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  • : Moleskine et Moi
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Avant de lire les notes que je fais sur les films que je vois et les bd que je lis, sachez que dans mes commentaires il m'arrive parfois de dévoiler les histoires et les intrigues. Ceci dit pour les comics, je n'en parle que quelques mois après leur publication, ce qui laisse le temps de les lire avant de lire mes chroniques.
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Série(s) en cours

22 avril 2024 1 22 /04 /avril /2024 14:34

Quelques assonances avec le son « O » proposées par le groupe :

Moto – Poteau – Orthographe – Tomographie – Morceau – Photo – Auto – Loto – Osmose – Hologramme – Coteau – Proposition

Consigne 1 : Écrire un court texte employant tous les mots proposés.

Entre les pilotes de motos et les pilotes d’autos, ce n’était pas l’osmose ! À la course des coteaux il n’y avait d’ailleurs pas eu photo… évidemment les motos avaient remporté le morceau ! Il en eut peut-être été autrement s’il s’était agi d’un concours d’orthographe… Un « l » ou deux à hologramme ? « Au » ou « O » à tomographie ? D’ailleurs qu’est-ce que ça veut dire « tomographie » ? Enfin bon peu importe… ils avaient accepté la proposition et perdu leur pari, ils auraient aussi bien pu jouer au loto… Mais au moins ils s’étaient fait quelques poteaux au passage…

Consigne 2 : Écrire un court texte sous forme de lipogramme, dont le thème est la cuisine et « O » constitue le son interdit.

Faire la cuisine, ça n’a jamais été mon truc. Trouver des idées de repas, faire des listes d’aliments, suivre une recette, non vraiment, je n’aime pas ça.

Peut-être est-ce dû à mon manque d’imagination ? Certains diraient qu’il y a une part de fainéantise là-dedans, ou même de m’enfoutisme ? Je vous assure que non !

Car si cuisiner m’a toujours ennuyé, manger est une de mes passions ! Un pêché-mignon…

Et en cuisine, à l’exception de la faire, j’aime tout : légumes croustillants, viandes délicieuses, poissons surprenants… sans parler des desserts : le sucre a toujours été l’un de mes meilleurs amis, un ami d’enfance qui ne m’a jamais quitté !

Et quant à faire un choix entre dessert et camemberts, pour moi la question n’a pas de sens : c’est les deux évidemment !

En revanche pour accompagner tout ça, je ferai l’impasse sur le vin, je m’en excuse, mais ce sera de l’… ah non pardon, c’est vrai on n’a pas le droit ! Bon eh bien du vin dans ce cas, puisque vous insistez...

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7 mars 2024 4 07 /03 /mars /2024 16:42

Mon père est né le 28 mars 1949. C’était un lundi. Il est mort le 19 février 1998. C’était un jeudi. Il a vécu 17 860 jours.

 

Je suis né le 14 avril 1975. Un lundi. Nous sommes aujourd’hui le jeudi 07 mars 2024. Il s’est passé exactement 17 860 jours depuis ma naissance.

 

À partir d’aujourd’hui, je serai plus vieux que mon père ne l’a jamais été. C’est quelque chose que je n’avais jamais imaginé arriver. Et pourtant, nous y sommes. J’y suis. C’est assez vertigineux.

 

Je n’arrive pas à savoir avec certitude quoi en penser. Quoi ressentir vis-à-vis de cette information, si ce n’est de la surprise.

 

Au moment de sa mort, alors que j’avais 22 ans largement révolus, jamais je n’aurais parié en arriver là un jour. Cela ne m’était tout bonnement pas concevable. C’était il y a 26 ans. Déjà. J’ai vécu bien plus longtemps sans mon père qu’avec lui.

 

Affirmer que j’ai pensé à lui chaque jour sans exception de ces 26 dernières années écoulées serait certainement mentir. En revanche, il m’a accompagné sans cesse pendant tout ce temps. Avant tout, en tant que modèle. Comme point de comparaison. Rarement en ma faveur d’ailleurs, mais ça c’est un détail qui n’intéresse que moi. Il est devenu d’autant plus une image de référence pour moi à partir du moment où je suis devenu moi-même père. Ne pas avoir pu le voir dans un rôle de grand-père pour mes enfants est certainement l’une des choses qui me manque le plus au monde. Je suis très curieux de ce que cela aurait pu donner, et très triste que cette question restera à jamais sans réponse.

 

Avec le temps qui passe, je regrette chaque jour un peu plus de ne pas l’avoir mieux connu. De ne pas voir été plus proche de lui, de ne pas avoir partagé suffisamment de choses avec lui, de ne pas suffisamment avoir su percevoir l’homme qu’il était. Pas uniquement le père, mais bien l’homme. Mais quand on est enfant, adolescent puis jeune adulte, ce genre de question ne nous traverse pas l’esprit. Aujourd’hui, j’aurais aimé avoir eu plus de clairvoyance plus tôt, en étant plus proche de mon père quand je le pouvais encore. Vain regret, je le sais bien. Mais naturel, j’imagine.

 

Chaque jour pourtant, mon reflet dans le miroir me renvoie une image toujours plus proche de la sienne. Comme un fait exprès, ces dernières années j’ai vu en un rien de temps mes cheveux se faire la malle alors que j’avais longtemps espéré échapper à ce sort que mon père a connu bien plus tôt que moi dans sa vie. En quelque 4 ou 5 ans, j’ai rattrapé une bonne partie de mon retard sur lui de ce point de vue. J’avoue que de cette ressemblance-là en particulier, je me serais bien passé...

 

Ce sont des réflexions et des pensées qui me nourrissent de plus en plus avec l’âge. Et qui me font parfois considérer ma propre relation à mes fils sous un autre angle que celui du "papa au quotidien". Difficile à expliquer en détails.

