet historique. Il est toujours dans mes cartons. Si  jamais vous entendez parler de quelque chose...

 BD et politique font-elles bon ménage ? Il semble qu'il y ait un petit regain d'intérêt ces dernières années ? Que pensez-vous de séries comme Les coulisses du Pouvoir, De silence et de sang,  ou I.R.S. si vous les avez lues par exemple ?
CG : Delitte, c’est un bon. Desberg, ça tient bien la route. Quant à Corteggiani, c’est sûrement l’un des scénaristes français les plus costauds. Excellente énumération. C'est très intéressant. Je suis pour.

 J'ai vu sur votre site internet que vous envisagiez de rééditer Norbert et Kari sur CD-Rom... Que pensez-vous alors des nouvelles technologies par rapport à la Bande Dessinée ? Quel avenir commun leur voyez-vous ? Quelle importance peut prendre un site comme BDTheque dans ce paysage futur, selon vous ?
CG : Je pense que nous sommes arrivés à un tournant et que les nouvelles technologies en question risquent de bouleverser le paysage de la bande dessinée et le changer radicalement.
On peut assister à de nouvelles habitudes de lecture, qui prendront probablement pas mal de temps pour s'installer, mais les choses peuvent aller très vite, de nos jours, et prendre tout le monde de court. Je pense à l'I-Pod, par exemple, à la B.D. case par case, au téléchargement, etc.
Les anciennes habitudes vont persister, résister, mais la surproduction va faire le ménage, et les retours également.

 Vous écrivez également des romans et des pièces de théâtre...
CG : Oui. Bon.

 Vous vous faites rare en festival de BD. Avez-vous des séances de dédicaces prévues prochainement ? L’exercice vous plaît-il en tant qu’auteur ? Avez-vous besoin du contact avec le public pour avoir un retour sur votre travail ?
CG : Nous avons quelques séances de dédicaces de prévues avec Claude Plumail, pour Dédales, en effet. Je suis de moins en moins client, pour ce genre d'exercice. Dessiner en public a un côté très « exhibitionniste », ce que je ne suis pas du tout. Mais il est vrai que le contact avec les lecteurs et souvent très révélateur. Et je ne vois pas par quoi cela pourrait être remplacé.

 Sur votre site officiel vous évoquiez il y a quelques temps déjà certains de vos projets, dont 2 ébauches de séries : Les 7 Péchés Capitaux du Crime et Stan le Tagueur, ainsi qu’un film d’animation en 3D. Y a-t-il eu des avancées sur ces projets qui s’annoncent prometteurs à la lecture des synopsis que vous avez mis en ligne ?
CG : Les Sept péchés ont été sur le point d'être réalisés, mais une série utilisant le même mécanisme est apparue sur le marché, et finalement on a préféré s'abstenir. Stan le Tagueur est resté à l'état d'ébauche. Les producteurs du film d'animation 3D qui comptaient sur moi n'ont toujours pas réussi à réunir les capitaux nécessaires. Certains mettent dix ans ou plus à réaliser leurs projets. Alors...
Cette fois, je crois que vous avez épuisé votre sujet. Merci de votre intérêt.

 Christian Godard, merci.

Interview réalisée le 31 juillet 2007 par Spooky, avec les participations de François Boudet, klod, marcel, Marie M et Stéphane Hoegel et les encouragements de scuineld.

(retrouvez également l'intégralité de l'interview sur BDThèque)
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17 août 2007 5 17 /08 /août /2007 08:33
Comme annoncé il y a quelques jours, voici l'interview de Christian Godard, un routard de la BD franco-belge. Il a côtoyé beaucoup de grands noms et vu évoluer son art, pas toujours en bien. Rencontre avec une sommité du 9ème art.


1. Les débuts

 Votre carrière démarre au début des années 50. Vous collaborez à de nombreux périodiques (Fillette, Coq Hardi, Pistolin, Fripounet et Marisette, etc.) avant d'entrer à Vaillant en 1957. Pouvez-vous nous évoquer cette première période de votre carrière ?...
Christian Godard : Autant essayer de vous évoquer ma vie sur la planète Mars. Je ne sais pas comment faire pour que vous en ayez la moindre idée authentique. Je peux vous fournir quelques informations basiques. C'est une époque où on pouvait faire de la bande dessinée en se foutant complètement de la bande dessinée. Vous voyez le genre ? Et l’on pouvait même en vivre confortablement ou presque. Non, là, je sens que vous êtes largué. Je vous comprends.

