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Avant de lire les notes que je fais sur les films que je vois et les bd que je lis, sachez que dans mes commentaires il m'arrive parfois de dévoiler les histoires et les intrigues. Ceci dit pour les comics, je n'en parle que quelques mois après leur publication, ce qui laisse le temps de les lire avant de lire mes chroniques.
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31 janvier 2012 2 31 /01 /janvier /2012 08:27

En ce début d’année 2012, est arrivé sur nos écrans Take Shelter de Jeff Nichols, un film indépendant américain qui a fait parler de lui lors de ses passages à Cannes et à Deauville (dont il a raflé le Grand Prix). Si les Nostradamus de tout poil aiment à prédire l’apocalypse pour cette année, et si les cataclysmes en tout genre font souvent recette au cinéma, Take Shelter aborde le sujet sans l’aborder. Car dans ce film il n’est pas tant question de la fin du monde en tant que telle, mais bien de la fin d’un monde, celui de Curtis LaForche.

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Curtis LaForche (Michael Shannon) est un honnête homme tout droit issu de la campagne américaine typique. Trentenaire, marié, père d’une enfant sourde, ouvrier dur à la tâche, il vit dans un petit pavillon modeste mais agréable, roule en pick-up un peu défraîchi et va à la messe en famille le dimanche. On peut le dire, Curtis est un type bien, simple et travailleur, responsable et plein de bonne volonté. Bien sûr il ne roule pas sur l’or mais il ne rechigne pas à la tâche pour parvenir à payer l’opération qui permettra peut-être à sa petite fille Hannah d’entendre. Mais sa vie va basculer. Curtis commence à faire des rêves traumatisants, des cauchemars horribles dans lesquels une énorme tempête s’abat sur sa ville, où les gens deviennent fous et s’en prennent à lui et à sa fille qu’il ne parvient pas à protéger. Et puis petit à petit, tout doucement, les mauvais présages commencent à lui venir aussi en pleine journée. Visions, hallucinations, coups de tonnerre en plein soleil, vols erratiques de nuées d’étourneaux, … Curtis perd peu à peu le contrôle. Pourtant il est quelqu’un de raisonnable, il va voir un médecin, puis consulte une psychologue car il soupçonne dans ses rêves éveillés des signes de maladie mentale. Il faut dire qu’il est en terrain connu, sa propre mère ayant été diagnostiquée schizophrène paranoïde alors qu’il n’avait que dix ans. Mais tout raisonnable qu’il est, les choses qu’il ressent sont d’une telle force qu’il ne peut s’empêcher de s’atteler à la rénovation et l’agrandissement du vieil abri anti-tempête qu’il a au fond de son jardin. Sa femme Samantha (Jessica Chastain) et son ami Dewart (Shea Whigham) sont de plus en plus inquiets pour sa santé, mais Curtis n’en démord pas malgré tout ce que cela va entraîner pour lui : il doit absolument préparer un refuge pour sa famille avant que cette fameuse tempête cataclysmique n’arrive.


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Le thème de Take Shelter et son ambiance sont rudes. On assiste à une lente descente d’un homme dans l’enfer de sa paranoïa. Le réalisateur Jeff Nichols réussit le tour de force de nous plonger dans la psyché de son personnage, en particulier lors des passages relatant les cauchemars de Curtis. Ces scènes sont franchement oppressantes à regarder, et on se retrouve à leur terme dans le même état que le héros, suffocant de peur, à la recherche désespérée de son souffle et d’un retour à la normale. Tous les passages où Curtis voit ses craintes se réaliser sont glaçants d’effroi, et parfaitement maîtrisés par le metteur en scène. D’ailleurs l’auteur parvient à ce point à traduire en image la paranoïa grandissante de Curtis qu’on en vient nous-mêmes parfois à douter. On en vient parfois nous-mêmes à nous demander si par hasard ce n’était pas Curtis qui a raison, s’il n’était pas doué d’un don de prédiction, si quelque chose d’horrible ne va pas finir par s’abattre sur tout le monde. Et on sent si bien à la fois l’isolement du héros et sa peur qu’on se prend presque à espérer que c’est lui qui a raison. D’autant que son obsession à protéger sa famille n’a comme conséquence que d’éloigner ceux qu’il aime de lui. Et pour cause, Curtis se transforme, et devient par moment aussi inquiétant qu’inquiet.

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Si une grande part de la réussite de cette plongée dans la folie tient du talent du réalisateur, il faut également signaler les excellentes prestations des comédiens, Michael Shannon en tête. Je l’avais découvert il y a quelques années dans un film où il tenait déjà le rôle d’un personnage rongé par la folie et la paranoïa (faut dire qu’il a la tête de l’emploi aussi le garçon), Bug de William Friedkin. Mais là où Bug avait échoué selon moi, Take Shelter réussit : on est bel et bien dans la tête du héros et on ressent sa souffrance. Shannon ne surjoue pas, il est en équilibre parfait dans son rôle et est tellement crédible qu’il rend son personnage pourtant aride et introverti extrêmement touchant. Jessica Chastain (que j’ai découverte sur ce film, n’ayant pas encore vu le Tree of Life de Terrence Malick où elle tient un des rôles principaux) quant à elle hérite d’un rôle difficile également, qu’elle interprète avec beaucoup de justesse. La lente dérive de Curtis éveille en Samantha des sentiments très divers mais toujours profonds que l’actrice joue avec talent : la compassion, l’amour, l’inquiétude, la peur, le désespoir, la colère, la résignation... On sent chez cette comédienne une mine de talent brut. Et puis elle est jolie avec ça, avouez que ça ne gâche rien.

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Je ne vais pas dévoiler la fin du film mais je ne peux pas non plus ne rien en dire. Il s’agit d’une fin assez ouverte, qui laissera une place à l’interprétation de chacun, ce que d’aucun trouveront peut-être dommage. Moi-même en ai été au départ un peu déçu, mais finalement après y avoir repensé, je la trouve adéquate et mesurée. Le film aura délivré assez d’éléments et d’indices tout au long de ses deux heures pour vous permettre d’avoir votre propre interprétation au final. Dommage que je ne puisse pas vous livrer la mienne ici, ce serait spoiler une partie du film et puis il vaut toujours mieux se faire sa propre opinion seul, n’est-ce pas ?
En tout cas je recommande Take Shelter, formellement très réussi, avec des acteurs criants de vérité, et une mise en scène aboutie et maîtrisée. Si le thème ne vous fait pas peur n’hésitez pas, vous aurez toujours bien le temps de voir une comédie une autre fois (car Serge Benamou et ses potes arrivent à grands pas…).

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