 

L’étape australienne de mon tour du monde en 2017 en compagnie de mon ami Arnaud, avait eu pour moi un aspect très symbolique. Notre passage à Melbourne où il a travaillé, notre virée le long de la Great Ocean Road jusqu’aux Twelve Apostles, dont il avait ramené des images qui m’avaient marqué à l’époque. Et surtout notre pause à Geelong, à l’adresse où il a vécu quelques mois au cours des années 1990 (au Barwon Valley Lodge / 99 - 109 BARRABOOL Road / BELMONT, GEELONG précisément). Cette terre que j’ai foulée, cet air que j’ai respiré, ces endroits que j’ai vus de mes yeux, plus de 20 ans après lui. Cela m’avait en quelque sorte apaisé de pouvoir les partager avec lui, malgré le décalage dans le temps. Il y avait une petite part de lui, de l’homme que j’ai trop peu connu, rattachée à ces lieux. L’idée d’avoir marché dans les pas de mon père, quasiment au sens propre du terme, m’avait fait du bien, étrangement. Sans que je n’aie aucune explication rationnelle à apporter. J’avais continué mon voyage plus léger, plus entier, après cela.

 

 

 

Aujourd’hui donc, j’égale le temps passé par mon père sur cette Terre. 17 860 jours. 48 ans, 10 mois et 22 jours pour lui. 48 ans, 10 mois et 23 jours pour moi. Car dans ses 17 860 jours à lui, il y a un mois de mars, un mois de 31 jours de plus que dans mon total à moi.

 

C’est long et court à la fois. C’est injuste pour lui de n’avoir eu que ce temps-là. C’est injuste pour mes enfants de ne pas avoir eu la chance de connaître leur grand-père. Pour ma mère d’avoir dû vieillir seule sans lui. Pour ma petite sœur de l’avoir eu si peu de temps auprès d’elle et d’avoir dû terminer son enfance sans lui.

 

Demain, je serai plus vieux que mon père. Et je devrai naviguer à vue. Je n’aurai plus son image comme modèle. Comment faire pour me guider sans cette image ? Il n’a jamais eu 49 ans, comment ferai-je moi, sans son exemple à suivre ? C’est un peu comme si à partir de maintenant, je devais me débrouiller seul, sans lui. Pour la deuxième fois. J’avoue que ça me fait un peu peur, d’aborder ce futur sans le point de repère qui m’avait guidé jusqu’à présent.

 

On n’a jamais fini de grandir, n’est-ce-pas ?

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5 mars 2024 2 05 /03 /mars /2024 15:28

C’est peu de dire que j’aime jouer au billard. Mes premières parties remontent au lycée Lavoisier, à Mulhouse. Il y avait un café juste à côté, dans lequel on se réfugiait à la moindre occasion et où l’on pouvait jouer au 8-Pool. Pendant mon BTS à Nancy, il y avait un américain au foyer de la Cité U. Idem à l’ENTE de Valenciennes ensuite. J’y passais beaucoup, beaucoup de temps…

 

Et puis, quand j’ai pris mon premier poste en bureau d’études à Mulhouse, j’ai rencontré Paul, qui allait devenir rapidement bien plus qu’un simple collègue. Partenaire de badminton entre midi et deux, dessinateur hors-paire, ami. Et comparse de billard. Très vite, nous avons installé un rendez-vous hebdomadaire : chaque vendredi soir, nous finissions notre semaine (ou démarrions notre week-end, question de point de vue) au billard.

 

Il y avait un billard club rue d’Illzach, dont j’ai malheureusement oublié le nom. C’était une salle à l’ancienne, lumières tamisées, boiseries et moquettes partout, très belle, dans son jus, tenue par un vieil italien grisonnant à l’accent chantant et au sourire de parrain de la mafia ! Petit, en éternel bras de chemise, manches retroussées, un personnage de film de gangsters en noir et blanc. Il y avait rue d’Illzach une ambiance feutrée, un parfum rétro sur fond de musique italienne en sourdine, qui conféraient à cette salle un charme d’un autre temps qui a totalement disparu du paysage aujourd’hui, et qu’avec le recul je suis très heureux d’avoir pu connaître.

 

Mais notre lieu privilégié, notre véritable camp de base, c’était le Holiday Club, rue de l’Ours à Mulhouse. Une salle gigantesque dédiée au billard, au style plus moderne mais définitivement cosy, classe et sobre à la fois. Vous pouviez y trouver de tout : des petits 8-Pools, des américains, du français et évidemment, roi des rois, du snooker. Ce dernier d’ailleurs, nous intimidait au départ. Ne serait-ce que par sa taille, le snooker impressionne ! L’américain faisait très bien notre affaire, et ce n’est qu’au bout de quelques mois, encouragés par le patron de la salle, qu’on a osé s’y frotter. Mais une fois qu’on s’y est mis, plus question d’en revenir. Paul et moi étions pris corps et âmes par les attraits de ce jeu si particulier. À la base, le billard est un jeu de précision, Captain Obvious n’aurait pas mieux dit ! Mais avec le snooker, on passe un cap, on accède à un stade supérieur.

 

Ce jeu est impitoyable. Il demande une précision diabolique, mais aussi une concentration de tout instant, une vision globale du jeu, de l’anticipation, de la stratégie, du self-control, du calme, une certaine dose de confiance, de la méthode et un brin de cette science si volatile qu’est l’art de la prise de risque à bon escient… Et pour parfaire le tout, il y a aussi la dimension physique qui n’est absolument pas à négliger : outre la dextérité indispensable au jeu, il faut parvenir à une parfaite coordination des mouvements (dévier d’un millimètre dans son geste peut s’avérer, pardon : s’avérera à coup sûr, fatal), et jouer longtemps, tenir la position, est très usant aussi bien musculairement que pour les articulations. Ça peut prêter à sourire dit comme ça, et pourtant c’est tout sauf une blague : le snooker demande une bonne condition physique générale.

 

Impitoyable donc, mais diablement addictif, le snooker nous avait pris dans ses filets. De temps en temps, on se refaisait quelques parties du jeu de la 9 sur un américain, mais le véritable objet de notre amour du billard, était devenu le snooker.