 A partir de 1959, vous devenez l'un des piliers du journal Pilote, dans lequel vous illustrez des scénarios de René Goscinny : Jacquot le Mousse (N°1 à 30), Tromblon et Bottaclou, notamment... Comment se passait la collaboration avec Goscinny ?
CG : C'était un type extraordinaire. Je  me souviens de m'être trouvé devant lui, et il me tendait son texte d'une main, en souriant d'un air engageant. J'avais la charge de le prendre dans des délais raisonnables, c'est-à-dire sans trop tarder. Et puis je repartais avec, sous le bras, je faisais ce que je pouvais, et je lui apportais les planches terminées. Il lui arrivait de rire en les visionnant, ce qui était une marque de satisfaction évidente, mais généralement parcimonieuse. Je pourrais aisément faire des conférences sur le sujet, et je sais d'avance qu'il y aurait du monde dans la salle. D'ailleurs j'en ai vu certains qui en faisaient, sans l'avoir jamais rencontré directement. Comme pour le général De Gaulle, la Reine Margot, ou Toutankhamon. Et qui parvenaient à en parler savamment. (Que ceux qui veulent me proposer de me produire, moyennant finance, pour une causerie de ce genre, me fasse des offres, via mon site. Je ne voyage qu'en première classe et je tiens à avoir une salle de bains à l'hôtel. J'ai quelques anecdotes savoureuses en réserve).

 Vous abandonnez Tromblon et Bottaclou car vous avez envie d'écrire seul...
CG : Non, ce n'est pas la vraie raison... La vraie, c'est que j'avais un petit peu appris quelques rudiments sur ce métier qui n'en est pas un, et que le journal m'avait demandé de faire des histoires complètes de mon propre cru, ce qui m'a permis de réaliser celles de L'Agent secret É-1000 (Il y a une astuce cachée, là).  Et, de fil en aiguille, Jean-Michel Charlier, co-rédacteur en chef du journal, m'a proposé de créer ma propre série. J'ai dit oui, sans réfléchir... (lui non plus, d'ailleurs).

 C'est alors que vous lancez Norbert et Kari, publié dans Pilote jusqu'en 1969...
CG : Exact.

  1969... date de sortie de votre premier album : Martin Milan, chez Le Lombard (maison concurrente...).
CG : Je ne me souviens pas de la date de sortie de mon premier album au Lombard. Mais je me souviens très bien de la tête de Goscinny quand il l'a vu. Il m'a demandé de venir le voir dans son bureau qui, à cette époque, était très exigu. Il y avait, dedans, le bureau (meuble) proprement dit, dont le plateau était toujours nu, et une petite armoire métallique à deux portes sur le mur d'en face. Je me suis rendu à son rendez-vous et je me suis assis devant son bureau. Il a été jusqu'à son armoire métallique, l'a ouverte, en a sorti mon album, l'a posé sur son bureau bien, s'est rassis et a pointé son index sur mon malheureux album tout seul au centre de son plateau vide. Puis, en me fixant droit dans les yeux (index pointé) m'a demandé : « Qu'est-ce que c'est que ÇA? ».
 
 Y’a-t-il une influence de Greg (Achille Talon) sur vos premières séries (Jacquot le mousse, Norbert et Kari, L'agent E-1000) ?
CG : Non. Pas la moindre. Par contre, lui et moi avions les mêmes influences, ce qui n'est pas la même chose.

 Vous avez d'ailleurs écrit le scénario du dernier Achille Talon, en hommage à Greg disparu...?
CG : Pas le moins du monde. Vu que je suis intervenu de son vivant.
Pour être précis, Greg avait décidé de vendre sa série aux Editions Dargaud. Qui ont eu le bon goût de la lui acheter pour une somme rondelette.
Moyennant quoi, la maison s'est mis en tête de continuer à la produire, ce qui n'était pas une bête idée. Ils ont jeté leur dévolu sur un très excellent dessinateur, Widenlocher (super, Widen), et ont cherché un scénariste, puisque Greg avait raccroché.
Ils ont pensé à moi.
J'ai déclaré que je voulais bien m'y essayer,  à condition que Greg soit d'accord. On m'a objecté que « Bé, pourquoi? » - ce n'était pas la peine de lui demander son avis, puisqu'il avait vendu sa série.
J'ai fait valoir que je connaissais Greg depuis longtemps, et que je n'étais pas disposé à mettre mes pieds dans ses pantoufles, sauf s'il était disposé à me les prêter, lui. Question de correction.
Le directeur de collection de l’époque a donc été obligé d'organiser un repas entre nous, auquel le directeur général est venu se joindre tardivement. Greg et moi, nous étions amis. Il était d'accord. J'ai écrit l'album.
Fort de l'assentiment du créateur, j'étais disposé à écrire le ou les suivants (c'était l'idée), mais le directeur de collection a pensé que, puisque j'avais réussi à le faire, il pourrait le faire aussi.
C'est donc lui qui a continué à rendre hommage (posthume) à Greg.

