Avant de lire les notes que je fais sur les films que je vois et les bd que je lis, sachez que dans mes commentaires il m'arrive parfois de dévoiler les histoires et les intrigues. Ceci dit pour les comics, je n'en parle que quelques mois après leur publication, ce qui laisse le temps de les lire avant de lire mes chroniques.
Bon surf !
Je dois le confesser, je ne lis plus assez.
Je parle de lire des romans.
Il fut un temps où la lecture était bien plus qu’un passe-temps ou une passion, c’était une composante principale de ma vie. Jusqu’à mes 20 ans, j’engloutissais bouquins sur
bouquins avec un appétit qui confinait à l’insatiabilité.
Et puis, la vie. Le boulot, les obligations et les responsabilités grignotent l’essentiel du
temps-libre qui nous était pourtant promis au travers l’indépendance acquise avec le statut « d’adulte ».
La paresse, l’internet et la télévision se chargent d’occuper ce qui reste. Si bien que malgré la curiosité et l’envie,
qui elles au moins ne m’ont jamais quitté, les livres dont la succession jalonnait mon existence, sont vite devenus la portion congrue de mes loisirs. La lecture n’en est par pour autant
totalement bannie, bien au contraire, car ma passion dévorante pour la BD a tenu bon, secondée de manière tout à fait honorable par mon intérêt pour quelques magazines spécialisés allant du
cinéma aux comics, en passant par les sciences. Et pour tout dire, la tenue de ce blog, même s’il n’y paraît rien, est également quelque peu vorace en temps et en
investissement.
Mais de romans, si l’année m’en voit lire trois ou quatre, c’est déjà
une belle performance.
Je dois bien avouer cependant que j’ai été assez veinard malgré cette quasi-désertion des
rayonnages littérature. Car presque à chaque fois que j’ai replongé dans un roman, il s’est agit d’un bon bouquin.
Mais celui que je viens de lire la semaine passée dépasse la définition de « bon
bouquin ». Est-ce parce que je l’ai lu dans le calme le plus absolu d’une maison isolée au fin fond de la campagne verdoyante du Lot que l’effet sur moi en a été décuplé, je ne sais pas. Ce
que je sais, c’est que L’Élégance du Hérisson de Muriel Barbery (aux éditions Gallimard) m’a profondément touché, à un point qu’il ne m’avait pas été donné de ressentir
depuis longtemps. Au point même que j’hésite à trop en dire de peur de ne pas en parler assez bien. Je m’y risque cependant.
Tout se passe au 7 rue de Grenelle à Paris, au sein d’un immeuble bourgeois. Renée
Michel, 54 ans, en est la concierge. Veuve, laide et un peu enrobée, elle est l’image d’Épinal de la concierge. À ceci près qu’elle est dotée d’une intelligence et d’une sensibilité rares,
qu’elle cache volontairement derrière une façade de bonne femme morne et sans instruction. Pour vivre heureuse, vivons cachée pense-t-elle. Être à la fois pauvre, laide et intelligente ne lui
apporterait que des ennuis selon elle, aussi s’ingénie-t-elle à gommer son intellect supérieur à la moyenne à la vue des autres.
Paloma Josse a 12 ans et habite l’immeuble du 7 rue de Grenelle. Elle est exceptionnellement
intelligente et porte un regard sans concession sur le monde. Les adultes la désespèrent, et tandis qu’elle cache elle aussi son esprit hors-norme à son entourage, elle ne voit qu’une solution à
la vacuité de la vie : le jour de ses 13 ans, elle se suicidera.
Tout le roman est écrit à la première personne, ce qui n’est pas pour me déplaire, bien au
contraire. Il y a deux narrateurs différents, la concierge et la jeune fille, qui se succèdent de chapitres en chapitres. Ces derniers d’ailleurs sont très courts, donnant un rythme soutenu à
l’histoire et une fluidité agréable à la lecture.
Au travers de ces deux visions décalées et
originales du monde, Muriel Barbery construit deux personnages riches, attachants et diablement intéressants. Dans ce cas précis, l’usage de la narration à la première personne ne permet pas pour
autant l’identification aux personnages principaux (du moins pas dans mon cas !), mais l’auteure (ça se met au féminin ce terme non ?) parvient à les rendre touchants, vrais et
parfaitement crédibles. Et Muriel Barbery en profite pour laisser déferler au gré des pages quelques traits d’esprits fulgurants et certaines idées et réflexions tout à fait réjouissantes.
Mais, et c’est là l’essentiel et le cœur du bouquin, l’intelligence exacerbée des deux
héroïnes ne rend pas le roman froid, analytique ou conceptuel, elle est tout au contraire le catalyseur inattendu et imparable d’une histoire toute en émotions et en sentiments.
Cela faisait longtemps que je n’avais pas été transporté ainsi par deux personnages de
fiction aussi attachants. Chaque page du roman nourrit l’impatience de découvrir le devenir de ses deux esprits exceptionnels camouflés dans des corps a priori incompatibles avec l’intellect
qu’ils renferment. Cette incongruité corps/esprit augmentant d’autant l’impact des réflexions et de la vision du monde de Renée et de Paloma.
Vraiment, L’Élégance du Hérisson est une lecture marquante et certainement l’un des
meilleurs romans (si tant est que mon maigre panel récent de lectures puisse valider la pertinence de cette affirmation) que j’ai pu lire dernièrement.
J’adresse donc un immense merci à la personne qui m’a fait découvrir ce livre (coucou Stella… je ne peux
même plus te mettre en lien maintenant que tu n’as plus de blog…). Ce fut un très beau et très inspiré cadeau.
Stella >> oui tu l'as dit : quand la plume et l'esprit s'accordent à ce niveau de qualité, ça donne... un trésor. Merci encore :o)
J'ai dégusté ce livre au rythme de quelques pages par jour et j'en ai apprécié chaque mot. Quelle écriture ! Vraiment le style est fouillé, construit, fluide, intelligent et très agréable. C'est assez rare de tomber sur un livre d'aussi grande qualité. J'ai beaucoup aimé les références (littéraires, cinématographiques, musicales,...) qui émaillent le récit confèrant une proximité et un réalisme au personnages qui en deviennent très attachants.
La fin m'a beaucoup touchée. L'élégance du hérisson est vraiment un très beau moment de lecture.