 

Pendant des années, on y a joué avec une régularité sans faille. Et sans vouloir me vanter, on était même devenu pas trop mauvais. Oh, bien sûr, pas du niveau de certains habitués de la salle qui participaient à diverses compétitions officielles (en tête desquels, le patron himself), mais suffisamment dégourdis pour ne pas avoir honte en jouant à quelques tables de celles des ténors… et cela suffisait amplement à notre bonheur.

 

Avec le temps cependant, et le fait que je ne travaillais plus sur Mulhouse aidant, nos rendez-vous autour d’une table de billard se sont espacés de plus en plus. Pas faute d’intérêt ni d’envie, mais juste par contraintes personnelles et circonstances de la vie. Notre niveau en a évidemment pâti, mais notre joie à chaque retour en salle n’en a pas été altérée, au contraire même. Le plaisir de s’y retrouver était inversement proportionnel à la fréquence de nos visites.

 

Pendant presque 23 ans, nos soirées billard ont émaillé de petits bonheurs ponctuels et rythmé nos vies, de loin en loin. Jusqu’au vendredi 13 mars 2020, notre ultime virée au Holiday Club, j’en ai déjà parlé ici dans mon billet consacré à Paul.

Après cette soirée qu’on ne savait pas être la dernière du genre, il y eut le Covid, le confinement et tous ses petits désagréments associés. Et un an plus tard, Paul s’en allait sans prévenir, me laissant orphelin de mon ami et comparse de jeu. Après cela, je ne me sentais plus le courage de retourner jouer sans lui. Pas le cœur, pas l’envie. Sans lui, c’était trop dur. Ce n’est que fin 2023 que l’envie s’est fait ressentir à nouveau. Mais une envie accompagnée d’une angoisse sourde qui ne dit pas son nom. Ce désir d’y retourner, mêlé d’une peur indicible de ne plus parvenir à profiter du moment seul. C’est là que j’ai appris une chose que j’ignorais jusqu’alors : le Holiday Club n’avait jamais rouvert ses portes. Il avait succombé au Covid. J’en ai été infiniment triste. Apprendre qu’un lieu qui nous avait été si cher, théâtre de tant de bons moments partagés, m’était à tout jamais devenu inaccessible, ça m’a fait quelque chose. Symboliquement, ça a été violent, et dur à accepter. Mulhouse avait perdu sa dernière salle de billard, et quelle salle ! Un temple du tapis vert, une institution.

 

Alors, la mort dans l’âme, j’ai cherché où jouer dans les alentours, et finalement j’ai trouvé une salle, certes plus modeste, mais qui ferait possiblement l’affaire à Colmar. Le 147. Ce n’est que vendredi dernier que j’ai pris mon courage à deux mains et ai décidé de m’y aventurer, pour voir…

 

La salle du club 147 est plutôt grande sans être gigantesque, un peu planquée alors qu’on n’est pas loin du tout du Centre-Ville de Colmar. Première déception cependant, quand en discutant avec le patron, il m’a appris s’être séparé il y a peu de ses américains. J’aurais justement aimé reprendre par ça, comme à nos débuts avec Paul, refaire quelques parties de 9. Mais plus possible là-bas. J’avais donc le choix entre du 8-Pool classique et du snooker. Après tout ce temps sans approcher une queue de billard, je n’ai pas osé reprendre directement par le snooker, j’ai donc opté pour le 8-Pool, bien que j’apprécie modérément ces petites tables.

 

Première casse, ça commence mal : j’éjecte de la table la blanche après choc. Bon, va falloir reprendre depuis les bases. La position, verrouiller les hanches, l’épaule, coulisser sur un plan vertical au niveau du coude, respirer lentement, se concentrer, bien analyser les angles et les distances, jouer en douceur, pas en bourrin.

 

Il m’a fallu deux ou trois parties un peu laborieuses avant de trouver mes repères, mais tout à coup, tout est revenu d’un bloc. J’étais à nouveau « chez moi ». Les coups sont revenus naturellement, les positions, les angles à choisir, les enchaînements à privilégier, tout est devenu fluide. Je « voyais » le jeu comme avant, je « sentais » les coups. J’ai joué sans m’arrêter, à un rythme effréné, vite, de plus en plus vite, de plus en plus sûr de moi. J’ai voltigé autour de ma table, empochant bille sur bille. Coups directs et simples d’abord. Puis plus en finesse. Puis en force. Les coups indirects, les bandes, les effets sur la blanche. Pendant 4 heures, sans la moindre pause. J’étais en nage. Mais tellement bien. Passé minuit, je me suis forcé à stopper. J’ai regagné ma voiture. En y entrant j’ai deviné que j’allais payer cher ma séance de billard, le dos, les épaules, le bassin commençaient déjà à hurler leur mécontentement (j’en ai eu confirmation dès le lendemain au réveil, même mes doigts de la main gauche, qui me sert de reposoir pour l'extrémité de la queue, me faisaient mal). Je suis rentré chez moi. Je venais de passer un bon moment, j’avais renoué avec des sensations oubliées depuis trop longtemps.

 

La voix de Johnny Cash a retenti dans l’autoradio.

Les larmes sont montées.

J’ai pensé à Paul.

Il avait été à mes côtés pendant toute la soirée.

Une bonne soirée.

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30 octobre 2023 1 30 /10 /octobre /2023 14:23

J’aimerais simplement que cela s’arrête.

Cette solitude. Cette tristesse. Ce grand vide. Ce froid qui ne me laisse aucun répit…

J’en ai eu plus que ma part et j’en ai assez. Vraiment.

 

Est-ce le prix à payer pour avoir eu une belle vie ? Ou dois-je payer pour un péché que j’ignore ? À la mesure de la punition, il a dû être immense. Je ne vois pourtant pas ce que j’ai pu faire pour mériter cela. Je crois simplement que c’est la vie qui est injuste, comme le disait mon père. Ou bien était-ce maman qui disait ça ? Je ne suis plus sûre. Je confonds tout. Mes souvenirs se mélangent parfois, ils sont pourtant bien vivaces dans ma mémoire. Ils sont mes derniers compagnons. Grâce à eux, je revois des couleurs flamboyantes, j’entends à nouveau des rires et des chants. J’oublie l’ennui, je survole le temps qui passe alors que moi je reste là, figée. Je leur pardonne de parfois s’embrouiller dans mon esprit.