 Vous avez aussi fait des gags de Modeste et Pompon pour Mitteï dans Tintin ; étiez-vous un grand fan de Franquin ?
CG : Je le suis toujours. Plus que jamais, en ces temps ô combien ... « mangahifiants ».

 Dans l’album La vie d’Artiche, réalisé avec Pierre Le Guen pour Circus, vous vous mettez en scène. Vous commencez le récit en vous faisant dire : « Voilà ! Je voudrais raconter une histoire dont nous serions toi Le Guen et moi Godard les personnages principaux, et dans laquelle le vrai et le faux seraient intimement mêlés, afin qu’on ne sache jamais où s’arrête l’un et où commence l’autre ». Nous reconnaissons là une de vos caractéristiques qui est le mélange des genres ou le mélange des tonalités ; vous passez dans un même récit du sérieux à l’humour, du rire aux larmes, du vrai au faux ou au rêve, etc. Nous espérons d’ailleurs que vous ne mêlez pas trop de fausses informations dans cette interview ; cela ne serait pas très sérieux n’est-ce pas !?
CG : On est dans un domaine, celui de la bande dessinée. Si je ne m'abuse, ce n'est pas quelque chose de très... sérieux. Je veux dire, il n'y a pas mort d'homme. (Encore que ça se discute, les morts ne se comptent plus, professionnellement parlant).
Mais qui se préoccupe de donner de bonnes informations sur quoi que ce soit, de nos jours ? Au fait, à propos de l'affaire Clearstream, vous avez les bonnes informations, vous ? Et, dans ce cas, j'aimerais bien savoir qui a truqué les listings ?

 Pierre Le Guen a dessiné dans Vaillant les séries Jacques Flash et Nasdine Hodja ; c’était un très bon dessinateur (avec un style réaliste et élégant). Est-ce à Vaillant que vous l’avez rencontré ?
CG : Absolument.

 Comment vous est venue l’idée de faire une histoire ensemble ? Etait-ce l’envie de faire une BD « adulte », en 1979, chez un jeune éditeur dynamique et ouvert (à l’érotisme par exemple) ?
CG : On a été prendre un pot au bistrot du coin, et on s'est demandé ce qu'on pourrait bien faire ensemble.
L'un de nous deux, je ne me souviens plus lequel, a proposé un hold-up. L'autre un poker.
Finalement, on a fait une BD.

 Cette histoire corrosive semble préfigurer quelque peu celle du Grand scandale réalisée plus tard ?
CG : Exact. C'est un domaine dans lequel j'aurais bien aimé continuer à m'exprimer, il y avait à faire.
Mais les éditeurs préfèrent raconter des histoires de types qui se collent au plafond en se prenant pour des araignées, et les lecteurs ne protestent pas, que je sache. C'est même le contraire.


2. Norbert et Kari

 Vous avez repris, semble-t-il, la trame de Jacquot le Mousse dans l'album de Norbert et Kari : "Du rififi chez les otaries"... D'une manière générale, l'écriture de Goscinny semble vous avoir influencé (bandes dessinées "enfantines", humoristiques, mais s'adressant en fait à tous les publics avec différents niveaux de lecture, des jeux de mots, etc.) ?...

CG : La trame de Jacquot le mousse ? Première nouvelle.
Si vous aviez à lire mes scénars et que vous pouviez les comparer avec ceux de Goscinny, vous constateriez immédiatement qu'il n'y a aucun rapport.
Il se trouve que, moi, j'ai pu faire la comparaison. Et pour cause. Goscinny avait le génie de la simplification. Ses scénarii étaient d'une simplicité saisissante. Il indiquait le minimum et vous laissait vous débrouiller. Il m'a confié un jour que, pendant le week-end, il avait trouvé le temps d'écrire vingt pages de bande dessinée.
Presque la moitié d'un album. Moi, il me faut deux mois. Y a un bug quelque part. Quelqu'un a tort. Ça m'étonnerait que ce soit lui.

