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Avant de lire les notes que je fais sur les films que je vois et les bd que je lis, sachez que dans mes commentaires il m'arrive parfois de dévoiler les histoires et les intrigues. Ceci dit pour les comics, je n'en parle que quelques mois après leur publication, ce qui laisse le temps de les lire avant de lire mes chroniques.
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26 décembre 2018 3 26 /12 /décembre /2018 10:00

Avec La nuit des temps, je fais ma troisième incursion dans l’univers de René Barjavel. Mon premier essai avec L’Enchanteur avait été un flop, ma deuxième tentative avec Le voyageur imprudent s’était révélée plus positive sans pour autant éveiller un enthousiasme débridé de ma part (c’était en 2010 déjà...). C’est donc avec l’un de ses incontournables les plus plébiscités que j’ai enchaîné. Ah je sens que le suspense monte et devient intolérable. La horde en furie des lecteurs de mon blog (mais si mais si) qui a été tenue en haleine pendant ces huit dernières années sans avoir de réponse à cette question cruciale restée en suspens, n’en peut plus d’attendre.

Eh bien mes amis, mes lecteurs, ma horde en furie, aujourd’hui vous allez être délivrés de cette cruelle incertitude. Ça valait le coup d’attendre non ?

 

Mais d’abord… voyons voir de quoi ça cause.

Antarctique. Des chercheurs français font une découverte incroyable. À près de 1000 mètres sous la glace qui recouvre le continent, un signal est détecté par les appareils sondeurs. Pourtant à cette profondeur, quoi que ce soit, cela date d’environ 900 000 ans… Dès lors pour percer le mystère (et la couche conséquente de glace qui les sépare du signal), une mission internationale inédite est mise en place, qui voit toutes les nations coopérer. Arrivé à la source du signal, on découvre l’incroyable, l’impensable : des vestiges d’une civilisation ancienne et très avancée scientifiquement. Et parmi ces vestiges, deux corps, un homme et une femme, sont placés en animation suspendue, prêts à être sortis de leur léthargie. Les scientifiques décident alors de réveiller la femme…

 

… et je vais m’arrêter là pour le résumé, histoire de ne pas tout dévoiler à qui voudrait le découvrir de lui-même en se lançant dans la lecture de ce roman.

 

Alors évidemment, là on tape en plein thème SF, exactement du genre de ceux que j’affectionne (comme c’était déjà le cas pour Le voyageur imprudent). Mais l’auteur déborde très largement de ce qu’on pourrait considérer être les frontières du genre. En effet, les trois angles principaux sous lesquels le récit est abordé sont très différents et complémentaires. Tout d’abord il y a le présent, la collaboration entre scientifiques du monde entier, l’exploration, les questionnements qui sont soulevés, les problèmes techniques et leurs résolutions, la découverte et ses répercussions. Là on est en plein récit SF, et j’aime beaucoup. Mais il y a aussi le passé, puisque par flashbacks interposés, Barjavel nous raconte comment cette civilisation si ancienne et avancée en est arrivée à disparaître. Cette partie lorgne un peu vers le conte, la légende, le mythe. Et puis il y a la partie intimiste, celle qui met en avant les sentiments des protagonistes et en particulier de deux d’entre eux, les principaux : le Docteur Simon, l’un des dirigeants français de l’expédition polaire, et Elea, la femme en animation suspendue qui va être réveillée par les scientifiques qui l’ont trouvée sous la glace. Et là pour le coup on est en plein roman à l’eau de rose, grand-amour et passion dévorante en sont les principaux ingrédients. J’avoue que cette partie m’a un peu plus posé de problèmes que les deux autres…

 

J’ai ressenti des sentiments contradictoires et ambivalents à la lecture de ce roman. Autant j’ai été dès le départ intrigué par l’histoire, j’ai voulu tout du long de ma lecture en savoir plus, autant certains aspects du récit m’ont fait tiquer, voire m’ont déstabilisé. Tout d’abord, ce livre a été écrit en 1968, et il est terriblement ancré dans cette période. Même sans connaître sa date de parution, on pourrait deviner aisément de quand il date. La confrontation entre bloc de l’Est et Occident, ce parfum de guerre froide omniprésent, l’arme solaire développée par le Gondawa et l’Enisoraï qui rappelle furieusement la peur de l’arme nucléaire née dans les années 50, les manifestations d’étudiants pour la paix qui ne sont pas sans lien avec les revendications pacifistes contre la guerre du Vietnam et le mouvement de Mai 68 en France… Barjavel a clairement introduit dans son roman beaucoup d’éléments d’actualité de la fin des années 60. Forcément quand on le lit aujourd’hui, on ne peut s’empêcher d’y voir ces références un peu datées. Et le décalage avec la situation géopolitique d’aujourd’hui. Si rapprochement on devait faire, ce serait ironiquement plutôt entre notre actualité et les faits relatés dans le lointain passé imaginaire d’il y a 900 000 ans…