 

À mes enfants non plus je n’en veux pas. Ils ne pouvaient plus s’occuper de moi. Perdre son autonomie, c’est peser sur les autres. En perdant la possibilité de marcher, j’ai perdu ma liberté de mouvement, et j’aurais trop entravé la leur si j’étais restée.

 

Je m’en veux à moi, eux n’y sont pour rien. Et depuis quand ne peut-on plus aller aux toilettes seule ? Dans cet endroit que je connaissais à peine, qui n’était pas chez moi, dont je n’avais pas l’habitude... Seule j’y ai été quand même. Et seule, je suis tombée. Évidemment.

Quelle gourde j’ai été.

Col du fémur cassé. Fracture du poignet. Des bleus sur tout le côté. Je ne suis pas tombée de haut pourtant, moi qui me suis ratatinée avec les années. Mais cela a suffi.

 

Anesthésie, opération. Les docteurs craignaient que je ne me réveille pas. Si seulement ils avaient eu raison. Mais non. Mes os ont cassé, mais mon cœur n’a pas lâché. Il est décidément increvable. C’est à cause de lui que je suis encore ici. C’est sa faute si je me retrouve dans cet Ehpad. Un mouroir oui ! Entre ceux qui n’ont plus la force de vivre et celles qui ont juste oublié qu’elles vivent parce que leur esprit s’en est allé ailleurs, il n’y a que moi qui résiste encore et toujours, et qui pour mon plus grand malheur, ai conservé la faculté de m’en rendre compte. À chaque instant.

 

Je me maudis. Je maudis ce corps qui part en déliquescence et je maudis ce cœur qui refuse d’abdiquer. Combien de battements a-t-il donc encore en réserve, c’est insensé ! Ils me promettaient toujours tous que je deviendrai centenaire, j’espère qu’ils se trompaient. Je prie chaque jour pour que cette promesse ne se transforme pas en malédiction.

 

Quand on est jeune, quand on est vif, quand on pense au lendemain, le temps file si vite. Mais quand la vieillesse vous cloue dans un lit, le temps ne s’écoule plus. Il se distend, il se fait torture. Chaque minute devient une heure. Chaque jour paraît des semaines. Mon présent est un carcan, une prison immobile. Et mon futur n’est que l’éternel recommencement de mon présent. Alors je n’ai plus que le passé où réfugier mes pensées.

Là-bas au moins, elles s’y sentent bien. Dans le passé, je retrouve un peu de liberté. Et le mien est si vaste que j’ai le choix de mon lieu d’évasion.

 

Alors qu’ici et maintenant, je vis dans le brouillard et dans un silence ouaté permanent.

 

Je n’entends presque plus rien. J’ai beau tendre l’oreille. Quand on me parle, la plupart du temps je ne m’en rends même pas compte. Parfois je perçois des sons, si mon interlocuteur élève la voix. Je demande pardon, je fais répéter. J’entends d’autres sons, à peine plus fort, mais je ne saisis toujours pas. Je finis par répondre au hasard, souvent je dis juste oui sans comprendre, je n’aime pas contrarier les gens. Mais je ne peux plus tenir de conversation. Alors je me tais, me contente d’un soupir, j’essaie de sourire malgré tout quand j’en ai la force. Je sais bien qu’ainsi, je participe à l’édifice du mur de silence qui se construit autour de moi et m’isole du monde, mais quel autre choix ai-je ?

 

Quant à mes yeux, eux non plus ne me servent plus à grand-chose. J’aurais peut-être dû accepter cette opération de la cataracte il y a quelques années, j’y verrais un peu mieux aujourd’hui, va savoir. Mais pour le peu de temps qu’il me restait, avais-je pensé à l’époque, j’avais préféré m’éviter un embêtement inutile. Je dois bien avouer que ça me faisait un peu peur aussi. Quinze ans plus tard, je suis toujours là, mais mon monde s’enténèbre de plus en plus chaque jour. Je ne reconnais plus les gens. Parfois, je ne les vois même pas. Je mange à tâtons, sans savoir ce que j’avale. Même mon goût me fait faux bond, ou est-ce ce qu’on mange ici qui est insipide ?

J’aime pourtant regarder par la fenêtre. Les branches des arbres. Les oiseaux. Les voitures qui passent. Enfin, j’aimais. À présent, je devine à la clarté de la fenêtre le temps qu’il fait dehors. Le téléviseur de la chambre m’est devenu totalement inutile. Trop petit. Trop loin. Dommage, j’aimais bien aussi. Avant.

 

Alors il me reste mes pensées. Je m’y plonge en fermant les yeux. Ou en les gardant ouverts, ça ne change plus grand-chose de toute façon. J’y retrouve mes sœurs, mes frères. Mes parents. Mon mari. Mes amis. Tous partis avant moi, en me laissant le triste privilège de devenir l’unique doyenne. En me laissant seule surtout.

 

Je revois la guerre, les Allemands, mes frères partir en uniforme, un seul revenir. Je pense au chagrin de ma mère, à mon père qui s’est un peu plus enfermé dans le silence et la colère. Sa façon à lui de ne pas pleurer.

Maman. Je suis bien plus vieille qu’elle ne l’a jamais été, pourtant je me sens comme une enfant à chaque fois que je pense à elle. Quelle chance elle a eue de mourir chez elle. Je suis heureuse qu’elle n’ait pas connu le même sort que moi, elle qui avait si peur des hôpitaux et des docteurs, ce malheur au moins lui a été épargné.

 

Je me revois dans ma maison. J’y ai vécu soixante-treize ans. J’ai une vie entière de souvenirs là-bas. J’y ai laissé mes meubles quand je suis partie, mais les souvenirs, je les ai tous emportés avec moi. Au chaud, dans ma mémoire. Et dans mon cœur. Heureusement, ils m’ont suivi jusqu’ici aussi.