 A l'évidence, Norbert vous ressemble (?), au moins physiquement...
CG : On me l'a dit souvent. Je ne me suis aperçu de rien. C'est un phénomène qui me laisse pantois. Quand j'ai connu Greg, par exemple, c'était un grand jeune homme mince avec une fine moustache, et il m'a immédiatement fait penser à Clark Gable. Ça ne l'a pas empêché de créer son personnage ventripotent. Et, à la fin de sa vie, il lui ressemblait comme deux gouttes d'eau.

 Vous y êtes-vous projeté plus que dans les autres personnages ?
CG : Non. Pas plus. Pas moins non plus.

 Quelle place a Kari pour vous ? Il est plus intellectuel... Est-il le faire valoir de Norbert ?
CG : Disons, son contrepoint.

 Norbert est un peu "peureux" par rapport à la vie (adulte)... C'est pour cela qu'il s'est réfugié -?- sur un petit atoll paradisiaque (en vase clos) de Polynésie ?...
CG : Norbert et Kari sont nés en 1964. Lorsque l'histoire commence, Norbert est coincé dans un embouteillage monstre. Il craque, sort de sa voiture, l'abandonne sur place et prend la fuite.
Il rejoint la Polynésie, non par peur, mais par ras-le-bol. Cette idée était dans l'air. Quatre ans plus tard, on faisait des barricades dans les rues, et on entamait une douce manie qui s'est perpétuée jusqu'à aujourd'hui : brûler des voitures.

 Son jeune compagnon (Kari) est un jeune garçon d'ailleurs... On reste dans le monde de l'enfance (?)... Un monde de l'enfance que vient perturber le monde des adultes... (militaires, affairistes, pollution des mers, gangsters, dictateurs, etc.).
CG : Il est plein d'espoir. Il croit en la civilisation (héhé). C'est un sujet sur lequel on n'a fait aucun progrès. Enfin, je trouve. D'ailleurs, je suis contre le maïs transgénique.

 Pourra-t-on lire un jour les nombreux inédits de Norbert et Kari, publiés dans Pilote ?
En effet, j'avais contacté le site BDOubliees qui fait un travail formidable pour le patrimoine de la BD pour suggérer une édition limitée de ces inédits mais il m'a été répondu que vous souhaitiez l'éditer vous-même via votre site (et probablement sous format électronique plutôt que papier). Qu'en est-il ?
CG : On vous a bien renseigné. Tôt ou tard, en effet, je voudrais bien pouvoir me consacrer à cette réédition.
Et à quelques travaux du même tonneau.


3. Martin Milan

 Vous créez la série Martin Milan dans le journal Tintin en 1968 ? Quelle est l’idée de départ de ce formidable personnage ?
CG : L'idée de départ de ce personnage est justement l'idée de départ. C'est un personnage qui a une idée de départ, et c'est devenu mon idée de départ. Je ne sais pas si je me fais bien comprendre... (Il passe son temps à partir).

 Comment la série a-t-elle été perçue à l’époque de sa sortie ? Car il faut bien dire que le personnage, les histoires, la tonalité,  le graphisme, les différents niveaux de lectures, sont assez complexes, voire décalés, pour un lectorat ciblé jeune (Je me souviens de courriers très hostiles de lecteurs qui ne comprenaient rien à la série Rork d’Andréas par exemple...).
CG : Au début, c'était un personnage humo assez classique. Et puis, il a pris de l'épaisseur sans me demander mon avis.
En fait, très naturellement à cette époque, j'ai été tenté de développer des idées un peu plus pertinentes, incarnées. C'est une pente dangereuse. Je me souviens de l'éditeur, enfin du fils de l'éditeur, qui m'avait invité à déjeuner pour me donner des conseils, et qui ne comprenait pas du tout pourquoi je le faisais évoluer dans ce sens. Qui me disait « Mais il était parfait au début !».
Il avait en partie raison. Le public du Journal de Tintin n'était plus tout à fait le sien, du coup.  Il n'empêche que s'il avait en partie raison, il avait en partie tort également. Sinon vous ne m'en parleriez pas aujourd'hui.

 Martin Milan, comme Norbert, fuit la civilisation... Il est un peu écolo : il n'aime pas les chasseurs, les militaires, les matraques, les dictateurs... Les seuls êtres humains qui trouvent vraiment grâce à leurs yeux (à Martin Milan et Norbert) sont les enfants avec leur innocence... C'est également votre point de vue ?
CG : Je me sens en phase avec les enfants, en effet. Ils sont transparents. Ça ne veut pas dire qu'ils soient innocents. La transparence est un état qui se perd assez vite, en grandissant. Ensuite, vous êtes condamné à vivre avec des énigmes sur pattes. Ecoutez un homme politique. Il pourra parler des heures sans que vous sachiez jamais ce qu'il pense « vraiment ». D'ailleurs tout son discours est destiné à vous empêcher de le savoir. Je n'ai jamais rencontré un enfant qui cherche à me convaincre de voter pour lui. Par contre, je reconnais que les hommes politiques ont ceci en commun avec l'enfance qu'ils passent leur temps à répéter : « ce n'est pas moi, c'est lui !».
Est-ce que j'ai épuisé le sujet ?