En soi cet ancrage dans les années 60 n’est pas bien grave, cela dit il entame tout de même l’idée de modernisme du roman. Ce qui est toujours un peu dommage quand il s’agit de SF qui ne se veut pas ouvertement uchronique…

 

La partie du récit consacrée à ce qui se passe il y a 900 000 ans est à la fois intéressante et frustrante. Intéressante car l’idée est bonne et l’envie d’en savoir plus immense, mais frustrante car elle aurait mérité bien plus de développement, de détails, de complexité. Le roman est d’une taille moyenne, ce qui fait que Barjavel ne rentre pas trop dans de tels détails. Ce sont pourtant justement ce type de détails qui sont d’une importance cruciale pour dépasser le stade du conte et rendre le récit réel, crédible, vrai. Durant toute la partie dédiée aux gondas et aux enisors, je n’ai pas pu me détacher de cette impression que l’auteur nous racontait une légende plutôt que des faits historiques. Et ça m’a retenu, et clairement freiné dans l’envie pourtant réelle que j’avais de pleinement entrer dans le récit.

 

Et ce n’est pas la partie sentimentale qui m’en aura convaincu, bien au contraire. C’est certainement à mes yeux la partie la plus faible du roman. L’histoire d’amour impossible entre Elea et Païkan qui se veut un peu artificielle dans son déroulement et son dénouement, penche très ostensiblement vers les histoires d’amours maudits à la Roméo et Juliette ou Tristan et Yseult. Autant le dire de suite, ça n’est pas ma tasse de thé. C’est simple, moi si vous voulez me prendre par les sentiments, vous me parlez de Marv qui se retrouve accusé du meurtre de Goldie dans Sin City – The Hard Goodbye, et là je pourrais bien lâcher une petite larme pour cette brute de Marv qui se sacrifie pour trouver le véritable coupable. Mais Roméo et Juliette, comment dire… un peu trop premier degré, un peu trop gentillet et naïf, enfin bref non quoi. Du coup l’effet Elea & Païkan c’est un peu la même chose pour moi, ça tient plutôt du repoussoir. Quant à l’amour contrarié de Simon et Elea on est un peu dans le même genre de limonade, à ceci prêt que là on se situe plus dans l’hypocrisie que dans la naïveté. Elea est la femme parfaite, des pieds à la tête elle est la quintessence de la féminité. En gros c’est Natascha McElhone. Ou Monica Bellucci si vous kiffez l’accent italien. Et le père Simon il en tombe follement amoureux au premier regard, alors même qu’elle est encore toute pétrifiée dans son sarcophage d’hélium solide. Mais amoureux à un point que vous n’imaginez pas. Sauf que tu ne tombes pas amoureux d’une poupée de cire momifiée aux mensurations parfaites. Non, désolé. Tu peux la trouver belle à crever, oui, mais dans ce cas-là, avec un tout petit peu de bonne foi, tu vas dire que tu la désires plus que tout, que tu vendrais un rein et te crèverais un œil pour l’avoir dans ton lit et lui faire des trucs interdits aux moins de 18 ans, mais t’es gentil tu nous serines pas avec l’amour. L’amour je veux bien, mais plus tard quand tu la connaîtras un peu, au moins après avoir échangé quelques mots quoi (eh ben oui, imagine la nana over-sexy mais qui sort niaiserie sur niaiserie en parlant avec une voix de canard*, t’auras l’air bien con avec ton amour fou du coup). Là tout de suite sur le moment, c’est les hormones qui parlent, pas le coeur. Soyons honnêtes. Nan mais sans déconner…

Entendons-nous bien : je ne jette pas la pierre à Simon, du tout. Mais qu’il ne nous prenne pas pour des jambons, c’est tout.

 

Donc voilà, grosso-modo, ce que j’ai envie de vous dire sur La nuit des temps de Barjavel.

J’ai peut-être pris un peu de temps pour vous expliquer ce qui m’a gêné dans cette histoire mais ne vous méprenez pas, j’ai plutôt trouvé l’histoire intéressante dans son ensemble. Mais encore une fois, Aïe caramba, je n’ai pas été complètement convaincu par le talent de Barjavel. Et si je me remémore mes deux précédentes tentatives, je me demande si peut-être, par hasard, je ne serais pas un poil trop vieux ? Pas pour le lire, mais pour le découvrir. Et que du coup la magie opère moins, que je vois autant les aspects positifs que ceux négatifs dans son écriture. Si vous avez un avis là-dessus, n’hésitez pas à l’exprimer !!

* et là je paie des frites à celui ou celle qui me dira d’où sort cette référence nasillarde, en plus d’obtenir toute mon estime éternelle. Bon ma frangine a le droit de répondre si personne ne se manifeste sous 3 jours, parce que elle, je suis sûr qu’elle sait**.

 

** normal, c’est ma frangine.

 

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