 

Le lavoir de quartier, la cuisinière à bois, avant qu’on ait l’eau courante et l’électricité. Et puis tout est arrivé à la chaîne : la voiture, les premières vacances avec les enfants à la mer, la télévision, la salle de bains. La première machine à laver, quelle révolution !

 

Les fêtes de famille, les mariages, les communions. Ça nous en a fait des joies, des rires, des bons moments. Des larmes aussi. C’est la vie. Mais c’était une belle vie. Pleine. Heureuse. En famille.

Tant de souvenirs. Que je chéris, qui m’habitent. Qui sont la dernière chose que je possède.

 

Certains jours j’ai l’impression d’y revoir. D’entendre à nouveau. Des gens viennent me visiter, me parlent. C’est agréable de les écouter, de croiser du monde. Alors je souris pour leur montrer que je suis heureuse de leur venue. Parfois ma fille me demande à qui je parle, elle n’a pas l’air de les voir. Mais ce n’est pas grave, je profite de leur présence tant qu’ils sont là. Car le reste du temps, je me sens si isolée, si abandonnée. Je sais que mes enfants ne m’ont pas abandonnée, ils viennent me voir tous les jours. Les autres pensionnaires aimeraient en dire autant. Je sais. Mais que voulez-vous, c’est plus fort que moi : je me sens si seule malgré tout. Seule dans le brouillard. Seule dans le silence. Seule dans ma tête. Plus personne de ma génération pour parler du bon vieux temps. Il n’y a plus que moi pour me souvenir. Mon époux me manque. Mes sœurs me manquent. Je pense beaucoup à eux, j’aimerais tant les retrouver.

 

Je prie chaque jour pour avoir enfin cette chance. J’ai fait plus que mon temps ici. J’aimerais que ça s’arrête maintenant. Que je puisse enfin me reposer.

Mais mon cœur, lui, ne veut pas s’arrêter de battre.

 

Alors j’attends.

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19 octobre 2023 4 19 /10 /octobre /2023 10:11

Le 18 octobre, Nathan a fêté ses 14 ans.

Déjà.

Depuis la même date en 2009, je suis un papa comblé, et assister à l’évolution de mes enfants est un spectacle qui m’émerveille et dont je ne me lasse pas. Et tant pis si dire cela fait de moi un type mièvre, je me borne là à énoncer des faits qui s’imposent à moi. J’assume ma mièvrerie sur ce coup-là.

 

Cette année cependant, l’anniversaire de mon aîné m’a particulièrement touché. Ou plutôt, cela a éveillé en moi quelque chose que les précédents anniversaires n’avaient pas provoqué. J’ai eu une sensation de bascule. En ce qui le concerne, et donc, indirectement, pour moi également.

 

J’ai réfléchi à ce qui a pu déclencher cette sensibilité particulière à laquelle je ne m’attendais pas, et j’ai peut-être trouvé un début d’explication.

 

Inconsciemment, j’ai associé cet âge à un passage vers quelque chose de nouveau. Avoir 14 ans représente à mes yeux le symbole de l’entrée dans une nouvelle étape, que j’aurais du mal à définir avec précision. Un peu comme le passage à « l’âge de raison » ou quelque chose d’approchant. Ne me demandez pas pourquoi 14 ans et pas 13 ou 15, c’est parfaitement arbitraire je le sais bien, et cela ne vaut certainement que pour moi.

Quand je me remémore ma propre jeunesse, j’ai cette impression qu’à partir de mes 14 ans, j’ai commencé à devenir l’être adulte que j’allais être plus tard. Un peu comme si la première partie de mon itinéraire avait été la part réservée à l’enfance, l’insouciance, l’inconséquence, mais qu’à partir de cet âge symbolique j’étais entré dans l’ébauche d’une nouvelle personne, celle qui allait me mener à l’adulte que j’étais destiné à devenir.

 

Comme si à partir de cet instant, j’avais commencé à « me construire » en pleine conscience, brique par brique, que j’étais sorti à ce moment-là de cette espèce de brouillard duveteux, protecteur et agréable de l’enfance pour me confronter au monde tel qu’il est en réalité.

 

Et aujourd’hui mon fils a atteint cet âge-là. Je me dis (par analogie, ou pure projection je m’en rends bien compte) que lui aussi, va donc entamer cette nouvelle portion de son itinéraire individuel et personnel qui le verra cheminer vers l’adulte qu’il va être. Et cela m’émeut d’y penser. Parce qu’il s’agit d’un point d’étape important, symbolique, presque solennel. Aussi parce que cela implique forcément des changements par rapport à « avant ». Devenir adulte, c’est aussi se détacher plus nettement de ses parents. Et si cela m’a ainsi touché dans le cas de Nathan, c’est certainement parce que je ne m’y étais pas préparé, je n’y avais même jamais réellement pensé, à ce que mon fils se détache de plus en plus de moi. Pour devenir de plus en plus lui. Ce qui est normal, sain et dans l’ordre des choses. Mais qui me donne le sentiment de rester un peu sur le bord du chemin, contraint de le regarder s’éloigner.

 

Je vais donc devoir revoir en partie ma place, notre relation, et trouver la meilleure façon d’adapter mon rôle de papa (est-ce cela, devenir père plutôt que papa ?) pour continuer à pouvoir l’accompagner sans l’entraver dans son évolution. Laisser le papillon sortir définitivement de sa chrysalide.

 

J’avoue que cela éveille une certaine mélancolie en moi.

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11 octobre 2023 3 11 /10 /octobre /2023 09:20

Le lundi 15 mai 2023, à la Défense Arena, avait lieu le second concert parisien de la tournée mondiale 2023 de Bruce Springsteen and The E Street Band.

 

Ok, je suis un peu en retard pour en parler. Je vous prie de bien vouloir m’en excuser. Mais mieux vaut tard que jamais, non ?