 Martin Milan manie l'humour noir ; il a une vision assez –très ?- pessimiste de l'Homme... Vous avez été envoyé en Algérie en tant qu'appelé durant la Guerre d'Algérie... Si vous aviez encore des illusions sur l'Homme, vous les avez perdues à ce moment-là ?
CG : Joker.

 Dans certains albums, une certaine spiritualité affleure, l'existence d'un au-delà ("L'ange et le surdoué", la peur d'un vieil homme devant la mort dans "Mille ans pour une agonie", etc.)... Y croyez-vous ?
CG : Je pense que l'homme n'a pas les moyens de comprendre l'essence des choses. Pour ça, il se sert des mathématiques.
Il trouve le boson.
Ce qui n'avance à rien, sur le plan de la compréhension.
La plupart des hommes sur cette Terre ne savent pas lacer convenablement leurs chaussures, quand ils en ont. C'est dire...

 A-t-il toujours eu un ange gardien à ses côtés (cf. "L'ange et le surdoué") ?
CG : Je le souhaite.

 Après avoir été éditée chez Le Lombard, Le Vaisseau d'Argent, Dargaud, la série Martin Milan n'est plus éditée actuellement... Certains tomes sont assez difficiles à trouver aujourd’hui sur le marché. De même, les histoires courtes sont aujourd’hui introuvables. Une intégrale serait-elle envisageable comme pour Le Vagabond des Limbes par exemple ?
CG : Le système du monde de l'édition dans lequel nous sommes actuellement plongés consiste à prendre les dessinateurs comme des Kleenex, dans lesquels on se mouche, et à les jeter dans le caniveau illico sous le prétexte que la boîte (de mouchoirs en papier) est encore pleine. D'où votre question... La BD est un produit de grande consommation. Les libraires ne savent plus où caser les nouveautés au rythme où elles leur arrivent sur les pieds.
Une intégrale pourrait être envisagée en effet. Attention les pieds.


4. Avec Ribera

 Julio Ribera est votre dessinateur fétiche ; vous avez fait le plus grand nombre d'albums avec lui je crois (Le Vagabond des Limbes, Le Grand Manque, Le Grand Scandale, Chroniques de la Vallée des Ghlomes, Le Fils de l'Orfèvre, etc...). Pouvez-vous nous en parler ? Comment l'avez-vous rencontré ?
CG : A Pilote, à l'époque du Pilote-Actualités.

 Julio Ribera m’a annoncé lors d’un festival de BD que Dargaud ne désirait pas éditer la suite du Vagabond des Limbes...
CG : Exact.
 ...alors que vous aviez déjà tous deux mis en chantier la production du prochain album.
CG : Exact. Nous en sommes à la planche 25, peut-être même au-delà.

 Où en sont vos relations à ce sujet avec Dargaud ?
CG : Ils ont trente-et-un albums du Vagabond. Ils considèrent sans doute que publier le trente-deuxième consisterait à sombrer dans la monomanie totale.

 Julio Ribera évoquait une possible reprise de la série par un autre éditeur, et avait même parlé de Bamboo avec qui il a lui-même de très bonnes relations…
CG : Moi aussi j’ai de très bonnes relations avec Bamboo (Les Postiers).

 Dans l’hypothèse (espérée) où la publication du Vagabond des Limbes reprendrait prochainement, comment en voyez-vous l’avenir ?
CG : Si je voyais l'avenir je ferais payer mes services très cher.

