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Avant de lire les notes que je fais sur les films que je vois et les bd que je lis, sachez que dans mes commentaires il m'arrive parfois de dévoiler les histoires et les intrigues. Ceci dit pour les comics, je n'en parle que quelques mois après leur publication, ce qui laisse le temps de les lire avant de lire mes chroniques.
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17 juin 2019 1 17 /06 /juin /2019 07:58

Alors pour ce livre, c’est très clairement le bandeau rouge de la couverture qui m’a convaincu en une seule formule de me lancer dans sa lecture. « La Vierge m’est apparue le 1er avril 2008. La date était mal choisie. »

Voilà typiquement le genre d’humour sobre, référencé, tout en retenue et pourtant bien balancé qui m’attire et que j’aime.

Et pour le coup je n’ai pas été déçu, puisque cet humour-là, Antoine Sénanque le maîtrise à la perfection. Mais j’y reviendrai, d’abord le pitch.

 

C’est donc un 1er avril que Pierre Mourange, vétérinaire de 51 ans, veuf depuis dix ans, a une apparition de la Vierge. Il est catholique certes, mais pas du tout pratiquant, et encore moins enclin aux bondieuseries. Pourtant c’est arrivé. À lui. C’est un fait, Pierre, plutôt incrédule de nature, ne se pose pourtant pas trop de question sur la véracité de ce qu’il a vu. Non, ce qu’il se demande, c’est « pourquoi moi ? ». Car Marie ne lui a rien dit, elle s’est contentée de lui apparaître... Il s’en ouvre à son frère cardiologue et sa belle-sœur écolo, à son médecin qui persiste à l’appeler « monsieur Morange », à ses amis Tû Minh vétérinaire lui aussi et Félix bistrotier qui ont tous deux l’art et la manière d’asséner leurs pensées avec franchise et sans filtre. Les avis divergent et Pierre reste dans le flou. C’est donc auprès du père Baugin qu’il va chercher de l’aide. À son contact il va également rencontrer Mariette, paroissienne atteinte d’une maladie dégénérative qui pratique une médecine artisanale à l’ancienne et surtout possède un moral à toute épreuve. Pressé de consulter un psychiatre par son frère, c’est dans son cabinet qu’il fera la connaissance de la jeune Mathilde, anorexique de 17 ans avec laquelle il va sympathiser. Enfin, il demande son avis à son père, un vieil historien de 91 ans dans une maison de retraite, qui attend la mort avec lucidité…

 

Voilà, je préfère en rester là et ne pas trop en dévoiler. Salut Marie* est un roman assez court (environ 240 pages) et pourtant Antoine Sénanque y insuffle beaucoup de choses ! De nombreux personnages, tous intéressants et attachants, de nombreux thèmes abordés (le deuil, la mort, la maladie, la solitude, la croyance, la religion, l’amour, l’amitié, le bonheur,…), des situations quelques peu burlesques par moment, le tout saupoudré d’un humour qui fait mouche.

Cet humour donc est particulier, il a une touche tellement personnelle qu’on le reconnaîtrait entre mille… C’est, si je devais le définir, un humour triste ! Non pas entièrement noir, pas plus vraiment cynique, mais décalé dans sa façon de venir se poser sur des événements graves et plutôt sombres au premier degré. C’est un humour empreint de mélancolie. Un peu comme ces fous rires qui peuvent vous emporter dans des moments complètement inappropriés, une réaction involontaire et fermement opposée à la tristesse qui l’engendre… En ce sens cet humour est fin, précis, j’ai envie de dire « classe »… ce qui ne l’empêche pas de viser juste et d’être puissant. On le sent de manière diffuse dans les dialogues, les caractères des personnages, les traits de réflexion inattendus. Cela apaise la lecture qui sinon pourrait se trouver parfois plombée par trop de lourdeur dans l’ambiance et dans les faits relatés. L’humour dans Salut Marie est salvateur et assume un double-rôle : celui de faire rire bien entendu, mais aussi et j’allais dire surtout, de plaquer au récit une forme de douceur mélancolique du meilleur effet.

 

La douceur, c’est très certainement la seconde spécificité que je retiendrai de ce texte. Comme je le disais plus haut, des thèmes parmi les plus durs sont abordés, cependant le ton qui est utilisé pour ce faire est marqué du sceau de la douceur, et c’est à la fois étonnant car inattendu mais aussi vraiment bienvenu. Désamorcer la douleur par la douceur, encore une fois j’ai envie de dire que c’est « classe ». Et surtout ça n’est pas donné à tout le monde d’y parvenir. Antoine Sénanque fait plus qu’y parvenir, il en fait tout simplement le trait caractéristique de son écriture. Chose d’autant plus appréciable que la douceur n’empêche à aucun moment les mots d’être dits avec force, le sens souligné avec puissance, et les situations décrites sans être dénaturées de leur violence ou de leur âpreté.

Beau tour de force d’écriture…

 

Enfin j’ai envie également de parler des personnages, qui parfois en quelques mots, en de courtes et simples phrases descriptives, sont brossés sans être caricaturaux. Une caractérisation très efficace et qui fait quasi instantanément aimer les personnages, aussi bizarres ou originaux puissent-ils être. Dans ce roman, celui qui m’aura le plus plu, étonné et fait rire est indiscutablement l’ami véto de Pierre, Tû Minh. Peu loquace, quand il parle ce n’est pas pour rien dire, il est doté d’un humour pince sans rire et d’une vision de la vie très originale. Dans le milieu vétérinaire, « son traitement par l’acupuncture de l’agitation nocturne du hamster fait autorité ». Et il développe une thèse sur les tendances suicidaires chez les animaux, en particuliers chez les moucherons. Bref, typiquement le genre de perso qui me botte !

 

Et puis pour finir, même s’il ne s’agit que de thèmes abordés par petites touches ci-et-là au cours du roman, j’ai beaucoup aimé et été touché par ce que le héros dit de sa relation débordante d’amour et d’affection avec sa grand-mère d’une part et à sa relation un peu plus sensible et compliquée avec son père. Mais c’est parce que le sujet de la filiation me parle tout particulièrement.

 

Alors en conclusion voici ce que je retiens et ai envie de partager sur Salut Marie d’Antoine Sénanque : c’est drôle, c’est léger et profond à la fois, c’est sensible, c’est concis et fluide, ça se lit avec gourmandise et on est presque déçu d’en arriver déjà à la fin aussi rapidement. Quant à moi ma sentence est claire : je lirai sans aucun doute d’autres textes de cet écrivain.

* selon l’édition vous trouverez ce roman aussi sous le titre Salut Marie ! Avec le « ! » qui change tout !!

 

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