 

D’autant que même avec un petit décalage temporel, fallait que je vous en touche un mot. Parce que ça n’est pas courant, ça n’est jamais une chose anodine, ou banale, de voir Bruce Springsteen en concert.

 

Le Boss.

 

J’en ai déjà parlé sur ce blog, puisque ce n’est pas la première fois que j’ai la chance de le voir sur scène, et de ce point de vue vais-je peut-être, certainement, me répéter un peu.

 

Un spectacle de Bruce Springsteen, c’est à chaque fois un événement. Une fête. Et une fichue piquouze sonore d’un cocktail survitaminé à base d’endorphines, de dopamine et de sérotonine. D’une certaine façon, on pourrait comparer Springsteen à un chimiste fou qui aurait trouvé la formule la plus pure du plaisir et en ferait profiter son public par musicothérapie, à travers des séances de trois heures (minimum).

 

Bien plus efficace qu’une séance chez le psy, un concert du Boss on en ressort avec la banane, la pêche, la frite (selon que vous soyez des DOM-TOM, de métropole, ou belge). Il y a une énergie difficilement descriptible avec précision, une aura positive, un enthousiasme qui vous chopent et ne vous lâchent plus, vous plongeant dans un espace-temps à part pendant tout le temps du concert.

 

Et sachez qu’un concert de Springsteen commence bien avant que le premier « A one, two, a one, two, three, four ! » ne retentisse, et bien après que les lumières ne se rallument dans la salle. Un concert de Springsteen, ça commence quand il s’agit de trouver des tickets déjà… (et un immense merci à ma frangine pour s’être sacrifiée à la recherche des précieux sésames), puis dans l’attente que passent les mois qui nous séparent de la date quand on écoute fiévreusement le nouvel album et qu’on réécoute pour la millième fois au moins les précédents, puis dans la foule immense qui s’amasse le jour-dit à l’entrée de la salle, faisant monter doucement l’excitation en voyant qu’on est entouré, que dis-je, cerné de toutes parts par une marée humaine de gens exactement comme vous : fans du Boss. Ça me fait toujours bizarre de constater le nombre hallucinant de gens de tous âges et de toutes origines qui se retrouvent avec cette passion commune. Depuis le temps que j’arpente les allées de salles de concert, rarement j’ai pu voir une telle diversité dans le public, hommes comme femmes, jeunes comme anciens.

 

Comme pour ma première découverte en live de Bruce Springsteen, on a eu droit à une bonne pluie pendant l’attente en rangs d’oignons avant d’entrer dans la salle… histoire de se rafraîchir les idées avant que la température ne vire au brasier pendant le concert.

 

Dans ces moments-là, quand tu attends sagement que ça commence, que tu te cherches de quoi t’hydrater avant les hostilités, que tu fais la queue pour un t-shirt de la tournée… tu ne peux pas t’empêcher d’écouter ce qui se passe, se dit autour de toi. Et tu reconnais vite les « vieux de la vieille », ceux qui ont plusieurs dizaines de concerts du Boss au compteur, voire ceux qui ont dépassé la centaine pour les plus passionnés. Ça cause entre connaisseurs, les anecdotes s’échangent, les souvenirs heureux se partagent, et tout ça se raconte entre deux larges sourires, souvent les yeux mouillés de larmes aussi. Le public de Springsteen forme une communauté assez surprenante de ce côté-là. Le Boss n’est pas encore là qu’il fédère déjà des kilotonnes de bonnes ondes. On parie sur la future setlist, on espère que notre morceau préféré en soit, on évoque les concerts précédents, on compare les expériences… C’est ça aussi, un concert de Springsteen.

 

Et puis l’heure du début approche, le public commence à s’impatienter, fait du bruit pour le faire savoir, pour appeler l’artiste sur scène. «Hurry up Bruce, come on, on est là nous ! »

 

Enfin la lumière s’éteint dans la salle, le groupe arrive et s’installe : entre les cordes, les percussions, les claviers, les cuivres et les choristes, ils sont nombreux ! Bruce entre. La folie commence. C’est parti pour trois heures non-stop de pur bonheur.

 

 

Je ne vais pas vous raconter le concert dans ses moindres détails : déjà j’en oublierai à coup sûr la moitié, et puis surtout je ne parviendrai pas à en retranscrire l’énergie, la teneur, la symbolique et la qualité de l’échange qui s’opère entre l’artiste et son public. C’est de l’ordre du charnel, du psychologique, du sentiment amoureux, de l’extase, de la communion, presque du religieux. Tout ça à la fois, et bien plus encore. C’est pour ça : impossible à raconter avec fidélité. Un concert du Boss, ça se vit. Faut en avoir connu pour comprendre. Je peux difficilement en dire plus sur le contenu du spectacle, sinon qu’il vous emporte vite, fort et loin avec lui.

 

Et comme je le disais plus haut, ce qui est bien avec un concert de Springsteen, c’est que ça ne s’arrête pas quand l’obscurité de la salle disparaît après le dernier aurevoir du chanteur à son public. Ça continue avec la marée humaine de spectateurs qui se déverse hors de la salle et envahit l’esplanade de la Défense, ça reste en tête quand on va manger, quand on se couche, quand on se réveille et qu’on prend le train pour rentrer chez soi. Ça ne s’arrête jamais vraiment en fait. C’est gravé et on s’en souvient avec ferveur longtemps après.

 

Il n’y a plus qu’à espérer que j’aie la chance de revivre ça encore à l’avenir. Parce que mine de rien, il a beau être éternel le Boss, il ne rajeunit pas. Et moi non plus...

PS : Encore et toujours un immense merci pour toutes les si chouettes photos fournies par ma petite sœur, toutes celles qui illustrent l'article sont d'elles, sauf la photo vue de scène qui est une photo officielle de la soirée récupérée sur le site www.brucespringsteen.net, et celle vue de l'arrière de la salle postée sur internet par un illustre inconnu qui n'a pas laissé de nom...