 Vous êtes-vous fixé un nombre de tomes maximal ? Avez-vous une fin définitive en tête ? À l’origine de la série, aviez-vous prévu une fin (la quête initiale de Chimeer le laisserait supposer…) ? Si oui qu’est-ce qui vous a fait changer d’avis ?
CG : Lorsque nous avons commencé à travailler sur le Vagabond des Limbes, Julio et moi, il n'était pas anormal d'imaginer une série qui puisse se poursuivre jusqu'à la fin des temps. C'est-à-dire tant que les lecteurs se trouveraient au rendez-vous. Toutes les séries étaient conçues de cette manière, à l'époque. Aujourd'hui, cela paraît insensé. Entre-temps, les libraires (encore eux !) sont devenus tellement sollicités qu'ils ne trouvent plus la place de réapprovisionner leurs bacs sur les séries longues. Exit les séries longues. Que des séries courtes. Désormais, quand on envisage un projet, il faut s'attendre à ce que l'éditeur, avant même d'avoir lu les trois premières lignes, vous dise : « En combien d'albums ? Un album(s) ? Comment ça, deux ? Vous avez dit trois ? Espèce de malpoli ! ». Non, non, je n'exagère pas.

 Le Vagabond des Limbes est au carrefour de plusieurs genres : la SF, l’aventure et l’humour, le tout saupoudré de poésie et d’amour. Vous y abordez toutes sortes de thèmes, des plus graves aux plus futiles, en passant par la philosophie ou la satire du monde moderne. De fait la série peut passer pour décousue, inégale, voire fourre-tout. N’est-elle pas au contraire votre série ultime, celle où vous pouvez tout vous permettre ?
CG : Le Vagabond est une série que j'ai eu la chance de développer longuement. J'en suis vraiment très heureux. Je me suis beaucoup amusé. Julio, moins !

 Pour finir, une question me taraude depuis toujours… : qui préférer, Musky ou Muskie ?!
CG : Un lecteur, un jour, lors d'une séance de dédicaces, m'a demandé des nouvelles de Mouscaille. Je préfère ne pas répondre à cette question.

 Dans l’éventualité d’un changement d’éditeur pour le Vagabond des Limbes, Julio Ribera m’a confié également qu’il espérait trouver une solution pour relancer et terminer la série interrompue (chez Dargaud) Le Grand Scandale ? Est-ce envisageable ? D’actualité ?
CG : Non. Mais cela peut l'être demain. C'est le propre de l'actualité, ça change tous les jours. C'est même un peu fatigant.

 Dans votre excellente série Le Grand Scandale dont le héros est un dessinateur de comic-strips, de nombreux personnages (parfois peu recommandables) sont affublés de noms d’auteurs et d’éditors américains de comics. Comment avez-vous choisi ses homonymies ? Ces clins d’œil avaient-ils un sens particulier ?
CG : Non, aucun sous-entendu caché là-dessous. Autant que je me souvienne (?).

 Dans cette même série le dessinateur de BD, Al Jackson, fait éclater au travers son art (la BD donc) un scandale énorme, dénonçant un complot raciste visant à éradiquer les Noirs... Est-ce finalement votre propre démarche (dénoncer les scandales) dans votre série Oki par exemple ? Quelle influence peut avoir la BD ?
CG : J'ai toujours été effaré par l'influence qu'on peut avoir sur un lecteur, quand il se trouve qu'on s'exprime sur un sujet dans lequel il retrouve ses propres préoccupations. C'est le tribut à payer, si on veut s'exprimer sur autre chose que des histoires de types qui se collent au plafond...
J'ai toujours pensé que la BD n'était pas l'endroit pour faire entendre une voix, pour faire œuvre de sincérité ou d'indignation. Qu'il y a des lieux idoines pour ça, qu'on ne fait pas n'importe quoi n'importe où, sous peine de recevoir une contravention pour avoir laissé traîner ses petites crottes intellectuelles sur la voie publique.
Mais, des fois, ça vous échappe.
Maintenant, pour ce qui est de dénoncer des scandales, autant dénoncer ça qu'autre chose.

 Du coup, vous ne craignez pas des représailles comme ce pauvre Al Jackson ?
CG : Maintenant que vous m'y faites penser, je commence à comprendre...

 Toujours à propos de Julio Ribera, il a sorti une autobiographie en trois tomes chez Bamboo. L’expérience vous tenterait-elle vous-même ?
CG : Julio n'acceptera jamais de faire ma biographie, hélas. Dommage.

 Avec Julio Ribera l’ami de toujours, en-dehors d’un éventuel 32ème tome du Vagabond des Limbes, avez-vous d’autres projets en cours ?
CG : Oui. J'ai par exemple proposé un projet chez un éditeur (que nous appellerons Machin), à partir d'un point de départ qui me paraissait in-con-tour-na-ble, sur lequel j'avais très longuement travaillé, au point d'écrire le roman (200 pages) de la série qui était encore à venir. C'est dire si j'étais inspiré. J'aurais pu en écrire le double, mais je me suis retenu, par correction. Le directeur de collection a mis un an pour le lire. Ce n'est pas un exemple à suivre pour un auteur, et si l'un d'eux me lit, voici le conseil que je lui donne : ne pas dépasser une moitié de page. C'est déjà long, et à la fin de la dernière ligne, vous prenez le risque qu'on ait oublié la première. (Refusé, le projet. Bien fait). Et puis, si on met un an pour lire votre moitié de page, au moins, vous n'aurez pas l'air d'un con.

