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Avant de lire les notes que je fais sur les films que je vois et les bd que je lis, sachez que dans mes commentaires il m'arrive parfois de dévoiler les histoires et les intrigues. Ceci dit pour les comics, je n'en parle que quelques mois après leur publication, ce qui laisse le temps de les lire avant de lire mes chroniques.
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16 juin 2010 3 16 /06 /juin /2010 07:15

Après les comics, après les séries télévisées et après les adaptations au cinéma, voici venir l’univers des super-héros dans le monde de la littérature par l’intermédiaire de ce roman de Austin Grossman, Un jour je serai invincible (chez Calmann-Lévy). Oh il y avait bien eu ici ou là des novélisations de super-héros, chez Marvel en particulier (le scénariste Peter David en a signé un certain nombre parmi les plus connues) mais rien qui ne dépasse l’adaptation de héros pré-existants et pour un public-cible essentiellement composé de jeunes lecteurs et d’amateurs de comics. Ici c’est un peu différent. Les héros mis en scène ne sont pas des reprises de personnages des grandes firmes (bien que la plupart soient très identifiables à des personnages existants chez Marvel et DC), le public visé est a priori adulte et si l’auteur s’amuse à jouer avec des codes et clichés bien connus des lecteurs de comics c’est pour mieux les détourner, parfois s’en moquer et en permanence montrer l’envers du décor.

Le roman est scindé en deux parties où l’on peut suivre en parallèle deux personnages.
D’un côté on a le Docteur Impossible, l’homme le plus intelligent du monde et aussi le plus grand super-vilain de l’histoire, qui compte bien s’emparer de la planète et imposer sa domination (bien qu’il ait déjà à son actif plusieurs tentatives, qui se sont toutes soldées par un échec jusqu’ici). Le Docteur Impossible est incarcéré dans une prison de haute sécurité, mais son esprit génial a déjà échafaudé un plan machiavélique pour s’échapper et conquérir le monde, et cette fois-ci, il en est persuadé, il a pensé à tout et rien ne l’arrêtera, pas même l’équipe de super-héros à laquelle il se heurte toujours, les Champions, qui ont à leur tête sa Némésis, Corefire (qui est clairement un avatar du Superman de DC). Surtout depuis que Corefire a mystérieusement disparu et ne donne plus signe de vie. Est-ce le premier acte du plan diabolique du Docteur Impossible ?
De l’autre côté on suit Fatale, une jeune femme qui à la suite d’un terrible accident a été totalement recomposée et est devenue une cyborg faite de chair, mais surtout de beaucoup de métal, de plastique et de silicone. Plus proche du char d’assaut ultra-sophistiqué que de la femme, elle a perdu tout souvenir de son existence passée et se consacre à devenir une super-héroïne digne de ce nom, ce qui semble enfin lui sourire puisqu’elle est sélectionnée pour devenir le nouveau membre de l’équipe des Champions, l’élite parmi les super-héros. Mais l’intégration au sein du groupe n’est pas aussi simple qu’on pourrait le penser : derrière la façade publique, les Champions ne sont qu’une addition incontrôlable d’égos surdimensionnés, depuis le sombre BlackWolf (l’équivalent de Batman) en passant par la belle Damoiselle (une version hyper-sexy et froide de Wonder-Woman) ou encore le bestial Feral (un mélange de Wolverine et Black Panther). Fatale va devoir faire ses preuves auprès de ses glorieux aînés, mais aussi abandonner ses illusions quant à leur prétendue perfection…

Pour tout amateur de super-héros, on n’a là rien de très original, et si comme moi vous êtes un habitué de ces univers bariolés de types en capes et en collants qui se frittent à grands coups de rayons laser et de pouvoirs surhumains vous serez en terrain connu et ultra-balisé. À ceci près que l’auteur traite tout celà d’un œil malicieux, en prenant le recul nécessaire pour apporter le second degré indispensable à ne pas tomber ni dans la caricature grossière, ni dans le ridicule affligeant. Le ton est résolument adulte, ne vous méprenez pas sur les intentions de Austin Grossman, il n’est pas là pour servir la soupe à des idôles pour adolescents attardés. L’univers qu’il décrit est certes enraciné dans les poncifs habituels de ce genre particulier que sont les histoires de super-héros, mais l’auteur sait parfaitement bien contourner ces dits poncifs pour y accoler sa lecture personnelle des mythes modernes que sont les encapés à super-pouvoirs. Il s’en moque parfois, montre l’envers du décor, met ses personnages dans des situations dans lesquelles il n’est pas coutumier de les voir, et surtout nous invite dans la tête de ses deux héros principaux, la jeune héroïne et le méchant mégalo en nous faisant partager leurs pensées, leurs doutes et leurs réflexions. C’est d’ailleurs en se plaçant depuis ce point de vue que Grossman parvient à tirer son épingle du jeu et évite ce qui aurait très vite pu basculer dans le grand-guignol. Il parvient à insuffler ainsi dans son récit une dose d’autodérision et d’humour, mais aussi de sensibilité voire même parfois de tendresse qui rend ses personnages attachants. À ce titre d’ailleurs c’est bien évidemment le Docteur Impossible qui est le personnage le plus abouti (comme souvent, le plus intéressant reste toujours le méchant d’une histoire), oscillant sans cesse entre traits de génie et poisse du loser, il est à la fois involontairement très drôle, parfaitement cruel et intellectuellement enthousiasmant. On se prend presque par moments à espérer qu’il parvienne enfin à ses fins tant on ressent son désir mêlé de besoin d’y arriver.