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17 avril 2023 1 17 /04 /avril /2023 09:05

Exercice d’échauffement : Écrire la carte de vœux qu’on aimerait recevoir en fin d’année.

Des sourires, de la douceur, de la bonne humeur et une pointe d’inspiration, du bon pinard et du chocolat, une balance compréhensive, des jeux d’enfants et quelques-uns réservés aux plus grands, des éclats de rire entre amis et le plaisir de les retrouver autour d’une table sans peur, sans reproche et sans geste barrière, voilà bien tout le mal que je te souhaite pour que la nouvelle année efface efficacement la précédente !

Exercice d’échauffement 2 : Écrire une phrase sous forme de pangramme, chaque lettre de l’alphabet (dans l’ordre) servant de première lettre à un mot (quelques petits mots de jonction sont autorisés).

Avec Brio, Classe, Discrétion Et Filouterie, (le) Garnement Hélitreuilla Insidieusement (et) Joyeusement (un) Koala Langoureux, Méchamment Neurasthénique (et) Ostensiblement Prétentieux Qui Restait Stoïque, Tout (en) Urinant Vers (le) Wapiti, (c’est classé) X, Youppi ! (allez) Zou !

Consigne 1 : Choisir deux personnages réels ou fictifs, humains ou non, tirés de notre imagination ou non.

Charles Magne et Tonton Kristobald

Consigne 2 : Choisir deux noms de rues

Rue de la Paix et Rue de l’École

Consigne 3 : Écrire un texte mettant en scène les deux personnages, utilisant les deux noms de rues, en mentionnant à un moment qu’il s’agit d’une histoire vraie, et dont le titre est : « Des Hommes en Gris » (titre tiré au sort). Temps d’écriture – réflexion : une vingtaine de minutes.

Tonton Kristobald avait deux grandes passions : l’Histoire et le Jeu d’Échec. Aussi, quand il rencontra au détour de la rue de l’École un dénommé Charles Magne (en deux mots!) il y vit comme un signe !

 

Charles lui paru immédiatement sympathique avec sa longue barbe et ses chemises à fleurs multicolores. Il s’était présenté à lui en ces mots : « Bonjour cher ami, je suis Charles, Charles Magne, vous venez souvent par ici ? ».

 

La discussion s’était aussitôt engagée entre eux et paraissait couler de source, naturelle. Toute inattendue qu’était leur rencontre, elle semblait pourtant écrite à l’avance, un signe de la vie, un de ces rendez-vous incontournables. Comme lorsque vous tirez la carte « Rendez-vous Rue de la Paix » au Monopoly : le hasard scelle votre destin !

 

Au cours de leur discussion, ils n’avaient pas tardé à découvrir un point commun : la passion pour le Jeu d’Échec. Tonton Kristobald et Charles Magne devinrent dès lors inséparables, et tous les jours à l’heure du café, ils se retrouvaient dans un petit bar à l’ambiance cossue, ou quelques lecteurs de romans côtoyaient des amateurs de café de Colombie, des lanceurs de fléchettes et des joueurs d’Échec…

 

Très vite ils étaient devenus des habitués jusqu’à finir par se confondre avec les meubles.

Tous les jours ils se retrouvaient là, Tonton Kristobald et Charles Magne, s’affrontant de partie en partie, chacun son tour engageant l’un les pions blancs, l’autre les pions noirs. Tantôt les noirs, tantôt les blancs. C’était de là que leur avait été accolé ce surnom : « Tonton Kritobald et Charles Magne : les hommes en gris ».

 

En tout cas c’est comme cela que Tonton Kristobald m’a raconté sa rencontre avec Charles Magne et je le crois, pourquoi donc ne serait-ce pas une histoire vraie ?

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12 avril 2023 3 12 /04 /avril /2023 09:12

Un remède. C’est je crois la meilleure manière de définir l’artiste suisse Stephan Eicher.

Un remède à la grisaille du moment, à la morosité ambiante, au stress, à l’angoisse, au découragement.

 

C’est devenu d’une banalité affligeante que de le dire, et pourtant ça n’en reste pas moins vrai, le Covid (m’en fous qu’il faut dire « la ») a cassé beaucoup de choses, et bien que relégué depuis quelque temps, à tort ou à raison je ne sais pas, dans la voiture balai de nos préoccupations actuelles, cette saleté de virus laisse des traces.

 

Je parle là à titre personnel, mais j’ai comme l’impression que je ne suis pas un cas si isolé que cela : depuis son arrivée, même si aujourd’hui on s’en soucie beaucoup moins, j’ai très clairement modifié mes habitudes « d’avant ». Je crois que je n’ai pas vu dix films au total en salle de cinéma depuis le 17 mars 2020, date de début du premier confinement en France. Alors qu’auparavant j’y allais plusieurs fois par mois. Et pour ce qui est des concerts, là aussi le rythme a drastiquement chuté en ce qui me concerne. Ça s’est fait tout seul, insidieusement. D’abord parce que tous les spectacles vivants étaient ou annulés ou reportés aux calendes grecques, ensuite parce que le réflexe de se renseigner, de chercher des dates, de prendre des billets à l’avance, s’est envolé faute d’avoir pu le faire trop longtemps. Et cette fichue angoisse qui gagne les cœurs en sourdine. La guerre en Ukraine, les prix qui s’envolent, les grèves, les manifestations, l’ambiance générale…

Tout pour saper l’envie.

 

Et puis on décide de passer outre, on fait l’effort (rendez-vous compte : aller en concert applaudir un artiste qu’on aime devient un effort ! C’est dire l’état d’esprit du moment…), « allez on y va, ça nous changera » !

 

On s’assied dans la salle, elle se remplit vite. On attend un peu, je retiens un bâillement, je suis un peu fatigué ces derniers temps (rendez-vous compte : il est 20h et j’ai sommeil, c’est digne d’un roman de SF). Ah, ça y est, la lumière s’éteint, les artistes s’avancent sur la scène. Ça commence.