 Le Grand Manque est une série d’anticipation tout à fait originale. Elle se termine en deux tomes, mais on sent que dans le second tome la narration s’accélère jusqu’à la conclusion. Aviez-vous prévu une série plus longue au départ ?
CG : Oui, j'avais prévu un troisième tome.
 
 Dans le tome "L’Alchimiste Suprême" de la série Le Vagabond des Limbes, vous mettez en scène ni plus ni moins que le Créateur lui-même, et d’une bien originale façon… Alors pour vous, Dieu est-il mort ? Ou en vacances prolongées ?
CG : Il ne me tient pas au courant de ses déplacements. Et, sur ce chapitre (les déplacements), il a de quoi faire, la place ne manque pas. Dieu n'est pas un sujet de préoccupations personnelles. On m'a raconté qu'il avait des élus, et que les autres pouvaient aller se faire cuire. Vous savez où. Ce qui me préoccupe, c'est que, s'il n'existe pas, je me demande qui va se dévouer pour m'annoncer la mauvaise nouvelle, après.

 Vous avez réalisé avec Ribera le premier tome de Je suis un monstre, chez Glénat... 2 enfants décalés qui ont des pouvoirs (de télépathie et de télékinésie) sont plus ou moins abandonnés, dans le contexte de l'occupation allemande en France durant la 2ème guerre mondiale ; on y cache et aide des clandestins à passer la frontière via des catacombes sous la montagne. Dans ce décor et entourés de personnages intrigants (l'oncle qui est très inquiétant, son serviteur agressif, et une sorte de grand benêt), nos deux enfants semblent soudainement s'enfoncer littéralement en enfer... fin du premier tome ! Quid de la suite ?!
CG : Il faut vous faire une raison, vous aussi. La bande dessinée, comme le reste, est tributaire de la société dans laquelle on baigne et qui s'appelle le libéralisme, ou, si vous préférez, les dures lois du marché. Un album de bande dessinée, qui, soit dit entre nous, demande souvent un an de travail, une fois réalisé, doit, tout comme une vulgaire boîte de raviolis ou une escalope de veau élevé en batterie, trouver des acheteurs. Si les acheteurs ne sont pas au rendez-vous, c'est comme dans le paragraphe précédent, vous  ne faites pas partie des zélus. Et vous pouvez accrocher vos instruments de travail dans le placard, avec les balayettes. Les lecteurs viennent souvent trouver les auteurs en séances de dédicaces pour leur dire « Qu'est-ce que vous foutez, espèce de feignasse, et la suite, bordel ? j'attends, moi ! ». Sans se rendre compte qu'ils sont responsables, collectivement.
Je reconnais que la plupart du temps leur langage est plus fleuri. Mais bon, c'est la ligne générale.


5. Avec Clavé

 Avec Florenci Clavé - grand dessinateur espagnol qui a travaillé également avec Guy Vidal - vous avez réalisé 6 ou 7 albums, à commencer par : La bande à Bonnot chez Glénat. Pouvez-vous nous parler de cette collaboration ?
CG : Cela a été une collaboration idyllique. Clavé était un dessinateur d'une habileté exceptionnelle, et son style approchait, selon moi, de la perfection. Aucun descriptif ne semblait le rebuter et il respectait absolument le travail de son coéquipier. En plus, c'était un homme délicieux, modeste, que je respectais beaucoup et qui est parti beaucoup trop tôt.
Je le regrette énormément. Quand il venait à l'atelier, on tombait dans les bras l'un de l'autre. Il n'y a pas de justice.
En plus, je n'ai même pas eu le temps de lui emprunter de l'argent.