Cela étant dit, si je me suis bien amusé à la lecture de ce roman qui sort des sentiers battus de la littérature dite « sérieuse » et qui se permet de mettre les pieds dans l’univers souvent mal considéré des super-héros, je ne crie pas non plus au chef d’œuvre ni à l’ouvrage révolutionnaire. J’ai du mal également à faire la comparaison (que l’éditeur met lui-même en avant dans sa présentation du livre) avec les fameux Watchmen de Alan Moore et Dave Gibbons.

Je me permets un petit aparté d’ailleurs à ce sujet… parce que j’en ai un peu ma claque que dès que le thème des super-héros est traité un tant soit peu sur un ton adulte et avec un peu plus de recul que ce qui était fait spécifiquement pour les gamins dans les années 60 on le compare à Watchmen. D’accord c’est le mètre-étalon en la matière, d’accord c’est une œuvre majeure du genre et elle a durablement marqué l’univers super-héroïque, mais sans vouloir nier toutes ses qualités il faudrait un peu arrêter de l’invoquer à la moindre occasion. Ok pour le phénomène de mode, ça fait certainement un peu hype de le citer à tour de bras et puis ça donne l’impression de s’y connaître et d’être cultivé en la matière tout en gardant un vernis sérieux en parlant de gugusses en collants, mais depuis Watchmen (et déjà avant Watchmen du reste) il y a eu un nombre incalculable de comics qui traitent des super-héros sur un ton adulte, réfléchi et sérieux. Je dirais presque que ce sont les comics « basiques », à la façon Stan Lee et compagnie qui sont devenus la minorité, en tout cas qui ont été tant dévalorisés et ringardisés qu’on n’en voit plus beaucoup. Bref tout ça pour dire que j’adore Watchmen, mais que ça me saoule qu’on compare toujours tout à l’œuvre de Moore & Gibbons (avec bien entendu la plupart du temps le commentaire assassin et qui fait genre « je m’y connais » qui souligne que quand même « c’est pas du niveau d’un Watchmen », une façon à la fois de dire je connais Watchmen c’est une référence absolue et en même temps de se trouver une légitimité à être condescendant envers tous les autres comics parce que malgré tout c’est pas bien sérieux toutes ces histoires de super-héros pour boutonneux débiles et là il faut que j’arrête cette phrase parce qu’elle devient vraiment trop longue et vous avez besoin de reprendre votre souffle). Voilà, fin de l’aparté dont tout le monde se fiche.

J’en reviens donc à la comparaison faite entre Un jour je serai invincible et Watchmen. Pour moi elle n’a pas lieu d’être. Les deux œuvres s’inscrivent dans une lecture adulte du mythe des super-héros, et la comparaison s’arrête là à mes yeux. Le ton n’est pas le même, le traitement est différent, la finalité du discours diverge, on ne parle même pas de la forme… donc pour moi ça n’est pas vraiment pertinent comme comparaison. En revanche c’est certainement un bon argument de vente…

Alors à qui ce bouquin peut-il plaire ? a priori je dirais à tout le monde, bien que les allergiques patentés aux super-héros y resteront à coup sûr insensibles. A contrario, les fans de comics seront quant à eux forcément déjà un peu conquis d’avance. Reste tous les autres ! Alors si vous n’êtes ni pro ni anti super-héros, mais que vous êtes un peu curieux et ouvert à de nouvelles expériences (euh… on parle littérature là hein je le rappelle !), et si vous avez envie d’une lecture divertissante et qui ne se prend pas trop au sérieux, tentez votre chance avec Un jour je serai invincible, vous pourriez bien être agréablement surpris.

253 un jour je serai invincible

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commentaires

pierig 16/06/2010 12:02



Je le note car ça pourrait m'intéresser ! Pour l'instant je lis un bouquin (eh oui, ce n'est pas une bd!) qui traite des erreurs de la science depuis Aristote et Platon. :)



Stéph 23/06/2010 09:20



En comparaison avec ce que tu lis je pense que Un jour je serai invincible est une lecture beaucoup plus légère, ... presque de la BD !