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Avant de lire les notes que je fais sur les films que je vois et les bd que je lis, sachez que dans mes commentaires il m'arrive parfois de dévoiler les histoires et les intrigues. Ceci dit pour les comics, je n'en parle que quelques mois après leur publication, ce qui laisse le temps de les lire avant de lire mes chroniques.
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7 avril 2010 3 07 /04 /avril /2010 16:33

Unité de temps : pas de date précise, dans un avenir pas trop lointain, quelques années après un cataclysme mondial, peut-être de type nucléaire mais sans qu’on en sache plus à ce sujet.
Unité de lieu : nord des États-Unis, côte Pacifique, un monde dévasté d’où quasiment toute vie a disparu. Un monde gris, recouvert de cendres et de poussière, un monde où le soleil a disparu derrière les nuages, un monde où le froid, la pluie et l’obscurité sont le quotidien des rares survivants.

Un homme et son fils marchent vers le sud avec l’espoir fragile de trouver un endroit plus propice à la survie dans un monde devenu totalement froid et stérile. Ils suivent le ruban d’asphalte de la route, avec pour seuls bagages ce qu’ils ont trouvé en chemin et entassé dans leur chariot de supermarché et dans leurs sacs à dos. Ils évitent soigneusement les villes qu’ils trouvent sur leur itinéraire : l’état du monde est tel qu’il vaut mieux fuir les éventuels survivants qu’on pourrait croiser… sous peine de risquer de se faire voler, dépouiller, tuer voire même… manger…

L’enfant n’a jamais connu le monde autrement que tel qu’il est, et son père fait de son mieux pour le protéger et l’élever tout en lui inculquant les valeurs d’une humanité disparue et d’un monde révolu. À la poursuite d’un rêve, d’un paradis perdu, le père et son petit garçon avancent lentement, péniblement, vers le sud et l’océan. Il y fera peut-être plus chaud. Ils y trouveront peut-être de quoi subsister. Il y aura peut-être des gens « gentils » dont on n’aura pas à se méfier. Car la survie a ceci de cruel qu’ils souffrent de solitude mais que la prudence et la méfiance leur interdisent tout contact avec d’autres êtres humains. Se cacher pour ne pas être tué…

 La Route c’est un court roman de Cormac McCarthy qui se lit assez vite, mais pas pour autant facilement. Cela faisait bien longtemps que je n’avais pas été à ce point touché par un bouquin. Le récit est froid et dur. Pour illustrer mon propos sachez par exemple que jamais dans le livre les deux personnages principaux ne sont désignés autrement que par « l’homme » et « l’enfant » ou « le petit ». On ne connaît ni leur nom ni leurs prénoms, ce qui accentue encore la dureté du récit. Car ce qui m’a bouleversé dans le roman de McCarthy c’est ce désespoir total et définitif dont est faite la vie des survivants. L’homme et l’enfant vont au sud et le père sait bien que c’est sans espoir. Qu’ils n’ont quasiment aucune chance d’y parvenir, et que si par miracle ils y arrivaient quand même, ils y trouveraient la même désolation que partout ailleurs. Mais il se refuse à sacrifier l’espoir qui anime son petit garçon, il maintient l’illusion pour son enfant. Et aussi pour ne pas succomber à la tentation d’en finir en mettant lui-même fin à leurs jours.
 La Route c’est réellement l’esprit de l’homme confronté à la survie dans son incarnation la plus totale. Jusqu’où peut-on tenir ? Jusqu’à quelle extrémité peut-on aller pour survivre ? Et que deviennent nos valeurs dans un contexte aussi désespéré ? La morale, la conscience, le bien, le mal…  tous ces concepts sont autant malmenés que les corps…
À quel moment bascule-t-on, la survie peut-elle nous faire abandonner notre humanité et nous transformer en animaux ?

Au-delà d’un périple où le père et son enfant sont en perpétuelle lutte pour ne pas mourir de faim, de froid et de fatigue, le danger est tout aussi grand pour eux de perdre leur identité, leur sensibilité, leur âme au sens spirituel et non-religieux du terme…

À plusieurs reprises au cours de ma lecture j’ai dû m’arrêter. Pour souffler. Pour me ressaisir tellement le récit m’a profondément touché et ému. Tant l’auteur m’a fait vaciller sur mes certitudes et mis face à l’horreur la plus absolue en me faisant me demander « et moi que ferais-je… et surtout aurais-je la force de le faire ? ».
Le cas est suffisamment rare pour que je le dise sans honte, ce bouquin m’a fait monter les larmes aux yeux plus d’une fois.
 La Route est assurément très dur à lire sur le plan émotionnel, mais il fait partie à mon sens de ces livres indispensables, cultes, un de ceux qui vous construisent.

Évidemment les âmes sensibles vont être mises à mal. Les autres aussi.
Peu importe, lisez La Route.

240 la route

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commentaires

myriam 20/05/2010 21:53



Euh, mais pas tout de suite alors, je viens de finir "D'autres vies que la mienne " de Carrère !



Stéph 21/05/2010 14:20



En tout cas La Route fait partie des 3 romans que je retiens parmi tous les autres en 2009. Lecture éprouvante, mais dans le bon sens (si si je t'assure)



gloups 19/04/2010 14:53



Un chef-d'oeuvre, assurément !



Stéph 20/04/2010 07:35



Difficile de faire plus concis !! mais je suis d'accord.



Spooky 07/04/2010 22:49



Je confirme, c'est un livre d'une très grande force, de ceux que vous ne pourrez jamais oublier. Si tu lis mon avis sur mon blog, tu verras que j'en dis quasiment les mêmes choses.


Le film est à voir également, même s'il ne va pas aussi loin dans la noirceur. Viggo mortensen y est prodigieux, il porte d'ailleurs le film en grande partie sur ses épaules.



Stéph 08/04/2010 09:32



Ah mais je suis attentivement tes blogs Spooky, j'avais juste évité de lire ta critique pour ne pas qu'elle influence la mienne, car j'avais déjà dans l'idée de le chroniquer ici dès lors que
j'avais lu le bouquin voici un an déjà...


J'ai vu le film également, que j'ai beaucoup apprécié et qui ménage quelques moments très durs lui aussi. Mortensen est (comme d'hab) très bon, j'ai pour ma part aimé cette adaptation ciné. Mais
c'est évident que les mots de McCarthy ont infiniment plus de force et de percussion que les images du film, on est bien d'accord.