Partager l'article ! 68. V pour Vendetta: Beaucoup de gens considèrent Watchmen comme l’ultime chef d’œuvre de Alan Moore. À mon humble avis, sans vou ...
Avant de lire les notes que je fais sur les films que je vois et les bd que je lis, sachez que dans mes commentaires il m'arrive parfois de dévoiler les histoires et les intrigues. Ceci dit pour les comics, je n'en parle que quelques mois après leur publication, ce qui laisse le temps de les lire avant de lire mes chroniques.
Bon surf !
Beaucoup de gens considèrent Watchmen comme l’ultime chef d’œuvre de Alan
Moore. À mon humble avis, sans vouloir nier la force de son histoire de super-héros vieillissants, je crois qu’il n’a rien fait de mieux à ce jour que V for Vendetta. Ici point de super-héros. Le personnage principal, V, est bel et bien masqué, porte la cape et un
costume identifiable, mais c’est dans le cadre du « rôle » qu’il joue, comme les comédiens de la Grèce antique ou du Nô oriental (le théâtre traditionnel japonais).
V
n’a pas de nom, pas d’identité propre, car V échappe à toute classification, à tout ordre imposé. V n’est plus une personne, mais un concept, une idée.
Dans
un monde post-apocalyptique (bien que l’histoire se déroule en 1997-98, à l’instar du New-York 97 de John
Carpenter), l’Angleterre est aux mains d’une dictature qui s’appuie sur une organisation très rigide.
La Voix,
outil de propagande du régime en place, le Nez, l’équivalent de la police d’investigation, l’Oreille, qui
épie les moindres paroles, faits et gestes des citoyens, et la Main , véritable force de frappe et de maintien de l’ordre, sont les différents «
organes » du pouvoir. Le tout sous le commandement de la Tête , autrement dit de l’homme qui en concertation avec son super-ordinateur, prend toutes
les décisions.
Dans
ce contexte, V est comme un chien dans un jeu de quilles. V se rebelle, V se fait le défenseur et le porte-parole de la liberté bafouée.
Alan
Moore ne fait pas l’apologie de l’anarchie, comme on pourrait le croire au premier abord. Cette notion l’intéresse et il en profite pour nous livrer ses réflexions à ce sujet. Mais le fond du
propos de Moore n’est pas là. Ce qu’il défend, ce dont V est l’étendard (et c’est peut-être également la raison pour laquelle il n’a pas de visage humain), c’est avant tout la liberté de
penser.
Et
pourtant V est également un terroriste au sens strict du terme. Il fait exploser des monuments, assassine ceux qui représentent le pouvoir et méritent de mourir selon lui. N’oublions pas le «
Vendetta » du titre. Par moment, on se demande si c’est l’esprit de vengeance pure qui guide V, ou l’idéal dont il se fait l’icône …
Alan
Moore, comme à son habitude, développe un monde complexe et n’a pas peur d’entrer dans les détails. Les personnages sont nombreux, mais tous très justes dans leurs traitements et leurs
évolutions.
Certains
butteront sur un dessin austère, un trait dur. Il est vrai que le style de David Lloyd n’est pas des plus engageants. Je soupçonne même Moore de
choisir ses dessinateurs selon ce critère. Ça lui permet de s’assurer de faire passer le scénario avant le dessin, de capturer toute l’attention du lecteur et de la diriger sur l’histoire.
Le
revers de la médaille, c’est que cela décourage nombre de lecteurs potentiels, plus attachés à la qualité graphique d’une BD. Et là encore, j’ai ma petite hypothèse. Moore l’a prouvé maintes fois
dans ses travaux, il ne laisse rien au hasard. Et il me paraît évident également qu’il fournit à chaque fois un travail énorme, dense, très complet qui doit lui demander beaucoup
d’investissement. Il n’est donc pas impossible qu’il exige en retour de ses lecteurs un effort de lecture et de concentration à la hauteur de ses œuvres … ce qui cadrerait aussi avec le côté
mégalo du personnage …
Alan
Moore est définitivement un phénomène hors-norme parmi les scénaristes de comics.
Concernant le choix de Moore pour ses dessinateurs au style ardu, c'est une constante que j'ai remarqué aussi... Quant on voit From Hell, c'est vraiment difficile graphiquement, visuellement parlant. Il faut s'accrocher pour vouloir lire ce pavé, en plus. Peut-être une forme d'élitisme ?
Sinon, et -presque- rien à voir, j'ai reçu L'Encyclopédie Vengeurs, de chez Semic... Semic n'est pas mort ! :)
Pour l'Encyclopédie des Vengeurs je l'ai aussi depuis quelques jours chez moi ;o) Je ne savais pas que tu t'intéresses à ce genre d'ouvrage par contre, c'est pour àVàL ?
Mais tu sais, à une époque, j'avais acheté le tome 1 de l'encyclopédie Marvel (je ne sais plus s'il y a eu un tome 2 - on en avait déjà parlé je crois), et ça m'avait bien plu. :)
Assez d'accord sur l'analyse du choix du dessinateur par Alan Moore : je suis en train de lire les Watchmen, et effectivement, le scénario m'intéresse bien plus que les dessins de Dave Gibbons que je trouve personnellement très laids, et pour tout dire assez rébarbatifs. Je fais partie de cette catégorie de lecteurs qui accorde une importance capitale au dessin, en tout cas au visuel, mais c'est certainement mon métier qui veut ça.
Et je suis très curieux de voir ce que donnera le film V For Vendetta. Vu que ça se passe à Londres dans un cadre de fiction/anticipation, peut-être l'ambiance nous rappellera-t-elle un certain Orange Mécanique...
J'ai vraiment eu du mal à ma plonger dans cette lecture... j'ai meme du m'y prendre à deux fois, car les dessins ont eu un aspect carrement répulsif dans un premier temps...
Et pourtant, j'y suis revenue et je ne le regrette pas du tout, car l'histoire passionnante m'a vite rendue les illustrations agréables... Bizarre, mais je ne le regrette pas en tout cas, ça vaut vraiment le coup de s'accrocher, voir meme de se forcer un peu...
Et puis sinon, je suis bien contente de savoir que Nathalie Portman sera de la partie !
Mooutche >> c'est vrai qu'au début on se force un peu à faire abstraction du dessin, et ensuite on est pris dans l'histoire et du coup on en intègre tout naturellement le dessin et on n'y fait plus attention. Moi je trouve que ça vaut le coup en tout cas ! :o)
De Moore, je n'avais lu auparavant que La Ligue des Gentlemen Extraordinaires. Dans les deux cas, le dessin m'a repoussé au premier abord.
Mais la force du scénario est telle qu'on se plonge dans l'histoire et que, pour reprendre les termes utilisés par Steph, on intègre le dessin. On passe outre leur aspect repoussant pour assimiler leur logique et les apprécier. C'est un effort à faire. Mais il vaut très largement le coup.
Quel plaisir de voir des scénarios aussi bien foutus.
(Bon, j'arrête de parler tout seul.)