 Dans Les Dossiers de l'Archange chez Glénat toujours, il y a plusieurs niveaux de lecture : la réalité matérielle à laquelle se confronte le personnage, le livre qu'il lit et dans lequel les événements futurs de sa vie sont racontés (!), enfin l'histoire racontée au passé à travers les souvenirs qu'a notre "héros" (ou anti-héros ?) sur un lit d'hôpital et dans le coma... Tout cela n'étant peut-être même que son imagination... La narration est donc assez complexe et captivante... Il y a également une interrogation quelque peu "métaphysique" avec la présence de l'Archange, de l'auteur du livre dans lequel le destin du personnage est écrit...
CG : Va pour la métaphysique. Peut-être bien, finalement. J'ai souvent été interpellé, métaphysiquement parlant, par la prédestination. Ou plus exactement par la difficulté qu'il y a pour chacun de nous à échapper à son destin. Je ne crois pas avoir fait une découverte étincelante en prenant en compte combien il était difficile de faire, par exemple, un score intéressant au cent mètres, quand on a un pied bot. Ou un bec de lièvre pour un homme politique qui veut convaincre son auditoire de l'élire au poste de la magistrature suprême. Il est vrai qu'il est plus facile de se faire élire président de la république quand un a un pied bot. Ou deux. Suivez mon regard…
D'où l'importance des gènes, que l'on appelle plus communément « prédestination ». Et tout ça...

 Après le décès de Clavé, votre série commune Le Bras du Démon n’a pas connu de fin. N’avez-vous jamais songé à vous associer à un autre dessinateur pour terminer la série ?
 CG : De nombreux lecteurs m'y ont poussé. Ça m'aurait intéressé. Il faudrait qu'un éditeur ait la même idée.


6. Autres séries

 Chronologiquement, je ne sais pas où se situent : Les Missions de l'agent E-1000 et Le Narcisse d'argent que vous réalisez en tant qu'auteur complet chez Glénat.
CG : Le Narcisse d'argent est la première, toute première histoire longue que j'ai faite à mes tout débuts. Glénat l'a reprise pour en faire, plus tard, un must. Une curiosité. Une bizarrerie. Les Mission de l'Agent É-1000 ont été réalisées au début de Pilote.

 Dans La Jungle en folie, comme dans Pogo de Walt Kelly (y’a-t-il une influence de cette célèbre bande dessinée antérieure à la vôtre ??),
CG : Non.
 Il s'agit d'un univers animalier - anthropomorphique - très satirique (dans "Le monstre du Loque-Néness" par exemple, vous stigmatisez les promoteurs immobilier sans scrupules, la corruption, etc. ; dans "Le fantôme du Bengali", vous décrivez le système économique spéculatif ; etc...). Avec un tigre végétarien, un crocodile poète, ... A la même époque (dans les années 70), il y avait également la série Rififi dans le journal de Tintin qui ressemblait un peu à ça... J'aime beaucoup ces séries ; c'est très mignon, frais, et intelligent. Pouvez-vous nous parler de la création de La Jungle en folie ?
CG : Impossible.
Mic Delinx, qui était avec moi le co-auteur de la série, nous a quittés.
Je suis actuellement en procès avec les ayants droit Houdelinckx, ses filles, pour avoir continué seul la série, comme mon contrat m'y autorisait, et elles m'accusent de « contrefaçon ».
Quelles que soient mes déclarations, du genre  « j'ai beaucoup aimé travailler avec Mic Delinx », elles risquent de se retourner contre moi.

 A propos de héros, dans votre album avec Derib aux dessins : L'homme qui croyait à la Californie chez Le Lombard (histoires parues dans Tintin), vous faites un éloge de vrais héros (de l'Ouest) tels que John Colter dans votre préface : "De la race des héros" (pour les bédéphiles avertis, je signale au passage que l'exploit de John Colter que vous racontez dans la préface est raconté également en BD dans le 3ème ou 4ème épisode du Petit Format : La Route de l'Ouest ! Cela a peut-être été raconté encore ailleurs en BD également ?), des hommes courageux, forts, déterminés, rêvant d'espace et d'aventures...
CG : ...Et qui, malgré leur force et leur détermination, finissent par comprendre que, pour naviguer contre le vent, il vaut mieux faire un détour, et passer un coup de téléphone à sa femme pour annoncer qu'on rentrera en retard.

 Dans ces histoires courtes liées aux hommes de la conquête de l'Ouest, vous avez servi l'univers de Derib (westerns) mais en y apportant votre propre émotion. Comment est née cette idée de collaboration entre vous deux ?
CG : Très simplement. Derib est un homme simple et direct. Moi aussi. On a dû se dire un truc du genre : « on essaie ?... On essaie !».

 Comment L'Homme qui croyait à la Californie a-t-elle été accueillie par les lecteurs du journal ? Il y avait aussi les fameux référendums du journal...
CG : Bien. On me parle souvent de cet album.



(L'interview étant trop longue pour tenir en un seul article, vous pouvez lire la suite dans l'article 208...)

 
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