 

D’entrée quand je le vois je le sens, je le sais : j’ai bien fait de venir. Ça fait tellement plaisir de le revoir, de l’entendre « en vrai ». Sa dégaine de mousquetaire hidalgo, son accent suisse-allemand qui serait horrible chez n’importe qui d’autre mais qui chez lui est le marqueur ultime de son charme irrésistible (j’ai beau ne pas y être sensible, je sais reconnaître ce qui donne du charme à un gars aussi poilu soit-il !), sa guitare qu’il a un peu de mal à accorder pour démarrer le concert, sa voix haut perchée, la mèche de cheveux qu’il ramène en arrière, la moustache dont il frise les extrémités. Tout, absolument tout chez ce type respire la sérénité, le talent et l’humanité combinés.

Stephan Eicher est intemporel : il y a en lui autant du sale gosse que du vieux sage

 

Une petite blague sur un air de pas y toucher, un monologue coincé quelque part entre le bavardage lunaire et les réalités profondes, un tour de magie, un peu de mentalisme, un verre de vin rouge à moitié plein, des mélodies enivrantes, un filet de voix qui en fait juste assez mais jamais trop, des textes écrits (la plupart du temps) de la plume de Philippe Djian avec lequel il forme un duo d’une efficacité artistique redoutable… Trois musicos pour l’accompagner (Reyn Ouwehand aux claviers, Simon Gerber à la guitare et à la basse, Noemie Von Felten à la harpe), une ambiance feutrée, quelques automates au fond d’un coffre, et beaucoup, beaucoup de plaisir…

 

Le temps passe vite à écouter ces quatre-là. Ils panachent harmonieusement nouvelles chansons et anciens tubes et cela me va très bien, le dernier album studio Ode est une réussite dont chaque titre est un petit bijou, quant aux succès passés du bernois, je les ai tant chantonnés que je les connais presque tous par cœur. Mon seul regret c’est qu’il n’y ait aucune chanson du précédent album studio (Homeless Songs) intégrée dans la playlist de cette tournée. Cet album de 2019 a été l’un de mes plus gros coups de coeur musicaux de ces 20 dernières années, et c’est une tristesse absolue pour moi d’avoir raté la tournée que le chanteur suisse lui avait consacrée.

 

« Et Voilà tour », c’est le nom de la tournée de Stephan Eicher. Les deux heures de concert sont passées vite, un rappel, un salut chaleureux qui souligne un peu plus toutes les bonnes ondes qui transitent entre l’artiste et son public, une ovation, un dernier aurevoir, rentrez bien, faites attention sur la route… et c’est déjà fini. Avec déjà aussi l’envie de le retrouver sur scène une prochaine fois.

 

So long Stephan...

(Comme d'habitude : un grand merci à ma petite sœur pour ses photos !)

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10 octobre 2022 1 10 /10 /octobre /2022 08:49

Exercice d’échauffement : les participants choisissent à tour de rôle des lettres de l’alphabet. Faites une phrase dont les mots commencent par les lettres retenues (quelques petits mots de jonction supplémentaires sont autorisés)

A N B Z I O E W M P K R U

 

Alors Non ! Bien (que) Zemmour (s’)Invite Ostensiblement Et (que) Wauquiez Menace (de se) Présenter, (ce) Karaoké Restera Urbain !

 

Consigne : Utiliser dans l’ordre la liste de mots désuets suivante (dont on ignore pour la plupart la signification, donnée après écriture du texte pour information et culture personnelle) en imaginant ce qu’ils pourraient bien désigner, pour écrire un texte qui démarre par « Il était une fois... »

Temps de réflexion / écriture : une vingtaine de minutes.

 

Liste de mots désuets : Employé au petit génie – Romaine – Bataclan – Ministre – Cagnard – Dactyl – Chaouch – Iambe - Quimper

Il était une fois… une tortue qui n’aimait pas la laitue. Elle, ce qui la faisait saliver, c’était des fruits juteux employés au petit génie, depuis le kiwi savoureux jusqu’au fruit de la passion, en passant par l’ananas à la romaine, son péché mignon.

 

La verdure l’ennuyait, elle ce qu’elle aimait c’était quand toutes les couleurs du bataclan s’invitaient dans son assiette ! Rien de tel que du rouge framboise ou du jaune banane pour égayer son ordinaire ! Ni sinistre ni ministre, elle ne jurait que par le sucre et les couleurs pour se faire plaisir gustativement.

 

Et puis quoi de mieux qu’un cocktail Campari-orange pour lézarder sous le cagnard ? Cela avait le double avantage d’être délicieux et de favoriser la sieste. C’était connu depuis la nuit des temps ; déjà ses lointains ancêtres Ptéro dactyls le savaient.

 

On peut bien dire tout ce qu’on veut, mais les traditions culinaires chez les reptiles, c’est chaouch et puis c’est tout ! Pas de discussion à ce sujet, ni Charles Darwin et sa théorie de l’évolution, ni Iambe de la Fontaine avec ses fables moralisatrices n’y changeraient jamais rien !

 

Alors pour elle c’était vu et entendu : que tous ceux qui lui serviraient à l’avenir une salade sous le fallacieux prétexte qu’elle portait carapace et plafonnait à 0,01 km/heure aillent gentiment se faire quimper !

Le réel sens des mots :

 

Employé au petit génie = Balayeur

Romaine = Balance

Bataclan = Amas

Ministre = Âne

Cagnard = Cagibi

Dactyl = Herbe

Chaouch = Huissier

Iambe = Syllabe (pied de vers en poésie)

Quimper = Séduire

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3 octobre 2022 1 03 /10 /octobre /2022 09:18

Hier, dimanche 02 octobre 2022, j’ai reçu un mail de Cultura. J’ai la carte du magasin, ils ont donc mes références, date d’anniversaire, adresse, etc.

Ils savent ainsi que je suis né en 1975.

Et ils ont décidé de m’envoyer un « Bonne fête Papi ! ».

Alors ok, je vieillis. Mais merde alors, ce serait pas un peu exagéré tout de même là ?

 

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